LA CONJURATION ANTICHRÉTIENNE (extraits)

Par

Monseigneur Henri DELASSUS

Docteur en théologie

(1910)

 

L’antipape Ratzinger/Benoît XVI :

Le pseudo Vatican II : « Une sorte de contre-Syllabus »

(Les principes de la théologie catholique, Téqui, 2005, p. 426)

 

Tome Ier

 

Page 9 (chapitre Ier : Les deux civilisations)

 

Le Syllabus de Pie IX [recueil de propositions condamnées infailliblement par le Pape] se termine par cette proposition condamnable et condamnée :

« Le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne. »

La dernière proposition du décret que l'on a appelé le Syllabus de Pie X, proposition également condamnable et condamnée, est ainsi conçue :

« Le catholicisme d'aujourd'hui ne peut se concilier avec la vraie science, à moins de se transformer en un christianisme non dogmatique, c'est-à-dire en un protestantisme sage et libéral. »

Ce n'est sans doute point sans intention que ces deux propositions ont reçu, dans l'un et l'autre Syllabus, cette place, la dernière, apparaissant là comme leur conclusion. C'est qu'en effet elles résument les précédentes et en précisent l'esprit.

 

Page 10

 

Il faut que l'Eglise se réconcilie avec la civilisation moderne. Et la base proposée pour cette réconciliation, c'est, non point l'acceptation des données de la vraie science que l'Eglise n'a jamais répudiée, quelle a toujours favorisée, aux progrès de laquelle elle a toujours applaudi et contribué plus que qui que ce soit; mais l'abandon de la vérité révélée, abandon qui transformerait le catholicisme en un protestantisme large et libéral dans lequel tous les hommes pourraient se rencontrer, quelles que soient leurs idées sur Dieu, sur ses révélations et ses commandements. Ce n'est, disent les modernismes, que par ce libéralisme que l'Eglise peut voir de nouveaux jours s'ouvrir devant elle, se procurer l'honneur d'entrer dans les voies de la civilisation moderne et de marcher avec le progrès.

Toutes les erreurs signalées dans l'un et l'autre Syllabus se présentent comme les diverses clauses du traité proposé à la signature de l'Eglise pour cette réconciliation avec le monde, pour son admission dans la cité moderne.

Civilisation moderne. Il y a donc civilisation et civilisation ? II y a donc eu, avant l'ère dite moderne une civilisation autre que celle dont jouit, ou du moins que poursuit le monde de notre temps ? En effet, il y a eu, et il y a encore en France et en Europe, une civilisation appelée la civilisation chrétienne. Par quoi ces deux civilisations se différentient-elles ? Par la conception qu'elles se font de la fin dernière de l'homme, et par les effets divers et même opposés que l'une et l'autre conception produisent dans l'ordre social comme dans l'ordre privé.

 

Pages 11-12

 

L'impulsion vers le bonheur vient du Créateur, et Dieu y ajoute la lumière qui en éclaire le chemin, directement par sa grâce, indirectement par les enseignements de son Eglise. Mais il appartient à l'homme, individu ou société, il appartient au libre arbitre de se diriger, d'aller prendre sa félicité là où il lui plaît de la mettre, dans ce qui est réellement bon, et, au-dessus de toute bonté, dans le Bien absolu, Dieu; ou dans ce qui n'a que les apparences du bien, ou qui n'est qu'un bien relatif.

 

Page 12

 

Dès la création du genre humain, l'homme s'est fourvoyé. Au lieu de croire à la parole de Dieu et d'obéir à son commandement, Adam écouta la voix enchanteresse qui lui disait de mettre sa fin en lui-même, dans la satisfaction de sa sensualité, dans les ambitions de son orgueil. « Vous serez comme des dieux » ; « le fruit de l'arbre était bon à manger, beau à voir, et d'un aspect qui excitait le désir ». Ayant ainsi dévié, dès le premier pas, Adam a entraîné sa race dans la fausse direction qu'il venait de prendre.

