Satan à Luther : « Mais
toi, tu as fait de la Messe un Sacrifice » : Mais toi
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LUTHER, LE FONDATEUR DU PROTESTANTISME, SUIT LES CONSEILS DU
DIABLE.
La Conférence
ENTRE LUTHER
ET LE DIABLE
Au SUJET DE LA MESSE
Racontée par LUTHER
lui-même
Traduction nouvelle en regard du Texte Latin par
Isidore LISEUX
Avec les Remarques et Annotations
des Abbés DE Cordemoy et
LENGLET-DUFRESNOY
Frontispice gravé à l’eau-forte par J. AMIOT
PARIS
Isidore LISEUX, 5, Rue Scribe
1875
AVANT-PROPOS
L'Abbé de Cordemoy était un savant homme de la fin du XVIIe
siècle, qui avait pris à tâche de ruiner le Calvinisme par des arguments,
puisque les dragonnades de son Roi n'avaient pu en venir à bout. Procédé moins
royal, il est vrai, mais plus humain : aussi en sommes-nous reconnaissant à ce
digne prêtre, et ne regrettons-nous pas de remettre son nom en lumière.
De tous les ouvrages de
controverse qu'il a publiés contre les Protestants, celui-ci est peut-être le
moins volumineux ; mais, ayant Luther et Satan pour collaborateurs, c'est, nous
le croyons bien, celui qui mérite le plus d'être conservé. Les anciennes
éditions (Paris, 1681, 1684, 1701, in-12) sont devenues introuvables, et si
nous pouvons les reproduire pour l'édification des lecteurs du XIXe siècle,
c'est grâce à un autre abbé, Lenglet-Dufresnoy, curieux et bibliophile autant
que dévot, qui faisait ses délices des Lettres, après les devoirs de son
état, comme il le dit lui-même d'un de ses confrères (1). Les devoirs de
son état n'ont pas empêché Lenglet-Dufresnoy de donner au public les
collections complètes et joyeusement commentées de nos vieux rimeurs : Le
Roman de la Rose, Clément Marot, Régnier, etc. Il est même l'auteur d'une
Dissertation sur les romans (2), dont le second tome contient une bibliographie
assez piquante des facéties les plus gaillardes que l'esprit Gaulois eût encore
produites. Rien d'ailleurs de plus orthodoxe : il continuait ainsi la tradition
de l'Église, laquelle se glorifie tous les jours, et à juste titre, ne l'oublions
pas, d'avoir sauvé du naufrage ces maîtres charmants' du gai savoir antique,
Horace, Catulle, Ovide, Martial, Pétrone, et tant d'autres.
(1)
Préface du Recueil sur les Apparitions, page cl.
(2) De l'usage des Romans, avec une bibliothèque des
romans, par Gordon de Percel [pseudonyme de Lenglet-Dufresnoy}. Amsterdam,
chez la veuve de Poilras, T734, 2 vol. in-12.
Donc, pour en revenir à notre Opuscule, il.
était déjà fort rare, lorsque Lenglet Dufresnoy eut l'idée de le réimprimer,
avec des notes de lui, dans son Recueil de Dissertations sur les
Apparitions, les Visions et les Songes (Paris, 1715, 4 vol.in-12). « Cette
pièce, dit-il, est très-importante par sa singularité. Qui ne sera
surpris de voir que Martin Luther, homme de beaucoup d'esprit, avoue dans la
Relation de cette conférence, que c'est de l'Ange de ténèbres, auteur du
mensonge, et que tout Chrétien doit avoir en horreur, qu'il tient une Doctrine,
qui pour être crue, par l'homme fidèle, qui pour être adoptée par une société
entière, devait du moins être proposée par un Ange de lumières, reconnu avec
certitude comme envoyé par l'Auteur dé
toute vérité ? Je m'en rapporte aux plus zélés Protestants, ses disciples.
N'est-ce pas un excès condamnable dans Luther de s'être livré
à ses préventions et d'avoir abandonné le sentiment unanime de l'Église
Catholique, pour suivre aveuglément les suggestions du Démon, que dans le
moment de leur conférence reconnaît
lui-même pour un séducteur et un Ange de ténèbres ? Nous avons cru, aux
Remarques de M. l'Abbé de Cordemoy,en pouvoir ajouter quelques autres également
intéressantes. Que les Protestants qui cherchent le vrai, qui ne craignent rien
tant que de se voir trompés, ne doivent-ils pas penser à la lecture de cette
pièce, reconnue et avouée pour être de Luther même ; pièce néanmoins qui fut un
des motifs qui le fit passer du séjour de la vérité dans celui de l'erreur ?
Que ne diraient-ils pas contre nous, s'ils avaient un semblable titre à nous
opposer c'est ce que nous abandonnons à leurs sages et prudentes réflexions.»
Ces sentiments sont d'un bon Catholique, et nous dispensent
de rien ajouter sur le fond du sujet. Notre dessein n'est pas, du reste, de
réveiller des querelles assoupies, mais simplement de rendre le jour à un
écrit intéressant, à un échantillon de discussion religieuse que la personnalité
peu commune des interlocuteurs suffirait à recommander.
LA
CONFÉRENCE
ENTRE
LUTHER
ET
LE
DIABLE
Racontée
par Luther lui-même dans son livre de la Messe privée (1) et de l'onction des Prêtres (2).
(1) Les Protestants appellent Messes privées celles
où le Prêtre seul communie.
(2) Feuillet 228 du tome 7 des Œuvres de
Luther, imprimées à Wittemberg en 1558. - Ce n’était pas un songe,
puisque Luther assure qu’il était bien éveillé lorsqu’il eut cette conférence
avec le démon.
Il
m'arriva une fois de m'éveiller en sursaut vers le milieu de la nuit : Satan
était là qui, sans tarder, ouvrit la discussion.
« Écoute,
me dit-il, Luther, docteur savantissime. Tu sais que, durant quinze années, tu
as célébré des Messes privées ; que dirais-tu si ces Messes privées étaient une
horrible idolâtrie ? Que dirais-tu si le corps et le sang du Christ n'y avaient
pas été présents, et-que tu n'eusses adoré, fait adorer aux autres
que du pain et du vin ? » Je lui répondis (1) : « J'ai été ordonné prêtre, j'ai
reçu l'onction et la consécration des mains de l'Évêque, et j'ai fait tout
cela par obéissance aux commandements de mes supérieurs. Pourquoi n'aurais-je
pas consacré, puisque j'ai prononcé sérieusement les paroles du Christ, et que
j'ai célébré ces .Messes avec un grand sérieux ? Tu le sais bien. »
« - Tout cela est vrai, me dit-il, mais les
Turcs et les Païens, eux aussi, font toutes choses dans leurs temples par
obéissance ; ils pratiquent très sérieusement leurs cérémonies. Les prêtres de
Jéroboam faisaient aussi toutes choses avec un grand zèle et en toute
conscience, contre les vrais prêtres de Jérusalem. Que dirais-tu si ton
ordination et ta consécration étaient aussi fausses que les Prêtres des Turcs
et des Samaritains sont faux, et leur culte faux et impie ?
(1) Puisque Luther entreprend ici de se
justifier de l’idolâtrie, c'est une marque qu'il ne croyait pas encore que ce
fût un crime de célébrer des Messes privées.
« Premièrement,
tu dois savoir, continua-t-il, que tu n'avais alors ni connaissance
du Christ, ni vraie foi, et qu'en ce qui regarde la foi, tu ne valais pas mieux
qu'un Turc. Car le Turc (1), et même .tous les Diables,.croient ce qu'on
raconte du Christ qu'il est né, qu'il a été crucifié, qu'il est mort, etc. Mais
ni le Turc, ni nous autres, esprits réprouvés, nous .n'avons de
confiance en sa miséricorde, nous ne le reconnaissons pas pour notre Médiateur
ou notre Sauveur ; au contraire, nous en avons horreur, comme d'un juge cruel.
(1) Le Diable dit là une
fausseté, car les Turcs ne croient pas que Jésus-Christ ait été crucifié."
Les Juifs, dit Mahomet, n'ont pas crucifié le Messie Jésus Fils de Marie, mais
un d'entre eux qui lui ressemblait." Alcoran de Mahomet, chapitre des
Femmes.
« Telle était ta foi, tu
n'en avais point d'autre (1), quand tu reçus l'onction de l'Évêque, et tous
ceux qui donnaient l'onction, comme ceux qui la recevaient, pensaient ainsi, et
non autrement de Jésus-Christ. C'est pourquoi, vous éloignant du Christ comme
d'un juge cruel, vous aviez recours à la Vierge Marie et aux Saints (2) :
c'étaient vos Médiateurs entre le Christ et vous. Voilà comme on a ravi
sa gloire à Jésus-Christ (3). C'est ce que ni toi (4), ni aucun autre Papiste
ne pourra nier. Donc vous avez été oints, consacrés et tondus, et vous avez
sacrifié à la Messe comme des Païens, et non comme des Chrétiens. Comment donc
auriez-vous pu consacrer dans une pareille Messe, ou célébrer vraiment la Messe
? II n'y avait là personne ayant pouvoir de consacrer, et n'est-ce pas, selon
votre propre doctrine, un vice essentiel ?
(1) L'esprit de mensonge fait ici connaître ce
qu'il est, lorsqu'il dit que les prêtres de l'Église Catholique n'ont point de
confiance en la miséricorde de Jésus-Christ ; qu'ils ne le regardent pas comme
médiateur ; qu'ils le tiennent comme un juge cruel ; qu'ils ne le traitent pas
de médiateur. Et c'est sur ces faux exposés qu'il prétend qu'il n'y a point de
vraie foi en Jésus-Christ dans l'Eglise Catholique. Toutes les prières de la
Messe s'adressent toujours à Dieu, et finissent par Jésus-Christ comme
médiateur.
(2) Le Diable attaque l'Invocation des Saints,
en supposant faussement que l'Église fait tort à la médiation de Jésus-Christ
lorsqu'elle a recours à leurs prières ; car l'Église croit simplement qu'il est
bon et utile de prier les Saints qui règnent avec Dieu, dans ce même esprit de
charité qui nous porte à demander le secours de nos frères qui vivent sur la
terre. Conc. Trid. Sess. 3. sessio de Invoc. etc. Exposit. de M, l'Évêque de
Meaux, art. 6 de l'Invocation des Saints, pages 19 et 20.
(3) Le Démon cherche ici à tromper le pauvre
Luther : loin de ravir la gloire à Jésus-Christ, c'est au contraire
la faire valoir, puisqu'on s'adresse aux Saints, non pour éloigner ou ne pas
reconnaître la médiation de Jésus-Christ, mais au contraire pour la demander
avec instance par le moyen de ses amis et de ceux qui lui sont chers dans la céleste
patrie, comme ils lui ont été chers sur la terre.
(4) Ces paroles font voir que Luther était
encore dans le sein de l'Église, lorsqu'il eut cette apparition, qui l'engagea
à secouer le joug de la Religion Catholique.
« Secondement, tu
as été ordonné Prêtre, et tu as abusé de la Messe contre son institution,
contre la pensée et le dessein du Christ qui l'a instituée. Car le Christ a voulu
que le sacrement fût distribué entre les fidèles qui communient, et qu'il fût
donné à l'Église pour être mangé et pour être bu. Le vrai Prêtre, en effet, est
établi ministre de l'Église pour prêcher le Verbe et conférer les Sacrements,
comme le portent les paroles du Christ en la Cène et celles de Saint Paul dans
sa première aux Corinthiens, chap. II, où il est question de la Cène du
Seigneur. De là est venu que les Anciens l'ont appelée Communion, parce
que, suivant l'institution du Christ, ce n'est pas le Prêtre seul qui doit user
du sacrement, mais tous les autres Chrétiens ses frères avec lui. Et toi,
pendant quinze longues années, tu as toujours, en disant la Messe, gardé le
sacrement pour toi seul, tu n’en as rien communiqué aux autres. Bien plus, il
t’était interdit (1) de le leur donner tout entier. Quel sacerdoce est-ce donc
là ? Quelle Messe et quelle consécration ? [Qui consacre ? Le
peuple ?] Quelle sorte de Prêtre es-tu, qui n’as pas été ordonné pour
l’Église, mais pour toi-même ? Voilà, certes, une onction dont le Christ
ne sait rien, et qu’il ne reconnaît pas.
