Vénérable
Mère Marie de Jésus d’Agréda (1602-1665)
Abbesse
du Monastère de l’Immaculée Conception
de la ville d’Agréda, de l’Ordre de S. François
La
Cité Mystique de Dieu
Ire partie,
livre IIe, chap. VI
CHAPITRE VI. De la vertu de foi, et de l'exercice que la très-sainte
Vierge en fit.
…/…
Instruction de la Mère de Dieu
501. Ma fille, les mortels qui ne
regardent qu'avec des yeux charnels et terrestres, ne découvrent pas le trésor
inestimable de la vertu de la foi divine : c'est pourquoi ils ne savent pas estimer la valeur
ni reconnaître le mérite et le bienfait qui se trouvent dans un don si
précieux. Considérez, ma très-chère, en quel état malheureux a été le monde
sans la foi : et dans quel désordre ne serait-il pas aujourd'hui si mon Fils et
mon Seigneur ne la lui conservait ! Combien d'hommes que le monde estimait
grands, puissants et sages, ne se sont pas précipités des ténèbres de leur
infidélité dans les plus abominables péchés, et de là dans les ténèbres
éternelles de l'enfer, pour n'avoir pas été éclairés par la lumière de la foi !
Combien de provinces et de royaumes entiers n'ont-ils pas entraînés dans leur
aveuglement, combien ces mêmes personnes n'en entraînent-elles pas aujourd'hui
jusque dans le plus profond de l'abîme ! Les mauvais fidèles, ma fille,
suivent les traces .de ceux-là, puisque ayant reçu cette grâce et cet insigne
bienfait de la foi ; ils vivent sans la pratiquer et comme si leurs âmes ne
l'avaient point.
502. Faites tous vos
efforts, ma chère fille, pour reconnaître cette précieuse perle que le Seigneur
vous a donnée comme un gage et un lien des épousailles qu'il a célébrées avec
vous pour vous faire entrer dans le lit nuptial de sa sainte Église, et ensuite
dans celui de son éternelle vision béatifique. Exercez toujours cette vertu de
foi, puisque par son moyen vous parviendrez à cette dernière fin ou vous
tendez, et vous vous unirez à l'objet de vos désirs et de vos amours. C'est
elle qui enseigne le chemin assuré de la félicité éternelle ; elle luit dans
les ténèbres de la vie mortelle des voyageurs pour les conduire en toute sûreté
à la possession de leur patrie, s'ils ne s'y opposent par leur infidélité et
par leurs péchés. C'est elle qui excite les autres vertus, qui sert de
nourriture au juste, et qui l'entretient et le soulage dans ses travaux. Elle
confond et épouvante les infidèles et les lâches fidèles qui négligent de
pratiquer le bien, parce qu'elle leur, découvre leurs péchés en cette vie et la
punition qui les attend en l'autre. La foi est puissante pour venir à bout de tout, puisque rien n'est impossible
à celui qui croit (1) ; au contraire, il
peut faire et obtenir toutes choses par le moyen de cette vertu : elle éclaire et ennoblit
l'entendement humain, puisqu'elle le redresse de peur qu’il ne s'égare dans les ténèbres de
son ignorance naturelle ; elle l'élève au-dessus de lui-même afin qu'il voie et connaisse avec une
certitude infaillible ce qu'il ne pourrait pénétrer par ses propres forces ; et le lui fait croire
avec autant de fermeté que s'il le voyait effectivement ; enfin elle le
dépouille de cette grossièreté et de cette bassesse qui font que l'homme ne
croit que ce qu'il comprend par ses faibles lumières, qui sont si bornées
pendant que l'âme vit dans la prison du corps corruptible et n'agit que par la
pesanteur de ses sens. Estimez donc, ma fille, cette précieuse perle de la foi
catholique que Dieu vous a donnée, conservez-la avec soin et pratiquez-la avec
respect.
(1) Matth., IX, 22.
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