L'Encyclique Quanta Cura

du 8 décembre 1864

Pape Pie IX

 

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique

 

1 - Avec quel soin et quelle vigilance pastorale les Pontifes Romains Nos Prédécesseurs, ont rempli la mission à eux confiée par le Christ Seigneur lui-même en la personne du Bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, et ont ainsi accompli leur devoir de paître les agneaux et les brebis ! Sans jamais discontinuer, ils ont attentivement nourri tout le troupeau du Seigneur des paroles de la foi, ont imprégné de la doctrine de salut, écarté des pâturages empoisonnés, voilà ce dont tout le monde est convaincu et assuré, Vous surtout, Vénérables Frères. Oui vraiment Nos Prédécesseurs se montrèrent les défenseurs et les vengeurs de l'auguste religion catholique, de la vérité et de la justice : soucieux, avant tout, du salut des âmes, ils n'ont jamais rien eu de plus à cœur que de découvrir et de condamner par leurs très sages Lettres et Constitutions toutes les hérésies et les erreurs qui, contraires à notre Foi divine, à la doctrine de l'Eglise Catholique, à l'honnêteté des mœurs et au salut éternel des hommes, ont fréquemment soulevé de violentes tempêtes et lamentablement souillé l'Eglise et la Cité.

2 - C'est pourquoi Nos mêmes Prédécesseurs ont constamment opposé la fermeté Apostolique aux machinations criminelles d'hommes iniques, qui projettent l'écume de leurs désordres comme les vagues d'une mer en furie et promettent la liberté, eux, les esclaves de la corruption : ébranler les fondements de la religion catholique et la société civile par leurs fausses opinions et les plus pernicieux écrits, faire disparaître toute trace de vertu et de justice, corrompre les âmes et les esprits, détourner des justes principes de la morale ceux qui ne sont pas sur leurs gardes, en particulier la jeunesse inexpérimentée, la dépraver pitoyablement, l'entraîner dans les pièges de l'erreur, et enfin l'arracher du sein de l'Eglise catholique, voilà le sens de tous leurs efforts.

3 - Vous êtes les premiers à savoir, Vénérables Frères, qu'à peine avions-Nous été élevé à cette chaire de Pierre, par un secret dessein de la Providence Divine et sans aucun mérite de Notre part, Nous avons vu pour la plus grande douleur de Notre âme une tempête vraiment effroyable soulevée par tant de doctrines perverses. Nous avons vu les maux les plus accablants, qu'on ne déplorera jamais assez et que tant d'erreurs ont attirés sur le peuple chrétien. C'est pour remplir les devoirs de Notre Ministère Apostolique et suivre les traces glorieuses de Nos Prédécesseurs que Nous avons élevé la voix. En plusieurs Encycliques déjà publiées, dans les Allocutions prononcées en Consistoire et en d'autres Lettres Apostoliques, Nous avons condamné les principales erreurs de notre bien triste époque, fait appel à votre haute vigilance épiscopale, averti et encouragé tous Nos très chers fils de l'Eglise catholique à fuir et redouter la contagion d'une peste si violente. Et en particulier, par Notre première Encyclique du 9 novembre 1846 [Encyclique "Qui pluribus" - cf. Syllabus les numéros 4 à 7, et 16, 40 et 63], à Vous adressée, et les deux allocutions prononcées en Consistoire le 9 décembre 1854 [Alloc. "Singulari quadam" - cf. Syllabus les numéros 8, 17 et 19] et le 9 juin 1862 [Alloc. "Maxima quidem" - cf. Syllabus les numéros 59 et 60, et 1 à 7, et 15, 16, 19, 27, 39, 44, 49, et 56 à 60]. Nous avons condamné ces monstruosités extraordinaires que sont les opinions, qui surtout de nos jours [en 1864 !], dominent pour le plus grand dommage des âmes et au détriment de la société civile elle-même. Ces opinions s'opposent essentiellement, non seulement à l'Eglise catholique, à sa doctrine de salut et à ses droits vénérables, mais encore à l'éternelle loi naturelle gravée par Dieu dans tous les cœurs et à la droite raison. C'est d'elles que presque toutes les autres erreurs tirent leur origine.

4 -  Cependant, bien que n'ayons pas négligé de proscrire et de réprouver fréquemment les plus graves de ces erreurs, la cause de l'Eglise catholique et le salut des âmes que Dieu nous a confié, et le bien de la société humaine elle-même, réclament impérieusement que Nous lancions un nouvel appel à votre sollicitude pastorale pour terrasser d'autres idées fausses qui découlent de source de ces mêmes erreurs. Ces opinions trompeuses et perverses sont d'autant plus détestables qu'elles visent principalement à entraver et renverser cette puissance de salut que l'Eglise catholique, en vertu de la mission et du mandat de son divin Auteur, doit exercer librement jusqu'à la consommation des siècles, non moins à l'égard des individus que des nations, des peuples et de leurs chefs [c'est ce qui s'appelle avoir le sens de ses responsabilités !]. Elles cherchent à faire disparaître cette mutuelle alliance et cette concorde entre le Sacerdoce et l'Empire, qui s'est toujours avérée propice et salutaire à la Religion et à la société (1).

5 - Et de fait, vous le savez parfaitement, Vénérables Frères, il s'en trouve beaucoup aujourd'hui pour appliquer à la société civile le principe impie et absurde du " naturalisme ", comme ils l'appellent, et pour oser enseigner que " le meilleur régime politique et le progrès de la vie civile exigent absolument que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la Religion que si elle n'existait pas, ou du moins sans faire aucune différence entre la vraie et les fausses religions ". Et contre la doctrine de la Sainte Ecriture, de l'Eglise et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que : " la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n'est dans la mesure où la tranquillité publique le demande ". A partir de cette idée tout à fait fausse du gouvernement des sociétés, ils ne craignent pas de soutenir cette opinion erronée, funeste au maximum pour l'Eglise catholique et le salut des âmes, que notre Prédécesseur Grégoire XVI d'heureuse mémoire qualifiait de " délire " (2) : " La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. Les citoyens ont droit à l'entière liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu'elles soient, par les moyens de la parole, de l'imprimé ou tout autre méthode sans que l'autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une limite ". Or, en donnant pour certitudes des opinions hasardeuses, ils ne pensent ni ne se rendent compte qu'ils prêchent " la liberté de perdition " (3), et que " s'il est permis à toutes les convictions humaines de décider de tout librement, il n'en manquera jamais pour oser résister à la vérité et faire confiance au verbiage d'une sagesse toute humaine. On sait cependant combien la foi et la sagesse chrétienne doivent éviter cette vanité si dommageable, selon l'enseignement même de Notre Seigneur Jésus-Christ " (4).

6 - Là où la religion a été mise à l'écart de la société civile, la doctrine et l'autorité de la Révélation divine répudiées, la pure notion même de la justice et du droit humain s'obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la véritable justice et du droit légitime. D'où l'on voit clairement pourquoi certains, reléguant au dernier rang les plus sûrs principes de la saine raison, sans en tenir compte, osent proclamer que : " La volonté du peuple qui se manifeste par ce qu'on dit être l'opinion publique, ou autrement, constitue la loi suprême dégagée de tout droit divin et humain, et que dans l'ordre politique les faits accomplis, par cela même qu'ils sont accomplis, ont force de droit ".