« Troisièmement, la pensée et le dessein du
Christ, ses paroles l’indiquent assez, c’est qu’en faisant usage du sacrement,
nous annoncions sa mort. Faites ceci, dit-il, en mémoire de moi, et
comme ajoute Paul, jusqu’à ce qu’il vienne. Et toi, diseur de Messes
privées, dans toutes tes Messes, tu n’as pas même une seule fois prêché ou
confessé le Christ ; tu t’es réservé pour toi seul le sacrement (2) ;
1) Qui a dit au Démon qu’il est défendu au
Prêtre de donner le Sacrement aux fidèles ? Il devait se souvenir du Concile de Trente,
session 22, chapitre 6, où le S. Concile désire que les fidèles communient aux
Messes sacramentellement.
2) Mais s’il ne s’est présenté personne pour
communier aux Messes dites par Luther, ce n’était pas sa faute : il
faudrait, pour que le Diable parlât vrai, qu’il reprochât à Luther d’avoir
refusé la communion à ceux qui se présentaient pour la recevoir. Autrement tous
ses raisonnements portent à faux, et ne peuvent être admis par un esprit juste [de toute façon, on ne
dialogue pas avec le Diable, car le prince du mensonge, en tant que tel, ne
peut pas être crédible].
« Et les paroles de
la Cène, tu les as marmottées pour toi seul, entre tes dents, comme si tu
sifflais. Est-ce là l’institution du Christ ? [C’est Satan qui donne
des leçons de bonne conduite !]. Sont-ce là les actes qui feront voir en toi le
Prêtre du Christ ? Est-ce là se comporter en Prêtre chrétien et
pieux ? [Satan aurait-il donc intérêt à ce que Luther soit un Prêtre
fidèle et pieux ?] Est-ce pour cela que tu as été ordonné ?
« Quatrièmement, il
est clair que la pensée, le dessein, l’institution du Christ, c’est que les
autres Chrétiens participent au sacrement. Mais toi,
tu as reçu l’onction, non pour distribuer le sacrement, mais pour sacrifier,
et, contre l’institution du Christ [ce dont Satan devrait pourtant se réjouir], tu as fait de la Messe
un sacrifice. C’est bien d’ailleurs ce que signifie clairement les paroles de
l’Ordonnateur, car au moment où, selon le rite traditionnel, il met le calice
dans les mains du nouveau Prêtre : Reçois, lui dit-il, la
puissance de consacrer et de sacrifier pour les vivants et pour les morts [et voilà Satan qui
veut remettre Luther sur le bon chemin pour mieux servir le Seigneur!]. Quelle perversité, ô
malheur ! Quelle infamie dans cette onction et dans cette ordination !
Voilà une viande, voilà un breuvage que le Christ a institués pour toute
l’Église, pour tous ceux qui communient avec le Prêtre, et tu en fais, toi, un
sacrifice propitiatoire devant Dieu ? O abomination qui passe toute
abomination ! [Satan est devenu un bon apôtre...].
« Cinquièmement, la
pensée et le dessein du Christ, nous l’avons dit, est que le sacrement soit
distribué à l’Église et aux communiants pour relever et affermir leur foi
contre les diverses tentations du péché, du diable, etc., et aussi pour
renouveler et prêcher le bienfait du Christ [et c’est Satan qui
parle !]. Mais toi, tu l’as considéré comme une chose toute personnelle,
que tu pouvais faire sans les autres ou leur communiquer à ta fantaisie, soit
gratuitement, soit pour de l’argent. Je te le demande, que peux-tu nier de tout
cela ? Ainsi, c’est là le prêtre que tu as été, sans Christ et sans vrai
foi ! un prêtre consacré et ordonné contre la pensée et l’institution du
Christ, non afin de conférer le Sacrement aux autres, mais afin de sacrifier
pour les vivants et pour les morts ! [C’est toujours Satan qui parle. On
croit rêver.]. Non, tu n’as pas été ordonné pour être ministre de l’Église. De
plus, n’ayant jamais distribué le sacrement aux autres, tu n’as pas prêché le
Christ dans ta Messe, et tu n’as rien fait, en somme, de ce que le Christ a
institué. Eh bien ! ne vois-tu pas que tu as été oint et ordonné contre le
Christ, contre son institution, pour faire tout ce qui est contre lui ? [Parole de Satan...] Or, si tu as été oint et ordonné par l’évêque
contre le Christ, n’est-il pas évident que ton onction est douteuse et ton
ordination impie, fausse et anti-chrétienne ? Je soutiens donc que tu n’as
pas consacré dans ta Messe, mais que tu as simplement offert, adoré et fait adorer
aux autres du pain et du vin (1).
1) Toutes ces raisons portent à faux, comme nous
l’avons montré dans la Note précédente, qui peut s’appliquer à tout ce qui est
dit dans les quatre dernières pages.
« Tu vois à présent
que dans ta Messe il manque tout d’abord une personne qui ait pouvoir de
consacrer, c’est-à-dire un homme chrétien [car, mieux que
quiconque sans doute, Satan sait ce qu’est un homme chrétien ! - Pauvre
Luther !]. En second lieu, qu’il y manque une personne pour qui l’on
consacre et à qui l’on doive conférer le sacrement, c’est-à-dire l’Église, le
reste des fidèles et le peuple. Mais toi impie, toi ignorant du Christ, tu es
là debout, seul (1), et tu t’imagines que c’est pour toi que le Christ a
institué le sacrement et qu’il te suffit de dire un mot dans ta Messe pour
fabriquer incontinent le corps et le sang du Seigneur ; quand, au lieu d’être
un membre du Christ, tu es son ennemi. Troisièmement, il manque ici l’esprit,
l’intention, le fruit et l’usage du sacrement, toutes choses en vue desquelles
le Christ l’a institué. Car le Christ a institué le sacrement au profit de
l’Église pour être mangé et pour être bu, pour fortifier la foi des fidèles,
pour prêcher et pour exalter dans la Messe le bienfait du Christ.
1) Oh ! Oh ! Tout beau, il y avait un
répondant, qui participait du moins aux prières, et s’il ne participait pas au
Sacrement, ce n’était pas la faute de Luther [Satan se moque pas mal
de ce genre de raisonnement].
« Maintenant dans
ta Messe à toi, personne, dans le reste de l’Église, n’en connaît rien ;
tu n’en dis rien, tu n’en donnes rien à personne (1) ; seul dans ton coin,
silencieux et muet, tu manges tout seul, tu bois tout seul ; ignorant de
la parole du Christ, incrédule, indigne, tu ne fais communier personne avec
toi, et suivant l’usage qui vous fut cher, tu vends cela pour de l’argent comme
de bon ouvrage (2).
« Si donc tu n’es
pas la personne qui puisse et doive consacrer ; si pareillement il n’y a
personne à ta Messe pour recevoir le sacrement ; si encore tu bouleverses,
détruis ou dénatures complètement l’institution du Christ, si en un mot tu as
été oint pour faire tout cela contre le Christ et l’institution du Christ,
qu’est-ce alors que ton onction, ta Messe et ta consécration, sinon blasphème
et tentation de Dieu ? D’où il suit que tu n’es pas véritablement prêtre,
ni le pain véritablement le corps du Christ.
1) On donne l’Eucharistie à tous ceux qui se
présentent pour communier, mais le Diable suppose par malice qu’il est défendu
aux Prêtres de la donner à personne. Et dans les assemblées même des
Protestants et des Réformés, il s’en faut beaucoup que tous participent à la
Cène. Cependant malgré cela les Ministres se gardent bien de croire et de dire
que leur Cène est imparfaite, parce qu’il en est peu qui y participent [les arguments de
l’auteur de la présente note sont misérables : le nombre des participants
n’entache en rien la validité de la consécration du pain et du vin qui repose
uniquement sur les paroles du Christ].
2) Qui ne voit combien le Diable cherche ici à
tromper ? L’argent que l’on donne au Prêtre, n’est pas le prix d’une
vente, mais une aumône qu’il reçoit de la main des fidèles. Le sacrifice n’a
point sur la terre de prix suffisant, mais on fait cette charité au prêtre
célébrant, pour l’aider à subsister, parce que, selon Saint Paul, le Prêtre
vit de l’autel. Et les Ministres eux-mêmes, soit parmi les Protestants,
soit parmi les Réformés, ne sont-ils pas payés pour exercer les fonctions de
leur ministère ? Et peut-on dire par là qu’ils vendent la parole de Dieu,
et qu’ils en font commerce ? Si on le disait, ils rapporteraient, pour
leur défense, comme nous venons de le faire, l’autorité de Saint Paul.
« Je ferai une
comparaison : supposons qu’on administre le baptême là où il n’y a personne
à baptiser ; qu’un évêque, par exemple (selon la coutume ridicule (1) qui a eu
cours chez les Papistes), s’avise de baptiser une cloche et une sonnette,
c’est-à-dire une chose qui ne peut ni ne doit être baptisée : dis-moi, je
te prie, serait-ce là un véritable baptême ? Ici tu es bien forcé de
convenir que non. Car qui pourrait baptiser ce qui n’existe point (2), ou ce
qui n’est point personne apte à être baptisée ? Quelle sorte de baptême
serait-ce là, si, en versant de l’eau je prononçais en l’air ces paroles :
Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ? Qui
donc, dans ce cas, recevrait la rémission de ses péchés, ou le
Saint-Esprit ? L’air ou la cloche ?
1) C’est une calomnie [un mensonge venant du
prince du mensonge, ce qui n’a rien d’étonnant], l’Église ne baptise
point les cloches : elle les bénit seulement, comme elle bénit les
ornements et les autres choses qui servent au service divin. Et c’est
proprement pour avertir que les choses ainsi bénites ne doivent pas servir à
des usages profanes.
2) Aussi ne baptise-t-on pas, et jamais on n’a
baptisé, que quand il y a un sujet propre à recevoir le Sacrement du Baptême.
Et de même le Prêtre ne célèbre pas seul. Il offre le sacrifice tant pour
lui-même que pour les assistants : Orate, fratres, ut meum ac vestrum
sacrificium acceptabile fiat apud Deum (« Priez, mes frères, afin que
mon sacrifice qui est aussi le vôtre, soit acceptable devant Dieu. »).
Telle est une des prières du Prêtre.
« Il n’y a point là
de baptême, c’est palpable [ce mot, trad. du lat. palpare, venant d’un
être incorporel, est plutôt singulier...], encore que les paroles du baptême
soient prononcées, ou que l’eau soit répandue, car il manque une personne qui
puisse recevoir le baptême. Eh bien, que dirais-tu si dans ta messe il en était
de même, si tu prononçais des paroles, croyant recevoir le sacrement, et que
toutefois tu ne reçusses que du pain et du vin ? Car la personne qui doit
recevoir, l’Église, est absente ici ; et toi impie [Satan devrait s’en
réjouir !], toi incrédule, tu n’es pas plus capable de recevoir le sacrement
que la cloche de recevoir le baptême [que de sophismes de la part de Satan !] ; enfin tu n’es
rien du tout quant au sacrement (1).
« Tu diras
peut-être : c’est vrai, je ne confère pas le sacrement aux autres membres
de l’Église, mais je le prends moi-même, je me le confère à moi-même. Et il y
en a plusieurs parmi les autres qui, tout incrédules qu’ils sont, reçoivent le
sacrement de baptême ; et cependant c’est un vrai baptême, un vrai sacrement
qu’ils reçoivent.
1) Fausseté ; car le Prêtre est au moins le
Ministre du Sacrement, comme il est le Ministre du Baptême.
