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Le raisonnement vicieux de
Descartes : raisonnement vicieux
La logistique : logistique
L'Organon ou
Définition de la logique : « La logique est l'art
qui dirige l'acte même de la raison, c'est-à-dire qui nous fait procéder, en
cet acte, avec ordre, facilement et sans erreurs. » (S. Thomas d'Aquin, Post-Analytiques,
I, l. I, n° 1).
Au sujet de l'Organon
ou de
Université Louis Pasteur, Département de Mathématique,
Laboratoire associé au C.N.C.S. n° 1, Strasbourg, Logique, Séries de
Mathématiques Pures et Appliquées, A. Fuchs et G. Reeb, Publication de
l'Institut de Recherche Mathématique Avancée, Strasbourg, Metz, Mulhouse, 1987,
p. 179 :
« La logique d'Aristote, et en
particulier la syllogistique, est un haut fait de l'esprit humain : depuis plus
de deux millénaires elle est au service de la pensée et de sa clarification et
malgré ses insuffisances beaucoup de critiques formulées contre elle sont sans
fondement. On sait que Descartes mettait en doute la valeur créatrice du syllogisme [dans les Regulæ] et que des auteurs aussi éminents que Goethe l'ont tournée
en dérision (Faust, I, 1919-40) : ils auront simplement oublié que le moment
créateur se situe en réalité au choix du moyen terme, relais entre la majeure
et la mineure. »
Id., Remarque 6, pp. 176-177 :
« A un syllogisme concluant, dont la conclusion
est universelle, on peut, dans la vue d'Aristote, associer un autre syllogisme
concluant, comportant une conclusion particulière. Ainsi à BARBARA
correspondrait - dans la même colonne (cf. p. 174) - un syllogisme en A, A, I,
dont la conclusion serait 'quelque a est b'. Le tableau des syllogismes devrait
alors contenir 24 (et non pas 19) triplets concluants, les cinq intrus étant
associés respectivement à BARBARA, CELARENT, CESARE, CAMESTRES et CELANTES. Il
n'était évidemment pas utile d'allonger ainsi la liste des syllogismes
concluants : en effet, les cinq nouveaux venus ne produisent pas les
conclusions les plus larges qui étaient les seules ayant un intérêt pour les
Grecs. Notons toutefois que si l'on maintient les 24 triplets concluants,
chacune des 4 figures en contient exactement 6 : la régularité de cette
distribution a suscité l'admiration de Leibniz, qui était un chaud partisan de
nos 5“ intrus”. »
Règles
du Syllogisme :
Sur
les 64 modes possibles du Syllogisme, c’est-à-dire selon la disposition des
prémisses elles-mêmes, 19 sont seulement concluants.
La
formule mnémonique des quatre premiers mots qui se rapportent à la première
Figure :
Barbara,
Celarent, Darii,
Ferio,
où les trois premières voyelles de ces mots latins conventionnels représentent
dans l’ordre
Etant
donné qu’il y a seize combinaisons possibles a priori (A, I, E, 0) qui peuvent
se retrouver dans chacune des quatre figures, le nombre de toutes les
combinaisons possibles est de 16 × 4 = 64.
René Descartes (1596-1650), Méditations
métaphysiques, Septièmes réponses, GF-Flammarion, 1979, page 505 :
« Et de la même façon mes seuls écrits font assez
voir que je ne réprouve point les syllogismes, et même que je ne
corromps point les formes, puisque je m'en suis servi moi-même toutes les
fois qu'il en a été besoin. » [Cette phrase de Descartes prouve que celui-ci ne mettait pas
vraiment en doute la valeur créatrice du syllogisme.]
Emmanuel Kant (1724 - 1804),
« [...] on peut toujours être convaincu qu'une
telle étude est encore bien loin d'avoir suivi la marche sûre d'une science et
qu'elle est un simple tâtonnement [...]. Que
Jacques Maritain (1882-1976), agrégé de l'Université, Éléments
de philosophie, II : L'ordre de concepts, I - Petite logique (logique
formelle), lib.-éd. Téqui, 1951, pages 243, 249-250 et 251 :
« La théorie des figures et des modes du
syllogisme est exposée en détail dans les Premiers Analytiques. Aristote
déclare d'autre part (41) qu'avant lui personne n'avait étudié la
question. Nous avons là le cas fort rare d'une doctrine scientifique
constituée du premier coup dans sa perfection par celui qui l'a découverte.
