Bref historique des XXIV thèses
contenant les principaux points
enseignés par
saint Thomas d'Aquin
Saint Pie X, dans un Motu proprio du 29 juin 1914,
prescrivit que les principes et les principaux points de doctrine enseignés
dans les Écoles de Philosophie soient ceux de saint Thomas d'Aquin. Divers
professeurs soumirent au jugement de la Congrégation des Études les Thèses, au
nombre de vingt-quatre, qui résumaient l'enseignement qu'ils avaient l'habitude
de donner sur des points particuliers discutés. La Congrégation, après en
avoir conféré avec le Pape, déclara que ces Vingt-Quatre Thèses contenaient
ouvertement les principaux points de la doctrine thomiste.
Après la mort du saint Pape, des doutes furent portés à la
Congrégation des Séminaires et Universités. En février 1916, deux réunions,
auxquelles assistait le Cardinal Mercier, aboutirent à la décision suivante :
les Vingt-Quatre Thèses devaient être proposées comme des règles de direction
entièrement sûres. Benoît XV confirma cette décision, et la promulgua le 7 mars
1916.
En 1947, une loi est insérée dans le Code de Droit canonique
: les professeurs doivent traiter de tous points les études de la philosophie
rationnelle et de la théologie, et la formation des élèves dans ces sciences, selon
la méthode, la doctrine et les principes du Docteur Angélique, et s'y tenir
religieusement. Or, parmi les sources qu'il indique, le Code signale le décret
approuvant les Vingt-Quatre Thèses : celles-ci représentent donc bien la
doctrine et les principes visés par l'article 1366, § 2, du Code.
Note : Les références données plus bas pour chacune des thèses
soutenues par le Docteur angélique ne sont pas exhaustives.
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Pape saint Pie X
Encyclique Pascendi, 8
septembre 1907 (sur les doctrines modernistes) :
I.- La philosophie de saint Thomas, base des études.
63. Premièrement, en ce qui regarde les études, Nous voulons et
ordonnons que la philosophie scolastique soit mise à la base des sciences
sacrées. Il va sans dire que s'il se rencontre quelque chose chez les
docteurs scolastiques que l'on puisse regarder comme excès de subtilité, ou qui
ne cadre pas avec les découvertes des temps postérieurs, ou qui n'ait enfin
aucune espèce de probabilité, il est loin de notre esprit de vouloir le proposer
à l'imitation des générations présentes (cf. Pape Léon XIII, Encyclique Æternis Patris).
Et quand Nous prescrivons la philosophie scolastique, ce que Nous
entendons surtout par là - ceci est capital - c'est la philosophie que nous
a léguée le Docteur angélique. Nous déclarons donc que tout ce
qui a été édicté à ce sujet par Notre Prédécesseur reste pleinement en vigueur,
et, en tant que de besoin. Nous l'édictons à nouveau et le confirmons, et
ordonnons qu'il soit par tous rigoureusement observé. Que, dans les
Séminaires où on aurait pu le mettre en oubli, les évêques en imposent et en
exigent l'observance : prescriptions qui s'adressent aussi aux Supérieurs des
Instituts religieux. Et que les professeurs sachent bien que s'écarter de
saint Thomas, surtout dans les questions métaphysiques, ne va pas sans
détriment grave.
II.- Exclusion des modernistes du sacerdoce, des chaires et des
grades.
67. [...] Que le doctorat en théologie et en droit canonique ne
soit plus conféré désormais à quiconque n'aura pas suivi le cours régulier
de philosophie scolastique; conféré, qu'il soit tenu pour nul et de nulle
valeur.
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Les XXIV thèses thomistes
I. - Potentia et actus ita dividunt ens,
ut quidquid est, vel sit actus purus, vel ex potentia et actu tanquam primis atque intrinsecis principiis necessario coalescat.
La puissance et l'acte divisent l'être de telle sorte que tout ce
qui existe, ou bien est acte pur, ou bien se compose nécessairement de
puissance et d'acte comme principes premiers et intrinsèques.
(Cf. S. Thomas, Métaphysiques, V, 14; IX, surtout I. I, 5,
7, 8, 9.- De Potentia, q.