Elle y marcha, elle s'y avança, elle s'y enfonça durant de longs siècles.

 

Page 42 (chapitre IV : La Réforme, fille de la Renaissance)

 

Dans son livre La Réforme en Allemagne et en France, un ancien magistrat, M. le comte J. Boselli, raconte que M. Paulin Paris, un des savants les plus érudits sur le moyen âge et l'un de ceux qui le connurent le mieux, dit un jour en sa présence à un interlocuteur qui s’étonnait de la grande différence de la France moderne avec celle d'autrefois « obscurcie par les ténèbres du moyen âge » : « Détrompez-vous, le moyen âge n'était pas si différent des temps modernes que vous le croyez . Les lois étaient différentes, ainsi que les mœurs et les coutumes, mais les passions humaines étaient les mêmes. Si l'un de nous se trouvait transporté au moyen âge, il verrait, autour de lui des laboureurs, des soldats, des prêtres, des financiers, des inégalités sociales, des ambitions, des trahisons. CE QUI EST CHANGÉ, C'EST LE BUT DE L'ACTIVITÉ HUMAINE. »

On ne pouvait mieux dire. Les hommes du moyen âge étaient de même nature que nous, nature inférieure à celle des anges et de plus déchue. Ils avaient nos passions, se laissaient comme nous entraîner par elles, souvent à des excès plus violents. Mais le but était la vie éternelle : les mœurs, les lois et les coutumes s'en étaient inspirées ; les institutions religieuses et civiles dirigeaient les hommes vers leur fin dernière, et l'activité humaine se portait, en premier lieu, à l'amélioration de l'homme intérieur.

 

Page 43

 

Aujourd'hui, — et c'est là le fruit, le produit de la Renaissance, de la Réforme et de la Révolution, — le point de vue a changé, le but n'est plus le même ; ce qui est voulu, ce qui est poursuivi, non par des individus isolés, mais par l'impulsion donnée à toute l'activité sociale, c'est l'amélioration des conditions de la vie présente pour arriver à une plus grande, à une plus universelle jouissance.

[…] Pour atteindre ce bien-être, ont été successivement proclamées nécessaires l'indépendance de la raison vis-à-vis de la Révélation, l'indépendance de la société civile vis-à-vis de l'Eglise, l'indépendance de la morale vis-à-vis de la loi de Dieu : trois étapes dans la voie du PROGRÈS poursuivi par la Renaissance, la Réforme et la Révolution.

 

Page 44

 

[…] De plus, c'est à la cour des princes que les humanistes avaient leurs académies ; c'est là qu'ils composaient leurs livres ; c'est là qu'ils répandaient leurs idées, qu'ils étalaient leurs mœurs ; et c'est toujours d'en haut que descend tout mal et tout bien, toute perversion comme toute édification.

 

Page 45

 

Le protestantisme nous vint de l'Allemagne et surtout de Genève. Il est bien nommé. Il était impossible de qualifier la Réforme de Luther autrement que par un mot de protestation, car elle est protestation contre la civilisation chrétienne, protestation contre l'Eglise qui l'avait fondée, protestation contre Dieu de qui elle émanait. Le protestantisme de Luther est l'écho sur la terre du Non serviam de Lucifer. Il proclame la liberté, celle des rebelles, celle de Satan : le libéralisme. Il dit aux rois et aux princes : « Employez votre pouvoir à soutenir et à faire triompher ma révolte contre l'Eglise et je vous livre toute l'autorité religieuse (1) ».

  1. Œuvres de Luther, XII, 1522 et XI, 1867.

 

Page 46

 

[…] La Réforme, elle, venait promettre le paradis à tout homme, même le plus criminel, sous la seule réserve d'un acte de foi intérieur à sa justification personnelle par l'imputation des mérites du Christ.

Depuis Clovis, le catholicisme n'avait pas cessé un seul, jour d'être la religion de l'Etat. Des traditions carlovingiennes et mérovingiennes, c'est la seule qui fût conservée complètement intacte jusqu'à la Révolution.

