Vénérable Mère Marie de Jésus d’Agréda (1602-1665)

 Abbesse du Monastère de l’Immaculée Conception

de la ville d’Agréda, de l’Ordre de S. François

 

La Cité Mystique de Dieu

 

IIe Partie – Livre VIe

 

CHAPITRE XXVII

 

Quelques apparitions de notre Sauveur Jésus-Christ ressuscité aux Marie et aux apôtres. —

Le récit qu'ils en faisaient à notre auguste Reine, et la prudence avec laquelle elle les écoutait.

 

 

1477. Après que notre Sauveur Jésus ressuscité et glorieux eut visité et rempli de gloire sa très-sainte Mère, il résolut, comme un père plein de tendresse et comme un pasteur très-vigilant, de rassembler les brebis de son troupeau, que le scandale de sa Passion avait troublées et dispersées. Les saints Pères et tous ceux qu'il avait tirés des limbes et du purgatoire l'accompagnaient toujours, quoiqu'ils ne se manifestassent point dans ses apparitions; car il n'y eut que notre auguste Reine qui les vit, qui les connût, et qui leur parlât pendant les quarante jours qui se passèrent jusqu'à l'Ascension de son très-saint Fils. Et lorsqu'il n'apparaissait point à d'autres personnes, il restait toujours auprès de sa bienheureuse Mère dans le Cénacle, où elle demeura sans en sortir durant ces quarante jours. Elle y jouissait de la vue du Rédempteur du monde, et de l'assemblée des prophètes et des saints qui faisaient compagnie au Roi et à la Reine de l'univers. Quand le Seigneur voulut se manifester aux apôtres, il commença par les femmes, comme étant non les plus faibles, mais les plus fortes en la foi et en l’espérance de sa résurrection ; car ce fut par là qu'elles méritèrent d'obtenir les premières en faveur de le voir ressuscité.

 

         1478. L'évangéliste saint Marc fait mention du soin que prirent Marie Madeleine et Marie mère de Joseph de remarquer où l'on déposait le corps sacré de Jésus dans le sépulcre (1). Par suite de cette prévoyance, elles sortirent le samedi soir du Cénacle avec quelques autres saintes femmes pour descendre dans la ville ; elles y achetèrent des parfums dans le dessein de retourner le jour suivant de grand matin au sépulcre pour y adorer le très-saint corps de leur Maître, et l'embaumer de nouveau (2). Or, le dimanche elles sortirent avant le jour pour exécuter leur pieux dessein, ignorant que le sépulcre eut été scellé, et qu'on y eût mis des gardes par ordre de Pilate (3). Dans le trajet, elles se. préoccupaient uniquement de la difficulté de trouver quelqu'un qui leur ôterait la grande pierre au moyen de laquelle elles avaient remarqué qu'on avait fermé le sépulcre; mais l'amour leur persuadait qu'elles surmonteraient cet obstacle, sans toutefois qu'elles sussent comment il était nuit quand elles sortirent du Cénacle, et lorsqu'elles arrivèrent au sépulcre , le soleil était déjà levé (4) , parce qu'il regagna le jour de la résurrection les trois heures pendant lesquelles il s'était couvert de ténèbres, au moment de la mort de notre Sauveur. Par ce miracle on concilie les récits des évangélistes saint Marc et saint Jean, qui disent, l'un que les Marie arrivèrent au sépulcre lorsque le soleil venait de se lever, et l'autre qu'elles y vinrent avant-le jour : et tout cela est vrai. En effet, elles sortirent de grand matin avant le point du jour; mais, quoiqu'elles ne se fussent point arrêtées en route, quand elles arrivèrent le soleil s'était déjà levé, à cause de la diligence extraordinaire qu'il fit ce jour-là. Le sépulcre était comme une petite grotte voûtée dont l'ouverture était fermée par une grande pierre; il y avait au dedans un endroit un peu élevé, et ce fut là que l'on déposa le corps de notre Sauveur.

 

(1) Marc., IV, 47. — (2) Marc., XVI, 2. — (3) Marc., XXVII, 65. — (4) Joan., XX, 1; Marc., XVI, 2.

 