II.- Actus, utpote perfectio,
non limitatur, nisi per potentiam, quae est capacitas perfectionis. Proinde in quo ordine actus est purus, in eodem non nisi illimitatus et unicus existit; ubi vera est finitus
ac multiplex, in veram incidit cum potentia compositionem.
L'acte, étant perfection, n'est limité que par la puissance qui est
capacité de perfection. Par conséquent, dans l'ordre où il est pur, l'acte se
trouve nécessairement sans limites et unique; mais là où il est fini et
multiple, il entre dans une véritable composition avec la puissance.
(Cf.
S. Thomas, I Contra Gentiles, ch. 43; I Sentences,
dist. 43,
q. 2.)
III.- Quapropter in absoluta ipsius esse ratione unus subsistit
Deus, unus est simplicissimus
: cetera cunsta quae ipsum esse participant, naturam habent qua esse coarctatur, ac tamquam distinctis
realiter principiis, essentia et esse constant.
Aussi seul Dieu subsiste-t-il dans la raison absolue de l'être
lui-même, seul il est parfaitement simple; toutes les autres choses qui
participent de l'être lui-même ont une nature qui limite leur être et sont
constituées d'une essence et d'une existence, comme de principes réellement
distincts.
(Cf. S. Thomas, I Contra Gentiles,
cc. 38, 52-54; Somme théologique, Ire Partie, q.
IV.- Ens, quod denominatur ab esse, non univoce
de Deo, et creaturis dicitur,
nec tamen prorsus aequivoce, sed analogice, analogia tum attributionis tum proportionalitatis.
L'être, qui reçoit sa dénomination du verbe être, se dit de Dieu et
des créatures d'une façon non pas univoque, ni pourtant tout équivoque, mais
analogue d'une analogie et d'attribution et de proportionnalité.
(Cf. S. Thomas, I Contra Gentiles,
cc. 32-34; De Potentia, q.
V.- Est praeterea in omni creatura realis compositio subjecti subsistentis cum formis secundario additis, sive accidentibus : ea vera nisi
esse realiter in essentia distincta reciperetur, intelligi non posset.
Il y a, en outre, dans toute créature, composition réelle d'un
sujet subsistant avec des formes surajoutées, des accidents : mais cette
composition serait inintelligible si l'existence n'était pas réellement reçue
dans une essence distincte.
(Cf. S. Thomas, I Contra Gentiles,
c. 23; II Contra Gentiles, c. 52; Somme
théologique, Ire Partie, q. 3; a. 6; L'Être et l'Essence,
c. 7.)
VI.- Praeter absoluta accidentia est etiam relativum, sive ad aliquid. Quamvis enim ad aliquid non significet secundum propriam rationem aliquid alicui inhaerens, saepe tamen causam
in rebus habet, et ideo realem entitatem distinctam a subjecto.
Outre les accidents absolus, il en est un de relatif, en d'autres
termes, un rapport à quelque chose. Bien que ce rapport ne signifie pas par
lui-même quelque chose d'inhérent à un sujet, il y a souvent toutefois dans les
choses sa cause et par suite une réalité entitative
distincte du sujet.
(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, q.
28, surtout a. 1.)
VII.- Creatura spiritualis est in sua essentia omnino simplex. Sed remanet in ea compositio duplex : essentiae cum esse et substantiae
cum accidentibus.
La créature spirituelle est tout à fait simple dans son essence.
Mais il reste en elle une double composition, celle de
l'essence et d'existence et celle de substance et d'accidents.
(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie,
questions 50-51 et 54; De spiritualibus creaturis, a. 1.)
VIII.- Creatura vero corporalis est quoad ipsam essentiam
composita potentia et actu;
quae potentia et actus ordinis essentiae materiae et formae nominibus designantur.
Quant à la créature corporelle, elle est dans son essence même
composée de puissance et d'acte : cette puissance et cet acte de l'ordre de
l'essence sont désignés sous les noms de matière et de forme.
(Cf. S. Thomas, De spiritualibus creaturis, a. 1.)
IX.- Earum partium
neutra per se esse habet,
nec per se producitur vel corrumpitur, nec ponitur in praedicamento nisi reductive ut principium substantiale.