Après Aristote, en effet, [...] on n'a pu apporter à la théorie elle-même du
Syllogisme catégorique aucun perfectionnement important, et toute tentative
de la réformer s'est montrée malheureuse. [...]
« Beaucoup d'auteurs plus ou moins nominalistes,
qui confondent l'extension d'un concept avec la résolution
de celui-ci en une simple collection d'individus, c'est-à-dire avec sa
destruction pure et simple et qui entendent par suite d'une manière entièrement
vicieuse la maxime que " le Syllogisme va de l'universel au particulier
", interprètent le syllogisme à un point de vue purement collectif,
je veux dire regardent le syllogisme comme consistant à faire passer à un
ou quelques individus un prédicat vérifié de tous les membres de
la collection dont ces individus font partie. C'est là une erreur
fondamentale, et à vrai dire destructive de toute la logique ; et il n'est pas
étonnant que ces auteurs, commençant par se faire gratuitement du Syllogisme
une conception si peu subtile, regardent celui-ci comme une vaine tautologie,
voire comme un cercle vicieux. [...]
« En réalité ce n'est pas une collection
d'individus [et Maritain a
raison de bien le préciser et d'insister], c'est la nature universelle communicable à ceux-ci et
prise comme moyen terme [le
lien ou le joint de tout raisonnement, le troisième terme, qui passe d'une
vérité à une autre - comme l'on passe analogiquement du Verbe au Père par le
lien de l'Esprit. - Cf. le Timée de Platon, 31b - 33a : “ ... il faut
qu'il y ait entre les deux un lien qui les unisse. ”] qui fait toute la
valeur de l'inférence syllogistique et qui, seule, lui donne d'exister. Ce
n'est pas au point de vue d'une simple collection d'individus,
c'est au point de vue de l'essence universelle qu'il faut se
placer pour comprendre le syllogisme, qui consiste à faire passer à un sujet
(individuel ou universel) un prédicat que l'on sait vrai de la nature
universelle qui impose sa loi à ce sujet. »
« (41) Aristote (384 - 322 av. J.-C.), Organon,
VI, Les réfutations sophistiques, Librairie Philosophique J. Vrin,
Paris, 1950, chap. 34, 184 b, p. 139. »
Id., pp. 207, 209, 210 :
« Section 2.- Le Syllogisme
« A.- Le Syllogisme catégorique.
« § I.- Notions générale.
« 69. Définition. - [...] et l'on peut définir le
Syllogisme : une argumentation dans laquelle, d'un antécédent qui unit deux
termes à un troisième, on infère un conséquent qui unit ces deux termes entre
eux.
« [...] Nous pouvons convenir de désigner
désormais par la lettre t le Petit Terme, par la lettre T le Grand Terme, par
la lettre M le Moyen Terme. On a ainsi, en prenant l'exemple classique du
syllogisme, que les Logiciens ont choisi à cause de son excessive simplicité (Ire
figure directe) :
« Antécédent (constitué par les deux premières
propositions du syllogisme) :
« Antécédent (constitué par les deux premières propositions du syllogisme) : M T Tout homme est mortel (Majeure) T M Or Pierre est homme (Mineure) Conclusion ( constituée par la troisième proposition) : t TDonc Pierre est mortel »
[Au
regard de ce syllogisme choisi sciemment par les Logiciens pour son évidence,
afin de mieux mettre en lumière la forme de son argumentation, il ne faudrait
pas conclure que le syllogisme ne fasse pas avancer dans la connaissance. On
sombrerait en effet dans le nominalisme en pensant que ce qui se trouve dans
l'esprit sous un mode universel n'existe absolument pas dans la réalité. Dans
ledit syllogisme on a bien saisi une essence à laquelle est liée la mortalité,
mais on ne prétend pas avoir examiné un par un tous les hommes en tant
qu'individus. Il n'y a donc pas de pétition de principe. Et en disant que
« Tout homme est mortel », on ne pense pas explicitement à Pierre,
mais on passe de l'universel au particulier. Il n'y a donc pas non plus de
tautologie, mais l'application d'une vérité universelle à un cas précis.]
