SAINT IRÉNÉE, ÉVÊQUE ET MARTYR.
DOM GUERANGER - L’ANNEE LITURGIQUE
TOME III - LE XXVIII
JUIN.
Quoique la fête de saint
Léon II eût suffi par elle-même à compléter les enseignements de cette journée,
l'Eglise de Lyon présente à la reconnaissante admiration du monde, en ce même
jour, son grand docteur, le pacifique et
vaillant Irénée, lumière de l'Occident[1]. A cette date qui le
vit confirmer dans son sang la doctrine qu'il avait prêchée, il est bon de
l'écouter rendant à l'Eglise-mère le témoignage célèbre qui,- jusqu'à nos
temps,- a désespéré l'hérésie et confondu l'enfer ; c'est pour une instruction
si propre à préparer nos cœurs aux gloires du lendemain, que l'éternelle
Sagesse a voulu fixer aujourd'hui son triomphe. Entendons l'élève de Polycarpe, l'auditeur zélé des disciples des
Apôtres,
celui que sa science et ses pérégrinations, depuis la brillante Ionie jusqu'au
pays des Celtes, ont rendu le témoin le plus
autorisé de la foi des Eglises au second siècle. Toutes ces Eglises,
nous dit l'évêque de Lyon, s'inclinent devant Rome la maîtresse et la mère. «
Car c'est avec elle, à cause de sa principauté supérieure, qu'il faut que
s'accordent les autres ; c'est en elle que les fidèles qui sont en tous lieux,
gardent toujours pure la foi qui leur fut prêchée. Grande et vénérable par son
antiquité entre toutes, connue de tous,
fondée par Pierre et Paul les deux plus glorieux des Apôtres, ses
évêques sont, par leur succession, le canal qui transmet jusqu'à nous dans son
intégrité la tradition apostolique : de telle sorte que quiconque diffère
d'elle en sa croyance, est confondu par le seul fait[2].
»
La pierre qui porte
l'Eglise était dès lors inébranlable aux efforts de la fausse science.
Et pourtant ce n'était pas une attaque sans périls que celle de la Gnose,
hérésie multiple, aux trames ourdies, dans un étrange accord, par les
puissances les plus opposées de l'abîme. On eût dit que, pour éprouver le
fondement qu'il avait posé, le Christ avait permis à l'enfer d'essayer contre
lui l'assaut simultané de toutes les erreurs qui se divisaient alors le monde,
ou même devaient plus tard se partager les siècles. Simon le Mage, engagé par
Satan dans les filets des sciences occultes, fut choisi pour lieutenant du
prince des ténèbres dans cette entreprise. Démasqué à Samarie par le vicaire de
l'Homme-Dieu, il avait commencé, contre Simon Pierre, une lutte jalouse qui ne
se termina point à la mort tragique du père des hérésies, mais continua plus vive
encore dans le siècle suivant, grâce aux disciples qu'il s'était formés.
Saturnin, Basilide, Valentin ne firent qu'appliquer les données du maître, en
les diversifiant selon les instincts que faisait naître autour d'eux la
corruption de l'esprit ou du cœur. Procédé d'autant plus avouable, que la
prétention du Mage avait été de sceller l'alliance des philosophies, des
religions, des aspirations les plus contradictoires de l'humanité. Il n'était
point d'aberrations, depuis le dualisme persan, l'idéalisme hindou, jusqu'à la
cabale juive et au polythéisme grec, qui ne se donnassent la main dans le
sanctuaire réservé de la Gnose ; là, déjà, se voyaient formulées les
hétérodoxes conceptions d'Arius et d'Eutychès ; là par avance prenaient
mouvement et vie, dans un roman panthéistique étrange, les plus bizarres des
rêves creux de la métaphysique allemande. Dieu abîme, roulant de chute en chute
jusqu'à la matière, pour prendre conscience de lui-même dans l'humanité et
retourner par l'anéantissement au silence éternel : c'était
tout le dogme de la Gnose, engendrant pour morale un composé de mystique
transcendante et de pratiques impures, posant en
politique les bases du communisme et du nihilisme modernes.