De ces deux parties, aucune n'existe par soi, n'est produite par
soi, ne se corrompt par soi, ne peut être rangée dans un prédicament
si ce n'est par réduction, en tant que principe substantiel.
(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, q.
X.- Etsi corpoream naturam
extensio in partes integrales
consequitur, non tamen idem
est corpori esse substantiam
et esse quantum. Substantia quippe
ratione sui indivisibilis
est, non quidem ad modum puncti, sed ad modum ejus quod est extra ordinem dimensionis. Quantitas vero, quae extensionem substantiae tribuit, a susbtantia realiter differt, et est veri nominis accidens.
Bien que l'extension en parties intégrantes résulte de la nature
des corps, ce n'est pourtant point la même chose pour un corps d'être une
substance et d'être étendu. La substance, en effet, par elle-même, est
indivisible, non à la façon d'un point, mais à la manière de ce qui se trouve
en dehors de l'ordre de la dimension. Mais la quantité, qui donne son extension
à la substance, en diffère réellement et c'est un véritable accident.
(Cf. S. Thomas, IV Contra
Gentiles, c. 65; I Sent., dist. 37, q.
XI.-
Quantitate signata
materia principium est individuationis, id est numericae distinctionis (quae in puris spiritibus esse non potest) unius individui ab alio in eadem
natura specifica.
La matière désignée par la quantité est le principe de
l'individuation, c'est-à-dire de la distinction numérique, impossible chez les
esprits purs, d'individus au sein d'une même nature spécifique.
(Cf. S. Thomas, II Contra Gentiles,
cc. 92-93; Somme théologique, Ire Partie, q.
XII.- Eadem efficitur
quantitate ut corpus circumscriptive
sit in loco, et in uno tantum loco de quacumque potentia per hunc modum esse possit.
Cette même quantité fait que le corps se trouve d'une façon circonscriptive dans un lieu et qu'il ne peut, de quelque
puissance que ce soit, se trouver de cette façon que dans un seul lieu.
(Cf. S. Thomas, Somme théologique, IIIe Partie,
q. 75; IV Sent., dist.
XIII.- Corpora dividuntur bifariam : quaedam enim sunt
viventia, quaedam expertia vitae. In viventibus, ut
in eodem subjecto pars movens et pars mota per se habeantur, forma substantialis, animae nomine designata, requirit organicam dispositionem, seu partes heterogeneas.
Les corps se divisent en deux catégories : les uns sont vivants,
les autres n'ont pas la vie. Chez les corps vivants, pour qu'il y ait dans un
même sujet, par soi, une partie qui meuve et une partie qui soit mue, la forme
substantielle, appelée âme, exige une disposition organique, en d'autres termes,
des parties hétérogènes.
(Cf. S. Thomas, I Contra Gentiles,
c. 97; Somme théologique, Ire Partie, q. 18, aa. 1-2; q.
XIV.- Vegetalis et sensibilis ordinis animae nequaquam per se subsistunt, nec per se producuntur,
sed sunt tantummodo ut principium quo vivens est et vivit, et, cum a materia se tolis dependeant, corrupto composito, eo ipso per accidens corrumpuntur.
Les âmes de l'ordre végétatif et de l'ordre sensible ne subsistent
pas par elles-mêmes et ne sont pas produites en elles-mêmes; elles existent
seulement à titre de principe par lequel l'être vivant existe et vit; et, comme
elles dépendent de la matière par tout elles-mêmes, elles se corrompent par accident
à la corruption du composé.
(Cf. S. Thomas, II Contra Gentiles,
cc. 80, 82; Somme théologique, Ire Partie, q.
XV.- Contra, per se subsistit anima humana, quae, cum subjecto sufficienter disposito potest infundi, a Deo creatur, et sua natura incorruptibilis est atque immortalis.
Par contre, subsiste par elle-même l'âme humaine qui, créée par
Dieu quand elle peut être infusée à un sujet suffisamment disposé, est de sa
nature incorruptible et immortelle.
(Cf. S. Thomas, II Contra Gentiles,
cc. 83 et suiv.; Somme théologique, Ire Partie, q.
