Vénérable Mère Marie de Jésus d’Agréda (1602-1665)

 Abbesse du Monastère de l’Immaculée Conception

de la ville d’Agréda, de l’Ordre de S. François

 

La Cité Mystique de Dieu

 

IIe partie, livre VIe, chap. XXV

 

Comment notre auguste Reine consola saint Pierre et les autres apôtres. La prudence avec laquelle elle agit après la sépulture de son fils. Comment elle vit descendre son âme très-sainte dans les limbes des saints Pères.

 

 

…/…

 

1459. La bienheureuse Mère passa une partie du samedi dans ces saints entretiens. Et quand le soir vint, elle se retira une seconde fois, laissant les apôtres renouvelés en esprit, pleins de consolation et de joie du Seigneur, mais toujours profondément touchés de la Passion de leur Maître. De son côté, notre divine Reine s'appliqua à considérer ce que l'âme très-sainte de son Fils faisait depuis qu'elle était sortie de son corps sacré. Elle sut alors que cette âme de Jésus-Christ, unie à la Divinité, descendait dans les limbes des saints patriarches, pour les tirer de cette prison souterraine, où ils étaient retenus depuis le premier juste qui mourut dans le monde, attendant la venue du Rédempteur universel des hommes. Pour exposer, ce mystère, qui est un des articles de la très-sainte humanité de notre Seigneur Jésus-Christ, il me paraît utile de donner ici les notions que j'ai reçues sur les limbes, et sur leur situation. Or je dis que la terre a deux mille cinq cent deux lieues de diamètre, passant par le centre d'une superficie à l'autre ; et jusqu'au demi diamètre, qui est le centre, il y en a mille deux cent cinquante-une : et l'on doit mesurer la circonférence de ce globe par rapport au diamètre. L'enfer des damnés se trouve dans le centre comme dans le cœur de la terre; c'est un abîme, un chaos qui contient plusieurs gouffres ténébreux, où les peines sont différentes, mais toutes effroyables et terribles ; et tous ces gouffres forment un globe, qui est fait à peu près comme un vase d'une dimension immense, dont l'orifice est fort large. Les démons et tous les damnés étaient dans cet horrible lieu de confusion et de tourments, et ils y seront pendant toute l'éternité, tant que Dieu sera Dieu ; car dans l'enfer il n'y a point de rédemption.

 

1460. À l'un des côtés de l'enfer se trouve le purgatoire, où les âmes des justes se purifient, lorsque pendant cette vie elles n'ont pas entièrement satisfait pour leurs péchés ; et quelles n'en sont pas sorties assez pures pour pouvoir arriver aussitôt à la vision béatifique. Cet antre est fort grand aussi, mais il l'est beaucoup moins que l'enfer : et quoiqu'il y ait de grandes peines dans le purgatoire, elles ne ressemblent point à celles de l'enfer des damnés. A l'autre côté se trouvent les limbes, qui sont divisés en deux parties. L'une est destinée aux enfants qui meurent sans avoir reçu le baptême, avec le seul péché originel, et sans avoir volontairement fait aucune œuvre ni bonne ni mauvaise. L'autre était la demeure des âmes des justes qui avaient déjà expié leurs péchés, mais qui ne pouvaient entrer dans le ciel ni jouir de Dieu jusqu'à ce qu'eût eu lieu la rédemption des hommes, et que notre Sauveur Jésus-Christ eût ouvert les portes du paradis (1), que le péché d'Adam avait fermées. Cet antre des limbes est aussi plus petit que l'enfer; ii n'a aucune communication avec lui, et l'on n'y souffre point les peines du sens comme dans le purgatoire; car les âmes y arrivent après avoir été purifiées de leurs souillures dans le même purgatoire; elles n'étaient que privées, de la vision béatifique, que soumises à la peine du dam ; c'est là que se trouvaient tous ceux qui étaient morts en état de grâce, jusqu'à ce que le Sauveur mourût. C'est là que descendit son âme très-sainte unie à la Divinité, comme nous l'exprimons, quand nous disons qu'il est descendu aux enfers, quoique les limbes et le purgatoire aient d'autres noms particuliers : car ce nom d'enfer est généralement appliqué à tous ces lieux souterrains, quoique communément parlant nous entendions par ce nom le lieu où se trouvent les démons et les damnés, ainsi que par le, nom de ciel nous entendons ordinairement l'empyrée où sont les saints, et où ils demeureront toujours, comme les damnés dans l'enfer. Après le jugement universel il n'y aura que le ciel et l'enfer qui soient habités: en effet, le purgatoire ne sera plus nécessaire, et les enfants sortiront aussi des limbes, et passeront dans une autre demeure.

 

1) Psaumes, XXIII, 9.    

 

         …/…

 

 

- - - - - - - - - - - -