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Sur les croisades, par le cardinal Pie, dans son panégyrique de S.
Louis : Sur les croisades
À Notre-Dame de France
La politique française
"regnum Galliæ, regnum Mariæ"
Ps 126 1 :
" Si Dieu ne bâtit pas la cité,
ceux qui la bâtissent travaillent en vain "
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Nous voulons qu'il règne ! A Dieu toute gloire !
Tous, avec Pierre, à Jésus, par Marie !...
7/7
Comment une nation entière revient
à Dieu ?
par le cardinal Pie
Cardinal Pie (1815-1880) [évêque de Poitiers
(1849) qui contribua au concile du Vatican (1869-1870) à la définition de
l'infaillibilité pontificale (1870) et fut créé cardinal par le Pape Léon XIII
en 1879], Œuvres de Mgr l'Evêque de
Poitiers, 10 volumes, tome I, chap. XI : Lettre pastorale sur le retour
à Dieu considéré comme devoir particulier de tous les hommes qui ont intérêt à
la conservation de l'ordre (Carême
1850), Poitiers, Henri Oudin, Librairie-Editeur, Paris, Victor Palmé,
Librairie-Editeur, 1872, pages 138-139, 140-141, 141-142, 143, 144-145, 146,
147, 149, 150, 151-153, 153-154, 155, 156-157, 158, 161, 162 :
" I. Nous vous l'avons dit en arrivant parmi vous, Nos Très Chers
Frères, il n'y aura de salut pour la société, qu'autant qu'elle se réformera
selon les principes chrétiens. [...] Plus
nous étudions le corps social dans tout ce qui constitue son existence et sa
vie, plus nous y reconnaissons des germes de dissolution et de mort ; depuis la
plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, nous n'y trouvons aucune partie
saine (cf. Isaïe, I, 4-6) ; et, remontant des effets à la cause, nous sommes forcés d'avouer que les
vices de la société moderne sont le hideux écoulement de ses doctrines.
" D'où proviennent tant de
maux, s'écriait Jérémie, sinon de ce que la nation a délaissé le Seigneur son Dieu,
alors qu'il la conduisait lui-même dans le chemin de la prospérité et de la
gloire ? (Jérémie, II, 17) ". Nos pères ont dit à Dieu
de se retirer loin d'eux (cf. Job, XXI, 14) ; Dieu s'est retiré en
effet, et, pour nous châtier, il n'a eu besoin que de nous laisser à
nous-mêmes. [...] - Que faire donc ? - Que faire, N.T.C.F. ? Il n'y a pas de
milieu : il faut périr, ou revenir à Dieu. Choisissez : l'abîme est devant vous
; et, derrière vous, l'Église de Jésus-Christ vous rappelle et vous tend les
bras ? Jérusalem, Jérusalem, reviens vers le Seigneur ton Dieu ! Et pourquoi
voudrais-tu mourir, maison d'Israël ? (Ézéchiel, XVIII, 32) ? [...]
" II. Mais comment une
nation entière revient-elle à Dieu ? [...] Le sort d'une contrée entière est entre les mains de quelques hommes dont
l'exemple devient sa loi. C'est pourquoi, bien que nos paroles [ou nos
écrits] doivent être utiles à tous, nous voulons surtout établir aujourd'hui
que la conversion est le besoin et le devoir spécial de quelques-uns,
c'est-à-dire d'une supériorité quelconque de fortune, de considération,
d'intelligence, d'autorité, sont devenus les clefs du peuple qui les entoure.
[...]
" [..] Les hommes influents d'une province, d'une ville, d'une
bourgade, d'un hameau auront à répondre non seulement de leur âme, mais d'un
grand nombre d'âmes ; et leur responsabilité ne concerne pas seulement le monde
à venir, elle est immense dès le siècle présent. Hélas ! et s'il était vrai que
ce sont eux qui ont mis en crédit l'impiété, et donné naissance à tous les maux
que l'impiété traîne à sa suite, ce serait pour eux un devoir plus impérieux
encore d'imprimer désormais le mouvement de retour à la religion, et de
restituer ainsi à la société tous les biens que la religion apporte avec elle.
" [...] - Ce qui manque chez ces nouveaux apôtres [philanthropes], c'est premièrement
la conviction, et secondement l'exemple pratique : d'où il arrive que leurs
enseignements sont inefficaces, et
parce qu'étant purement humains ils ne sont pas bénis de Dieu, et parce
qu'étant inconséquents et intéressés ils ne sont pas recevables de la
multitude. Ce qu'il faudrait donc, ce qui serait indispensable au succès de
l'entreprise, c'est que tous ceux qui veulent réformer la société au nom de
Dieu et de l'Évangile [hélas ! en l'an 2002,
nous n'en sommes même plus là, car, en France, les noms de Dieu et de
l'Évangile ne sont jamais prononcés par nos hommes politiques], commençassent par se convertir eux-mêmes sincèrement, pratiquement,
entièrement. Ne perdons de vue aucune de ces idées.
" III. Plus d'une fois nous avons eu la satisfaction de nous
rencontrer avec des hommes graves et sérieux, vraiment préoccupés du sort de
l'humanité [surtout à la veille des élections !], désireux d'être utiles à
leurs semblables, apportant à l'œuvre de la régénération sociale une volonté et
un dévouement dignes de tous éloges. Ils avaient vu, d'une part, que les
conditions supérieures sont à la veille d'être envahies par les passions de la
multitude ; d'autre part, que les mauvais instincts de la multitude lui sont
infiniment nuisibles à elle-même. Ils avaient compris qu'il fallait trouver une
digue à opposer à ce débordement ; et, après mille autres tentatives, ils
étaient enfin convaincus qu'il fallait demander à la religion son appui, à
notre ministère son concours. [...] Ils ont l'Évangile à la main, et ne l'ont
pas dans le cœur ; ils enseignent, mais ils ne croient pas. [...]