« Pourquoi alors,
n’y aurait-il dans ma Messe un vrai sacrement ? Mais ce n’est pas la même
chose : dans le baptême en effet (même lorsqu’il est conféré dans un cas
pressant), il y a au moins deux personnes, celle qui baptise et celle qui doit
être baptisée [sans blague ?], et souvent aussi plusieurs autres membres de
l’Église. Et la fonction de celle qui baptise est telle, qu’elle communique
quelque chose aux autres personnes de l’Église, au lieu de prendre pour elle
seule [un autre baptême ?], au détriment des autres, comme tu le
fais, toi, dans ta Messe [et Luther s’est laissé prendre par une telle
logomachie ? Quelle misère !]. Enfin tous les accessoires de l’œuvre
principale sont ici l’ordre et la règle de l’institution du Christ [pour ce qui
est de l’ordre et de la règle de l’institution du Christ, Satan en sait-il
quelque chose ? Vit-il de ces principes ? Ne serait-il pas plutôt un
destructeur en la matière ?] (1).
1) Mais où est-il marqué dans l’institution de
l’Eucharistie que tous les fidèles doivent communier ? C’est aux Apôtres
comme Prêtres que Jésus-Christ dit : prenez et mangez, etc., prenez
et buvez, etc. Mais celui qui n’est pas disposé fait beaucoup mieux de
s’abstenir que de communier ; autrement, il mange et boit sa condamnation.
« En second lieu,
pourquoi n’enseignez-vous pas qu’on peut se baptiser soi-même ? Pourquoi
condamnez-vous un baptême de cette espèce ? Pourquoi rejetez-vous la
confirmation que, d’après vos rites, on se donnerait à soi-même ? Pourquoi
la consécration ne vaudrait-elle rien, si quelqu’un se consacrait prêtre
lui-même ? Pourquoi n’y aurait-il point d’absolution, si on s’absolvait
soi-même ? Pourquoi point d’onction, si un malade à l’extrémité se la
donnait à lui-même, selon les formes usitées chez vous ? Pourquoi point de
mariage si quelqu’un s’épousait lui-même, ou voulait forcer une fille et
prétendre que ce serait là un mariage, même malgré la fille ? Car voilà
bien ; avec l’Eucharistie, vos sept sacrements. Or, si personne ne peut
faire aucun de vos sacrements ni en user pour soi-même, comment expliques-tu
que tu veuilles faire pour toi seul ce sacrement suprême, l’Eucharistie ? [La prémisse étant
erronée, la conclusion de cette longue logomachie l’est également ipso facto.]
« Il est vrai sans doute
que le Christ s’est pris lui-même dans le Sacrement, et que tout Ministre
quelconque, en le conférant aux autres, le prend aussi pour lui. Mais il ne le
consacre pas pour lui seul : il le prend de communauté avec les assistants
et avec l’Église, et tout se passe conformément au Verbe de Dieu, selon l’ordre
et le commandement du Christ [c’est Satan qui parle « ex
cathedra » - de sa chaire pestilentielle, « assis sur une sorte de
grand trône de feu et de fumée, avec un aspect effrayant et terrible » (S.
Ignace de Loyola)]. Quand je parle ici de consécration, c’est pour demander si un
prêtre peut consacrer et réaliser le sacrement pour lui seul ; car je sais
fort bien qu’une fois la consécration faite, il peut en user comme les
autres : c’est une communion [non ! c’est d’abord l’accomplissement
miraculeux d’une transsubstantiation], et la table du Seigneur est ouverte à tous. De
même, quand j’ai demandé si l’on pouvait se donner l’onction et s’appeler
soi-même, je savais de reste qu’une fois oint et appelé, on pouvait ensuite
user de sa vocation. De même encore, en parlant de quelqu’un qui violerait une
fille, j’ai demandé s’il suffirait au mécréant d’appeler mariage cette
conjonction ; mais je sais fort bien que si la fille consent d’abord au
mariage, la conjonction qui s’ensuit est un mariage. »
Dans cette angoisse,
dans ce débat contre le Diable (1), je voulais repousser l’ennemi avec les
armes qui m’étaient familières sous la Papauté ; je lui objectais l’intention
et la foi de l’Église, foi et intention auxquelles je m’étais conformé en
célébrant des Messes privées. A supposer, disais-je, que je me sois trompé dans
ma foi et dans ma pensée, encore est-il certain que la foi de l’Église et la
pensée de l’Église ont été en cela ce qu’elles devaient être. Mais Satan, avec
plus de force et de véhémence [tu parles !] :
« Ah çà, me dit-il,
fais-moi donc voir où il est écrit qu’un impie, un incrédule, puisse officier à
l’autel du Christ, et consacrer, réaliser le sacrement dans la foi de l’Église
(2) ? Où est-ce que Dieu a prescrit ou ordonné cela ? Comment
prouveras-tu que l’Église te communique son intention pour dire ta Messe
privée ?
1) Cet endroit et toute la suite de cette
conférence font voir que Luther n’avait pas encore quitté l’Église, lorsqu’il
reçut cette apparition de l’Esprit malin ; mais c’en fut le préliminaire.
2) Le Diable soutient là l’hérésie des
Donatistes, en quoi il fait son métier.
« Et si maintenant,
si tu ne possèdes pas le Verbe de Dieu, si ta science vient des hommes [et celle de Satan,
d’où vient-elle ?] et non du Verbe, alors ta doctrine entière n’est que
mensonge [on peut compter sur Satan, auquel la lumière de la foi est sans
conteste plus que des ténèbres, pour remettre Luther sur le bon chemin qui
conduit à la doctrine authentique du Verbe de Dieu !]. Quelle impudence est
la vôtre ! vous faites tout cela dans les ténèbres [et Satan dans la
lumière, peut-être ?], vous abusez du nom de l’Église ; et puis
vous voulez défendre toutes ces abominations en prétextant de l’intention de
l’Église : l’Église ne croit rien, ne pense rien en dehors du Verbe et de
l’institution du Christ, à plus forte raison contre son esprit et son
institution [que moi, Satan, je tiens à défendre...] ; c’est ce que
j’ai déjà dit, et Paul l’a dit avant moi dans sa première épître aux
Corinthiens, au chapitre II, touchant l’Église et l’assemblée des
fidèles : Nous possédons l’esprit du Christ.
« Or, de qui
apprendras-tu que telle ou telle chose est selon l’esprit et l’intention du
Christ et de l’Église [de moi, Satan, pardi !], sinon du Verbe du
Christ (ex Verbo Christi), de la doctrine et de la confession de
l’Église ? Comment sais-tu que, selon l’intention et l’esprit de l’Église,
l’homicide, l’adultère, l’incrédulité sont des péchés damnables [c’est Satan qui parle,
ne l’oublions pas], comment sais-tu cela, et autre chose du même genre, sinon par le
Verbe de Dieu ?
« Si maintenant,
pour connaître l’intention de l’Église à l’égard des bonnes et des mauvaises actions,
il faut s’en rapporter au Verbe et au commandement de Dieu, combien plus grande
la nécessité de demander au Verbe de Dieu ce qu’elle pense de la
doctrine ! Pourquoi donc dans ta Messe privée, ô blasphémateur !
contreviens-tu aux ordres et aux paroles précises du Christ ? Pourquoi
cherches-tu ensuite à couvrir ton mensonge, ton impiété, du nom et de
l’intention de l’Église ? Et c’est de ces misérables couleurs que tu pares
tes fictions, comme si l’intention de l’Église pouvait être contraire aux paroles
précises et à l’intention du Christ ? D’où te vient cette prodigieuse
audace [Il n’y a pas à tergiverser : les intentions de Satan ne
pouvant être que perverses, nous concluons en toute certitude que l’Église
catholique est la vraie Église bâtie par Jésus-Christ sur l’apôtre Pierre et
sur ses successeurs légitimes.], de profaner le nom de l’Église par un mensonge
si impudent ?
« Bref, tu es
diseur de Messes, et tu n’as été consacré tel par l’Évêque que pour agir dans
la Messe privée contre les paroles précises et l’institution du Christ, contre
l’esprit, la foi et la confession de l’Église : donc ton onction est tout
ce qu’il y a de plus profane ; elle n’a rien de saint ni de sacré. En
outre, elle est plus vaine, plus inutile, et tout aussi ridicule que le serait
le baptême d’une pierre, d’une cloche, etc. Et pour finir, ajouta Satan, il est
donc prouvé que tu n’as pas consacré, mais que tu as seulement offert du pain
et du vin, comme les Païens ; et que, par un trafic infâme, insultant pour
la divinité, tu as vendu ton œuvre aux Chrétiens, servant ainsi ni Dieu, ni le
Christ, mais ton ventre. Quelle est donc cette abomination, inouïe au ciel et
sur la terre ? »
Tel est à peu près le
résumé de cette discussion.
Luther
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REMARQUES
SUR LA CONFÉRENCE
ENTRE
LUTHER ET
LE DIABLE
CHAPITRE
PREMIER
Que cette pièce est de
Luther
Il n'y a personne de bon sens qui ne crût, après
avoir lu cette Conférence, que ceux qui reconnaissent Luther pour le premier de
leurs Réformateurs, ne la rejetassent comme une pièce supposée et faite exprès
pour décrier sa doctrine. Cependant Dieu a permis, pour les confondre, que
Luther l'ait lui-même écrite, et qu'ils l'aient reçue comme un ouvrage de
Luther. En effet le Livre où cette Conférence est rapportée, parut d'abord (1)
en Allemand dès l'année 1533, c'est-à-dire environ treize ans avant la mort de (2) Luther, qui, bien loin de se
plaindre qu'on lui eût attribué ce Livre par malice, écrivit (3) à Juste Jonas,
son intime ami, pour le prier de le traduire en Latin. Cette traduction fut
faite en 1534. Et après la mort de Luther, ses Disciples, et principalement
Philippe Melancthon, eurent soin de la mettre parmi ses Œuvres, qui furent imprimées
en Latin à Wittemberg.
Les Calvinistes, aussi bien que les Luthériens,
reconnaissent que cette pièce est de Luther. Hospinien, qui est un historien
Calviniste, parle sur l'année 1533 de cette Conférence, en ces termes (4) : Cette année Luther mit au jour son Livre de
la Messe privée et de la Consécration des Prêtres, au commencement duquel il
rapporte l'entretien qu’il eut avec le Diable au milieu de la nuit, et il avoue
que c'est par ce malin esprit qu'il, a été averti de plusieurs abus de la Messe
privée. Cet auteur ajoute que le
sommaire de cette Conférence est que Luther a appris du Diable que la Messe
privée est une mauvaise chose, et qu'ayant été convaincu par les raisons du
Diable, il l'a abolie.
M. Drelincourt, Ministre de Charenton près
Paris, dit à peu près la même chose (5) . Le
Serpent ancien attaqua Luther, et il s'en promettait la victoire. Parce que le
serviteur de Dieu avait été prêtre, et que durant quinze ans il avait célébré
des Messes privées, il lui prouve par des arguments invincibles que ces Messes
sont contre Dieu, et contre l'Écriture divinement inspirée.
Ni. Claude (6)
fait le même aveu : Luther, dit-il,
rapporte que s'étant une fois réveillé pendant les ténèbres de la nuit, le
Diable se prit à l'accuser d'avoir fait idolâtrer le peuple de Dieu, et d'avoir
idolâtré lui-même durant quinze ans, qu'il avait dit des Messes privées. M.
Claude ajoute que Luther fut saisi d'une
violente agitation d'esprit, accompagnée d'une sueur générale par tout son
corps; et que la confusion où il se trouva, lui ayant fait comprendre que sa
défense n'était pas solide... il fit résolution de renoncer aux Messes privées.
(1) Tom. 6
de Luther, de l'impression d'Iéna, feuillet 82.
(2)
Hospinien, 2 part. de son Histoire
Sacram., feuillet 01 de l'impression de Zurich, 1602.
(3) Just. Jonam. Tom 7, fol. 226 verso. Hospiu., p. 2 Hist. Sacram,
ad
an. 1546.
(4) Hospin., 2 part. Hist. Sacram,, fol. 131.