« N. B. - Avoir soin, quand on construit un
syllogisme, de bien commencer par
« 70. POINT DE VUE DE L’EXTENSION ET POINT DE VUE
DE
« [...] D'autre part les Logiciens trouvent
certains avantages de commodité et d'uniformité à considérer le Syllogisme au seul
point de vue de l'extension. [...] (C'est surtout Leibnitz et Euler [cercles d'Euler] qui ont lancé
Ainsi,
dans l’exemple précédent, Tout homme est
mortel (Majeure), c’est-à-dire Homme tout
entier (M, sujet : Homme) fait partie de l’extension Mortel (T, prédicat
ou attribut – petit cercle Homme contenu dans le plus grand cercle
Mortel) ; or Pierre est homme (Mineure),
c’est-à-dire Pierre (t, sujet : Pierre) fait partie de l’extension de
Homme (M, prédicat ou attribut - plus petit cercle Pierre contenu dans cercle
Homme) ; donc Pierre est mortel
(Conclusion), c’est-à-dire Pierre (t, sujet :
Pierre) fait partie de l’extension de Mortel (t, prédicat ou attribut -
plus petit cercle contenu dans le plus grand cercle Mortel). Représentation
géométrique commode du point de vue visuel, mais qui fait abstraction de
« l’évidence intelligible des
rapports d’identification des deux extrêmes au moyen terme et par suite l’un à
l’autre » (Maritain, L’Ordre des
concepts, ouvrage cité plus haut, p. 211).
Méfions-nous
de la logistique ou de l'utilisation exclusive des trois cercles d'Euler
(seul point de vue de l'extension ou abstraction faite du point de vue de la
compréhension), parce que nous risquerions de nous détourner de la valeur
intrinsèque du contenu des propositions, ou de l'acte propre de l'intellect, en
ne retenant que les relations entre signes idéographiques et en limitant
ainsi notre raisonnement à une algèbre desséchante ou stérilisante qui
fausserait notre intelligence et finalement nous ferait perdre le sens de l'être
comme tel ou nous éloignerait de l'objet formel de notre intelligence, i.e.
de ce pour quoi notre intelligence est faite. Fuchs et Reeb, les auteurs du
mémoire cité plus haut, en mettant en évidence " une différence
essentielle entre le caractère existentiel des propositions particulières et le
caractère non existentiel des propositions universelles " (1) par la
considération de leur seule forme (leur disposition), se
conduisent en Logisticiens plus qu'en Logiciens, car il y a des propositions
affirmatives universelles qui ont une signification existentielle, non
seulement avec un prédicat (attribut) accidentel au sujet, mais encore avec un prédicat
essentiel (propositions affirmatives universelles en matière nécessaire)
(2).
1) A. Fuchs et G. Reeb, Logique, p.
172 :
2) Cf. J. Maritain, Petite logique, ouvrage
cité plus haut, pp. 269-271.
Notons
bien que lorsque l’extension croît la compréhension décroît. Par exemple, la
compréhension du concept « animal »
est plus petite que celle du concept « homme », car la note
« raisonnable » manque au concept « animal » ; de même
que la compréhension du concept « polygone » est plus petite que
celle du concept
« quadrilatère » à qui manque cette propriété ou note fondamentale.
Nous constatons par l’emploi fréquent de cette méthode des cercles d’Euler un
affaiblissement progressif de notre activité intellectuelle qui peut conduire à
la mort de notre intelligence qui est faite pour l’être et pour l’universel qui
en est la conséquence. Et c’est ainsi que certains informaticiens en arrivent à
conclure dans leur thèse de doctorat que les ordinateurs deviendront un jour
des êtres intelligents pour finalement nous amener à vivre dans le virtuel ou
le non-être.
Vocabulaire technique et critique de la philosophie,
par André Lalande, membre de l'Institut, professeur honoraire à
« Logistique », D. Logistik : E. Logistic
: I. Logistica.
« Logique algorithmique ». Terme proposé au
Congrès de Genève (septembre 1904) par M. Itelson. “MM. Itelson, Lalande et
Couturat, sans entente ni communication préalables, se sont rencontrés pour
donner à la logique nouvelle le nom de logistique. Cette triple coïncidence semble
justifier l'introduction de ce mot nouveau plus court et plus exact que les
locutions usuelles : Logique symbolique, mathématique, algorithmique, Algèbre
de
« - La “logistique” au sens de M. Bertrand Russel
et de Couturat, est née de deux préoccupations distinctes : 1° appliquer
les méthodes de l'algèbre à des rapports logiques que n'étudiait pas la logique
formelle traditionnelle, en inventant au besoin de nouveaux signes
opératoires : - 2° établir que la logique algorithmique, ainsi étendue et
généralisée, renferme tous les principes des sciences mathématiques.
