Vénérable Mère Marie de
Jésus (1602 – 1665)
INTRODUCTION
À LA VIE DE LA REINE DU CIEL
Des raisons qu'on a eues de l'écrire, et de
plusieurs autres avis sur ce sujet.
1. Si dans ces derniers siècles quelqu'un entend dire qu'une simple
fille, qui n'est par son sexe qu'ignorance et que faiblesse, et par ses péchés
que la plus indigne de toutes les créatures, se soit hasardée et déterminée
d'écrire des choses divines et surnaturelles, je ne serai pas surprise qu'il me
traite de téméraire, de présomptueuse et de légère : singulièrement dans un
temps auquel notre mère la sainte Église est remplie de docteurs, d'hommes
très-savants, et éclairés de la doctrine des sainte Pères, qui ont développé
tout ce qu'il y a de plus caché et de plus obscur dans les mystères de la
religion. Il y a pourtant des personnes prudentes, savantes et pieuses, qui, ne
pénétrant pas les voies spirituelles et surnaturelles, par lesquelles Dieu
conduit extraordinairement les âmes, fatiguent leurs consciences, et les
mettent dans le trouble et dans la perplexité, suivant en cela le sentiment du
commun du monde, qui croit que ces voies, qu'il ne comprend pas, sont dans le
christianisme des voies incertaines et dangereuses; mais si ces personnes
considèrent sans préoccupation les motifs surnaturels qui m'ont nécessitée
d'écrire sur des matières si sublimes et infiniment au-dessus de ma faiblesse
et de ma capacité, elles trouveront la justification de ma témérité dans mon
obéissance aveugle aux ordres si souvent réitérés du Ciel, et dans les douces
violences qu'il m'a faites pour vaincre mes répugnances intérieures. Mais ce
qui peut beaucoup mieux servir de garant à tout ce que je viens de dire, pour
excuser mon entreprise, c'est la matière dont je traite dans cette divine
histoire, qui étant au-dessus de l'esprit humain, doit faire conclure qu'une
cause supérieure en est le principe, et qu'il n'y a que l'Esprit divin qui en
ait dicté les conceptions et les vérités sublimes qu'elle renferme.
2. Les véritables enfants de la sainte Église doivent avouer que tous
les mortels sont incapables, ignorants et muets, non-seulement par leurs forces
naturelles, mais même ces forces étant jointes à celles de la grâce commune et
ordinaire, pour une entreprise aussi difficile que l'est celle d'expliquer, ou
d'écrire les mystères cachés et les magnifiques faveurs que le puissant bras du
Très-Haut opéra en la sainte Vierge, dont, la voulant faire sa mère, il fit une
mer impénétrable de sa grâce et de ses dons, ayant déposé .en elle les plus
grands trésors de sa divinité : et quel sujet y aura-t-il d'être surpris que
notre ignorance et notre faiblesse s'en reconnaissent incapables, puisque les
esprits angéliques sont dans le même sentiment, et avouent qu'ils ne font que
bégayer lorsqu'il s'agit de parler des choses qui sont si fort au-dessus de
leurs pensées et de leurs connaissances ? C'est pourquoi la vie de. ce phénix
des œuvres de Dieu est un livre si sacré
et si bien fermé[1], qu'il
ne se trouvera aucune créature dans le ciel, ni sur la terre, qui le puisse
dignement ouvrir: le Tout-puissant seul, qui l'a formée la plus excellente de
toutes les créatures, ayant ce pouvoir; et après lui, notre auguste Reine, qui
ayant été digne de recevoir tant de dons ineffables, fut aussi sans doute digne
de les connaître. Et il dépend de son Fils unique de les manifester de la
manière et au temps qu'il lui plaira, et de choisir les instruments qu'il aura
proportionnés pour les déclarer, et qui seront les plus propres pour sa plus
grande gloire.
3. Si le choix était à ma liberté, j'en donnerais la commission aux
hommes les plus saints et les plus savants de l'Église catholique, qui nous ont
enseigné le chemin de la vérité et de la lumière. Mais les jugements et les
pensées du Très-Haut sont autant élevés au-dessus des nôtres[2],
que le ciel est distant de la terre, personne ne les pouvant pénétrer[3],
ni le conseiller dans ses œuvres[4]
; c'est lui qui a entre ses mains le poids du sanctuaire et qui pèse les vents;
il comprend tous les cieux[5];
et par l'équité de ses très-saints conseils dispose toutes choses avec poids et
mesure. Il distribue par sa très-juste bonté la lumière de sa sagesse[6];
personne ne la peut aller tirer du ciel; ses voies noué sont impénétrables[7];
cette sagesse ne se trouve qu'en lui-même[8]
; et il la communique aux nations par les âmes saintes, comme une vapeur émanée
de son immense charité[9],
comme un très-pur rayon de sa lumière éternelle[10],
et comme un miroir sans tache et une image de sa bonté divine[11],
afin de se faire par son moyen et des amis et des prophètes[12].