" [...] L'Évangile, auquel on fait ainsi appel pour la réforme des
multitudes, prescrit des devoirs dont l'accomplissement est visible et se
réfère à des actes publics et solennels. De ces pratiques sensibles [à la
rigueur, lors des enterrements de certaines célébrités], de ces devoirs
extérieurs dépend toute la vertu, toute l'efficacité de la morale évangélique ;
sans l'accomplissement de ces observances, ne christianisme ne garantit plus
aucun des fruits qu'on lui demande. [...] A Dieu ne plaise que je perce le mur
qui me dérobe et qui doit me dérober leur vie privée ! Mais il est un fait
patent : on ne les rencontre pas dans le temple ; ils ne donnent jamais
l'exemple de l'assistance à la prière publique ; le dimanche les voit enfermés
dans leur cabinet, où ils écrivent gravement sur les questions de régénération
sociale ; la prédication évangélique ne peut faire arriver à leurs oreilles
aucun des enseignements [c'est d'ailleurs le cadet de leurs soucis], toucher
leur cœurs d'aucune de ses grâces. Inutile de dire qu'ils ne s'approchent pas
des tribunaux sacrés, et qu'ils ne s'assoient pas plus avec le pauvre à la
table divine qu'ils ne s'astreignent à partager avec lui le pain noir de sa
misère ou de sa réclusion. [...]
" Après cela comment se
fait-il que la multitude ne se laisse pas docilement persuader, et qu'elle
résiste à ce prosélytisme si entraînant ? Comment se fait-il que, pendant vingt
années et plus, tant de statistiques, tant de rapports, tant de brochures et de
discours philanthropiques, tant d'annales de bienfaisance, tant de créations
dispendieuses n'aient pas renouvelé la face du monde moral, mais au contraire aient
abouti à la plus effroyable, à la plus menaçante de toutes les situations ? Eh quoi ! Douze pauvres
pêcheurs ont changé l'univers ; et l'on verra les hommes les plus
considérables, les publicistes, les économistes les plus distingués d'un pays,
disposant de toutes les ressources de la puissance publique, échouer
complètement dans leur noble entreprise ? Qui pourra nous expliquer ce mystère
? [...]
" IV. Or, nous disons que cette sorte d'apostolat exercé par les
hommes du siècle, cet apostolat dénué de la conviction et de l'exemple
pratique, est condamné à la stérilité et à l'impuissance. [...]
" La première condition du succès par un apôtre, c'est la grâce de
Dieu. Nous plantons, dit saint Paul,
mais c'est Dieu qui donne l'accroissement (cf. I Corinthiens,
III, 7). Le travail est de l'homme, le résultat est de Dieu. Or Dieu
n'accorde et ne doit accorder sa grâce qu'autant qu'elle produira des fruits
qui tournent à sa gloire. Serait-il concevable que Dieu fit servir ses dons
surnaturels à une autre cause que la sienne ?
" Je vois un apôtre chrétien ; que se propose-t-il ? - La gloire
de Dieu, son règne sur la terre, le triomphe de la vérité. [...] - Ah ! N. T.
C. F., nous comprenons qu'ici Dieu bénisse l'apostolat de l'homme, le
dévouement de l'homme, car cet homme n'enseigne pas pour lui-même, mais pour
Dieu.
" Je vois un apôtre selon
le monde ; que se propose-t-il ? - La gloire de Dieu ? - Il ne songe pas
même à s'élever jusque là. - Le triomphe de la vérité ? - Qu'est-ce que la
vérité (cf. Jean, XVIII, 38) ? Il n'y a jamais pensé. [...] Or, est-il
possible que Dieu bénisse et qu'il féconde un tel apostolat ? Non, évidemment
non ; l'apôtre ici n'est qu'un homme, il ne se propose rien que d'humain ; Dieu n'a pas intérêt à intervenir, il ne
mettra pas sa puissance au service de l'égoïsme et de l'ingratitude.
" V. [...] Mais que la foule puisse soupçonner l'apôtre de ne pas croire
ce qu'il enseigne, de ne pas pratiquer ce qu'il prêche ; dès lors son apostolat
a perdu toute vertu. Voilà ce qui rend et ce qui rendra
longtemps encore inutiles tous les efforts tentés aujourd'hui au nom de la
société pour la régénération sociale. [...] Prenons un exemple [le cas d'un
reclus].
" [...] Le prêtre, dit-on, l'homme de Dieu, entrera chaque jour
dans la cellule du reclus... [...] La société lui a envoyé le prêtre. Le prêtre
a parlé à cette âme ; il lui a parlé, disons-le, au nom de Dieu et comme
l'envoyé de l'Église, bien plus qu'au nom de la société, dont la mission est
assez suspecte aux yeux des malheureux ; la parole du prêtre est entrée dans ce
cœur qui s'en est laissé pénétrer ; les vérités chrétiennes l'ont subjugué par
leur autorité, conquis par leur douceur. [...]
" Mais qui le croirait ? Cet homme que la société avait séparé de
son corps, et qu'elle déclare aujourd'hui digne de rentrer dans son sein, - le
dirai-je ? - au moment où il reçoit d'elle le baiser de la réconciliation,
c'est contre elle-même, contre celle qui paraît sa bienfaitrice, qu'il faut le
prémunir et le mettre en défiance. C'est elle qui va devenir pour lui un piège
et un danger. [...] Mais quel n'est pas son étonnement, quand bientôt il
s'aperçoit que ces principes de religion avec lesquels la société l'a réformé,
la société y est totalement indifférente... [...] Il se met à réfléchir. Il va de mécomptes en mécomptes, de
désenchantements en désenchantements. Ils
avaient donc raison ceux qui, plus pervers, mais aussi mieux instruits, lui
disaient que la religion était un moyen comme un autre, exploité par les
heureux du monde pour faire accepter le malheur à ceux qui manquent de tout. [...]
" Et alors dans quelle affreuse perplexité, dans quelle étrange
hésitation cet homme ne se trouve-t-il pas ? De deux choses l'une. - Ou bien il
a puisé dans les enseignements du prêtre et dans les sacrements de l'Église une
foi tellement robuste, une religion tellement solide, qu'en dépit de la
contradiction qu'il aperçoit, il demeurera fidèle à Dieu, et se résignera par
vertu à occuper honnêtement, humblement, le dernier rang dans une société dont
les hauteurs méritent d'être jugées avec tant de sévérité. Et alors, j'ose le
dire, cet homme est un phénomène. Si ce
prodige arrive quelque jour [et il
est déjà arrivé],
tous tant que nous sommes, baissons les yeux. La prison enfante des âmes plus
fortement trempées que celles qui celles qui sont formées dans la famille ou
dans les écoles publiques. - Ou bien, et c'est ce qui
arrivera presque infailliblement [c'est
exact], la tentation sera trop forte pour ce malheureux.
