Un retour à saint
Irénée, évêque de Lyon, et, par lui, aux Saintes Écritures qu'il maîtrisait
parfaitement en logicien émérite.
En effet, nul, sur
cette terre vouée à « la colère de l’Agneau » (Ap., 6 : 16), n’a
dépassé les commentaires géniaux de saint Irénée. Tout catholique intègre
devrait, en toute logique, lire et méditer en permanence son incomparable
traité « Contre les hérésies », car il contient la substantifique
moelle de l’Écriture et la réponse à tous ses contempteurs
Ceux qui prétendent que certains commentaires et
conclusions ont été ajoutés au traité de saint Irénée n’ont même pas pris la
peine de lire et de méditer toutes les citations sur lesquellles sont fondés
les travaux de cet évêque, car ils se seraient aperçus que ces citations sont intimement
liées entre elles et non choisies en dépit du bon sens et nous entraînent aux
mêmes conclusions que les siennes. Nous touchons-là le domaine du réalisable
sans pouvoir cependant en prouver la réalisation, car on démontre pas l’effet
par la cause parce qu’il ne peut y avoir pour deux événements séparés par le
temps, la prophétie et son accomplissement, de moyen terme qui les unit dans
l’être. Cela échappe à l’homme et relève uniquement de Dieu qui est l’Être de
Soi-même et de tout (a).
a)
Platon, Critias, 130a-120c ;
Aristote, Organon, livre II, ch. 12,
De la simultanéité de la cause et de l’effet », 95a10-96-a15.
- - - - - - - - - - - -
SAINT IRÉNÉE (135/140-202/203)
ÉVÊQUE DE LYON
HONORÉ PAR L’ÉGLISE
COMME MARTYR
LE FONDATEUR DE LA
THÉOLOGIE CATHOLIQUE
ET
LE MARTEAU DES HÉRÉSIES
(jamais réfuté ni
nommément condamné)
« CONTRE LES
HÉRÉSIES »
DÉNONCIATION ET
RÉFUTATION
DE LA GNOSE AU NOM
MENTEUR
dont le vrai titre
est :
« FAUSSE GNOSE
DÉMASQUÉE ET RÉFUTÉE »
(Elegcoς kaί anatroph thς yeudwnumou gnώsewς)
Traduction française par
Adelin Rousseau
Moine de l’Abbaye
d’Orval
Internet : www.JESUSMARIE.com et
Saint Irénée de Lyon
: table des matières
LIVRE V
PREMIÈRE PARTIE
LA RÉSURRECTION
DE LA CHAIR PROUVÉE
PAR LES ÉPÎTRES DE PAUL
2. LA RÉSURRECTION DE LA
CHAIR,
ŒUVRE DE LA PUISSANCE
DE DIEU
Exemples bibliques
illustrant la puissance de Dieu (le
transfert des justes).
5, 1. Au reste, les corps connurent une longévité
remarquable, aussi longtemps que tel fut le bon plaisir de Dieu. Que les hérétiques lisent les Écritures, en effet, et ils
constateront que nos ancêtres dépassèrent sept cents, huit cents, voire neuf
cents ans : leurs corps atteignaient à la longueur des jours[1]
et avaient part à la vie aussi longtemps que Dieu voulait qu’ils vivent.
Mais pourquoi parler de
ceux-là ? Énoch, pour avoir plu à Dieu, fut transféré[2]
en son corps même en lequel il avait plu à Dieu, préfigurant ainsi le transfert des justes. Elie aussi fut enlevé[3]
tel qu'il se trouvait dans la substance de sa chair modelée, prophétisant par là l'enlèvement des hommes spirituels. Leurs corps ne fit en rien obstacle à ce transfert et à
cet enlèvement : c'est par ces Mains elles-mêmes, par lesquelles ils avaient
été modelés[4]
à l'origine, qu'ils furent transférés et enlevés, car les Mains de Dieu
s'étaient accoutumées, en Adam, à diriger, à tenir et à porter l'ouvrage modelé
par elles, à le transporter et à le placer où elles voulaient. Où donc fut
placé le premier homme ? Dans le paradis, sans aucun doute, selon ce que dit
l'Écriture : « Et Dieu planta un paradis en Eden, du côté de l'Orient, et il y
plaça l'homme qu'il avait modelé[5].
» Et c'est de là qu'il fut expulsé en ce monde, pour avoir désobéi. Aussi les presbytres, qui sont les disciples des apôtres,
disent-ils que là ont été transférés ceux qui ont été transférés – c'est en effet pour des hommes justes et porteurs de
l'Esprit qu'avait été préparé le paradis, dans lequel l'apôtre Paul fut
transporté lui aussi et entendit des paroles pour nous présentement
inexprimables[6] – ; c'est donc là, d'après les presbytres, que ceux qui ont
été transférés demeurent jusqu'à la consommation finale, préludant ainsi à
l’incorruptibilité.
5, 2. Quelqu’un
estime-t-il impossible que des hommes demeurent si longtemps vivants, et
croit-il qu’Élie n’a pas été enlevé en sa chair, mais que sa chair a été
consumée sur le char de feu[7] ?
Qu'il considère que Jonas, après avoir été précipité au fond de la mer et
englouti dans le ventre du poisson, fut rejeté sain et sauf sur le rivage par
l'ordre de Dieu[8].
Ananias, Azarias et Misaël, jetés dans une fournaise de feu chauffée au septuple,
n'éprouvèrent aucun mal et l'odeur même du feu ne se trouva pas en eux[9].
Si la Main de Dieu les assista et accomplit en eux des choses extraordinaires
et impossibles à la nature humaine, qu'y a-t-il d'étonnant si, en ceux qui ont
été transférés, cette même Main a aussi réalisé une chose extraordinaire, en
exécutant la volonté du Père ? Or cette Main c'est le
Fils de Dieu, selon la parole que l'Écriture met sur les lèvres de
Nabuchodonosor : « N'avons-nous pas jeté trois hommes dans la fournaise ? Eh bien,
moi, je vois quatre hommes marchant au milieu du feu, et le quatrième est
pareil au Fils de Dieu[10]. »
Donc ni la nature d'une
créature quelconque ni même la faiblesse de la chair ne peuvent l'emporter sur
la volonté de Dieu, car ce n'est pas Dieu qui est soumis aux créatures, mais
les créatures qui sont soumises à Dieu, et toutes choses sont au service de sa
volonté. C'est pourquoi le Seigneur dit : « Ce qui est impossible aux hommes
est possible à Dieu[11].
» De même donc qu'aux hommes d'aujourd'hui, ignorants des « économies » de
Dieu, il semble incroyable et impossible qu'un homme puisse vivre tant
d'années, – et cependant nos ancêtres ont connu cette longévité et ceux qui ont
été transférés la connaissent, afin de préfigurer la future longueur des jours[12],
– et de même qu'il paraît incroyable que des hommes soient sortis sains et
saufs du ventre du poisson et de la fournaise de feu, – et cependant ils en
sont sortis comme par la Main de Dieu, pour faire éclater sa puissance, – ainsi
maintenant il en est qui, méconnaissant la puissance et la promesse de Dieu,
nient leur propre salut, estimant impossible que Dieu puisse ressusciter leurs
corps et les gratifier d'une durée sans fin; cependant l'incrédulité des gens
de cette sorte ne réduira pas à néant la fidélité de Dieu[13].
TROISIÈME PARTIE
L'IDENTITÉ DU DIEU
CRÉATEUR ET DU DIEU PÈRE PROUVÉE PAR L'ENSEIGNEMENT DES ÉCRITURES RELATIF À LA
FIN DES TEMPS
I. L'ANTÉCHRIST
L'apostasie de l'Antéchrist et sa prétention à être adoré comme
Dieu dans le Temple de Jérusalem
25, 1. Non seulement par ce qui vient d'être
dit, mais encore par les événements qui auront lieu au temps de l'Antéchrist,
il apparaît que le diable veut se faire adorer comme Dieu, alors qu'il n'est
qu'un apostat et un brigand, et se faire proclamer roi, alors qu'il n'est qu'un
esclave. Car l'Antéchrist, après avoir reçu toute la puissance du diable,
viendra, non comme un roi juste ni comme soumis à Dieu et docile à sa loi, mais
en impie et en effréné, comme un apostat, un injuste et un meurtrier, comme un
brigand, récapitulant en lui toute l'apostasie du diable; il jettera bien à bas
les idoles pour faire croire qu'il est Dieu, mais il se dressera lui-même comme
l'unique idole qui concentrera en elle l'erreur multiforme de toutes les autres
idoles, afin que ceux qui adoraient le diable par le truchement d'une multitude
d'abominations le servent par l'entremise de cette unique idole. C'est de cet
Antéchrist que l'Apôtre dit dans sa deuxième épître aux Thessaloniciens : « Car
il faut que vienne d'abord l'apostasie et que se révèle l'homme de péché, le
fils de la perdition, l'Adversaire, celui qui s'élève au-dessus de tout ce qui
s'appelle dieu ou objet de culte, jusqu'à siéger en qualité de Dieu dans le
Temple de Dieu, en se donnant lui-même comme Dieu[14].
» L'Apôtre indique donc de façon évidente et l'apostasie de l'Antéchrist et le
fait qu'il s'élèvera au-dessus de tout ce qui s'appelle dieu ou objet de culte,
c'est-à-dire de toute idole – car ce sont bien là les êtres qui sont dits «
dieux » par les hommes, mais ne le sont pas, –
et qu'il tentera d'une manière tyrannique de se faire passer pour Dieu.
25, 2. En outre, il fait connaître une chose que nous avons déjà abondamment démontrée, à savoir que le Temple de Jérusalem avait été bâti
conformément à une prescription du vrai Dieu. Car l'Apôtre lui-même, parlant en
son propre nom, l'appelle proprement «Temple de Dieu». Or nous avons montré dans le troisième livre
[et nous en sommes ici au cinquième et par conséquent
en toute continuité avec le troisième] que nul
autre n'est appelé Dieu par les apôtres parlant en leur propre nom, hormis le
vrai Dieu, le Père de notre Seigneur. C'est donc sur son ordre qu'avait été
bâti le Temple de Jérusalem, pour les motifs
que nous avons dits antérieurement. Et c'est
précisément dans ce Temple que siégera l'Adversaire, lorsqu'il tentera de se
faire passer pour le Christ, selon ce que dit aussi le Seigneur : « Quand vous
verrez l'abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, dressée
dans le lieu saint – que celui qui lit comprenne ! – alors, que ceux qui seront
en Judée s'enfuient dans les montagnes, que celui qui sera sur la terrasse ne
descende pas prendre quelque chose dans sa maison ! Car il y aura alors une
grande tribulation, telle qu'il n'y en a pas eu depuis le commencement du monde
jusqu’à présent et qu’il n’y en aura plus[15]. »
25, 3. Or Daniel, contemplant la fin du dernier
royaume, c'est-à-dire les dix derniers rois entre lesquels sera partagé le
royaume de ceux sur lesquels viendra le fils de perdition, dit que dix cornes
poussèrent à la bête, puis qu'une autre corne, petite, poussa au milieu
d'elles, puis que trois des premières cornes furent arrachées devant cette
dernière[16].