7 - Mais qui ne voit et ne sent parfaitement qu'une société dégagée des liens de la religion et de la vraie justice, ne peut plus se proposer aucun autre but que d'amasser et d'accumuler des richesses, ni suivre d'autre loi dans ses actes que l'indomptable désir de l'âme d'être esclave de ses propres passions et intérêts ? C'est pourquoi les hommes de cette espèce poursuivent d'une haine si cruelle les Familles Religieuses, en dépit des services rendus au prix des plus grands efforts à la religion chrétienne, à la société civile et à la culture ; ils déblatèrent contre elles en disant qu'elles n'ont aucune raison légitime d'exister, et c'est ainsi qu'ils applaudissent aux divagations des hérétiques. Or, comme l'enseignait en toute sagesse Notre Prédécesseur Pie VI d'heureuse mémoire : " L'abolition des réguliers blesse le droit de professer publiquement les conseils évangéliques, blesse un mode de vie recommandé dans l'Eglise comme conforme à la doctrine des Apôtres, blesse la mémoire de ces illustres fondateurs que nous vénérons sur les autels, et qui n'ont établi ces ordres que sous l'inspiration de Dieu ".

8 - Et ils déclarent même dans leur impiété qu'il faut ôter aux citoyens et à l'Eglise la faculté " de fournir valablement des aumônes publiques par charité chrétienne ", et abolir la loi " qui à des jours déterminés défend les œuvres serviles pour vaquer au culte divin " sous le prétexte si fallacieux que " la faculté et la loi ci-dessus évoquées sont contraires aux principes de la bonne économie politique ".

9 - Et non contents de mettre la religion à l'écart de la société, ils veulent même l'écarter de la vie privée des familles. En effet, enseignant et professant la si funeste erreur du Communisme et du Socialisme [en 1864 ! Et qu'a-t-on fait de ces avertissements ?], ils affirment que : " La société domestique ou la famille emprunte au seul droit civil toute sa raison d'être ; et qu'en conséquence c'est de la loi civile seule que découlent et dépendent tous les droits des parents sur les enfants, et d'abord le droit d'instruction et d'éducation ". Par ces opinions impies et ces machinations, ces hommes de mensonge veulent surtout aboutir à ce que la doctrine et le pouvoir de l'Eglise catholique qui apportent le salut, soient entièrement éliminés de l'instruction et de l'éducation de la jeunesse, et que l'âme tendre et malléable des jeunes soit infectée et déformée pitoyablement par toutes sortes d'erreurs perverses et par le vice. Oui, tous ceux qui ont mis leurs efforts à bouleverser l'ordre sacré et l'ordre public, à renverser l'ordre juste de la société, et à anéantir tous les droits divins et humains, ont toujours fait tendre leurs desseins criminels, leurs désirs et leurs œuvres principalement à tromper et à dépraver la jeunesse qui ne s'y attend pas, comme Nous l'avons indiqué plus haut : et ils ont mis tout leur espoir dans la corruption de cette jeunesse.

10 -  Voilà pourquoi jamais ils ne cessent d'infliger toutes sortes de vexations indicibles à l'un et l'autre clergé d'où rejaillirent tant d'immenses bienfaits sur l'ordre religieux, civil et culturel, comme l'attestent avec éclat les plus sûrs monuments de l'histoire ; voilà pourquoi ils déclarent que ce clergé même, en tant qu'ennemi du véritable et utile progrès de la science et de la civilisation, doit être écarté de toute charge et de tout rôle dans l'instruction et l'éducation de la jeunesse.

11 - Mais il en est d'autres qui, renouvelant les chimères extravagantes et tant de lois condamnées des novateurs, ont l'insigne impudence de soumettre à la discrétion de l'autorité civile l'autorité suprême attribuée par le Christ Notre Seigneur à l'Eglise et à ce Siège apostolique, et de dénier à cette même Eglise et à ce Siège tous droits en ce qui regarde les affaires extérieures. Car ils n'ont aucunement honte d'affirmer que : " Les lois de l'Eglise n'obligent pas en conscience, à moins qu'elles ne soient promulguées par le pouvoir civil. - Les actes et les décrets des Pontifes romains concernant la religion et l'Eglise ont besoin de la sanction et de l'approbation, ou du moins du consentement du pouvoir civil. - Les Constitutions apostoliques qui condamnent les sociétés secrètes - qu'on y exige ou non le serment de garder le secret - et qui frappent d'anathème leurs adeptes et leurs défenseurs ne peuvent entrer en vigueur dans les pays où le gouvernement civil tolère ces sortes d'associations. - L'excommunication portée par le Concile de Trente et les Pontifes romains contre ceux qui envahissent et usurpent les droits et possessions de l'Eglise, repose sur une confusion de l'ordre spirituel avec l'ordre civil et politique, et n'a pour but qu'un bien de ce monde. - L'Eglise ne doit rien décréter qui puisse lier la conscience des fidèles relativement à l'usage des biens temporels. Le droit ecclésiastique n'a pas compétence pour châtier de peines temporelles les violateurs de ses lois. - Il est conforme aux principes de la sacrée théologie et du droit public d'attribuer au gouvernement civil et de revendiquer pour lui la propriété des biens qui sont en possession de l'Eglise, des Familles Religieuses et autres associations pieuses ".

12 - Ils ne rougissent pas non plus de professer ouvertement et publiquement les formules et les principes hérétiques, d'où sortent tant d'opinions perverses et d'erreurs. Car ils répètent que " le pouvoir ecclésiastique n'est pas de droit divin, distinct et indépendant du pouvoir civil, et qu'une telle distinction et indépendance ne peut être conservée sans que l'Eglise envahisse et usurpe les droits essentiels du pouvoir civil ".

13 - Et Nous ne pouvons passer sous silence l'audace de ceux qui, ne supportant pas la saine doctrine, prétendent que : " Quant à ces jugements et à ces décrets du Siège apostolique dont l'objet regarde manifestement le bien général de l'Eglise, ses droits et sa discipline, on peut, du moment qu'ils ne touchent pas aux dogmes relatifs à la foi et aux mœurs, leur refuser l'assentiment et l'obéissance, sans péché et sans cesser en rien de professer le catholicisme ". A quel point cela est contraire au dogme catholique sur le plein pouvoir, divinement conféré par le Christ Notre Seigneur lui-même au Pontife romain, de paître, de régir et de gouverner l'Eglise universelle, il n'est personne qui ne le voie et qui ne le comprenne clairement et distinctement.

14 - Au milieu donc d'une telle perversité d'opinions corrompues, Nous souvenant de Notre charge Apostolique, dans notre plus vive sollicitude pour notre très sainte religion, pour la saine doctrine, et pour le salut des âmes à Nous confiées par Dieu, et pour le bien de la société humaine elle-même, Nous avons jugé bon d'élever à nouveau Notre Voix Apostolique. En conséquence, toutes et chacune des opinions déréglées et des doctrines rappelées en détail dans ces Lettres, Nous les réprouvons, proscrivons et condamnons de Notre Autorité Apostolique ; et Nous voulons et ordonnons que tous les fils de l'Eglise catholique les tiennent absolument pour réprouvées, proscrites et condamnées [condamnations ex cathedra ou prononcées infailliblement et par conséquent irréformables].

15 - Et, en outre, vous savez très bien, Vénérables Frères, que de nos jours ceux qui haïssent toute vérité et toute justice, les ennemis acharnés de notre religion, au moyen de livres empoisonnés, de brochures et de journaux répandus par toute la terre, trompent les peuples, mentent perfidement, et diffusent toutes sortes d'autres doctrines impies. Vous n'ignorez pas non plus que, même à cette époque où nous sommes, on en trouve qui, mus et stimulés par l'esprit de Satan, en sont arrivés à cette impiété de nier Notre Seigneur et Maître Jésus-Christ, et ne craignent pas d'attaquer sa Divinité avec une insolence criminelle. Mais ici Nous ne pouvons, Vénérables Frères, que vous honorer à bon droit des plus grands éloges, vous qui n'avez jamais manqué avec tout votre zèle, d'élever votre voix épiscopale contre tant d'impiété.