1479. Un grand tremblement de terre se fit sentir un peu avant que les Marie s'entretinssent de la difficulté qu'elles auraient de faire ôter la pierre, et au même moment un ange du Seigneur renversa la pierre qui fermait le sépulcre (5). Lés gardes en furent si saisis de frayeur, qu'ils demeurèrent comme morts (6), quoiqu'ils né vissent point le Seigneur; car son corps était déjà ressuscité et sorti du sépulcre avant que l'ange en ôtât la pierre. Les Marie sentirent aussi quelque crainte, mais elles s'encouragèrent, et le Seigneur les fortifia; elles s'approchèrent donc, et entrèrent dans le sépulcre. Elles virent près de l'ouverture l'ange qui avait renversé la pierre, et qui était assis dessus; il avait le visage brillant comme un éclair, et son vêtement était blanc comme la neige (7) ; et il leur dit : Ne craignez point; c'est Jésus de Nazareth que vous cherchez : il n'est pas ici, parce qu'il est ressuscité. Entrez, et vous verrez le lieu où on l'avait mis (8). Les Marie entrèrent, et voyant le sépulcre vide, elles furent toutes désolées, parce qu'elles étaient plus occupées du désir qu'elles avaient de le voir, que de ce que l'ange leur avait dit. Bientôt elles virent deux autres anges assis aux côtés du sépulcre, qui leur dirent : Pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est vivant ? Il n'est point ici, mais il est ressuscité; souvenez-vous de ce qu'il vous a dit, étant encore en Galilée : qu'il fallait qu'il fût crucifié, et qu'il ressuscitât trois jours après (9). Allez promptement en donner la nouvelle à ses disciples et à Pierre, et dites-leur qu'ils aillent en Galilée, où ils le verront (10).

 

(5) Matth., XXVIII, 2. — (6) Ibid., 4.   (7) Matth., XXVIII, 8. — (8) Marc., XVI, 6. — (9) Luc., XXIV, 5 et 6. — (10) Marc., XVI, 7.

 

1480. Par cet avis les Marie se souvinrent de ce que leur divin Maître avait dit. Et étant assurées de sa résurrection,, elles partirent aussitôt du sépulcre pour en donner la nouvelle aux onze apôtres et aux autres disciples qui avaient suivi le Seigneur ; mais la plupart prirent ce qu'elles leur disaient pour un vain rêve (11), tant ils étaient ébranlés dans leur foi, tant ils avaient déjà oublié les paroles Rédempteur. Pendant que les Marie, pleines de joie et de crainte, racontaient aux apôtres ce qu'elles avaient vu, les gardes du sépulcre reprirent leurs sens (12). Et comme ils le virent ouvert, et que le sacré corps n'y était plus, ils allèrent avertir les princes des prêtres de ce qui s'était passé, et les mirent dans un si grand trouble, qu'ils s'assemblèrent immédiatement avec les anciens du peuple pour délibérer sur le moyen de cacher fine merveille si éclatante (13). Ils résolurent de donner une grande somme d'argent aux soldats, afin qu'ils dissent que pendant qu'ils dormaient, les disciples de Jésus étaient venus enlever son corps du sépulcre (14). Les princes des prêtres les ayant ainsi gagnés leur dirent de ne rien craindre, et qu'ils les mettraient à couvert des suites de leur apparente négligence (15) ; c'est pourquoi ils publièrent cette imposture parmi les Juifs; et il y en eut beaucoup, qui furent assez stupides pour y ajouter foi; d'autres, encore plus obstinés et plus aveuglés, admettent aujourd'hui même le témoignage de gens qui ont avoué qu'ils dormaient, tout en prétendant qu'ils ont vu enlever le corps du Sauveur.

 

         1481. Quoique le rapport des Marie parût du délire aux disciples et aux apôtres, saint Pierre et saint Jean, souhaitant s'en éclaircir, se rendirent promptement au sépulcre, et les Marie y retournèrent après eux (16). Saint Jean arriva le premier, et, sans entrer dans le sépulcre, il vit de l'ouverture les linges à un autre endroit que celui où l'on avait mis le sacré corps (17), et il attendit que saint Pierre fût arrivé. Celui-ci entra le premier, saint Jean le suivit, et ils virent que le corps du Sauveur n'était point dans le sépulcre (18). Saint Jean dit qu'il crut alors, et c'est qu'il s'affermit dans ce qu'il avait commencé à croire, lorsqu'il vit la Reine du ciel toute changée, comme je l'ai rapporté dans le chapitre précédent. Les deux apôtres s'en retournèrent, pour annoncer aux autres ce qu'il; avaient vu avec admiration dans le sépulcre. Les Marie ne s'en éloignèrent point, et elles considéraient avec étonnement tout ce qui arrivait. La Madeleine, poussée par une plus grande ferveur et versant beaucoup de larmes, entra de nouveau dans le sépulcre pour le reconnaître avec plus d'attention. Et quoique les apôtres n'eussent point vu les anges, la Madeleine les vit, et ils lui dirent : Femme, pourquoi pleurez-vous ? Marie répondit : C'est parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et que je ne sais où ils l'ont mis (19). Ensuite elle marcha un peu dans le jardin où était le sépulcre, et aussitôt elle vit Jésus tout auprès d'elle, sans découvrir que ce fût lui. Et sa divine Majesté lui dit aussi: Femme, pourquoi pleurez-vous ? Elle, croyant que c'était le jardinier, lui dit sans réflexion et transportée du divin amour : Seigneur, si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis, et je l'emporterai (20). Alors notre adorable Maître lui dit: Marie (21) : Et en la nommant il se fit connaître par la voix.