« Et voici, dit-il, que cette corne avait des yeux comme des yeux d'homme et
une bouche proférant de grandes choses, et son aspect était plus grand que
celui des autres. Je regardais, et cette corne faisait la guerre aux saints et
l'emportait sur eux, jusqu'à ce que vînt l'Ancien des jours, qu'il donnât le
jugement aux saints du Très-Haut, que le temps arrivât et que les saints
prissent possession du royaume[17].
» Ensuite, dans l'explication des visions, il lui fut dit : « La quatrième
bête, c'est un quatrième royaume qui sera sur la terre : il l'emportera sur
tous les autres royaumes, dévorera toute la terre, la foulera aux pieds et la
mettra en pièces. Les dix cornes de cette bête, ce sont dix rois qui se
lèveront; après eux, il s'en lèvera un autre, qui l'emportera en méchanceté sur
tous ses prédécesseurs ; il abattra trois rois, il proférera des paroles contre
le Très-Haut, il opprimera les saints du Très-Haut, et il formera le dessein de changer les temps
et la Loi, et la possibilité lui en sera donnée jusqu'à un temps, des temps et
une moitié de temps[18]»,
c'est-à-dire durant trois ans et six mois, laps de temps pendant lequel, à
dater de sa venue, il régnera despotiquement sur la terre.
A son sujet, l'apôtre Paul dit encore dans la
deuxième épître aux Thessaloniciens, annonçant en même temps le motif de sa
venue : « Et alors
se révélera l'Impie, que le Seigneur Jésus
tuera du souffle de sa bouche et anéantira par l'éclat de sa venue, – l'Impie
dont la venue s'accompagnera, grâce à l'intervention de Satan, de toutes sortes
de miracles, de signes et de prodiges mensongers et de toutes les séductions de
l'iniquité, à l'adresse de ceux qui se perdent pour n'avoir pas accueilli
l'amour de la vérité qui les eût sauvés [et si
cela s’était produit dans le passé, les historiens nous en auraient parlé dans
leurs écrits, or aucun historien n’en parle].
Et c'est pourquoi Dieu leur envoie une Puissance d'égarement pour qu'ils
croient au mensonge, afin que soient condamnés tous ceux qui n’auront pas cru à
la vérité, mais se seront complu dans l’iniquité[19]. »
25, 4. Le
Seigneur disait de même à ceux qui ne croyaient pas en lui : «Je suis venu au
nom de mon Père, et vous ne me recevez pas ; qu'un autre vienne en son propre
nom, et vous le recevrez[20] »
: par ce mot « autre » il entendait l'Antéchrist, parce qu'il est étranger à
Dieu. C'est lui aussi qui est ce
juge inique[21]
dont le Seigneur a dit qu'« il ne craignait pas Dieu et ne faisait aucun cas
des hommes[22]
», et vers lequel se réfugia la veuve oublieuse de Dieu, c'est-à-dire la
Jérusalem terrestre, pour réclamer vengeance de son ennemi[23].
C'est précisément ce que fera l'Antéchrist au temps de
son règne : il transportera sa royauté dans
Jérusalem et siégera dans le Temple de Dieu, persuadant
insidieusement à ses adorateurs qu’il est le Christ.
C’est pourquoi Daniel dit encore : « Le
sanctuaire sera dévasté; le péché a remplacé le sacrifice et la justice a été
jetée par terre ; il a fait cela, et cela lui a réussi[24].
» Et l'ange Gabriel, expliquant à
Daniel les visions, disait de ce même Antéchrist : « A la fin de leur règne se
lèvera un roi impudent de visage et habile à saisir les problèmes. Sa force
sera considérable; il fera de prodigieux ravages, réussira dans ses entreprises,
fera périr les puissants et le peuple saint; le joug de son carcan s'affermira;
la ruse sera dans sa main et il s'enorgueillira dans son cœur ; par la ruse il
fera périr beaucoup de gens et se dressera pour la perte d'un grand nombre ; il
les brisera de sa main comme des œufs[25].
» Dans la suite, l'ange indique encore le temps de sa domination tyrannique,
temps durant lequel seront persécutés les saints qui offrent à Dieu un
sacrifice pur : « A la moitié de la semaine, dit-il, cesseront mon sacrifice et ma
libation, et dans le sanctuaire sera l'abomination de la désolation, et jusqu'à la consommation du temps la consommation sera donnée par-dessus la désolation la
désolation[26].
» La « moitié de la semaine », ce sont trois ans et six mois.
25, 5. Tout cela
ne nous fait pas seulement connaître ce qui a trait à l'apostasie et à celui
qui récapitulera en lui toute l'erreur diabolique, mais nous indique aussi
qu'il n'y a qu'un seul et même Dieu Père, à savoir Celui qui fut annoncé par
les prophètes et manifesté par le Christ. Car, si les prophéties de Daniel relatives à la fin des
temps ont été confirmées par le Seigneur – « Quand vous verrez, dit celui-ci,
l'abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel[27]...
» – ; si, d'autre part, Daniel a reçu de l'ange
Gabriel l'explication de ses visions et si ce dernier est tout à la fois
l'archange du Créateur et celui qui annonça à Marie la bonne nouvelle de la
venue visible et de l'incarnation du Christ[28]
: la preuve est faite avec évidence qu'il n'y a qu'un seul et même Dieu, qui a
envoyé les prophètes, puis a envoyé son Fils, et nous a ainsi appelés à sa
connaissance.
La division du dernier royaume et le triomphe final du
Christ
26, 1. Une révélation plus claire encore, au sujet des derniers temps et des dix rois entre lesquels sera alors divisé l'empire
qui domine maintenant, a été faite par Jean, le
disciple du Seigneur, dans son Apocalypse.
Expliquant quelles étaient les dix cornes vues par Daniel, Jean rapporte qu'il
lui fut dit : « Les dix cornes que tu as vues sont dix rois, qui n'ont pas
encore reçu de royaume, mais qui recevront pouvoir comme rois, pour une heure,
avec la bête. Ils n'ont qu'une pensée : faire hommage à la bête de leur force
et de leur pouvoir. Ils feront la guerre à l'Agneau, et l'Agneau les vaincra,
parce qu'il est le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois[29]
». Il est donc clair que celui qui doit venir tuera trois de ces dix rois, que les autres
lui seront soumis et qu'il sera lui-même le huitième d'entre eux ; ils dévasteront Babylone et la réduiront en cendres, feront hommage de leur royauté à la bête et persécuteront
l'Église ; après quoi ils seront anéantis par l’apparition de notre Seigneur.
Que le royaume doive être divisé et, par là, aller
à sa perte, le Seigneur l'a dit : « Tout royaume divisé contre lui-même court à
sa ruine, et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne saurait se
maintenir[30].
» Le royaume, la ville et la maison doivent donc être divisés en dix parties,
et c’est pourquoi le
Seigneur a d’ores et déjà prédit ce partage et cette division [Apocalypse de J.-C. ou Révélation de J.-C. : I, 1].
Daniel identifie, lui aussi, de façon précise,
la fin du quatrième royaume avec les orteils de la statue vue par Nabuchodonosor,
orteils que vint heurter la pierre détachée sans l'intervention d'une main.
Voici ses paroles : « Les pieds de la statue étaient en partie de fer et en
partie d'argile ; une pierre fut alors détachée, sans l'intervention d'une
main, frappa la statue à ses pieds de fer et d'argile et les brisa complètement[31].
» Plus loin, dans l'explication de cette vision, il dit : « Si tu as vu les
pieds et les orteils en partie d'argile et en partie de fer, c'est que ce sera
un royaume divisé ; il y aura en lui de la stabilité du fer, selon que tu as vu
du fer mêlé à l'argile. Et les orteils étaient en partie de fer et en partie
d'argile[32].
» Ces dix orteils sont donc les dix rois entre lesquels sera divisé le royaume
; de ces rois, les uns seront forts et agissants, tandis que les autres seront
faibles et oisifs, et ils ne s'accorderont pas entre eux, selon ce que dit
encore Daniel : « Une partie du royaume sera forte, et par elle l'autre partie
sera brisée. Si tu as vu le fer mêlé à l'argile, c'est qu'ils seront mêlés de
semence d'homme ; et ils n'adhéreront pas l'un à l'autre, de même que le fer ne
peut s'allier avec l'argile[33].
» Le prophète dit aussi ce qui doit survenir à la fin : « Dans le temps de ces
rois, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit et dont
la souveraineté ne sera pas laissée à un autre peuple. Il brisera et anéantira
tous les royaumes, et lui-même sera exalté à jamais, selon que tu as vu une
pierre se détacher de la montagne, sans l'intervention d'une main, et briser
l'argile, le fer, l'airain, l'argent et l'or. Le grand Dieu a fait connaître au
roi ce qui doit arriver dans la suite : le songe est véritable et son
interprétation certaine[34]. »
26, 2. Si donc le « grand Dieu » a fait
connaître l'avenir par Daniel et a confirmé cette prophétie par son Fils ; si,
de plus, le Christ est la pierre détachée sans l'intervention d'une main, qui
doit anéantir les royaumes temporels et amener le royaume éternel, c'est-à-dire la résurrection des justes[35]
– car « le Dieu du ciel, est-il dit, suscitera un
royaume qui ne sera jamais détruit[36]»
– : qu'ils s'avouent vaincus et reviennent à résipiscence, ceux qui, rejetant
le Créateur, n'admettent pas que les prophètes aient été envoyés par le Père
même de la part de qui est venu le Seigneur, mais affirment que les prophéties
provenaient de différentes Puissances. Car, ce que le Créateur avait prédit
d'une façon identique par tous les prophètes, cela même le Christ l'a accompli
à la fin, exécutant la volonté de son Père et réalisant son « économie »
humaine. Ceux donc qui blasphèment le Créateur – soit en propres termes et
ouvertement, comme les disciples de Marcion, soit par des détours de pensée,
comme les disciples de Valentin et tous les « Gnostiques » au nom menteur,
– qu'ils soient tenus par tous les gens
pieux pour des instruments de Satan, par l'entremise desquels celui-ci a
entrepris, de nos jours, ce qu'il n'avait pas encore entrepris auparavant, à
savoir de maudire Dieu, qui a préparé le feu éternel pour toute l'apostasie[37].
Le juste jugement de Dieu contre Satan et tous ceux qui
participent à son apostasie.