16 - C'est pourquoi, par Nos présentes Lettres, Nous vous adressons une fois de plus avec beaucoup d'affection à vous qui, appelés à partager Nos soucis, êtes au milieu des calamités qui nous touchent si vivement. Notre consolation, Notre joie et Notre encouragement les plus grands : par la qualité de votre esprit religieux et de votre piété et aussi par cet amour, cette foi et cette déférence admirable avec lesquels, attachés à Nous et à ce Siège apostolique dans la plus grande unité d'esprit, vous travaillez à remplir avec empressement et application votre très grave ministère épiscopal. Car Nous attendons de votre remarquable zèle pastoral que, prenant le glaive de l'esprit, qui est la parole de Dieu, et fortifiés dans la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, vous ayez la bonté de veiller chaque jour davantage avec une attention redoublée à ce que les fidèles confiés à vos soins " s'abstiennent des herbes nuisibles que Jésus-Christ ne cultive pas, parce qu'elles n'ont pas été plantées par son Père " (5). Et ne cessez jamais d'inculquer à ces mêmes fidèles que tout vrai bonheur découle pour les hommes de notre sainte religion, de sa doctrine et de sa pratique, et qu' " heureux est le peuple dont Dieu est le Seigneur " (6). Enseignez que " l'autorité repose sur le fondement de la Foi catholique " (7) et qu' " il n'y a rien de plus mortel, rien qui nous précipite autant dans le malheur, nous expose autant à tous les dangers, que de penser qu'il peut nous suffire d'avoir reçu le libre arbitre en naissant ; sans avoir à rien demander de plus à Dieu ; c'est-à-dire, qu'oubliant notre Créateur, nous renions son pouvoir sur nous pour manifester notre liberté " (8). N'omettez pas non plus d'enseigner que " le pouvoir de gouverner est conféré non pour le seul gouvernement de ce monde, mais avant tout pour la protection de l'Eglise " (9) et que " rien ne peut être plus profitable et plus glorieux aux chefs d'Etats et aux Rois que ce que Notre Prédécesseur saint Félix, remplit de sagesse et de courage, écrivait à l'empereur Zénon : " Qu'ils laissent l'Eglise catholique se gouverner par ses propres lois, et ne permettent à personne de mettre obstacle à sa liberté... Il est certain qu'il leur est avantageux de s'appliquer, quand il s'agit de la cause de Dieu, et suivant l'ordre qu'Il a établi, à subordonner et non à préférer la volonté royale à celle des prêtres du Christ " (10).

17 - C'est toujours, Vénérables Frères, mais c'est maintenant plus que jamais, au milieu de telles calamités de l'Eglise et de la société civile, en présence d'une si vaste conspiration d'adversaires et d'un tel amas d'erreurs contre le catholicisme et le Siège apostolique, qu'il est absolument nécessaire de nous adresser avec confiance au Trône de la grâce pour obtenir miséricorde et trouver la grâce d'une protection opportune. A cette fin, Nous avons jugé bon de stimuler la piété de tous les fidèles pour qu'en union avec Nous, et avec vous, ils ne cessent de prier et supplier par les prières les plus ferventes et les plus humbles, le Père très clément des lumières et des miséricordes ; qu'ils se réfugient toujours dans la plénitude de la foi auprès de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a rachetés à Dieu en son sang ; qu'ils demandent avec une perpétuelle instance à son très doux Cœur, victime de sa très ardente charité envers nous, d'attirer tout à lui par les liens de son amour, et de faire que tous les hommes, enflammés de son très saint amour, marchent dignement selon son Cœur, agréables à Dieu en tout, portant des fruits en toutes sortes de bonnes œuvres. Et, comme les prières des hommes sont indubitablement plus agréables à Dieu quand elles Lui parviennent avec des cœurs purs de toute corruption, Nous avons pensé à ouvrir avec une libéralité apostolique aux fidèles chrétiens les célèbres trésors de l'Eglise dont la distribution Nous est confiée, afin que ces mêmes fidèles excités plus vivement à la vraie piété, et purifiés des taches de leurs péchés par le Sacrement de Pénitence, répandent avec plus de confiance leurs prières à Dieu et obtiennent sa miséricorde et sa grâce.

18 - En conséquence, par les présentes Lettres, en vertu de notre Autorité apostolique, à tous et chacun des fidèles des deux sexes dans l'univers catholique, Nous accordons une Indulgence plénière en forme de Jubilé, à gagner durant toute l'année à venir 1865 et non au delà, dans l'espace d'un mois à désigner par vous, Vénérables Frères, et les autres Ordinaires légitimes des lieux, en la même manière et forme exactement que Nous l'avons accordée, au commencement de Notre suprême Pontificat par Nos Lettres apostoliques en forme de Bref du 20 novembre 1846, envoyée à tout votre Ordre épiscopal de l'univers, et commençant par ces mots : " Arcano Divinæ Providentiæ consilio ", et avec tous les mêmes pouvoirs accordés par Nous dans ces Lettres. Nous voulons cependant que toutes les prescriptions contenues dans les susdites lettres soient observées, et que soient maintenues toutes les exceptions que Nous avons mentionnées. Nous accordons cela nonobstant toutes dispositions contraires, même celles qui seraient dignes d'une mention et d'une dérogation spéciales et individuelles. Et pour écarter tout doute et toute difficulté, Nous vous avons fait parvenir un exemplaire de ces Lettres.

19 - Prions, Vénérables Frères, " du fond du cœur et de toute notre âme la miséricorde de Dieu, parce qu'il a lui-même ajouté : Je n'éloignerai pas d'eux ma miséricorde. Demandons et nous recevrons, et si nous attendons et que nous tardions à recevoir à cause de la gravité de nos offenses, frappons ; car à celui qui frappe on ouvrira, pourvu que nous frappions à la porte avec nos prières, nos gémissements et nos larmes, avec lesquels il faut insister et persévérer, et pourvu que notre prière soit unanime... que chacun prie Dieu non seulement pour lui-même mais pour tous ses frères, comme le Seigneur nous a enseigné à prier " (11). Et pour que Dieu exauce plus facilement Nos prières et Nos Vœux, les vôtres et ceux de tous les fidèles, faisons participer en toute confiance auprès de Lui l'Immaculée et très sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie qui a détruit toutes les hérésies dans le monde entier, et qui, Notre Mère très aimante à tous, " est toute suave... et pleine de miséricorde... se montre exorable à tous, très clémente à tous, compatit aux miséricordes de tous avec la plus large affection " (12). Comme Reine, debout à la droite de Son Fils Unique, notre Seigneur Jésus-Christ, toute enveloppée dans un vêtement d'or, il n'y a rien qu'Elle ne puisse obtenir de Lui.

Demandons aussi les suffrages du Bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, de son Co-apôtre Paul, et de tous les Saints du Ciel qui devenus amis de Dieu, sont parvenus au royaume céleste, possèdent la couronne et la palme, et sûrs de leur immortalité, sont soucieux de notre salut.

20 - Enfin, demandant pour vous à Dieu de toute Notre âme l'abondance de tous les dons célestes, Nous donnons du fond du cœur et avec amour, en gage de Notre particulière affection, la Bénédiction apostolique à vous-mêmes, Vénérables Frères, et à tous les fidèles clercs et laïcs confiés à vos soins.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 8 décembre de l'année 1864, dixième depuis la Définition Dogmatique de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie Mère de Dieu. Et de Notre Pontificat la dix-neuvième.

Pie IX, Pape

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1) Grégoire XVI, Encyclique Mirari Vos du 15 août 1832.

2) Id.

3) Saint Augustin, Lettre 105.

4) Saint Léon, Lettre 164.

5) Saint Ignace, martyr, à Philadelphie.

6) Psaume 143.

7) Saint Célestin, Lettre 22 au Synode d'Ephèse.

8) Saint Innocent I, Lettre 29 au Concile Episcopal de Carthage.

9) Saint Léon, Lettre 156.

10) Pie VII, encyclique Diu satis, 15 mai 1800.

11) Saint Cyprien, Lettre 11.

12) Saint Bernard, Sermon sur les douze prérogatives de la Bienheureuse Vierge Marie d'après l'Apocalypse.