(René Berhelot.) "
Jacques Maritain, Éléments de philosophie, ouv. cité plus haut, pp. 215, 216, 217,
220, 221, 223, 244 :
« 71. PRINCIPES SUPRÊMES DU SYLLOGISME. - Toute
la vertu du Syllogisme et de l'art de déduire dépend de ce principe suprême
évident par lui-même :
Deux choses identiques à une même troisième sont identiques
entre elles ;
et deux choses dont l'une est identique
et l'autre non identique à une même troisième sont
diverses entre elles.
« [...] Mais le principe premier du Syllogisme ne
peut s'appliquer à nos raisonnements,- qui ont pour matière des concepts,
abstraits et universels,- que moyennant deux autres principes également
suprêmes, qui concernent le rapport du concept universel avec ses parties
subjectives, et qu'on ne saurait méconnaître sans détruire le Syllogisme :
I° Tout
ce qui est affirmé universellement d'un sujet,
est affirmé de tout ce qui est contenu sous
ce sujet.(« Dictum de omni ».)
[...]
2° Tout
ce qui est universellement nié d'un sujet,
est nié aussi de tout ce qui est contenu
sous ce sujet.(« Dictum de nullo ».)
« [...] Remarquons qu'il est de l'essence du
Syllogisme que le troisième terme ou Moyen soit un objet de concept universel
: car en tant même que cause ou raison de l'attribution du T
au t, en tant même que communiquant à un sujet le prédicat qui est dit de ce
sujet dans la conclusion, il faut bien qu'à ce titre il soit lui-même communicable
à ce sujet, et qui dit communicable à plusieurs dit universel. Voilà
pourquoi c'est dans la nature universelle que réside le principe du
Syllogisme.
« 72. RÈGLES DU SYLLOGISME.
« [...] On peut ramener à trois principales
règles les lois auxquelles tout bon syllogisme obéit.
I° Que
le syllogisme n'ait pas plus de trois termes. [...]
2° De
deux prémisses négatives rien ne suit. [...]
3° De
deux prémisses particulières rien ne suit. [...]
« Les Logiciens donnent huit lois ou règles du
Syllogisme, dont les quatre premières regardent les termes et les
quatre autres les propositions.
« [...]
1. Trois
termes seulement : Grand, Moyen et Petit
2.
Jamais dans Conclusion n'aient plus d'extension que dans Prémisses.
3.
Que jamais le Moyen n'entre en
4.
Mais qu'une fois au moins il soit universel.
5. De
deux prémisses négatives rien ne suit.
6.
Prémisses affirmant, Conclusion ne peut nier.
7.
Conclusion suit toujours la moins bonne Prémisse.
8. Et
enfin rien ne suit de deux Particulières.
« [...] Ces huit règles, comme il est facile de
le voir, dérivent de la nature même du syllogisme, comme des déterminations
plus particulières du principe suprême : Deux choses identiques à une même
troisième sont identiques entre elles, deux choses dont l'une est identique et
l'autre non identique à une même troisième sont diverses entre elles, et
des deux principes (dictum de omni, dictum de nullo) qui lui sont
joints. »
« 81.
« [...] Le Syllogisme consiste essentiellement
à identifier deux termes à un moyen terme et à inférer de là l'identité de ces
deux termes entre eux, et non pas à descendre d'un terme plus universel à un
terme moins universel contenu sous lui. [...] Que l'esprit dans le syllogisme
aille d'une vérité plus universelle à une vérité moins universelle, c'est là,
non pas l'essence même du Syllogisme, mais seulement une propriété qui
dérive de cette essence. »
Chanoine Henri Collin, docteur en philosophie et en
théologie, directeur au Grand Séminaire de Versailles, Manuel de philosophie
thomiste, vol. I : Logique formelle - Ontologie - Esthétique, lib.-éd.
Téqui, 1950, p. 50 :
« § I. - Le syllogisme catégorique
« [...]
« 29. Règles générales. -
« [...]