Il reconnaît qu'on a trompé sa simplicité ; que la société, plus avancée, plus
raffinée que lui, a abusé de ce qui restait de candeur et d'honnêteté dans son
âme. Que sais-je ? Peut-être dans le trouble où s'égare son indignation, il
soupçonne le prêtre de s'être fait le complice des heureux du siècle, et d'avoir
accepté l'affreux ministère de prêcher au malheur une religion qui ne saurait
être vraie, puisque la richesse et la science la désavouent. Il retombe dans le
scepticisme et le doute ; il se prend à haïr plus fortement que jamais cette
société contre laquelle il n'avait été armé jusqu'ici que par la misère, mais
qu'il trouve aujourd'hui vile et méprisable par sa fourberie sacrilège. C'en
est fait, et la perversité de cet homme sera pire désormais que par le passé : Et fiunt novissima hominis illius pejora
prioribus (Luc, XI, 26).
" Et que répondre à cet homme, N. T. C. F. ? Quand il juge, lui, conformément à sa
raison, que si le Dieu qu'on lui a prêché était le Dieu véritable, il ne
devrait pas être seulement le Dieu des repris de justice, mais aussi le Dieu de
tous les hommes qui composent le grand parti de l'ordre, que lui dire ? -
Un nègre [de l'esp. ou du port. negro, noir] de nos colonies disait à
l'une de ces admirables femmes que la France catholique envoie sur tous les
points du monde : " Ma sœur,
pourquoi donc les vérités qu'on trouve bon que le Père nous prêche, à
nous autres noirs, les blancs ne veulent-ils jamais les entendre ? Est-ce que
les blancs n'ont pas d'âme ? " - Ah ! N. T. C. F., c'est parce que la philanthropie de notre siècle n'a
rien à répondre à cette interrogation, que tous ses efforts sont frappés de
stérilité. J'ai pris pour exemple, et j'ai exposé avec étendue ce qui
concerne la réforme des coupables ; j'aurais pu passer en revue toutes les
autres tentatives dont nous sommes témoins. L'adulte trouve bon que l'enfant
ait de la religion ; le bourgeois trouve bon que l'ouvrier et le prolétaire [le déraciné] aient de la
religion. Mais, de grâce, à quel taux
faut-il être imposé pour avoir le droit de se passer de Dieu, et à quel âge
est-on émancipé de l'Être souverain ? Les savants, les notables n'ont-ils pas d'âme, et n'y a-t-il de ciel et
d'enfer que pour les enfants et les femmes ? Non ; évidemment si la religion est vraie, elle doit être vraie pour tous
et s'appliquer à tous.
" [...] Non, n'attendez rien de l'impiété, rien que votre ruine et
qu'un désastre universel. Vous donc qui vous réjouissez de posséder une
supériorité sociale quelconque, voulez-vous la conserver ? Ramenez à Dieu le
peuple dont vous êtes les guides et les modèles. - Nous l'avons essayé,
dites-vous ; la société avait entrepris cette cure ; nous n'avons pu réussir. -
Et moi je vous réponds : Vous n'avez employé aucun des moyens efficaces ; il
est temps de substituer les remèdes aux palliatifs ; et, pour votre part, il
faut revenir à Dieu SINCÈREMENT, PRATIQUEMENT, ENTIÈREMENT.
" VII. SINCÈREMENT. Le nom français signifie la franchise.
[...] Il faut, par conséquent, N. T. C. F., qui que vous soyez, il faut dès
aujourd'hui, si vous ne croyez pas encore, examiner, étudier, prier afin de
croire ; croire, afin d'avoir le droit d'enseigner ensuite ; se faire adepte,
pour devenir apôtre, apôtre sincère : en dehors de là, ce serait l'imposture ;
et qui de vous n'est pas révolté à la seule pensée d'être imposteur ?
" VIII. Mais ce n'est pas assez de croire : il faut agir. Aussi
avons-nous dit que c'est votre devoir de vous rapprocher de Dieu PRATIQUEMENT.
L'évangéliste nous apprend que le Sauveur des hommes commença par agir, et
qu'il enseigna ensuite (Actes, I, 1). Imposez à d'autres un fardeau que
l'on ne voudrait pas toucher du doigt, c'est ce que Jésus-Christ appelait le
pharisaïsme par excellence (cf. Matthieu, XXIII, 4). [...] O vous qui
êtes animés du noble désir de voir refleurir les principes de la religion et de
la morale dans les cœurs desséchés par le doute et la corruption, permettez-moi
de vous le dire : VOUS AVEZ ASSEZ PARLÉ, ASSEZ ÉCRIT ; IL EST TEMPS DE
PRATIQUER ET D'AGIR (saint Justin, Dialog. Cum Tryph., 3). [...]
" Vous voulez moraliser les
classes inférieures, et vous vous épuisez à en chercher les moyens ; mais
existera-t-il jamais rien de plus moralisateur que l'institution du Dimanche,
tel que l'Église catholique le prescrit ? Trouvez le secret de conduire tous
les habitants d'une contrée, d'une ville, d'une province chaque Dimanche à la
messe ; de les entraîner au pied de la chaire chrétienne, d'où on leur
expliquera la doctrine et la morale de Jésus-Christ, que cela dure six mois,
et, sans aucun doute, voilà une ville, une contrée régénérée tout entière.