 

(11) Luc., XXIV, 11. — (12) Matth., XXVIIII, 11. — (13) Ibid., 12. — (14) Ibid., 18. — (15) Ibid., 14. — (16) Joan., XX, 3.  — (17) Joan., XX, 5. — (18) Ibid., 6. — (19) Ibid., 13. — (20) Ibid., 15.   — (21) Joan., XX, 16.

 

         1482. Quand la Madeleine connut que c'était Jésus, elle en fut ravie de joie, et lui dit : Mon Maître (22) ; et se prosternant à ses pieds, elle voulut les baiser, comme accoutumée à cette faveur. Mais le Seigneur la prévint, et lui dit : Ne me touchez pas, car je ne suis pas encore monté cers mon Père ; allez vers mes frères les Apôtres, et dites-leur que je m’en vais monter vers mon Père et vers votre Père (23). La Madeleine partit aussitôt toute consolée, toute joyeuse, et à une petite distance elle rencontra les autres Marie. A peine avait-elle achevé de leur dire ce qui lui était arrivé, et qu'elle avait vu Jésus ressuscité, qu'au milieu de leurs transports et de leurs larmes, le Seigneur leur apparut, et leur dit : La paix soit avec vous (24). Et quand elles l'eurent reconnu, l'évangéliste saint Matthieu dit qu'elles l'adorèrent; le Seigneur leur ordonna d'aller trouver les apôtres, et de leur dire qu'elles l'avaient vu, et qu'ils devaient se rendre en Galilée ; que là ils le verraient ressuscité, (25). Après cela le Seigneur disparut, et les Marie s'en retournèrent promptement au Cénacle, et racontèrent aux apôtres tout ce qu'il leur était arrivé; mais ils avaient toujours de la peiné à le croire (26). Ensuite elles entrèrent dans la retraite de la Reine du ciel, et lui firent le récit de ce qui se passait. Elle les écouta avec une bonté et une prudence admirable, comme si elle l'eût ignoré, quoiqu'elle le sût par cette vision intellectuelle en laquelle elle connaissait toutes ces choses. Et elle prenait occasion de ce que les Marie lui racontaient, pour les confirmer en la foi des sublimes mystères de l'Incarnation et de la Rédemption, et des saintes Écritures qui en traitaient. Mais la très-humble Reine ne leur dit point ce qui lui était arrivé, quoiqu'elle fût la Maîtresse de ces fidèles et dévotes disciples, comme le Seigneur était le Maître des apôtres pour les rétablir en la foi.

 

(22) Ibid. — (23) Ibid., 17. — (24) Matth., XXVIII, 9. — (25) Ibid., 10. — (26) Luc., XXIV, 11.

 

         1483. Les évangélistes ne disent point en quel temps le Seigneur apparut à saint Pierre, quoique saint Luc le suppose (27). Mais ce fut après que lés Marie l'eurent vu ; et il lui apparut d'une manière plus secrète et en particulier comme au chef de l'Église, avant de se montrer aux apôtres réunis ou à aucun d'eux, le jour même de la résurrection, après que les Marie l'eurent assuré qu'elles l'avaient vu. Ensuite il apparut, comme saint Luc le raconte fort au long (28), aux deux disciples qui allaient en un bourg nommé Emmaüs, éloigné de Jérusalem de soixante stades, qui faisaient quatre milles de Palestine, et près de deux lieues d'Espagne. L'un des deux s'appelait Cléophas, et l'autre était saint Luc lui-même ; or, voici ce qui, arriva. Les deux disciples sortirent de Jérusalem après avoir appris ce que les Marie avaient annoncé; chemin faisant, ils s’entretenaient de tout ce qui s'était passé en la Passion, de la sainteté de leur Maître, et de la cruauté des Juifs. ils s'étonnaient que le Tout-Puissant eut permis qu'un homme si saint et si innocent subit tant de mauvais traitements. L'un disait: « A-t-on jamais vu une pareille douceur ? » L'autre répliquait : « Est-il possible de trouver une patience égale à la sienne?  Il a toujours souffert sans se plaindre et sans perdre la majesté et la sérénité de son visage. Sa doctrine était sainte, sa vie irréprochable, dans ses discours il ne s'occupait que du salut éternel, et dans ses œuvres que du bien de tous; or, quelle raison ont eue les prêtres de lui vouer une haine si implacable? » L'un disait: « Il a été véritablement admirable en tout; on ne peut pas nier qu'il ait été un grand Prophète, et qu'il n'ait fait de nombreux miracles; il a rendu la vue aux aveugles, il a guéri les malades, il a ressuscité les morts, et il a prodigué de toutes parts les bienfaits : mais il a dit qu’il ressusciterait le troisième jour qui suivrait sa mort; c'est aujourd'hui, et nous ne voyons pas le fait s’accomplir. » L'autre répliqua : « Il a dit aussi qu'on le crucifierait, et cela est arrivé comme il l’a prédit (29). »

 

(27) Luc., XXIV, 34. — (28) Ibid., 15, etc. — (29) Matth., XI, 19.