Car il n'ose blasphémer
son Seigneur par lui-même et à découvert, de même que, au commencement, c'est
par l'entremise du serpent qu'il a séduit l'homme, comme pour se dérober aux
regards de Dieu. Et c'est à bon droit que Justin a dit qu'avant la venue du
Seigneur, Satan n'avait jamais osé blasphémer Dieu, parce qu'il ignorait encore
sa condamnation : car c'est en paraboles et en allégories que les prophètes
avaient parlé de lui. Mais depuis la venue du Seigneur, par les paroles du
Christ et de ses apôtres, il sait de façon claire qu'un feu éternel a été
préparé pour lui[38],
qui s'est séparé de Dieu de son propre mouvement, et pour tous ceux qui,
refusant de faire pénitence, auront persévéré dans l'apostasie. Aussi, par les hommes de cette sorte,
blasphème-t-il le Seigneur qui doit faire venir le jugement, comme quelqu'un
qui est déjà condamné, et impute-t-il son péché d'apostasie à son Créateur et
non à sa libre décision, à la manière de ces transgresseurs des lois qui,
venant à subir leur peine, incriminent le législateur au lieu de s'en prendre à
eux-mêmes. De même aussi ces gens, remplis d'un esprit diabolique, profèrent
d'innombrables accusations à l'adresse de Celui qui nous a faits, nous a donné
l'Esprit de vie et a établi une loi appropriée à tous, et ils n'admettent pas
que soit juste le jugement de Dieu : c'est pourquoi ils imaginent un autre
Père, qui n'aurait ni souci ni soin de nos affaires, ou même
Approuverait tous les
péchés.
27, 1. Car, si le Père
ne juge pas, c'est qu'il n'a nul souci de nos actes, ou qu'il approuve tout ce
que nous faisons. Du même coup, s'il ne juge pas, tous les hommes seront sur un
pied d'égalité et se verront assigner un rang identique. Superflue est, dès
lors, la venue du Christ. Celle-ci est même en contradiction avec l'absence
d'un jugement de sa part. Car, précisément, « il est venu pour séparer l'homme
de son père, la fille de sa mère, la bru de sa belle-mère »[39]
; pour, de deux hommes étendus sur
le même lit, prendre l'un et laisser l'autre[40] et, de deux femmes occupées à moudre ensemble, prendre l'une
et laisser l'autre; pour ordonner aux moissonneurs, à la fin des temps, de ramasser
d'abord l'ivraie, de la lier en bottes et de la brûler dans un feu
inextinguible, puis d'amasser le froment dans le grenier[41]; enfin pour appeler les agneaux au royaume préparé pour eux
et envoyer les boucs au feu éternel préparé par le Père pour le diable et ses
anges[42].
Qu'est-ce donc à dire ? Que le Verbe est venu « pour la chute et le relèvement
d'un grand nombre[43]
» : pour la chute de ceux qui ne croient pas en lui et qu'il a menacés, au jour
du jugement, d'une peine plus sévère que celle de Sodome et de Gomorrhe[44],
et pour le relèvement de ceux qui croient et font la volonté de son Père qui
est dans les cieux[45].
Si donc la venue du Fils, tout en atteignant pareillement tous les hommes, est
cependant propre à opérer un jugement et à séparer les croyants d'avec les
incrédules, – car c'est de leur propre mouvement que les croyants font sa
volonté, comme c'est aussi de leur propre mouvement que les incrédules ne
reçoivent pas son enseignement, – il est clair que son Père aussi a créé
pareillement tous les hommes possédant chacun sa propre capacité de décision et
son libre arbitre, mais qu'il n'en veille et n'en pourvoit pas moins à toutes
choses, « faisant lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et
pleuvoir sur les justes et sur les injustes[46]».
27, 2. Et à tous ceux
qui gardent son amour, il accorde sa communion. Or la communion de Dieu, c'est la vie, la lumière et la
jouissance des biens venant de lui. Au
contraire, à tous ceux qui se séparent volontairement de lui, il inflige la
séparation qu'eux-mêmes ont choisie. Or la séparation d'avec Dieu, c'est la
mort; la séparation d'avec la lumière, ce sont les ténèbres ; la séparation
d'avec Dieu, c'est la perte de tous les biens venant de lui. Ceux donc qui, par
leur apostasie, ont perdu ce que nous venons de dire, étant privés de tous les
biens, sont plongés dans tous les châtiments : non que Dieu prenne les devants
pour les châtier, mais le châtiment les suit par là même qu'ils sont privés de
tous les biens. Or éternels et sans fin sont les
biens venant de Dieu : c'est pourquoi leur privation est, elle aussi, éternelle
et sans fin. De la même manière, parce que la
lumière est chose permanente, ceux qui se sont aveuglés eux-mêmes ou ont été
aveuglés par d'autres sont privés d'une façon permanente de la jouissance de la
lumière, non que la lumière leur inflige la peine contenue dans la cécité, mais
parce que la cécité elle-même entraîne pour eux ce malheur.
C'est pourquoi le
Seigneur disait : « Celui qui croit en moi n'est pas jugé[47]»
; autrement dit, il n'est pas séparé de Dieu, puisqu'il est uni à Dieu par la
foi. « Mais, ajoute-t-il, celui
qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique
de Dieu[48]
» ; autrement dit, il s'est lui-même séparé de Dieu par sa libre décision.
« Car en ceci consiste le jugement : la lumière est
venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière. Car
quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas vers la lumière, de peur
que ses œuvres ne soient démasquées. Mais celui qui fait la vérité vient vers
la lumière, afin qu'il apparaisse que ses œuvres sont faites en Dieu[49]. »
28, 1. Ainsi donc, parce
qu'en ce monde les uns accourent à la lumière et s'unissent à Dieu par la foi,
tandis que les autres s'éloignent de la lumière et se séparent de Dieu, le
Verbe de Dieu viendra assigner à tous une demeure appropriée : aux uns, dans la
lumière, pour qu'ils jouissent des biens qu'elle contient ; aux autres, dans
les ténèbres, pour qu'ils aient en partage la peine qu'elles renferment. Et
c'est pourquoi le Seigneur dit qu'il appellera ceux de la droite au royaume du
Père, tandis qu'il enverra ceux de la gauche au feu éternel[50] :
car ces derniers se seront eux-mêmes privés de tous les biens.
28, 2. Et c'est pourquoi l'Apôtre dit : « Parce
qu'ils n'ont pas accueilli l'amour de Dieu qui les eût sauvés, pour ce motif
même Dieu leur envoie une Puissance d'égarement pour qu'ils croient au
mensonge, afin que soient condamnés tous ceux qui n'auront pas cru à la vérité,
mais se seront complu dans l'iniquité[51].
» Car, pour ce qui est de celui qui doit venir,
c'est volontairement qu'il récapitulera l'apostasie en lui-même, comme c'est de
son propre mouvement qu'il fera tout ce qu'il fera et qu'il siégera dans le
Temple de Dieu afin d'être adoré, en qualité de Christ, par ceux qu'il aura
trompés[52]
: aussi sera-t-il justement précipité dans l'étang de feu[53].
Quant à Dieu, il sait par avance toutes choses grâce à
sa prescience et, au moment convenable, il enverra celui qui doit être tel, «
pour que les hommes croient au mensonge, afin que soient condamnés tous ceux
qui n'auront pas cru à la vérité, mais se seront complu dans l'iniquité[54]
».
Le chiffre du nom de l'Antéchrist, annonce de la récapitulation de toute l'apostasie en sa
personne.
Sa venue est décrite par
Jean [inspiré du Christ : I, 1], dans l'Apocalypse, de la
manière suivante : « La bête que je vis ressemblait à un léopard; ses pieds
étaient comme ceux d'un ours, et sa gueule était comme une gueule de lion. Le
dragon lui donna sa puissance, son trône et un grand pouvoir. Je vis l'une de
ses têtes comme blessée à mort ; mais sa plaie mortelle fut guérie. Et toute la
terre s'émerveilla derrière la bête, et l'on adora le dragon, parce qu'il avait
donné le pouvoir à la bête, et l'on adora la bête en disant : Qui est semblable
à la bête, et qui peut lutter avec elle ? Il lui fut donné une bouche proférant
des paroles arrogantes et des blasphèmes. Il lui fut donné pouvoir d'agir pendant quarante-deux mois [ou 3 ans et demie]. Elle
ouvrit sa bouche pour proférer des blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son
nom et sa demeure et ceux qui habitent dans le ciel. Il lui fut donné pouvoir sur toute tribu, tout peuple, toute
langue et toute nation. Tous les habitants de la terre l'adoreront, elle dont
le nom n'est pas écrit depuis la fondation du monde dans le livre de vie de
l'Agneau immolé. Si quelqu'un a des oreilles, qu'il entende ! Si quelqu'un mène en captivité, il ira en captivité. Si
quelqu'un tue par l'épée, il faut qu'il soit tué par l'épée. C'est ici la
persévérance et la foi des saints[55].
» Jean parle ensuite de l'écuyer de la bête, qu'il appelle aussi le faux
prophète : « Il parlait, dit-il, comme un dragon. Tout le pouvoir de la
première bête, il l'exerce en sa présence. Il amène la terre et ses habitants à
adorer la première bête, celle dont la plaie mortelle a été guérie. Il opère de
grands prodiges, jusqu'à faire descendre le feu du ciel sur la terre, à la vue
des hommes. Il séduit les habitants de la terre[56].
» Cela, pour qu'on ne croie pas qu'il opère ces prodiges par la puissance
divine, mais bien par une opération magique. Et
il n'y a là rien de bien extraordinaire, en vérité, si c'est avec l'aide des
démons et des esprits apostats qu'il opère les prodiges par lesquels il pourra
séduire les habitants de la terre. « Il
ordonnera, poursuit Jean, de faire une image de la bête. Il animera cette
image, au point qu'elle en vienne même à parler, et il fera mettre à mort tous
ceux qui n'adoreront pas cette image. Il fera encore donner à tous une marque
sur le front et sur la main droite, afin que
personne ne puisse acheter ni vendre, s'il n'a la marque du nom de la bête ou
le chiffre de son nom : ce chiffre, c'est six
cent soixante-six[57]»,
c'est-à-dire six centaines, six dizaines et six unités, pour récapituler toute
l'apostasie perpétrée durant six mille ans.
28, 3. Car autant de jours a
comporté la création du monde, autant de millénaires comprendra sa durée
totale. C'est
pourquoi le livre de la Genèse dit : « Ainsi furent achevés le ciel et la terre
et toute leur parure. Dieu acheva le sixième jour les œuvres qu'il fit, et Dieu
se reposa le septième jour de toutes les œuvres qu'il avait faites[58].
» Ceci est à la fois un récit du passé, tel
qu'il se déroula, et une prophétie de l'avenir : en effet, si « un jour du
Seigneur est comme mille ans[59]
» et si la création a été achevée en six jours, il est clair que la
consommation des choses aura lieu la six millième année.