Le Seigneur sait pourquoi il m'a élue et appelée[13],
étant la plus abjecte de toutes les créatures; pourquoi il m'a élevée, m'a
conduite et disposée; pourquoi il m'a obligée et contrainte d'écrire la vie de
sa digne Mère, notre Reine et notre Maîtresse.
4. Je ne crois pas qu'une personne prudente puisse s'imaginer que, sans
ce mouvement et cette force de la puissante main du Très-Haut, aucun esprit
humain ait pu avoir cette pensée, ni que j'aie pu faire cette résolution; je
reconnais et déclare mon impuissance et ma faiblesse pour une telle entreprise
: mais comme il ne m'a pas été possible de la former de moi-même, je n'ai pas
dû y résister avec opiniâtreté. Et afin qu'on en puisse juger solidement, je
raconterai avec une sincère vérité quelque chose de ce qui m'est arrivé sur ce
sujet.
5. La huitième année de la fondation de ce couvent, et dans la
vingt-cinquième de mon âge, l'obéissance me fit prendre la charge de
supérieure, que j'y exerce indignement: ce qui me causa beaucoup de troubles et
d'afflictions, une grande tristesse et une extrême lâcheté; parce que ni mon
âge, ni mes souhaits ne me portaient point à commander, mais bien plutôt à
obéir : mes craintes même s'augmentaient, tant parce que je sus que pour me donner
cette charge on avait eu recours à des dispenses, que pour plusieurs autres
justes raisons; de manière que le Très-Haut a crucifié mon cœur durant toute ma
vie par une continuelle frayeur, que je ne puis exprimer, et qui est causée par
l'incertitude où je me trouvais, ne sachant si j'étais dans le bon chemin, si
je perdrais son amitié, ou si je jouissais de sa grâce.
6. Dans cette tribulation, j'adressai ma prière et la voix de mon cœur au
Seigneur, afin qu'il me secourût, et qu'il me délivrât de ce danger et de cette
charge, si c'était sa volonté. Et, quoiqu'il soit vrai que sa divine Majesté
m'est prévenue quelque temps auparavant en me commandant de la recevoir, bien
que je m'en excusasse avec beaucoup d'humilité, elle me consolait pourtant
toujours, en me manifestant que c'était son bon plaisir; nonobstant tout cela,
je ne discontinuai point mes demandes: au contraire je les redoublai, parce que
je connaissais, et je voyais dans le Seigneur une chose très-digne d'admiration:
et c'était que, nonobstant que sa divine Majesté me découvrit que telle était
sa très-sainte volonté, que je ne pouvais point empêcher, j'apercevais pourtant
qu'elle me laissait libre, afin que je pusse m'en dispenser, ou y résister,
étant libre de faire ce que je voudrais; mais comme créature faible, je
reconnaissais combien mon incapacité était grande en toutes les manières: car
les œuvres du Seigneur envers nous sont toujours accompagnées d'une égale
prudence. C'est pourquoi, connaissant la liberté dans laquelle j'étais, je fis
plusieurs instances pour m'excuser d'un péril si évident, qui est si peu connu
de la nature corrompue, de ses inclinations déréglées et de son aveugle
concupiscence. Mais le Seigneur continuait toujours à me faire connaître que
c'était sa volonté, et me consolait par lui-même et par les saints anges, qui
m'exhortaient incessamment de lui obéir.
7. Dans cette affliction, j'eus recours à ma divine Reine, comme à un
singulier refuge de toutes mes peines, et lui ayant déclaré mes voies et mes
désirs, elle daigna me répondre par ces très-douces paroles ; « Ma fille,
console-toi, et prends garde que le souci ne te fasse perdre la tranquillité de
ton cœur. Efforce-toi de le prévenir et de t'y disposer; et sache que je serai ta
mère et ta supérieure de même que de tes inférieures; tu m'obéiras, et je
suppléerai à tes manquements; tu ne seras que ma coadjutrice, et c'est par toi
que j'accomplirai la volonté de mon Fils et de mon Dieu. » Ce sont les
paroles que notre auguste Princesse me dit, auxquelles je trouvai autant de
consolation que de profit pour mon âme; c'est pourquoi je pris courage, et je
modérai ma tristesse; dès ce jour, la Mère de miséricorde augmenta les faveurs
qu'elle faisait à sa très-humble servante; parce que dans la suite ses
communications me furent plus intimes et plus assidues, me recevant, m'écoutant
et m'enseignant avec une bonté ineffable; elle me consolait et me conseillait
dans mes afflictions, remplissant mon âme d'une lumière céleste, et d'une doctrine
divine : elle me commanda de renouveler les vœux de ma profession entre ses
mains; après quoi, cette très-aimable Mère se familiarisa davantage avec sa
servante, et ôta le voile aux mystères très-relevés et très-magnifiques, qui
sont renfermés dans sa vie, et qui sont cachés aux mortels. Et quoique cette
insigne faveur et cette lumière surnaturelle fussent continuelles (singulièrement
aux jours de ses fêtes, et dans d'autres différentes occasions, auxquelles je
connus plusieurs mystères), ce n'était pourtant pas avec cette plénitude et
avec cette clarté dont je jouissais lorsqu'elle me les a enseignés dans la
suite; y ajoutant plusieurs fois le commandement de les écrire de la manière
que je les concevrais, et qu'elle me les dicterait et me les enseignerait. Ce
fut principalement dans le jour d'une dos fêtes de cette très-sainte Vierge,
que le Très-Haut me dit qu'il tenait cachés plusieurs mystères qu'il avait
opérés à l'égard de cette divine Reine, et plusieurs faveurs qu'il lui avait
faites en qualité de salière, quand elle était encore voyageuse parmi les
mortels; et qu'il voulait me les découvrir, afin que je les écrivisse comme
elle me les enseignerait. Je résistai pourtant pendant dix ans à cette volonté
de Dieu, jusqu'à ce que je commençai la première fois d'écrire cette divine
histoire.