 

1484. Pendant qu'ils conféraient ensemble de toutes ces choses, Jésus leur apparut en costume de pèlerin, comme s'il les eût atteints sur la route, et leur demanda (après les avoir salués) : « De quoi vous entreteniez-vous, et pourquoi êtes-vous tristes (30)? » Alors Cléophas lui répondit : « Êtes-vous le seul étranger dans Jérusalem qui ne sachiez point ce qui s'y est passé ces jours derniers? » Le Seigneur lui dit : « Et qu'y est-il arrivé? » Le disciple répondit a Vous ne savez pas comment on a traité Jésus de Nazareth, qui a été un prophète puissant en œuvres et en paroles? Et comment les princes des prêtres et nos magistrats l'ont condamné à mort, et l'ont crucifié ? Nous espérions néanmoins que ce serait lui qui délivrerait Israël en ressuscitant : mais c'est aujourd'hui le troisième jour après sa mort, et nous ne savons point ce qu'il est devenu. Il est vrai que quelques femmes de celles qui étaient avec nous nous ont fort étonnés ; car étant allées avant le jour au sépulcre, et n'ayant point trouvé le corps de Jésus, elles sont venues dire qu'elles avaient vu plusieurs anges, qui déclaraient qu'il était ressuscité. Aussitôt quelques-uns des nôtres ont couru au sépulcre, et ont trouvé que ce que les femmes avaient dit était exact. Quant à nous, nous nous rendons à Emmaüs pour y attendre la fin de toutes ces choses extraordinaires. » Alors le Seigneur leur dit : « Insensés dont le cœur est si lent à croire ce qui a été annoncé par les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrit toutes ces peines et une mort si ignominieuse, et qu'il entrât par cette voie dans sa gloire? »

 

(30) Luc., XXIV, 16, etc.

 

         1485. Notre divin Maître leur signala dans les Ecritures les mystères de sa vie et de sa mort pour la rédemption du genre humain, commençant par la figure de l'agneau que Moïse ordonna d'immoler et de manger, après avoir teint de son sang le haut (les portes (31) ; il leur expliqua le sens symbolique (le la mort du grand prêtre Aaron (32), de la mort de Samson causée par l'excès de sa passion pour son épouse Dalila (33), et de plusieurs endroits des Psaumes de David (34), où il prédisait l'assemblée que les Juifs tinrent pour condamner le Seigneur, sa mort, le partage qu'ils firent entre eux de ses habits, et que son corps ne serait point sujet ü la corruption; il leur expliqua aussi ce qui est dit au livre de la Sagesse (35), et ce qu'Isaïe et Jérémie ont exprimé encore plus clairement de sa Passion, à savoir qu'il serait défiguré comme un lépreux, qu'il paraîtrait un homme de douleurs, qu'on le mènerait à la mort comme une brebis qu'on va égorger, et qu'il n'ouvrirait seulement pas la bouche pour se plaindre (36); puis il passa à ce. que dit Zacharie, qui l'avait vu couvert de toute sorte de plaies (37), et interpréta divers autres endroits des prophètes qui s'appliquent d'une manière évidente aux mystères de sa vie et de sa mort. Par la vertu de ses divines paroles, les disciples reçurent peu à peu la chaleur de la charité, et la lumière de la foi, qui s'était éclipsée en eux. Et lorsqu'ils furent arrivés près du bourg où ils allaient, notre adorable Sauveur feignit d'aller plus loin; mais ils le prièrent instamment de s’arrêter et de demeurer avec eux, lui représentant qu'il était déjà fort tard. Il accepta leur offre, et se mit à table avec eux pour faire la cène, suivant l'usage des Juifs Puis il prit du pain, le bénit selon sa coutume, le rompit et le leur présenta, leur donnant avec ce pain béni la certitude infaillible qu'il était leur Rédempteur et leur Maître.

 

(31) Exod., XII, 7. — (32) Num., XX, 29. — (33) Jud, XVI, 30. — (34) Ps. XXI, 16 et 19; XV, 10. — (35) Sap., II, 10. — (36) Isa., LIII, 2; Jerem., XI, 19. — (37) Zach., XIII, 6.

 

1486. Ils le reconnurent, parce qu'il leur ouvrit les yeux de l'âme, et, aussitôt qu'il les eut éclairés par sa divine lumières il disparut. Pour eux, ravis d'admiration et transportés de joie, ils se disaient l'un à l'autre : « N'est-il pas vrai que nous sentions notre cœur briller au dedans de nous lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et qu'il nous découvrait les Écritures? Et se levant à l'heure même, ils partirent, quoiqu'il fût déjà nuit, et retournèrent à Jérusalem (38): Ils entrèrent dans la maison où les apôtres s'étaient retirés pour éviter les insultes des Juifs, et ils les trouvèrent avec quelques autres personnes, qui assuraient que le Seigneur était ressuscité et qu'il était apparu à saint Pierre. Les deux disciples rapportèrent à leur tour ce qui leur était arrivé en chemin, et comment Jésus en rompant le pain s'était fait connaître à eux. Saint Thomas se trouvait alors présent, et quoiqu'il eût entendu les deux disciples, dont les paroles étaient confirmées par saint Pierre qui assurait aussi qu'il avait vu son Maître ressuscité, il s'en tint à ses objections et conserva ses doutes, sans vouloir ajouter foi au témoignage des trois disciples plus qu'à celui des saintes femmes. Il sortit avec une espèce de dépit, effet de son incrédulité, et se retira de la compagnie des autres. Peu d'instants après que Thomas se fut retiré, le Seigneur entra quoique les portes fussent fermées, et apparut au milieu de ceux qui étaient assemblés, et leur dit : La paix soit avec vous; c'est moi, ne craignez pas (39).

