Vénérable Mère Marie de Jésus d’Agréda (1602-1665)

 Abbesse du Monastère de l’Immaculée Conception de la ville d’Agréda, de l’Ordre de S. François

 

La Cité Mystique de Dieu

 

IIe Partie, Livre VIe, ch. XXV :

 

 

         Comment notre auguste Reine consola saint Pierre et les autres apôtres. —  La prudence avec laquelle elle agit après la sépulture de son fils. — Comment elle vit descendre son âme très-sainte dans les limbes des saints Pères.

Instruction que j'ai reçue de la Reine du ciel :

 

         1464. Ma fille, méditez les enseignements que contient ce chapitre, ils vous sont directement applicables et très-nécessaires dans l'état où vous a placée le Très-Haut, et eu égard à ce qu'il demande de vous afin que vous correspondiez à son amour. Or, ce qu'il demande de vous, c'est que parmi les embarras des créatures, soit comme supérieure, soit comme inférieure, soit en commandant, soit eu obéissant, vous ne perdiez jamais, malgré tontes les occupations extérieures, la vue du Seigneur dans. la partie supérieure de votre Ame, et que vous ne détourniez jamais vos regards de la lumière du Saint-Esprit, qui vous assistera pour vous disposer à recevoir ses continuelles communications; car mon très-saint Fils veut trouver dans la solitude de votre cœur ces voies cachées au démon et fermées aux passions, qui conduisent dans le sanctuaire où n'entre que le souverain Prêtre (1), et où l'âme jouit des secrets et saints embrassements du divin Époux , lorsque entièrement dégagée des choses terrestres, elle lui prépare le lieu sacré de son repos. C'est là où vous trouverez votre Seigneur favorable, le Très-Haut libéral, votre Créateur miséricordieux, votre Rédempteur et votre Époux plein de douceur et d'amour; vous n'y craindrez point la puissance des ténèbres ; ni les effets du péché, qui ne pénètrent point jusqu'à cette région de lumière et de vérité. Mais ce qui détruit ces voies divines, est l'amour déréglé pour ce qui est visible, c'est la négligence à garder la loi du Seigneur; ce qui suffit pour les obstruer, c'est le moindre désordre des passions ou le plus petit soin inutile, c'est surtout l'inquiétude de l'âme et le trouble intérieur; car pour y marcher, il faut que le cœur soit pur et libre de ce qui n'est point vérité et lumière.

 

(I) Hebr., IX, 7.

 

1465. Vous avez bien compris et expérimenté cette doctrine, je n'ai cessé de vous la manifester dans ma conduite comme dans un clair miroir. Vous avez su de quelle manière je me suis comportée dans les douleurs et dans les afflictions de la Passion de mon très-saint Fils; avec quel zèle je m'occupai des apôtres et des préparatifs de la sépulture, comment j'assistai les saintes femmes et comment j'agis tout le reste de ma vie, conciliant toujours ces choses extérieures avec les opérations de mon âme, sans que les unes empêchassent les autres. Or, pour m'imiter en cela, comme je veux que vous le fassiez, il faut que ni la fréquentation inévitable des créatures, ni les occupations de votre état, ni les peines de la vie passagère, ni les tentations et la malice du démon puissent détourner votre attention et troubler votre intérieur. Et je vous avertis, ma très-chère fille, que si vous n'êtes très-soigneuse sur cet article, vous perdrez beaucoup de temps, vous vous priverez d'une infinité de faveurs extraordinaires, vous frustrerez les très-hautes et très-saintes fins du Seigneur, et vous nous contristerez moi et les anges, car nous voulons tous que votre conversation soit avec nous ; vous perdrez aussi par cette négligence la tranquillité de votre esprit, la consolation de votre âme, plusieurs degrés de grâce, les accroissements de l'amour divin que vous souhaitez, et enfin une très-grande récompense dans le ciel. Vous voyez par là combien il vous importe d'être attentive à mes avis, et de m'obéir en ce que je vous enseigne avec un amour maternel. Faites-y réflexion, ma fille, et gravez dans votre cœur mes paroles, afin que vous les mettiez en pratique par mon intercession et avec la grâce du Très-Haut. Tâchez aussi de m'imiter eu la fidélité de l'amour avec lequel je refusai, afin d'imiter mon adorable Maître, le soulagement que mes sens corporels auraient pu recevoir, tout en le remerciant de son secours ainsi que de la faveur qu'il fit aux justes des limbes, lorsque son âme très, sainte y descendit pour les racheter et les combler de joie par sa présence; car toutes ces merveilles furent les effets de son amour infini.

 

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