(5) Faux Pasteur, section 48, pag. 373.
(6) Défense de la Réformation, pag. 156.
Enfin, quand les Luthériens d'Allemagne reprochent
aux Calvinistes que Zuingle a appris d'un Ange, qui n'était ni noir ni blanc, à
expliquer dans un sens figuré ces paroles, Ceci
est mon Corps, les Calvinistes repoussent ce reproche, en leur rappelant la
Conférence du Diable avec Luther.
Il est faux,
dit Hospinien (7), que Zuingle ne sût pas si cet Ange était blanc ou noir. Car Zuingle ne
parle d'aucun Ange; et quand il en parlerait, qu'en voudrait conclure Hunnius
pour rendre notre doctrine absurde? Ne sait-il pas ce que Luther, dans le
sixième Tome de ses Œuvres imprimées
en Allemand à Iéna, écrit art feuillet 83 non d'un ANGE, mais du DIABLE MÊME, qui avait eu avec lui un entretien durant la
nuit, et qui l'avait informé de beaucoup d'abus de la Messe des Papistes?
dira-t-il que ce soit une tache à la Secte des Luthériens?
(7) Ibid., fol. 2b.
Le même Historien, après avoir rapporté le Sommaire de la dispute qu'eut le
Diable avec Luther, dit (8) que les
Disciples de Luther devraient se ressouvenir de cette dispute, et cesser de
reprocher à Zuingle son SONGE, dans
lequel il fut averti du vrai sens des paroles de la Cène, non par le DIABLE,
comme Luther le fut des abus et des
superstitions de la Messe, mais par un autre AVERTISSEUR, comme lui-même l'écrit.
Et David Paréus, dont le Synode de Dordrecht fait tant d'estime (9), parlant des Luthériens,
qui attribuent au Diable le songe de Zuingle, use de ces termes (10) : Que ne pensent-ils plutôt eux-mêmes à ce
que raconte Luther de ses entretiens familiers avec l'Esprit noir, qui est le
Diable, et aux choses qu'il déclare ouvertement que le Diable lui a suggérées
dans ses Conférences? Qu'ils réfutent donc la chanson ordinaire, et l'argument
tant rebattu des Papistes : « Luther, de son propre aveu, a appris de l'Esprit
noir, qui est le Diable, les raisons pour lesquelles on doit condamner la Messe
privée, et l'Onction des Prêtres; donc la doctrine de Luther, touchant la
condamnation de la Messe, est diabolique. » Voilà, dis-je, à quoi il faut
répondre. Ils ne peuvent nier l'antécédent : car les Papistes leur
objecteraient la longue Légende de Luther, touchant la Conférence qu'il a eue
avec l'Esprit noir, qui est le Diable, et qu'il a lui-même décrite. Mais vous
entendrez aussitôt crier aux Luthériens, que c'est un sophisme, parce que le
vrai est toujours le vrai, et ne devient point faux, quoiqu'il soit proféré ou
suggéré par l'Esprit noir, qui est le Diable. Pourquoi cela n'aurait-il pas
plus de force pour Zuingle, puisqu'il ne dit point, comme Luther l'avoue de
lui-même, que l'Esprit noir lui eût rien suggéré, et que c'est une chose que
ses calomniateurs ne sauraient prouver?
(8)
Hospin., ibid., fol. 131.
(9)
Synod. Dordrac., sess. 99.
(10) David Pareus, lib. controvers. Eucharist.,
cap. 7, p. 257.
CHAPITRE II
Que les Protestants ne
doivent pas même
écouter Luther.
Après tous ces témoignages, on ne peut douter
que cette pièce ne soit de Luther. Mais en même temps il y a lieu de s'étonner
que les Protestants, rendus à la seule lumière de la saine et droite raison,
aient pu regarder Luther comme un homme dont Dieu s'était servi pour rétablir
la pureté de l'Évangile (11) car il ne faut que le sens commun, pour être
convaincu qu'on ne doit pas-même écouter celui qui se vante d'avoir appris du
Démon ce qu'il veut enseigner aux autres. Aussi voit-on que les faux Prophètes
ont toujours dit, pour donner de l'autorité à leurs paroles, qu'ils étaient
inspirés d'en haut. Ce n'est qu'en supposant des entretiens secrets avec la
Déesse Égérie, que Numa Pompilius fit recevoir au peuple Romain plusieurs
choses qui regardaient le culte des faux Dieux.
(11) Calv., Rép. Au liv. de Pighius,
opusc.,
col. 311 et 312. Bèze, liv. i, Hist. Ecclés., p. 4. Drelincourt, Faux Pasteur, sect. 3, p.
Ce n'est qu'en feignant de nouvelles
révélations, que Montan séduisit tant de Chrétiens, et Tertullien même, qui
avait fait paraître avant sa chute un si grand zèle pour l'Église. Ceux qui
suivirent Mahomet, ne crurent à ses discours, que parce qu'il se vantait d'être
un grand Prophète, et qu'il avait assez d'adresse pour leur persuader que
l'Ange Gabriel lui parlait souvent de la part de Dieu. Mais, sans rechercher dans
l'antiquité de semblables exemples, on en trouve dans le dernier siècle, où
tant d'imposteurs se sont élevés contre la doctrine de l'Église (12).
Carlostadt, qui avait été un des premiers Disciples de Luther, et qui avait
entièrement rompu avec lui au sujet de l'Eucharistie, osa bien dire, pour se
faire aussi des sectateurs, que c'était du Père éternel qu'il avait appris le
nouveau sens qu'il donnait à ces paroles : Ceci est mon Corps.
(12) Kemnitius in Libello
Domini, p.214. Oziander Epit. ent.
t6, p. 86.
L'Histoire de tous les temps fait donc connaître que, pour
attirer l'attention des hommes, il faut leur persuader que ce qu'ils entendent
vient de Dieu; et jamais il n'y a eu que Luther qui ait pu se faire croire, en
déclarant, comme il fait, que le Démon est son maître. Mahomet a beau dire que
l'Ange Gabriel est le sien, tous les Chrétiens ont horreur de ses impostures.
Carlostadt a beau feindre que le Père éternel lui a fait entendre le sens des
paroles de l'institution de l'Eucharistie, Luther se moque le premier de ce
fanatique (13), et les Protestants (14), aussi bien que les Catholiques, le
regardent comme un insensé. Mais dès que Luther dit que c'est à la persuasion
du. Diable qu'il a aboli les Messes privées, alors tous les Protestants
l'écoutent avec respect, le regardent comme un
Apôtre (15) et soutiennent même, quand on les presse, que le Démon lui a
découvert une vérité inconnue à toute l'Église. A quel égarement n'est-on pas
sujet quand on abandonne, comme donne, comme font les Protestants, la doctrine
de cette Église, pour ne suivre que des nouveautés? Et n'est-il pas visible que
Dieu les a livrés à un sens réprouvé, parce
qu'ils ont changé la vérité en mensonge?
(16) donne, comme font les Protestants, la doctrine de cette Église, pour
ne suivre que des nouveautés? Et n'est-il pas visible que Dieu les a livrés à un sens réprouvé, parce qu'ils ont changé la vérité en mensonge? (16)
(13) Luth.
Tom. 3. Editionis len., fol. 68.
(14)
Alberus, I. cont. Carolostadios, z. 4 et y 2. Sleïdan, l. 5.
(15)
Calvin, Rép. au Ier liv. de
Pighius, opusc. 381. Drelincourt,
Faux Pasteur, sect. 3, p. 11.
(16) Rom., I, 25, 28.
Au reste, s'ils avaient eu soin de consulter l'Écriture sainte, qu'ils se vantent de suivre
uniquement, ils se seraient bien gardés d'écouter ce que le Démon n'a suggéré à
Luther, que pour le perdre. En effet l'Apôtre S. Jean recommande aux fidèles
(17) de ne pas croire à tout esprit, mais
d'éprouver si les esprits sont de Dieu. Ainsi, dès qu'on connaît que c'est le
Démon qui parle, comme Luther nous en assure, il faut être sourd à tout ce
qu'il dit. S. Paul écrit aux Galates (18) que
si un Ange du Ciel annonce un autre Évangile que celui qui a été annoncé, qu'il
soit anathème. On doit donc à plus
forte raison rejeter ce que le
Démon annonce à Luther contre la
doctrine qui avait été annoncée jusqu’alors
à tous les fidèles sur le sacrifice de la Messe. Le même Apôtre, qui dit aux
Corinthiens (19) que Satan se transforme en Ange de lumière pour
nous tromper, n'a pas cru les devoir avertir de ne pas l’écouter, lorsqu'il
leur parlerait comme Satan, et qu'ils le reconnaîtraient pour tel; parce qu'il
jugeait bien que des hommes raisonnables ne se laisseraient jamais surprendre
aux discours de ce malin Esprit, tant qu'il leur parlerait à découvert.
(17) I Joan., IV, 1.
(18)
Gal., I, 8.
(19) I Corinth., II, 14.
Il est donc étonnant que Luther, sachant que c'était Satan
même qui lui parlait, l'ait écouté avec tant de soumission; il est encore plus
étonnant que tous les Protestants aient pu se persuader que Luther fût envoyé
de Dieu pour réformer l'Église, après les avoir assurés que Satan est le
premier Docteur de cette nouvelle réforme.
Enfin les Protestants n'eussent jamais pu croire que le
Démon eût dit la vérité à Luther, s'ils avaient fait une sérieuse réflexion
sur la manière dont Notre-Seigneur réfute les Pharisiens, quand ils l'accusent
de chasser les Démons par la puissance du Prince des Démons (20). Comment, leur dit-il, Satan peut-il chasser Satan? et si un Royaume est divisé contre
lui-même, il est impossible qu'il se soutienne : si donc Satan se soulève
contre lui-même, le voilà divisé; il est impossible qu'il subsiste, et il faut
que sa puissance finisse. Ce discours de Jésus-Christ montre évidemment que
le Démon ne peut vouloir abolir une chose dont il est lui-même l'auteur.
(20) Marc., III, 23, 24,
26.
D'où il faut conclure que, puisqu'il a suggéré à
Luther d'abolir les Messes privées, il n'en a pas été l'auteur, autrement il se
serait détruit lui-même : ce qui ne peut lui arriver suivant la doctrine de
Jésus-Christ. C'est donc pécher contre le Saint Esprit, à l'exemple des Pharisiens,
que de soutenir, comme font les Protestants, que les Messes viennent du Démon
et s'ils avaient raisonné ou en Chrétiens ou
même en personnes raisonnables, jamais ils ne se seraient séparés de l'Église
Catholique, parce qu'ils auraient vu que le Démon ne pouvant combattre que ce
qui est saint, il fallait de nécessité que les Messes qu'il voulait abolir
fussent saintes.
Mais, sans alléguer ici l'Écriture, ce que Luther écrit des
Sacramentaires, ou de ceux qui nient la présence réelle de Jésus-Christ dans
l'Eucharistie, montre assez que lui-même ne devait pas seulement être écouté.
Car ce nouveau Docteur, ne pouvant souffrir que d'antres que lui se mêlassent
de faire les Réformateurs, dit, pour donner de l'horreur des Sacramentaires,
que (21) le Diable a parlé par leur
bouche. Si donc Luther veut qu'on rejette la doctrine des Sacramentaires
parce qu'elle vient du Diable, quoique aucun d'eux n'ait dit qu'elle en venait,
peut-on sans folie écouter Luther et suivre sa doctrine, après qu'il a déclaré
hautement qu'il la tenait du Diable même? C'est néanmoins ce que font tous les
Protestants; et Luther a tant d'autorité sur leur esprit, qu'ils aiment mieux
le croire, quoique le Démon ait prévalu contre lui, que d'écouter l'Église
Catholique, contre laquelle Jésus-Christ a promis (22) que les portes d'Enfer
ne prévaudraient jamais. Mais rien ne fait mieux
voir jusqu'où va leur prévention et leur aveuglement, que les différents
moyens dont ils se servent pour justifier Luther.