 

(38) Luc., XXIV, 33. (39) Luc., XXIV, 36.

 

         1487. Mais le trouble et la frayeur dont ils étaient saisis leur faisant penser que c'était un esprit qu'ils voyaient, il leur dit : Pourquoi vous troublez-vous, et pourquoi toutes ces pensées vous entrent-elles dans l'esprit? Regardez mes mains et mes pieds, c'est moi-même; touchez-moi, considérez-moi bien, un esprit n'a ni chair ni os comme vous voyez que j'en ai (40). Alors même les apôtres restèrent si éperdus de joie et d'admiration, que, tout en voyant et touchant les mains du Sauveur percées, ils ne parvenaient point encore à croire que ce fût bien lui qu'ils entendaient et qu'ils touchaient. Le meilleur des Maîtres leur demanda pour les rassurer davantage : Avez-vous ici quelque chose à manger (41)? Ils lui présentèrent avec empressement un morceau de poisson rôti et un rayon de miel, dont il mangea en leur présence, et leur donna ce qui restait (42). Ensuite il leur dit : Ce que vous voyez c'est ce que, je vous avais dit lorsque j'étais avec vous qu'il fallait que tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les Psaumes, fût accompli (43). Alors il leur ouvrit l'intelligence, ils le connurent, et comprirent les Écritures qui parlaient de sa Passion, de sa mort et de sa résurrection. Et les ayant ainsi éclairés par sa divine lumière, il leur dit une seconde fois : La paix soit avec vous. Comme mon Père m'a envoyé, moi je vous envoie (44), afin que vous enseigniez au monde la vérité et la connaissance de Dieu et de la vie éternelle, et que vous prêchiez la pénitence et la rémission des péchés en mon nom. Ayant dit ces paroles, il souffla sur eux et leur dit : Recevez le Saint-Esprit. Les péchés seront pardonnés à ceux à qui vous les pardonnerez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (45). Vous prêcherez parmi toutes les nations, en commençant par Jérusalem (46). Ensuite le Seigneur disparut, les laissant consolés et affermis dans la foi, et leur ayant donné, à eux et aux autres prêtres, le pouvoir de pardonner les péchés.

 

(40) Ibid., 38. — (41) Ibid., 41. — (42) Ibid., 42. — (43) Luc., XXIV, 44. — (44) Joan., X,  21. — (45) Ibid., 22 et 23. — (46) Luc., XXIV, 47.

 

1488. Tout cela arriva, comme je l'ai dit, en l'absence de saint Thomas. Mais par, une disposition de la divine Providence, il retourna bientôt à l'assemblée qu'il avait quittée, et les apôtres lui racontèrent tout ce qui leur était arrivé depuis son départ. Et quoiqu'il les eût trouvés tout changés par la joie dont venait de les remplir l'apparition du Seigneur, il n'en persista pas moins dans son incrédulité, déclarant qu'il ne croirait point ce qu'on lui disait, s'il ne voyait les marques des clous dans ses mains, et s'il ne mettait la sienne dans la plaie de son côté (47). L'incrédule Thomas persista dans cette opiniâtreté jusqu'à ce que huit jours après le Seigneur entra une autre fois dans la maison, les portes fermées, et apparut de nouveau au milieu des apôtres, parmi lesquels l'incrédule se trouvait. Il les salua selon sa coutume, leur disant : La paix soit avec vous (48). Et s'adressant à Thomas, il le reprit avec une bonté et une douceur admirable, et lui dit : Approchez-vous, Thomas; mettez ici votre doigt, et regardez mes mains; portez aussi votre main et mettez-la dans mon côté, et ne soyez plus incrédule, niais soumis et fidèle (49). Thomas toucha les sacrées plaies de notre divin Sauveur, et il fut intérieurement éclairé, de sorte qu'il crut et qu'il reconnut sa faute. Et se prosternant il lui répondit : Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu (50). Alors Jésus lui dit : Vous croyez, Thomas, parce que vous voyez; heureux ceux qui n'ont point vu, et qui ont cru (51). Puis il disparut, laissant les apôtres et Thomas, qui était avec eux, pleins de lumière et de joie. Ils allèrent aussitôt raconter à la bienheureuse Marie ce qui était arrivé, comme ils l'avaient fait après la première apparition.