8. Ayant auparavant communiqué les peines que j'avais sur ce sujet aux
princes célestes que le Tout-Puissant avait destinés pour me conduire dans cet
important ouvrage, et leur Ayant déclaré les troubles de mon esprit et les
afflictions de mon cœur, et combien je me reconnaissais faible et incapable
d'une telle entreprise, ils me répondirent plusieurs fois que c'était la
volonté du Très-Haut que j'écrivisse la vie de sa très-pure Mère. Mais ce fut
principalement un jour dans lequel je m'obstinais de leur représenter avec
ardeur mes difficultés, mes impossibilités et mes craintes, qu'ils me
répondirent; « C'est avec sujet, ô âme! que tu perds courage, et que tu te
troubles; que tu doutes, et que tu prends de si grandes précautions dans une
affaire d'une telle importance; puisque nous-mêmes, nous nous reconnaissons
incapables d'expliquer des choses aussi relevées et aussi sublimes que celles
que le puissant bras du Seigneur a opérées en faveur de la Mère de piété, notre
auguste Reine. Mais prends garde, notre très-chère sœur, que tout l'univers
manquera, et.que tout ce qui a l'être s'anéantira, avant que la parole du
Très-Haut manque; il l'a engagée fort souvent en faveur de ses créatures, et
elle se trouve dans les saintes Écritures, qu'il a laissées à son Église, dans
lesquelles il est dit que l'obéissant chantera victoire de ses ennemis[14],
et qu'il ne sera point repris d'avoir obéi. Lorsqu'il créa le premier homme, et
qu'il lui défendit de manger du fruit de l'arbre de science[15],
alors il établit cette vertu d'obéissance; et jurant, il jura pour assurer
davantage l'homme (car c'est la coutume du Seigneur, comme il le fit à Abraham,
lorsqu'il lui promit que le Messie descendrait de sa lignée[16],
et qu'il le lui donnerait avec assurance de jurement). Il en usa de même
lorsqu'il créa le premier homme, en l'assurant que l'obéissant n'errerait
point. Il réitéra aussi ce jurement lorsqu'il commanda que son très-saint Fils
mourût[17]
; et il assura tous les hommes que qui obéirait à ce second Adam, en l'imitant
dans son obéissance, par laquelle il restaura ce que le premier avait perdu par
sa rébellion, vivrait éternellement, et que l'ennemi n'aurait nulle part en ses
pauvres. Sache, Marie, que toute obéissance vient de Dieu comme de sa
principale, et première cause; nous nous soumettons nous-mêmes au pouvoir de sa
divine droite, et nous obéissons à sa très juste volonté, à laquelle nous ne
pouvons résister, la connaissant, puisque nous voyons face à face l'Être
immuable du Très-Haut, dans lequel nous découvrons que cette volonté est
sainte, pure, véritable et juste. Or cette certitude que nous en avons par la
vue béatifique, vous l'avez aussi, ô mortels ! mais a respectivement, et selon
la capacité de voyageurs, a comme il est déclaré par ces paroles de l'Écriture,
où le Seigneur dit, parlant des prélats et des supérieurs : Qui vous écoute,
m’écoute; et qui vous obéit, m'obéit[18].
Et comme c'est en vertu de ces divines paroles qu'on a obéit à un homme pour
l'amour de Dieu, qui est le véritable supérieur, il est aussi de sa divine
Providence de rendre les voies des obéissants assurées et irrépréhensibles,
lorsque ce que l'on commande n'est point une matière de péché: c'est pourquoi
le Seigneur l'assure avec serment, et il cessera d'être (ce qui est impossible)
plutôt que sa parole ne manque[19].
