Lettre « Notre charge apostolique » sur le
« Sillon »
ou
sur les
erreurs doctrinales
des
« prétendus philosophes du XVIIIe siècle,
celles de la Révolution
et du libéralisme
tant de fois
condamnées »,
Pape saint Pie X,
25 août 1910,
à
l'épiscopat français.
" 1. Notre charge apostolique nous fait un devoir de veiller à la
pureté de la foi et à l'intégrité de la discipline catholique, de préserver les
fidèles des dangers de l'erreur et du mal, surtout quand l'erreur et le mal
leur sont présentés dans un langage entraînant, qui, voilant le vague des idées
et l'équivoque des expressions sous l'ardeur du sentiment et la sonorité des
mots, peut enflammer les cœurs pour des causes séduisantes mais funestes. Telles ont été naguère les doctrines des
prétendus philosophes du XVIIIe siècle, celles de la Révolution et
du libéralisme tant de fois condamnées ; telles sont encore aujourd'hui les
théories du Sillon, qui, sous leurs apparences brillantes et généreuses,
manquent trop souvent de clarté, de logique et de vérité, et, sous ce rapport,
ne relèvent pas du génie catholique et français.
" 2. Nous avons hésité longtemps, Vénérables Frères, à dire
publiquement et solennellement notre pensée sur le Sillon. Il
a fallu que vos préoccupations vinssent s'ajouter aux Nôtres, pour Nous décider
à le faire. Car nous aimons la vaillante jeunesse enrôlée sous le drapeau du
Sillon, et Nous la croyons digne, à bien des égards, d'éloge et d'admiration.
Nous aimons ses chefs, en qui Nous Nous plaisons à reconnaître des âmes
élevées, supérieures aux passions vulgaires et animées du plus noble
enthousiasme pour le bien. Vous les avez vus, Vénérables Frères, pénétrés d'un
sentiment très vif de la fraternité humaine, aller
au-devant de ceux qui travaillent et qui souffrent pour les relever, soutenus
dans leur dévouement par leur amour pour Jésus-Christ et la pratique exemplaire
de la religion.
"
" 4. Car, il faut le dire, Vénérables Frères, nos espérances ont été
en grande partie, trompées. Un jour vint où le Sillon accusa, pour les
yeux des clairvoyants, des tendances inquiétantes. Le Sillon s'égarait.
Pouvait-il en être autrement ? Ses fondateurs, jeunes, enthousiastes et pleins
de confiance en eux-mêmes, n'étaient pas suffisamment armés de science
historique, de saine philosophie et de forte théologie pour affronter sans
péril les difficiles problèmes sociaux vers lesquels ils étaient entraînés par
leur activité et leur cœur, et pour se prémunir, sur le terrain de la doctrine
et de l'obéissance, contre les infiltrations libérales et protestantes.
" 5. Les conseils ne leur ont pas manqué, les admonestations
vinrent après les conseils ; mais nous avons eu la douleur de voir et les avis
et les reproches glisser sur leurs âmes fuyantes et demeurer sans résultat. Les choses en sont venues à ce point que
Nous trahirions notre devoir si nous gardions plus longtemps le silence. Nous
devons la vérité à nos chers enfants du Sillon, qu'une ardeur généreuse
a emportés dans une voie aussi fausse que dangereuse. Nous la devons à un grand
nombre de séminaristes et de prêtres que le Sillon a soustraits sinon à
l'autorité, au moins à la direction et à l'influence de leurs évêques. Nous la
devons, enfin à l'Eglise, où le Sillon sème la division et dont il
compromet les intérêts.
" 6. En premier lieu, il convient de relever sévèrement la
prétention du Sillon d'échapper à la direction de l'autorité
ecclésiastique. Les chefs du Sillon, en effet, allèguent qu'ils évoluent sur un
terrain qui n'est pas celui de l'Eglise ; qu'ils ne poursuivent que des
intérêts de l'ordre temporel et non de l'ordre spirituel ; que le sillonniste
est tout simplement un catholique voué à la cause des classes laborieuses, aux
œuvres démocratiques, et puisant dans les pratiques de la foi l'énergie de son
dévouement ; que, ni plus ni moins que les artisans, les laboureurs, les
économistes et les politiciens catholiques, il demeure soumis aux règles de la
morale commune à tous, sans relever, ni plus ni moins qu'eux, d'une façon
spéciale, de l'autorité ecclésiastique.
" 7. La réponse à ces subterfuges n'est que trop facile. A qui
fera-t-on croire, en effet, que les sillonnistes catholiques, que les prêtres
et les séminaristes enrôlés dans leur rang n'ont en vue, dans leur activité
sociale, que les intérêts temporels des classes ouvrières ? Ce serait,
pensons-Nous, leur faire injure que de le soutenir. La vérité est que les chefs
du Sillon se proclament des idéalistes irréductibles, qu'ils prétendent
relever les classes laborieuses en relevant d'abord la conscience humaine,
qu'ils ont une doctrine sociale et des principes philosophiques et religieux
pour construire la société sur un plan nouveau, qu'ils ont une conception
spéciale de la dignité humaine, de la liberté, de la justice et de la
fraternité, et que, pour justifier leurs rêves sociaux, ils en appellent à
l'Evangile, interprété à leur manière, et, ce qui est plus grave encore, à un
Christ défiguré et diminué. De plus, ces idées, ils les
enseignent dans leurs cercles d'études, ils les inculquent à leurs camarades,
ils les font passer dans leurs œuvres. Ils sont donc vraiment professeurs de
morale sociale, civique et religieuse, et, quelques modifications qu'ils
puissent introduire dans l'organisation du mouvement sillonniste, Nous avons le
droit de dire que le but du Sillon, son caractère, son action ressortissant au
domaine moral, qui est le domaine propre de l'Eglise, et, en conséquence, les sillonnistes se font
illusion lorsqu'ils croient évoluer sur un terrain aux confins duquel expirent
les droits du pouvoir doctrinal et directif de l'autorité ecclésiastique.
" 8. Si leurs doctrines étaient exemptes d'erreur, c'eût été déjà
un manquement très grave à la discipline catholique que de soustraire
obstinément à la direction de ceux qui ont reçu du ciel la mission de guider
les individus et les sociétés dans le droit chemin de la vérité et du bien (1).
Mais le mal est plus profond, Nous l'avons déjà dit : le Sillon, emporté
par un amour mal entendu des faibles, a glissé dans l'erreur.
" 9. En effet, le Sillon se propose le relèvement et
la régénération des classes ouvrières. Or, sur cette matière, les principes de
la doctrine catholique sont fixés, et l'histoire de la civilisation chrétienne
est là pour en attester la bienfaisante fécondité. Notre prédécesseur,
d'heureuse mémoire, les a rappelés dans des pages magistrales, que les catholiques
occupés de questions sociales doivent étudier et toujours garder sous les yeux.
Il a enseigné notamment que la démocratie chrétienne (2)
doit " maintenir la diversité des classes, qui est assurément le propre de
la cité bien constituée, et vouloir pour la société humaine la forme et le
caractère que Dieu, son auteur, lui a imprimée ". Il a flétri " une
certaine démocratie qui va jusqu'à ce degré de perversité que d'attribuer
dans la société la souveraineté au peuple et à poursuivre la suppression et le
nivellement des classes ". En même temps Léon XIII imposait aux
catholiques un programme d'action, le seul programme capable de replacer et de
maintenir la société sur ses bases chrétiennes séculaires. Or, qu'ont fait les chefs du Sillon ? Non seulement ils ont adopté un programme et un enseignement
différents de ceux de Léon XIII (ce qui serait déjà singulièrement audacieux
de la part de laïques se posant ainsi, concurremment avec le Souverain Pontife,
en directeurs de l'activité sociale dans l'Eglise) ; mais ils ont
ouvertement rejeté le programme tracé par Léon XIII, et en ont adopté un
diamétralement opposé ; de plus, ils repoussent la doctrine
rappelée par Léon XIII sur les principes essentiels de la société, placent l'autorité dans
le peuple ou la suppriment à peu près et prennent comme idéal à réaliser le
nivellement des classes. Ils vont donc, au rebours de la doctrine catholique,
vers un idéal condamné.
" 10. Nous savons bien qu'ils se flattent de relever la dignité
humaine et la condition trop méprisée des classes laborieuses, de rendre justes
et parfaites les lois du travail et les relations entre le capital et les
salariés, enfin de faire régner sur terre une meilleure justice et plus de
charité, et, par des mouvements sociaux profonds et féconds, de promouvoir dans
l'humanité un progrès inattendu. Et certes, Nous ne blâmons pas ces efforts,
qui seraient de tous points excellents si les sillonnistes n'oubliaient pas que
le progrès d'un être consiste à fortifier ses facultés naturelles par des
énergies nouvelles et à fortifier le jeu de leur activité dans le cadre et
conformément aux lois de sa constitution, et que, au contraire, en blessant ces
organes essentiels, en brisant le cadre de leur activité, on pousse l'être non
pas vers le progrès, mais vers la mort. C'est cependant ce qu'ils veulent faire
de la société humaine ; c'est leur rêve de changer ses bases naturelles et traditionnelles
et de promettre une cité future édifiée sur d'autres principes, qu'ils osent
déclarer plus féconds, plus bienfaisants, que les principes sur lesquels repose
la cité chrétienne actuelle.
" 11. Non, vénérables Frères - il faut le rappeler énergiquement
dans ces temps d'anarchie sociale et intellectuelle [ces temps d'anarchie
sociale et intellectuelle ont-ils disparu en l'an 2003 ?], où chacun se pose en
docteur et législateur - on ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne
l'a bâtie (3); on n'édifiera pas la société [il s'agit donc
bien là de politique], si l'Église n'en jette les bases
et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n'est plus à inventer ni la
cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c'est la
civilisation chrétienne, c'est la cité catholique. Il ne s'agit que de
l'instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins
contre les attaques toujours renaissantes de l'utopie malsaine, de la révolte
et de l'impiété : omnia instaurare in Christo (4) (restaurer toutes choses dans le Christ)." [Et peut-on instaurer
et restaurer toutes choses dans le Christ sans faire de politique ?]
" 12. Et pour qu'on ne Nous accuse pas de juger trop sommairement et
avec une rigueur non justifiée les théories sociales du Sillon, Nous
voulons en rappeler les points essentiels [que l'on retrouve aujourd'hui chez tous
nos hommes politiques de confession catholique].
" 13. Le Sillon a le noble souci de
la dignité humaine. Mais, cette dignité, il la comprend à la manière de
certains philosophes [ou prétendus philosophes - voir plus haut] dont l'Eglise
est loin d'avoir à se louer. Le premier élément de cette dignité est la
liberté, entendue en ce sens que, sauf en matière de religion, chaque homme est
autonome. De ce principe fondamental il tire les conclusions suivantes : émancipation politique. Il est sous la dépendance de patrons qui, détenant ses instruments de
travail, l'exploitent, l'oppriment et l'abaissent ; il doit secouer leur joug :
émancipation
économique. Il est dominé enfin par une caste
appelé dirigeante, à qui son développement intellectuel assure une
prépondérance indue dans la direction des affaires ; il doit se soustraire à sa
domination : émancipation intellectuelle. Le nivellement des
conditions à ce triple point de vue établira parmi les hommes l'égalité, et
cette égalité est la vraie justice humaine. Une
organisation politique et sociale fondée sur cette
double base, la liberté et l'égalité (auxquelles viendra bientôt s'ajouter la
fraternité), voilà ce qu'ils appellent Démocratie.
" 14. Néanmoins, la liberté et l'égalité n'en constituent que le
côté, pour ainsi dire, négatif. Ce qui fait proprement et positivement la
Démocratie, c'est la participation la plus grande possible de chacun au
gouvernement de la chose publique [ce dont profite la Franc-Maçonnerie pour faire
de la France une nation à sa botte et à celle de Lucifer ou de Satan]. Et cela comprend un triple élément, politique, économique et moral.
" 15. D'abord, en politique, le Sillon n'abolit pas
l'autorité ; il l'estime au contraire nécessaire ; mais il veut la partager [la diluer en attendant
que la Franc-Maçonnerie se charge de la coaguler à sa façon sous la forme d'un
gouvernement mondial], ou, pour mieux dire, la multiplier
de telle façon que chaque citoyen deviendra une sorte de roi. L'autorité, il
est vrai, émane de Dieu, mais elle réside primordialement [essentiellement] dans le peuple et
s'en dégage par voie d'élection ou, mieux encore, de sélection, sans pour cela
quitter le peuple et devenir indépendant de lui ; elle sera extérieure mais en
apparence seulement ; en réalité, elle sera intérieure, parce que ce sera une
autorité consentie [cf. l'absurde Contrat social de Rousseau, de celui
qui écrivit dans son " Discours sur l'origine de l'inégalité "
que " l'état de réflexion est un état contre nature, et que l'homme qui
médite est un animal dépravé "].
" 16. Proportions gardées, il en sera de même dans l'ordre économique.
Soustrait à une classe particulière, le patronat sera si bien multiplié que
chaque ouvrier deviendra une sorte de patron. La forme appelée à réaliser cet
idéal économique n'est point, affirme-t-on, celle du socialisme, c'est un
système de coopérative suffisamment multipliées pour provoquer une concurrence
féconde et pour sauvegarder l'indépendance des ouvriers qui ne seront enchaînés
à aucune d'entre elles.