 

(47) Joan., XX, 25. — (48) Ibid., 26. — (49) Ibid., 27. — (50) Ibid., 28. — (51) Ibid., 29.

 

1489. Les apôtres ne pénétraient point alors la profonde sagesse de la Reine du ciel, et encore moine la connaissance qu'elle avait de tout ce qui leur arrivait, et des œuvres de son très-saint Fils; c'est pourquoi ils l'informaient de ce qui se passait, comme si elle l'eût ignoré; et elle les écoutait avec la plus grande prudence et avec une douceur maternelle. Après la première apparition quelques apôtres lui parlèrent de l'obstination de Thomas, disant qu'il ne voulait point les croire, quoiqu'ils assurassent avoir vu leur Maître ressuscité; et comme il persévéra pendant ces huit jours dans son incrédulité, l'indignation de ces apôtres contre lui ne fit qu'augmenter. Souvent ils allaient trouver la bienheureuse Vierge, et accusaient Thomas d'un sot entêtement à peine digne de l'homme le plus grossier. Notre indulgente Princesse les écoutait sans émotion, et voyant que les apôtres s'aigrissaient de plus en plus (car ils étaient encore imparfaits), elle interpella les plus mécontents, et les apaisa en leur rappelant que les jugements du Seigneur étaient fort cachés, qu'il tournerait à sa gloire l'incrédulité de Thomas, qu'il en tirerait de grands biens pour les autres, et qu'il fallait qu'ils en attendissent les effets avec patience et sans se troubler. Elle fit une fervente prière pour Thomas, et par son intercession le Seigneur hâta l'application du remède dont cet apôtre incrédule avait besoin. Après qu'il eut reconnu son adorable Maître, et que les autres en eurent informé notre auguste Reine, elle prit de là occasion de les instruire et de les confirmer en la foi; et elle les exhorta à rendre avec elle des actions de grâces au Très-Haut pour un si grand bienfait, et à ne point se laisser ébranler par les tentations, puisqu'ils étaient tous sujets à tomber. Elle leur donna plusieurs autres avis très-salutaires, et les prépara pour ce qu'il leur restait à faire dans la nouvelle Église.

 

         1490. Notre Sauveur fit encore d'autres apparitions et plusieurs autres miracles, comme l'évangéliste saint Jean l'énonce; mais on n'en a écrit que ce qui était suffisant pour établir la foi de la résurrection (52). Le même évangéliste rapporte ensuite que Jésus se manifesta de nouveau à saint Pierre, à Thomas, à Nathanaël, aux fils de Zébédée et à deux autres disciples près de la mer de Tibériade (53) ; et comme cette apparition est fort mystérieuse, j'ai cru ne devoir point l'omettre dans ce chapitre. Voici comment elle eut lieu. Les apôtres se rendirent en Galilée après ce qui leur était arrivé dans Jérusalem, parce que le Seigneur le leur avait ordonné, leur promettant que ce serait là qu'ils le verraient. Or saint Pierre, se trouvant avec les six autres disciples sur les bords de cette mer, leur dit qu'il voulait aller pêcher, puisque c'était son métier, pour tâcher de pourvoir à leurs besoins. Tous se joignirent à lui, et ils passèrent la nuit entière à jeter leurs filets sans prendre un seul poisson. Le matin suivant notre Sauveur leur apparut sur le rivage sans néanmoins se faire connaître. Il était proche de la barque dans laquelle ils pêchaient, et il leur demandé : N'avez-vous rien à manger? Ils lui répondirent : Nous n'avons rien (54). Le Seigneur leur dit : Jetez votre filet du côté droit, et vous trouverez quelque chose (55). Ils jetèrent leur filet, et ils ne le pouvaient plus tirer, tant il était rempli de poissons. Alors saint Jean reconnut Jésus-Christ à ce miracle, et s'adressant à saint Pierre il lui dit : « C'est le Seigneur (56). » A ces mots saint Pierre le reconnut aussi, et, emporté par son ardeur ordinaire, il se vêtit aussitôt de sa tunique et se jeta dans la mer, marchant sur les eaux jusqu'à l'endroit où se trouvait le Maître de la vie; et les autres disciples y menèrent leur barque, traînant le filet plein de poissons.

 

(52) Joan., XV, 30. — (53) Joan., XXI, 1. — (54) Joan., XXI, 5. — (55) Ibid., 6. — (56) Ibid., 7.