[...] Cependant, que tous les hommes qui ont intérêt à la conservation de
l'ordre observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur
obéissent le jour consacré à Dieu ; qu'ils assistent avec foi et piété au
sacrifice des autels ; qu'ils entendent avec docilité et respect la parole
évangélique : le jour ne tardera pas à paraître où les multitudes marcheront
sur leur trace, et bientôt des flots de chrétiens revenus à Dieu inonderont
l'enceinte trop étroite de nos temples [à notre avis, le cardinal Pie se faisait bien
des illusions, car ceux qui nous gouvernent ou devraient nous gouverner ne
voient pas plus loin que le bout de leur nez et se moquent bien de la religion,
préférant la voir reléguée dans les coulisses, muette et impuissante, afin de
ne gêner personne et de laisser le monde sans morale en l'habituant même à ne
plus jamais prononcer ce mot dérangeant qui lui rappelle ses devoirs vis-à-vis
de Dieu]. - Vous voulez moraliser le peuple
[en l'an 2002, ils ne veulent même plus le moraliser], et vous êtes à bout d'expédients. Mais voici un moyen infaillible,
dont le succès est assuré [surtout pas !]. Connaissez-vous rien de plus moralisateur que la confession [malheureusement la pratique de la confession intégrale et
individuelle des péchés tend à disparaître et l'on ne parle plus que de vagues
célébrations pénitentielles et d'absolutions générales] ? Est-il rien de comparable pour réhabiliter l'âme dégradée qui
n'osait plus se regarder elle-même [à notre époque, non seulement on ose se
regarder, mais encore on affiche ses vices et l'on se flatte tout
particulièrement de ses actes adultérins, fornicateurs et contre nature, dont
les séries télévisées foisonnent, sans parler des scènes continuelles de
violence et de gangstérisme, de vols, de trafics d'armes et de stupéfiants qui
passent habituellement sur nos écrans et où l'usage des armes à feu surabonde.
Et avec cela nos "responsables" s'étonnent de la dégradation des
mœurs au sein de la jeunesse alors que toute leur politique y incite manifestement.
N'est-ce pas là se moquer du monde ? ou un moyen de le dominer en l'abrutissant
?] ? Est-il rien de plus curatif pour
le passé, de plus préventif pour l'avenir ? Connaissez-vous rien de plus
moralisateur que la communion ? [...]
" [...]. - Sachez-le donc bien, hommes d'ordre et de conservation [s'il en reste encore] : si le désordre finit par triompher en France, s'il vient un jour
de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables, au
tribunal de l'histoire, d'avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de
revenir à la pratique d'une religion qu'avaient pratiquée vos pères depuis plus
de quatorze siècles. LE SALUT ÉTAIT POSSIBLE, VOUS
N'AUREZ PAS VOULU L'ACHETER À CE PRIX : " Que ces paroles soient écrites
pour la génération à venir (Scribantur
hæc in generatione altera. Psaumes, CI, 19) ".
" IX. Enfin, ce n'est pas à moitié, c'est ENTIÈREMENT et sans
réserve qu'il faut revenir à Dieu. Il est des choses qui ne sont pas
susceptibles d'être divisées, partagées. Telle est la religion. Comme Dieu,
dont elle est l'expression sur la terre, elle ne peut être scindée, diminuée ;
c'est la tunique sans couture, elle est tout d'une pièce. Vouloir un peu de
religion, c'est vouloir l'impossible ; en cette matière, c'est tout ou rien. L'Évangile ne renferme pas un seul chapitre, un seul verset qui soit
superfétation [ajout superflu], et qu'on puisse retrancher à son gré. Vous appelez la religion à
votre aide, vous avez besoin d'elle ; prenez-la telle quelle est sortie des
mains de Dieu. N'allez pas croire que Dieu vous permette de retoucher son ouvrage,
de l'amoindrir, de l'augmenter, de le modifier selon vos idées. Or, c'est là un des travers de notre siècle ; on veut la religion,
mais on se réserve de faire un choix [du grec airesis, hérésis] entre les divers
dogmes, entre les diverses pratiques ; on se constitue juge de ce qui est utile
et de ce qui ne l'est pas dans l'œuvre de Jésus-Christ. [...]
" Ah ! N. T. C. F., resterons-nous toujours dans cette situation
équivoque ? " Jusqu'à quand, s'écriait Élie, ressemblerez-vous à l'homme
qui boite des deux côtés ? Si le Seigneur est Dieu, ne suivez que lui ; si Baal
est Dieu, ne suivez que Baal (III Rois, XVIII, 21)." [...]
" X. O vous, chrétiens fidèles, qui avez compris depuis longtemps
le langage que nous tenons aujourd'hui... nous ne vous adressons point, au nom
de la religion, des éloges et des félicitations. Car, nous le savons, ce que
vous faites, vous le devez faire [cf. Luc, XVII, 10]. [...] C'est à ce
qui nous est resté de chrétiens sincères qu'elle [que la société] devra son
salut ; c'est par eux que la chose publique aura été préservée de sa ruine.
[...] "
- - - - - - -
Panégyrique de S. Louis, roi de France, prêché par le cardinal Pie dans
la cathédrale de Blois le dimanche 29 août 1847 et dans la cathédrale de
Versailles le dimanche 27 août 1848, sur les croisades,
l'œuvre de la papauté et des conciles, l'œuvre de Dieu lui-même.
Cardinal Pie (1815-1880) [évêque de Poitiers (1849) qui contribua au concile du
Vatican (1869-1870) à la définition de l'infaillibilité pontificale (1870) et
fut créé cardinal par le Pape Léon XIII en 1879], Œuvres de Mgr
l'Evêque de Poitiers, 10 volumes, tome I, chap. IV : Panégyrique de S.
Louis, roi de France, prêché dans la cathédrale de Blois le dimanche 29 août
1847 et dans la cathédrale de Versailles le dimanche 27 août 1848, Poitiers,
Henri Oudin, Librairie-Editeur, Paris, Victor Palmé, Librairie-Editeur, 1872,
pages 49, 50-51, 60, 61, 61-62, 64, 65-66, 66-67, 68-69, 69-70, 71-73, 73, 74,
75, 76, 77-78, 78, 79-83 :
" Monseigneur (Mgr Fabre des Essarts, évêque de Blois, en 1847;
puis Mgr Gros, évêque de Versailles, en 1848),
" Deux puissances, trop souvent ennemies, ont rempli le monde du
bruit de leurs conflits et des alternatives de leurs succès et de leurs
défaites, je veux dire la puissance royale et la puissance populaire. [...]
Oui, les questions délicates que le monde moderne a réveillées concernant la
nature, l'origine et l'étendue du pouvoir, ne seront résolues que dans ce
congrès annoncé car l'Esprit-Saint, et dans lequel la sainte alliance des
peuples et des rois signera authentiquement la reconnaissance du suprême
pouvoir de Dieu et de Jésus-Christ, avec l'engagement sincères de servir
fidèlement ce pouvoir. [...]