" 17. Voici maintenant l'élément capital, l'élément moral. Comme l'autorité, on l'a vu, est très réduite, il faut une autre force
pour la suppléer et pour opposer une réaction permanente à l'égoïsme
individuel. Ce nouveau principe, cette force, c'est l'amour de l'intérêt
professionnel et de l'intérêt public, c'est-à-dire de la fin même de la profession
et de la société. Imaginez une société où, dans l'âme de chacun, avec l'amour
inné du bien individuel et du bien familial, règnerait l'amour du bien
professionnel et du bien public, où, dans la conscience de chacun, ces amours
se subordonneraient de telle façon que le bien supérieur primât toujours le
bien inférieur ; cette société-là ne pourrait-elle pas à peu près se passer
d'autorité et n'offrirait-elle pas l'idéal de la dignité humaine, chaque
citoyen ayant une âme de roi, chaque ouvrier une âme de patron ? Arraché à
l'étroitesse de ses intérêts privés et élevé jusqu'aux intérêts de sa
profession et, plus haut, jusqu'à ceux de la nation entière et, plus haut
encore, jusqu'à ceux de l'humanité (car l'horizon
du Sillon ne s'arrête pas aux frontières de la patrie, il s'étend à tous les hommes jusqu'aux confins
du monde) [tel horizon n'est-il pas également celui de la Déclaration de
1789, charte de la démocratie universelle, qui prétend, avec son dogme de la Révolution
et de la liberté, devenir, comme l'a dit Michelet, " le credo du nouvel
âge " et la base de toutes les constitutions mondiales ?], le cœur humain, élargi par l'amour du bien commun, embrasserait tous
les camarades de la même profession, tous les compatriotes, tous les hommes. Et voilà la grandeur et
la noblesse humaine idéale réalisée par la célèbre trilogie : Liberté, Egalité,
Fraternité. [Programme typiquement
luciférien qui promet aux hommes de pouvoir atteindre la béatitude éternelle
sans Dieu par la découverte scientifique de la pierre philosophale ou de
l'immortalité.]
" 18. Or, ces trois éléments, politique, économique et moral, sont
subordonnés l'un à l'autre, et c'est l'élément moral, nous l'avons dit, qui est
le principal. En effet, nulle démocratie
politique n'est viable si elle n'a des points d'attache profonds dans la
démocratie économique [mais n'oublions jamais que la démocratie politique, en
tant que telle ou en tant que système de gouvernement, est naturellement
irréalisable ou non viable - le gouvernement naturel étant, selon saint
Thomas, celui d'un seul (Du Gouvernement Royal, liv. Ier,
chap. IIe)]. A leur tour, ni l'une ni l'autre
ne sont positives si elles ne s'enracinent pas dans un état d'esprit où la
conscience se trouve investie de responsabilités et d'énergies morales
proportionnées [nous sommes là en pleine utopie]. Mais supposez ce fait
d'esprit, ainsi fait de responsabilité consciente et de forces morales [sur la lune,
peut-être], la démocratie économique s'en
dégagera naturellement par traduction en actes de cette conscience et de ces
énergies ; et de même, et par la même voie, du régime corporatif sortira la
démocratie politique [comme le plus du moins], celle-ci portant
l'autre, se trouveront fixés dans la conscience même du peuple sur des assises
inébranlables [nous rêvons].
" 19. Telle est, en résumé, la théorie, on pourrait dire le rêve,
du Sillon, et c'est à cela que tend son enseignement et ce qu'il appelle
l'éducation démocratique du peuple, c'est-à-dire à porter à son maximum la
conscience et la responsabilité civiques de chacun, d'où découlera la
démocratie économique et politique, et le règne de la justice, de l'égalité et
de la fraternité.
" 20. Ce rapide exposé, Vénérables Frères, vous montre déjà
clairement combien Nous avions raison de dire que le Sillon oppose
doctrine à doctrine, qu'il bâtit sa cité sur une théorie contraire à la vérité
catholique et qu'il fausse les notions essentielles et fondamentales qui
règlent les rapports sociaux dans toute société humaine. Cette opposition
ressortira davantage des considérations suivantes.
" 21. Le Sillon place primordialement [essentiellement] l'autorité publique dans le peuple, de qui elle dérive, ensuite aux
gouvernements, de telle façon qu'elle continue à résider en lui. Or, Léon XIII
a formellement condamné cette doctrine dans son Encyclique Diuturnum illud
du Principat politique, où il dit : " Des modernes en grand nombre,
marchant sur les traces de ceux qui, au siècle dernier, se donnèrent le nom de
philosophes, déclarent que toute puissance vient du peuple ; qu'en conséquence
ceux qui exercent le pouvoir dans la société ne l'exercent pas comme une
autorité propre, mais comme une autorité à eux déléguée par le peuple et sous
la condition qu'elle puisse être révoquée par la volonté du peuple de qui ils
la tiennent. Tout au contraire est le sentiment des catholiques, qui font
dériver le droit de commander de Dieu, comme de son principe naturel et
nécessaire." Sans doute le Sillon fait descendre de Dieu cette
autorité qu'il place d'abord dans le peuple, mais de telle sorte qu' "
elle remonte d'en bas pour aller en haut, tandis que, dans l'organisation de
l'Eglise, le pouvoir descend d'en haut pour aller en bas " (5). Mais, en
outre qu'il est anormal que la délégation monte, puisqu'il est de sa nature de
descendre, Léon XIII a réfuté par avance cette tentative de conciliation de la
doctrine catholique avec l'erreur du philosophisme. Car il poursuit : " Il
importe de le remarquer ici : ceux qui président au gouvernement de la chose
publique peuvent bien, en certains cas, être élus par la volonté et le jugement
de la multitude, sans répugnance ni opposition avec la doctrine catholique.
Mais si ce choix désigne le gouvernant, il ne lui confère pas l'autorité de
gouverner, il ne délègue pas le pouvoir, il désigne la personne qui en sera
investie." [Cf. S. Jean, XIX,
11.]
" 22. Au reste, si le peuple demeure le détenteur du pouvoir, que
devient l'autorité ? Une ombre, un mythe : il n'y a plus de loi proprement dite,
il n'y a plus d'obéissance. Le Sillon l'a reconnu,
puisqu'en effet il réclame, au nom de la dignité humaine, la triple
émancipation politique, économique et intellectuelle, la cité future à laquelle
il travaille n'aura plus de maîtres ni de serviteurs ; les citoyens y seront
tous libres, tous camarades, tous rois [c'est une folie !]. Un ordre, un précepte, serait un attentat à la liberté ; la
subordination à une supériorité quelconque serait une diminution de l'homme,
l'obéissance une déchéance. Est-ce ainsi, Vénérables Frères, que la doctrine
traditionnelle de l'Eglise nous présente les relations sociales dans la cité
même la plus parfaite possible ? Est-ce que toute société de créatures
dépendantes et inégales par nature n'a pas besoin d'une autorité qui dirige
leur activité vers le bien commun et qui impose sa loi ? Et si dans la société
il se trouve des êtres pervers (et il y en aura toujours), l'autorité ne
devra-t-elle pas être d'autant plus forte que l'égoïsme des méchants sera plus
menaçant ? Ensuite, peut-on dire avec une ombre de raison qu'il y a
incompatibilité entre l'autorité et la liberté, à moins de se tromper
lourdement sur le concept de la liberté ?Peut-on enseigner que l'obéissance est
contraire à la dignité humaine et que l'idéal serait de la remplacer par "
l'autorité consentie " ? Est-ce que l'apôtre Saint Paul n'avait pas en vue
la société humaine à toutes ses étapes possibles, quand il prescrivait aux
fidèles d'être soumis à toute autorité ? Est-ce que l'obéissance aux hommes en
tant que représentants légitimes de Dieu, c'est-à-dire en fin de compte
l'obéissance à Dieu, abaisse l'homme et le ravale au-dessous de lui-même ?
Est-ce que l'état religieux fondé sur l'obéissance serait contraire à l'idéal
de la nature humaine ? Est-ce que les saints, qui ont été les plus obéissants
des hommes, étaient des esclaves et des dégénérés ? Est-ce qu'enfin on peut
imaginer un état social où Jésus-Christ revenu sur terre ne donnerait plus
l'exemple de l'obéissance et ne dirait plus : Rendez à César ce qui est à
César, et à Dieu ce qui est à Dieu ?
" 23. Le Sillon qui enseigne de pareilles doctrines et les
met en pratique dans sa vie intérieure, sème donc parmi votre jeunesse
catholique des notions erronées et funestes sur l'autorité, la liberté et l'obéissance. Il n'en est pas autrement de la justice et de l'égalité. Il travaille,
dit-il, à réaliser une ère d'égalité, qui serait par là même une ère de
meilleure justice. Ainsi, pour lui, toute inégalité de condition est une
injustice ou, au moins, une moindre justice ! Principe souverainement contraire
à la nature des choses, générateur de jalousie et d'injustice et subversif de
tout ordre social. Ainsi la démocratie seule inaugurera le règne de la parfaite
justice ! N'est-ce pas une injure faite aux autres formes de gouvernement,
qu'on ravale, de la sorte, au rang de gouvernement de pis aller
impuissants ? Au reste, le Sillon se heurte encore sur ce point à
l'enseignement de Léon XIII. Il aurait pu lire dans l'Encyclique déjà citée du
Principat politique que " la justice sauvegardée ", il n'est pas interdit aux
peuples de se donner le gouvernement qui répond le mieux à leur caractère ou
aux institutions et coutumes qu'ils ont reçues de leurs ancêtres " ; et l'Encyclique fait allusion à la triple forme de gouvernement bien
connue. Elle suppose donc que la justice est compatible avec chacune d'elle. Et
l'Encyclique sur la condition des ouvriers n'affirme-t-elle pas clairement la
possibilité de restaurer la justice dans les organisations actuelles de la société,
puisqu'elle en indique les moyens ? Or, sans aucun doute, Léon XIII entendait
parler non pas d'une justice quelconque, mais de la justice parfaite. En
enseignant donc que la justice est compatible avec les trois formes de
gouvernement qu'on sait, il enseignait que, sous ce rapport, la Démocratie ne
jouit pas d'un privilège spécial. [Rappelons quand même que la démocratie, en
tant que telle, ne peut que conduire à la mort toute société ou nation bien
organisée, car elle se fonde essentiellement sur le système d'égale valeur
politique des individus, ce qui est contre nature. Pour éviter tout malentendu,
il faut comparer des comparables ou ne prendre en considération que ce qui est
plus ou moins réalisable ou plus ou moins bon.] Les sillonnistes,
qui prétendent au contraire, ou bien refusent d'écouter l'Eglise, ou se forment
de la justice et de l'égalité un concept qui n'est pas catholique.
" 24. Il en est de même de la notion de fraternité, dont ils
mettent la base dans l'amour des intérêts communs, ou, par delà toutes les
philosophies et toutes les religions, dans la simple notion d'humanité,
englobant ainsi dans le même amour et une égale tolérance tous les hommes avec
toutes leurs misères, aussi bien intellectuelles et morales que physiques et
temporelles. Or, la doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir
de la charité n'est pas dans la tolérance des convictions erronées, quelques
sincères qu'elles soient, ni dans l'indifférence théorique ou pratique pour
l'erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères, mais dans le zèle pour
leur amélioration intellectuelle et morale non moins que pour leur bien-être
matériel. Cette même doctrine catholique nous
enseigne aussi que la source de l'amour du prochain se trouve dans l'amour de
Dieu, Père et Fin commune de toute la famille
humaine [dont tous les membres sont appelés à " devenir enfants de
Dieu ", nés de Dieu par la grâce, la semence divine - cf. S. Jean, I,
12-13], et dans l'amour de Jésus-Christ, dont nous sommes
les membres au point que soulager un malheureux, c'est faire du bien à
Jésus-Christ. Tout autre amour est illusion ou sentiment stérile et passager.
Certes, l'expérience humaine est là, dans les sociétés païennes ou laïques de
tous les temps, pour prouver qu'à certaines heures la considération des
intérêts communs ou de la similitude de nature pèse fort devant les passions et
les convoitises du cœur. Non, Vénérables Frères, il n'y a pas de vraie
fraternité en dehors de la charité chrétienne, qui, par amour pour Dieu et son
Fils Jésus-Christ notre Sauveur, embrasse tous les hommes pour les soulager
tous à la même foi et au même bonheur du ciel. En séparant la fraternité de la
charité chrétienne ainsi entendue, la démocratie, loin d'être un progrès [la démocratie, en tant
que telle, du fait des principes qu'elle véhicule, ne pourra jamais être un
progrès – c’est une question d’étymologie, car, avant d’ouvrir la bouche, il
convient de connaître la signification des mots que l’on va utiliser (cf. le Vocabulaire philosophique d’André
Lalande], constituerait un recul désastreux
pour la civilisation. Car si l'on veut arriver, et Nous le désirons de toute
Notre âme, à la plus grande somme de bien-être possible pour la société ou pour
chacun de ses membres par la fraternité, ou, comme encore, par la solidarité
universelle, il faut l'union des esprits dans la vérité, l'union des volontés dans la morale, l'union des cœurs dans l'amour de
Dieu et de son Fils Jésus-Christ. Or, cette union n'est réalisable que par la
charité catholique, laquelle seule, par conséquent, peut conduire les peuples
dans la marche du progrès, vers l'idéal de la civilisation.
" 25. Enfin, à la base de toutes les falsifications des notions
sociales fondamentales, le Sillon place une fausse idée de la dignité humaine. D'après lui, l'homme ne sera vraiment
homme, digne de ce nom, que du jour où il aura acquis une conscience éclairée,
forte, indépendante, autonome, pouvant se passer de maître, ne s'obéissant qu'à
elle-même et capable d'assumer et de porter sans forfaire les plus graves
responsabilités. Voilà de ces grands mots avec lesquels on exalte le sentiment
de l'orgueil humain ; tel un rêve qui entraîne l'homme, sans lumière, sans
guide et sans secours, dans la voie de l'illusion, où, en attendant le grand
jour de la pleine conscience, il sera dévoré par l'erreur et les passions. Et
ce grand jour, quand viendra-t-il ? A moins de changer la nature humaine (ce
qui n'est pas au pouvoir du Sillon), viendra-t-il jamais ? Est-ce que
les saints, qui ont porté la dignité humaine à son apogée, avaient cette
dignité-là ? Et les humbles de la terre, qui ne peuvent monter si haut et qui se
contentent de tracer modestement leur sillon, au rang que la Providence leur a
assigné, en remplissant énergiquement leurs devoirs dans l'humilité, l'obéissance
et la patience chrétienne, ne seraient-ils dignes du nom d'hommes, eux que le
Seigneur tirera un jour de leur condition obscure pour les placer au ciel parmi
les princes de son peuple ?