(21) Luth. Tom. 7, fol. 212.
(22) Math., XVI, 18.
CHAPITRE III
Que les Protestants s'efforcent en vain de justifier Luther
Les uns disent que cet entretien de Luther avec
le Diable n'est qu'un songe : mais,
pour parler ainsi, il faut ne l'avoir pas lu, car Luther assure lui-même (24),
qu'il était bien éveillé, lorsque le
Diable vint disputer avec lui. D'ailleurs, quand on supposerait, contre le
témoignage de Luther, que ce fût un songe,
la cause des Protestants n'en serait pas meilleure, puisqu'il serait
toujours certain que Luther aurait
cru à ce songe : ce qui est indigne
non-seulement d'un Chrétien, mais d'un homme tant soit peu raisonnable.
D'autres prétendent que c'est une figure de Rhétorique, ou une Parabole, dont Luther s'est servi
pour mieux représenter les troubles de sa conscience, qui lui reprochait
d'avoir dit si longtemps des Messes privées, ou même pour faire connaître les
accusations que le Diable formerait contre lui au Jugement de Dieu. Luther, dit M. Claude (24), suivant le style des Moines de ce temps-là,
qui avaient accoutumé par FIGURE DE RHÉTORIQUE de, remplir les livres de leurs exploits contre le Diable,
rapporte que s'étant une fois réveillé pendant les ténèbres de la nuit, le
Diable se prit à l'accuser 'd'avoir fait idolâtrer le peuple de Dieu, et
d'avoir idolâtré lui-même durant quinze ans qu'il avait dit des Messes
privées. Il (25) n'y a rien en tout
cela qui s'éloigne du devoir d'un homme de bien, ni qui ne soit entièrement
innocent, soit qu'on prenne cette narration au pied de là lettre, soit qu'on la
prenne comme une espèce de FIGURE
ou de PARABOLE. 11 dit que le Diable l'accusait dans son cœur; cela signifie qu'il se
représentait lui-même, dans sa conscience, les accusations que le Démon pourrait
un jour former contre lui devant le Tribunal de Dieu, etc. Voilà ce que
dit M. Claude pour défendre Luther.
(23) Tom. 7, fol.
228.
(24) Défense de la Réformalion,
pag. I, 6.
(25) Pag. 137.
Mais, jamais Orateur a-t-il donné l'exemple d'une pareille figure de Rhétorique, et M. Claude
lui-même n'avoue-t-il pas que cette
manière d'exprimer les choses sous la forme d’un combat contre le Diable, est
un peu éloignée de l'usage commun? On
n'a donc qu'à lire Luther, pour voir qu'il n'a voulu faire qu'un récit
simple et naïf de ce qui s'était passé dans sa Conférence avec le Diable, et
non pas une Parabole. Car la Parabole
feint une chose pour en faire entendre une autre ; et il paraît que Luther
parle en cet endroit à découvert de ce qui lui est arrivé. Il ne dit pas, comme
lui fait dire M. Claude, que le Diable
l'accusa dans son cœur; mais qu'une
nuit, étant bien éveillé, le Diable vint disputer avec lui. Il rapporte les
paroles de ce mauvais Esprit, avec les réponses qu'il lui fit; et ces réponses
font connaître qu'il n'était nullement en peine sur le sujet des Messes
privées, lorsque le Diable s'avisa de l'en faire douter: il assure même qu'il
les avait dites de bonne foi jusqu'alors (26). Ce qui marque que sa conscience
n'en était point agitée; et qu'ainsi M. Claude a tort de dire que le récit de
Luther sur son entretien avec le Diable, soit une Parabole, pour expliquer les agitations intérieures de sa
conscience au sujet des Messes privées.
(26) Tom. 7, foi. 228 vers- et 229 rect.
Une seconde raison pour montrer que ce ne
saurait être une Parabole, est que
Luther (après avoir rapporté les arguments du Démon, comme des choses qui lui
étaient nouvelles, et qui le persuadaient à mesure qu'il les entendait, et
après avoir expliqué toute la suite de leur dispute), assure (27) qu'il est presque impossible de soutenir en ces occasions
l'impétuosité du Démon.
Mais une observation, qui suffit seule pour
convaincre tous les esprits raisonnables que Luther n'a point voulu faire une Parabole, est qu'il dit, après avoir
fait le récit de sa Dispute avec le Diable (28), qu'Empserus, Œcolampade,
et plusieurs autres ont perdu la vie dans
de semblables disputes.
Ce n'est
donc pas, et ce ne saurait être une
Parabole. Aussi M. Claude avoue
que celle-là serait fort extraordinaire; et comme il prévoit bien que les gens
de bon sens ne s'y tromperont pas, il tâche de surprendre les faibles, en
alléguant un exemple par lequel il prétend montrer (29), que les Moines de ce temps-là remplissaient leurs livres de leurs
exploits contre le Diable. Il tire cet exemple de S. Antonin
(30), qui rapporte, « que S. Dominique trouva une nuit le Diable lisant un
papier; qu'il lui recommanda par Jésus-Christ de lui montrer ce qu'il lisait; à
quoi le Diable obéit au nom de
Jésus-Christ; et que S.
Dominique ayant vu ce papier, s'en servit utilement pour
corriger les Religieux de certains défauts que le Diable avait remarqués, pour
leur en faire reproche au Jugement de Dieu. » Cela se peut (pour user des
termes: de M. Claude) appeler un exploit
d'un Moine contre le Diable, car ce Saint force le Diable au nom de
Jésus-Christ de lui déclarer ce qu'il voulait tenir secret jusqu'au jour du Jugement. Au lieu
que Luther, bien loin de se signaler
contre le Diable par quelque victoire,
avoue que le Diable l'a vaincu par ses raisons : de sorte que cela se peut
appeler Exploit du Diable contre un
Moine.
(27) Ibid., I, fol. 230.
(28) Tom.
7, fol. 333.
(29)
Déf. de la
Réform.,
p. 138.
(30)
S. Ant.
Chron.,
3. part., tit. 23, cap. 4. 6.
Ce qui est bien différent de ce qui arriva, dit-on, à S.
Dominique : le Diable ne voulait pas
l’instruire, et ce mauvais esprit ne lui donna le papier qu'il tenait, que par
la force qu'a toujours sur lui le nom de Jésus-Christ. Sans cela il n'eût point
fait connaître à S. Dominique les défauts de ses Frères, parce qu'il ne dit
jamais une vérité utile que par contrainte. C'est pourquoi M. Claude, qui le sait, s'est bien
donné de garde, dans le rapport de cette histoire (31), d'exprimer, comme fait
S. Antonin, que ce fut au nom de J.-C. que
le Diable obéit à S. Dominique, de peur qu'il ne parût alors que le Diable
avait été forcé, et afin qu'on pût croire qu'il avait instruit S. Dominique, comme
il avait instruit Luther. Mais la manière dont le Diable aborda Luther, fait
bien voir qu'il ne l'aborda que pour séduire. Luther ne l'appelait point; le
Diable lui exposa ses raisons sans y être forcé; Luther exposa les siennes avec
le plus de force qu'il put. Enfin il céda; et c'est
sur les instructions d'un tel Maître qu'il a fait abolir, par ceux qui l'ont
suivi, le sacrifice de la Messe.
(31) Déf. de la Réform., p. 138.
Au reste, quand on accorderait à M. Claude tout ce
qu'il veut, c'est-à-dire que ce récit de Luther n'est qu'une Parabole, les choses n'en iraient pas
mieux pour la Réforme ; car, dans cette Parabole,
le Diable fait toujours le premier personnage, qui est celui de Maître, et
Luther n'y paraît que comme un Disciple trop soumis. Cela, comme on voit, n'est pas fort avantageux pour des
gens qui regardent Luther comme leur premier Réformateur; et M. Claude dira
tant qu'il lui plaira, pour éblouir ses lecteurs, qu'il n'y a rien en tout cela qui s'éloigne du devoir d'un honnête
homme, ou qui ne soit du mouvement d'une bonne conscience; il ne le fera
jamais croire à ceux qui ont tant soit peu de sens. Aussi M. Pajon, homme
habile, et Ministre d'Orléans, s'est bien gardé, dans sa réponse au Livre des Préjugés, de relever l'endroit où
il est parlé de cette conférence du Diable avec Luther; il a bien vu qu'il
valait mieux se taire que d'imiter M. Claude, en ne disant que des choses
absurdes, aussi contraires à la raison qu'au récit de Luther.
Un Ministre Anglais (32) a cru se tirer
d'embarras, et en même temps persuader aux simples que la Messe était une
invention du Diable, en nous objectant qu'on trouve dans les écrits de Surius,
qu'un jour le Diable ayant pris la figure
d'un Ange, s'apparut à un certain Abbé, et l'exhorta à célébrer la Messe.
(32)
Mortonus in Apol. Anglicana,
part. I, lib. 2,
cap. 21, pag. 351.
Mais il n'y a qu'à lire cette histoire, pour y
voir tout le contraire de ce que ce Ministre veut établir, et pour être
convaincu de sa mauvaise foi. Voici comme la chose est rapportée dans Surius
au premier jour de Juin : (33) « Le saint homme Siméon eut ordre d'aller sur le
mont Sinaï, et d'y demeurer quelque temps : il fit ce qu'on lui commandait; et
l'Ennemi ancien lui dressa de nouveaux piéges pour le surprendre. Le Démon
l'exhorta une nuit à célébrer la Messe : mais Siméon, qui n'était ni
endormi ni éveillé tout à fait, lui soutint que personne ne devait exercer ce
ministère sans avoir l'ordre de Prêtrise. L'Ennemi redoubla ses instances, en lui
disant qu'il était Ambassadeur de Dieu ; que Jésus-Christ voulait cela et
qu'il ne fallait pas que ce saint lieu fût privé plus longtemps d'un tel
ministère.
(33) Apud Sur., ad. I. Junii.
Comme il vit que Siméon lui résistait toujours, alors, aidé d'un
autre Démon, il le tira du lit, et après l'avoir bien éveillé, il le traîna
devant l'Autel, où il le revêtit de l'Aube. Mais sur la manière de mettre
l'Étole il y eut de la contestation le Démon prétendait la mettre à Siméon,
comme la met le Prêtre; et Siméon au contraire soutenait qu'elle ne devait lui
être mise, que comme la met le Diacre. Enfin le Serviteur de Dieu étant revenu
à soi, chassa l'Ennemi par la force de la prière et par le signe de la Croix.»
On peut voir maintenant quelle différence il se trouve entre
l'histoire du Moine Siméon, et celle du Moine Luther. Il est vrai que le Démon
tente ces deux Moines pour les porter à commettre un grand crime. Il veut que
le premier, qui n'est que Diacre, dise la Messe, c'est-à-dire fasse une chose
que Jésus-Christ n'a permis qu'aux Prêtres de faire; et il veut que le second,
qui est Prêtre, non-seulement ne dise plus la Messe, mais qu'il regarde
encore comme une horrible idolâtrie, ce
sacrifice de la nouvelle loi, que Jésus-Christ a institué la veille de sa mort,
et que l'Église Catholique a toujours célébré avec tant de vénération.
