Vénérable
Mère Marie de Jésus d’Agréda (1602-1665), abbesse du Monastère
de l’Immaculée Conception de la ville d’Agréda, de
l’Ordre de S. François, La Cité Mystique de Dieu (œuvre écrite par le commandement des supérieurs et des
confesseurs de la religieuse), Ire Partie, Livre IIe, ch.
XIV (Où
sont déclarées les formes et les manières des visions divines qu'avait la Reine
du ciel, et les effets que ces visions causaient en elle), §§ 641 et 642, Instruction de la Reine du ciel (pour
que nous tirions de la lumière que nous avons reçue dans ce chapitre une règle
pour nous conduire dans les visions et les révélations du Seigneur) :
641. Ma fille, vous pouvez tirer de la lumière que vous avez reçue dans
ce chapitre une règle pour vous conduire dans les visions et les révélations du
Seigneur; elle est renfermée en deux points. L'un consiste à les soumettre avec
un cœur humble et sincère au jugement et
à la censure de vos confesseurs et de vos supérieurs, demandant avec une vive
foi au Très-Haut de les éclairer, afin qu'ils y découvrent sa sainte volonté et
sa vérité divine, et qu'ils vous les enseignent en toutes choses. L'autre doit
être dans votre intérieur, et il consiste à bien considérer les effets que les
visions et les révélations y causent, pour les discerner avec prudence et sans
tromperie; car la vertu divine qui opère par elles vous enflammera dans le
chaste amour du Très-Haut, et vous inspirera un profond respect pour lui, vous
portera dans la connaissance de votre bassesse à avoir du dégoût pour la vanité
mondaine, à souhaiter d'être méprisée des créatures, à souffrir avec joie, à
aimer la croix et à la recevoir avec un cœur courageux et constant, à désirer
les choses les plus humbles, à aimer ceux gui vous, persécutent, à craindre le
péché, et à avoir même en horreur le plus léger, à aspirer au plus pur et au
plus parfait de la vertu, à renoncer à vos inclinations, et à vous unir au
souverain et véritable bien. Ce seront là les marques infaillibles de la vérité
avec laquelle le Très-Haut vous visite par le moyen de ses révélations, en vous
enseignant ce qu'il y a de plus saint et de plus parfait dans la loi
chrétienne, dans son imitation et dans la mienne.
642. Afin donc, ma très-chère fille, que vous mettiez en pratique cette
doctrine que le Seigneur vous enseigne par un effet de son infinie bonté,
tâchez de n'oublier jamais, ni de perdre de vue les faveurs qu'il vous a
faites, de vous l'avoir enseignée avec tant d'amour et de tendresse. Renoncez à
toute sorte d'attache et de consolation humaine, aux plaisirs et aux appâts que
le monde vous offre; résistez avec une forte résolution à tout ce que les
inclinations terrestres demandent, quoique ce soit en des choses permises et
petites; et après que vous aurez tourné le dos à tout ce qui est sensible, je
veux que vous n'ayez de l'amour que pour les souffrances. Les visites du
Très-Haut vous ont enseigné, vous enseignent et vous enseigneront cette science
et cette philosophie divine; par ces mêmes visites vous sentirez la force du
feu divin, qui ne se doit jamais éteindre dans votre cœur ni par aucun péché ni
par la moindre tiédeur. Soyez sur vos gardes, préparez votre cœur et
ceignez-vous de la force pour recevoir et pour opérer de grandes choses, et
soyez ferme en la foi de ces instructions, en les croyant, les estimant et les gravant
dans votre cœur avec une humble affection et un profond respect de votre âme,
comme étant envoyées par la fidélité de votre Époux, et distribuées par moi ,
qui suis votre Maîtresse.
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