" 26. Nous arrêterons là nos réflexions sur les erreurs du Sillon.
Nous ne prétendons pas épuiser le sujet, car il y aurait encore à attirer votre
attention sur d'autres points également faux et dangereux, par exemple, sur la
manière de comprendre le pouvoir coercitif de l'Eglise. Il importe maintenant
de voir l'influence de ces erreurs sur la conduite pratique du Sillon et
sur son action sociale.
" 27. Les doctrines du Sillon ne restent pas dans le
domaine de l'abstraction philosophique. Elles sont enseignées à la jeunesse
catholique, et, bien plus, on s'essaye à les vivre. Le Sillon se regarde comme le noyau de la cité future
; il la reflète donc aussi fidèlement que possible. En effet, il n'y a pas de
hiérarchie dans le Sillon. L'élite qui le dirige s'est dégagée de la
masse par sélection, c'est-à-dire en s'imposant par son autorité morale et par
ses vertus. On y entre librement, comme librement on en sort. Les études s'y
font sans maître, tout au plus avec un conseiller. Les cercles d'études sont de
véritables coopératives intellectuelles, où chacun est tout ensemble maître et
élève. La camaraderie la plus absolue règne entre les membres et met en contact
total leurs âmes : de là, l'âme commune du Sillon. On l'a définie "
une amitié ". Le prêtre lui-même quand il y entre, abaisse l'éminente
dignité de son sacerdoce et, par le plus étrange renversement des rôles, se
fait élève, se met au niveau de ses jeunes amis et n'est plus qu'un camarade.
" 28. Dans ces habitudes démocratiques et les théories sur la cité
idéale qui les inspirent, vous reconnaîtrez, Vénérables Frères, la cause
secrète des manquements disciplinaires que vous avez dû si souvent reprocher au
Sillon. Il n'est pas étonnant que vous ne trouviez pas chez les chefs et chez
les camarades ainsi formés, fussent-ils séminaristes ou prêtres, le respect, la
docilité et l'obéissance qui sont dus à vos personnes et à votre autorité ; que
vous sentiez de leur part une sourde opposition et que vous ayez le regret de
les voir se soustraire totalement, ou, quand ils y sont forcés par
l'obéissance, se livrer avec dégoût à des œuvres non sillonnistes. Vous êtes le
passé, eux sont les pionniers de la civilisation future. Vous représentez la
hiérarchie, les inégalités sociales, l'autorité et l'obéissance : institutions
vieillies, auxquelles leurs âmes, éprises d'un autre idéal, ne peuvent plus se
plier. Nous avons sur cet état d'esprit le témoignage de faits douloureux,
capables d'arracher des larmes, et nous ne pouvons, malgré notre longanimité,
Nous défendre d'un juste sentiment d'indignation. Eh quoi ! on inspire à
votre jeunesse catholique la défiance envers l'Eglise, leur mère ; on leur
apprend que depuis dix neuf siècles, elle n'a pas encore réussi dans le monde à
constituer la société sur ses vraies bases ; qu'elle n'a pas compris les
notions sociales de l'autorité, de la liberté, de l'égalité, de la fraternité
et de la dignité humaine ; que les grands évêques et les grands monarques, qui
ont créé et si glorieusement gouverné la France, n'ont pas su donner à leur
peuple ni la vraie justice, ni le vrai bonheur, parce qu'ils n'avaient pas
l'idéal du Sillon !
" 29. Le souffle de la Révolution a passé par là, et nous pouvons conclure
que si les doctrines sociales du Sillon son erronées, son esprit est dangereux
et son éducation funeste.
" 30. Mais alors, que devons-nous penser de son action dans
l'Eglise, lui dont le catholicisme est si pointilleux que d'un peu plus, à
moins d'embrasser sa cause, on serait à ses yeux un ennemi intérieur du
catholicisme et l'on ne comprendrait rien à l'Evangile et à Jésus-Christ , Nous
croyons bon d'insister sur cette question parce que c'est précisément son
ardeur catholique qui a valu au Sillon, jusque dans ces derniers temps, de
précieux encouragements et d'illustres suffrages. Eh bien ! devant les
paroles et les faits, Nous sommes obligé de dire que, dans son action comme
dans sa doctrine, le Sillon ne donne pas satisfaction à l'Eglise.
" 31. D'abord, son catholicisme ne s'accommode que de sa forme du
gouvernement démocratique [contradiction dans les termes "
gouvernement " et " démocratique " (6)], qu'il estime être la plus favorable à l'Eglise, et se confondre pour
ainsi dire avec elle ; il inféode donc sa religion à un parti politique. Nous
n'avons pas à démontrer que l'avènement de la démocratie universelle n'importe
pas à l'action de l'Eglise dans le monde ; Nous avons déjà rappelé que l'Eglise
a toujours laissé aux nations le souci de se donner le gouvernement qu'elles
estiment le plus avantageux pour leurs intérêts. Ce que nous voulons affirmer
encore une fois après Notre prédécesseur, c'est qu'il y a erreur et danger à
inféoder, par principe, le catholicisme à une forme de gouvernement ; erreur et
danger qui sont d'autant plus grands lorsqu'on synthétise la religion avec un
genre de démocratie dont les doctrines son erronées [la démocratie, en
tant que telle, par ses principes contre nature, ne peut que détruire tout
organisme sain ou naturellement constitué]. Or, c'est le cas du Sillon,
lequel, par le fait, et pour une forme politique spéciale, en compromettant
l'Eglise, divise les catholiques, arrache la jeunesse et même des prêtres et
des séminaristes à l'action simplement catholiques, et dépense en pure perte
les forces vives d'une partie de la nation.
" 32. Et voyez, Vénérables Frères, une étonnante contradiction.
C'est précisément parce que la religion doit dominer tous les partis, c'est en
invoquant ce principe que le Sillon s'abstient de défendre l'Eglise
attaquée. Certes, ce n'est pas l'Eglise qui est descendue dans l'arène
politique : on l'y a entraînée et pour la mutiler et pour la dépouiller. Le devoir de tout
catholique n'est-il donc pas d'user des armes politiques qu'il tient en main
pour la défendre, et aussi pour forcer la politique à rester dans son domaine
et à s'occuper de l'Eglise que pour lui rendre ce qui lui est dû ? Eh bien ! en face de l'Eglise ainsi
violentée, on a souvent la douleur de voir les sillonnistes se croiser les
bras, si ce n'est qu'à la défendre ils trouveront leur compte ; on les voit dicter ou
soutenir un programme qui nulle part ni à aucun degré ne révèle le catholique. Ce qui n'empêche pas les hommes, en pleine lutte politique, sous le
coup d'une provocation, d'afficher publiquement leur foi. Qu'est-ce à dire, sinon
qu'il y a deux hommes dans le sillonniste : l'individu, qui est catholique ; le
sillonniste, l'homme d'action, qui est neutre.
" 33. Il fut un temps où le Sillon, comme tel, était
formellement catholique. En fait de force morale, il n'en connaissait qu'une,
la force catholique, et il allait proclamant que la démocratie serait catholique ou qu'elle ne serait
pas [le
ver était déjà dans le fruit ! C'est la logique des idées qui les a conduits à
l'abîme]. Un moment vint où il se ravisa.
Il laissa à chacun sa religion ou sa philosophie. Il cessa lui-même de se
qualifier de " catholique ", il substitua cette autre " La
démocratie ne sera pas anti-catholique " [mais le catholicisme
et la démocratie sont absolument inconciliables !], pas plus d'ailleurs qu'anti-juive ou anti-bouddhiste. Ce fut l'époque
du plus grand Sillon. On
appela à la construction de la cité future tous les ouvriers de toutes les
religions et de toutes les sectes. On ne leur demanda que d'embrasser le même
idéal social, de respecter toutes les croyances et d'apporter un certain
appoint de forces morales. Certes, proclamait-on, " les chefs du Sillon mettent leur foi religieuse
au-dessus de tout. Mais peuvent-ils ôter aux autres le droit de puiser leur
énergie morale là où ils peuvent ? En revanche, ils veulent que les autres
respectent leur droit, à eux, de la puiser dans la foi catholique. Ils
demandent donc à tous ceux qui veulent transformer la société présente dans le
sens de la démocratie de ne pas se repousser mutuellement à cause des
convictions philosophiques ou religieuses qui peuvent les séparer, mais de
marcher la main dans la main, non pas en renonçant à leurs convictions, mais en
essayant de faire sur le terrain des réalités pratiques la preuve de
l'excellence de leurs convictions personnelles. Peut-être sur ce terrain de
l'émulation entre âmes attachées à différentes convictions religieuses ou
philosophiques l'union pourra se réaliser " (7). Et l'on déclara en même
temps (comment cela pouvait-il s'accomplir ?) que le petit Sillon
catholique serait l'âme du grand Sillon cosmopolite.
" 34. Récemment, le nom du plus grand Sillon a disparu, et une
nouvelle organisation est intervenue, sans modifier, bien au contraire,
l'esprit et le fond des choses : " pour mettre de l'ordre dans le travail
et organiser les diverses formes d'activité. Le Sillon reste toujours une âme,
un esprit, qui se mêlera aux groupes et inspirera leur activité ". Et tous les groupements
nouveaux, devenus en apparence autonomes : catholiques, protestants,
libres-penseurs, sont priés de se mettre à l'œuvre. " Les camarades catholiques travailleront entre eux dans une
organisation spéciale à s'instruire et à s'éduquer. Les démocrates protestants
et libres-penseurs en feront autant de leur côté. Tous, catholiques,
protestants et libres-penseurs, auront à cœur d'armer la jeunesse non pas pour
une lutte fratricide, mais pour une généreuse émulation sur le terrain des
vertus sociales et civiques " (8).
" 35. Ces déclarations et cette nouvelle organisation de l'action
sillonniste appellent de bien graves réflexions.
" 36. Voici, fondée par des catholiques, une association
interconfessionnelle, pour travailler à la réforme de la civilisation, œuvre
religieuse au premier chef, car pas de vraie civilisation sans civilisation
morale, et pas de vraie civilisation sans la vraie religion : c'est une vérité
démontrée, c'est un fait d'histoire. Et les nouveaux
sillonnistes ne pourront pas prétexter qu'ils ne travailleront que " sur
le terrain des réalités pratiques " où la diversité des croyances
n'importe pas. Leur chef sent si bien cette influence des convictions de l'esprit
sur le résultat de l'action qu'il les invite, à quelque religion qu'ils
appartiennent, à " faire sur le terrain des
réalités pratiques la preuve de l'excellence de leurs convictions personnelles ". Et avec raison, car les réalisations pratiques revêtent le caractère
des convictions religieuses, comme les membres d'un corps jusqu'à leurs
dernières extrémités reçoivent leur forme du principe vital qui l'anime.
" 37. Ceci dit, que faut-il penser de la promiscuité où se
trouveront engagés les jeunes catholiques avec des hétérodoxes et des
incroyants de toute sorte dans une œuvre de cette nature ? N'est-elle pas mille fois plus dangereuse pour eux qu'une association
neutre ? Que faut-il penser de cet appel à tous les hétérodoxes et à tous les
incroyants à prouver l'excellence de leurs convictions sur le terrain social,
dans une espèce de concours apologétique, comme si ce concours ne durait pas
depuis dix-neuf siècles, dans des conditions moins dangereuses pour la foi des
fidèles et tout en l'honneur de l'Eglise catholique ? Que faut-il penser de ce
respect de toutes les erreurs et de l'invitation étrange, faite par un
catholique à tous les dissidents, de fortifier leurs convictions par l'étude et
d'en faire des sources toujours plus abondantes de forces nouvelles ? Que
faut-il penser d'une association où toutes les religions et même la
libre-pensée peuvent se manifester hautement à leur aise ? Car les sillonnistes qui, dans les
conférences publiques et ailleurs, proclament fièrement leur foi individuelle, n'entendent
certainement pas fermer la bouche aux autres et empêcher le protestant
d'affirmer son protestantisme et le sceptique son scepticisme. Que penser, enfin, d'un
catholique qui, en entrant dans son cercle d'études, laisse son catholicisme à
la porte, pour ne pas effrayer les
camarades qui, " rêvant d'une action sociale désintéressée, répugnent de
la faire servir au triomphe d'intérêts, de coteries ou même de convictions
quelles qu'elles soient " ? Telle est la profession de foi du nouveau
Comité démocratique d'action sociale, qui a hérité de la plus grande tâche de
l'ancienne organisation, et qui, dit-il, " brisant l'équivoque entretenue
autour du plus grand Sillon, tant dans les milieux réactionnaires que
dans les milieux anticléricaux " est ouvert à tous les hommes "
respectueux des forces morales et religieuses et convaincues qu'aucune
émancipation sociale véritable n'est possible sans le ferment d'un généreux
idéalisme ".