Voilà donc comme le Démon tente deux Moines : mais Siméon
résiste à la tentation, comme doit faire un Disciple de Jésus-Christ; et Luther
y succombe malheureusement, comme un homme sans foi. Siméon ne veut pas
seulement écouter le Démon, quoiqu'il eût pris la figure d'un Ange, et qu'il se vantât d'être Ambassadeur de Dieu. Luther, au
contraire, n'ignore pas que c'est Satan même qui lui parle, il l'écoute
cependant comme un Disciple fidèle écoute son Maître. Siméon découvre tous les artifices du Démon, dès que le
malin Esprit lui parle contre l'ordre établi dans l'Église; et Luther renverse
cet ordre dès que le même Esprit, cet Esprit de trouble lui inspire de le
renverser. Enfin Siméon se sert, pour chasser l'ennemi, des armes ordinaires
du Chrétien, c'est-à-dire, de
la prière et du signe de la
Croix; et Luther n'a pas la force de faire la
même chose, parce que d'abord il a donné trop d'entrée au Démon Dans
cette détresse, dit-il, et dans ce combat contre le Diable, je
voulais repousser cet ennemi, avec les armes auxquelles j'étais accoutumé sous
la Papauté. S'il avait été sage et fidèle à la foi, dès que le Diable
commença à lui parler, il se serait servi (34) du bouclier de la foi, pour éteindre tous les traits enflammés de ce
malin Esprit; il aurait pris (35) l’épée spirituelle, qui est la parole de
Dieu, pour détruire tout ce que le Démon lui disait; et enfin il aurait eu
pour le chasser (36) recours à la prière et au nom de Jésus-Christ. Mais ce malheureux Moine, oubliant les vœux qu'il avait
faits au baptême, de renoncer à Satan, se laisse prendre à ses vains discours,
et au lieu (37) de marcher comme un
enfant de lumière, il suit aveuglément
la voie où le conduit le Prince des ténèbres.
Il parait donc que le Ministre Anglais a falsifié
l'histoire du Moine Siméon, en rapportant simplement que le Démon l'avait
voulu obliger à dire la Messe, d'où il veut faire conclure que c'était la première
fois qu'on l'eût dite : au lieu qu'il est rapporté que ce saint Religieux
refusa de la dire, parce qu'il n'était pas encore Prêtre. Preuve donc que le Prêtre la disait ordinairement; et que si le Démon a voulu
persuader à Siméon de la dire, ce n'a pas été pour lui faire faire une chose
qui fût mauvaise en soi, mais pour le porter à en faire une qui ne lui était
pas encore permise, parce qu'il n'avait pas reçu l'ordre de Prêtrise, auquel
est attachée la puissance de célébrer la Messe.
(34) Ephes. 6, 16.
(35) V, 17
(36) V. 18.
(37) Eph. 5, 8.
Au reste cet Autel,
cette Aube, cette Étole, cette façon de la mettre, et
toutes les autres circonstances rapportées dans Surius, prouvent qu'on disait
la Messe avec les mêmes
ornements dont on se sert depuis si longtemps, et même sur un Autel. On voit
par là que la Messe n'est pas inventée par le Diable, pour tromper le Moine
Siméon; et s'il l'a voulu séduire, ce n'a été qu'en poussant ce Diacre à
abuser de l'Autel et des habits sacerdotaux, pour faire une chose qui n'est
permise qu'aux seuls Prêtres. Aussi Calvin demeure d'accord qu'on célébrait la
Messe bien longtemps avant que le Démon eût tenté le Moine Siméon, puisque ce
Religieux ne vivait (38) qu'au commencement de l'onzième siècle, et que Calvin
dit (39) que dès le commencement de l'Église Chrétienne on a inventé
la cérémonie de sacrifier Jésus-Christ.
(38) Apud Surium, ibid. sub. fin.
(39)
Comment. sur le 28 vers, du Ch. 4 de l'Evangile de Saint Jean.
Pourquoi, disent quelques Ministres, blâmer
Luther de ce qu'il a eu un entretien avec le Démon? La même chose n'est-elle
pas arrivée à Jésus-Christ dans le désert? Cette comparaison est bien
odieuse; et c'est se jouer de. la Religion que de parler ainsi. Il est. vrai que Jésus-Christ a été tenté; mais il l'a été,
dit S. Paul, (40) sans être sujet à aucun
péché : et (41) comme il a pris notre
nature, pour détruire par sa mort celui qui avait l'empire de la mort,
c'est-à-dire, le Diable; il a voulu
aussi être tenté, pour nous apprendre par son exemple à résister à la
tentation, et à n'écouter jamais les suggestions, ni les discours du Diable,
qui doivent. toujours être suspects à un Chrétien. Jésus-Christ, pressé
de la faim, dit S. Chrysostome, (42) ne
fait pas néanmoins ce que le Démon lui inspire, pour nous apprendre que nous ne
devons jamais rien croire de ce que nous conseille cet ennemi. Comme c'est par
là qu'Adam a offensé Dieu, et a violé son ordonnance, Jésus-Christ nous fait
voir qu'il ne faudrait pas écouter le Démon, quand même il ne nous porterait pas à désobéir à Dieu.
(40) Heb., 4, 15.
(41) Heb., 2, 14.
(42) S. Chrysost. Hom.
S. Athanase (43) ajoute qu'il ne faut jamais
écouter ce malin Esprit, quoiqu'il allègue l'Écriture pour appuyer ce qu'il
dit, parce que son intention est toujours mauvaise. Encore, dit ce Père, que
l'hérétique emprunte de l'Écriture sainte ses manières de parler, il doit
toujours être suspect : et comme son esprit est corrompu, le Saint Esprit lui
dira : Pourquoi racontes-tu mes jugements, et pourquoi mon testament est-il
dans ta bouche? Aussi voit-on que Notre-Seigneur ferma la bouche au Démon, qui
se servait de l'Écriture sainte en lui parlant.
(43) L. de Synod. Arim. et Seleuc.
CHAPITRE IV
Au temps de la Conférence avec le Diable, Luther était
encore dans le sein de l'Église Catholique
Si Luther, au lieu d'écouter les faux raisonnements que le Démon tirait
de l'Écriture contre le Sacrifice de la Messe, eût repoussé cet ennemi de la
vérité, comme avait fait Jésus-Christ, il ne serait pas devenu l'auteur d'un
schisme, qui a tant causé de maux à l'Église et à l'État; et les
Protestants participeraient encore avec nous au même sacrifice. Ce qu'il y a de
plus déplorable, c'est que tous les Docteurs de la nouvelle Réforme ne se
servent contre la Messe, que des passages dont le Démon s'est servi pour
obliger Luther à l'abolir, et ont
tellement accoutumé l'esprit de leurs auditeurs aux fausses explications qu'ils
donnent à ces passages, que quand ceux qu'ils ont séduits viennent à lire le
récit que Luther a fait de sa Conférence avec le Démon, ils ne peuvent s'empêcher de dire que le Démon avait
raison, le reconnaissant ainsi, sans y penser, pour leur premier Réformateur :
par là il n'a pas eu besoin de se transformer en Ange de lumière pour les
décevoir.
D'autres Ministres, pour empêcher qu'on ne croie
que ce soit par les avis du Démon que Luther a commencé sa Réforme, assurent qu'il avait condamné les
Messes privées, avant même que le Diable en eût conféré avec lui et ils
prétendent le prouver en disant que son (44) livre de la Captivité de Babylone, et celui par lequel il confirma les
Augustins de Wittemberg dans la pensée d'abolir la Messe privée, avaient paru
longtemps avant qu'il eût composé celui où il parle de sa Conférence avec le
Diable.
Il est vrai que ce dernier livre n'a été écrit que longtemps
après les deux autres : mais il est vrai aussi -qu'il avait eu cet
entretien avec le Diable, avant qu'il eût pensé à écrire ces deux ouvrages, ni aucun autre
contre les Messes privées. Car en premier lieu, il appelle lui-même cet entretien (45) une Dispute : et s'il avait été du sentiment du
Diable sur les Messes privées, avant que de l'entretenir, leur accord aurait
été fait et il n'aurait pas
fallu disputer sur ce point, comme ils firent.
(44) Liber de Captiv. Babyl, et Liber de Abroganda Missa
privata. Luth., tom. 2.
(45) Tom. 7, , fol. 230.
En second lieu, il paraît que, quand il eut cet entretien
avec le Diable, il croyait encore qu'il y avait sept Sacrements; car le Diable
en tire un argument contre lui : (46) Ce
sont là, lui dit-il, vos sept
Sacrements. Or il est certain que
dans son livre de la Captivité de
Babylone, il ne parle plus en homme qui croit qu'il y a sept Sacrements; il
le nie même formellement : Avant tout, (47) dit-il, il
faut que je nie qu'il y ait sept Sacrements, et que je n'en admette pour le présent
que trois, savoir le Baptême, la Pénitence et le Pain. D'où il suit
nécessairement qu'il n'a écrit son livre de
la Captivité, qu'après sa Conférence avec le Diable : car si, dès le temps de cette Conférence, il
n'avait cru que trois Sacrements, le Diable aurait mal argumenté contre lui,
d'alléguer qu'il en croyait sept.
Il est clair aussi que le livre qu'il écrivit aux Augustins
de Wittemberg sur l'Abolition des Messes privées, n’a été fait qu’après cette
Conférence, puisque dans ce livre il parle contre les Messes privées, et que
dans la Conférence il les soutient de toute sa force contre le diable.
(46) Ibid., fol. 229.
(47) De Captiv. Babyl., tom, 2.
Il paraît même, par les arguments dont ils se servent l'un et
l'autre, que Luther était encore dans l'Église. (48) N'ai-je pas reçu, dit-il, dès le commencement, l'onction et la consécration des mains de
l'Évêque? N'ai-je pas fait toutes ces choses par le commandement de mes
Supérieurs?... Pourquoi n'aurais-je pas consacré, puisque j'ai prononcé
sérieusement les paroles de Jésus-Christ? Cela marque évidemment qu'il
était encore dans l'Église; aussi le Diable, dans cet endroit, lui parle en ces
termes (49) : C'est ce que ni toi, ni aucun autre Papiste
ne peut nier, et dans un autre (50) : mais toi qui es un impie, et qui ne connais pas Jésus-Christ, tu es là debout tout seul, et tu
t'imagines que Jésus-Christ a institué pour toi seul le Sacrement, et un
peu plus loin (51) : Tout le reste de
l'Église, qui ne sait pas même que tu dis la Messe, n'apprend rien par toi, et
ne reçoit rien de toi; mais toi, seul dans un coin, sans rien dire, tu manges
seul, tu bois seul.
(48) Tom. 7,
fol. 228.
(49) Ibid.
(50) Ibid., fol. 129.
(51) Ibid.
Ces paroles ne montrent-elles pas très clairement que Luther
disait encore alors des Messes privées? Et vers la fin de son récit, il dit (52
) Dans cette détresse et dans ce combat
contre le Diable, je voulais repousser cet ennemi avec les armes auxquelles
j'étais accoutumé sous la Papauté, et je lui objectais l'intention et la Foi de
l'Église... Je veux, lui disais-je, que je n'aie pas cru comme il fallait croire, et que je me sois trompé
dans ma pensée; l'Église, néanmoins, a cru en cela comme il fallait croire, et
ne s'est pas trompée.
Il marque (53) même que le Diable, en cet endroit, redoublant ses efforts, le pressa avec plus
de véhémence qu'auparavant, de montrer où Dieu avait commandé de consacrer en
la Foi de l'Église; comment il prouverait que l'Église lui communiquait son
intention pour une Messe privée; et que s'il n'avait point la parole de Dieu,
il fallait que les hommes l'eussent enseigné sans cette parole, et que sa
doctrine sur les messes privées ne fût qu'un mensonge. D'où il résulte que le Démon lui a donné le premier scrupule sur les
Messes privées, et les premiers
enseignements qui lui ont servi à prétendre réformer l'Église sur ce point.
(52) Tom. 7, fol. 129.
(53) Ibid.
Aussi avons-nous vu qu'Hospinien (54) et M.
Drelincourt (55) disent que ce fut du Diable que Luther apprit que les Messes privées étaient contre
l'Écriture, et qu'il les fallait abolir. En effet, il ne se sert, dans tous les écrits qu'il a faits contre
les Messes privées, que des arguments que le Diable lui a suggérés dans cette Conférence. Ainsi ceux
qui regardent Luther comme un des premiers réformateurs de l'Église, doivent
aller plus loin, et reconnaître le Diable pour l'auteur de cette Réforme. Et Messieurs de la Religion Prétendue Réformée ont beau
dire qu'ils ne suivent pas la doctrine de Luther : car, outre qu'ils la suivent
en ce point, il est certain qu'ils l'ont toujours mis entre leurs premiers Réformateurs, suivant le sentiment
de Calvin (56), qui proteste que, quand Luther l'appellerait Diable, il le respecterait comme un grand serviteur de Dieu.