" [...] La liberté, mes Frères, ce n'est pas l'indépendance et
l'anarchie, puisque l'anarchie, au contraire, c'est la plus affreuse de toutes
les tyrannies. " Où il n'y a point de maître, tout le monde est maître, a
dit Bossuet, et où tout le monde est maître, tout le monde est esclave (Politique
sacrée, liv. 1er, art. 3, prop. 5)." [...] Le Fils de
Dieu descend sur la terre ; il prend la forme de l'esclave ; il lègue à tous
les hommes de tous les pays et de tous les siècles cette parole, jusqu'alors
inconnue : " Notre Père, qui êtes aux cieux "; et, par cette parole,
il rétablit sur la terre une fraternité spirituelle qui entraînera tôt ou tard
parmi toutes ses conséquences le retour de la fraternité primitive dans la
grande famille des hommes. Oui, selon la parole de Jésus-Christ, un jour
viendra où " le Fils délivrera les esclaves, et alors ils seront véritablement libres, parce qu'ils seront
affranchis par la vérité ". [...] Enfin, sous le règne de saint Louis, l'élan est devenu
général ; la liberté s'étend de proche en proche, et les archives de notre
nation renferment plus d'actes d'affranchissement et de manumission datés du
règne de saint Louis que ce règne ne compte de semaines et peut-être de jours.
Un frère du monarque, le comte de Poitiers, promulgue cette maxime, que "
les hommes naissent libres, il est juste et sage de faire remonter la chose à
l'origine ". Et l'on ne tarde pas à entendre un autre Louis, le dixième du
nom, prononcer cette belle parole : " Notre royaume est appelé le royaume
de France ; voulons que la chose en vérité s'accorde avec le nom [cf. Émile Littré, Dictionnaire de la langue française,
franc, franche, adj. 1. Qui jouit de sa liberté. Un esclave en entrant en
France devient franc et libre.]. " Pour atteindre ce but
d'affranchissement, Louis ne travaille pas seulement à procurer la liberté des
personnes, qui n'est rien sans la liberté des institutions. Afficher sur les
dehors d'une société le mot de liberté, et placer sous le joug toutes les
institutions publiques, c'est une dérision cruelle [cf. " la pensée unique " internationaliste et
pacifiste avec Alexandre del Valle]. Le monarque
favorise avec le plus grand zèle l'établissement des communes ; il ne se montre
pas moins jaloux de leurs franchises que de ses propres droits ; et, avec les
sages réserves qui appartiennent au pouvoir souverain, il laisse à toutes les
bonnes cités du royaume le soin presque illimité de se régir elles-mêmes. [...]
Le saint roi exclut les courtisans dangereux, et n'admet point à sa table ceux
dont l'œil est superbe et le cœur insatiable. [...] Il veut que le nom de Dieu
soit respecté dans ses États. L'impiété est punie comme un crime de
lèse-majesté. Le blasphème lui fait horreur, et s'il n'a jamais porté contre
lui, en principe général du moins, la loi sévère que lui attribue le vulgaire
(cf. les Bolland., § 78, nn. 1003-1006, pp. 493-494), en retour il a déclaré
qu'il eût voulu livrer au feu sa propre langue pour chasser ce monstre de son
royaume. L'hérésie se renferme-t-elle dans le secret de la conscience ou des habitudes
domestiques, Louis respecte ce sanctuaire, où il n'appartient qu'à Dieu de
pénétrer. Mais, si l'erreur se produit au dehors par des entreprises violentes,
qui troublent la sécurité publique et la tranquille harmonie de la grande
famille chrétienne, Louis se souvient qu'il est " le ministre de Dieu pour
le bien ", et que " ce n'est pas en vain qu'il porte le glaive "
(Romains, XIII, 4). Laissant aux siècles à venir à décider si d'autres
circonstances n'imposeront pas d'autres devoirs, il sait que l'unité des esprits est la garantie la plus assurée de
l'unité des cœurs [...] et il laisse pour dernière recommandation à son
fils, le dévouement à l'Église de Rome, l'obéissance et l'amour envers le pape,
qui est le père spirituel des rois. [...] Mais ce
qu'on peut affirmer, c'est que tout ce qu'il y eut de nobles sentiments et des
grandes actions, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des
institutions ; c'est que, si le cœur humain resta faible par ses penchants, la
société fut forte par sa constitution et ses croyances ; en un mot, c'est que le vice ne découla pas
de la loi, et que la vertu ne fut pas l'inconséquence et
l'exception. [...]
" Le sage de l'Idumée a dit : " La vie de l'homme sur la
terre " est un combat " (Job, VII, 1), et cette vérité n'est
pas moins applicable aux sociétés qu'aux individus. Composé de deux substances
essentiellement distinctes, tout fils d'Adam porte dans son sein, comme
l'épouse d'Isaac, deux hommes qui se contredisent et se combattent ((Genèse,
XXV, 22). Ces deux hommes, ou, si vous le voulez, ces deux natures ont des
tendances et des inclinations contraires. Entraîné par la loi des sens, l'homme
terrestre est en perpétuelle insurrection contre l'homme céleste, régi par la
loi de l'esprit (Galates, V, 17) : antagonisme profond, et qui ne
pourrait finir ici-bas que par la défection honteuse de l'esprit, rendant les
armes à la chair et se livrant à sa discrétion. Disons-le donc, mes Frères, la
vie de l'homme sur la terre, la vie de la vertu, la vie du devoir, c'est la
noble coalition, c'est la sainte croisade de toutes les facultés de notre âme,
soutenue par le renfort de la grâce [ou par
les sacrements de l'Église], son alliée, contre toutes les
forces réunies de la chair, du monde et de l'enfer : Militia est vita
hominis super terram.