 

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Syllabus

8 décembre 1864

Recueil renfermant les principales erreurs de notre temps

qui sont condamnées dans les allocutions consistoriales, encycliques et

autres lettres apostoliques de N. T. S. P. le pape Pie IX.

 

Chapitre I

Erreurs relatives au panthéisme,

au naturalisme et au rationalisme absolu.

1. - Il n'existe aucun Etre divin, suprême, parfait dans sa sagesse et sa providence, qui soit distinct de l'universalité des choses, et Dieu est identique à la nature des choses, et par conséquent assujetti aux changements ; c'est Dieu, par cela même, qui existe dans l'homme et dans le monde, et tous les êtres sont Dieu et ont la propre substance de Dieu. Dieu est ainsi une seule et même chose avec le monde, et par conséquent l'esprit avec la matière, la nécessité avec la liberté, le vrai avec le faux, le bien avec le mal et le juste avec l'injuste.

- Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

2. - On doit nier toute action de Dieu sur les hommes et sur le monde.

- Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

3. - La raison humaine est, sans tenir aucun compte de Dieu, l'unique arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal ; elle est à elle-même sa loi ; elle suffit par ses forces naturelles à procurer le bien des hommes et des peuples.

- Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

4. - Toutes les vérités de la religion découlent de la force native de la raison humaine ; d'où il suit que la raison est la règle souveraine d'après laquelle l'homme peut et doit acquérir la connaissance de toutes les vérités de toute espèce.

- Encyclique Qui pluribus, 9 novembre 1846. - Encyclique Singulari quidem, 17 mars 1856. - Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

5. - La révélation divine est imparfaite, et par conséquent sujette à un progrès continuel et indéfini qui réponde au développement de la raison humaine [grand principe de la civilisation moderne].

- Encyclique Qui pluribus, 9 novembre 1846. - Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

6. - La foi du Christ est en opposition avec la raison humaine ; et la révélation divine, non seulement ne sert à rien, mais elle nuit à la perfection de l'homme.

- Encyclique Qui pluribus, 9 novembre 1846. - Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

7. - Les prophéties et les miracles exposés et racontés dans les Saintes Ecritures sont des fictions poétiques, et les mystères de la foi chrétienne sont le résumé d'investigation philosophiques ; dans les livres des deux Testaments sont contenues des inventions mythiques, et Jésus-Christ lui-même est un mythe.

- Encyclique Qui pluribus, 9 novembre 1846. - Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

 

Chapitre II

Erreurs relatives au rationalisme modéré

8. - Comme la raison est égale à la religion elle-même, les sciences théologiques doivent être traitées de la même manière que les sciences philosophiques.

- Allocution Singulari quadam, 9 décembre 1854.

9. - Tous les dogmes de la religion chrétienne, sans distinction, sont l'objet de la science naturelle ou philosophie ; et la raison humaine peut, d'après ses principes et ses forces naturelles, parvenir, par son simple développement historique, à une vraie connaissance de tous les dogmes, même les plus cachés, pourvu que ces dogmes aient été proposés à la raison elle-même comme objet.

- Lettre à l'archevêque de Frisingue : Gravissimas, 11 décembre 1862. - Lettre du même : Tuas libenter, 21 décembre 1863.

10. - Comme autre chose est la philosophe et autre chose la philosophie, le premier a le droit et le devoir de se soumettre à une autorité qu'il a reconnue lui-même être vraie ; mais la philosophie ne peut ni ne doit se soumettre à aucune autorité.

- Lettre à l'archevêque de Frisingue : Gravissimas, 11 décembre 1862.

11. - L'Eglise non seulement ne doit, dans aucun cas, sévir contre la philosophie, mais elle doit tolérer les erreurs de la philosophie et lui abandonner le soin de se corriger elle-même.

- Lettre à l'archevêque de Frisingue : Gravissimas, 11 décembre 1862.

12. - Les décrets du Siège apostolique et des congrégations romaines empêchent le libre progrès de la science.

- Lettre à l'archevêque de Frisingue : Tuas libenter, 21 décembre 1863.

13. - La méthode et les principes d'après lesquels les anciens docteurs scolastiques ont cultivé la théologie, ne conviennent plus aux nécessités de notre temps et au progrès des sciences.

- Lettre à l'archevêque de Frisingue : Tuas libenter, 21 décembre 1863.

14. - On doit s'occuper de philosophie sans tenir aucun compte de la révélation chrétienne.

- Lettre à l'archevêque de Frisingue : Tuas libenter, 21 décembre 1863.

 

Chapitre III

Erreurs relatives à l'indifférentisme et au latitudinarisme.

15. - Il est libre à chaque homme d'embrasser et de professer la religion qu'il aura été amené à regarder comme vraie, par les seules lumières de la raison.

- Lettre apostolique Multiplices inter, 10 juin 1851. - Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

16. - Les hommes peuvent trouver le chemin du salut éternel et obtenir le salut éternel dans le culte de n'importe quelle religion.

- Encyclique Qui pluribus, 9 novembre 1846. - Allocution Ubi primum, 17 décembre 1847. - Encyclique Singulari quidem, 17 mars 1856.

17. - Au moins doit-on bien espérer du salut éternel de tous ceux qui ne vivent nullement dans le sein de la véritable Eglise du Christ.

- Allocution Singulari quadam, 9 décembre 1854. - Encyclique Quanto conficiamur, 17 août 1863.

18. - Le protestantisme n'est autre chose qu'une forme diverses de la même vraie religion chrétienne, forme dans laquelle on peut être agréable à Dieu, aussi bien que dans l'Eglise catholique.

- Encyclique Nobis et nobiscum, 8 décembre 1849.

 

Chapitre IV

Erreurs relatives au socialisme, au communisme, aux sociétés secrètes, aux

sociétés bibliques et aux sociétés clérico-libérales.

Ces sortes de fléaux sont souvent frappés de condamnations formulées en termes très graves dans l'Encyclique Qui pluribus du 9 novembre 1846, dans l'Allocution Quibus quantisque du 20 avril 1849, dans l'Encyclique Nostis et nobiscum du 8 décembre 1849, dans l'Encyclique Quanto conficiamur mærore du 10 août 1863.

 

Chapitre V

Erreurs sur l'Eglise et ses droits

19. - L'Eglise n'est pas une société vraie et parfaite, pleinement libre ; elle ne jouit pas de droits propres et constants, à elle conférés par son divin Fondateur, mais il appartient au pouvoir civil de définir quels sont les droits de l'Eglise et les limites dans lesquelles elle peut les exercer.

- Allocution Singulari quadam, 9 décembre 1854. - Allocution Multis gravibusque, 17 décembre 1860. - Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

20. - Le pouvoir ecclésiastique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l'assentiment du gouvernement civil.

- Allocution Meminit unusquisque, 20 septembre 1861.

21. - L'Eglise n'a pas le pouvoir de définir dogmatiquement que la religion de l'Eglise catholique est la seule vraie religion.

- Lettre apostolique Multiplices inter, 10 juin 1850.

22. - L'obligation qui concerne les maîtres et les écrivains catholiques se bornes aux choses qui ont été définies par le jugement infaillible de l'Eglise comme étant des dogmes de foi qui doivent être crus par tous.

- Lettre à l'archevêque Frisingue : Tuas libenter, 21 décembre 1863.

23. - Les Souverains Pontifes et les Conciles œcuméniques se sont écartés des limites de leur pouvoir ; ils ont usurpé les droits des princes, et ils ont même erré dans les définitions relatives à la foi et aux mœurs.

- Lettre apostolique Multiplices inter, 10 juin 1850.

24. - L'Eglise n'a pas le droit d'employer la force ; elle n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect.

- Lettre apostolique Ad apostolicæ, 22 août 1851.