« I. Terminus esto triplex : major
mediusque minorque. - Il ne doit y avoir que trois termes, sans quoi on ne
peut comparer deux concepts avec un même troisième. On pèche souvent
contre cette règle [contre
la règle I] en modifiant d'une
proposition à l'autre le nom ou l'acception d'un terme qui reste en
apparence le même et le sophisme se découvre par la distinction de
ces deux sens.
« Par exemple :
Ce qui est rare coûte cher, M' - P Or un logement peu cher est rare, S - M" Donc un logement peu cher coûte cher. ?
Rare a ici deux sens distincts qui constituent en réalité
deux termes différents : I° précieux : 2° qui se trouve peu souvent. Il n'y a
donc pas comparaison des deux termes extrêmes avec un même troisième concept et
l'on a donc le droit de rien conclure. »
[D'aucuns,
pour discréditer les syllogismes d'Aristote ou la logique aristotélicienne et
scolastique, n'ont pas trouvé mieux que de citer les deux prétendus syllogismes
suivants :
1°
- Tout chat (S, T) est mortel (Pr, M), majeure universelle et affirmative : A
or
Socrate (S, t) est mortel (Pr, M), mineure particulière et affirmative : I
donc
Socrate (t) est un chat (T), conclusion particulière affirmative : I
2°
- J' (S, T) aime Maximilien (Pr, M), majeure particulière et affirmative : I
or
Maximilien (S, M) aime Valentine (Pr, t), mineure particulière affirmative : I
donc
Valentine (S, t) m' (Pr, T) aime, conclusion particulière affirmative : I.
Où
l'on voit que le premier syllogisme de la 2e Figure (prae-prae) n'est
qu'un pseudo-syllogisme dont la conclusion est manifestement illusoire ou
fallacieuse, cette combinaison étant illégitime, parce que les deux prémisses
sont affirmatives, le Moyen étant Pr dans les deux prémisses, et outre cela que
rien ne suit deux Particulières. Quant au second, qui est de la 1re Figure
indirecte (prae-sub), ou un syllogisme de la 1re Figure mal
construit, il n'est pas non plus légitime, parce que les deux prémisses sont
particulières et affirmatives, et outre cela que le Moyen n'est pas un objet de
concept universel. Tout cela nous prouve incontestablement que la pensée
moderne est tombée en pleine déliquescence.]
Louis Jugnet, agrégé de philosophie, de 1945 à 1973
professeur de Première Supérieure, en Lettres Supérieures et de Préparatoire à
Saint Cyr, chargé de Cours à l'Institut d'Études Politiques de Toulouse, Pour
connaître la pensée de saint Thomas d'Aquin, éd. Bordas, 1964, pp. 218 :
« La méthode scolastique de discussion. -
« Il est bien porté de s'en moquer depuis
Id., note I :
« Contrairement à un préjugé courant, et en passe
d'être universellement admis, le syllogisme joue en mathématiques un rôle de
choix. C'était l'avis de Leibnitz, qui s'y connaissait un peu
[...]. "
Id., p. 219 :
« Le P. GÉNY, professeur à l'Université
Grégorienne, a fort pertinemment parlé de ce sujet dans les Questions
d'enseignement de philosophie scolastique (Beauchesne) : “Que de systèmes,
nés d'une critique vraiment puérile des positions traditionnelles, ont pu se
faire accepter, être pris au sérieux, tenir en échec le bon sens à cause du soin
qu'ont pris leurs auteurs d'éviter la preuve syllogistique... Car ils savent
quel ennemi ils ont dans le syllogisme : aussi commencent-ils par en
médire, ils posent en principe que la vérité ne se prouve pas, mais seulement
s'indique, ou plutôt se suggère à force de comparaisons et de métaphores : une
première métaphore vous laisse bouche bée ? On vous en donnera une seconde,
puis une troisième : vous êtes déconcerté, et vous ne trouvez plus que
répondre. Mais quand vous vous serez repris, que vous aurez échappé à la
fascination... vous vous en trouverez fort empêché : vous trouverez qu'il y
a sous les mots ou peu de choses, ou rien.” »
[Il
faut savoir que
Charles Maurras, Œuvres Capitales, vol. II :
Essais politiques, Trois idées politiques, épilogue, note IV : Misère logique,
Flammarion, 1954, pp. 92-93 :
« “L'abandon des études logiques, dit Renouvier,
a été poussé en France à un tel point que, si l'étude des mathématiques et en
partie celle du droit n'apportaient pas quelque remède à ce mal, on trouverait
peu de gens instruits qui sussent bien manier la réciproque, par exemple, et
n'eussent pas l'habitude de semer leur conversation de paralogismes grossiers” (Logique, tome II). Cet abandon est d'autant
plus funeste que le romantisme et la démocratie ont eu pour effet d'environner
la raison pure d'adversaires plus nombreux, plus puissants et plus intéressés.