" 38. Oui, hélas ! l'équivoque est brisée
; l'action sociale du Sillon n'est plus catholique ; le sillonniste, comme tel, ne travaille pas pour une coterie, et
" l'Eglise, il le dit, ne saurait à aucun titre être bénéficiaire des
sympathies que son action pourra susciter ". Etrange insinuation, vraiment
! On craint que l'Eglise ne profite de l'action sociale du Sillon dans
un but égoïste et intéressé, comme si tout ce qui profite à l'Eglise ne
profitait pas à l'humanité ! Etrange renversement des idées : c'est l'Eglise
qui serait la bénéficiaire de l'action sociale, comme si les plus grands
économistes n'avaient pas reconnu et démontré que c'est l'action sociale, qui,
pour être sérieuse et féconde, doit bénéficier de l'Eglise. Mais, plus étrange
encore, effrayantes et attristantes à la fois, sont l'audace et la légèreté
d'esprit d'hommes qui se disent catholiques, qui rêvent de refondre sur terre,
par-dessus l'Eglise catholique " le règne de la justice et de l'amour
", avec des ouvriers venus de toute part, de toutes religions ou sans
religion, avec ou sans croyances, pourvu qu'ils oublient ce qui les divise :
leur convictions religieuses et philosophiques, et qu'ils mettent en commun ce
qui les unit : un généreux idéalisme et des forces morales prises " où
ils peuvent ". Quand on songe à tout ce qu'il a fallu de forces, de
science, de vertus surnaturelles pour établir la cité chrétienne, et les
souffrances de millions de martyrs, et les lumières des Pères et des Docteurs
de l'Eglise, et le dévouement de tous les héros de la charité, et une puissante
hiérarchie née du ciel, et des fleuves de grâce divine, et le tout édifié,
relié, compénétré par la Vie de Jésus-Christ, la Sagesse de Dieu, le Verbe fait
homme ; quand on songe, disons-Nous, à tout cela, on est effrayé de voir de
nouveaux apôtres s'acharner à faire mieux avec la mise en commun d'un vague
idéalisme et de vertus civiques [effectivement, il y a
de quoi être complètement écœuré]. Que vont-ils
produire ? Qu'est-ce qui va sortir de cette collaboration ? Une construction
purement verbale et chimérique, où l'on verra miroiter pêle-mêle et dans une
confusion séduisante les mots de liberté, de justice, de fraternité et d'amour
d'égalité et d'exaltation humaine, le tout basé sur une dignité humaine mal
comprise. Ce sera une agitation tumultueuse, stérile pour le but proposé et qui
profitera aux remueurs de masses moins utopistes. Oui, vraiment, on peut
dire que le Sillon convoie le socialisme, l'œil fixé sur une chimère.
" 39. Nous craignons qu'il n'y ait encore pire. Le résultat de
cette promiscuité en travail, le bénéficiaire de cette action sociale
cosmopolite ne peut être qu'une démocratie qui ne sera ni catholique ni
protestante, ni juive ; une religion (car le sillonnisme, les chefs l'ont dit,
est une religion) plus universelle que l'Eglise catholique, réunissant tous les
hommes devenus enfin, frères et camarades dans " le règne de Dieu ".
- " On ne travaille pas pour l'Eglise, on travaille pour l'humanité."
" 40. Et maintenant, pénétré de la plus vive tristesse, Nous Nous
demandons, Vénérables Frères, ce qu'est devenu le catholicisme du Sillon.
Hélas ! lui qui donnait autrefois de si belles espérances, ce fleuve limpide et
impétueux a été capté dans sa marche par les ennemis modernes de l'Eglise et ne
forme plus dorénavant qu'un misérable affluent du grand mouvement d'apostasie
organisé, dans tous les pays, pour l'établissement d'une Eglise universelle qui
n'aura ni dogmes, ni monarchie, ni règle pour l'esprit, ni frein pour les
passions et qui, sous prétexte de liberté et de dignité humaine, ramènerait
dans le monde, si elle pouvait triompher, le règne légal de la ruse et de la
force, et l'oppression des faibles, de ceux qui souffrent et qui travaillent.
" 41. Nous ne connaissons que trop les sombres officines où l'on
élabore des doctrines délétères qui ne devraient pas séduire des esprits
clairvoyants. Les chefs du Sillon n'ont pu s'en défendre :
l'exaltation de leurs sentiments, l'aveugle bonté de leur cœur, leur mysticisme
philosophique, mêlé d'une part d'illuminisme, les ont entraînés vers un nouvel
Evangile, dans lequel ils ont cru voir le véritable Evangile du Sauveur, au
point qu'ils osent traiter Notre-Seigneur Jésus-Christ avec une familiarité
souverainement irrespectueuse et que, leur idéal étant apparenté à celui de la
Révolution, ils ne craignent pas de faire entre l'Evangile et la Révolution des
rapprochements blasphématoires qui n'ont pas l'excuse d'avoir échappé à quelque
improvisation tumultueuse.
" 42. Nous voulons attirer votre attention, Vénérables Frères, sur
cette déformation de l'Evangile et du caractère sacré de Notre-Seigneur
Jésus-Christ. Dieu et l'Homme, pratiquée dans le « Sillon » et
ailleurs. Dès que l'on aborde la question sociale, il est de mode, dans
certains milieux, d'écarter d'abord la divinité de Jésus-Christ, et puis de ne
parler que de sa souveraine mansuétude, de sa compassion pour toutes les
misères humaines, de ses pressantes exhortations à l'amour du prochain et à la
fraternité. Certes, Jésus nous a aimés d'un
amour immense, infini, et il est venu sur terre souffrir et mourir pour que,
réunis autour de lui dans la justice et l'amour, animés des mêmes sentiments de
charité mutuelle, tous les hommes vivent dans la paix et le bonheur. Mais, à la réalisation de
ce bonheur temporel et éternel, il a mis, avec une souveraine autorité, la
condition que l'on fasse partie de son troupeau, que l'on accepte sa doctrine,
que l'on pratique la vertu et qu'on se laisse enseigner et guider par Pierre et
ses successeurs. Puis, si Jésus a été bon pour les égarés et les pécheurs, il
n'a pas respecté leurs convictions erronées, quelque sincères qu'elles
parussent ; il les a tous aimés pour les instruire, les convertir et les
sauver. S'il a appelé à lui, pour les
soulager, ceux qui peinent et qui souffrent, ce n'a pas été pour leur prêcher
la jalousie d'une égalité chimérique. S'il a relevé les humbles, ce n'a pas été
pour leur inspirer le sentiment d'une dignité indépendante et rebelle à
l'obéissance. Si son cœur débordait de mansuétude pour les âmes de bonne volonté, il a su également s'armer d'une sainte indignation contre les
profanateurs de la maison de Dieu, contre les misérables qui scandalisaient les
petits, contre les autorités qui accablent le peuple sous le poids de lourds
fardeaux sans y mettre le doigt pour les soulever. Il a été aussi fort que doux
; il a grondé, menacé, châtié, sachant et nous enseignant que souvent la
crainte est le commencement de la sagesse et qu'il convient parfois de couper
un membre pour sauver le corps ? Enfin, il n'a pas annoncé pour la société future
le règne d'une félicité idéale, d'où la souffrance serait bannie ; mais, par
ses leçons et par ses exemples, il a tracé le chemin du bonheur possible sur
terre et du bonheur parfait au ciel : la voie royale de la croix [là est la Vérité ! – Cf. S. Jean, VI, 61 ; Imitation de
Jésus-Christ, liv. II, ch. XII]. Ce sont là des enseignements
qu'on aurait tort d'appliquer seulement à la vie individuelle en vue du salut
éternel ; ce sont des enseignements sociaux, et ils nous montrent en
Notre-Seigneur Jésus-Christ autre chose qu'un humanitarisme sans consistance et
sans autorité.
" 43. Pour vous, Vénérables Frères, continuez activement
l'œuvre du Sauveur des hommes par l'imitation de sa douceur et sa force. Inclinez-vous
vers toutes les misères ; qu'aucune douleur n'échappe à votre sollicitude
pastorale ; qu'aucune plainte ne vous trouve indifférents. Mais aussi, prêchez
hardiment leurs devoirs aux grands et aux petits ; il vous appartiendra de
former la conscience du peuple et des pouvoirs publics. La question sociale sera bien près d'être résolue lorsque les uns et
les autres, moins exigeants sur leurs droits mutuels, rempliront plus
exactement leurs devoirs.
" 44. De plus, comme dans le conflit des intérêts, et surtout dans
la lutte avec des forces malhonnêtes, la vertu d'un homme, sa sainteté même ne
suffit pas toujours à lui assurer le pain quotidien, et que les rouages
sociaux devraient être organisés de telle façon que, par leur jeu naturel,
ils paralysent les efforts des méchants et rendent abordable à toute bonne
volonté sa part légitime de félicité temporelle, Nous désirons vivement que vous preniez une part active à
l'organisation de la société dans ce but. Et à cette fin, pendant que vos
prêtres se livreront avec ardeur au travail de la sanctification des âmes, de
la défense de l'Eglise, et aux œuvres de charité proprement dites, vous en
choisissiez quelques-uns, actifs et d'esprit pondéré, munis des
grades de docteur en philosophie et en théologie et possédant parfaitement
l'histoire de la civilisation antique et moderne, et vous les
appliquerez aux études moins élevées et plus pratiques de la science sociale,
pour les mettre, en temps opportun, à la tête de vos œuvres d'action
catholique. Toutefois, que ces prêtres ne se laissent pas égarer, dans le
dédale des opinions contemporaines, par le miracle d'une fausse démocratie [afin de ne plus
recommencer, comme le Sillon, à emprunter un mauvais chemin, n'oublions
jamais que la démocratie, en tant que telle, par principe et politiquement
parlant, est toujours fausse] ; qu'ils n'empruntent pas à la
rhétorique des pires ennemis de l'Eglise et du peuple un langage emphatique
plein de promesses aussi sonores qu'irréalisables. Qu'ils soient persuadés que
la question sociale et la science sociale ne sont pas nées d'hier ; que, de
tous temps, l'Eglise et l'Etat, heureusement concertés, ont suscité dans ce but
des organisations fécondes ; que l'Eglise, qui n'a jamais trahi le bonheur du
peuple par des alliances compromettantes, n'a pas à se dégager du passé et
qu'il lui suffit de reprendre, avec le concours des vrais ouvriers de la
restauration sociale, les organismes brisés par la Révolution et de les
adapter, dans le même esprit chrétien qui les a inspirés, au nouveau milieu
créé par l'évolution matérielle de la société contemporaine : car les vrais
amis du peuple ne sont ni révolutionnaires ni novateurs, mais traditionalistes.
" 45. Cette œuvre éminemment digne de votre zèle pastoral, Nous
désirons que, loin d'y faire obstacle, la jeunesse du Sillon, dégagée de
ses erreurs, y apporte dans l'ordre et la soumission convenables un concours
loyal et efficace [ce qui, malheureusement, n'a pas été suivi d'effet (9)].
" 46. Nous tournant donc vers les chefs du Sillon, avec la
confiance d'un Père qui parle à ses enfants, Nous leur demandons pour leur
bien, pour le bien de l'Eglise et de la France, de vous céder leur place. Nous
mesurons, certes, l'étendue de sacrifice que Nous sollicitons d'eux, mais nous
les savons assez généreux pour l'accomplir, et, d'avance, au nom de
Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont nous sommes l'indigne représentant, Nous les
en bénissons. Quant aux membres du Sillon, Nous voulons qu'ils se rangent par
diocèses pour travailler, sous la direction de leurs évêques respectifs, à la
régénération chrétienne et catholique du peuple, en même temps qu'à
l'amélioration de son sort. Ces groupes diocésains seront, pour le moment,
indépendants les uns des autres : et afin de bien marquer qu'ils ont brisé avec les
erreurs du passé, ils prendront le nom de " Sillon catholique ", et
chacun de leurs membres ajoutera à son titre de " sillonniste " le
même qualificatif de " catholique ". Il va sans dire que
tout sillonniste catholique restera libre de garder par ailleurs ses
préférences politiques [aïe !], épurées de tout ce qui ne
serait pas entièrement conforme, en cette matière, à la doctrine de l'Eglise [ouf !]. Que si, Vénérables Frères, des
groupes refusaient de se soumettre à ces conditions, vous devriez les considérer
comme refusant par le fait de se soumettre à votre direction ; et, alors, il y
aurait à examiner s'ils se confinent dans la politique ou l'économie pure [hum !], ou s'ils persévèrent dans leurs anciens errements. Dans le premier
cas, il est clair que vous n'auriez pas plus à vous en occuper que du commun
des fidèles ; dans le second cas, vous devriez agir en conséquence, avec
prudence, mais avec fermeté. Les prêtres auront à se tenir totalement en dehors
des groupes dissidents et se contenteront de prêter le secours du saint
ministère individuellement à leurs membres, en leur appliquant au tribunal de
la Pénitence les règles communes de la morale relativement à la doctrine et à
la conduite. Quant aux groupes catholiques, les prêtres et les séminaristes s'abstiendront
de s'y agréger comme membres, car il convient que la milice sacerdotale reste
au-dessus des associations laïques, même les plus utiles et animés du meilleur
esprit [parfait !].
" 47. Telles sont les mesures pratiques par lesquelles Nous avons
cru nécessaire de sanctionner cette Lettre sur le Sillon et les sillonnistes.
Que le Seigneur veuille bien, Nous l'en prions du fond de l'âme, faire
comprendre à ces hommes et à ces jeunes gens les graves raisons qui l'ont
dictée, qu'Il leur donne la docilité du cœur, avec le courage de prouver, en
face de l'Eglise, la sincérité de leur ferveur catholique ; et à vous,
Vénérables Frères, qu'Il vous inspire pour eux, puisqu'ils sont désormais
vôtres, les sentiments d'une affection toute paternelle.
"
" 49. Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 25 août 1910, la
huitième de Notre Pontificat.
PIE X, PAPE." [Canonisé le 29 mais 1954 sous le Pontificat du Pape
Pie XII]
Notes
1) S. Thomas d'Aquin,
Somme théologique, 2a-2æ (La Foi), qu. 3, art. 2,
sol. 2 :
" En cas de
nécessité, là où la foi est en péril, n'importe qui ("quilibet")
est tenu de divulguer aux autres sa foi, soit pour instruire ou affermir les
autres fidèles, soit pour réprimer l'impertinence des infidèles. Mais en
d'autres temps, instruire les gens dans la foi n'est pas l'affaire de tous les
fidèles. "
2) Pape Léon XIII,
Encyclique " Graves de communi
" (" Les graves discussions "), 18 janvier 1901 - la " Charte
de l'action des catholiques " sur la " démocratie chrétienne " et l'ambiguïté de ce terme :
" ... et Nous avons cru de notre devoir d'avertir publiquement les
catholiques des erreurs profondes cachées dans les doctrines du socialisme et des dangers qu'elles faisaient courir, non
seulement aux biens extérieurs, mais aussi à la probité des mœurs et à la
religion. [...]