XVI.- Eadem anima rationalis ita unitur corpori, ut sit ejusdem forma substantialis unica, et per ipsam habet homo ut sit homo et animal
et vivens et corpus et substantia
et ens. Tribuit igitur anima homini omnem gradum perfectionis
essentialem; insuper communicat corpori actum essendi, quo ipsa est.
Cette âme raisonnable est unie au corps de façon à en être l'unique
forme substantielle : c'est à elle que l'homme doit d'être homme, animal,
vivant, corps, substance, être. L'âme donne donc à l'homme tous ses degrés
essentiels de perfection; de plus elle communique au corps l'acte d'existence
qui la fait exister elle-même.
(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, q.
76; II Contra Gentiles, cc. 56, 68-71; De
Anima, a. 1; Quest. Disp.,
De Spiritualibus creaturis,
a. 3.)
XVII.- Duplicis ordinis facultates, organicae et inorganicae, ex
anima humana per naturalem resultantiam emanant : priores, ad quas sensus pertinet, in composito subjectantur, posteriores in anima sola. Est igitur intellectus facultas ab organo intrinsece independens.
Des facultés de deux ordres, les unes organiques, les autres inorganiques,
émanent de l'âme humaine par un résultat naturel; les premières, auxquelles
appartient le sens, ont pour sujet le composé; les secondes, l'âme seule.
L'intelligence est donc une faculté intrinsèquement indépendante de tout
organe.
(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, qq. 77-79; II Contra Gentiles,
c. 72; De Spiritualibus creaturis,
a. 11 et suiv.; De Anima, a. 12 et ss.)
XVIII.- Immaterialitatem necessario sequitur intellectualitas, et ita quidem ut secundum gradus elongationis a materia, sint quoque gradus intellectualitatis. Adaequatum intellectionis objectum est communiter ipsum ens; proprium vero
intellectus humani objectum in praesenti statu unionis, quidditatibus abstractis a conditionibus materialibus continetur.
L'immatérialité entraîne nécessairement l'intellectualité à ce
point qu'aux degrés d'éloignement de la matière répondent autant de degrés
d'intellectualité. L'objet adéquat de l'intellection est d'une façon générale
l'être lui-même; mais l'objet propre de l'intelligence
humaine, dans son état actuel d'union avec le corps, est fait de quiddités
abstraites de leurs conditions matérielles.
(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, q.
XIX.- Cognitionem ergo accipimus a rebus sensibilibus.
Cum autem sensibile non sit intelligibile in actu, praeter intellectum formaliter intelligentem, admittenda est in anima virtus activa, quae
species intelligibiles a phantasmatibus abstrahat.
Nous recevons donc des choses sensibles notre connaissance. Mais
comme l'objet sensible n'est pas actuellement intelligible, il faut admettre
dans l'âme, en plus de l'intelligence formellement connaissante,
une forme active capable d'abstraire des images les espèces intelligibles.
(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, q.
79, aa. 3-4; q. 84, aa.
6-7; II Contra Gentiles, c. 76 et suiv.; De
Spiritualibus creatoris,
a. 10.)
XX.-
Per has species directe universalia
cognoscimus; singularia sensu attingimus, tum etiam intellectu
per conversionem ad phantasmata;
ad cognitionem vero spiritualium per analogiam ascendimus.
Par ces espèces
(intellectuelles) nous connaissons directement des objets universels; les
objets singuliers, nous les atteignons par les sens et aussi par l'intelligence
grâce à un retour sur les images; quant à la connaissance des choses
spirituelles, nous nous y élevons par analogie.
(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie,
questions 85-88.)
XXI.- Intellectum sequitur, non praecedit voluntas, quae necessario appetit id quod sibi praesentatur tanquam bonum ex omni parte explens appetitum, sed inter plura bona, quae judicio
mutabili appetenda proponuntur, libere eligit. Sequitur proinde electio judicium practicum ultimum; at quod sit ultimum, voluntas
efficit.