 

         1491. Ils descendirent à terre, et ils trouvèrent que le Seigneur leur avait déjà préparé à manger, car ils virent des charbons allumés et un poisson dessus, et du pain (57); mais le Sauveur leur dit d'apporter quelques poissons de ceux qu'ils venaient de prendre. Saint Pierre monta dans la barque, et tira le filet ù terre: il contenait cent cinquante-trois gros poissons, et cette énorme quantité ne l'avait point déchiré. Le Seigneur leur dit de manger. Et quoiqu'il fût si familier avec eux, personne n'osa lui demander qui il était; car les miracles qu'il venait de faire et la majesté qui paraissait cru lui les avaient pénétrés d'une grande crainte respectueuse. Il s'approcha d'eux, et leur distribua du pain et du poisson. Après qu'ils eurent mangé il se tourna vers saint Pierre et lui demanda : Simon, fils de Jean, m'aimez-vous plus que ceux-ci? Saint Pierre lui répondit: Oui, Seigneur, cous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Paissez mes apicaux (58). Il lui demanda de nouveau : Simon, fils de Jean, m'aimez-vous? Saint Pierre répondit encore : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime (59). Il lui demanda pour la troisième fois : Simon, fils de Jean m'aimez-vous? Saint Pierre fut contrasté de ce qu'il lui demandait pour la troisième fois, m'aimez-vous? Il il lui répondit : Seigneur, rien ne vous est caché, vous savez que je vous aime. Notre Sauveur Jésus-Christ lui dit une troisième fois : Paissez mes brebis (60). Il l'établit ainsi seul chef de son Église universelle et unique, lui donnant comme à son vicaire la suprême autorité sur tous les hommes. Et c'est pour cela qu'il lui demanda si souvent s'il l'aimait, comme si ce seul amour l'eût rendu capable de la dignité souveraine, et eût suffi pour l'exercer dignement.

 

(57) Ibid., 9. — (58) Joan., XXI, 15 — (59) Ibid., — (60) Ibid., 17.

 

 

         1492. Ensuite le Seigneur fit connaître à saint Pierre les devoirs de la charge qu'il lui confiait, et lui dit : En vérité, je vous assure que lorsque vous étiez jeune, vous vous ceigniez vous-même, et vous alliez où vous vouliez ; mais quand vous serez vieux; vous étendrez vos bras, et un autre vous ceindra et vous mènera où  vous ne voudrez pas aller (61). Saint Pierre comprit que le Sauveur lui prédisait la mort de la croix en laquelle il l'imiterait. Et comme il aimait beaucoup saint Jean, il souhaita savoir ce qu'il deviendrait; c'est pourquoi il demanda au Seigneur : Que ferez-vous de celui-ci que vous aimez tant (1)? Le Seigneur lui répondit : Que vous importe de le savoir? Si je veux qu'il demeure ainsi jusqu'à ce que je vienne une seconde fois au monde, cela ne dépendra que de moi. Mais vous, suivez-moi, et ne vous mettez pas en peine de ce que j'en veux faire (2). De là vint que le bruit courut parmi les apôtres que saint Jean ne mourrait point (3). Mais l'évangéliste lui-même fait remarquer que Jésus- Christ ne dit pas d'une manière positive qu'il ne mourrait point, et cela résulte des dernières paroles qu'il adressa à saint Pierre; il semble plutôt que le Seigneur eût l'intention de cuber ce qu'il voulait décider quant à la mort de l'évangéliste, et de s'en réserver alors le secret. La bienheureuse Marie eut une claire connaissance de tousses mystères et de toutes ces apparitions par la révélation dont j'ai parlé en plusieurs endroits. Et comme la dépositaire des ouvres et des mystères du Seigneur en l'Église, elle les repassait souvent dans son esprit. Les apôtres, et surtout son nouveau fils saint Jean, l'informaient de tout ce qui leur arrivait. Cette auguste Princesse demeura dans sa retraite pendant les quarante jours qui s'écoulèrent depuis la résurrection; et elle y jouissait de la vue de son très-saint Fils, de celle des saints et des anges, et ceux-ci répétaient les cantiques de louanges que cette divine Mère faisait, et les recueillait pour ainsi dire sur ses lèvres pour exalter la gloire du Seigneur des. victoires et des armées

 

(61) Ibid., 18. — (62) Joan., XXI, 21. — (63) Ibid., 22. — (64) Ibid., 23.

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Instruction que j'ai reçue de notre auguste Reine.

 