Combien ce spectacle de
la Babel gnostique, élevant ses matériaux incohérents sur les eaux de l'orgueil
ou des passions immondes, était de nature à faire ressortir l'admirable unité
présidant aux accroissements de la cité sainte ! Saint Irénée, choisi de Dieu
pour opposer à la Gnose les arguments de sa
puissante logique et rétablir contre elle le sens véritable des Ecritures, excellait plus encore,
quand, en face des mille sectes portant si ouvertement la marque du père de la
division et du mensonge, il montrait l'Eglise
gardant pieusement dans l'univers entier la tradition reçue des Apôtres. La foi à la Trinité
sainte gouvernant ce monde qui est son ouvrage, au mystère de justice et de
miséricorde qui, délaissant les anges tombés, a relevé jusqu'à notre chair en
Jésus le bien-aimé, fils de Marie, notre Dieu, notre Sauveur et Roi : tel était
le dépôt que Pierre et Paul, que les Apôtres et leurs disciples avaient confié
au monde[3].
« L'Eglise donc, constate saint Irénée
dans son pieux et docte enthousiasme, l'Eglise ayant reçu cette foi la garde
diligemment, faisant comme une maison unique de la terre où elle vit dispersée
: ensemble elle croit, d'une seule âme, d'un seul cœur ; d'une même voix elle
prêche, enseigne, transmet la doctrine, comme n'ayant qu'une seule bouche. Car,
encore bien que dans le monde les idiomes soient divers, cela pourtant n'empêche point que la tradition demeure une
en sa sève. Les églises fondées dans la Germanie, chez les Ibères ou les
Celtes, ne croient point autrement, n'enseignent point autrement que les
églises de l'Orient, de l'Egypte, de la Libye, ou celles qui sont établies au
centre du monde. Mais comme le soleil, créature de Dieu, est le même et demeure
un dans l'univers entier : ainsi l'enseignement de la vérité resplendit,
illuminant tout homme qui veut parvenir à la connaissance du vrai. Que les
chefs des églises soient inégaux dans l'art de bien dire, la tradition n'en est
point modifiée : celui qui l'expose éloquemment ne saurait l'accroître ; celui
qui parle avec moins d'abondance ne la diminue pas[4].
»
Unité sainte, foi
précieuse déposée comme un ferment d'éternelle jeunesse en nos cœurs, ceux-là
ne vous connaissent point qui se détournent de l'Eglise. S'éloignant d'elle,
ils perdent Jésus et tous ses dons. « Car où est l'Eglise, là est l'Esprit de
Dieu; et où se trouve l'Esprit de Dieu, là est l'Eglise et toute grâce.
Infortunés qui s'en séparent, ils ne puisent point la vie aux mamelles
nourrissantes où les appelait leur mère, ils n'étanchent point leur soif à la
très pure fontaine du corps du Sauveur; mais, loin de la pierre unique, ils s'abreuvent à la boue des citernes
creusées dans le limon fétide où ne séjourne point l'eau de la vérité[5].
» Sophistes pleins de formules et vides du vrai, que leur servira leur science?
« Oh! combien, s'écrie l'évêque de Lyon dans un élan dont l'auteur de l’Imitation
semblera s'inspirer plus tard[6]
combien meilleur il est d'être ignorant ou de peu de science, et d'approcher de
Dieu par l'amour ! quelle utilité de savoir, de passer pour avoir beaucoup
appris, et d'être ennemi de son Seigneur ? Et c'est pourquoi Paul s'écriait: La
science enfle, mais la charité édifie[7].
Non qu'il réprouvât la vraie science de Dieu: autrement, il se fût condamné
lui-même le premier ; mais il voyait que quelques-uns, s'élevant sous prétexte
de science, ne savaient plus aimer. Oui certes, pourtant : mieux vaut ne rien
du tout savoir, ignorer les raisons des choses, et croire à Dieu et posséder la
charité. Evitons la vaine enflure qui nous ferait déchoir de l'amour, vie de
nos âmes ; que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, crucifié pour nous, soit toute
notre science[8].