Or, comme les enfants sont dans la dépendance de leurs pères, et que tous les
hommes sont renfermés dans la volonté d'Adam, et que naturellement ils
multiplient cette dépendance dans leur postérité; de même tous les prélats
procèdent et dépendent de Dieu, comme du souverain Seigneur, au nom duquel nous
obéissons à nos supérieurs, vous a à vos prélats, et nous aux anges, qui sont
d'une hiérarchie supérieure, et les uns et les autres à Dieu. Or souviens-toi,
âme très-chère, que tous t'ont ordonné et commandé ce que tu crains pourtant de
faire ; que si voulant obéir, Dieu ne le jugeait point convenable, il ferait à
l'égard de ta plume ce qu'il a pratiqué envers l'obéissant Abraham lorsqu'il
sacrifiait son fils Isaac[20],
commandant à un d'entre nous d'arrêter le bras et le couteau; dans le cas
présent, il ne nous commande point d'arrêter ta plume : au contraire, il nous
ordonne de la conduire, de t'assister, de te fortifier et d'éclairer ton
entendement, selon sa divine volonté. »
9. Les saints anges destinés à me conduire dans cet ouvrage, me tinrent
ces discours dans cette occasion. Le prince saint Michel me déclara aussi en
plusieurs autres que c'était la volonté et le commandement du Très-Haut. Et
j'ai découvert par les illustrations, par les faveurs et par les instructions continuelles
de ce grand prince, des mystères magnifiques du Seigneur et de la Reine du
ciel; parce que ce saint archange fut un de ceux qui l'assista, qui la servit,
et qui, entre tous les ordres et toutes les hiérarchies, fut principalement
destiné à sa garde, comme je le dirai en son lieu; et étant conjointement le
patron et le protecteur universel de la sainte Église, il fut singulièrement en
toutes choses le témoin et le ministre très-fidèle des mystères de
l'Incarnation et de la Rédemption, ce que j'ai appris plusieurs fois de
lui-même; et par, sa protection j'ai reçu de très-grands bienfaits; et des
secours très-considérables dans mes afflictions et dans mes combats, m'ayant
promis de m'assister et de m'enseigner dans cet ouvrage.
10.
Outre tous ces commandements et plusieurs autres, dont je parlerai dans la
suite, je déclare ici que le Seigneur m'a commandé lui-même ce que ses anges et
mes directeurs m'avaient auparavant fait connaître que c'était sa sainte
volonté, comme l'on pourra juger par ce que j'en vais dire.
Un jour de la présentation de la très-sainte Vierge, la divine Majesté
me tint ce discours : « Ma chère épouse, il y a plusieurs mystères de ma
Mère et des Saints, qui sont manifestés dans mon Église militante; mais il y en
a beaucoup de cachés, et surtout ceux qui
se sont passés dans leur intérieur. Je veux découvrir ces mystères, mais
particulièrement ceux qui regardent ma très-pure Mère, et je veux que tu les
écrives, selon que tu en seras instruite. Je te les déclarerai, je te les
montrerai : les ayant réservés jusqu'ici par les secrets jugements de ma
sagesse, parce que le temps n'était pas convenable à ma providence. Il est
maintenant venu, et c'est ma volonté que tu les écrives. O âme! obéis-moi ».
11. Toutes les choses que je viens de dire, et beaucoup d'autres que je
pourrais déclarer, ne furent pas assez puissantes pour me déterminer à un
ouvrage si difficile, et si fort au-dessus de mon sexe et de mon ignorance, si
mes supérieurs, qui ont dirigé mon âme et qui m'ont enseigné le chemin de la
vérité, ne m'en avaient fait un commandement exprès : parce que mes craintes et
mes doutes sont d'une telle qualité, qu'ils ne me laisseraient point en repos
dans une matière de cette nature; puisque tout ce que je puis faire, c'est de
me calmer par l'obéissance dans d'autres faveurs surnaturelles, et qui sont
moins importantes. Ayant toujours penché de ce côté-là, comme une pauvre
ignorante que je suis, parce que l'on doit soumettre toutes choses, pour
relevées et certaines qu'elles paraissent, à l'approbation des docteurs et des
ministres de la sainte Église. C'est ce que j'ai triché de faire dans la
direction de mon âme, et singulièrement dans ce dessein d'écrire la vie de la
Reine du ciel. Et afin que mes supérieurs n'agissent point par mes relations,
il m'en a coulé de très-grandes peines, leur cachant autant qu'il m'était
possible bien des choses, et demandant au Seigneur avec beaucoup de larmes
qu'il les éclairât, qu'il les fit aller au but de sa très-sainte volonté
(souhaitant plusieurs fois qu'il leur fit oublier ce dessein), et qu'ils
m'empêchassent d'errer, si j'étais trompée.