28,
29,
Le chiffre du nom de l'Antéchrist permet-il de connaître ce
nom avec certitude dès à présent ?
30, 1. S'il en est
ainsi, si ce chiffre figure sur toutes les copies se recommandant par leur
ancienneté, si ceux qui ont vu Jean de leurs yeux attestent et si la raison
nous enseigne que le chiffre du nom de la bête, compté à la manière des Grecs à
l'aide des lettres que contient ce nom, est de six cent soixante six,
c'est-à-dire comporte un nombre de dizaines égal à celui des centaines et un
nombre de centaines égal à celui des unités – car le nombre six conservé
partout pareillement indique bien la récapitulation de toute l'apostasie
perpétrée au commencement, au milieu des temps et à la fin, – je ne sais
comment certains ont pu se fourvoyer sous l'impulsion d'une opinion
particulière et répudier le nombre médian, retranchant de celui-ci cinquante
unités et ne voulant qu'une dizaine au lieu de six. Sans doute y a-t-il eu là
une erreur de scribe, telle qu'il s'en produit couramment du fait que les
chiffres sont écrits aussi au moyen de lettres : car la lettre xi (x = 60)
s'étend facilement de manière à former un iota (= 10). Certains ont ensuite
accepté le nouveau nombre sans plus ample examen : les uns l'ont utilisé
simplement et sans arrière-pensée ; les autres, dans leur sottise, se sont
aventurés jusqu'à chercher des noms ayant ce nombre erroné. Ceux qui ont agi
simplement et sans penser à mal, on peut croire qu'ils obtiendront de Dieu leur
pardon. Mais tous ceux qui, par vaine gloire, chercheront à déterminer des noms
contenant le nombre erroné et déclareront que le nom imaginé par eux est celui
de l'homme qui doit venir, de telles gens ne s'en tireront pas sans dommage,
pour s'être séduits eux-mêmes et avoir séduit ceux qui se seront fiés à eux.
D'abord, il y a dommage à s'écarter de la vérité et à prendre ce qui n'est pas
pour ce qui est ; ensuite, s'il est vrai que
quiconque ajoute ou retranche à l'Écriture subira un châtiment exemplaire,
celui-ci frappera inéluctablement un homme de cette sorte. Un autre danger encore – et non négligeable – menace ceux qui
s'imaginent faussement savoir le nom de l'Antéchrist : si ceux-ci opinent pour
un nom et que celui-là vienne avec un autre, ils seront aisément séduits par
lui, du fait qu’ils ne croiront pas encore présent celui dont il faudrait se
garder.
30, 2. De tels hommes
doivent donc réapprendre et revenir au vrai chiffre du nom de l'Antéchrist,
s'ils ne veulent pas être mis au rang des faux prophètes. Puis, connaissant de
façon sûre le chiffre indiqué par l'Ecriture, c'est-à-dire six cent soixante
six[75],
qu'ils attendent d'abord la division du royaume entre les dix rois ; ensuite,
quand ceux-ci régneront et qu'ils s'imagineront affermir leur pouvoir et
étendre leur empire, l'homme qui surgira alors à l'improviste pour usurper la
royauté et terrifier ces rois et qui portera un nom contenant le chiffre
ci-dessus indiqué, cet homme-là, qu'ils sachent que c'est bien réellement lui « l'abomination de la désolation[76]
». C'est cela même que dit l'Apôtre : « Quand ils diront : Paix et sécurité,
c'est alors qu'une ruine soudaine fondra sur eux[77].
» De son côté, Jérémie, non content de
souligner la soudaineté de sa venue, avait fait connaître la tribu d'où il
sortirait : « Depuis Dan nous entendrons le bruit de la course de ses chevaux ;
au bruit du hennissement de ses coursiers toute la terre sera épouvantée ; et
il viendra, et il dévorera la terre et ce qu'elle renferme, la ville et ceux
qui l'habitent[78].
» C'est pour cette raison que la tribu de Dan n’est pas comptée, dans
l’Apocalypse, parmi celles qui sont sauvées[79].
30, 3. Il est donc plus sûr et moins dangereux d'attendre
l'accomplissement de cette prophétie, que de
se livrer à des recherches et de conjecturer les premiers noms venus, car on
peut trouver un grand nombre de noms ayant le chiffre que nous avons dit, et le
problème n'en demeurera pas moins posé : en effet, si l'on trouve beaucoup de
noms ayant ce chiffre, on se demandera quel est celui d'entre eux que portera
l'homme qui doit venir. Ce n'est pas faute de noms ayant le chiffre du nom de
l'Antéchrist que nous parlons de la sorte, mais par crainte de Dieu et par zèle
de la vérité. Car le mot EuanqaV
(Florissant), par exemple, possède bien le chiffre cherché, mais nous
n'affirmons rien à son sujet pour autant. Le mot LateinoV (Latin) a également le chiffre six cent soixante six et est
tout à fait digne de créance, puisque le dernier royaume possède précisément ce
nom : car ce sont les Latins qui dominent en ce moment ; cependant, nous ne
nous ferons pas gloire de ce mot. Le mot Teitan (Titan) – en écrivant la première
syllabe avec deux voyelles, l'epsilon (e) et l'iota (i) – est, de tous ceux qui
se rencontrent chez nous, le plus digne de créance. En effet, il possède le
chiffre que nous avons dit et se compose de six lettres, chaque syllabe étant
constituée par trois lettres ; c'est un nom ancien et exceptionnel, car aucun
de nos rois ne s'est appelé Titan, et aucune des idoles publiquement adorées
chez les Grecs et les barbares ne possède ce nom ; ce nom passe même pour divin
auprès de beaucoup, au point que le soleil est appelé Titan par ceux qui
dominent en ce moment; ce nom contient encore l'évocation d'un châtiment et
d'un vengeur, et c'est un fait que l'Antéchrist affectera de venger les
victimes des mauvais traitements ; surtout, enfin, c'est un nom digne d'un roi,
et plus encore d'un tyran. Ainsi, le nom de Titan possède assez de probabilité
pour nous permettre de conclure, à partir d'indices nombreux, qu'il pourrait
fort bien être celui de l'homme qui doit venir. Cependant, nous ne risquerons
pas notre fortune sur lui ni ne déclarerons péremptoirement que l'Antéchrist
portera ce nom-là, sachant que, si son nom avait dû être ouvertement proclamé
dès à présent, il aurait été dit par celui qui a vu l'Apocalypse : car il n'y a
pas très longtemps que celle-ci a été vue, mais cela s'est passé presque au
temps de notre génération, vers la fin du règne de Domitien. 30, 4. En fait,
Jean a fait connaître le chiffre du nom de l'Antéchrist, afin que nous nous
gardions de lui lorsqu'il viendra, sachant qui il est ; mais il a tu son nom,
parce que celui-ci n'était pas digne d'être proclamé par l'Esprit Saint. Si, en
effet, ce nom avait été proclamé par lui, peut-être l'Antéchrist eut-il dû
demeurer longtemps ; mais puisqu'en fait « il était et n'est plus, et qu'il
monte de l'abîme pour aller à sa perte[80]»,
comme s'il n'était jamais venu à l'existence, son nom n'a pas été proclamé : car on ne proclame pas le nom de ce qui n'est pas. Or, après que l'Antéchrist aura réduit le
monde entier à l'état de désert, qu'il aura régné trois ans et six mois et
qu'il aura siégé dans le Temple de Jérusalem, le Seigneur viendra du haut du
ciel, sur les nuées, dans la gloire de son Père[81],
et il enverra dans l'étang de feu l'Antéchrist avec ses fidèles[82]
; il inaugurera en même temps pour les justes les temps du royaume,
c'est-à-dire le repos, le septième jour qui fut sanctifié[83],
et il donnera à Abraham l'héritage promis : c'est là le royaume en lequel,
selon la parole du Seigneur, « beaucoup viendront du levant et du couchant pour
prendre place à table avec Abraham, Isaac et Jacob[84]».
II. LA «
RÉSURRECTION DES JUSTES »
Étapes progressives dans l'acheminement des justes vers la
vie céleste
31, 1. Mais certains, qui passent pour croire avec
rectitude, négligent l'ordre suivant lequel devront progresser les justes et
méconnaissent le rythme selon lequel ils s'exerceront à l'incorruptibilité.
Ils ont ainsi en eux des pensées hérétiques : car les hérétiques, méprisant l'ouvrage modelé par Dieu et n'acceptant pas le
salut de leur chair, dédaignant aussi, par ailleurs, la promesse de Dieu et
dépassant complètement Dieu par leurs pensées, assurent
qu'aussitôt après leur mort ils monteront par-dessus les cieux et pardessus le
Créateur lui-même, pour aller vers la « Mère », ou vers le Père faussement
imaginé par eux. Ceux donc qui rejettent
catégoriquement la résurrection et, autant qu'il dépend d'eux, la suppriment,
qu'y a-t-il d'étonnant s'ils ignorent jusqu'à l'ordre selon lequel aura lieu
cette résurrection ? Ils ne veulent pas comprendre que, si les choses étaient
telles qu'ils le prétendent, le Seigneur lui-même, en qui ils se targuent de
croire, n'aurait pas opéré sa résurrection après trois jours, mais, après avoir
expiré sur la croix, serait aussitôt remonté dans les hauteurs en abandonnant
son corps à la terre. En fait, trois jours durant, il a séjourné là où étaient
les morts, selon ce que le prophète dit de lui : « Le Seigneur s'est souvenu de
ses saints morts qui dormaient dans la terre du tombeau, et il est descendu
vers eux pour les libérer, pour les sauver[85].
» Le Seigneur lui-même dit de son côté : « De même que Jonas fut trois jours et
trois nuits dans le ventre du poisson, ainsi le Fils de l'homme sera dans le
sein de la terre[86].
» Son Apôtre dit aussi : « Que signifie : "Il est monté", sinon qu'il
était descendu dans les régions inférieures de la terre[87]
? » David, prophétisant de lui, avait dit de même : « Tu as délivré mon âme des
profondeurs de l'enfer[88].
» Et, après être ressuscité le troisième jour, le Seigneur disait à Marie, qui
était la première à le voir et qui s'était jetée à ses pieds : « Ne me touche
pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père ; mais va vers mes disciples
et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre éternel[89]. »
31, 2. Si donc le Seigneur lui-même a observé la loi
des morts, pour devenir le Premier-né des morts[90],
s'il a séjourné trois jours dans les régions inférieures de la terre[91],
s'il est ensuite ressuscité dans sa chair, de façon à pouvoir montrer à ses
disciples jusqu'aux marques des clous[92],
et si après tout cela seulement il est monté vers son Père, comment ne
rougissent-ils pas, ceux qui prétendent que les enfers s'identifient avec notre
monde et que leur « homme intérieur», laissant ici-bas le corps, doit monter
dans le lieu supra céleste ? Puisque le
Seigneur « s'en est allé au milieu de l'ombre de la mort[93]»,
là où étaient les âmes des morts, qu'il est ensuite ressuscité corporellement
et qu'après sa résurrection seulement il a été enlevé au ciel, il est clair qu'il
en ira également de même pour ses disciples, puisque c'est pour eux que le
Seigneur a fait tout cela : leurs âmes iront donc au lieu invisible qui leur
est assigné par Dieu et elles y séjourneront jusqu'à la résurrection, attendant
cette résurrection ; puis elles recouvreront leurs corps et ressusciteront
intégralement, c'est-à-dire corporellement, à la manière même dont le Seigneur
est ressuscité, et elles viendront de la sorte en la présence de Dieu : « car
il n'y a pas de disciple qui soit au-dessus du Maître, mais tout disciple, une
fois devenu parfait, sera comme son Maître[94]».