« Sur le même sujet que Renouvier, le Genevois
Hennequin a remarqué l'affaiblissement des dons proprement intellectuels des
Français depuis cent ans. Voir aussi le curieux ouvrage de Max Nordeau, Dégénérescence.
« Encore Hennequin, Nordeau, Renouvier
s'occupent-ils ici des intelligences soumises à une culture générale assez
profonde. Hors de ce cercle, dans le monde des spécialistes, les dommages sont
plus considérables encore, si l'on en croit Alfred Fouillée. “Rétrécissement de
l'intelligence”, “égoïsme intellectuel”, “individualisme moral”, voilà les
traits qu'il a comptés dans son curieux livre Les Etudes classiques et
« La remarque d'Alfred Fouillée est très juste.
Rapprochée de celles que l'on a lues plus haut, elle me paraît incomplète.
L'abandon des études classiques n'est pas seule cause du fléau qu'il décrit.
L'affaiblissement intellectuel des " spécialistes " vient de la
misère logique qui règne dans la sphère supérieure des lettrés et des
philosophes. Mais cette misère résulte de l'abandon des anciennes études
théologiques ou, si l'on aime mieux, de ce que ces études si brusquement
abandonnées n'ont été remplacées par rien.
« Je parle de ces études en tant qu'études, toute
question de foi religieuse mise de côté. Il est bien trop clair que la foi,
dans chaque individu, est un principe d'unité et d'ordre et, entre les hommes
divers, un lien politique. Il ne s'agit point de cela, mais des vertus pédagogiques
de la théologie dans le catholicisme [nos hommes politiques ont maintenant les écrits de Jean-Jacques
Rousseau - ce qui est pitoyable !]. A
la différence de la théologie protestante, son caractère est de former une
synthèse où tout est lié, réglé, coordonné depuis des siècles, par les plus
subtils et les plus vastes esprits humains, en sorte qu'on peut dire qu'elle
enferme, définit, distribue et classe tout. Point de discussion inutile : tout
aboutit. Les doutes se résolvent en affirmations : les analyses, si loin qu'on
les pousse, en reconstitutions brillantes et complètes. Voilà pour de jeunes
esprits la préparation désirable. Ils pourront changer plus tard au dogme ce
qu'ils voudront et, s'il leur plaît, se faire bouddhistes ou parsis [cela leur sera cependant très difficile]. L'essentiel est qu'ils aient éprouvé les effets
d'une discipline aussi forte. Ils réussiront de la sorte à marquer les éléments
multiples d'une notion, et (comme répondait Mgr d'Hulst à un député radical qui
riait de ses distinguo) ils oseront " distinguer pour ne pas
confondre ". Ils seront exercés à juger de sang-froid et à raisonner avec
suite. On les aura introduits à l'art de penser. La philosophie
universitaire, enseignée en un an, a de plus le désavantage de se réduire dans
beaucoup de cours à la seule morale [aujourd'hui, en l'an 2007, c'en en fait de la morale], et quelle morale ! celle de Kant [ne parlons donc plus de philosophie au
sens propre du terme]. Du reste,
ce n'est pas au cœur, mais au cerveau, que se marque la race humaine [1] :
même pour notre vie pratique, le meilleur traité de morale n'aura point
l'efficacité du noble exercice logique qui instruit l'âme à bien penser. »
1) Cf. Dante,
Le raisonnement
vicieux de Descartes
Jacques Maritain, Éléments de philosophie, vol.
II, L'ordre des concepts, I : Petite logique, p. 80 :
« L'argument dit ontologique, par lequel Descartes pensait démontrer
l'existence de Dieu à partir de la seule idée de l'être parfait (et non pas à
partir de quelque chose d'existant) pèche contre cette règle [règle concernant la " suppositio
" ou la suppléance d'un terme pris comme partie d'une proposition], en passant de l'existence idéale à
l'existence réelle.