" Ailleurs, la chose elle-même est appelée démocratie
chrétienne, et ceux qui s'y adonnent sont les démocrates chrétiens ; au
contraire, le système défendu
par les socialistes est désigné sous le nom de démocratie sociale.
" Or, des deux dernières expressions énoncées ci-dessus, si la
première, ' chrétiens sociaux ', ne soulève guère de réclamations, la seconde,
' démocratie
chrétienne ', blesse beaucoup d'honnêtes
gens, qui lui trouvent un sens équivoque et dangereux. Ils se défient de cette dénomination pour plus d'un motif. Ils
craignent que ce mot ne déguise mal le gouvernement populaire [a] ou ne marque en sa faveur une préférence sur les autres formes de
gouvernement. [...]
" Que prétend la démocratie sociale [ou socialiste], et quel doit être
le but de la démocratie chrétienne ? Il ne peut y avoir de doute sur ce
point. L'une, en effet, - qu'on se laisse aller à la professer avec plus ou
moins d'excès - est poussée par un grand nombre de ses adeptes à un tel point de
perversité, qu'elle ne voit rien de supérieur aux choses de la terre, qu'elle recherche
les biens corporels et extérieurs, et qu'elle place le bonheur de l'homme dans
la poursuite et la jouissance de ces biens. C'est pour cela qu'ils voudraient
que, dans l'État, le pouvoir appartînt au peuple [d'où le terme de démocratie]. [...]
" Au contraire, la démocratie chrétienne, par le fait seul
qu'elle se dit chrétienne, doit s'appuyer sur les principes de la foi divine
comme sur sa propre base. Elle doit pourvoir
aux intérêts des petits, sans cesser de conduire à la perfection qui convient
aux âmes créées pour les biens éternels. Pour elle, il ne doit y avoir rien de
plus sacré que la justice ; il lui faut garder à l'abri de toute atteinte le
droit de propriété et de possession, maintenir la distinction des classes qui,
sans contredit, est le propre d'un État bien constitué ; enfin, il faut qu'elle
accepte de donner à la communauté humaine une forme et un caractère en
harmonie avec ceux qu'a établis le Dieu créateur.
" Mais il serait condamnable de
détourner à un sens politique le terme de démocratie chrétienne [notons bien que le
Peuple de Dieu ne gouverne pas l'Église : kratein]. Sans doute, la démocratie, d'après l'étymologie même du mot et l'usage qu'en ont fait les philosophes, indique le régime populaire ; mais, dans les circonstances actuelles, il ne faut l'employer qu'en
lui ôtant tout sens politique, et en lui attachant
aucune autre signification que celle d'une bienfaisante action chrétienne
parmi le peuple (beneficam in
populum actionem christianam). [...]
" Nous venons, en passant, de rappeler la pratique des vertus et
des devoirs religieux, et ce n'est pas sans intention. Certains hommes, en effet, professent
l'opinion, et elle se répand parmi le peuple, que la question sociale, comme on
dit, n'est qu'une question économique. Il est très vrai, au contraire, qu'elle
est avant tout une question morale et religieuse, et que, pour ce
même motif, il faut surtout la résoudre d'après les règles de la morale et le
jugement de la religion. Admettons, en effet, que le salaire des ouvriers
soit doublé, que la durée du travail soit réduite ; admettons même que les
denrées soient à bas prix. Eh bien! Si l'ouvrier, selon l'usage, prête
l'oreille à des doctrines et s'inspire des exemples qui le poussent à
s'affranchir du respect envers Dieu et à se livrer à la dépravation des mœurs,
il est inévitable qu'il voie ses ressources et le fruit même de ses travaux se
dissiper. L'expérience et la pratique montrent que, malgré la durée plus courte
de leur travail et le prix plus élevé de leur salaire, la plupart des ouvriers
de mœurs corrompues et sans principes religieux mènent une vie gênée et
misérable. [...]
" [...] Certes, elle est assez étendue, la perspective des misères
qui sont devant nos yeux ; elles
sont assez redoutables, les menaces de perturbations funestes que tient
suspendues sur nos têtes la force toujours croissante des socialistes. Ceux-ci
se glissent habilement au sein de la société. Dans les ténèbres de leurs conventicules secrets
[allusion aux assemblées générales des loges maçonniques] comme en plein jour,
par la parole et la plume, ils poussent la multitude à la révolte. Affranchis
des enseignements de l'Église, ils ne s'inquiètent pas des devoirs, n'exaltent
que les droits. Ils font appel à des foules chaque jour grossissante
de malheureux, que les difficultés de l'existence rendent plus accessibles à
leurs mensonges et plus ardents à embrasser leurs erreurs.
" L'avenir de la
société et de la religion est en jeu. Sauvegarder l'honneur de l'une et de
l'autre, c'est le devoir sacré de tous les gens de bien. [...]
"
a) L'avenir leur a donné raison, car, même aujourd'hui, en l'an 2003,
le terme de " démocratie (mot piège) chrétienne " , dans l'esprit des
Français, est toujours confondu avec celui de " démocratie sociale "
que les socialistes utilisent pour promouvoir un égalitarisme contre nature, si
cher à Jean-Jacques Rousseau, car, en conservant ce mot, on ne pouvait
fatalement que revenir à sa définition réelle ou à la chose même, c'est-à-dire
au gouvernement du peuple, aboutissement logique de la folle utopie égalitaire.
3) Ps 126 1 : " Si Dieu ne bâtit pas la cité, ceux qui la
bâtissent travaillent en vain."
4) Éphésiens, I, 10 : " in dispensationem plenitudinis temporum
instaurare omnia in Christo quae in caelis et quae in terra sunt in ipso
".
5) Marc Sangnier, Discours de Rouen, 1907.
6) Lalande (André), membre de l'Institut,
professeur honoraire à la Sorbonne, président honoraire de la Société Française
de Philosophie, Vocabulaire
technique et critique de la philosophie, revu par MM. les membres et
correspondants de la Société et publié avec leurs corrections et observations
par André Lalande, avant-propos de René Poirier, membre de l'Institut,
professeur à la Sorbonne, Presses Universitaires de France, Paris, 1968, page
215 :
" DÉMOCRATIE, Grec
: Dhmokratia [de dhmos, peuple, et kratein, dominer, régner, gouverner,
commander, ordonner] ; Allemand : Demokratie ;
Anglais : Democracy ; Italien : Democrazia.
A. État politique dans lequel
la souveraineté appartient à la totalité des citoyens, sans distinction de
naissance, de fortune ou de capacité.
B. Parti politique soutenant la démocratie au sens A.
Radical international : Demokrati."
Alexandre le Grand ou le rêve
dépassé (356-323 avant Jésus-Christ),
Benoist-Méchin, Librairie Académique Perrin, 1976, page 218 :
« Leurs penseurs les plus éminents [parmi
les Grecs] ne s’étaient pourtant pas fait
faute de dénoncer les plaies que le particularisme local et l’égalitarisme
démocratique entretenaient au flanc de l’Hellade. Dans sa Guerre du Péloponèse, Thucydide avait constamment rappelé à ses
concitoyens que “ les grandes choses ne se réalisent jamais que sous l’effet
d’un seul ”. Dans sa République,
Platon cherchant à définir la structure de l’Etat idéal, en était venu à prôner
la supériorité de la monarchie. Quant à Aristote, il n’avait pas hésité à
déclarer dans sa Politique que tous
les citoyens devaient être investis de droits et de devoirs égaux. Mais il
corrigeait aussitôt cette affirmation par les lignes suivantes : “ Si les
capacités et les talents d’un individu sont sans commune mesure avec la
puissance politique de l’ensemble de ses concitoyens, il est impossible de le
considérer comme une fraction de la communauté. Soumettre ses qualités à la
même loi que les autres serait commettre à son égard une injustice
proportionnée à leur degré de supériorité. Un tel individu devrait plutôt être
traité comme un dieu parmi les hommes. D’où il découle que les lois ne
s’appliquent qu’à ceux qui sont égaux par la naissance et le pouvoir. Pour les
autres, les lois n’existent pas, car ils sont eux-mêmes la loi. Ils la créent
aussi naturellement que le soleil crée la lumière. Celui qui voudrait leur
imposer la loi commune se rendrait ridicule et s’attirerait la même réponse que
les lièvres de la fable d’Antisthène, lorsqu’ils réclamèrent à l’Assemblée des
animaux une part égale à celle du lion.” Mais ni Thucydide, ni Platon, ni
Aristote n’avaient réussi à en convaincre la grande masse de leurs
compatriotes. »
7) Marc Sangnier, Discours de Rouen, 1907.
8) Marc Sangnier, Paris, 1910.
9) Histoire, dogme et critique dans LA CRISE MODERNISTE (647 pages), Thèse pour le Doctorat ès lettres présentée à la Faculté
des Lettres et Sciences humaines, par Émile Poulat, Chargé de recherches au C.N.R.S., Casterman 1962.
INTÉGRISME ET
CATHOLICISME INTÉGRAL, Un réseau secret
international antimoderniste : La "Sapinière" (1909-1921), 605 pages, du même auteur que le
précédent ouvrage cité ci-dessus, Casterman 1969, page 81 :
" Les principes catholiques ne se modifient pas, ni parce que les
années tournent, ni parce qu'on change de pays, ni à cause de nouvelles
découvertes, ni par raison d'utilité. Ils sont toujours ceux que le Christ a
enseignés, que l'Eglise a proclamés, que les Papes et les Conciles ont définis,
que les Saints ont tenus, que les Docteurs ont défendus. Il convient de les
prendre comme ils sont, ou, comme ils sont, de les laisser. Qui les accepte dans toute leur plénitude et rigueur est catholique ;
celui qui balance, louvoie, s'adapte aux temps, transige, pourra se donner à
lui-même le nom qu'il voudra, mais devant Dieu et devant l'Eglise, il est un
rebelle et un traite." Tel était l'enseignement pratique que le Civiltà
cattolica trouvait, à quelques mois du siècle nouveau, dans la Lettre de
Léon XIII sur l'américanisme (a). Ce qu'on appelle l'intégrisme est né pour
maintenir et affirmer cet enseignement contre tout effort contraire : hors de
là, il n'est pour lui que modernisme."
a) " Leone XIII e l'Americanismo ", Civiltà cattolica,
15 mars 1899, p. 653.
Id., page 240 :
" Le Sillon, fondé par Marc Sangnier (1873-1950) en 1894, avait
été condamné par Pie X dans sa lettre Notre charge apostolique, du 25 août
1910. Sa disparition, conséquence de la soumission de son chef et de ses
membres, avait été suivie d'une transformation de ses activités plus que de ses
idées. (Voir Jeanne CARON, thèse citée supra, p. 69)."
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Notre bref commentaire :
Cette lettre du pape saint Pie X exige des catholiques des
actes qui s'opposent de plus en plus aux manières de vivre du monde moderne.
Sommes-nous arrivés à un point de non retour ? Faut-il tout lâcher ou
faut-il au contraire s'insurger contre tout ce qui s'oppose à la morale catholique
et à l'ordre naturel des choses, et ce au risque de passer pour un mégalomane
en restant inébranlable, nec spe, nec metu ? Là est la question.
Nous avons choisi de servir des principes plus que des hommes et de plaire
d'abord à Dieu, notre seul Souverain Bien, de l'adorer et le servir lui seul
(cf. S. Matthieu, 4 : 10). L'essentiel réside dans l'accomplissement des
devoirs de notre état et dans un abandon et une indifférence universelle à
l'action de Dieu, le laissant maître de faire ce qui lui plaît. Quant aux
fruits ou aux résultats, ils n'appartiennent qu'à Dieu. Cela touche de trop près la rectitude et la pureté de la foi pour
être négligé. Nos
travaux ne visent pas à satisfaire notre propre intérêt, mais à communiquer des
informations susceptibles de libérer certaines personnes de bonne volonté de
leurs idées aprioristes afin qu'elles puissent se tourner vers Celui qui est la
source de tout bien et " en qui nous avons la vie, le mouvement et l'être "
(Actes, XVII, 28). Nous ne cherchons ni le succès ni les louanges du monde.
Seule la vérité, c'est-à-dire ce qui consiste dans l’adéquation de la chose et
de l’intellect (cf. S. Thomas d’Aquin, De
Veritate, art. X, resp.), nous conduit et nous fascine inlassablement. Nous
n'inventons rien. Nous nous faisons seulement l'écho de la voix de nos maîtres.
Il serait illusoire et vain de croire que le monde, dans sa conduite présente,
va poursuivre tranquillement sa course pour parvenir finalement à satisfaire
tous ses caprices sans échapper à la colère de Dieu. On dit que la Bible est la
Parole de Dieu. Les chrétiens ne disent-ils pas tous les dimanches que le
Saint-Esprit a parlé par les Prophètes ? Qui le croit vraiment ? Si la Bible
est la Parole de Dieu, pourquoi n'en fait-on aucun cas ou fait-on comme si rien
de dramatique allait se passer ou se réaliser ? Ne
rejoint-on pas plutôt le credo de New Age dont Helena Petrovna
Blavatsky, Alice Bailey, Saï Baba, Benjamin Creme et l'Antéchrist ou le
luciférien Maitreya sont les nouveaux prophètes annonçant le retour du Christ
cosmique et l'entrée dans une ère nouvelle, l'ère du Verseau, qui verra tous
nos problèmes résolus et l'établissement d'une religion mondiale composée de
toutes les religions et de toutes les sectes (autrement dit un œcuménisme
moderniste ou très avancé qui fait du Saint-Esprit un menteur) ? (Cf. le site Partage
international en cliquant sur : PARTAGE
INTERNATIONAL) L'Ecriture ne dit-elle pas cependant que le Jour du Seigneur
viendra pour réduire notre terre en désert et en exterminer les pécheurs ?