" [...] Ainsi, mes Frères, le genre humain se compose de deux
peuples, le peuple de l'esprit et le peuple de la matière ; l'un, en qui semble
se personnifier l'âme avec tout ce qu'elle a de noble et d'élevé ; l'autre, qui
représente la chair avec tout ce qu'elle a de grossier et de terrestre. Le plus grand malheur qui puisse fondre sur
une nation, c'est la cessation d'armes entre ces deux puissances adverses
[et c'est présentement le cas pour la France -
en l'an 2002]. Cet armistice s'est vu dans le
paganisme. Et l'Esprit-Saint, qui nous
a tracé la peinture de toutes les turpitudes sociales et domestiques qui
résultaient de cette monstrueuse capitulation (Sagesse, XXIV), achève
son tableau par ce dernier trait : c'est que les hommes, vivant, sans y penser,
dans ce marasme mille fois plus meurtrier que la guerre, s'abusaient jusqu'à
donner le nom de paix à des maux si nombreux et si grands ; insensibilité
funeste qui n'était autre que celle de la mort, paix lugubre qu'il faudrait
comparer au silencieux et tranquille travail des vers qui rongent le cadavre
dans son sépulcre : Sed et in magno viventes inscientiæ bello, tot et
tam magna malam pacem appellant (Ibid., 22).
" Le genre humain languissait dans cet état d'abaissement et de
prostration morale, quand le Fils de Dieu vint sur la terre, apportant non pas
la paix, mais le glaive (cf. Matthieu, X, 34). [...] Et alors recommença
au sein de l'humanité, pour ne plus finir qu'avec le monde, l'antagonisme de
l'esprit et de la chair : Non veni pacem mittere, sed gladium.
" [...] Pendant trois cents ans les chrétiens n'ont su et n'ont dû
savoir que courber la tête sous le glaive : aujourd'hui les chrétiens tiennent
le glaive, les martyrs sont devenus soldats, parce qu'ils sont une nation, un
peuple, et que toute nation, tout peuple a toujours été armé pour défendre sa
religion et son territoire : pro aris et focis. [Tite Live : pro
aris focisque dimicare.]
" Mes Frères, vous m'avez prévenu, et déjà ces guerres célèbres
qui occupent une si grande part dans l'histoire de saint Louis, ces guerres que
la croix de Jésus-Christ a immortalisées en leur donnant son nom, se présentent
à vous sous leur véritable point de vue, c'est-à-dire de la vie de l'esprit
contre les envahissements d'un peuple qui menace de tout asservir à la loi de
la chair. Le sensualisme ottoman se faisant agresseur sous la bannière du
croissant, le spiritualisme chrétien se défendait sous la bannière de la croix
; l'islamisme se répandant comme une lave impure sur
tout le sol de la chrétienté, la chrétienté allant frapper au
cœur son implacable ennemi, le poursuivant dans son propre empire, jusqu'à ce
qu'elle l'ait assez affaibli pour n'en plus rien craindre [ce qui n'est plus du tout évident à notre époque] : voilà, sous son jour le plus naturel et le plus philosophique, toute
l'histoire des croisades ; combat à outrance dans lequel l'esprit est demeuré
vainqueur de la chair : Non veni pacem mittere, sed gladium.
" Les croisades, mes Frères, on nous demande de les
désavouer ! Eh ! quoi donc ? le détracteur des croisades est-il encore chrétien
? est-il encore Français ? lui qui jette un outrage à dix siècles de l'histoire
de l'Église, à dix siècles de l'histoire de France. Les croisades ? Mais, sans avoir toujours porté ce nom, elles n'ont jamais
été interrompues depuis Charles Martel jusqu'à Sobieski ; et entre ces deux
grands noms sont venus se ranger les noms de Charlemagne, de Godefroy de
Bouillon, de Tancrède, de Philippe-Auguste, de saint Louis, et mille autres
noms couronnés par ceux du grand-maître La Valette, et de Don Juan vainqueur
sur le golfe de Lépante. Les croisades ? Mais c'est l'œuvre de la papauté et
des conciles, depuis Urbain II et son incomparable discours dans le concile de
Clermont, jusqu'à saint Pie V et son ardente prière suivie d'une céleste
révélation ; c'est l'œuvre qu'ont applaudie, encouragée tous les saints, depuis
saint Bernard enflammant l'ardeur de Louis le Jeune et de tous les évêques et
barons assemblés dans la cathédrale de Chartres (cf. Op. Bernard, epist. 256 et 364. - Breviar. Carnot, 20 Aug.), jusqu'à saint François
de Sales prêchant dans Notre-Dame de Paris l'éloge funèbre d'Emmanuel de
Mercœur, le dernier des croisés français, et cherchant à rallumer dans l'âme
d'Henri IV une dernière étincelle de ce feu sacré qui allait s'éteindre (Or. Fun. D'Emm. de M. - On y lit : " Ah ! que les Français sont
braves quand ils ont Dieu de leur côté !... Qu'ils sont heureux à combattre les
infidèles !... Aussi plusieurs estiment que ce sera un de vos rois, ô France,
qui donnera le dernier coup de la ruine à la secte de ce grand imposteur
Mahomet." - Et après la mort d'Henri IV, le saint prélat écrivait : "
Certes il semblait bien qu'une si grande vie ne devait finir que sur les dépouilles
du Levant, après une finale ruine de l'hérésie et du Turcisme.", Epist.
83, édit. 1652). Les croisades ? Je dis plus, c'est l'œuvre de Dieu, de Dieu
lui-même, tranchant la question par les miracles, les prodiges les plus
authentiques. Dieu le veult, Dieu le veult ! s'écriaient les peuples à la voix
du pontife suprême. Comment le savaient-ils, sinon parce que Dieu avait parlé ?
Mes Frères, c'est une grande témérité à des chrétiens de revenir sur la chose
jugée, jugée dans le conseil sublime des cieux, notifiant la sentence par
d'incontestables merveilles enregistrées dans l'histoire en caractères
indélébiles. [...]
" Mais notre siècle n'est le courtisan que de succès. Or, les
croisades, dit-on, n'ont pas réussi ! Il est à cet égard une réponse célèbre :
" aucune n'a réussi, mais toutes ont réussi ". Or, l'Esprit-Saint
nous a avertis de ne juger des grands ouvrages de la Providence comme de la
nature que par le résultat général et définitif, et in novissimis intelligas
(Jérémie, XXIII, 20). Le détail des choses, mes Frères, est toujours
plein de mystère et d'obscurité ; la clarté brille dans l'ensemble. On ne
regarde pas les longues chaînes des Alpes ou des Cordillières avec le
microscope. Laissons aux fourmis leur
horizon visuel. [...] Attendez
avec patience ; il fera son œuvre, vous cueillerez les fruits, et vous
moissonnerez la récolte / et in novissimis intelligas.