25. - Outre le pouvoir inhérent à l'épiscopat, il y a un pouvoir temporel qui lui a été concédé ou expressément ou tacitement par l'autorité civile, révocable par conséquent à volonté par cette autorité civile.

- Lettre apostolique Ad apostolicæ, 22 août 1851.

26. - L'Eglise n'a pas le droit naturel et légitime d'acquérir et de posséder.

- Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856. - Encyclique Incredibili, 17 septembre 1863.

27. - Les ministres sacrés de l'Eglise et le Pontife Romain doivent être absolument exclus de tout soin et domaine (ou gestion et autorité) sur les choses temporelles.

- Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

28. - Il n'est pas permis aux Evêques de publier même les Lettres apostoliques sans la permission du gouvernement.

- Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856. 

 29. - Les grâces accordées par le Pontife Romain doivent être regardées comme nulles, si elles n'ont pas été demandées par l'entremise du gouvernement.

- Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856.

30. - L'immunité de l'Eglise et des personnes ecclésiastiques a tiré son origine du droit civil.

- Lettre apostolique Multiplices inter, 10 juin 1851. 

31. - Le for ecclésiastique pour les procès temporels des clercs, soit au civil, soit au criminel, doit absolument être aboli, même sans consulter le Siège Apostolique et sans tenir compte de ses réclamations. 

- Allocution Acerbissimum, 27 septembre 1852. - Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856.

32. - L'immunité personnelle, en vertu de laquelle les clercs sont exempts de la milice (ou du service militaire), peut être abrogée sans aucune violation de l'équité et du droit naturel. Le progrès civil demande cette abrogation, surtout dans une société constituée d'après une législation libérale. 

33. - Il n'appartient pas uniquement par droit propre et naturel à la juridiction ecclésiastique de diriger l'enseignement des choses théologiques.

- Lettre à l'archevêque de Frisingue : Tuas libenter, 21 décembre 1863.

34. - La doctrine de ceux qui comparent le Pontife Romain à un prince libre et exerçant son pouvoir dans l'Eglise universelle, est une doctrine qui a prévalu au moyen âge.

- Lettre apostolique Ad apostolicæ, 22 août 1851. 

35. - Rien n'empêche que, par décret d'un Concile Général, ou par le fait de tous les peuples, le Souverain Pontificat soit transféré de l'Evêque romain de la ville de Rome à un autre Evêque et à une autre ville.

- Lettre apostolique Ad apostolicæ, 22 août 1851.

36. - La définition d'un Concile national n'admet pas d'autre discussion, et l'Administration civile peut exiger qu'on traite.

- Lettre apostolique Ad apostolicæ, 22 août 1851.

37. - On peut instituer des Eglises nationales soustraites à l'autorité du Pontife Romain et pleinement séparées de lui.

- Allocution Multis gravibusque, 17 décembre 1860. - Allocution Jamdudum cernimus, 18 mars 1861.

38. - Les prétentions excessives des Pontifes Romains ont poussé à la division de l'Eglise en orientale et occidentale.

- Lettre apostolique Ad apostolicæ, 22 août 1851. 

 

Chapitre VI

Erreurs relatives à la société civile, considérée, soit en elle-même,

soit dans ses rapports avec l'Eglise.

39. - L'Etat, comme étant l'origine et la source de tous les droits, jouit d'un droit qui n'est circonscrit par aucune limite.

- Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

40. - La doctrine de l'Eglise catholique est opposée au bien et aux intérêts de la société humaine.

- Encyclique Qui pluribus, 9 novembre 1846. - Allocution Quibus quantisque, 20 avril 1849.

41. - La puissance civile, même quand elle est exercée par un prince infidèle, possède un pouvoir indirect négatif sur les choses sacrées. Elle a, par conséquent, non seulement le droit qu'on appelle d'exequatur, mais encore le droit qu'on nomme d'appel comme d'abus.

- Lettre apostolique : Ad apostolicæ, 22 août 1851.

42. - En cas de conflit entre les lois émanant de chacun des deux pouvoirs, le droit civil prévaut [ou le temporel sur le spirituel, le moins noble sur le plus noble].

- Lettre apostolique : Ad apostolicæ, 22 août 1851.

43. - La puissance laïque a le pouvoir de casser, de déclarer et rendre nulles les conventions solennelles (vulgairement appelées Concordats) conclues avec le Siège Apostolique sur l'usage des droits appartenant à l'immunité ecclésiastique, sans le consentement de ce Siège, et même malgré ses réclamations.

- Allocution In consistoriali, 1er novembre 1850. - Allocution Multis gravibusque, 17 décembre 1860.

44. - L'autorité civile peut s'immiscer dans les choses qui regardent la religion, les mœurs et la direction des âmes (ou régime spirituel). D'où il suit qu'elle peut juger des Instructions que les pasteurs de l'Eglise publient, d'après leur charge, pour la règle des consciences ; elle peut même décider sur l'administration des sacrements et sur les dispositions nécessaires pour les recevoir.

- Allocution In consistoriali, 1er novembre 1850. - Allocution Maxima Quidem, 9 juin 1862.

45. - Toute la direction des écoles publiques, dans lesquelles la jeunesse d'un Etat chrétien est élevée, si l'on en excepte seulement dans une certaine mesure les séminaires épiscopaux, peut et doit être attribuée à l'autorité civile, et cela de telle manière qu'il ne soit reconnu à aucune autorité le droit de s'immiscer dans la discipline des écoles, dans le régime des études, dans la collation des grades, dans le choix ou l'approbation des maîtres.

- Allocution In consistoriali, 1er novembre 1850. - Allocution Quibus luctuasissimis, 5 septembre 1851.

46. - Bien plus, même dans les séminaires des clercs, la méthode à suivre dans les études est soumise à l'autorité civile.

- Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856.

47. - La bonne constitution de la société civile demande que les écoles populaires qui sont ouvertes à tous les enfants de chaque classe du peuple, et, en général, que les institutions publiques destinées aux lettres, à une instruction supérieure et à une éducation plus élevée de la jeunesse, soient affranchies de toute autorité de l'Eglise, de toute influence modératrice et de toute ingérence de sa part, et qu'elles soient pleinement soumises à la volonté de l'autorité civile et politique, suivant le bon plaisir des gouvernants et le courant des opinions générales de l'époque [1]

- Lettre à l'archevêque de Fribourg-en-Brisgau : Quam non sine, 14 juillet 1864.

Charles Maurras, La Politique religieuse, II : Sur le texte du Syllabus, p. 161, note 2 : " .Quelle anarchie a toujours préparée et préparera fatalement une telle exclusion de tout pouvoir spirituel ! Pleinement soumises à la volonté de l'autorité civile et politique, nos écoles sont aujourd'hui des foyers de socialisme, d'antimilitarisme, d'antipatriotisme. Le Syllabus montre pourquoi : - " Suivant le désir des gouvernants et le courant des opinions générales de l'époque " et du ministère en fonction."

48. - Des catholiques peuvent approuver un système d'éducation placé en dehors de la foi catholique et de l'autorité de l'Eglise, et qui n'ait pour but principal que la science des choses purement naturelles et les fins de la société terrestre.

- Lettre à l'archevêque de Fribourg-en-Brisgau : Quam non sine, 14 juillet 1864.

49. - L'autorité civile peut empêcher les évêques et les fidèles de communiquer librement entre eux et avec le Pontife Romain.

- Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

50. - L'autorité laïque a par elle-même le droit de présenter les évêques et peut exiger d'eux qu'ils prennent en main l'administration de leurs diocèses avant qu'ils aient reçu du Saint-Siège l'institution canonique et les lettres apostoliques.

- Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856.

51. - Bien plus, la puissance séculière a le droit d'interdire aux évêques l'exercice du ministère pastoral, et elle n'est pas tenue d'obéir au Pontife Romain en ce qui concerne l'institution des évêchés et des évêques.

- Lettre apostolique Multiplices inter, 10 juin 1851. - Allocution Acerbissimum, 27 septembre 1852.