12. J'avoue aussi que le démon, se prévalant de la faiblesse de mon
naturel et de mes craintes, a fait de grands efforts pour m'empêcher
d'entreprendre cet ouvrage, cherchant des moyens pour m'intimider et pour
m'affliger. A quoi il aurait sans doute réussi, en me le faisant entièrement
abandonner, si la prudente conduite et la persévérance invincible de mes
supérieurs n'eussent vaincu ma lâcheté; c'est pourquoi ce malin prince des
ténèbres fut cause que le Seigneur, la très-sainte Vierge et les anges me
donnèrent de nouvelles lumières, firent paraître de nouveaux signes, et éclater
de nouvelles merveilles. Nonobstant tout cela, je différai, ou, pour mieux
dire, je résistai plusieurs années à leur obéir (comme je le dirai dans la
suite), sans avoir osé former le dessein de toucher à un sujet qui est si fort
au-dessus de mes forces. Et je ne crois pas que ce fût par une providence particulière
de sa divine Majesté : parce que pendant ce temps-là il m 'est arrivé tant
d'événements, et, je puis dire, tant de mystères, tant d'afflictions si
extraordinaires et si différentes, que je n'aurais pu, dans cet état, jouir du
repos et de la sérénité d'esprit qu'il faut avoir pour recevoir cette lumière
et cette science: puisque sans ce calme la partie supérieure de l'âme ne peut
être disposée dans quelque état qu'elle se trouve (même le plus relevé et le
plus avantageux ) à recevoir une influence si sublime, si sainte et si
délicate. Outre cette raison de mon indétermination, j'en ai eu une autre, qui
était mon instruction particulière, que je devais acquérir par un si long
délai, et qui devait me rassurer en même temps par de nouvelles lumières, que l'on
acquiert avec le temps et avec la prudence qu'une longue expérience donne. Mais
enfin je découvris par ma persévérance quelle était la volonté de Dieu, qui me
fut manifestée par les commandements réitérés du Seigneur, de ses saints anges
et de mes supérieurs, qui me pressaient incessamment de ne plus résister aux
lumières du Ciel, m'ordonnant de mettre fin à mes plaintes, de me rassurer, de
revenir de toutes mes frayeurs, de mes lâchetés et de mes doutes, et de confier
uniquement à la volonté du Seigneur ce que je n'osais entreprendre en vue de ma
faiblesse.
13. Tous ces motifs m'obligèrent de me soumettre à cette grande vertu
d'obéissance, et je me déterminai au nom du Très-Haut et de mon auguste Reine
et Maîtresse de vaincre ma volonté. J'appelle cette vertu grande, non-seulement
parce qu'elle offre à Dieu ce qui est le plus noble dans la créature, en lui
offrant l'entendement, le propre sentiment et la volonté en holocauste et en
sacrifice, mais aussi parce qu'il n'en est point d'autre qui conduise avec plus
de sûreté au véritable but; puisqu'en obéissant, la créature n'opère pas par
elle-même, mais elle opère comme l'instrument de celui qui la conduit et la
commande. Cette vertu rendit Abraham victorieux de la force de l'amour et de la
nature envers Isaac[21].
Que si elle fut assez puissante pour cela, si elle fut aussi assez puissante
pour arrêter le cours du soleil et le mouvement des cieux[22],
elle peut bien remuer un peu de cendre et de poussière ! Si Oza se fût
gouverné par l'obéissance[23],
sans doute il n'aurait pas été puni comme téméraire, lorsqu'il le fut assez
pour toucher l'arche. Je vois bien que j'étends la main pour toucher, quoique
très-indigne, non point une arche inanimée, et qui n'était qu'une figure dans
l'ancienne loi; mais l'Arche vivante du nouveau Testament, où la manne de la
Divinité, la source de toutes les grâces, et sa très-sainte loi furent
renfermées. Ainsi, si je me tais, je crains avec sujet de désobéir à tant de
commandements : c'est pourquoi je pourrais dire avec Isaïe : Malheur à moi,
parce que je me suis tue[24]
! Il vaut donc bien mieux, ma divine Reine, et mon auguste Maîtresse, que votre
très-douce miséricorde, et les puissantes faveurs de votre main libérale
reluisent dans ma bassesse il vaut bien mieux que vous me donniez cette
charitable main pour obéir à vos commandements, plutôt que de tomber dans votre
indignation par ma désobéissance. Vous ferez, ô très-pure Mère de piété, une
chose, digne de votre clémence d'élever une misérable de la poussière, et de
faire d'un sujet le plus faible et le plus incapable un instrument pour opérer
des œuvres si difficiles et si sublimes, par lequel vous exalterez votre grâce,
et celles que votre très saint fils vous a communiquées; et ainsi vous ôterez
l'occasion à la présomption trompeuse qu'on pourrait avoir de s'imaginer que
cet ouvrage se soit fait par l'industrie humaine, ou par la " prudence
terrestre, ou par la force et l'autorité de la dispute; puisqu'on aura plutôt
lieu de croire que c'est par la vertu de la divine grâce que vous excitez de