La volonté suit l'intelligence, ne la précède point; elle se porte
d'un mouvement nécessaire vers l'objet qui lui est présenté comme un bien
rassasiant de tout point l'appétit, mais entre plusieurs biens qu'un jugement
réformable lui propose à rechercher, elle est libre dans son choix. Le choix
suit donc le dernier jugement pratique; mais, qu'il soit le dernier, c'est la
volonté qui le fait.
(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, qq. 82-83; II Contra Gentiles,
cc. 72 et suiv.; De Veritate, q.
XXII.- Deum esse neque immediata intuitione percipimus, neque a priori demonstramus, sed utique a posteriori, hoc est, per ea
quae facta sunt, ducto argumento
ab effectibus ad causam : videlicet, a rebus quae moventur et sui motus principium adaequatum esse non possunt, ad primum motorem immobilem : a processu rerum mundanarum e causis inter se subordinatis, ad primam causam incausatam;
a corruptibilibus, quae aequaliter se habent ad esse et
non esse, ad ens absolute necessarium; ab iis quae secundum minoratas
perfectiones essendi,
vivendi, intelligendi, plus et minus sunt, vivunt, intelligunt,
ad eum qui est maxime intelligens,
maxime vivens, maxime ens; denique ab ordine universi ad intellectum sezparatum qui res ordinavit, disposuit et dirigit in finem.
L'existence de Dieu, nous ne la percevons point dans une intuition
immédiate, nous ne la démontrons pas a priori, mais bien a
posteriori, c'est-à-dire par les créatures, l'argument allant des effets à
la cause : savoir, des choses qui sont mues et qui ne peuvent être le principe
adéquat de leur mouvement, à un premier moteur immobile; du fait que les choses
de ce monde viennent de causes subordonnées entre elles, à une première cause
non causée; des choses corruptibles qui sont indifférentes à être ou à n'être
pas, à un être absolument nécessaire; des choses qui, selon des perfections
amoindries d'être, de vie et d'intelligence, sont, vivent, pensent plus ou
moins, à celui qui est souverainement intelligent, souverainement vivant,
souverainement être; enfin, de l'ordre de l'univers, à une intelligence séparée
qui a mis en ordre et disposé les choses et les dirige vers leur fin.
(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, q.
2; I Contra Gentiles, cc. 12 et 31; III Contra
Gentiles, qq. 10 et 11;
De Veritate, qq. 1
et 10; De Potentia, qq.
4 et 7.)
XXIII.- Divina essentia, per hoc quod exercitae actualitati ipsius esse identificatur, seu per hoc quod est ipsum Esse subsistens, in sua veluti metaphysica ratione bene nobis constituta proponitur, et per hoc idem rationem
nobis exhibet suae infinitatis in perfectione.
L'essence divine, par là même qu'elle s'identifie avec l'actualité
en exercice de son existence, en d'autres termes, qu'elle est l'Être même
subsistant, s'offre à nous comme bien constituée pour ainsi dire dans sa raison
métaphysique et par là aussi elle nous fournit la raison de son infinité en
perfection.
(Cf. S. Thomas, I Sent., dist. 8, q. 1;
XXIV.- Ipsa igitur puritate sui esse, a finitis omnibus rebus secernitur
Deus. Inde infertur primo, mumdum
nonnisi per creationem a
Deo procedere potuisse; deinde virtutem creativam, qua per se primo attingitur
ens in quantum ens, nec miraculose ulli finitae naturae esse communicabilem; nullum denique creatum agens in esse cujuscumque effectus influere, nisi motione accepta a prima
Causa.
Donc, par la pureté même de son être, Dieu se distingue de
toutes les choses finies. De là il s'ensuit d'abord que le monde n'a pu
procéder de Dieu que par une création; ensuite que le pouvoir créateur, qui
atteint de sa nature premièrement l'être en tant qu'être, ne peut, pas même par
miracle, se communiquer à aucune nature finie; enfin qu'aucun agent créé ne
peut influer sur l'être d'un effet quel qu'il soit, si ce n'est par une motion
reçue de la Cause première.
(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, qq. 44-45, 105; II Contra Gentiles,
cc. 6-15; III, cc. 66-69; IV, c. 44; Questions disputées : de Potentia, surtout q.
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Pape saint Pie X (1835 - 1914)
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