»
Plutôt que de relever
ici, à la suite d'illustres auteurs, le génie
de l'éminent controversiste du second siècle, il nous plaît de citer de ces traits
qui nous font entrer dans sa grande âme, et nous révèlent sa sainteté si
aimante et si douce. « Quand viendra l'Epoux, dit-il encore des malheureux
qu'il voudrait ramener, ce n'est pas leur science qui tiendra leur lampe
allumée, et ils se trouveront exclus de la chambre nuptiale[9]
».
En maints endroits, au
milieu de l'argumentation la plus serrée, celui qu'on pourrait appeler le
petit-fils du disciple bien-aimé trahit son cœur ; il montre sur les traces
d'Abraham la voie qui conduit à l'Epoux : sa bouche alors redit sans fin le nom
qui remplit ses pensées. Nous reconnaîtrons, dans ces paroles émues, l'apôtre
qui avait quitté famille et patrie pour avancer le règne du Verbe en notre
terre des Gaules : « Abraham fit bien d'abandonner sa parenté terrestre pour
suivre le Verbe de Dieu, de s'exiler avec le Verbe pour vivre avec lui. Les
Apôtres firent bien, pour suivre le Verbe de Dieu, d'abandonner leur barque et
leur père. Nous aussi, qui avons la même foi qu'Abraham, nous faisons bien,
portant la croix comme Isaac le bois, de marcher à sa suite. En Abraham
l'humanité connut qu'elle pouvait suivre le Verbe de Dieu, et elle affermit ses
pas dans cette voie bienheureuse[10].
Le Verbe, lui, cependant, disposait l'homme aux mystères divins par des figures
éclairant l'avenir[11].
Moïse épousait l'Ethiopienne, rendue ainsi fille d'Israël : et par ces noces de
Moïse les noces du Verbe étaient montrées, et par cette Ethiopienne était
signifiée l'Eglise sortie des gentils[12]
; en attendant le jour où le Verbe lui-même viendrait laver de ses mains, au
banquet de la Cène, les souillures des filles de Sion[13].
Car il faut que le temple soit pur, où l'Epoux et l'Epouse goûteront les
délices de l'Esprit de Dieu ; et comme l'Epouse ne peut elle-même prendre un
Epoux, mais doit attendre qu'elle soit recherchée : ainsi cette chair ne peut
monter seule à la magnificence du trône divin ; mais quand l'Epoux viendra, il
l'élèvera, elle le possédera moins qu'elle ne sera possédée par lui[14].
Le Verbe fait chair se l'assimilera pleinement, et la rendra précieuse au Père
par cette conformité avec son Verbe visible[15].
Et alors se consommera l'union à Dieu dans l'amour. L'union
divine est vie et lumière; elle donne la jouissance de tous les biens qui sont
à Dieu ; elle est éternelle de soi, comme ces biens eux-mêmes. Malheur à ceux qui s'en éloignent : leur châtiment vient
moins de Dieu que d'eux-mêmes et du libre choix par lequel, se détournant de
Dieu, ils ont perdu tous les biens[16].
»
La perte de la foi
étant, de toutes les causes de l'éloignement de Dieu, la plus radicale et la plus
profonde, on ne doit pas s'étonner de l'horreur qu'inspirait l'hérésie, dans ces temps où l'union à Dieu était le trésor
qu'ambitionnaient toutes les conditions et tous les âges. Le nom d'Irénée
signifie la paix ; et, justifiant ce beau nom, sa condescendante charité amena
un jour le Pontife Romain à déposer ses foudres dans la question, pourtant si
grave, de la célébration de la Pâque. Néanmoins, c'est Irénée qui nous rapporte
de Polycarpe son maître, qu'ayant rencontré Marcion l'hérétique, sur sa demande
s'il le connaissait, il lui répondit : « Je te reconnais pour le premier-né de
Satan[17].