" Nos croisades n'ont pas réussi ! Mais est-ce que l'Europe a été asservie
par l'islamisme ? [Cependant, si nous
continuons à courber l'échine devant lui par peur, laxisme ou intérêt bassement
matériel en le laissant prendre toute son extension, rien ne nous assure que
l'Europe ne finira pas par tomber sous son joug. L'Espagne en sait quelque
chose. L'Ecclésiaste ne nous révèle-t-il pas qu'il n'y a " rien de nouveau
sous le soleil: " (Ecclésiaste, I, 9) ? Les musulmans ne sont pas
des tièdes ! Et ils distinguent bien la " demeure de l'Islam "
(dar-el-Islam) ou leur propre territoire de la " demeure de la guerre
" (dar-el-Harb) ou le territoire des infidèles, c'est-à-dire des non
musulmans. L'Islam " laïque et
modéré " n'existe pas du point de vue strictement orthodoxe. Ceux qui le
pensent sont des ignorants, ou des sots, ou des menteurs.] [...] Est-ce que notre civilisation
est devenue la proie de ces hordes barbares ? [Le cardinal Pie ne mâche pas ses mots ! Voilà un langage
de Français catholique auquel nous ne sommes plus habitués et que nous
voudrions entendre de nouveau pour libérer les âmes de leur torpeur] Est-ce que vos épouses et vos
filles sont tributaires du sérail et languissent dans les prisons infectées du
harem ? Est-ce qu'au contraire la puissance ottomane n'a pas été tellement
amoindrie et si mortellement blessée, qu'elle ne subsiste plus que par l'indulgence
de la chrétienté ? [indulgence qui confine à la complicité avec les fidèles de
la théocratie mondiale manifestement soutenue par le Coran ou à la subversion
de notre société au profit de l'islam. Qu'on y prenne garde !].
" Les croisades n'ont pas réussi ! [...] Eh ! que m'importe à moi,
homme de l'autre vie, que m'importe que les croisades n'aient pas raison devant
les froides et tardives supputations de nos modernes calculateurs, quand le
saint abbé de Clairvaux m'assure avoir appris du ciel que cet emploi chrétien
de la mammone d'iniquité (cf. Matt., VI, 24) a procuré à des milliers de
Français les trésors permanents de la béatitude suprême (Op. Bern., Ep. 363 et
386) ? [...] Hommes du temps, vous me parlez de chiffres ; et moi, prêtre de
l'éternité, je ne connais qu'un chiffre qui m'intéresse et qui soit placé à ma
hauteur, c'est le chiffre éternel des élus. [...]
" Ah ! mes Frères, qu'il serait beau de contempler ici dans Louis
le véritable type du croisé, le modèle accompli du chevalier chrétien, le
généralissime des vaillantes phalanges de l'Évangile et de la civilisation !
[...]
" [...] Tais-toi, ô esprit humain ! tu ne connais pas les choses
de Dieu. Etait-ce donc là, me dis-tu, l'issue malheureuse réservée à ces deux
expéditions ? Une première fois, la captivité du monarque, et la seconde fois,
son agonie et sa mort sur un lointain rivage : voilà donc où devaient aboutir
ces entreprises sur lesquelles reposaient tant d'espérances ? Mes Frères, les
voies de Dieu ne sont pas nos voies ; nous sommes encore préoccupés, comme les
juifs, d'idées charnelles. Quand le Crucifié, le premier de tous les croisés,
descendit dans la lice, quand il entra dans le sentier qui conduisait au
Calvaire, la raison naturelle du prince des apôtres en fut choquée (Matthieu,
XVI, 22). La scène du Golgotha ne fut pour le genre humain qu'un
inexplicable chaos, un pêle-mêle ténébreux. Et pourtant, c'est du milieu de
cette confusion et de cette défaite qu'est sorti le salut du monde. [...]
L'enseigne des croisés était un engagement contracté avec l'ignominie et la
douleur, avec l'ignominie des mépris humains et la douleur de l'immolation. La
croix n'est pas " le sceptre de la volupté " (Amos, I, 6),
elle promettait à ses soldats quelque autre chose que les délices de Capoue.
[...] Par ce
principe, en voyant sur la plage de Tunis le royal agonisant, je prophétise aux
chrétiens éperdus le triomphe, aux musulmans ivres de joie leur ruine... Et donnant à cette maxime une application plus étendue, je veux le dire
en passant : la France de Louis le
Saint et de Louis le Martyr, le pays qui a donné Jeanne d'Arc au bûcher et
madame Elisabeth à l'échafaud, la France, patrie de tant de sublimes
immolations, de tant de religieux dévouements, la France est un royaume qui
possède dans son sein des ressources éternelles et qui ne finira qu'avec le
monde.
" [...] Arrêtons les yeux sur un touchant tableau. Louis est
étendu sur la cendre. Il a donné ses derniers conseils à son fils : admirable
testament dont toutes les syllabes semblent appartenir à l'Évangile, et qui
deviendra le manuel de tous les rois chrétiens et intelligents. Religion,
politique, liberté, tout y est compris ; Dieu, sa famille, son peuple, tout ce
qui a été l'objet de son amour, tout ce qui fut gravé sur l'anneau de Marguerite,
se retrouve tour à tour dans ses phrases inachevées. Puis un dernier mot vient
se placer sur ses lèvres défaillantes : " Jérusalem, Jérusalem ! "
Toute sa vie, rien ne lui a été plus familier que Jérusalem. Les vieux soldats
de Bouvines, compagnons d'armes de Philippe-Auguste et de Richard-Cœur-de-Lion,
avaient bercé son enfance des récites de leur expédition en Terre-Sainte.