nouveau le cœur des fidèles, et les attirez après vous, qui ôtes une fontaine
de piété et de miséricorde. Parlez donc, ma divine Maîtresse, car votre
servante écoute avec une volonté ardente de vous obéir comme elle doit et comme
il est juste[25]. Mais
comment pourrai-je proportionnel et égaler mes désirs à mea obligations ? Le
juste retour est impossible; mais s'il était possible, je le souhaiterais. O
grande et puissante Reine ! accomplissez vos promesses et vos paroles, en me
manifestant vos grâces et vos attributs, afin que la connaissance de votre
majesté et de vos grandeurs s'étende davantage parmi les nations; qu'elle passe
de génération en génération, et que vous en soyez plus glorifiée. Parlez, ma
souveraine Maîtresse, votre servante écoute; parlez, et exaltez le Très-Haut
par les puissances et par les merveilleuses œuvres que sa droite a opérées dans
votre humilité très-profonde; qu'elles passent de ses divines mains, faites au
tour et pleines de jacinthes[26],
dans les vôtres, et des vôtres à vos dévots serviteurs, afin que les anges le
bénissent; que les justes le louent, que les pécheurs le recherchent, et que
tous aient en ces mêmes œuvres un modèle d'une suprême sainteté, et d'une
pureté sans tache, et afin que j'aie par la grâce de votre très saint Fils
cette règle infaillible et ce miroir sans tache par le moyen desquels je puisse
régler et composer ma vie, puisque ce doit être la première chose que je me
dois proposer en écrivant la vôtre, comme vous me l'avez dit plusieurs fois, en
me faisant la grâce de m'offrir un modèle vivant et un miroir animé, sur lequel
je pusse embellir et orner mon âme pour être votre fille et l'épouse de votre
très-saint Fils.
14. Voilà toute ma prétention. C'est pourquoi je n'écrirai point comme
maîtresse, mais comme disciple; ce ne sera pas pour enseigner, mais pour
apprendre; puisque les femmes sont obligées par leur condition de se taire dans
la sainte Église, et d'y ouïr ses ministres. Je manifesterai néanmoins comme un
instrument de la Reine du ciel ce qu'elle aura la bonté de m'enseigner, et ce
qu'elle daignera me commander; parce que toutes les âmes sont capables de
recevoir l'Esprit[27] que son
très-saint Fils promit d'envoyer sur toutes sortes de personnes et de sexe[28]
sans aucune exception[29];
elles sont aussi capables de le manifester comme elles le reçoivent en leur
manière convenable[30],
lorsqu'une puissance supérieure l'ordonne par une prévoyance chrétienne, comme
je crois que mes supérieurs l'ont déterminé. J'avoue que je puis errer, et que
c'est le propre d'une fille ignorante; mais je ne crois pas que cela se puisse
faire en obéissant, et si cela arrivait, ce ne serait point par ma volonté;
ainsi je m'en remets, et je me soumets à ceux qui me gouvernent, et à la
correction de la sainte Église catholique, prétendant d'avoir recours à ses
ministres dans toutes mes difficultés. Je veux que mon supérieur, mon directeur
et mon confesseur soient témoins, et censeurs de cette doctrine que je reçois,
et qu'ils soient juges vigilante et sévères de la manière que je l'écris, ou en
ce que je manquerai à y correspondre en réglant toutes mes obligations sur la
mesure d'un si grand bienfait.
15. J'ai écrit une seconde fois par la volonté du Seigneur et par
l'ordre de l'obéissance, cette divine histoire parce que, la première fois, la
lumière par laquelle je connaissais ses mystères était si abondante, et mon
incapacité si grande, que la langue ne put exprimer toutes, choses, que les
termes ni la légèreté de la plume ne furent pas suffisants pour les déclarer.
J'en laissai donc quelques-unes, et je me trouve aujourd'hui, avec le secours
du temps et des nouvelles connaissances que j'ai reçues, plus disposée à les
écrire; et ce sera même toujours en omettent beaucoup de ce que l'on me
découvre, et de ce que j'ai connu; car il est absolument impossible de tout
dire dans une si grande abondance.
Outre cette raison, le Seigneur m'en a fait connaître une autre : c'est
que la première fois que j'écrivis, les soins du matériel et de l'ordre de cet
ouvrage m'occupaient extrêmement, et alors les tentations et les craintes
furent si grandes, les tempêtes qui me combattaient et m'agitaient si
excessives, que, craignant de passer pour téméraire d'avoir mis la main à un
ouvrage si difficile et si important, je me résolus de briller tout ce que j'en
avais écrit; et je crois que ce ne fut point sans une permission singulière du
Seigneur, parce que, dans les troubles où j'étais, mon âme n'était pas disposée
à recevoir toutes les préparations convenables dont le Très-Haut la voulait
prévenir pour que j'écrivisse, en gravant en elle sa doctrine; et pour
m'obliger ensuite de l'écrire en la manière qu'il m'ordonne a présent, ce qui
se peut inférer de l'événement qui suit.
