Saint
Irénée (135/140-202/203), évêque de Lyon (177-202/203),
honoré par l’Église comme martyr, « fondateur de la théologie
catholique » et « marteau des hérésies », Contre les hérésies, liv. IV, 2e partie,
« L’Ancien Testament, prophétie du Nouveau : une lecture ecclésiale
des Écritures », 33, 10 : « Le
disciple spirituel n’est jugé par personne » (cf. Ire épître
aux Corinthiens, 2 : 15) et 33, 11 à 15 : « Comment le disciple
spirituel interprète les prophéties des Écritures » :
33, 10. Car les prophètes, en plus en plus de tout le reste de leur
prophétie, avaient prophétisé aussi cela, à savoir que ceux sur qui
reposeraient l’Esprit de Dieu, qui obéiraient au Verbe du Père et le
serviraient de tout leur pouvoir, ceux-là seraient persécutés, lapidés et mis à
mort : car les prophètes préfiguraient en eux-mêmes tout cela, à cause de
leur amour pour Dieu et à cause de son Verbe.
Comment le
disciple spirituel interprète les prophéties des Écritures.
Car, parce qu’ils
étaient eux aussi les membres du Christ, chacun d’entre eux manifestait la
prophétie selon qu’il était un membre déterminé, cependant que tous, malgré
leur nombre, n’en préfiguraient et n’en annonçaient pas moins un seul
personnage. De même que par nos membres s’exprime l’activité de tout notre
corps, mais que l’attitude de tout homme ne s’exprime pas par un seul membre
mais par tous, ainsi en était-il des prophètes : tous préfiguraient un
seul personnage, mais chacun d’eux accomplissait l’ « économie »
selon qu’il était un membre déterminé et prophétisait
l’action du Christ qui se rapportait à ce membre.
33, 11. Les uns, en
effet, l’ont vu dans la gloire (1) : c’était sa vie glorieuse auprès du
Père, à la droite de celui-ci (2), qu’ils contemplaient.
D’autres l’ont vu
venir sur les nuées en qualité de Fils de l’homme (3) et ont dit de lui :
« Ils verront celui qu’ils ont transpercé (4) » : ils
signifiaient par là cette venue dont lui-même dit : « Est-ce que le
Fils de l’homme, lors de sa venue, trouvera la foi sur la terre (5) ? »
et dont Paul dit : « C’est justice pour Dieu que de rendre l’affliction
à ceux qui vous affligent et de vous donner, à vous qui êtes affligés, le repos
avec nous, quand le Seigneur apparaîtra au ciel avec les messagers de sa
puissance et dans une flamme de feu (6). »
D’autres lui ont
décerné le titre de Juge (7) et ont dit que le Jour du Seigneur serait brûlant
comme une fournaise (8), « car il rassemble le froment dans son grenier et
il brûlera la paille au feu qui ne s’éteint pas (9) » : par là ils
menaçaient les incrédules, dont le Seigneur lui-même dit : « Allez-vous-en
loin de moi, maudits, au feu éternel que mon Père a préparé pour le diable et
pour ses anges (10) », et dont l’Apôtre dit pareillement : « Ils
subiront la peine éternelle de la perdition, par le fait de la face du Seigneur
et de l’éclat de sa puissance, quand il viendra pour être glorifié dans ses
saints et reconnu admirable en ceux qui auront cru (11). »
D’autres encore ont
dit : « Tu l’emportes en splendeur et en beauté sur les fils des
hommes (12) », et encore : « O Dieu, ton Dieu t’a oint d’une huile
d’allégresse plus que ceux qui ont part à toi (13) », et encore :
« Ceins ton épée sur ta cuisse, ô héros, dans ta splendeur et ta
beauté ; tends ton arc, avance avec succès et règne en faveur de la
vérité, de la douceur et de la justice (14) », et ainsi de suite :
c’est sa splendeur, sa beauté et son allégresse dans son royaume, plus
éclatantes et plus excellentes que celles de tous ses sujets, qu’ils
indiquaient par là, afin que leurs auditeurs
eussent le désir de s’y trouver en faisant ce qui plaît à Dieu.
D’autres encore ont
dit : « Il est homme, et pourtant qui le connaîtra (15) ? »,
et encore : « J’allai vers la prophétesse et elle mit au monde un
fils ; son nom est : Conseiller merveilleux, Dieu fort (16) »,
et ils ont prêché l’Emmanuel né de
D’autres ont
dit : « De Sion le Seigneur a parlé, et de Jérusalem il a fait
entendre sa voix (20) », et encore : « Dieu est connu en Judée (21) » :
ils signifiaient par là sa venue de
D’autres encore ont
dit que Dieu viendrait du midi et de la montagne de Pharan (22) : ils
disaient par là sa venue de Bethléem, comme nous l’avons montré dans le livre
précédent ; car c’est de là qu’est venu le chef qui paît le peuple du Père
(23).