(I) L'être parfait existe nécessairement, (II) or Dieu est l'être parfait, (III) donc Dieu existe nécessairement.
« La proposition I résulte nécessairement de
la seule idée de l'être parfait si le mot ' existe ' y concerne
l'existence idéale, mais non pas s'il y concerne l'existence réelle [c'est même pire que de prendre des
vessies pour des lanternes]. Elle
signifie que cet objet de pensée que j'appelle l'être parfait a parmi ses notes
constitutives, - qu'il existe ou non réellement, - cet objet de pensée que
j'appelle l'existence nécessaire (sans que je sache si cette existence représentée
est une existence exercée). Dans la proposition II le sujet (Dieu)
supplée de même par rapport à l'existence idéale (Descartes n'a pas
démontré que Dieu existe réellement comme un être parfait, il part au
contraire de la seule notion de Dieu, ou de ce principe que Dieu existe idéalement,
dans notre pensée, comme un être parfait). Mais dans la proposition
III ce même sujet supplée par rapport à l'existence réelle, Descartes
conclut que Dieu existe nécessairement dans l'existence réelle. Il ne pouvait
conclure au contraire qu'à l'existence nécessaire de Dieu dans l'existence
idéale, en d'autres termes son argument montre seulement que Dieu existe
nécessaire, s'il existe [la belle affaire!]. »
La logistique
Collin (Henri), docteur en philosophie et en
théologie, Manuel de philosophie thomiste (en 3 vol.), I : Logique formelle
- Ontologie - Esthétique, p. 76, n° 53, librairie P. Téqui, éditeur, Paris,
1950 :
« CONCLUSION : LOGIQUE DE
« 3°
« Celle-ci vise à être “l'art général de
raisonner et de calculer”. Son point de départ n'est pas l'idée [ni l'universel, ni l'être] mais la proposition, car le concept est le
résultat de deux propositions, l'une qui en définit la compréhension, l'autre
qui en détermine l'extension. Par conséquent, le but de la logistique est
d'exprimer les relations les plus diverses des propositions entre elles. C'est une logique des relations plus qu'une science des concepts [et encore moins l'intuition ou la simple
saisie intellectuelle des principes premiers de la raison spéculative]. Et puisque la validité de la logique formelle dépend
non de la matière dont on parle [sujet et prédicat ou attribut d'une proposition] mais de la forme de ce qu'on dit, il est légitime de
remplacer les termes par des lettres pourvu que l'on sauvegarde leur rapport.
« Toute proposition s'exprime par une fonction :
x e a
« La fonction est dite propositionnelle chaque
fois que les variables sont replacées par des valeurs déterminées. Ex. : x
(Socrate) e (est) a (un homme). La fonction n'est vraie que pour certaines
valeurs, par exemple : x e Roi de y n'est vraie que pour :
x = Louis XIV Henri VIII y = France Angleterre
« [...] La logistique présente l'avantage
appréciable de supprimer l'opposition qu'on avait prétendu établir entre la
déduction mathématique et le syllogisme : la pensée dans quelque domaine
qu'elle s'exerce procède toujours selon les mêmes principes. Mais en réduisant tout raisonnement à une
substitution de termes équivalents représentant des classes, on donne
l'impression que l'esprit est une machine à calculer [ou
un ordinateur] qui travaille d'après l'extension des
éléments qu'on y introduit, sans souci de leur compréhension. Alors
serait vraie la critique de Bergson contre l'intelligence dont toutes les
opérations tendraient à la géométrie, c'est-à-dire à des représentations
d'ordre spatial. La
logistique ne doit pas être, comme le dit avec humour R. Jolivet,
“une méthode pour dispenser
de penser” (3). »
1) De la génération des animaux, III, 10, 760 b
29-30 :
« Conclusion. - Telle est donc la façon dont
paraît se faire la génération des abeilles si l'on part du raisonnement et des
faits qui semblent établis à propos de ces insectes. Mais les faits ne sont
pas connus d'une manière satisfaisante et, s'ils le deviennent un jour, il
faudra se fier aux observations dans la mesure où leurs conclusions
s'accorderont avec les faits observés. »
2) Claude Bernard (1813-1878), physiologiste français,
le " législateur de la physiologie ", Introduction à l'étude de la
médecine expérimentale (1865), p.78.
3) Traité de philosophie, I, Logique et
Cosmologie, Logique, p. 126.
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