 

Page 51 (chapitre V : La Réforme institue le naturalisme)

 

Le protestantisme avait échoué ; la France, après les guerres de religion, était restée catholique. Mais un mauvais levain avait été déposé en son sein. Sa fermentation produisit, outre la corruption des mœurs, trois toxiques d'ordre intellectuel : le gallicanisme, le jansénisme et le philosophisme. […]

Ainsi que le démontrera la conclusion de ce livre, tout le mouvement imprimé à la chrétienté par la Renaissance, la Réforme et la Révolution est un effort satanique pour arracher l'homme à l'ordre surnaturel établi par Dieu à l'origine et restauré par Notre-Seigneur Jésus-Christ au milieu des temps, et le confiner dans le naturalisme.

 

Page 53

 

[…] Le Philosophisme nia que Dieu eût jamais parlé aux hommes, et la Révolution s'efforça de noyer ses témoins dans le sang, afin de pouvoir établir librement le culte de la nature.

Le Journal des Débats, en l'un de ses numéros d'avril 1852, reconnaissait cette filiation : « Nous sommes révolutionnaires ; mais nous sommes les fils de la Renaissance et de la philosophie avant d'être fils de la Révolution. »

[…] Inutile de nous étendre longuement sur l'œuvre entreprise par la Révolution. Le Pape Pie IX l'a caractérisée d'un mot, dans l'Encyclique du 8 décembre 1849 : « La Révolution est inspirée par Satan lui-même ; son but est de détruire de fond en comble l'édifice du christianisme et de reconstruire sur ses ruines l'ordre social du paganisme. »

 

Page 54

 

Disciples de J.-J. Rousseau, les Conventionnels de 1792 donnèrent pour fondement au nouvel édifice ce principe, que l'homme est bon par nature; là-dessus, ils élevèrent la trilogie maçonnique : liberté, égalité, fraternité. Liberté à tous et pour tout, puisqu'il n'y en l'homme que de bons instincts ; égalité, parce que, également bons, les hommes ont des droits égaux en tout; fraternité, ou rupture de toutes les barrières entre individus, familles, nations, pour laisser le genre humain s'embrasser dans une République universelle.

 

Page 56

 

[…] Poètes, orateurs, Conventionnels, ne cessaient de faire entendre des invocations à « la Nature ». Et le dictateur Robespierre marquait en ces mots les tendances, la volonté des novateurs : « Toutes les sectes doivent se confondre d'elles-mêmes dans la religion universelle de la Nature (1). » C'est actuellement ce que veut l'Alliance Israélite Universelle, ce à quoi elle travaille, ce qu'elle a mission d'établir dans le monde, seulement avec moins de précipitation et plus de savoir-faire.

 

Page 57

 

[…] La fête républicaine par excellence était celle du 21 janvier, parce qu'on y célébrait « l'anniversaire de la juste punition du dernier roi des Français ». Il y avait aussi la fête de la fondation de la République, fixée au 1er vendémiaire. La grande fête nationale, ressuscitée de nos jours, était celle de la fédération ou du serment, fixée au 14 juillet.

 

Page 64 (chapitre VI : La Révolution, une des époques du monde)

 

[…] Et conséquemment, de Maistre, de Bonald, Donoso-Cortès, Blanc de Saint-Bonnet, d'autres sans doute s'accordent à dire : «Le monde ne peut rester en cet état.

Ou il touche à sa fin, dans la haine de Dieu et de son Christ que l'Antéchrist rendra plus générale et plus violente ; ou il est à la veille de la plus grande miséricorde que Dieu ait exercée en ce monde, en dehors de l'acte Rédempteur.

 

Page 73 (chapitre VII : Ce que fait et dit de nos jours la Révolution)

 

[…] L'évolution sociale voulue, poursuivie, c'est, nous le verrons dans toute la suite de cet ouvrage, la sortie, sans espoir de retour, des voies de la civilisation chrétienne, et la marche en avant dans les voies de la civilisation païenne.