Laissons, pour finir, la parole à saint Irénée (v. 130 - v. 208), évêque de
Lyon, qui, dans son ouvrage intitulé " Contre les hérésies "
(a), soutient qu'il avait été, dans sa prime jeunesse, l'auditeur fervent du
vieil évêque Polycarpe de Smyrne, qui lui-même avait été en relations avec
l'apôtre Jean et avec ceux qui avaient vu le Seigneur : " Si certains essaient d'entendre de telles prophéties dans un sens
allégorique, ils ne parviendront même pas à tomber d'accord entre eux sur tous
les points. D'ailleurs, ils seront convaincus d'erreur par
les textes eux-mêmes, qui disent : " Lorsque les villes des
nations seront dépeuplées, faute d'habitants, ainsi que les maisons, faute
d'hommes, et lorsque la terre sera laissée déserte..." (a). " Car voici, dit Isaïe, que le Jour du Seigneur vient, porteur de
mort, plein de fureur et de colère, pour réduire la terre en désert et en
exterminer les pécheurs (b)." Il dit encore : " Que l'impie soit enlevé,
pour ne point voir la gloire du Seigneur ! (c)
" " Et après " que " cela
" aura eu lieu, " Dieu, dit-il, éloignera les hommes, et
ceux qui auront été laissés se multiplieront sur la terre (d)" (e). " Ils bâtiront des maisons et eux-mêmes
les habiteront ; ils planteront des vignes et eux-mêmes en mangeront (f)." Toutes les prophéties de ce genre se rapportent sans conteste à la
résurrection des justes, qui aura lieu après l'avènement de l'Antéchrist et
l'anéantissement des nations soumises à son autorité : alors les justes
régneront sur la terre, croissant à la suite de l'apparition du Seigneur ; ils
s'accoutumeront, grâce à lui, à saisir la gloire du Père et, dans ce royaume,
ils accéderont au commerce des saints anges ainsi qu'à la communion et à
l'union avec les réalités spirituelles. Et tous ceux que le Seigneur trouvera
en leur chair, l'attendant des cieux après avoir enduré la tribulation et avoir
échappé aux mains de l'Impie, ce sont ceux dont le prophète a dit : " Et ceux qui auront été laissés se multiplieront sur la terre " (g). Ces derniers sont aussi tous ceux d'entre les
païens que Dieu préparera d'avance pour que, après avoir été laissés, ils se
multiplient sur la terre, soient gouvernés par les saints et servent à Jérusalem."
a) Contre les hérésies (La fausse gnose démasquée et réfutée), éd. du Cerf, 1985, III, 3,
4.
b) Isaïe, VI, 11.
c) Isaïe, XIII, 9.
d) Isaïe, XXVI, 10.
e) Isaïe, VI, 12.
f) Contre les hérésies, V, 35, 1.
g) Isaïe, LXV, 21. - Cf.
h) Isaïe, VI, 12.
Cela dit, pour ne prendre que deux exemples, ne croyons
surtout pas que les avortements s'interrompront en France et dans le monde
entier ou que l'infâme loi Weil disparaîtra comme par
enchantement et que le Christ, le Fils bien-aimé du Père, va automatiquement
régner socialement sur notre pays en nous contentant de nous réunir pour dire
des chapelets ou le rosaire dans des églises cathédrales ou ailleurs, ou de
nous exclamer : Seigneur, Seigneur ! (1) De telles sottises ne font que renforcer
les bastions de la Franc-Maçonnerie. Les actes religieux ne sont pas des actes
magiques. Sainte Thérèse d'Avila, " la Mère des spirituels "
("Mater spiritualium "), écrit dans les septièmes Demeures de
son Château de l'âme : " Tel est le but de l'oraison, mes filles
; voilà à quoi sert le mariage spirituel qui doit toujours produire des œuvres,
et encore des œuvres " (ch. IV). Nous voulons la paix ? Et nous prions
vocalement ensemble à grande vitesse un peu comme des perroquets, voire comme
des moulins à prières, pour que Dieu nous la donne, et ce à n'importe quel
prix. Parle-t-on seulement de pénitence comme pour Ninive dans le Livre de
Jonas ? Ne sommes-nous pas tous pécheurs ? (2) Méritons-nous la paix ? Et
quelle paix ? La paix de Jésus Christ ? (3) Ou celle qu'il n'est pas venu
apporter sur cette terre ? D'aucuns osent même prier avec les musulmans qui
n'invoquent pas le même Dieu qu'eux ou qui invoquent un Dieu qui condamne leur
foi en l'Incarnation et en la Trinité. Quel attelage disparate ! (4) N'est-ce
pas là se moquer du vrai Dieu et de sa très sainte Mère ? En effet, le Coran
que les musulmans prétendent être l'œuvre exclusive de Dieu ne nous laisse
aucun doute à ce sujet. Dieu pourrait-il se contredire ? Et qu'a-t-on fait des
messages de la Salette et de Fatima ? Le premier a toujours été mis sous le
boisseau et le second n'a jamais été communiqué en son entier, ce qui permet de
lui faire dire ce que l'on veut sans crainte d'être démenti. Et l'on prétend
ainsi être plus éclairé que notre Mère immaculée qui a été élevée en âme et en
corps à la gloire suprême du ciel (5) ou qui jouit de la
vision béatifique ! Pauvres hommes que nous sommes qui voulons donner des
leçons au Siège de la Sagesse ( Sedes
Sapientiæ) ! Quant à Jeanne d'Arc, la Sainte de notre patrie, elle nous a
pourtant bien montré comment il faut opérer pour vaincre les ennemis de Dieu et
de la France ou ceux qui ne veulent pas que Dieu règne sur eux (6). Et elle
priait toujours avant de partir au combat - et même sans cesse par l'oraison
d'union (7) ! Il suffit de lire les " Mémoires pour servir à l'histoire
du jacobinisme " de l'abbé Augustin Barruel pour remarquer le génie
diabolique et le zèle inlassable dont
ont témoigné les Maçons de tout bord pour imposer le naturalisme et l'individualisme
dans toutes les sphères de notre société, et ce sans avoir, bien entendu, la
grâce divine de leur côté. Les chrétiens seraient-ils donc incapables avec
l'aide de Dieu d'instaurer et de restaurer toutes choses dans le Christ ? Nos adversaires ou " les fils de ce siècle " seraient-ils
plus puissants et plus habiles que nous (8) ? Il s'agit en réalité de mettre la main à la pâte et de
saisir le gouvernail de la chose publique. Pour cela, il conviendra d'abroger
les lois iniques, d'en amender quelques-unes et d'en promulguer d'autres ; et
il s'agira également de démettre de leurs fonctions certaines personnes dont
l'influence est particulièrement et manifestement nocive et de les remplacer
par d'autres plus appropriées et plus dignes ; et enfin d'enseigner les
nations, de les éduquer et de les christianiser (9). Bref, cela s'appelle
gouverner. Dieu nous commande avant tout de faire notre devoir, car Lui seul
fait pousser ce que nous plantons et arrosons (10). Ne restons donc plus
couchés en endormant notre conscience par de faux arguments : on ne se moque
pas de Dieu. Et enfin ne nous laissons pas subjuguer par de belles promesses ou
de beaux discours, car c'est aux actes que se reconnaissent les vrais maîtres
de la cité, et ce sans jamais oublier que " si Dieu ne
bâtit pas la cité, ceux qui la bâtissent travaillent en vain " (11).
1) Cf. Matthieu; 7 : 21 ; Luc, 6 : 46 ; Matthieu, 6 : 7.
2) Cf. Luc, 13 : 3, 5 ; 1 Jean, 1 : 8-10.
3) Cf. Jean, 14 : 27 ; 16 : 33 ; Luc, 12 : 51 ; 19 : 12, 14 et 27 ;
Matthieu, 10 : 34 ; Apocalypse, 16 : 4 ; 19 : 11 ; 20 : 8 ; Daniel, 9 : 26 ;
Michée, 4 : 3 ; 2 Chroniques, 16 : 9 ; Isaïe, 2 : 4 ; Apocalypse, 21 : 3-4.
4) Cf. II Corinthiens, 6 : 14 ; Ire Épître de Jean, 2 :
22-23.
5) Pape Pie XII, Constitution Apostolique Munificentissimus Deus,
1er novembre 1950 :
" Definimus divinitus revelatum dogma esse :
Immaculatam Deiparam semper Virginem Mariam, expleto terrestris vitæ cursu, fuisse corpore et anima
ad cœlestem gloriam assumptam." - Chez les bienheureux il n'y a pas d'obscurité, car ils voient Dieu en
Lui-même et ont atteint leur ultime perfection. On ne peut donc pas les appeler
prophètes (cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, 2a-2æ
, question174, article 5, Sed contra et Respondeo ; et également II
Pierre, 1 : 19. - Cf. Proverbes, 8 : 22-31 ; Marie d'Agréda (la
vénérable Mère Marie de Jésus d'Agréda), la Cité mystique de Dieu,
Éditions Saint-Michel, Saint-Cénéré (Mayenne), 1970, Tome I, Ire Partie,
Livre Ier, chap. V, pages 376-392, §§ 52-71 : " De
l'interprétation que le Très-Haut me donna du chapitre huitième des Proverbes,
en confirmation du précédent ".
6) Cf.
7) Cf. Jean, 14 : 23 ; Luc, 21 : 36 ; Apocalypse, 3 : 10.- Sur la
prière continuelle, cf. Jean-Pierre de Caussade, S.J., Traité sur l'oraison
du cœur et Instructions spirituelles, pages 224 (Instructions spirituelles,
§ 154), 318 et 319 (§§ 305-309), Éd. Desclée De Brouwer, n° 49 de la Collection
Christus N° 49, 1981.
8) Cf. S. Luc, XVI, 8.
9) Cf. S. Matt., XXVIII, 19.
10) Cf. I
Cor., III, 7.
11) Psaumes, CXXVI, 1. - Cf. I Samuel, VIII, 7 ; S.
Luc, XIX, 27 (Ceux qui ne veulent pas que je règne sur eux, amenez-les
ici et tuez-les devant moi : Verumtamen inimicos
meos illos qui noluerunt me regnare super se, adducite huc ; et interficite
ante me - Saint Thomas d'Aquin, Chaîne
d'or : " L'explication de cette parabole, dit saint Cyrille, retrace tous les
mystères de Jésus-Christ, depuis le premier jusqu'au dernier.") ; S. Matthieu, XXV, 30 (serviteur inutile) ; VI, 10
(sur la terre); Apocalypse, 9 : 13-15 : " Le sixième ange sonna
de la trompette et j'entendis une voix qui venait des
quatre coins de l'autel d'or placé devant Dieu. Elle disait au
sixième ange, - celui qui tenait la trompette - : " Délie les quatre
anges qui sont enchaînés sur le grand fleuve de l'Euphrate ". Et on délia les
quatre anges qui se tenaient prêts pour l'heure, le jour, le mois et l'année,
afin de faire périr le tiers des hommes."
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Saint Irénée (v. 130 - v. 208), évêque de Lyon, "Contre les
hérésies" ("La fausse gnose
démasquée et réfutée"), ouv. cité
plus haut, V, 28, 3 :
" Car autant de
jours a comporté la création du monde, autant de millénaires comprendra sa durée
totale. C'est pourquoi le livre de la Genèse dit : " Ainsi furent achevés
le ciel et la terre et toute leur parure. Dieu acheva le sixième jour les
œuvres qu'il fit, et Dieu se reposa le septième jour de toutes les œuvres qu'il
avait faites " ( a). Ceci est à la fois un récit
du passé, tel qu'il se déroula, et une prophétie de l'avenir : en effet, si
" un jour du Seigneur est comme mille ans " (b) et si la création a
été achevée en six jours, il est clair que la consommation des choses aura lieu
la six millième année."
a) Genèse, II, 1-2.
b) II Pierre, III, 8.
Id., 33, 1, 2, 3, 4 :
" 33.
" 33.
" 33.
" C'est ce que les presbytres qui ont vu Jean, le
disciples du Seigneur, se souviennent avoir entendu de lui, lorsqu'il
évoquait l'enseignement du Seigneur relatif à ces temps-là. Voici donc ces paroles du Seigneur : " Il viendra des jours où
les vignes croîtront, qui auront chacune dix mille ceps, et sur chaque cep dix
mille branches, et sur chaque branche dix mille bourgeons, et sur chaque
bourgeon dix mille grappes, et sur chaque grappe dix mille grains et chaque
grain pressé donnera vingt-cinq métrètes [vingt-sept de nos litres] de vin. Et
lorsque l'un des saints cueillera une grappe, une autre grappe lui criera : je
suis meilleure, cueille-moi et, par moi, bénis le Seigneur ! De même le grain
de blé produira dix mille épis, chaque épi aura dix mille grains et chaque
grain donnera cinq chénices [capacité valant 1, 08 lit.] de belle farine ; et
il en sera de même, toute proportion gardée, pour les autres fruits, pour les
semences et pour l'herbe. Et tous les animaux, usant de cette nourriture qu'ils
recevront de la terre, vivront en paix et en harmonie les uns avec les autres
et seront pleinement soumis aux hommes."
" 33. 4. Voilà ce que Papias,
auditeur de Jean, familier de Polycarpe, homme vénérable, atteste par écrit
dans le quatrième de ses livres - car il existe cinq livres écrits par lui -.
Il ajoute : " Tout cela est croyable pour ceux qui ont la foi. Car,
poursuit-il, comme Judas le traître demeurait incrédule et demandait : Comment
Dieu pourra-t-il créer de tels fruits ? - le Seigneur lui répondit : Ceux-là le
verront, qui vivront jusqu'alors."