52. - Le gouvernement peut, de son propre droit, changer l'âge prescrit pour la profession religieuse, tant des femmes que des hommes, et enjoindre aux communautés religieuses de n'admettre personne aux vœux solennels sans son autorisation.

- Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856.

53. - On doit abroger les lois qui protègent l'existence des familles religieuses, leurs droits et leurs fonctions ; bien plus, la puissance civile peut donner son appui à toux ceux qui voudraient quitter l'état religieux qu'ils avaient embrassé et enfreindre leurs vœux solennels ; de même, elle peut supprimer complètement ces mêmes communautés religieuses, aussi bien que les églises collégiales et les bénéfices simples, même le droit de patronage, et attribuer et soumettre leurs biens et revenus à l'administration et à la disposition de l'autorité civile.

- Allocution Acerbissimum, 27 septembre 1852. - Allocution Probe memineritis, 22 janvier 1855. - Allocution Cum sæpe, 26 juillet 1855.

54. - Les rois et les princes, non seulement sont exempts de la juridiction de l'Eglise, mais même ils sont supérieurs à l'Eglise quand il s'agit de trancher les questions de juridiction.

- Lettre apostolique Multiplices inter, 10 juin 1851.

55. - L'Eglise doit être séparée de l'Etat, et l'Etat séparé de l'Eglise.

- Allocution Acerbissimum, 27 septembre 1852.

 

Chapitre VII

Erreurs concernant la morale naturelle et chrétienne.

56. - Les lois de la morale n'ont pas besoin de sanction divine ; il n'est pas du tout nécessaire que les lois humaines se conforment au droit naturel ou reçoivent de Dieu le pouvoir d'obliger.

- Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

57. - La science de la philosophie et de la morale, et au même titre les lois civiles, peuvent et doivent être soustraites à l'autorité divine et ecclésiastique.

- Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

58. - Il ne faut reconnaître d'autres forces que celles qui résident dans la matière ; et tout système de morale, toute honnêteté doit consister à accumuler et augmenter de toute manière ses richesses et à se procurer des jouissances.

- Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862. - Encyclique Quanto conficiamur, 10 août 1863.

59. - Le droit consiste dans le fait matériel, tous les devoirs de l'homme ne sont qu'un vain mot, et tous les faits humains ont force de droit.

- Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

60. - L'autorité n'est autre que la somme du nombre et des forces matérielles [la démocratie !].

- Allocution Maxima quidem, 9 juin 1862.

61. - Une injustice de fait couronnée de succès ne porte aucune atteinte à la sainteté du droit.

- Allocution Jamdudum cernimus, 18 mars 1861.

62. - On doit proclamer et observer le principe que l'on nomme de " non intervention ".

- Allocution Novos et ante, 28 septembre 1860.

63. - Il est permis de refuser l'obéissance aux princes légitimes et même de se révolter contre eux.

- Encyclique Qui pluribus, 9 novembre 1846. - Allocution Quisque vestrum, 4 octobre 1847. - Encyclique Nostis et nobiscum, 8 décembre 1849? - Lettre apostolique Cum catholica, 26 mars 1860.

64. - La violation d'un serment, quelque saint qu'il soit, et toute action criminelle et honteuse opposée à la loi éternelle, non seulement ne doit pas être blâmée, mais elle est tout à fait licite et digne des plus grands éloges, quand elle est inspirée par l'amour de la patrie.

- Allocution Quibus quantisque, 9 avril 1849.

 

Chapitre VIII

Erreurs sur le mariage chrétien

65. - On ne peut établir par aucune preuve que le Christ a élevé le mariage à la dignité de sacrement.

- Lettre apostolique Ad apostolicæ, 22 août 1851.

66. - Le sacrement de mariage n'est rien d'autre qu'un accessoire au contrat dont il est séparable, et le sacrement lui-même ne consiste que dans la bénédiction nuptiale.

- Lettre apostolique Ad apostolicæ, 22 août 1851.

67. - De droit naturel, le lien du mariage n'est pas indissoluble, et, dans différents cas, le divorce proprement dit peut être sanctionné par l'autorité civile.

- Lettre apostolique Ad apostolicæ, 22 août 1851. - Allocution Acerbissimum, 27 septembre 1852.

68. - L'Eglise n'a pas le pouvoir d'introduire des empêchements dirimants au mariage ; mais ce pouvoir appartient à l'autorité civile qui doit lever les empêchements existants.

- Lettre apostolique Multiplices inter, 10 juin 1851.

69. - L'Eglise, dans le cours des siècles, a commencé à introduire les empêchements dirimants, non par son droit propre, mais en usant du droit qu'elle avait emprunté au pouvoir civil.

- Lettre apostolique Ad apostolicæ, 22 août 1851.

70. - Les canons du Concile de Trente, qui prononcent l'anathème contre ceux qui osent nier le pouvoir qu'a l'Eglise d'opposer les empêchement dirimants, ne sont pas dogmatiques ou doivent s'entendre de ce pouvoir emprunté.

- Lettre apostolique Ad apostolicæ, 22 août 1851.

71. - La forme prescrite par le Concile de Trente n'oblige pas sous peine de nullité, quand la loi civile établit une autre forme à suivre et veut qu'au moyen de cette forme nouvelle le mariage soit valide.

- Lettre apostolique Ad apostolicæ, 22 août 1851.

72. - Boniface VIII a le premier déclaré que le vœu de chasteté conjugale prononcé dans l'ordination rend le mariage nul.

- Lettre apostolique Ad apostolicæ, 22 août 1851.

73. - Par la vertu du contrat purement civil, un vrai mariage peut exister entre chrétiens ; et il est faux, ou que le contrat de mariage entre chrétiens soit toujours un sacrement, ou que ce contrat soit nul en dehors du sacrement.

- Lettre apostolique  Ad apostolicæ, 22 août 1851. - Lettre au roi de Sardaigne, 9 septembre 1852. - Allocution Acerbissimum, 27 septembre 1852. - Allocutions Multis gravibusque, 17 décembre 1860.

74. - Les causes matrimoniales et les fiançailles, par leur nature propre, appartiennent à la juridiction civile.

- Lettre apostolique  Ad apostolicæ, 22 août 1851. - Allocution Acerbissimum, 27 septembre 1852.

N.B. - Deux autres erreurs peuvent prendre place ici : l'abolition du célibat ecclésiastique et la préférence due à l'état de mariage sur l'état de virginité.

Elles seront condamnées, la première dans l'encyclique Qui pluribus du 9 novembre 1846, la seconde dans la lettre apostolique Multiplices inter du 10 juin 1851. 

 

Chapitre IX

Erreurs sur le principat civil du Pontife Romain.

75. - Les fils de l'Eglise chrétienne et catholique discutent entre eux de la compatibilité de la royauté temporelle avec le pouvoir spirituel.

- Lettre apostolique Ad apostolicæ, 22 août 1851.

76. - L'abrogation de la souveraineté civile, dont le Saint-Siège est en possession, ferait avancer et de beaucoup la liberté et le bonheur de l'Eglise.

- Allocution Quibus quantisque, 20 avril 1849.

N.B. - Outre ces erreurs explicitement notées, plusieurs autres sont implicitement réprouvées par la doctrine exposée et soutenue que les catholiques doivent tous maintenir fermement, sur les principat civil du Pontife Romain. Cette doctrine est clairement enseignée dans l'allocution Quibus quantisque du 20 avril 1849 ; dans l'allocution Si semper antea du 29 mai 1850 ; dans la lettre apostolique Cum Catholica Ecclesia du 26 mars 1860 ; dans l'allocution Novas du 28 septembre 1860 ; dans l'allocution Jamdudum cernimus du 18 mars 1861 ; dans l'allocution Maxima quidem du 9 juin 1862.

 

Chapitre X

Erreurs qui se rapportent au libéralisme contemporain.