Notre Maître ne s'est pas aussitôt envolé, mais il a d'abord attendu le moment
de sa résurrection, qu'avait fixé son Père et qu'avait indiqué l'histoire de
Jonas, puis il est ressuscité après trois jours et, ensuite seulement, a été
enlevé au ciel : ainsi nous-mêmes, nous devons d'abord attendre le moment de
notre résurrection arrêté par Dieu et annoncé par les prophètes, puis, une fois
ressuscites, nous serons enlevés au ciel, tous ceux d'entre nous du moins que
le Seigneur en aura jugés dignes.
Le royaume des justes, accomplissement de la promesse faite
par Dieu aux pères.
32, 1. Ainsi donc, certains se laissent induire en
erreur par les discours hérétiques, au point de méconnaître les « économies »
de Dieu et le mystère de la résurrection des
justes[95] et du royaume qui sera le prélude de l'incorruptibilité,
royaume par lequel ceux qui en auront été jugés dignes s'accoutumeront peu à
peu à saisir Dieu. Aussi est-il nécessaire de
déclarer à ce sujet que les justes doivent
d'abord, dans ce monde rénové, après être ressuscites à la suite de
l'apparition du Seigneur, recevoir l'héritage promis par Dieu aux pères et y
régner ; ensuite seulement aura lieu le jugement
de tous les hommes. Il est juste, en effet,
que, dans ce monde même où ils ont peiné et où ils ont été éprouvés de toutes
manières par la patience, ils recueillent le fruit de cette patience ; que,
dans le monde où ils ont été mis à mort à cause de leur amour pour Dieu, ils
retrouvent la vie ; que, dans le monde où ils ont enduré la servitude, ils
règnent. Car Dieu est riche en tous biens, et tout lui appartient. Il convient donc que le monde lui-même, restauré en son état
premier, soit, sans plus aucun obstacle, au service des justes. C'est ce que l'Apôtre fait connaître dans son épître aux
Romains, lorsqu'il dit : « La création attend avec un ardent désir la
révélation des fils de Dieu : car elle a été assujettie à la vanité, non
de son gré, mais à cause de celui qui l'y a assujettie, avec l'espérance
qu'elle aussi serait un jour libérée de l'esclavage de la corruption pour avoir
part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu[96]. »
32, 2. De cette manière, également, la promesse
faite jadis par Dieu à Abraham demeure stable. Il lui avait dit, en effet : «
Lève les yeux et, du lieu où tu es, regarde vers le nord et vers le midi, vers
l'orient et vers la mer : toute la terre que tu vois, je la donnerai à toi et à
ta postérité à jamais[97].
» Il lui avait dit encore : «Lève-toi, parcours
la terre dans sa longueur et dans sa largeur, car je te la donnerai[98].
» Pourtant Abraham ne reçut sur terre aucun héritage, pas même un pouce de
terrain[99],
mais toujours il y fut « un étranger et un hôte de passage[100]
». Et lorsque mourut Sara, sa femme, comme les
Hétéens voulaient lui donner gratuitement un lieu pour l'ensevelir, il ne
voulut point l'accepter, mais il acheta un tombeau pour quatre cents didrachmes
d'argent à Ephron, fils de Séor, le Hétéen[101].
Il attendait la promesse de Dieu et ne voulait point
paraître recevoir des hommes ce que Dieu avait promis de lui donner, en disant
: «Je donnerai à ta postérité cette terre, depuis le fleuve d'Egypte jusqu'au
grand fleuve, l'Euphrate[102]
» ; et il lui avait énuméré les dix nations qui habitaient toute cette contrée[103].
Si donc Dieu lui a promis l'héritage de la terre et
s'il ne l'a pas reçu durant tout son séjour ici-bas, il faut qu'il le reçoive
avec sa postérité, c'est-à-dire avec ceux qui craignent Dieu et croient en lui,
lors de la résurrection des justes. Or sa postérité c'est
l'Église, qui, par le Seigneur, reçoit la filiation adoptive à l'égard
d'Abraham, comme le dit Jean-Baptiste : « Car Dieu peut, à partir des pierres,
susciter des fils à Abraham[104].
» L'Apôtre aussi dit dans son épître aux Galates : « Pour vous, frères, vous
êtes, à la manière d'Isaac, les enfants de la promesse[105].
» Il dit encore clairement, dans la même épître, que ceux qui ont cru au Christ
reçoivent, par le Christ, la promesse faite à Abraham : « C'est à Abraham que
les promesses ont été faites et à sa postérité. On ne dit pas : "et à ses
descendants", au pluriel, mais au singulier : "et à sa
postérité", laquelle n'est autre que le Christ[106].
» Et, pour
confirmer tout cela, il dit encore : « C'est ainsi qu'Abraham crut à Dieu et
cela lui fut imputé à justice. Reconnaissez-le donc : ceux qui sont de la foi,
ce sont eux les fils d'Abraham. Or, prévoyant que Dieu justifierait les gentils
par la foi, l'Écriture annonça d'avance à Abraham cette bonne nouvelle : Toutes
les nations seront bénies en toi. Ceux qui sont de la foi sont donc bénis avec
Abraham le croyant[107].
» Ainsi donc, ceux qui sont de la foi sont bénis avec Abraham le croyant, et ce
sont eux les fils d'Abraham. Or Dieu a promis l'héritage de la terre à Abraham
et à sa postérité. Si donc ni Abraham ni sa
postérité, c'est-à-dire ceux qui sont justifiés par la foi, ne reçoivent
maintenant d'héritage sur terre, ils le recevront lors de la résurrection des
justes, car Dieu est véridique et stable en toutes choses. Et c'est pour ce motif que le Seigneur disait : «
Bienheureux les doux, parce qu'ils posséderont la terre en héritage[108].
»
L'héritage de la terre annoncé par le Christ et prophétisé
par la bénédiction de Jacob et par Isaïe
33,
33,
33,
C'est ce que les presbytres qui ont vu Jean, le disciple du
Seigneur, se souviennent avoir entendu de lui, lorsqu'il évoquait
l'enseignement du Seigneur relatif à ces temps-là. Voici donc ces paroles du Seigneur : « Il
viendra des jours où des vignes croîtront, qui auront chacune dix mille ceps,
et sur chaque cep dix mille branches, et sur chaque branche dix mille bourgeons,
et sur chaque bourgeon dix mille grappes, et sur chaque grappe dix mille
grains, et chaque grain pressé donnera vingt-cinq cuves de vin. Et lorsque l'un
des saints cueillera une grappe, une autre grappe lui criera : Je suis
meilleure, cueille-moi et, par moi, bénis le Seigneur ! De même le grain de blé
produira dix mille épis, chaque épi aura dix mille grains et chaque grain
donnera cinq tonnes de belle farine ; et il en sera de même, toute proportion
gardée, pour les autres fruits, pour les semences et pour l'herbe. Et tous les
animaux, usant de cette nourriture qu'ils recevront de la terre, vivront en
paix et en harmonie les uns avec les autres et seront pleinement soumis aux
hommes. »
33, 4. Voilà ce que Papias, auditeur de Jean, familier de Polycarpe,
homme vénérable, atteste par écrit dans le quatrième de ses livres, – car il existe cinq livres composés par lui. Il ajoute :
« Tout cela est croyable pour ceux qui ont la foi. Car, poursuit-il, comme
Judas le traître demeurait incrédule et demandait : Comment Dieu pourra-t-il
créer de tels fruits ? – le Seigneur lui répondit : Ceux-là le verront, qui
vivront encore jusqu’alors.
Tels sont donc les temps que prophétisait Isaïe, lorsqu'il
disait : « Le loup paîtra avec l'agneau, le léopard reposera avec le chevreau ;
le veau, le taureau et le lion paîtront ensemble, et un petit enfant les
conduira. Le bœuf et l'ours paîtront ensemble, et leurs petits seront ensemble
; le lion comme le bœuf mangera de la paille. L'enfant en bas âge mettra sa
main dans le trou de la vipère et dans le gîte des petits de la vipère, et ils
ne feront pas de mal et ils ne pourront plus faire périr personne sur ma
montagne sainte[120].
» Reprenant les mêmes traits, il dit encore ailleurs : « Alors loups et agneaux
paîtront ensemble ; le lion, comme le bœuf, mangera de la paille, et le serpent
mangera de la terre en guise de pain, et ils ne feront ni mal ni dommage sur ma
montagne sainte, dit le Seigneur[121].
» Certains, je ne l'ignore pas,
tentent d'appliquer ces textes de façon métaphorique à ces hommes sauvages qui, issus de diverses nations et
ayant eu toute espèce de comportements, ont embrassé la foi et, depuis qu'ils
ont cru, vivent en bonne entente avec les justes. Mais, même si cela a lieu dès
à présent pour des hommes issus de toutes sortes de nations et venus à une même
disposition de foi, cela n'en aura pas moins lieu pour ces animaux lors de la
résurrection des justes, ainsi que nous l'avons dit ; car Dieu est riche en toutes choses, et il faut que, lorsque le monde aura été rétabli dans son état premier, toutes les bêtes sauvages obéissent à l'homme et lui soient
soumises et qu'elles reviennent à la première nourriture donnée par Dieu, à la
manière dont elles étaient soumises à Adam avant sa désobéissance[122]
et dont elles mangeaient les fruits de la terre[123].
Ce n'est d'ailleurs pas le moment de prouver que le
lion se nourrira de paille; mais ce trait indique bien la grandeur et
l'opulence des fruits : car, si une bête telle que le lion doit se nourrir de
paille, quel ne sera pas le blé dont la simple paille suffira à nourrir des
lions !
Israël rétabli dans sa terre, afin d'y avoir part aux biens
du Seigneur.