" Tels sont donc les temps que prophétisait Isaïe, lorsqu'il
disait : " Le loup paîtra avec l'agneau, le léopard reposera avec le chevreau
; le veau, le taureau et le lion paîtront ensemble, et leurs petits seront
ensemble ; le lion comme le bœuf mangera de la paille. L'enfant en bas âge
mettra sa main dans le trou de la vipère et dans le gîte des petits de la
vipère, et ils ne lui feront pas de mal, et ils ne pourront plus faire périr
personne sur ma montagne sainte (m)." Reprenant les mêmes traits, il
dit encore ailleurs : " Alors loups et agneaux paîtront ensemble ; le
lion, comme le bœuf, mangera de la paille, et le serpent mangera de la terre en
guise de pain, et ils ne feront ni mal ni dommage sur ma montagne sainte, dit
le Seigneur " (n). Certains, je ne l'ignore pas, tentent d'appliquer
ces textes de façon métaphorique [à notre époque, en
l'an 2003, ils sont légion dans l'Eglise] à ces hommes sauvages qui, issus de
diverses nations et ayant eu toute espèce de comportements, ont embrassé la foi
et, depuis qu'ils ont cru, vivent en bonne entente avec les justes. Mais, même si cela a lieu dès à présent pour des hommes issus
de toutes sortes de nations et venus à une même disposition de foi, cela n'en
aura pas moins lieu pour ces animaux lors de la résurrection des justes, ainsi
que nous l'avons dit, car Dieu est riche en toutes choses, et il faut que, lorsque le monde aura été
rétabli dans son état premier, toutes les bêtes sauvages obéissent à l'homme et
lui soient soumises et qu'elles reviennent à la première nourriture donnée par
Dieu, à la manière dont elles étaient soumises à Adam avant sa désobéissance
(o) et dont elles mangeaient les fruits de la terre (p)."
a) S. Matthieu, XXVI, 27-29.
b) Apocalypse, XXI, 5.
c) Psaumes, CIII, 30.
d) S. Luc, XIV, 13-14 ; S. Matthieu, 24 : 40.
e) S. Matthieu, XIX, 29 ; S. Luc, XVIII, 29-39.
f) Cf. Genèse, II, 2-3.
g) Genèse, XXVII, 27.
h) Cf.
i) Genèse, XXVII, 28-29.
j) Genèse, 28-31.
k) Genèse, 32-33.
l) Genèse, 46-47.
m) Isaïe, XI, 6-9.
n) Isaïe, LXV, 25.
o) Cf. Genèse, I, 26-28.
p) Cf. Genèse, I, 30.
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Notre-Seigneur Jésus-Christ, Roi de
France
(Suite)
Épilogue (2e partie)
par Alain Kérizo
(Un bref extrait avec l'aimable autorisation de M. A.-M. Bonnet de
Viller)
Arrivés au terme de notre enquête sur la monarchie, nous éprouvons le
sentiment de ne pas avoir progressé ! Pourquoi ? Sans doute parce que, depuis
l'ouvrage rédigé par M. Pierre d'André en 1947 : " Qui ? Quand ?
Comment ? ", il ne s'est rien passé, en apparence
au moins, dans la " sphère monarchique ". Et comme, dans ce monde qui
nous influence malgré nous, tout est devenu activisme historique, nous avons
l'impression que le dossier " Monarchie " n'a pas bougé ! C'est
simplement parce que ce dossier se situe dans l'intemporel et qu'avant les
événements accompagnant le retour du Roi, toute avancée restera purement
intellectuelle, pour ne pas dire spirituelle.
Or précisément, sur le plan de la connaissance intellectuelle, nous
avons extraordinairement progressé. Quand M. Pierre d'André écrivit son
ouvrage, la magnifique stature, toute empreinte de surnaturel, de sa Sainteté
Pie XII, (dont il était camérier secret de cape et d'épée, au même titre que le
marquis de la Franquerie) reléguait encore partiellement dans l'ombre les
prophéties relatives au temps de la fin. Paradoxalement, le bouclier spirituel
constitué par sa Sainteté contraignait les chercheurs comme M. Pierre d'André à
borner leur champ d'investigation et leur conclusion. Rappelons que Pie XII lui-même,
ne voulut pas prendre connaissance du 3e secret de Fatma,
considérant ou espérant qu'il devait concerner son successeur.
" Puisque l'année 1960 avait été indiquée comme date
pour sa divulgation - sœur Lucie l'avait confirmé au cardinal Ottaviani qui le
rapporta sans doute au Pape ( " En 1960, ce sera
plus clair ".) Pie XII, indécis, hésitant, se reposa dans la pensée d'en
prendre seulement alors connaissance, lui... ou son successeur " (1).
Reprenons donc nos réflexions. D'abord, avons-nous exploité correctement
les conséquences mêmes du titre que nous donnons à nos articles : Notre
Seigneur Jésus-Christ, Roi de France ? Il est Roi de France parce qu'il est
la Tête de l'Eglise catholique, qui est son Corps mystique. La conjonction de
ces deux prérogatives ne nous incite-t-elle pas à revenir sur l'acte suicidaire à
l'origine de la situation actuelle, à savoir le funeste Concordat de 1801
conclu entre le F\ Consalvi, cardinal délégué par le Pape et le dictateur
anti-chrétien Napoléon. En inféodant l'Eglise à l'État issu de son contraire,
qui est la révolution ; en la soumettant à cet état, dont les hommes d'Église
deviennent les fonctionnaire rémunérés par lui, et lui
faisant allégeance à deux genoux les mains entre les siennes, le Concordat
enlevait à l'Église son indépendance. Il neutralisait son
droit et son rôle pourtant inaliénable et imprescriptible, de guider,
d'informer et de façonner la société civile - donc de dire et de confesser le
Vrai, le Bien et le Juste en matières politique, sociale, institutionnelle et
économique, ce qu'elle ne pouvait plus faire sans opposition de ses
clercs-fonctionnaires à leur état-patron. Le Concordat ainsi a bloqué toute
possibilité de Restauration des Autorité légitimes monarchiques en France et en
Europe. Le ralliement puis la séparation de l'Église et de l'État, la
laïcisation conséquente de la société française ne sont que les fruits véreux
du Concordat des pseudopodes de cet acte destructeur.
Résultat
Depuis le Concordat,
Notre Seigneur Jésus-Christ ne peut plus régner en France et ne pourra régner
de nouveau que lorsque l'Eglise aura rejeté l'esprit et la lettre du Concordat.
Il ne suffira donc pas qu'Elle rompe avec Vatican II, il faudra qu'Elle
réaffirme sa vocation d'information et de protection spirituelles de la cité et
qu'Elle condamne tous les ralliements successifs qu'Elle a honteusement
opérés... depuis deux siècles. Voilà qui est simple et imparable ! [Il suffit de revoir le Syllabus pour en être bien
convaincu !] Sur le plan pratique, gardons bien
en esprit cet incontournable " cahier des charges " de la
restauration de la monarchie chrétienne, afin de ne pas perdre notre temps - et
notre âme - avec les futurs montages pseudo-monarchiques que la République
agonisante ne devrait pas manquer de nous servir. N'a-t-elle pas l'art du
prodige et notre peuple n'est-il pas le meilleur spectateur-gogo de la planète
? Point donc de restauration monarchique authentique avant la proclamation
officielle et sans appel par l'Eglise de sa rupture avec toutes les illusions
concordataires.
A moins que des événements extraordinaires et imprévisibles ne viennent
tout inverser, et que cette nécessaire révision de vie ecclésiale ne soit
consécutive à des bouleversements politiques. La révolution a eu l'intelligence
[le
génie du mal !] de renverser d'abord le trône [le " background ", le support ou le socle sur lequel se
tient le spirituel] pour atteindre et renverser
l'Autel. La Providence peut aussi agir dans le même ordre et restaurer d'abord
le trône pour restaurer l'Autel [Dans l'ordre de la physis et du temps,
le meilleur vient toujours à la fin. Les scolastiques le savent : pour tout
être transitoire, l'acte suit la puissance, comme la rose suit le bourgeon ou
le spirituel l'animal (cf. I Corinthiens, XV, 46). - Voir Charles Maurras : "
Quand nous disons ' politique d'abord ', nous disons : la politique la
première, la première dans l'ordre du temps, nullement dans l'ordre de la
dignité."] Nous ne sommes pas dans les secrets
de Dieu, et " ses voies ne sont pas nos voies " !
N'oublions pas que ce que la Révolution n'avait pas réussi à extorquer
à l'Église par la force et la terreur, grâce au sang des Martyrs de la
contre-révolution et des guerres de Vendée, la séduction d'une fausse paix
religieuse et d'un bon compromis libéral ont fini par l'obtenir ! Que n'a-t-on
pas entendu de la part des modérés, souvent attachés à la Tradition par
ailleurs, sur les bienfaits du Concordat !
Nombreux sont les chrétiens qui considèrent que, depuis Vatican II,
l'Église est entrée dans sa Passion. Mais sa condamnation à mort, la première
étape de son chemin de Croix, remonte à son acceptation du pacte et des
principes concordataires. Nous saurons donc que l'Église, aujourd'hui éclipsée,
sort de sa mort apparente par sa rupture publique avec ce pacte bi-centenaire !
[...] Notre équation monarchique se simplifie singulièrement. Aux
interrogations posées en 1947 par M. Pierre d'André : Qui ? Quand ? Comment
?, nous pourrions donc tenter aujourd'hui d'apporter les éléments de
réponse suivants :
Quand ? Quand l'hérésie vaticandeuse sera
terrassée par les autorités catholiques elles-mêmes (au terme du " Schisme
affreux " dans l'Église ?) puisque nous sommes
certains que cette condamnation impliquerait celle des hérésies modernistes [cf. le Syllabus] et de " l'esprit concordataire de Vatican II ".
Comment ? ... par la simple
proclamation officielle " Urbi et Orbi " par l'Église de cette
condamnation solennelle.
Qui ? Le saint Pape que nous espérons ? ou le légitime lieutenant de Notre-Seigneur Jésus-Christ,
son vicaire au temporel, qu'Il tient en réserve pour le temps où Il lui plaira [et dans la mesure où
son lieutenant voudra bien se préparer à assumer ses fonctions et à se faire
sacrer, car la nature et la grâce vont toujours de pair].
Mais auparavant, Sœur Lucie [la carmélité et voyante de Notre-Dame de
Fatima] (1) nous a prévenus, doit avoir lieu la bataille décisive entre Marie
et Satan, cette " bataille finale où l'on saura de quel côté est la
victoire, de quel côté la défaite " [cf. le Secret de
Notre-Dame de La Salette confié à Sœur Marie de la Croix; la Bergère de La
Salette, avec l'autorisation de le publier en 1858].
Rappelons en quels termes simples et saisissants Sœur Lucie récapitula
au Père Fuentès (26 décembre 1957) la Mission de Marie Co-Rédemptrice, mission
que saint Louis-Marie Grignion de Montfort avait déjà entrevue quatre siècles
auparavant [ce que corrobore le Secret de La Salette].
Les derniers temps du monde
" Père, la Très Sainte Vierge ne m'a pas dit que nous sommes dans les derniers
temps du monde, mais Elle me l'a fait voir pour trois motifs :
" LA BATAILLE FINALE ... " [Nous invitons ici nos
lecteurs à commander le Bulletin qui contient la suite du témoignage de
Sœur Lucie. - Voir plus bas pour la commande.]
[...] Aujourd'hui, moins encore qu'au XIXe siècle, ce n'est
donc pas dans le temps qu'il convient de se placer pour se livrer à une
problématique sur la Restauration de la Monarchie chrétienne. Il faut en
revenir aux causes. Le monde est au bord de l'écroulement, des continents
entiers disparaissent par la perte de la Foi et la cause reste la même : la
défaillance de Rome. Lorsque la cause aura disparu, le roi très chrétien
réapparaîtra ... [peut-être pas dans cet ordre] Comment ? Relisons
le texte de J. de Maistre sur le retour du Roi [ne prenons quand même
pas J. de Maistre pour un prophète authentique du Seigneur, ce qui, néanmoins,
grâce à sa profonde compréhension des réalités naturelles, ne l'empêchait pas
de proposer, sur les causes de la Révolution française, des analyses fort
pertinentes qui méritent toute notre attention. Il suffit en effet de
l'habitude naturelle des premiers principes pour en déduire que rien de stable
ne peut être édifié en allant à leur encontre, étant bien entendu que le
principe de notre connaissance est le sens, grâce à la lumière de l'intellect
agent ou d'un principe actif, à l'instar de la lumière dans l'acte de voir,
agissant sur les choses sensibles. - Cf. S. Thomas, S. th., Ire Partie, qu. 84,
art. 6]. Il n'a pas pris une ride.
(1796)
" En faisant des hypothèses sur le retour de la Monarchie, on
commet la faute de raisonner comme si cette contre-révolution devait être le
résultat d'une délibération populaire. On dit : Le peuple craint, le peuple
veut, le peuple ne consentira jamais, etc. Quelle pitié ! Le peuple n'est pour
rien dans les révolutions [pas pour la crucifixion du Christ que la foule
a réclamée à cor et à cri. - Cf. Mt 27 : 22 ; Mc 15 : 13 ; Lc 23 : 20 - c'était
la démocratie en acte...], il n'y entre que comme instrument.
Quatre ou cinq personnes, peut-être, donneront un Roi à la France.
" Des lettres de Paris annonceront aux provinces que la France a un Roi, et les provinces crieront : Vive le Roi ! A Paris
même, tous les habitants, moins une vingtaine, apprendront en s'éveillant
qu'ils ont un Roi. Est-il possible ? s'écriront-ils. Le peuple ne décrétera pas
plus le rétablissement de la monarchie qu'il n'en décréta la destruction. Je recommande ces
réflexions à ceux qui croient la contre-révolution impossible parce qu'il y a
trop de Français attachés à la République. Le fanatisme n'est
point un état durable.
" [...] Il n'y a qu'un cri ! Le Roi viendra, verra et vaincra.