16. Un jour de la Purification de Notre-Dame, après avoir reçu le
très-saint Sacrement, je voulus célébrer cette sainte fête, parée que c'était
le jour auquel je fis ma profession, en y rendant de très-humbles actions de
grâces an Très-Haut pour avoir daigné me recevoir pour son épouse, tout indigne
que je fusse de cet honneur. Et pendant que je pratiquais ces affections, je
sentis dans mon intérieur un changement efficace causé par une très-abondante
lumière, qui m'attirait et me mouvait fortement et doucement[31]
à la connaissance de l'Être de Dieu, de sa bonté, de ses perfections, de ses
attributs, et à celle de ma propre misère, Dans le temps que. ces objets
s'introduisaient dans mon entendement, ils produisaient en moi divers effets:
le premier était d'élever toute mon attention et ma volonté; et le second était
de m'anéantir et de m'abîmer dans mes propres abjections; de sorte que mon être
se détruisait, et alors je sentais une douleur très-sensible, et une
très-grande contrition de mes péchés énormes, avec un ferme propos de m'en
corriger; de renoncer à toutes les vanités du monde, et de m'élever par l'amour
du Seigneur sur tout ce qui est terrestre. Je restais pâmée dans ces
afflictions, les plus grandes peines m'étaient des consolations, .et je
trouvais la vie dans la mort. Le Seigneur ayant pitié de mes douleurs par sa
seule miséricorde, me dit : Ne te décourage point, ma fille et mon épouse
; parce que pour te pardonner tes péchés, pour te laver et te nettoyer de tes souillures,
je t'appliquerai mes mérites infinis, et le sang que j'ai versé pour toi :
tâche de pratiquer la perfection que tu désires en imitant la vie de ma
très-sainte Mère: écris-là une seconde
fois, afin que tu ajoutes ce qui y manque, et
que tu imprimes dans ton cœur sa doctrine. Cesse donc d'irriter ma
justice et d'être ingrate à ma miséricorde en brillant ce que tu en écriras, de
crainte, que mon indignation ne t'ôte la
lumière, qui a été donnée sans la mériter pour connaître et pour manifester ces
mystères. »
17. Ensuite je vis la Mère de Dieu et de piété, qui me dit; « Ma fille,
tu n'as point encore tiré le fruit nécessaire à ton âme de l'arbre de vie de
mon histoire, que tu as écrite, et tu n'es pas arrivée à la moelle de sa
substance; tu n'as pas assez cueilli de cette manne cachée: et tu n'as pas eu
la dernière disposition à la, perfection qu'il te fallait, afin que le
Tout-Puissant gravât et écrivit dans ton âme mes perfections et mes vertus. Je
te veux donner moi-même les qualités et les ornements convenables pour te
disposer à ce que la divine Bonté veut opérer en toi par mon intercession; je
lui ai demandé là permission d'embellir et de parer ton âme de mes propres
mains, et de la très-abondante grâce qu'il m'a communiquée, afin que tu écrives
une seconde fois ma vie sans t'amuser au matériel, mais seulement su formel et
au substantiel que tu y trouveras, te comportant passivement, sans mettre le
moindre obstacle qui te puisse empêcher de recevoir le courant de la divine
grâce que le Tout-Puissant m'adressa, et de donner passage à cette portion que
la divine volonté te destine. Garde-toi bien de la limiter et de la rétrécir
par ta lâcheté et par l'irrégularité de ta conduite. » Aussitôt je connus que
la Mère de miséricorde me revêtait d'une robe plus blanche que la neige et plus
brillante que le soleil. Elle me ceignit ensuite d'une ceinture très-précieuse,
et me dit : « C'est une participation de ma pureté que je te donne. » Elle
demanda au Seigneur une science infuse pour m'en orner, afin qu'elle me servit
de très-beaux cheveux; elle lui demanda aussi plusieurs autres dons et
pierreries; et quoique je visse qu'elles fussent d'un très-grand prix, je
connaissais pourtant que j'en ignorais la valeur. Après avoir reçu cet
ornement, la divine Reine me dit : « Tâche de m'imiter avec fidélité
et avec diligence, et de devenir ma très-parfaite fille engendrée de mon
esprit, et nourrie dans mon sein. Je te donne ma bénédiction, afin qu'en mon
nom, par ma direction et par mon assistance, tu écrives une seconde fois ma
vie. »
18. Pour garder donc quelque ordre dans cet ouvrage, et pour une plus
grande clarté, je le divise en trois parties. La première traitera de tout ce
qui appartient aux quinze premières années de la Reine du ciel, commençant dès
sa très-pure conception jusqu'à ce que le Verbe éternel prit chair humaine dans
son sein virginal; et de ce que le Très-Haut opéra durant ces années envers la
très-sainte Vierge. La seconde partie contient le mystère de l'Incarnation,
toute la vie de notre Seigneur Jésus-Christ, sa Passion, sa Mort, et son
Ascension, qui fut le temps pendant lequel notre divine Reine demeura avec lui;
faisant aussi mention de ce qu'elle y fit elle-même. Et la troisième renfermera
le reste de la vie de cette Mère de la grâce, je veux dire depuis qu'elle se
trouva privée de la douce présence de son File notre rédempteur Jésus-Christ,
jusqu'au temps de son heureuse mort, de son Assomption, et de son Couronnement
dans la gloire, comme Reine du ciel, pour y vivre éternellement, comme Fille du
Père, Mère du Fils, Épouse du Saint-Esprit. Je divise ces trois parties en huit
livres afin d'en faciliter l'usage, et d'en pouvoir faire le continuel objet de
mon entendement, le continuel aiguillon de ma volonté, et le sujet ordinaire de
ma méditation.