34, 1. Isaïe lui-même annonce clairement qu'une joie de
cette sorte aura lieu à la résurrection des justes, lorsqu'il dit : « Les morts
ressusciteront, ceux qui sont dans les tombeaux se lèveront et ceux qui sont
dans la terre se réjouiront, car la rosée qui vient de toi est pour eux
une guérison[124]
» Ézéchiel dit de même : « Voici que je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous
ferai sortir de vos tombeaux, et je vous introduirai dans la terre d'Israël. Et
vous saurez que je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux, quand je
ferai sortir des tombeaux mon peuple. Je mettrai mon Esprit en vous, et vous
vivrez, et je vous établirai sur votre terre, et vous saurez que je suis le
Seigneur. » Le même prophète dit encore[125]
: «Voici ce que dit le Seigneur : Je rassemblerai Israël d'entre toutes les
nations parmi lesquelles ils ont été dispersés, et je me sanctifierai en eux
aux yeux des peuples des nations, et ils habiteront sur leur terre, que j'ai
donnée à mon serviteur Jacob. Ils y habiteront en sécurité ; ils bâtiront des
maisons et planteront des vignes ; ils habiteront en sécurité, quand
j'exercerai un jugement sur tous ceux qui les auront méprisés, sur ceux de
leurs alentours, et ils sauront que je suis le Seigneur, leur Dieu et le Dieu
de leurs pères[126].
» Or nous avons montré un peu plus haut que c'est l'Église qui est la postérité
d'Abraham. Et c'est pourquoi, afin que nous sachions que tout cela se réalisera
dans la Nouvelle Alliance, qui, de toutes les nations, rassemble ceux qui sont
sauvés, suscitant ainsi à partir des pierres des fils à Abraham[127],
Jérémie dit : « C'est pourquoi voici que des jours viennent, dit le Seigneur,
où l'on ne dira plus : "Le Seigneur est vivant, lui qui a ramené les fils
d'Israël de l'Égypte", mais : "Le Seigneur est vivant, lui qui a
ramené les fils d'Israël du pays du septentrion et de toutes les contrées où
ils avaient été chassés, et qui va les rétablir sur leur terre, celle qu’il
avait donnée à leurs pères[128]. »
34, 2. Que toute créature doive, selon la volonté de Dieu,
croître et parvenir à la plénitude de sa stature, pour produire et faire mûrir
de tels fruits, c'est ce que dit Isaïe : « Sur toute haute montagne et sur
toute colline élevée il y aura des cours d'eau, en ce jour où beaucoup périront
et où les tours tomberont. La lumière de la lune sera comme la lumière du
soleil, et la lumière du soleil sera septuplée, le jour où le Seigneur portera
remède à la ruine de son peuple et guérira la douleur de ta plaie[129].»
La «douleur de la plaie», c'est celle de cette plaie dont fut frappé l'homme à
l'origine, lorsqu'il désobéit en Adam ; cette plaie, qui est la mort, Dieu la
guérira en nous ressuscitant d'entre les morts et en nous établissant dans
l'héritage des pères, selon ce que contient la bénédiction de Japhet : « Que
Dieu donne de l'espace à Japhet, et qu'il habite dans les demeures de Sem[130].
» Isaïe dit encore : « Tu mettras ta confiance dans le Seigneur, et il
t'introduira dans les biens de la terre, et il te nourrira de l'héritage de
Jacob ton père[131].
» C'est ce que dit aussi le Seigneur : « Heureux ces serviteurs que le maître,
à son arrivée, trouvera veillant ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra,
les fera mettre à table et, passant devant eux, les servira. S'il arrive à la
veille du soir et qu'il les trouve ainsi, heureux sont-ils, car il les fera
mettre à table et les servira; et si c'est à la deuxième ou à la troisième
veille qu'il arrive, heureux sont-ils[132].
» C'est cela même que Jean dit aussi dans l'Apocalypse : « Heureux et saint celui qui a part à la
première résurrection[133] !
» Isaïe a également indiqué le moment où auront
lieu ces événements : « Et je dis : Jusque à quand, Seigneur ? Jusqu'à ce que les villes soient dépeuplées, faute
d'habitants, ainsi que les maisons, faute d'hommes, et que la terre soit
laissée déserte. Après cela le Seigneur
éloignera les hommes, et ceux qui auront été
laissés se multiplieront sur la terre[134].
» Daniel dit de même : « Le règne, la puissance
et la grandeur des rois qui sont sous le ciel ont été donnés aux saints du
Très-Haut ; son règne est un règne éternel, et tous les empires le serviront et
lui obéiront[135].
» Et pour qu'on ne s'imagine pas que cette promesse
concerne l'époque présente, il fut dit au prophète : « Pour toi,
viens et tiens-toi dans ton héritage lors de la consommation des jours[136]. »
34, 3. Que ces promesses s'adressent non seulement aux
prophètes et aux pères, mais aux Eglises rassemblées d'entre les gentils – à
ces Églises auxquelles l'Esprit donne le nom d' « îles » parce qu'elles se
trouvent placées au milieu du tumulte, qu'elles subissent la tempête des
blasphèmes, qu'elles sont un port de salut pour ceux qui sont en péril et un
refuge pour ceux qui aiment la vérité et s'efforcent de fuir l'abîme de
l'erreur, – c'est ce que Jérémie dit en ces termes : « Nations, écoutez la
parole du Seigneur et annoncez-la dans les îles lointaines ; dites :
"Celui qui a dispersé Israël le rassemblera et le gardera comme un berger
son troupeau ; car le Seigneur a racheté Jacob, il l'a délivré de la main d'un
plus fort que lui". Ils viendront et se réjouiront sur la montagne de Sion
; ils viendront vers les biens du Seigneur, vers une terre de blé, de vin et de
fruits, de bœufs et de brebis ; leur âme sera comme un arbre fertile, et ils
n'auront plus faim désormais. Alors les jeunes filles se réjouiront dans
l'assemblée des jeunes gens, et les vieillards se réjouiront ; je changerai
leur deuil en joie, je les réjouirai. Je fortifierai et j'enivrerai l'âme des
prêtres, fils de Lévi, et mon peuple se rassasiera de mes biens[137].
» Les lévites et les prêtres, nous l'avons montré dans le livre précédent, ce
sont tous les disciples du Seigneur, qui, eux aussi, « enfreignent le sabbat
dans le Temple et ne sont pas coupables[138]».
De telles promesses signifient donc, de toute évidence, le festin que fournira
cette création dans le royaume des justes et que Dieu a promis d'y servir.
Jérusalem glorieusement rebâtie
34, 4. Isaïe dit encore au sujet de Jérusalem et de Celui
qui y régnera : « Voici ce que dit le Seigneur : Heureux celui qui a une
postérité dans Sion et une parenté dans Jérusalem ! Voici qu'un Roi juste régnera, et les princes
gouverneront avec droiture[139].
» Et à propos des préparatifs de sa reconstruction il
dit : « Voici que je te prépare pour pierres de l'escarboucle et pour
fondements du saphir ; je ferai tes créneaux de jaspe, tes portes de cristal et
ton enceinte de pierres précieuses ; tous tes fils seront enseignés par le
Seigneur, tes enfants seront dans une grande paix, et tu seras édifiée dans la
justice[140].
» Le même prophète dit encore : « Voici que je crée Jérusalem pour
l'allégresse, et mon peuple pour la joie. Je serai dans l'allégresse au sujet
de Jérusalem, et dans la joie au sujet de mon peuple. On n'y entendra plus
désormais le bruit des lamentations ni le bruit des clameurs ; il n'y aura plus là d'homme frappé d'une mort prématurée, ni
de vieillard qui n'accomplisse pas son temps : car
le jeune homme aura cent ans, et le pécheur qui mourra aura cent ans et sera
maudit. Ils bâtiront des maisons et eux-mêmes les habiteront ; ils planteront
des vignes et eux-mêmes en mangeront les fruits. Ils ne bâtiront pas pour que
d'autres habitent ; ils ne planteront pas pour que d'autres mangent. Car les
jours de mon peuple seront les jours de l’arbre de vie : ils useront les
ouvrages de leurs mains[141]. »
35, 1. Si certains essaient d'entendre de telles prophéties dans un
sens allégorique, ils ne parviendront même pas à tomber d'accord entre eux sur
tous les points. D'ailleurs,
ils seront convaincus d'erreur par les textes eux-mêmes, qui disent : « Lorsque
les villes des nations seront dépeuplées, faute d'habitants, ainsi que les
maisons, faute d'hommes, et lorsque la terre sera laissée déserte...[142]
». « Car voici, dit Isaïe, que le Jour du Seigneur vient, porteur de mort,
plein de fureur et de colère, pour réduire la
terre en désert et en exterminer les pécheurs[143].
» Il dit encore : « Que l'impie soit enlevé, pour ne
point voir la gloire du Seigneur[144]
! » « Et après » que « cela » aura eu lieu, « Dieu, dit-il, éloignera les
hommes, et ceux qui auront été laissés se
multiplieront sur la terre[145].
» « Ils bâtiront des maisons et eux-mêmes les
habiteront; ils planteront des vignes et eux-mêmes en mangeront[146].
» Toutes les prophéties de ce genre se
rapportent sans conteste à la résurrection des justes, qui aura lieu après
l'avènement de l'Antéchrist et l'anéantissement des nations soumises à son
autorité : alors les justes régneront sur la
terre, croissant à la suite de l'apparition du Seigneur ; ils s'accoutumeront,
grâce à lui, à saisir la gloire du Père et, dans ce royaume, ils accéderont au
commerce des saints anges ainsi qu'à la communion et à l'union avec les
réalités spirituelles. Et tous ceux que le Seigneur trouvera en leur chair,
l'attendant des cieux après avoir enduré la tribulation et avoir échappé aux
mains de l'Impie, ce sont ceux dont le prophète a dit : « Et ceux qui auront
été laissés se multiplieront sur la terre[147].
» Ces derniers sont aussi tous ceux d'entre les
païens que Dieu préparera d'avance pour que, après avoir été laissés, ils se
multiplient sur la terre, soient gouvernés par les saints et servent à
Jérusalem.
Plus clairement encore, au sujet de Jérusalem et du royaume
qui y sera établi, le prophète Jérémie a déclaré : « Regarde vers l'Orient, ô
Jérusalem, et vois la joie qui te vient de la part de Dieu. Voici qu'ils
viennent, tes fils que tu avais congédiés, ils viennent, rassemblés de l'Orient
à l'Occident par la parole du Saint, se réjouissant de la gloire de Dieu.
Quitte, Jérusalem, la robe de ton deuil et de ton affliction, et revêts pour
toujours la parure de la gloire venant de ton Dieu. Enveloppe-toi du manteau de
la justice venant de Dieu ; mets sur ta tête le diadème de la gloire éternelle.