77. - A notre époque, il n'est plus utile que la religion catholique soit considérée comme l'unique religion de l'Etat, à l'exclusion de tous les autres cultes.

- Allocution Nemo vestrum, 26 juillet 1855.

78. - Aussi, c'est avec raison que, dans quelques pays catholiques, la loi a pourvu à ce que les étrangers qui viennent s'y établir, y jouissent de l'exercice public de leurs cultes particuliers.

- Allocution Jamdudum cernimus, 18 mars 1861.

79. - En effet, il est faux que la liberté civile de tous les cultes, et que le plein pouvoir attribué à tous de manifester ouvertement et publiquement n'importe quelles opinions et n'importe quelles pensées, conduisent plus facilement les peuples à la corruption des mœurs et des esprits, et propagent la peste de l'indifférentisme.

- Allocution Numquam fore, 15 décembre 1856.

80. - Le Pontife Romain peut et doit se réconcilier et composer avec le progrès, avec le libéralisme et avec la civilisation moderne.

- Allocution Jamdudum cernimus, 18 mars 1861.

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Henri Hello, Docteur en Théologie, Le Syllabus au XXe siècle, Victor Retaux, Librairie-Editeur, 1906, pp. 11-12, 13-14, 15-17, 18-19, 22-23, 35, 41-42, 45, 51 et 52 :

" Le Syllabus n'a rien innové. Il a résumé les " principales erreurs de notre époque " opposées à l'enseignement traditionnel, erreurs qui dérivent d'une fausse notion de la liberté. Comment donc se fait-il que les catholiques libéraux, qui se disent les fils soumis de l'Eglise, évitent de nommer le Syllabus, ou le déclarent inacceptable en pratique ? [déjà ! en 1864... " rien de nouveau sous le soleil " (L'Ecclésiaste, I, 9)]. Ils en dénaturent le sens, ils diminuent son autorité, ils s'attachent à des erreurs que le Syllabus a condamnées.

" Beaucoup de ces catholiques sont de bonne foi.

" Ils acceptent en bloc, sincèrement, ce qu'enseigne l'Eglise, mais leur ignorance est profonde. Ils ne connaissent ni les principes chrétiens, ni le pouvoir doctrinal que l'Eglise a reçu de son divin fondateur, ni l'usage qu'elle en a fait. Ils tiennent de l'enseignement universitaire, de la presse, de l'opinion publique fabriquée, l'idée complètement fausse qu'ils ont du Syllabus.

" Les principaux chefs de l'école catholique libérale ont prétendu édifier la cité nouvelle sur la liberté. Ils ont oublié que nul ne peut poser un autre fondement que la vérité même. Les principes de l'ordre social sont immuables, et le premier de tous, celui qui soutient et unit tous les autres, est le principe religieux. Le libéralisme, en plaçant à la base de la société moderne une liberté que réprouve l'Eglise, a prêté son concours aux ennemis de Dieu et du peuple chrétien : il a aidé la Révolution à cultiver, à propager la semence de l'anarchie.

" Quoi qu'il en soit des intentions droites, des inconséquences et de l'ignorance, le libéralisme, sous toutes ses formes, est l'adversaire du Syllabus.

" Le libéralisme couve les libertés modernes comme une poule ses œufs : il les protège contre l'Eglise romaine. L'Eglise a reconnu les œufs de vipère : leur éclosion est quotidienne [ce qui fait qu'en l'an 2002 les vipères se sont répandues sur toute la terre comme le pire des virus à l'instar de l'arianisme au début du IVe siècle de notre ère], et leur venin mortel infecte les âmes.

" [...] Or, une étude comparée montre l'identité parfaite des propositions condamnées au Syllabus avec la doctrine enseignée dans les écoles minervales de Weishaupt et dans les loges.

" Quelles que soient les divergences de détails, notamment sur la tactique à employer, la Maçonnerie a une base de doctrine commune à tous ses rites, une idée mère qui rallie ses vrais initiés répandus sur tous les points du globe. C'est elle qui inspire, dans leur fond, tous les rituels et tout le symbolisme des loges.

" Cette idée-mère est celle de l'homme-dieu : c'est l'homme mis à la place de Dieu, ou, pour aller par gradation, l'homme parfait, l'homme souverain, prêtre et roi de la nature, homme-dieu par nature.

" L'idée maçonnique ainsi résumée comprend :

1° Le panthéisme - le dieu-nature - l'homme-dieu - la raison déifiée.

2° Comme première conséquence, la liberté native et inaliénable de l'homme, apanage de sa nature divine et parfaite ; l'indépendance complète de la raison humaine, qui ne reconnaît au-dessus d'elle aucun législateur, aucune loi supérieure ; conséquence : la morale indépendante

3° L'égalité naturelle et inaliénable des hommes : tous ayant la même nature souveraine, personne n'a le droit de commander à son prochain, ce qui supposerait une supériorité.

4° Donc, toute autorité venant de Dieu, soit spirituelle, soit temporelle, est exclue. Pas de Dieu personnel, pas de révélation surnaturelle. L'Eglise n'est rien de plus qu'une société humaine, assujettie à l'Etat, qui représente la collectivité. Il est, suivant le mot de Hégel, le dieu moderne.

" Il faut bien tempérer ces doctrines à l'usage des princes dont la Franc-Maçonnerie veut se servir pour la réalisation de ses desseins.

" Il faut bien les adapter aux tempéraments et aux mœurs plus ou moins chrétiennes des nations que la secte veut soulever contre toute autorité légitime : la même dose de poison ne saurait convenir à tous.

" Les habiles des sociétés secrètes s'emploient à ces manœuvres avec un art infernal.

" L'irréconciliable ennemi, pour eux, c'est le Syllabus. 

" [...] Car le Syllabus - nous le prouverons bientôt - n'est qu'un résumé de l'enseignement de l'Eglise.

" C'est au nom du prétendu progrès moderne que la secte prétend imposer au monde son mensonge, sa rébellion. C'est au nom du progrès moderne que l'homme, prenant à son compte le cri de l'ange déchu, dit à son tour : Non serviam (Je ne servirai pas), et proclame sa propre divinité !

" C'est contre le progrès moderne que l'Eglise s'est dressée, au nom de Dieu Créateur et Souverain, au nom de Jésus-Christ Rédempteur et roi des nations. Fondée sur le roc inébranlable de la foi, armée de la justice, de la vérité, de la parole de Dieu, elle a répondu au défi par le Syllabus.

" Le Syllabus est la protestation solennelle des droits de Dieu et de son Christ contre la négation de la Souveraineté divine.

" Les libertés modernes, enfantées par la Charte maçonnique de 1789, ne sont que des applications de la thèse de l'homme-souverain, de l'homme-Dieu. Celui-ci, maître absolu, indépendant de toute loi supérieure, est libre de penser, de parler, d'agir à sa guise.

" Logiquement il doit en être ainsi.

" Historiquement, il est prouvé que les libertés modernes ont été inventées, prônées, popularisées, par les écrivains de la secte, par la presse qu'elle entretient, par ses orateurs, par les maîtres qu'elle donne à la jeunesse.

" L'homme-Dieu, c'est encore le Dieu-Etat, c'est la collectivité, considérée dans ses mandataires, indépendante, broyant tout sous son joug de fer ; elle asservit les consciences, et ne laisse rien en dehors de sa domination.

" Qu'on cherche dans le Syllabus, de la première proposition jusqu'à la dernière, sous des formes variées, que la monstrueuse erreur de l'homme-Dieu et de l'Etat-Dieu.

" Les propositions en apparence les plus modérées sont les conséquences très logiques d'une idée qui, au fond, est la révolte même érigée en système, usant d'artifices et flattant les convoitises pour se substituer à tous les principes de l'ordre religieux et social.