19. Tour déclarer avec ordre en quel temps j'écrivis cette divine
histoire, il est bon que je fasse savoir que mon père frère François Coronel,
et ma mère sœur Catherine de Arana fondèrent ce couvent des religieuses
déchaussées de la Très-Immaculée Conception dans leur propre maison par la
disposition et la volonté de Dieu, que ma mère connut par une révélation
particulière. La fondation se fit le jour de l'octave de l'Épiphanie, le
treizième de janvier de l'année 1619. Nous primes l'habit, ma mère, moi et ma sœur,
le même jour: mon père alla aussi dans un autre couvent de l'ordre de notre
séraphique Père saint François, oui doux de mes frères étaient déjà religieux;
il y prit l'habit; il y fit profession, il y donna de grande exemples de
vertus, et il y mourut saintement. Ma mère et moi reçûmes le voile le jour de
la Purification de la grande Reine du ciel, le second de février de l'année
1620. La profession de ma saur fut différée, parce qu'elle n'avait point encore
l'âge. Le Tout-Puissant favorisa, par sa seule bonté, notre famille, en nous
faisant la grâce de nous consacrer tous à l'état religieux : Dans la huitième
année de la fondation, en la vingt-cinquième année de mon âge, et du Seigneur 1627
: l'obéissance me fit prendre la charge de supérieure, que j'exerce indigné
ment: aujourd'hui. Je passai dix ans de, ma supériorité, durant lesquels je
reçus, plusieurs commandements du Très-Haut, et de la grande Reine du ciel afin
que j'écrivisse sa très-sainte vie; et je résistai à cause de mes craintes,
pendant tout ce temps-là à ces ordres divins, jusqu'en l'année 1637, auquel
temps je commençai de l'écrire pour la première fois. Et l'ayant achevée, je
brûlai tous mes écrits, tant ceux qui regardaient cette sacrée histoire que
plusieurs autres sur des matières fort graves et fort mystérieuses, par les
craintes et les tribulations que j'ai déjà dites, et par le conseil d'un
confesseur qui me dirigeait en l'absence de celui qui m'était ordinaire, parce
qu'il me dit que: les femmes ne devaient point écrire dans la sainte Église. Je
ne manquai point de lui, obéir avec exactitude, dont mes supérieurs et mon
premier confesseur, qui savaient toute ma vie, me reprirent très-aigrement. Et
ils me commandèrent de nouveau par la sainte obéissance de l'écrire une seconde
fois. Le Très-Haut et la Reine da ciel réitérèrent aussi leurs commandements,
pour me faire obéir : La lumière que je reçus de l'être divin, les faveurs que
la droite du Très-Haut me communiqua cette seconde fois, furent si grandes et
si abondantes, les recevant afin que ma pauvre âme se renouvelât et se
vivifiât: parles instructions de ma divine Maîtresse, les doctrines, furent si
profondes, et les mystères si relevés, qu'il en faut faire nécessairement un
livre à part, qui correspondra à la même histoire; et son titre sera : Les
lois de l’Épouse, les hautes perfections de son chaste amour, et le fruit tiré
de l'arbre de la vie de la très-sainte Vierge Marie, notre divine Maîtresse.
Je commence d'écrire cette histoire par la grâce de Dieu ce huitième jour de
décembre de l'année 1655, jour de la très-pure et très-immaculée Conception.
[2] Isaïe,
[3]
[4] Apoc., VI, 5.
[5] Job, XXVIII, 25.
[6] Isaïe, XL, 12.
[7] Sap., XI, 21.
[8] Eccles., XXIV, 37.
[9] Baruc., III, 29.
[10] Ibib. 31.
[11] Sapient., VII, 23.
[12] Ibid., 26.
[13] Ibid. 27.
[14] Prov., XXI, 28.
[15] Genes., II, 16.
[16] Ibid., XXII, 16.
[17] Luc, I, 72.
[18] Luc, X, 26.
[19] Matth., XXIV, 35.
[20] Genes.,
XXII, 11.
[21] Genes., XXII, 3.
[22] Josue, X, 13.
[23] II Reg., VI, 7.
[24] Isaïe, VI, 5.
[25] I Reg., III, 10.
[26] Cant., VII, 14.
[27] I Cor., XIV, 34.
[28] Joel., II, 28.
[29] Joan., XIV, 16 et 26, etc.
[30] Cant., IV, 26.