Car Dieu montrera ta splendeur à toute la terre qui est sous le ciel. Car ton
nom te sera donné par Dieu pour jamais : "Paix de la justice" et
"Gloire de la piété". Lève-toi, Jérusalem, tiens-toi sur la hauteur,
et regarde vers l'Orient ; et vois tes fils rassemblés du couchant au levant
par la parole du Saint, se réjouissant de ce que Dieu s'est souvenu d'eux. Ils
t'avaient quittée à pied, emmenés par les ennemis ; Dieu te les ramène portés
avec honneur, comme un trône royal. Car Dieu a ordonné de s'abaisser à toute
montagne élevée et aux collines éternelles, et aux vallées de se combler pour
aplanir la terre, afin qu'Israël marche en sécurité sous la gloire de Dieu. Les
forêts et tous les arbres odoriférants ont prêté leur ombre à Israël par ordre
de Dieu. Car Dieu conduira Israël avec joie à la lumière de sa gloire, avec la
miséricorde et la justice qui viennent de lui-même[148].
»
35, 2. Ces événements ne sauraient se situer dans les lieux supra
célestes — « car
Dieu, vient de dire le prophète, montrera ta splendeur à toute la terre qui est
sous le ciel[149]
», — mais ils se produiront aux temps du royaume, lorsque la terre aura été renouvelée par le Christ et que
Jérusalem aura été rebâtie sur le modèle de la Jérusalem d'en haut.
Après le
royaume des justes : la Jérusalem d'en haut et le royaume du Père.
C'est au sujet de celle-ci que le prophète Isaïe a dit : « Voici
que sur mes mains j'ai peint tes murs, et tu es sans cesse devant mes yeux[150].
» L'Apôtre dit pareillement aux Galates : « Mais la Jérusalem d'en haut est libre, et c'est elle qui
est notre Mère[151]
» : il ne dit pas cela de l'Enthymésis d'un Éon
égaré, ni d'une Puissance séparée du Plérôme et dénommée Prounikos, mais de la
Jérusalem peinte sur les mains de Dieu.
C'est aussi cette dernière que, dans l'Apocalypse, Jean a
vue descendre sur la terre nouvelle. Car, après les temps du royaume, «je vis,
dit-il, un grand trône blanc et Celui qui y était assis ; de devant sa face le
ciel et la terre s'enfuirent, et il ne se trouva plus de place pour eux[152].
» Il décrit alors en détail la
résurrection et le jugement universels : «Je
vis, dit-il, les morts, les grands et les petits. Car la mort rendit les morts
qui se trouvaient en elle; la mort et l'enfer rendirent ceux qui étaient en
eux. Des livres furent ouverts. On ouvrit aussi le livre de vie, et les morts
furent jugés, d'après ce qui était écrit dans ces livres, selon leurs œuvres.
Puis la mort et l'enfer furent jetés dans l'étang de feu : cet étang de feu,
c'est la seconde mort[153].
» C'est ce qu'on appelle la Géhenne, dite aussi « feu éternel[154]
» par le Seigneur. « Et quiconque, dit Jean, ne fut pas trouvé inscrit dans le
livre de vie fut jeté dans l'étang de feu[155].
» Il dit ensuite : « Et je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle ; car le
premier ciel et la première terre s'en étaient allés, et la mer n'était plus.
Et je vis la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, descendre du ciel, d'auprès de
Dieu, apprêtée comme une fiancée parée pour son époux. Et j'entendis une grande
voix, sortant du trône, qui disait : "Voici le tabernacle de Dieu avec les
hommes : il habitera avec eux, et ils seront ses peuples ; Dieu lui-même sera
avec eux et sera leur Dieu. Et il essuiera toute larme de leurs yeux, et la
mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les
premières choses s'en sont allées[156]".
» Isaïe l'avait déjà dit : «Ce sera le ciel nouveau et la terre nouvelle ; on
ne se souviendra plus des premières choses et elles ne reviendront plus à
l'esprit ; mais on trouvera joie et allégresse dans cette terre nouvelle[157].
» C'est ce que dit l'Apôtre : « Car elle passe, la figure de ce monde[158].
» Et le Seigneur dit pareillement : « Le ciel et la terre passeront[159].
» Quand donc ces choses auront passé, nous dit Jean, le
disciple du Seigneur, sur la terre nouvelle descendra la Jérusalem d'en haut,
telle une fiancée parée pour son époux, et c'est elle qui sera le tabernacle de
Dieu, en lequel Dieu habitera avec les hommes. C'est
de cette Jérusalem-là que sera l'image, la Jérusalem de la première terre, où
les justes s'exerceront à l'incorruptibilité et se prépareront au salut, comme
c'est aussi de ce tabernacle-là que Moïse a reçu le modèle sur la montagne[160].
Et rien de tout cela ne peut s'entendre allégoriquement, mais au contraire tout est
ferme, vrai, possédant une existence authentique,
réalisé par Dieu pour la jouissance des hommes justes. Car, de même qu'est
réellement Dieu Celui qui ressuscitera l'homme, c'est réellement aussi que
l'homme ressuscitera d'entre les morts, et non allégoriquement, ainsi que nous
l'avons abondamment montré. Et de même qu'il ressuscitera réellement,
c'est réellement aussi qu'il s'exercera à
l'incorruptibilité, qu'il croîtra et qu'il parviendra à
la plénitude de sa vigueur aux temps du royaume,
jusqu'à devenir capable de saisir la gloire du Père. Puis, quand toutes choses
auront été renouvelées, c'est réellement qu'il habitera la cité de Dieu.
Car, dit Jean, « Celui qui était assis sur le trône dit : Voici que je
fais toutes choses nouvelles. Et il ajouta : Écris, car ces paroles sont sûres
et véridiques. Et il me dit : C’est fait[161] ! »
Rien de plus juste,
36, 1. car, puisque réels sont les hommes, réel doit
être aussi le transfert qui les affectera,
étant toutefois admis qu’ils ne s’en iront pas au néant, mais
progressivement au contraire dans l’être. Car ni la substance ni la matière de la création
ne seront anéanties – véridique et stable est
Celui qui l'a établie, – mais « la figure de ce monde passera[162]»,
c'est-à-dire les choses en lesquelles la transgression a eu lieu : car l'homme
a vieilli en elles. Voilà pourquoi cette « figure » a été créée temporelle,
Dieu sachant d'avance toutes choses, comme nous l'avons montré dans le livre
précédent, là où nous avons expliqué dans la mesure du possible le pourquoi de
la création d'un monde temporel. Mais lorsque
cette « figure » aura passé, que l'homme aura été renouvelé, qu'il sera mûr
pour l'incorruptibilité au point de ne plus pouvoir vieillir, « ce sera alors
le ciel nouveau et la terre nouvelle[163]
», en lesquels l’homme nouveau demeurera, conversant avec Dieu d’une manière
toujours nouvelle. Que cela doive durer toujours et sans fin, Isaïe le dit en ces termes : « Comme le ciel nouveau et la terre nouvelle que je vais
créer subsisteront devant moi, dit le Seigneur ainsi subsisteront votre postérité
et votre nom[164]. »
Et, comme le disent les presbytres, c'est alors que ceux qui auront été jugés dignes du séjour
du ciel y pénétreront, tandis que d'autres jouiront des délices du paradis, et
que d'autres encore posséderont la splendeur de la cité ; mais partout Dieu
sera vu, dans la mesure où ceux qui le verront en seront dignes.
36, 2. Telle sera la différence d'habitation entre ceux qui
auront produit cent pour un, soixante pour un, trente pour un[165]
: les premiers seront enlevés aux cieux, les seconds séjourneront dans le
paradis, les troisièmes habiteront la cité : c'est la raison pour laquelle le
Seigneur a dit qu'il y avait de nombreuses demeures chez son Père[166].
Car tout appartient à Dieu, qui procure à chacun l'habitation qui lui convient
: comme le dit son Verbe, le Père partage à tous selon que chacun en est ou en
sera digne. C'est là la salle du festin en laquelle prendront place et se
régaleront les invités aux noces[167].
Tels sont, au dire des presbytres, disciples des apôtres, l'ordre et le rythme que suivront ceux qui sont sauvés,
ainsi que les degrés par lesquels ils progresseront : par l'Esprit ils
monteront au Fils, puis par le Fils ils monteront au Père, lorsque le Fils
cédera son œuvre au Père, selon ce qui a été dit par l'Apôtre : « Il faut qu'il règne, jusqu'à ce que Dieu ait
mis tous ses ennemis sous ses pieds : le dernier ennemi qui sera anéanti, c'est
la mort[168].
» Aux temps du royaume, en effet, l'homme,
vivant en juste sur la terre, oubliera de mourir. « Mais, poursuit l'Apôtre, lorsque
l'Écriture dit que tout lui a été soumis, il est clair que c'est en exceptant
Celui qui lui a soumis toutes choses. Et quand toutes choses lui auront été
soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à Celui qui lui aura soumis toutes
choses, afin que Dieu soit tout en tous[169].
»
Conclusion
36, 3. Ainsi donc, de façon précise, Jean a vu par avance la première
résurrection[170], qui est celle des justes, et l'héritage de la terre qui doit
se réaliser dans le royaume ; de leur côté, en plein accord avec Jean, les
prophètes avaient déjà prophétisé sur cette résurrection. C'est exactement cela
que le Seigneur a enseigné lui aussi, quand il a promis de boire le mélange
nouveau de la coupe avec ses disciples dans le royaume[171],
et encore lorsqu'il a dit : « Des jours viennent où les morts qui sont dans les
tombeaux entendront la voix du Fils de l'homme, et ils ressusciteront, ceux qui
auront fait le bien pour une résurrection de vie, et ceux qui auront fait le
mal pour une résurrection de jugement[172]
» : il dit par là que ceux qui auront fait le bien ressusciteront les premiers
pour aller vers le repos, et qu'ensuite ressusciteront ceux qui
doivent être jugés. C'est ce qu'on trouve
déjà dans le livre de la Genèse, d'après lequel la
consommation de ce siècle aura lieu le sixième jour[173],
c'est-à-dire la six millième année ; puis ce
sera le septième jour, jour du repos, au sujet duquel David dit : « C'est là mon repos, les
justes y entreront[174]
» : ce septième jour est le septième millénaire[175],
celui du royaume des justes, dans lequel ils s'exerceront à l'incorruptibilité,
après qu'aura été renouvelée la création pour ceux qui auront été gardés dans
ce but. C'est ce que confesse l'apôtre Paul, lorsqu'il dit que la
création sera libérée de l'esclavage de la corruption pour avoir part à la
liberté glorieuse des enfants de Dieu[176].
Et en tout cela et à travers tout cela apparaît un seul et
même Dieu Père : c'est lui qui a modelé l'homme et promis aux pères l'héritage
de la terre[177]
; c'est lui qui le donnera lors de la résurrection des justes et réalisera ses
promesses dans le royaume de son Fils ; c'est lui enfin qui accordera, selon sa
paternité, ces biens que l'œil n'a pas vus, que l'oreille n'a pas entendus et
qui ne sont pas montés au cœur de l'homme[178].