1493. Ma fille, d'instruction que je vous donne dans ce chapitre servira aussi de réponse à la question, que vous désireriez me faire pour savoir pourquoi mon très-saint Fils apparut une fois en pèlerin et une autre fois en jardinier, et pourquoi il ne se faisait pas toujours connaître aussitôt qu'il se manifestait. Sachez, ma très-chère fille, qu'encore que les Marie et les apôtres fussent disciples du Seigneur, et comparativement beaucoup plus parfaits que tous les autres hommes du monde, ils n'étaient pourtant que des enfants en sainteté, bien loin du degré de perfection auquel ils auraient dû arriver à l'école d'un tel Maître. Ils chancelaient souvent dans leur foi, et dans les autres vertus ils n'avaient pas toute la ferveur que demandaient leur vocation et les bienfaits qu'ils recevaient du Seigneur; orles plus petites fautes que commettent les âmes que Dieu choisit pour les favoriser de ses entretiens les plus familiers, pèsent plus dans les balances de sa très-juste équité que plusieurs lourdes fautes des autres âmes qui ne sont point appelées à cette grâce. C'est pour cette raison que les Marie et les apôtres, quoiqu'ils fussent dans l'amitié du Seigneur, n'étaient pas assez bien disposés, à canne de leurs infidélités et de leur tiédeur, pour sentir aussitôt les effets célestes de la présence de leur divin Maître. Mais avant de se faire connaître à eux, il leur adressait avec un amour paternel des paroles vivifiantes, par lesquelles il les disposait à recevoir ses lumières et ses faveurs. Quand une fois il avait renouvelé leur foi et leur amour, il se faisait connaître, il leur communiquait l'abondance de sa divinité, qu'ils sentaient, et les comblait des dons les plus admirables au moyen desquels ils s'élevaient au-dessus d'eux-mêmes. Et lorsqu'ils commençaient à jouir des délices de se présence, il disparaissait, afin de leur faire désirer et solliciter avec une nouvelle ardeur ses communications et ses doux entretiens. Voilà, ma fille, les raisons pour lesquelles le Seigneur ne se fit point connaître d'abord qu'il apparat à la Madeleine, aux apôtres et aux disciples qui allaient à Emmaüs. Et il agit à peu près de même envers beaucoup d'Amer qu'il choisit pour leur offrir le commerce le plus intime.

 

         1494. Cet ordre admirable de la divine Providence vous montrera combien vous devez vous reprocher l'incrédulité dans laquelle vous êtes tombée si souvent à l'égard des faveurs que vous recevez de la clémence de mon très-saint Fils; car il est temps que vous modériez les craintes auxquelles vous vous êtes toujours laissée aller, afin que vous ne passiez point de l'humilité à l’ingratitude et du doute à l'obstination et à la dureté de cœur en ne croyant pas que ces faveurs viennent de lui. Vous trouverez aussi une instruction salutaire dans des réflexions sérieuses sur la promptitude avec laquelle le Très-Haut se plaît, par sa charité infinie, à répondre à ceux qui sont humbles et dont le cœur est affligé (65), et à soulager ceux qui le cherchent avec amour (66), qui méditent sur ses mystères et qui s'entretiennent de sa Passion et de sa mort. Vous connaîtrez les effets de cette charité par l'exemple de Pierre, de la Madeleine et des deux disciples. Imitez donc, ma fille, la Madeleine dans la ferveur avec laquelle elle cherchait son Maître, sans s'arrêter même avec les anges, sans s'éloigner du sépulcre comme tous les autres, et sans prendre un instant de repos jusqu'à ce qu'elle l'eût trouvé. Cette grâce lui fut aussi accordée en récompense de ce qu'elle m'avait accompagnée avec le plus tendre dévouement durant tout le temps de la Passion. Les autres Marie montrèrent le même zèle, et par là elles méritèrent d'être les premières à voir le Sauveur ressuscité. Après qu'elles eurent obtenu cette faveur, l'humilité de saint Pierre et la douleur avec laquelle il pleura son reniement (67) portèrent le Seigneur à le consoler et à ordonner aux Marie de lui annoncer particulièrement la nouvelle de sa résurrection (68).t peu de temps après il le visita, le confirma en la foi et le remplit de joie et des dons de sa grâce. Quant aux deux disciples, il leur apparut ensuite malgré leurs doutes, avant de se manifester aux autres, parce qu'ils s'entretenaient avec compassion de sa mort et de ses souffrances. Par là, ma fille, vous devez être persuadée que les hommes ne font aucune bonne œuvre avec une intention droite, qu'ils n'en reçoivent comme au comptant une grande récompense; car ni le feu le plus ardent ne consume aussi vite la matière la, plus inflammable, ni la pierre que rien ne retient ne tombe aussi rapidement pour arriver à son centre, ni les vagues de la mer ne s'élancent avec autant d'impétuosité , que la bonté du Très-Haut ne le porte à communiquer sa grâce aux âmes, lorsqu'elles se disposent à cette communication en ôtant l'obstacle des péchés, qui arrête en quelque façon avec violente les effusions du divin amour. Cette vérité est une des choses qui excitent le plus vivement l'admiration des bienheureux qui la connaissent dans le ciel. Louez le Seigneur de cette bonté infinie, et de ce que par elle il tire de grands biens des maux qui arrivent, comme il le fit de l'incrédulité des apôtres, dont il se servit pour découvrir à leur égard l’attribut de sa miséricorde, pont établir d'une manière plus incontestable le mystère de sa résurrection , et pour donner une preuve éclatante de la rémissibilité des péchés et de sa clémence eu pardonnant aux apôtres, en oubliant en quelque sorte leurs fautes pour les chercher et pour leur apparaître; enfin eu se familiarisant avec eux comme un véritable Père, qui se plaisait à les éclairer et à proportionner ses instructions à leur ignorance et à leur peu de foi.

 

(65) Ps. XXXIII, 18. — (66) Sap., VI, 13. — (67) Matth., XXVI, 75. — (68) Marc., XVI, 7.

 

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