 

Page 75

 

[…] Partout la guerre est déclarée aux religieux, partout le mot d'ordre est donné de les chasser, de les anéantir. Que de lois, que de décrets la Franc-maçonnerie a fait promulguer contre eux, en tous pays, rien que dans le dix-neuvième siècle.

 

Pages 76-77 (chapitre VIII : Où aboutit la civilisation moderne)

 

La nécessité d'anéantir l'Eglise pour assurer le triomphe de la civilisation moderne, c'est ce que M. "Waldeck-Rousseau avait donné à entendre dans le discours de Toulouse. C'est ce que M. Viviani dit brutalement, le 15 janvier 1901, du haut de la tribune :

« Nous sommes chargés de préserver de toute atteinte le patrimoine de la Révolution. Nous nous présentons ici portant en nos mains, en outre des traditions républicaines, ces traditions françaises attestées par des siècles de combat où, peu à peu, l'esprit laïque s'est dérobé aux étreintes de la société religieuse... Nous ne sommes pas seulement face à face avec les congrégations, nous sommes face à face avec l’Eglise catholique… Les Congrégations et l'Eglise ne vous menacent pas seulement par leurs agissements, MAIS PAR LA PROPAGATION DE LA FOI... Ne craignez pas les batailles qui vous seraient offertes, allez ; et si vous trouvez en face de vous cette religion divine qui poétise la souffrance en lui promettant les réparations futures, opposez-lui la religion de l’humanité qui, elle aussi, poétise la souffrance en lui offrant comme récompense le bonheur des générations. »

 

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Tome II

 

Chapitre XXXV

Corruption des idées (suite)

VII. – La perversion du langage

 

Pages 491-493

 

Le grand moyen employé pour corrompre les idées a été de pervertir le langage.

La franc-maçonnerie a su faire adopter par le public le mot Laïcisation, au lieu de déchristianisation ; sécularisation, au lieu de séparation entre l'ordre religieux et l'ordre civil, dans la famille et dans la société ; neutralité scolaire, au lieu d'enseignement athée ; séparation de l’Eglise et de l'Etat, au lieu d'athéisme dans le gouvernement et dans les lois ; dénonciation du Concordat, au lieu de spoliation de l'Eglise ; désaffectation, au lieu de confiscation ; lois existantes, au lieu de décrets arbitraires et illégaux ; tolérance, au lieu de licence donnée aux pires erreurs, etc., etc.

Elle a fait des mots cléricalisme, main morte, etc., des épouvantails ; et des séductions, des mots liberté, égalité, fraternité, démocratie, etc.

« Ce sont, disait M. de Bonald, des expressions à double entente, où les passions trouvent d'abord un sens clair et précis, sur lequel la raison s'efforce en vain de les faire revenir par de tardives explications; les passions s'en tiennent au texte » et rejettent le commentaire (1). »

« Malgré les enseignements donnés par la raison et l'évidence produite par nos catastrophes, dit M. Le Play cette phraséologie abrutissante fournit un aliment journalier aux tendances révolutionnaires incarnées dans notre race. Sous cette influence, pénètrent de plus en plus, dans les couches inférieures de la société, le mépris de la loi de Dieu, la haine des supériorités sociales et l'esprit de révolte contre toute autorité (2). »

Mazzini ne pensait pas autrement que M. le Play sur ce point. Au rapport de Lubienski, il disait : « Les discussions savantes ne sont ni nécessaires, ni opportunes. Il y a des mots régénérateurs (3) qui contiennent tout ce qu'il faut souvent répéter au peuple : liberté, droits de l'homme, progrès, égalité, fraternité. Voilà ce que le peuple comprendra, surtout quand on opposera les mots despotisme, privilèges, tyrannie, etc. »