(54)
Hospin., 2 part.. Hist. Sacr., fol. 131.
(55) Faux Pasteur, sect. 48,
p. 373
(56) Sæpe dicere salitus sum, etiamsi me Diabolum vocaret
(Lutherus) me !amen hoc illi honoris habiturum, ut insignem Dei servum agnoscam. Calvin, dans sa lettre du 15 novembre à Bulinger.
D'ailleurs l'union que les Calvinistes ont faite
avec les Luthériens, marque bien qu'ils ont reconnu Luther pour un homme de
Dieu, et qu'ils n'ont point eu d'autres raisons pour cela, que celles de
Calvin, qui (57) fonde le grand respect qu'il a pour lui, sur la fermeté avec
laquelle il a seul attaqué toute l'Église Romaine. Or il est évident qu'il ne
l'avait pas encore attaquée dans sa doctrine, lorsqu'il eut cette Conférence
avec le Diable, puisqu'il admettait tous les Sacrements qu'elle reçoit, et que
pour justifier au Démon qu'il disait valablement des Messes privées, il
alléguait qu'il les disait en la foi de cette Église. Il n'avait donc encore
écrit aucun des livres qu'il a publiés contre elle, et qui lui ont fait donner
par Calvin et par ses Sectateurs (58) ces grands noms d'Apôtre et de Serviteur de Dieu.
On demandera peut-être ici d'où vient que Luther n'a parlé
de cette Conférence, que dans le dernier des trois ouvrages qu'il a faits
contre les Messes privées. Mais il est facile de répondre à cette question.
(57)
Calvin, dans sa défense contre Westphal, col. 1794. de ses opusc. imprimés à
Genève en 1611, par Jacob Stoër.
(58) Bèze, tom. 1 de son Hist. Ecclésiast., p. 4. Hospin., 2 part., Hist. Sacrament., fol. 127
verso.
II n'avait garde, lorsqu'il commença d'écrire
contre les Messes privées, d'alléguer que le Diable était auteur de cette
doctrine ; et quoiqu'il fût déjà persuadé (comme on le verra dans la suite)
que le Diable pût enseigner dans l'Église et y faire l'office de Pasteur, il ne
voyait pas le monde encore disposé à recevoir les enseignements d'un pareil
maître. C'est pourquoi quand il écrivit (59), en 1520, son livre de
la Captivité, et (60) en 1521, celui qu'il adressa aux Augustins de
Wittemberg, il ne dit point qu'il eût appris du Diable les raisons dont il se
servait contre les Messes privées. On voit même qu'il avait peur que la plupart
des Religieux de ce Couvent ne pussent porter une si nouvelle et si étrange
doctrine. Sa Préface le montre bien : il dit (61) que peu de gens sont
capables de résister à l'autorité de
toute l'Église et à la pratique universelle de tant de siècles; il ajoute qu'il craint bien qu'il n’y ait encore
plusieurs faibles parmi eux. Et les croyant capables de s'effrayer par la
seule nouveauté de sa doctrine, il n'avait garde de leur dire qu'il la tenait
du Diable.
(59) Hospin., 2 part., Hist.
Sacrament.,,fol. 5 verso.
(60) Hospin., ibid.,
fol. 22, Scripsit Lutherus sub finem ann. 1521. ad Fratres Augustinianos ex
Pathmo suo librum De abrobanda Missa
privata.
(61) Luth., De
abroganda Missa privata, tom. 2.
CHAPITRE V
Étrange égarement de Luther sur l'administration des
Sacrements
Onze ou douze ans après, quand Luther vit tant de peuples courir après
lui, et qu'il n'avait qu'à dire une chose pour la faire croire, il ne feignit
point, en faisant son troisième traité contre les Messes privées, d'y insérer
le récit de sa Conférence avec le Diable, et d'aller même jusqu'à dire, pour
l'autoriser, que le Diable pouvait non-seulement enseigner .dans l'Église, mais
y administrer tous les Sacrements. Cette proposition (62) est étonnante mais la manière dont
Luther l'explique l'est encore davantage.
(62) Hospinien en a été surpris : « Luther, dit-il,
dans son livre de la Messe privée et de l'onction des Prêtres, est allé jusqu'à
dire qu'il y aurait un vrai Sacrement, quand
même il serait fait par le Diable » In libro de Missa
privata et unctione Sacerdotum, anno 1533. edito, eo usque progressus est, ut diceret, Sacramentum verum futurum, etiam si a Diabolo conficeretur, Hospin„ 2 part.,
Hist. Sacr., fol. 14 verso.
Je ne suis pas, dit-il
(63), de l'avis des Papistes, qui disent qu'aucun des Anges, ni Marie même ne
peut consacrer. Et moi je dis au contraire, que si le Diable même venait... et
que je susse ensuite qu'il se fût ingéré de faire l'office de Pasteur de l'Église,
qu'ayant pris la figure d'un homme il eût été appelé pour prêcher, et qu'il eût
enseigné publiquement dans l'Église, qu'il eût baptisé, célébré la Messe,
donné l'absolution des péchés, et fait ces fonctions selon l'institution de
Jésus-Christ; nous serions alors contraints d'avouer que les Sacrements ne
seraient pas pour cela inefficaces ; mais que nous aurions reçu un vrai
baptême, un vrai Sacrement du Corps et du sang de Jésus-Christ.
(63) Ego
igitur non dicam, quod Papistæ dicunt, nullum Angelorum, ne Mariam quidem
ipsam, consecrare posse. Et e contra dico, si Diabolus ipse veniret... ego
autem pono ut postea resciscerem diabolum sic irrepsisse in officium Pastoris
Ecclesiae, in specie hominis vocatum esse ad pradicandum et publice in
Ecclesia docuisse, baptizasse, celebrasse Missam. absolvisse a peccatis, et
tali munere Punctum esse juxta institutionem Christi : tunc cogeremur fateri Sacramenta
ideo non esse inefficacia, sed verum Baptismum, verum Evangelium, veram
Absolutionem, verum Sacramentum Corporis et Sanguinis Christi nos accepisse.
Fides enim nostra, dignitas et efficacia Sacramentorum non nituntur qualitate
personæ, sive bona sit sive mala, uncta vel non uncta, vocata legitime, vei non
vocata, Satan vel Angelus, etc. Luth., De
Missa privata et unctione Sacerd., tom. 7, fol. 243 verso.
Car notre foi, et
l'efficace des Sacrements n'étant pas appuyées sur la qualité de la personne,
il n'importe que cette personne soit bonne ou mauvaise, qu'elle ait reçu
l'onction, ou ne l'ait pas reçue, qu'elle ait été appelée légitimement ou non,
que ce soit un Diable ou un Ange (64).
Peu après, il ajoute, pour appuyer ce sentiment par un
exemple (65), qu'il a ouï dire autrefois
qu'un Prédicateur s'étant trouvé mal, un inconnu était survenu, qui s'était
présenté à la place de l'autre, et qu'après avoir fait une prédication forte
et touchante, il avait déclaré qu'il était le Diable, et qu'il n'avait prêché
l'Évangile avec tant de véhémence, que pour les accuser au dernier jour avec
plus de force.
(64)
Calvin est de même sentiment : « Je confesse, dit-il, que la vertu des
Sacrements ne dépend point de la dignité des personnes ; et dis, plus outre,
que si un Diable administre la Cène, elle n'en serait point pire et, au
contraire, si un Ange chantait
la Messe, elle n'en vaudrait rien mieux. Opusc.
I, serm. cont. l'idolâtrie, col. 957
(65) Ego
in adolescentia mea audivi quandam historiam, quendam concionatorem, cum jam
deberet conscendere suggestum, subita ægritudine correptum, ibi supervenit
quidam ignotus, et obtulit se pro ipso concionaturum : arrepto autem libro,
paravit se ad concionem ; et cum jam conscendisset suggestum, adeo erudite,
pie et pathetice dixit, ut animis omnium repente permotis, tota pene in
lacrymis solveretur turba auditorum. In fine autem concionis, ejusmodi dicto
clausit : Vultis, inquit, scire quis sim ? Ego sum Satan, ideo tam concitate
vehementer apud vos de Evangelio peroravi, ut eo acrius accusare vos possim in
extremo die, in vestram damnationem.
Je n'examine
pas, dit Luther (66), si cette historiette est vraie, ou si c'est
une chose inventée pour instruire, mais je sais qu'elle est vraisemblable,
c'est-à-dire que le Diable peut évangéliser, faire la fonction de Ministre et
de Pasteur, donner le Sacrement, etc. Après cela il ne faut pas s'étonner
que Luther ait si bien écouté le Diable sur les Messes privées, quoiqu'il le
connût pour ce qu'il était, et si enfin il a déclaré que c'était.
de lui qu'il tenait cette doctrine.
Un autre moyen dont se servent les Ministres,
est de dire que, quoique Luther ait appris cette doctrine du Diable, il ne
s'ensuit pas pour cela qu'il faille la rejeter, parce que le Diable dit
quelquefois la vérité : comme quand il dit de Jésus-Christ qu'il est (67) le Fils du Dieu vivant, et des Apôtres
qu'ils, sont les Serviteurs du Très-Haut
(68).
(66) An hæc historiola vera sit, an docendi causa conficta,
non pugno. Hoc auteur scio eam verisimilem esse, scilicet Diabolum posse
evangelizare, fungi officio Ministri et Pastoris, porrigere Sacramentum, etc.
Luth., ibid., fol. 24.4.
(67) Matth., 8, 29. Marc, 5, 7. Luc, 8, 28.
(68)
Actor, 16, 17.
En effet,
il ne faut pas rejeter ces vérités, parce que
le Diable les a dites : mais on doit considérer deux choses. L'une, que quand il
a parlé de la sorte, ç'a été parce qu’il y était contraint, comme en convient
(69) Calvin lui-même. L'autre, que ces vérités étaient déjà connues
d'ailleurs; sans cela il eût bien fallu se garder de l'en croire : car, comme
il est le père du mensonge, son témoignage doit toujours être suspect, lors
même qu'il dit la vérité. L'exemple de
Jésus-Christ, dit S. Chrysostome (70), nous montre
que, quand les Dénions nous diraient même quelque chose de véritable, nous ne
devrions pas les croire. Il les fait taire lorsqu'ils publiaient qu'il était le
Fils de Dieu; et S. Paul de. même leur imposa silence, quoique
alors ils parlassent conformément à la vérité. Ce même Père dit dans un autre endroit (71) que Jésus-Christ fil taire les Démons pour nous
apprendre à ne nous jamais fier à leurs discours.
(69) Sciendum est, non tam sponte in
Christi conspectum venisse (Dæmones), quam arcano Christi imperio tractos...
coacti etiam eum adorant, et contumaces eorum querimoniæ testes sunt quam non volontaria
fuerit eorum confessio, sed vi extorta. Calvin, Harmonie évangélique sur le 6me et le7me verset
du 5me chap. de Saint Marc.
(70) S. Chrys.
hom.
(71) Hom. 2. de Lazaro.
D'où il faut conclure que quand le Diable est le premier à dire
une chose, et qu'il la dit sans contrainte, ce doit être nécessairement un
mensonge ; parce qu'alors il ne peut suivre que sa nature, c'est-à-dire, il ne
peut que mentir. Or il ne paraît pas qu'il ait été contraint de parler, comme
il a fait à Luther, contre les Messes privées : il paraît au contraire qu'il
est le premier qui ait dit que ces Messes fussent une abomination ; et par conséquent, tout ce qu'il en dit ne
peut et ne doit passer que pour un mensonge.
Mais, dit-on, il lui est arrivé quelquefois de dire la
vérité, et de la dire fortement, pour porter les âmes au désespoir. Et cette dernière raison, qui suppose que le Diable ait
véritablement enseigné Luther, est tirée (72) de Luther même. Car, pour empêcher qu'on ne se moque, de la créance qu'il a
donnée au discours du Diable, et pour montrer que cet Esprit de mensonge dit
quelquefois la vérité, il rapporte l'exemple de Judas.