» C'est lui encore de qui nous tenons que l'apôtre saint Jean s'enfuit
précipitamment d'un édifice public, à la vue de Cérinthe qui s'y trouvait, de
peur, disait-il, que la présence de cet ennemi de la vérité ne fît écrouler les
murailles : « tant, remarque l'évêque de Lyon, les Apôtres et leurs disciples
avaient crainte de communiquer, même en
parole, avec quelqu'un de ceux qui altéraient la vérité[18].
» Celui que les compagnons de Pothin et de Blandine nommaient dans leur prison
le zélateur du Testament du Christ[19],
était, sur ce point comme en tous les autres, le digne
héritier de Jean et de Polycarpe. Loin d'en souffrir, son cœur, comme celui de
ses maîtres vénérés, puisait dans cette pureté de l'intelligence la tendresse
infinie dont il faisait preuve envers les égarés qu'il espérait sauver encore.
Quoi de plus touchant que la lettre écrite par Irénée à l'un de ces malheureux,
que le mirage des nouvelles doctrines entraînait au gouffre : « O Florinus, cet
enseignement n'est point celui que vous ont transmis nos anciens, les disciples
des Apôtres. Je vous ai vu autrefois près de Polycarpe ; vous brilliez à la
cour, et n'en cherchiez pas moins à lui plaire. Je n'étais qu'un enfant, mais
je me souviens mieux des choses d'alors que des événements arrivés hier ; les
souvenirs de l'enfance font comme partie de l'âme, en effet ; ils grandissent
avec elle. Je pourrais dire encore
l'endroit où le bienheureux Polycarpe s'asseyait pour nous entretenir, sa démarche, son
abord, son genre de vie, tous ses traits, les discours enfin qu'il faisait à la
multitude. Vous vous rappelez
comment il nous racontait ses relations avec Jean et les autres qui avaient vu
le Seigneur, avec quelle fidélité de mémoire il redisait leurs paroles ; ce
qu'il en avait appris touchant le Seigneur, ses miracles, sa doctrine,
Polycarpe nous le transmettait comme le tenant de ceux-là mêmes qui avaient vu
de leurs yeux le Verbe de vie ; et tout, dans ce qu'il nous disait, était
conforme aux Ecritures.
Quelle
grâce de Dieu que ces entretiens ! j'écoutais avidement, transcrivant tout, non
sur le parchemin, mais dans mon cœur ; et à l'heure qu'il est, parla même grâce
de Dieu, j'en vis toujours. Aussi puis-je l'attester devant Dieu: si le
bienheureux, l'apostolique vieillard, eût entendu des discours tels que les
vôtres, il eût poussé un grand cri, et se serait bouché les oreilles, en disant
selon sa coutume : O Dieu très bon, à quels temps m'avez-vous réservé !
Et il se fût levé aussitôt pour fuir ce lieu de blasphème[20].
»
Mais il est temps de
donner le récit liturgique concernant
l'histoire du grand évêque et martyr.
Irénée
naquit en Asie proconsulaire, non loin de la ville de Smyrne. Il s'était mis dès son enfance à l'école de Polycarpe,
disciple de saint Jean l'Evangéliste et évêque de Smyrne. Sous un si excellent
maître, il fit des progrès merveilleux dans la science de la religion et la
pratique des vertus chrétiennes. Il était embrasé d'un incroyable désir
d'apprendre les doctrines qu'avaient reçues en dépôt tous les disciples des
Apôtres ; aussi, quoique déjà maître dans les saintes Lettres, lorsque
Polycarpe eut été enlevé au ciel dans la gloire du martyre, il entreprit de
visiter le plus grand nombre qu'il put de ces anciens, tenant bonne mémoire de
tous leurs discours. C'est ainsi que, par la suite, il lui fut possible de les
opposer avec avantage aux hérésies. Celles-ci, en effet, s'étendant toujours
plus chaque jour, au grand dommage du peuple chrétien, il avait conçu la pensée
d'en faire une réfutation soignée et approfondie.