D’autres ont
dit : « Grâce à sa venue le boiteux bondira comme le cerf, la langue
des bègues sera nette, les yeux des aveugles s’ouvriront et les oreilles des
sourds entendront (24) », et encore : Les mains défaillantes et les
genoux chancelants s’affermiront (25), et encore : « Les morts gisant dans
les tombeaux ressusciteront (26) », et encore : « Il a pris sur
lui nos infirmités et porté nos maladies (27) » : ils annonçaient par
là les guérisons opérées par lui.
1) Cf. Isaïe, 6 : 1 ; S. Jean, 12 : 41 ;
2) Cf. Psaumes, 109 : 1 ;
3) Cf. Daniel, 7 : 13 ;
4) Zacharie, 12 : 10 ; S. Jean, 19 : 37 ;
5) S. Luc, 18 : 8 ;
6) II Thessaloniciens, 1 : 6-8 ;
7) Cf. Psaumes, 49 : 6 ;
8) Cf. Malachie, 4 : 1 ;
9) S. Matthieu, 3 : 12 ; S. Luc, 3 : 17 ;
10)
S. Matthieu, 25 : 41 ;
11)
II Thessaloniciens, 1 :
9-10 ;
12)
Psaumes, 44 : 3 ;
13)
Psaumes, 44 : 8 ;
14)
Psaumes, 44 : 4-5 ;
15)
Jérémie, 17 : 9 ;
16)
Isaïe, 8 : 3 ; 9 :
5 ;
17)
Cf. Isaïe, 7 : 14 ;
18)
Isaïe, 9 : 5 ;
19)
Cf. Isaïe, 53 : 8 ;
20)
Amos, 1 : 2 ;
21)
Psaumes, 75 : 2 ;
22)
Cf. Habaquq,
23)
Cf. S. Matthieu, 2 : 6 ;
24)
Isaïe, 35 : 5-6 ;
25)
Isaïe, 35 : 3 ;
26)
Isaïe, 26 : 19 ;
27)
Isaïe, 53 : 4 ; S.
Matthieu, 8 : 17.
33, 12. Certains ont
dit qu’il serait un homme méprisé, sans gloire et sachant supporter l’infirmité
(1) ; qu’il viendrait à Jérusalem assis sur le petit d’une ânesse (2) ;
qu’il présenterait son dos aux fouets et ses joues aux soufflets (3) ;
que, tel un agneau, il serait conduit à l’égorgement (4) ; qu’il serait
abreuvé de vinaigre et de fiel (5),
abandonné de ses amis et de ses proches (6) ; qu’il étendrait ses mains
durant tout le jour (7) ; qu’il serait un objet de risée et d’insultes
pour les spectateurs, que ses vêtements seraient partagés et sa tunique tirée
au sort, et qu’il descendrait dans la poussière de la mort (8), et ainsi de
suite : ils prophétisaient par là sa venue comme homme, et comment il fit
son entrée à Jérusalem, où il souffrit sa Passion et fut crucifié et endura
tous les tourments susdits.
D’autres ont
dit : « Le Seigneur, le Saint d’Israël, s’est souvenu de ses morts
qui dormaient dans la terre du tombeau, et il est descendu vers eux pour les en
tirer, pour les sauver (9) » : ils donnaient par là la raison pour
laquelle il souffrit tout cela.
D’autres ont
dit : « En ce jour-là, dit le Seigneur, le soleil se couchera en
plein midi et il y aura des ténèbres sur la terre en un jour serein, et je
changerai vos fêtes en deuil et tous vos cantiques en lamentations (10) » :
ils annonçaient ouvertement par là ce coucher de soleil survenu lors de sa
crucifixion, à partir de la sixième heure (11), et qu’après cet événement les
fêtes et les cantiques prescris par
1) Cf. Isaïe, 53 : 3 ;
2) Cf. Zacharie, 9 : 9 ;
3) Cf. Isaïe, 50 : 6 ;
4) Cf. Isaïe, 53 : 7 ;
5) Cf. Psaumes, 68 : 22 ;
6) Cf. Psaumes, 37 : 12 ;
7) Cf. Isaïe, 65 : 2 ;
8) Cf. Psaumes, 21 : 8, 16, 19 ;
9) Ps.-Jér.
10)
Amos, 8 : 9-10 ;
11)
Cf. Matthieu, 27 : 45 ;
12)
Jérémie, 15 : 9.
33, 13. D’autres
encore ont dit s’était endormi et plongé dans le repos, et qu’il s’était
réveillé parce que le Seigneur l’avait soutenu (1), et ils ont invité les
princes des cieux à ouvrir les portes éternelles afin qu’entrât le Roi de
gloire (2) : ils proclamaient par là sa résurrection d’entre les morts
accomplie par le Père et son enlèvement dans les cieux.
D’autres ont
dit : « Du plus haut des cieux il prend son départ, et le terme de sa
course est au plus haut des cieux, et il n’est personne qui puisse se dérober à
son ardeur (3) » : ils indiquaient par là qu’il serait enlevé là même
d’où il était descendu, et qu’il n’est personne
qui puisse échapper à son juste jugement.