Rentré dans son oratoire, il retrouvait Jérusalem dans ses prières et dans les
cantiques sacrés. A toutes les heures du jour et de la nuit, il a soupiré avec
David vers Jérusalem. Deux fois il s'est mis en marche vers cette sainte cité ;
toute son ambition était d'y parvenir ; ses pieds sont encore sur la voie qui
devait l'y conduire : Stantes erant pedes nostri in atriis tuis, Jerusalem
(Psaumes, CXXI, 2). Mais il est une autre Jérusalem dont la cité sainte
elle-même n'est que le vestibule. Louis se relève à demi, il ouvre les yeux,
les fixe vers le ciel, croise ses bras sur sa poitrine, puis retombe sur la
cendre en disant : " Seigneur, j'entrerai dans votre maison, je vous
adorerai en votre saint temple (Psaumes, V, 8). Jérusalem, Jérusalem,
vers laquelle sont montées les tribus saintes qui nous ont précédés !... Nous
irons en Jérusalem (Psaumes, CXXI, 1, 4) ..."
" L'âme du royal pèlerin a franchi les espaces, Louis est arrivé
au terme du pèlerinage : il est à Jérusalem ! [Cf.
Apocalypse, XXI, 2.] [...] Et moi, n'ai-je pas le droit
de vous dire, en empruntant la voix d'un grand évêque : Si vous êtes les
enfants de saint Louis, si vous êtes la nation de saint Louis, la France de
saint Louis, faites les œuvres de saint Louis (Bossuet, Politique sacrée,
conclusion du livre VII).
" " Nous ne sommes plus au temps des croisades ", me
dites-vous (M. Guizot, Moniteur du 11 juin 1847) ? Certes, je le sais
trop. Non, nous ne sommes plus au temps des luttes de l'esprit contre la
matière ; non, nous ne sommes plus armés de la croix pour combattre les sens.
L'âme a consenti à une trêve déshonorante ; elle a capitulé ignominieusement et
s'est abandonnée à la merci de son adversaire. Plongés que nous sommes dans la
boue de l'égoïsme et de la cupidité, asservis par les intérêts et comme
ensevelis dans la chair, non, vous avez raison de le dire, nous ne sommes plus
au temps des croisades. Mais en cela vous enregistrez officiellement l'acte de
condamnation de notre siècle. Et, dussiez-vous sourire de dédain, je ne crains
pas de l'affirmer, ce qu'il nous faut, sous peine de mourir, c'est de revenir
aux croisades : non contre les Turcs [pour
l'instant !], nos pères les ont vaincus sans
retour [ce n'est pas si sûr] : Terminum posuisti quem non transgredientur, neque covertentur
operire terram (Psaumes, CIII, 9) ; mais contre leur religion
sensuelle, ou plutôt contre un sensualisme irréligieux qui a envahi nos mœurs
et qui semble menacer notre société ["
Rien de nouveau sous le soleil " : Ecclésiaste,
I, 9] d'une dissolution prochaine [nous y sommes]. " Les barbares ne sont plus à nos portes " : c'est vrai
encore, car ils ont forcé l'entrée de la cité.
" Nous ne sommes plus au temps des croisades, me dites-vous ?
Je l'avoue ; car l'iniquité se répand partout, le scandale de la mauvaise foi
et de la déloyauté est à son comble. Chaque matin ajoute
une nouvelle révélation aux révélations de la veille ; et la société ne se
guérira de cette lèpre que par une croisade de la justice selon l'Évangile.
Nous ne sommes plus au temps des croisades, c'est vrai ; car, en ce siècle
d'argent, un grand nombre de cœur sont devenus d'airain et de fer. La louable
bienfaisance d'une partie de la nation ne peut suffire à combler l'abîme de la
misère publique, creusé d'un côté par les emportements du luxe, de l'autre par
les exactions barbares de la spéculation ; et la société ne sortira de ce cruel
malaise que par une croisade que le prêche à toutes les âmes généreuses, la
croisade de l'abnégation et de la charité selon l'Évangile. Nous ne sommes plus au
temps des croisades, rien de plus certain ; car l'esclavage renaît tous les
jours parmi nous, il n'y manque que le nom. Toujours la même cause ramènera le
même effet. L'égalité est dans les lois, la servitude est dans les mœurs. Sans parler du plus odieux des monopoles, celui de
l'enseignement, le despotisme de la matière et la féodalité de l'industrie
font peser sur le travail un joug plus accablant qu'il ne l'avait jamais porté
dans notre ancienne France ; et ce servage nouveau, ce servage des corps et des
âmes ne cessera que par une croisade que je prêche à toutes les âmes vraiment
et saintement amies de l'humanité, la croisade de l'affranchissement et de la
liberté selon l'Évangile. Enfin, nous ne sommes plus au temps des croisades, je le proclame aussi
haut que vous ; car le nom de Dieu est méconnu, Jésus-Christ est un étranger
parmi nous ; nous regardons la vérité comme si peu de chose que nous ne
voudrions pas dépenser pour elle une obole, ni verser une goutte de sang.
Qu'une mine, je ne dis pas d'or ou d'argent, mais de la plus vile matière, soit
découverte en Asie, l'océan ne suffira pas aux flottes de croisés qui
s'élanceront vers ces lointains climats : âmes abaissées qui ne
s'enthousiasment que pour les expéditions du lucre, et qui ne s'enrôlent que
sous l'oriflamme de la fortune. Or, cependant, la
société ne vit pas seulement de pain, mais de doctrine ; et sans
l'aliment de la doctrine, elle meurt d'inanition et de défaillance. Telle est notre situation présente ; et nous
n'en sortiront que par une croisade que je prêche à tous mes concitoyens sans
distinctions, la croisade du courage chrétien, croisade de retour à la foi de
nos pères, à la religion de saint Louis. Le salut et l'honneur de notre société le commandent. Au milieu de nos
divisions, nous n'avons qu'un signe de ralliement, l'étendard de nos ancêtres,
c'est-à-dire la croix de Jésus-Christ. Que tous les fils de la France marchent
comme autrefois à la suite de ce signe vénéré, que la croix de Jésus-Christ
soit vivante dans leurs cœurs et dans leurs œuvres comme elle brille encore sur
la poitrine de leurs braves, bientôt nous aurons retrouvé ici-bas la paix, la
liberté, l'honneur, que je vous souhaite à tous, avec la bénédiction de
Monseigneur."
FIN
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