Venu
dans les Gaules, il fut attaché comme prêtre à l'église de Lyon par l'évêque
saint Pothin, et brilla dans cette charge par le zèle, la parole et la science.
Vrai zélateur du testament du Christ, au témoignage des saints martyrs qui
combattirent vaillamment pour la foi sous l'empereur Marc-Aurèle, ces généreux
athlètes et le clergé de Lyon ne crurent pouvoir remettre en meilleures mains
qu'en les siennes l'affaire de la pacification des églises d'Asie, que
l'hérésie de Montan avait troublées ; dans cette cause donc qui leur tenait à
cœur, ils choisirent Irénée entre tous comme le plus digne, et l'envoyèrent au
Pape Eleuthère pour le prier de condamner par sentence Apostolique les nouveaux
sectaires, et de mettre ainsi fin aux dissensions.
L'évêque
Pothin était mort martyr. Irénée lui fut donné pour successeur. Son épiscopat
fut si heureux, grâce à la sagesse dont il fit preuve, à sa prière, à ses
exemples, qu'on vit bientôt, non seulement la ville de Lyon tout entière, mais
encore un grand nombre d'habitants d'autres cités gauloises, renoncer à
l'erreur de leurs superstitions et donner leur nom à la milice chrétienne.
Cependant une contestation s'était élevée au sujet du jour où l'on devait
célébrer la Pâque ; les évêques d'Asie étaient en désaccord avec presque tous
leurs autres collègues, et le Pontife Romain, Victor, les avait déjà séparés de
la communion des saints ou menaçait de le faire, lorsque Irénée se fit près de
lui le respectueux apôtre de la paix : s'appuyant de la conduite des pontifes
précédents, il l'amena à ne pas souffrir que tant d'églises fussent arrachées à
l'unité catholique, pour un rit qu'elles disaient avoir reçu de leurs pères.
Il
écrivit de nombreux ouvrages, qui sont mentionnes par Eusèbe de Césarée et
saint Jérôme. Une grande partie a péri par injure des temps. Mais nous avons
toujours ses cinq livres contre les hérésies, composés environ l'an cent
quatre-vingt, lorsqu'Eleuthère gouvernait encore l'Eglise. Au troisième livre,
l'homme de Dieu, instruit par ceux qui furent sans conteste les disciples des
Apôtres, rend à l'église Romaine et à la succession de ses évêques un
témoignage éclatant et grave entre tous : elle est pour lui la fidèle, perpétuelle
et très sûre gardienne de la divine tradition. Et c'est, dit-il, avec cette
église qu'il faut que toute église, c’est-à-dire les fidèles qui sont en tous
lieux, se tiennent d'accord à cause de sa principauté supérieure. Enfin il fut
couronné du martyre, avec une multitude presque innombrable d'autres qu'il
avait amenés lui-même à la connaissance et pratique de la vraie foi ; son
passage au ciel eut lieu l'an deux cent deux ; en ce temps-là, Septime Sévère
Auguste avait ordonné de condamner aux plus cruels supplices et à la mort, tous
ceux qui voudraient persévérer avec constance dans la pratique de la religion
chrétienne.
Quelle
couronne est la vôtre, illustre Pontife ! Les hommes s'avouent impuissants à
compter les perles sans prix dont elle est ornée. Car dans l'arène où vous
l'avez conquise, un peuple entier luttait avec vous ; et chaque martyr,
s'élevant au ciel, proclamait qu'il vous devait sa gloire. Versé vingt-cinq
années auparavant, le sang de Blandine et de ses quarante-six compagnons a
produit, grâce à vous, plus que le centuple. Votre labeur fit germer du sol
empourpré la semence féconde reçue aux premiers jours, et bientôt la petite
chrétienté perdue dans la grande ville était devenue la cité même.
L'amphithéâtre avait suffi naguère à l'effusion du sang des martyrs ;
aujourd'hui le torrent sacré parcourt les rues et les places : jour glorieux,
qui fait de Lyon l'émule de Rome et la ville sainte des Gaules !