D’autres ont
dit : « Le Seigneur a régné : que les peuples s’irritent !
Il est assis sur les Chérubins : que la terre s’agite (4) ! » :
ils prophétisaient par là, d’une part, la colère de tous les peuples se
déchaînant contre ses fidèles après son enlèvement, et l’agitation de toute la
terre contre l’Eglise ; d’autre part, l’ébranlement de toute la terre qui
aura lieu lorsqu’il viendra du ciel avec les messagers de sa puissance (5), selon ce qu’il dit de lui-même : « Il y aura une grande commotion de la terre, telle qu’il
n’y en a pas eu depuis le commencement (6). »
D’autres encore ont
dit : « Quel est celui qui est jugé ? Qu’il se tienne en
face ! Et quel est celui qui est justifié ? Qu’il s’approche de
l’Enfant du Seigneur (7) ! », et encore : « Malheur à vous,
parce que vous vieillirez comme un vêtement, et la teigne vous dévorera (8) »,
et encore : « Toute chair sera abaissée, et le Seigneur seul sera
élevé dans les hauteurs (9) » : ils signifiaient par là qu’après sa
Passion et son enlèvement Dieu mettrait tous ses adversaires sous ses pieds (10),
qu’il serait élevé au-dessus de tous, et qu’il n’y aurait personne à pouvoir
être justifié ou lui être comparé.
1) Cf. Psaumes, 3 : 6 ;
2) Cf. Psaumes, 23 : 7 ;
3) Psaumes, 18 : 7 ;
4) Psaumes, 98 : 1 ;
5) Cf. II Thessaloniciens, 1 : 7 ;
6) S. Matthieu, 24 : 21 ;
7) Isaïe, 50 : 8, 10 ;
8) Isaïe, 50 : 9 ;
9) Isaïe, 2 : 17 ;
10)
Psaumes, 8 : 7 ; Hébreux,
2 : 8.
33, 14. D’autres ont
dit que Dieu établirait en faveur des hommes une alliance nouvelle, différente
de celle qu’il avait établie en faveur des pères au mont Horeb (1), et qu’il
donnerait aux hommes un cœur nouveau et un Esprit nouveau (2) ; ils ont
dit encore : « Ne vous souvenez plus des choses antérieures et ne
pensez plus aux choses anciennes ; voici que j’en fais de nouvelles, qui
vont surgir maintenant et que vous connaîtrez : je ferai un chemin dans le
désert et, dans la terre aride, des fleuves pour abreuver ma race élue, mon
peuple que j’ai acquis afin qu’il publie mes hauts faits (3) » : ils
annonçaient clairement par là la nouvelle alliance de la liberté et le vin
nouveau que l’on met dans les nouvelles outres (4), c’est-à-dire la foi au
Christ, car ce sont bien là le chemin de la justice (5) surgi dans le désert et
les fleuves de l’Esprit Saint (6) jailli dans la terre aride pour abreuver la
race élue de Dieu, cette race qu’il s’est acquise pour publier ses hauts faits,
mais non pour blasphémer le Dieu qui a fait toutes choses.
1) Cf. Jérémie, 31 [70 : 38], 31-32 ;
2) Ézéchiel, 36 : 26 ;
3) Isaïe, 43 : 18-21 ;
4) Cf. S. Matthieu, 9 : 17 ;
5) Cf. Romains, 3 : 22 ;
6) Cf. S. Jean, 7 : 37-39.
33, 15. Et ainsi de
toutes les autres paroles qui, comme nous l’avons si abondamment montré, furent
dites par les prophètes : ces paroles, un homme
vraiment spirituel les expliquera en montrant quel
trait particulier de l’ « économie » du Seigneur vise chacune
d’entre elles et en faisant voir également le corps entier de l’œuvre accomplie
par le Fils de Dieu ; en tout temps, il
reconnaîtra le même Dieu ; en tout temps aussi, il reconnaîtra le même
Verbe de Dieu, même si, présentement, il s’est
manifesté à nous ; en tout temps encore, il
reconnaîtra le même Esprit de Dieu, même si, dans les
derniers temps, il a été répandu sur nous d’une manière nouvelle ; enfin,
depuis l’origine du monde jusqu’à la fin, il reconnaîtra le même genre humain,
au sein duquel ceux qui croient en Dieu et suivent son Verbe obtiennent de lui
le salut, tandis que ceux qui s’éloignent de Dieu, méprisent ses préceptes,
déshonorent leur Créateur par leurs œuvres et blasphèment leur Nourricier par
leurs pensées, accumulent sur eux-mêmes le plus juste des jugements. Cet homme donc « juge tous les hommes et n’est lui-même
jugé par personne (a) » : il ne blasphème pas son Père, il ne méprise
pas ses « économies, il n’accuse pas les pères, et n’outrage pas les
prophètes en disant qu’ils relevaient d’un autre Dieu, ou bien encore que les
prophéties émanaient de substances diverses.
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