Le sens plein des mots : liberté, égalité, progrès, esprit moderne, science, etc., qui reviennent sans cesse dans les discours et les articles des politiciens et dans les professions de foi des candidats patronnés par la Loge, c'est révolution, destruction de l'ordre social, retour à l'état de nature par l'anéantissement de toute autorité comme limitant la liberté, destruction de toute hiérarchie, comme rompant l'égalité, et établissement par la fraternité d'un ordre de choses où tous les droits et tous les biens seront communs. Les initiés, en prononçant ces mots savent qu'ils énoncent tout un programme contre les lois de Dieu et ses représentants sur la terre, qu'ils expriment le concept de l'état social dont J.-J. Rousseau a donné la formule. Les autres, en les répétant après eux, sottement, préparent à l'acceptation de cet état social ceux que la franc-maçonnerie ne pourrait atteindre directement (4).

Que ce soit la direction suprême de la franc-maçonnerie qui fasse le choix de ces mots, qui les lance et qui charge ses adeptes de les propager, il n'y a pas le moindre doute.

« Nous allons commencer, avaient dit les Instructions secrètes, à mettre en circulation les principes humanitaires. » Réformes, améliorations, progrès, république fraternelle, harmonie de l'humanité, régénération universelle : tous ces mots décevants se lisent dans les Instructions. Piccolo-Tigre les fait suivre de ceux-ci : « Le bonheur de l'égalité sociale » et « les grands principes de liberté. » Nubius ajoute : « L'injuste réparation des biens et des honneurs. » Résumant le tout, Gaétan se réjouissait de voir le monde lancé sur la voie de la démocratie.

Dans le compte rendu du 3e  congrès des Loges de l'Est, à Nancy, en 1882, on lit : « Dans les derniers degrés (les plus hauts de la hiérarchie maçonnique), se condense un travail maçonnique international d'une très grande profondeur. Ne serait-ce pas de ces sommets que nous viennent les mots mystérieux qui, partis on ne sait d'où, traversent parfois les foules au milieu d'un grand frémissement, et les soulèvent pour le bonheur (!) de l'humanité ? »

1) De Bonald. A l'Institut national, séance du 29 juin 1805. Mgr Darbois, archevêque de Paris, otage, rappelait, à ceux qui le collaient au mur, qu'il avait toujours défendu la Liberté. Un de ses exécuteurs lui répondit : « Tais-toi ! F... nous la paix. Ta Liberté n'est pas la nôtre ! »

2) Réforme sociale, t. IV, p. 29.

3)  Des mots qui peuvent servir à opérer la régénération de la société, au sens maçonnique.

4) L’Univers, dans non numéro du 13 septembre 1902, rapportait qu’au précédent pèlerinage des Français à Rome, M. Harmel, dans le toast qu'il prononça à Sainte-Marthe, s'écria : « Nous sommes des serviteurs passionnés de la liberté. -  oui, des serviteurs passionnés de la liberté, prêts à donner notre vie, et à répandre notre sang pour la cause sacrée de la liberté ! »

La liberté pour les âmes de pouvoir aller à Dieu, leur fin dernière, sans entraves, fort bien. Mais est-ce ainsi que l'entendirent les auditeurs de M. Harmel, est-ce bien cette liberté qu'il voulait leur faire acclamer ?

Un mot d'explication n'eût point été inutile, au lendemain du jour où le chef des démocrates chrétiens d'Italie était condamné pour son discours : Liberté et Christianisme.

 

Pages 493-495

 

Il est à remarquer que c'est de la langue française que la maçonnerie s'est servi pour forger ses formules révolutionnaires. Cela n'a point échappé à de Maistre, qui a si bien connu la puissance mystérieuse de notre langue. Dans la troisième des Lettres d'un royaliste savoisien à ses compatriotes écrites aux jours de la Révolution, il dit : « Le règne de cette langue ne peut être contesté. Cet empire n'a jamais été plus évident et ne sera jamais plus fatal que dans le moment présent. Une brochure allemande, anglaise, italienne, etc., sur les Droits de l’homme amuserait tout au plus quelque valet de chambre du pays : écrite en français elle ameutera en un clin d'œil toutes les forces de l'univers (1).»