Il n'y a en effet qu'un seul Fils, qui a accompli la volonté du Père, et qu'un
seul genre humain, en lequel s'accomplissent les mystères de Dieu. Ces
mystères, « les anges aspirent à les contempler »[179],
mais ils ne peuvent scruter la Sagesse de Dieu, par l'action de laquelle
l'ouvrage par lui modelé est rendu conforme et concorporel au Fils[180]
: car Dieu a voulu que sa Progéniture, le Verbe premier-né, descende vers la
créature, c'est-à-dire vers l'ouvrage modelé, et soit saisie par elle, et que la créature à son
tour saisisse le Verbe et monte vers lui, dépassant ainsi les anges et devenant
à l'image et à la ressemblance de Dieu[181].
FIN
[1]Cf. Ps., 22 : 6 ; 90 : 16.
[2] Cf. Gen., 5 : 24 ; Sag., 4 : 10 ; Sir., 14 : 16 ; Hébreux, 11 : 5.
[3] Cf. Rois, 2, 11.
[4] Ps., 118 : 73 ; Job, 10 : 8.
[5] Gen., 2 : 8.
[6] Cf. II Cor., 12 : 4.
[7] Cf. II Rois, 2 : 11.
[8] Cf. Jonas, 2 : 11.
[9] Daniel, 3 : 94.
[10] Daniel, 3 : 91-92.
[11] Luc, 18 : 27.
[12] Cf. Ps., 22 : 6 ; 90 : 16.
[13] Cf. Rom., 3 : 3.
[15][2]
Matth., XXIV, 15-17, 21.
[16][3] Cf. Daniel, VII, 7-8.
[17][4] Daniel, VII, 8, 20-22.
[18][5] Daniel, VII, 23-25.
[20][7] S. Jean, V, 43.
[21][8]
Cf. S. Luc, XVIII, 6.
[22][9]
S. Luc, XVIII, 2.
[23][10]
Cf. S. Luc, XVIII, 3.
[24][11]
Daniel, VIII, 11-12.
[25][12]
Daniel, VIII, 23-25.
[26][13]
Daniel, IX, 27.
[27][14]
S. Matthieu, XXIV, 15.
[28][15]
Cf. S. Luc, I, 26 s.
[29][16] Apocalypse, XVII,
12-14.
[30][17] S. Matthieu, XII, 25.
[31][18] Daniel, II, 33-34.
[32][19] Daniel, II, 41-42.
[33][20] Daniel, II, 42-43.
[34][21] Daniel, II, 44-45.
[35][22] Cf. S. Luc, XIV,
14 ; XVII, 35 : « … deux femmes qui seront à tourner la meule en
semble, l’une sera prise [enlevée] et l’autre laissée. » – Cf. les Actes des Apôtres de l’Évangéliste S.
Luc, I, 6.
[36][23]
Daniel, II, 44.
[37][24]
Cf. S. Matthieu, XXV, 41.
[38][25] Cf. S. Matthieu, XXV,
41.
[39][26] S. Matthieu, X, 35.
[40][27] Cf. S. Luc, XVII,
34-35.
[41][28] Cf. S. Matthieu, XIII,
30.
[42][29] Cf. S. Matthieu, XXV,
33-34 et 41.
[43][30]
S. Luc, II, 34.
[44][31]
Cf.
[45][32] Cf. S. Matthieu, VII,
21.
[46][33] S. Matthieu, V, 45.
[47][34] S. Jean, III, 18.
[48][35] S. Jean, III, 18.
[49][36] S. Jean, III, 19-21.
[50][37] Cf. S. Matthieu, XXV,
34 et 41.
[51][38] Cf. II Thessaloniciens,
II, 10-12.
[52][39] Cf. II Thessaloniciens,
II, 4.
[53][40] Cf. Apocalypse, XIX,
20.
[54][41] II Thessaloniciens, II,
11-12.
[55][42] Apocalypse, XIII, 2-10.
[56][43] Apocalypse, XIII,
11-14.
[57][44] Apocalypse, XIII,
14-18.
[58][45] Genèse, II, 1-2.
[59][46] II S. Pierre, III, 8.
[60][47] Cf. Genèse, II, 7.
[61][48] Cf. Psaumes, CXVIII,
73. Job, X, 8.
[62][49]
Cf. Genèse, I, 26.
[63][50] Cf. S. Matthieu, III,
12. S. Luc, III, 17.
[64][51] Ignace d’Antioche,
Romains, IV, 1.
[65][52] Cf. Isaïe, XL, 15
et 17.
[66][53] S. Matthieu, XXIV, 21.
[67][54]
Cf. Apocalypse, XIX, 20.
[68][55]
Cf. Apocalypse, XIII, 18.
[69][56]
Cf. Genèse, VI, 1 s.
[70][57]
Cf. Genèse, VII, 6.
[71][58]
Cf. Genèse, IV, 23.
[72][59]
Cf. Genèse, IV, 1.
[73][60]
Cf. Daniel, III, 1.
[74] Cf. Daniel, III, 20.
[75][61]
Cf. Apocalypse, XIII, 18.
[76][62]
S. Matthieu,
XXIV, 15. Daniel, IX, 27.
[77][63]
I Thessaloniciens, V, 3.
[78][64]
Jérémie, VIII, 16.
[79][65]
Cf. Apocalypse, VII, 5-8.
[80][66]
Apocalypse, XVII, 8.
[81][67] Cf. S. Matthieu, XVI,
27. S. Marc, XIII, 26.
[82][68] Cf. Apocalypse, XIX,
20.
[83][69] Cf. Genèse, II, 2-3.
[84][70] S. Matthieu, VIII, 11.
[85][71] Ps.-Jér.
[86][72] S. Matthieu, XII, 40.
[87][73] Ephésiens, IV, 9.
[88][74] Psaumes, LXXXV, 13.
[89][37] Cf. S. Matthieu, XXV,
34 et 41.
[90][76] Cf. Colossiens, I, 18.
[91][77] Cf. Éphésiens, IV, 9.
[92][78] Cf. S. Jean, XX, 25 et
27.
[93][79] Psaumes, XXII, 4.
[94][80] S. Luc, VI, 40.
[95][81] Cf. S. Luc, XIV,
14 ; cf. Actes, 1 : 6 ; cf. Apocalypse, 20 : 5-6 ; cf.
Irénée, IV, 22, 2.
[96][82] Romains, VIII, 19-21.
[97][83] Genèse, XIII, 14-15.
[98][84] Genèse, XIII, 17.
[99][85] Cf. Actes (de
l’Évangéliste S. Luc), VII, 5.
[100][86] Genèse, XXIII, 4.
[101][87] Cf. Genèse, XXIII,
3-20.
[102][88] Genèse, XV, 18.
[103][89] Cf. Genèse, XV, 19-21.
[104][90] S. Matthieu, III, 9. S.
Luc, III, 8.
[105][91] Galates, IV, 28.
[106][92] Galates, III, 16.
[107][93] Galates, III, 6-9.
[108][94] S. Matthieu, V, 5.
[109][95] S. Matthieu, XXVI,
27-29.
[110][96] Psaumes, CIII, 30.
[111][97] S. Luc, XIV, 12-14.
[112][98] S. Matthieu, XIX, 29.
S. Luc, XVIII, 29-30.
[113][99] Cf. Genèse, II, 2-3.
[114][100] Genèse, XXVII, 27.
[115][101] Cf. S. Matthieu, XIII,
38.
[116][102] Genèse, XXVII, 28-29.
[117][103] Genèse, XXVII, 28-31.
[118][104] Genèse, XXVII, 32-33.
[119][105] Genèse, XXVII, 46-47.
[120][106] Isaïe, XI, 6-9.
[121][107]
Isaïe, LXV, 25.
[122][108]
Cf. Genèse, I, 26-28.
[123][109]
Cf. Genèse, I, 30.
[124][110]
Isaïe, XXVI, 19.
[125][111] Ézéchiel, XXXVII,
12-14.
[126][112] Ézéchiel, XXVIII,
25-26.
[127][113] Cf. S. Matthieu, III,
9. S. Luc, III, 8.
[128][114] Jérémie, XVI,
14-15 ; XXIII, 7-8.
[129][115] Isaïe, XXX, 25-26.
[130][116] Genèse, IX, 27.
[131][117] Isaïe, LVIII, 14.
[132][118] S. Luc, XII, 37-38.
[133][119] Apocalypse, XX, 6.
[134][120] Isaïe, VI, 11-12.
[135][121] Daniel, VII, 27.
[136][122] Daniel, XII, 13.
[137][123] Jérémie, XXXI, 10-14.
[138][124] S. Matthieu, XII, 5.
[139][125] Isaïe, XXXII, 1.
[140][126] Isaïe, LIV, 11-14.
[141][127] Isaïe, LXV, 18-22.
[142][128] Isaïe, VI, 11.
[143][129] Isaïe, XIII, 9.
[144][130] Isaïe, XXVI, 10.
[145][131] Isaïe, VI, 12.
[146][132]
Isaïe, LXV, 21.
[147][133]
Isaïe, VI, 12.
[148][134]
Baruch, IV, 38 ; V, 9.
[149][135]
Baruch, V, 3.
[150][136]
Isaïe, XLIX, 16.
[151][137]
Galates, IV, 26.
[152][138]
Apocalypse, XX, 11.
[153][139]
Apocalypse, XX, 12-14.
[154][140]
Cf. S. Matthieu, XXV, 41.
[155][141]
Apocalypse, XX, 15.
[156][142]
Apocalypse, XXI, 1-4.
[157][143]
Isaïe, LXV, 17-18.
[158][144]
I Corinthiens, VII, 31.
[159][145] S. Matthieu, XXVI, 35.
[160][146] Exode, XXV, 40.
Hébreux, VIII, 5.
[161][147] Apocalypse, XXI, 5-6.
[162][148] I Corinthiens, V, 31.
[163][149]
Isaïe, LXV, 17.
[164][150]
Isaïe, LXVI, 22.
[165][151]
Cf. S. Matthieu, XIII, 8.
[166][152] Cf. S. Jean, XIV, 2.
[167][153] Cf. S. Matthieu, XXII,
1-14.
[168][154]
I Corinthiens, XV, 25-26.
[169][155]
I Corinthiens, XV, 27-28.
[170] Cf. Apocalypse,
20 : 5-6.
[171] Cf. Saint Matthieu,
26 : 29.
[172] S. Jean, 5 : 25,
28-29.
[173] Cf. Genèse, 1 :
31 ; 2 : 1-2.
[174] Psaumes, 131 :
14 ; 117 : 20.
[175] Cf. Apocalypse,
20 : 4-6.
[176] Cf. Romains, 8 :
19-21.
[177] Cf. Romains, 8 :
29.
[178] I Corinthiens, 2 :
9.
[179] I Pierre, 1 : 12.
[180] Cf. Romains, 8 :
29 ; Éphésiens, 3 : 6.
[181] Cf. Genèse, 1 :
26.