Par
Monseigneur Henri DELASSUS
Docteur en théologie
(1910)
(Ouvrage préfacé par le Cardinal Merry
del Val, avec les félicitations
et la bénédiction Apostolique du Pape saint Pie X.)
Pages 145-150 (
A
M. JUMEL. — C’est en
effet ce dont nous nous vantons.
M. Alexandre ZÉVAÈS. — C'est le plus grand
éloge que vous puissiez en faire.
M. Henri MICHEL (Bouches-du-Rhône). — C'est la raison pour laquelle
vous et vos amis la détestez (3).
M. de Rosanbo répliqua : « Nous sommes donc
parfaitement d'accord sur ce point que la maçonnerie a été le seul auteur de
M. JUMEL. — Nous faisons plus que le reconnaître. Nous le proclamons.
Dans un rapport lu à
« Ce fut de 1772 à 1789 que
« C'est alors que les francs-maçons vulgarisèrent les idées
qu'ils avaient prises dans leurs Loges... (Rapport, p. 8). »
Dans la circulaire que le grand conseil de l'ordre maçonnique
envoya à toutes les loges pour préparer le centenaire de 89, nous trouvons le
même aveu suivi d'une menace : « La maçonnerie qui prépara
Bien avant cela, en 1776, Voltaire avait écrit au comte d'Argental : « Une Révolution s'annonce de tous côtés. » II
savait ce que lui et ses amis des loges préparaient à l'Eglise et à la société
; le conventionnel Griffroy l'a ainsi caractérisé : «
Non jamais l'histoire des peuples barbares, jamais l'histoire affreuse des
tyrans, n'offrira l'image d'une conspiration plus épouvantable ni mieux
combinée contre l'humanité et la vertu. »
Déjà, en cette même année 1776, le comité central du Grand Orient
avait choisi, parmi les maçons, des hommes chargés de parcourir les provinces
et de visiter les loges dans toute l'étendue de
1. Voici
comme exemple ce qui, au témoignage de Barruel, fut
tenté en Flandre :
« Dès l'année
1776, le comité central de l'Orient chargea ses députés de disposer les frères
à l'insurrection, de parcourir et visiter les loges dans toute l'étendue de
« Nous
avions, me disait ce digne militaire, notre loge maçonnique ; elle n'était
pour nous, comme pour la plupart des autres régiments, qu'un véritable jeu ; les
épreuves des nouveaux arrivés nous servaient de divertissements ; nos repas
maçonniques charmaient nos loisirs et nous délassaient de nos travaux. Vous
sentez bien que notre liberté et notre égalité n'étaient rien
moins que la liberté et l'égalité des Jacobins. La grande généralité et presque
l’universalité des officiers ont su le démontrer quand
« Nous
ne pensions à rien moins qu'à cette Révolution, lorsqu'un officier d'infanterie
nommé Sinetty, fameux franc-maçon, se présenta à
notre loge. Il fut reçu en frère. Il ne manifesta d'abord aucun sentiment
contraire aux nôtres. Mais peu de jours après, il invita lui-même vingt de nos
officiers à une assemblée particulière. Nous crûmes qu'il voulait simplement
nous rendre la fête que nous avions donnée.
« Suivant
son invitation, nous nous rendîmes à une guinguette appelée In
Nouvelle-Aventure. Nous nous attendions à un simple repas maçonnique,
lorsque le voilà qui prend la parole en orateur qui a d'importants secrets à
dévoiler de la part du Grand-Orient. Nous écoutons. Imaginez notre surprise
quand nous le voyons prendre tout à coup le ton de l'emphase, de
l'enthousiasme, pour nous dire qu'il en est temps enfin ; que les projets si
dignement conçus, si longtemps médités par les vrais francs-maçons, doivent
s'accomplir ; que l'univers enfin va être délivré de ses fers ; que les tyrans
appelés les rois seront vaincus; que toutes les superstitions
religieuses feront place à la lumière ; que la liberté, l'égalité, vont
succéder à l'esclavage dans lequel l'univers gémissait ; que l'homme enfin va
rentrer dans ses droits.
« Tandis
que notre orateur se livrait à ces déclamations, nous nous regardions les uns
les autres comme pour nous dire : Qu'est-ce donc que ce fou-là ? Nous prîmes le
parti de l'écouter pendant plus d'une heure, nous réservant d'en rire plus
librement entre nous. Ce qui nous paraissait le plus extravagant, c'était le
ton de confiance avec lequel il annonçait que désormais les rois ou les tyrans
s'opposeraient en vain aux grands projets ; que
« Il
s'aperçut sans doute que nous n'étions pas des maçons de son espèce ; il nous
quitta pour aller visiter d'autres loges. Après nous être quelque temps
divertis de ce que nous prenions pour l'effet d'une cervelle dérangée, nous
avions oublié toute cette scène, quand
M. Copin-Albancelli
a fait une très juste observation : « Pour arriver à devenir maîtresse des
destinées de
« Pourquoi si longtemps? Cela tient à la méthode qu'elle était obligée d'employer.
« Lorsque la maçonnerie parut en France, nous venant
d'Angleterre, sous
« La puissance occulte maçonnique, ne pouvant agir par force,
puisqu'à son origine elle n'avait pas la force, était réduite à agir par
persuasion, par suggestion. Mais il n'est pas facile de suggérer à une nation
qu'elle doit détruire ses traditions, c'est-à-dire se détruire elle-même. On ne
peut atteindre un pareil résultat qu'en procédant par suggestions successives,
ménagées avec une extrême habileté et une prodigieuse hypocrisie; une
hypocrisie dont la mesure est donnée par ce fait que la devise liberté,
égalité et fraternité qu'on n'a cessé de présenter, tant qu'il
s'agissait de séduire la nation, comme une charte d'émancipation et
d'universelle félicité, manifesta son venin dès qu'on fut arrivé à dominer
cette nation, par la terreur et la guillotine.
« Pour faire accepter toute la série des suggestions par
lesquelles il était nécessaire de passer, pour créer les états d'esprit
intermédiaires indispensables, à l'obtention du résultat poursuivi, on comprend
qu'il fallut beaucoup de temps. »
Portant de là son regard sur ce qui se passe aujourd'hui, M. Copin Albancelli ajoute :
« La franc-maçonnerie prépara donc son premier règne pendant près
de soixante-dix ans. Or, ce règne ne dura que quelques années. Etouffée dans le
sang de
« Elle fut obligée de recommencer son travail souterrain, de
préparer de nouveau Les états d'esprit sur lesquels elle pourrait s'appuyer un
jour pour escalader, une seconde fois, le pouvoir qu'elle avait été obligée
d'abandonner. Il ne lui fallut pas moins de quatre-vingts ans.
« Soixante-dix ans d'efforts patients et misérablement
hypocrites, la première fois ; quatre-vingts ans la seconde ! On comprend
qu'instruite par ses premières expériences, elle ne puisse se résoudre
maintenant à lâcher le morceau !
« Elle ne veut donc pas quitter le pouvoir et nous pouvons
être assurés qu'elle fera l'impossible pour y rester et achever enfin l'œuvre
de ruine à laquelle, depuis deux siècles, elle a employé tant d'astuce et de
violences. »
- - - - - - - - - - - -