(72) Hic
respondebunt mihi sanctissimi Patres (Papista:),, hic ridebunt et dicent : Tu
ne es doctor ille celebris, et non nosti respondere Diabolo : an ignoras
diabolum esse mendacem ?.... Verum quidem hoc est quod mendaa sit, sed ejus
mendacia non sunt simplicis artificis ipse
sic adoritur, ut apprehendat aliquam et solidam veritatem, quai negari non potest, atque eam adeo callide
et versute nrget et acuit, et adeo speciose fucat auum mendacium, ut fallat,
vel cautissimos. Uti cogitatio illa, quæ Judæ cor percussit, vera erat, Tradidi sanguinem justum, hoc Judas negare
non poterat. Sed hoc erat mendacium : ergo est desperandum de gratia Dei.
Diabolus hoc mendacium tam violenter ursit, ut Judas.... desperaret. Luth., De Missa privala et unctione Sacerd., tom.
7, fol. 230.
Il dit que Satan représenta à ce traître une vérité
incontestable, savoir qu'il avait trahi
le Sang du Juste ; mais qu'il le fit pour le pousser dans le désespoir : et
que ce mauvais Esprit avait la même intention quand il lui fit voir
l'abomination des Messes privées; mais (73) que par la grâce de Dieu, il avait
profité de la vérité, sans se porter au désespoir [ô le bon
Satan avec les meilleures intentions du monde !].
Voilà sans doute ce qui se peut dire de plus subtil : mais
cela n'est bon qu’à tromper ceux qui ne prennent pas garde que l'exemple de
Judas est tout différent de celui-ci. Lorsque le Diable lui représenta cette
grande vérité : tu as trahi le Sang du Juste, il ne lui disait rien qu'il ne sût
d'ailleurs, et même par des moyens qui ne lui permettaient pas d'en douter : de
sorte que le Diable ne le voulait point enseigner, il voulait seulement se
servir de ce que Judas savait, pour le jeter dans le désespoir [pas exactement, mais
plutôt pour abjurer la vraie religion en le faisant sortir de l’Église bâtie
par Jésus-Christ sur l’apôtre Pierre et sur ses successeurs légitimes].
(73) Ibi
mentitur Satan, quando ultra urget, ut desperem de gratia... confessus quidem
sum llege Dei convictus) coram Diabolo, me damnatum esse ut Judam, sed verto
me ad Christum. Luth., ibid., fol.
230. verso.
Au lieu que, quand le Diable entretint Luther sur le sujet
des Messes privées, il lui proposa une chose nouvelle. Et bien loin que Luther
la sût d'ailleurs, on voit qu'il soutint le contraire, comme en ayant été
persuadé jusque alors.
On ne peut pas dire non plus que ce que disait le Diable fût
connu à Luther par d'autres voies, puisque Luther même dit que toute l'Église,
de laquelle pour lors il suivait encore les sentiments, croyait le contraire.
Tellement, que si le Diable lui a dit la vérité, il faut conclure qu'il l'a
voulu instruire, et par conséquent qu'il a cessé d'être le Père du mensonge,
ce qui est. absurde. Et d'alléguer qu'il lui faisait entendre cette vérité
nouvelle pour le désespérer, cela n'a nulle suite ; car il paraît par toute la
Conférence que le Diable instruit Luther; qu'il lui (74) reproche même de
n'avoir pas eu assez de confiance en Jésus-Christ, et qu'après l'avoir
persuadé, il le quitte. Véritablement il lui parle des Messes privées comme d'une grande abomination, et comme d'une horrible idolâtrie : mais cela ne
pouvait pas mettre Luther au désespoir; et si Judas y entra aisément, ce fut
parce que le Diable lui représenta fortement une vérité, dont il était
convaincu, et contre laquelle il avait agi.
(74)
Tom. 7, fol. 328 verso.
Au lieu que Luther était bien assuré en sa conscience, que
jusqu'alors il n'avait point agi contre ses lumières; ainsi il n'avait pas la même
occasion que Judas de se désespérer.
Mais enfin, pourquoi le
Diable, qui ne veut que perdre les âmes,
aurait-il hasardé d'apprendre une vérité à Luther, dont la perte était toute
assurée, puisqu'il était dans l'idolâtrie, car c'est le nom que le Diable donne
aux Messes privées? Il n'avait qu'à lui
laisser dire ces Messes, c'est-à-dire, suivant cette supposition, il n'avait
qu'à le laisser idolâtrer. C'est ainsi que ce malin
Esprit en a usé avec les Païens : il les a laissés dans l'idolâtrie, et jamais l'envie de les pousser au
désespoir ne l'a porté à leur faire
connaître les abominations de leur idolâtrie ; parce qu'il savait que leur
perte était infaillible, en les laissant dans ce malheureux état. Celle de Luther ne l'aurait pas été moins, si la Messe privée avait été une idolâtrie ; et le plus sûr moyen
que nous ayons de connaître que ce n'en est
point une, c'est que le Diable ait été le premier à le dire. Il a
véritablement tenté Luther; mais ce n'a pas été pour le désespérer; ça été pour
l'induire en erreur et avec lui tant d'autres âmes qui l'ont suivi. Voilà le
véritable but de l'entretien qu'il eut avec Luther.
Il paraît donc évidemment que tout ce que disent les
Ministres pour justifier Luther, est hors de propos : il ne s'agit pas ici d'alléguer
que le Diable dit quelquefois la vérité; on sait qu'il la dit, ou quand il y
est contraint (encore faut-il qu'elle soit connue d'ailleurs) ou quand elle lui
sert à jeter les âmes dans le désespoir, comme l'histoire de Judas nous
l'apprend.
Il ne s'agit pas non plus d'apporter quelques
exemples de Moines que le Diable a tentés : il s'agit seulement de montrer
qu'on peut en conscience écouter le Diable, quand il est le premier à dire une
chose inconnue à tout ce qu'il y a de Fidèles dans l'Église. Voilà ce qu'il
faut montrer pour justifier Luther ; et voilà ce que les Ministres ne pourront
jamais faire, quelque chose qu'ils puissent alléguer. Ils ont beau prêcher que
la Messe est une idolâtrie, ils ne le
persuaderont jamais à des gens sensés et instruits : car quand (75) on ne
saurait pas d'ailleurs que toute l'ancienne Église l'a regardée (selon l'aveu de Calvin) comme une chose solidement
établie dans l'Écriture sainte (76), il
suffit de savoir que le Démon ait été le premier à persuader à Luther d'abolir
ce sacrifice pour, être convaincu de la sainteté de cette action et de l'erreur des Prétendus Réformés, qui la
regardent comme une chose abominable. Faut-il. que des Chrétiens se laissent
ainsi malheureusement séduire par le Démon, et faut-il qu'ils oublient que (77)
cet ennemi de notre salut tourne sans cesse autour de nous comme
un lion rugissant, pour nous dévorer ? Mais, dès qu'on n'écoute plus
l'Église Catholique (78) que Jésus-Christ nous commande d'écouter comme lui-même, et qui est, selon
l'expression de S. Paul, la colonne et l'appui de la vérité, il
faut nécessairement écouter l'Esprit de mensonge. Celui qui connaît Dieu, dit S.Jean (79), nous écoute; mais celui qui n'est point de Dieu, ne nous écoute pas; et
c'est par là, ajoute le même Apôtre, que
nous connaissons l'esprit de vérité et l'esprit d'erreur.
Ce fut sans doute ce dernier esprit, qui suggéra à Zuingle ce
qu'il avait à répondre au Chancelier de Zurich (80), dont les raisons l'avaient
fort embarrassé dans une assemblée qu'on y tint sur le sujet de l'Eucharistie
(81). Je songeais en dormant, dit
Zuingle, que je disputais encore avec le Chancelier, et que j'étais demeuré
tellement muet, que je ne pouvais exprimer ce que je savais être vrai. En cet
état je vis tout d'un coup un AVERTISSEUR (je ne sais (82) s'il était blanc ou
noir) qui me dit : Hé, pauvre
homme, que ne lui réponds-tu ce qui est écrit en l'Exode, C'EST LA PÂQUE, c'est-à-dire LE PASSAGE DU SEIGNEUR? Et
il ajoute que s'étant servi de cet
endroit de l'Écriture dans l'assemblée, qui se tint le lendemain, toutes les
âmes qui avaient encore quelque scrupule sur sa doctrine, la reçurent avec
joie.
Ces exemples vérifient bien à la lettre ce que
dit le S. Esprit par la bouche de S. Paul (83), que dans les derniers temps quelques-uns abandonneront la foi,
s'arrêtant aux esprits d'erreurs et
aux doctrines des Diables.
(75) Qu'il
me soit permis de marquer ici ce que dit le Ministre Pierre Poiret, qui écrit
aux Réformés qui étaient restés en France, qu'il ne faut pas croire les
Catholiques Idolâtres, lorsqu'ils adorent l'Eucharistie. Comme ils croient que
Jésus-Christ y est présent réellement, non-seulement ils doivent l'y adorer,
mais ils commettraient même un grand péché de ne le pas faire. Il va même
jusqu'à dire que Dieu est obligé de rendre Jésus-Christ présent dans le Sacrifice
de la Messe et dans le Sacrement, suivant cette parole de l'Évangile,
« qu'il te soit fait selon ta foi ». Poiret, La paix des bonnes âmes dans tous les partis du
christianisme sur les matières de religion et particulièrement sur l'Eucharistie,
Amsterdam, 1687, in-12. Aussi les Réformés accusent d'erreur les
Protestants qui n'adorent. pas Jésus-Christ, quoiqu'ils le croient
présent dans le Sacrement, du moins dans l'usage et au moment de la Communion ;
parce que, quelque part que soit Jésus-Christ, il est toujours adorable. Et les Réformés avouent que s'ils croyaient Jésus-Christ
réellement présent dans le Sacrement, ils l'adoreraient eux-mêmes sous les
espèces du pain et du vin. V. Daillé, en son Apologie, chap. 9, pag. 222, et Calvin en convient aussi en
plusieurs endroits.
(76) Comment. sur le .9me v.
du 7me ch. de l'Épît. aux Héb.
(77)
I Pet., 5, 8. j
(78)
Matth., 18, 17.
(79)
I Joan, 4, 6.
(80)
Hospin., 2 p., Hist. Sacram., fol. 25. Faux Pasteur de Drelincourt, sect. 47, p. 162.
(81).
Zuingl. in subsid. Euch., tom. 2,
fol. 249. Hospin., 2 p.,Hist, Sacram.,
fol. 26.
(82) C'est-à-dire, « je ne sais qui il
était ».
(83) I Timoth., 4, 1.
APPROBATION
J’ai lu ce petit écrit, composé par M l'Abbé de
CÔRDEMOY, sous le titre de Récit de la
Conférence dit Diable avec Luther, fait par Luther même, avec quelques
Remarques sur cette Histoire, pour marquer les avantages que l'Église peut
tirer de là contre les Calvinistes, alliés avec ces premiers Hérétiques, et
pour combattre les réponses, que les uns et les autres ont coutume d'apporter
pour se sauver de ce reproche.
A Paris, le 20 Février 1681.
PIROT
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Vu l'Approbation,
Permis d'imprimer, fait ce 10 Mars 1701.
M. De
Voyer D'ARGENSON.
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TABLE DES MATIÈRES
Avant-propos
RÉCIT DE LUTHER
REMARQUES
DE L'ABBÉ DE CORDEMOY
Chapitre I. - Que-cette pièce est de Luther
Chapitre
II. - Que les Protestants ne doivent pas même écouter Luther
Chapitre
III. - Que les Protestants s'efforcent en vain de justifier Luther
Chapitre IV. - Au temps de la Conférence
avec le Diable, 'Luther était encore dans
le sein de l'Église Catholique
Chapitre
V. - Étrange égarement de Luther sur l'administration des Sacrements
FIN
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