" [...] La doctrine maçonnique est donc le plus complet dissolvant de toute société qui se puisse concevoir. Voilà pourquoi les païens eux-mêmes avaient proscrit les sectes manichéennes. Leurs erreurs étaient les mêmes. La Maçonnerie les adopte, s'en fait gloire, les propage et construit sur ce néant l'édifice trompeur des Droits de l'homme.

" Elle les impose au nom du progrès, de la civilisation moderne ! [Cf. la dernière proposition du Syllabus.]

" La souveraineté de l'homme remplaçant celle de Dieu, c'est l'anarchie monstrueuse, non seulement de fait, mais érigée en droit nouveau, celui de la révolution, qui remplace le droit éternel et immuable.

" C'est l'anarchie, puisque la société n'a plus de base naturelle : tous les fondements ont disparu, tous les liens sociaux sont dissous. Plus de morale, plus de famille, plus de propriété. Il n'y a plus de devoirs [et il n'y a fatalement plus que des droits]. Toute la société repose sur la " poussière humaine ".

" [...] Le Syllabus garde donc les fondements de l'ordre universel, sans lequel la paix sociale elle-même est impossible.

" Parce que les principes, détruits par les uns [ceux qui sont les seuls et vrais responsables de toutes les divisions civiles ou religieuses dans le monde ou dans l'Eglise], sont absolument abandonnés par les autres, parce que la société laïcisée ne repose plus sur ses bases naturelles, il n'y a plus de sécurité

" Le salut est dans le retour aux principes, que maintient, contre les flots furieux le l'océan révolutionnaire, le Syllabus de Pie IX.

" [...] Tel est le véritable sens des principes de 89. La Déclaration des Droits de l'homme n'était que la négation des Droits de Dieu, la substitution de la raison humaine et du caprice de l'homme, à la pensée, à la volonté de Dieu.

" On a dit que les libertés nées de la Révolution faisaient partie de notre droit public moderne ? C'est dire que le poison mortel inoculé dans les veines de la société fait partie désormais de son organisme et de sa vie.

" En fait, les libertés modernes sont partout exaltées. Beaucoup de chrétiens, qui se déclarent soumis aux enseignements de l'Eglise, affirment la légitimité et la nécessité sociale des principes de 89, qui ont consacré ces mêmes libertés.

" Et cependant jamais Rome ne les a reconnus. Jamais l'Eglise, par son magistère infaillible, n'en a parlé que pour les proscrire ; or, en ces matières, où sa foi et sa morale sont en cause, l'Eglise a autorité pour dire au monde qu'il se trompe, et, à l'opinion, qu'elle se lance dans une voie qui mène aux précipices. [...]

" Il n'y a de salut possible que dans le retour aux principes chrétiens, aux droits de Dieu, proclamés, maintenus, en face de la Révolution, par l'Eglise dans le Syllabus.

" Voilà pourquoi, au début du XXe siècle, les catholiques, pour l'honneur de Dieu, pour le salut des âmes et de la société chrétienne, doivent affirmer solennellement leur adhésion au Syllabus.

" [...] Répondons maintenant à cette grave question : le Syllabus est-il un document ex cathedra obligeant la conscience catholique, en vertu de l'infaillibilité pontificale, à rejeter au moins comme des erreurs toutes et chacune des propositions qu'il condamne ?

" Le cardinal Mazzella, dans son cours au Collège romain, l'affirme et réfute les objections contraires (De religione et Ecclesia, pp. 822-824).

" Nous le suivons dans notre réponse.

" Le Syllabus, dit-il, réunit toutes les conditions acquises pour un document ex cathedra, soit infaillible.

" Ces conditions sont les suivantes :

a) Que le Pape parle comme Docteur et Pasteur suprême de l'Eglise.

b) Qu'il parle pour enseigner des doctrines qui sont l'objet direct ou indirect de l'infaillibilité, ou pour condamner des doctrines contraires directement ou indirectement à la foi catholique.

c) Qu'il porte une sentence définitive, avec l'intention d'obliger en conscience : aucune formule solennelle n'est déterminée.

d) Qu'il oblige l'Eglise entière, même s'il s'adresse à une seule personne, par exemple à un évêque (c'est le cas pour la lettre à l'archevêque de Munich ou de Frisingue).

" Ces conditions, dit le cardinal Mazzella, sont réunies en ce qui concerne le Syllabus. " Simplex applicatio conditionum quæ juxta concilium Vaticanuum ad hujusmodi actum requiruntur, evidenter ostendit infaillibilitatis characterem ei denegari nullatenus passe."

" Peu importe, dit-il, que le Syllabus soit dépourvu de certaines formules solennelles qui se trouvent dans d'autres actes. Ces formules ne sont pas de droit divin. Le droit ecclésiastique ou la pratique de l'Eglise, d'où elles dérivent, ne les impose pas absolument. Il suffit que l'intention d'obliger l'Eglise universelle soit manifeste, avec ou sans ces formules.

" Or, dans le Syllabus, le Pape parle comme Docteur suprême, en des matières qui toutes concernent la foi et les mœurs, ou s'y rattachent, et sont par conséquent l'objet direct ou indirect de l'infaillibilité ; l'intérêt de l'Eglise universelle y est engagé, et le Pape commande avec l'intention manifeste d'être obéi.

" L'autorité du Syllabus est prouvée par l'Encyclique Quanta Cura, à la suite de laquelle il a été promulgué.

" Lorsque, dans l'Encyclique, Pie IX, déclare qu'il a déjà condamné, en vertu de son autorité apostolique les principales erreurs de notre époque, il montre évidemment : 1° Qu'il parle des propositions condamnées dans ses actes précédents ; maintenant réunies dans le Syllabus, dont il annonce le titre par ces paroles : les principales erreurs de notre temps 2° Qu'il ne condamne pas moins en vertu de la plénitude de son autorité infaillible ces propositions réunies dans le Syllabus, que les autres erreurs dérivées de celles-là, et qu'il condamne solennellement dans le corps de l'Encyclique Quanta Cura.

" [...] Ainsi les erreurs condamnées par l'Encyclique Quanta Cura le sont ex cathedra. Et Pie IX déclare qu'il ne fait que continuer ce qu'il a commencé en condamnant d'autres erreurs qui sont la source de celles-ci. Donc, dans la pensée de Pie IX, il n'y a pas de différence entre la condamnation portée dans l'Encyclique Quanta Cura et les condamnations précédentes qui sont toutes réunies dans le Syllabus : - elles sont toutes ex cathedra. [...]

" Pie X prépare un nouveau Syllabus.

" Nous l'affirmons sans crainte d'être démenti par les faits : le Syllabus de Pie X n'annulera pas, ne diminuera pas le Syllabus de Pie IX [ce qui s'est effectivement réalisé]. Celui-ci gardera toute sa valeur, car la vérité est immuable. L'erreur ne cesse jamais d'être l'erreur, et la condamnation portée contre elle est irrévocable [tout est dit et parfaitement ou précisément dit !]

" [...] Confiant dans la force de la vérité qui a les promesses de Dieu, nous dirons, sans être prophète [il l'est sans doute malgré lui] : Quoi qu'il en soit des opinions humaines, de l'ensorcellement produit chez le grand nombre par la propagande du mensonge, LE DISCOURS DE MALINES NE SERA PAS VAINQUEUR DU SYLLABUS (à la gloire du libéralisme).

" Ou bien, au cours du XXe siècle [ou au début du XXIe], le discours de Malines, programme du libéralisme catholique, sera vaincu par l'anarchie dont il aura porté, propagé la semence - et alors il succombera, étouffé par le monstre, après avoir préparé les voies à l'Antéchrist.

" Ou bien une restauration chrétienne et sociale se fera par la proclamation des Droits de Dieu, c'est-à-dire par le Syllabus.

" Instaurare omnia in Christo, c'est la devise et le programme de Pie X.

" Alors, au XXe siècle, le monde étonné verra le discours de Malines vaincu par le Syllabus ! "

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