Rome et Lyon, la mère et
la fille, garderont bonne mémoire de l'enseignement qui prépara ce triomphe :
c'est aux doctrines appuyées par vous sur la fermeté de la pierre apostolique,
que pasteur et troupeau rendent aujourd'hui le grand témoignage. Le temps doit
venir, où une assemblée d'évêques courtisans voudra persuader au monde que l'antique
terre des Gaules n'a point reçu vos dogmes ; mais le sang versé à flots en ce
jour confondra la prétentieuse lâcheté de ces faux témoins. Dieu suscitera la
tempête, et elle renversera le boisseau sous lequel, faute de pouvoir
l'éteindre, on aura dissimulé pour un temps la lumière ; et cette lumière, que
vous aviez placée sur le chandelier, illuminera tous ceux qui habitent la
maison[21].
Les fils de ceux qui
moururent avec vous sont demeurés fidèles à Jésus-Christ ; avec Marie dont vous
exposiez si pleinement le rôle à leurs pères[22],
avec le Précurseur de l'Homme-Dieu qui partage aussi leur amour, protégez-les
contre tout fléau du corps et de l'âme. Epargnez à
la France, repoussez d'elle, une seconde fois,
l'invasion de la fausse philosophie qui a tenté de rajeunir en nos jours
les données de la Gnose. Faites de nouveau briller la vérité aux yeux de tant
d'hommes que l'hérésie, sous ses formes multiples, tient séparés de l'unique
bercail. O Irénée, maintenez les chrétiens dans la seule paix digne de ce nom :
gardez purs les intelligences et les cœurs de ceux que l'erreur n'a point
encore souillés. En ce moment, préparez-nous tous à célébrer comme il convient
les deux glorieux Apôtres Pierre et Paul, et la puissante principauté de la mère
des Eglises.
1. Theodoret., Haeretic. fabul. , I, 5. —
2. Cont. Haeres., III, III, 2. — 3. Cont. Haeres., I, X, 1. — 4. Cont. Haeres.,
I, X, 2. — 5. Cont. Haeres., III, XXIV, 1-2. — 6. De Imitatione Christi, L. 1,
cap. 1-5. — 7. I Cor., VIII, 1. — 8. Cont. Haeres., II, XXVI, 1. — 9. Ibid., XXVII, 2. — 10. Cont. Haeres.,
IV, V, 3, 4. —11. Ibid., XX,
II. — 12. Ibid. 12. — 13. Ibid., XXII, 1. — 14. Cont. Haeres., V,
IX, 4. — 15. Ibid., XVI, 2. —
16. Ibid., XXVII, 2. — 17. Ibid., III, III, 4. — 18. Cont.
Haeres., III, III, 4. — 19 - Ep. Martyr. Lugdun. et Vienn. ad Eleuther. Pap. —
20. Ep. ad Florinum. — 21. Matth., V, 15. — 22. Cont. Haeres., V, XIX.
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- - - - - - - - - - -
[1] Theodoret., Haeretic. fabul. , I, 5.
[2] Cont. Haeres., III, III, 2.
[3] Cont. Haeres., I, X, 1.
[4] Cont. Haeres., I, X, 2.
[5] Cont. Haeres., III, XXIV, 1-2.
[6] De Imitatione Christi, L. 1, cap. 1-5.
[7] I Cor., VIII, 1.
[8] Cont. Haeres., II, XXVI, 1.
[9] Ibid.,
XXVII, 2.
[10] Cont. Haeres., IV, V, 3, 4.
[11] Ibid., XX,
II.
[12] Ibid. 12.
[13] Ibid., XXII,
1.
[14] Cont. Haeres., V, IX, 4.
[15] Ibid., XVI,
2.
[16] Ibid.,
XXVII, 2.
[17] Ibid., III,
III, 4.
[18] Cont. Haeres., III, III, 4.
[19] Ep. Martyr. Lugdun. et Vienn. ad
Eleuther. Pap.
[20] Ep. ad Florinum.
[21] Matth., V, 15.
[22] Cont. Haeres., V, XIX.