Alors on s'étonnera de la profonde nullité de ces hommes qui paraissent
aujourd'hui si puissants... Voilà comment se font les contre-révolutions. Dieu
s'étant réservé la formation des souverainetés, nous en avertit en ne confiant
jamais à la multitude le choix de ses maîtres. Toujours elle accepte, jamais
elle ne choisit [elle le croit seulement, car elle passe son temps à être orientée
ou manipulée par des Sociétés de pensée.- Cf. les travaux d'Augustin Cochin et
de bien d'autres]. On peut même remarquer une
affection de la Providence, c'est que les efforts du peuple pour atteindre un
objet sont précisément les moyens qu'elle emploie pour s'en éloigner [comme des girouettes
!]. Ainsi le peuple romain se donna des maîtres en
croyant combattre l'aristocratie à la suite de César. C'est l'image de toutes
les insurrections populaires ; c'est l'image de la révolution française. [...]
"
1) Le Vatican mis à nu, Groupe "Les Millénaires",
Éditions Robert Laffont, 2000, pages 216-217 :
" Les secrets du Vatican ont une valeur variable au gré des
convenances : par exemple, pour éviter un scandale en raison des révélations du
troisième
secret de Fatima sur les ecclésiastiques placés au
sommet de l'Église, leur prudence humaine jugerait insensée l'ensemble de ce
qui a été révélé par la Vierge, quand bien même tout est de notoriété publique.
En revanche, quand ils font circuler des calomnies et des rumeurs pour mettre
hors service un éventuel prétendant, ces consciences angéliques savent que cela
ne saurait faire scandale et qu'il est donc licite de perpétrer pareille
iniquité."
- - - - - - - - -
Syllabus, 8 décembre 1864 (recueil de propositions renfermant les principales erreurs de
notre temps qui ont été - et demeurent -
condamnées dans les allocutions consistoriales, encycliques et autres lettres
apostoliques de N. T. S. P. le pape Pie IX) :
59. - Le droit consiste dans le fait matériel, tous
les devoirs de l'homme ne sont qu'un vain mot, et tous les faits humains
ont force de droit.
- Allocution "Maxima quidem", 9 juin 1862 -
citée par l'Encyclique "Quanta Cura".
60. - L'autorité n'est autre
que la somme du nombre et des forces matérielles [la démocratie !].
- Allocution "Maxima quidem", 9 juin 1862 -
citée par l'Encyclique "Quanta Cura".
Le droit se déduit
d'une série de faits bienfaisants qui découlent directement et radicalement de
la nature humaine ou d'actes humains dont la bienfaisance a été confirmée par
le temps et par l'histoire.
Légitimisme et papauté, 1890 - 1892, La dernière presse
légitimiste, Le Ralliement, par le comte Paul de Pradel de
Lamase (1849 - 1936), journaliste pendant trente ou quarante ans, engagé dans
les zouaves pontificaux en
" Le crime de rébellion n'existe que du fait de
préparer et d'exciter la révolte. Celle-ci victorieuse, ceux qui y adhèrent
rentrent dans le droit."
" Telle est la façon dont le journaliste [Pradel de Lamase], dont
nous suivons l'enquête romaine en plein ralliement, résume la pensée des
prélats romains concernant la " légitimité ". En l'occurrence celle
de la république dite française, franc-maçonne, anti-cléricale, apostate, etc.
" On croit rêver ?
" Le mot légitimisme est-il remplacé par opportunisme ? Il semble
que oui ? [...]
" Ainsi, prenons le cas de Pie VI, Grand pape s'il en fut.
Affronté à la tourmente révolutionnaire, il la fustigea dans des termes dont
nous pouvons rappeler quelques-uns.
" Ainsi lisons-nous sous sa plume, dans un texte magnifique
consacré à Louis XVI après son assassinat :
" A la suite d'une conspiration d'hommes impies, Louis XVI, roi
très chrétien [mais pécheur comme nous tous], a été condamné à la
peine capitale, et le jugement a été exécuté.
" Nous vous dirons en peu de mots ce que fut ce jugement et pour quelle
raison on le rendit. La Convention nationale l'a porté sans droit d'aucune sorte.
" Cette assemblée, après avoir supprimé la monarchie, qui est la
forme de gouvernement la plus naturelle, avait attribué à
peu près toute la puissance publique au peuple, qui ne suit presque jamais les
inspirations de la sagesse, ni les conseils qu'on lui donne, et dont l'esprit
ne saurait être bon juge en ces sortes de questions. Il obéit ordinairement à
ses impressions, il est par cela même inconstant et facile à tromper. On
l'entraîne à toute sorte de crimes ; il devient arrogant et barbare.
" (...)
" De tant de juges iniques, de tant de suffrages forcés, que
ne devait-on pas attendre d'infâme, d'exécrable, de triste !
" (...)
" Cela ne suffit-il pas pour démontrer qu'il n'est point téméraire
de penser et de dire que Louis a été martyr ? La sentence de mort portée contre
Marie Stuart s'appuyait aussi sur une accusation d'entreprises criminelles
ourdies contre la sûreté publique, et cependant on ne citait en particulier que
son zèle pour la religion.
" (...)
" Oh ! France ! France ! Appelée par nos
prédécesseurs le miroir de la chrétienté, l'appui inébranlable de la foi, dans
la ferveur de ta croyance religieuse et dans ta dévotion au Siège apostolique,
tu ne suis pas les autres, tu les précèdes. Comme maintenant tu es
Notre ennemie ! Ton hostilité contre la vraie
religion est telle que tu prends places parmi ceux qui ne l'ont jamais défendue
! [...]
" Oh ! France ! Encore une fois, toi qui as demandé que l'on te donnât
un roi catholique, parce que les lois fondamentales du royaume ne souffraient
qu'un roi catholique, voilà qu'aujourd'hui que tu en avais un, tu l'as tué par
cela seul qu'il était catholique. [...] "
" Voilà des pages claires, limpides, fortes ", écrit André
Loubier, l'auteur de cet article. Et il poursuit :" Tout y repose sur le
droit, sur la légitimité. Qui pourrait croire que devant des crimes si durement
fustigés, on serait prêt à se rallier à leurs auteurs lorsqu'ils auront
définitivement pris le pouvoir ?
" Et pourtant, quelques années plus tard, cherchant à éviter
l'invasion des Etats pontificaux, le même pontife Pie VI ne proposait-il pas au
Directoire, aréopage de révolutionnaires, de régicides, de massacreurs de
prêtres, de faire la paix avec lui en exhortant les peuples chrétiens à se
soumettre et obéir à ce gouvernement encore rouge des fleuces de sang de la
guillotine ?
" Qui pourrait croire que ce que nous venons de lire sorte de la
même plume (du Pape Pie VI) que le texte qui suit ?
" Nous croirions Nous manquer à Nous-même si Nous ne saisissions
pas toutes les occasions de vous exhorter à la paix, et de vous recommander la
soumission qui est due aux puissances établies (le Directoire ? !). C'est en effet un dogme catholique que
l'existence des gouvernements est l'œuvre de la sagesse divine (le Directoire
?), afin que tout ne soit pas livré au hasard, les peuples étant ballottés çà
et là : c'est pourquoi saint Paul, parlant, non des princes en particulier,
mais de l'autorité même, dit qu'il n'y a aucune puissance
qui ne vienne de Dieu (le Directoire ? !), et que celui qui résiste au pouvoir
résiste à l'ordre établi de Dieu [et Hitler ! ? Non, cet
ordre n'est pas l'ordre établi de Dieu, mais "plutôt le désordre du
diable". Ainsi "Lucifer est un bel esprit, le plus éclairé de tous
les esprit, mais un esprit mécontent de Dieu et de son ordre" (Jean-Pierre
de Caussade, L'Abandon à la Providence divine, DDB). En agissant ainsi,
c'est-à-dire en nous ralliant à la Secte des Francs-Maçons ou des ennemis de l'ordre
de Dieu, le premier verset du Psaume 126 nous avertit que nous sommes réduits à
travailler en vain. Est-ce clair ? Ne blasphémons donc pas ! Et prenons au sérieux
la Parole de Dieu. Nous interrompons ici notre citation pour en venir à une
conclusion pertinente, mais terriblement douloureuse pour tout catholique
fervent. Doit-on pour autant dissimuler la vérité lorsque celle-ci repose sur
des faits publics ? Nous ne le pensons pas. La réparation ne devra-t-elle pas,
un jour ou l'autre, être du même ordre ? Et que deviennent les propositions 59
et 60 du Syllabus citées plus haut et infailliblement condamnées par
l'Encyclique "Quanta Cura" ? Dans ces conditions, à quoi bon
les encycliques et autres documents pontificaux ? Quelle valeur peut-on leur
accorder et comment les prendre au sérieux ? Ne se moque-t-on pas du peuple de
Dieu ? Quelle hypocrisie !].
" Reste que les termes et les arguments de ce texte, pour
contradictoires qu'ils soient avec tout l'ensemble du pontificat de Pie VI,
n'en sont pas moins là pour prouver que les hommes d'Église, même les plus
hauts, sont capables d'en venir de façon douloureuse, à remplacer la légitimité
par l'opportunisme, ou l'intransigeance par les compromissions !" [Sans commentaire !]
ID., S.L.B., n° 95, page 8 :
" Mais voici que la révolution et son esprit ont tout bouleversé
dans le but d'instaurer une société sans Dieu et sans Roi (Jules Ferry - Discours
parlementaires).
" Pour cela elle a inventé cette absurdité sans nom résumée dans
le triptyque : Liberté égalité fraternité, et connue sous le nom de démocratie.
On en sait le fonctionnement.
" C'est à cette manière de gouverner la cité qu'étaient confrontés en
1890 les Pradel de Lamase et les Léon XIII, au moment de sa pleine croissance.
Cette manière de gouverner allait permettre aux groupes occultes d'imposer à la
société la dissolution de ses structures naturelles en instaurant la conquête
du pouvoir par les groupes de pression. Les individus étant tous égaux, la
force personnelle de chacun était réduite à néant. Pour obtenir une part du
pouvoir, il fallait donc constituer des organes dont la force résiderait dans
le nombre, dans la masse. Ce sont les partis.
" Dès lors apparaît une autre politique, avec un tout petit
p ! Celle du jeu des partis, qui, pour être forts devaient être nombreux, et se
trouvaient don inéluctablement livrés à la démagogie.
" En réduisant la Politique des légitimistes à cette dimension de
la politique d'un parti, les royalistes du siècle dernier ont perdu la partie.
" Et l'on en est venu à séparer la Religion de cette politique-là.
" Peut-être le fallait-il ? Mais alors, il eût fallu distinguer. Distinguer le dogme de la politique avec un petit p, et laisser le jeu
de celle-ci aux mains des laïcs qui ont en charge les affaires temporelles, en
souhaitant qu'il s'y trouve des personnalités assez fortes pour y mener le
combat, en leur recommandant de ne pas y engager le dogme.
" Au lieu de cela, ces personnes, de bonne volonté et de bonne
foi, ont réalisé le contraire absolu de ce qu'ils voulaient faire !
" Ils ont rejeté le légitimisme, qui défendait un choix de moyens,
celui d'un gouvernement conforme à l'ordre naturel, conforme à la constitution
de la France, à ses traditions, et soumis à la religion.
" Et ils l'ont remplacé par le mariage de la religion avec le
parti de la démocratie chrétienne de Jacques Piou.
" Et Léon XIII a béni ce " mariage adultère " de
l'Église et de la démocratie au nom de son infaillibilité. Et il l'a imposé au
nom de son autorité pontificale.
" Quelques années plus tard, il en résultera le Sillon. Et
malgré les condamnations de saint Pie X, le Sillon triomphera, d'abord avec le
second ralliement de 1928 par Pie XI, et près de cent ans plus tard, avec
Vatican II, la révolution dans l'Église, et la démocratie vaticane !
" En 1892, Léon XIII a imposé aux catholiques le ralliement.
C'est-à-dire la confusion de la religion avec une certaine politique,
dont il a, sans le vouloir sans doute, mais pratiquement, remis le pouvoir
temporel entre les mains des clercs.
" Ce faisant, il a tué le pouvoir temporel du laïcat chrétien.
Mais la première victime à long terme en est d'abord l'Église.
" Pradel de Lamase et Léon XIII ont commis une gigantesque erreur
de Politique.
" Mais le plus grave est qu'ils l'ont perpétué au nom de
l'autorité et de l'infaillibilité pontificale.
" C'est-à-dire en dehors du champ d'application de l'une et de
l'autre. [Une véritable
imposture, car, en tenant compte du Syllabus, "un résumé de l'enseignement
de l'Église" (Henri Hello), c'était en réalité une violation manifeste des
critères du magistère ordinaire.]
" Par les voies de la
démocratie
" Léon XIII s'est imaginé que le ralliement en France à la république démocratique livrerait
cette dernière aux cattholiques parce qu'ils étaient majoritaires en France [avait-il oublié le
principe de saint Benoït dont doit s'inspirer tout catholique dans ses actes :
" Que tout se fasse avec lumière " (Cum luce fiant omnia) ? On
pèche contre Dieu en agissant d'une manière détournée et en utilisant de
surcroît un moyen condamnable, et en l'occurrence condamné - cf. article
60 du Syllabus].
" Hélas ! Il s'imaginait ainsi que, en démocratie, c'est la
majorité qui gouverne. Ce qui est une grave erreur pratique dans l'ordre du
choix des moyens. Car en démocratie égalitaire [pléonasme : la
démocratie est toujours égalitaire], c'est la majorité
qui gouverne [en apparence]. Ce qui est une grave erreur
pratique dans l'ordre du choix des moyens [et une faute morale]. Car en démocratie égalitaire [id.], ce sont toujours
les minorités qui gouvernent par les voies de la démagogie et les tripotages
électoraux [et surtout la franc-maçonnerie qui tire les ficelles]. Les catholiques sont trop honnêtes pour gagner à ce jeu-là [le jeu de Léon XIII ?], et la déconfiture des partis démocrates chrétiens, créés à
l'instigation de Léon XIII, fut telle qu'il dut, paraît-il, en convenir à la
fin de sa vie !
" Mais c'était trop tard. Le mal était fait. "
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