Toutes ces formules perfides ont été créées depuis deux siècles. Sous le règne du Philosophisme, ce fut « tolérance » et « superstition qui passèrent de bouche en bouche ; sous celui de la Terreur, c'est « fanatisme » et « raison » ; sous la Restauration, « ancien régime », « dîme », « privilèges » ; sous le second Empire, « le progrès » ; lors de la récente persécution en Allemagne, « le Kulturkampf » ; en France, au 16 mai, « le gouvernement des curés ». Aujourd'hui, ce qui est le plus en vogue, c'est, avec le « cléricalisme » (2), « la science », « la démocratie » et « la solidarité » : la science contre la foi, la démocratie contre toute hiérarchie religieuse, sociale et familiale ; la solidarité des plébéiens contre tous ceux qui font obstacle à la libre jouissance des biens de ce monde, riches qui les possèdent et prêtres qui en interdisent l'injuste convoitise ; solidarité aussi entre tous les peuples, qui, d'un bout du monde à l'autre, doivent s'entraider pour briser le triple joug de la propriété, de l'autorité et de la religion.

Au-dessus de tous ces mots, trône depuis un siècle la devise « Liberté, égalité, fraternité ». La secte la fait retentir partout, elle a obtenu de la faire inscrire sur les édifices publics, sur les monnaies, sur tous les actes de l'autorité législative et civile.

« Cette formule, dit le F.:. Malapert dans un de ses discours aux Loges (3) ; fut précisée vers le milieu du siècle dernier (XVIIIe) par Saint-Martin (fondateur de l’Illuminisme français). Tous les ateliers l'ont acceptée, et les grands hommes de la Révolution en ont fait la devise de la République française ». « Liberté, égalité, fraternité, ces trois mots disposés dans cet ordre, dit encore le F.:. Malapert, indiquent ce que doit être une société bien réglée », ce qu'elle sera, lorsque le contrat social sera arrivé à ses dernières conséquences, aura porté ses derniers fruits. Weishaupt et les siens ont dit ouvertement ce qu'ils prétendent tirer de cette formule : d'abord l'abolition de la religion et de toute autorité civile, puis l'abolition de toute hiérarchie sociale et de toute propriété.

Voilà ce que ces trois grands mots disent aux initiés, voilà ce qu'ils ont dans leur pensée, ce à quoi ils veulent nous faire arriver. Ils ont fait adopter les mots; par les mois ils insinuent les idées, et les idées préparent la voie aux faits. Il ne faut donc point s'étonner si, à leur admission dans les Ventes, les postulants au Carbonarisme doivent dire, dans le serment qu'ils sont obligés de prêter : « Je jure d'employer tous les moments de mon existence à faire triompher les principes de liberté, d'égalité, de haine à la tyrannie, qui sont l'âme de toutes les actions secrètes et publiques de la Carbonara. Je promets de propager l'amour de l'égalité dans toutes les âmes sur lesquelles il me sera possible d'exercer quelque ascendant. Je promets, s'il n'est pas possible de rétablir le règne de la liberté sans combattre, de le faire jusqu'à la mort (4). » Voilà le devoir bien marqué, et bien tracées les étapes pour le remplir entièrement : répandre les mots, propager les idées, faire triompher la chose, pacifiquement, si c'est possible, sinon par une guerre à mort.

 

1) Œuvres complètes, t. VIl, pp. 139-140.

2) Le « gouvernement des curés » a servi à faire passer la liste de Gambetta et à constituer le gouvernement des francs-maçons. La peur du « cléricalisme » fait former les yeux sur les pires tyrannies. De peur d'être accusés de favoriser ce monstre, des catholiques se défendent d'être des cléricaux. Lors de la validation de M. Gayraud, M. Lemire dit à la tribune : « Mon collègue et moi ne sommes pas des cléricaux. » Le 27 novembre 1893, le même : « Je me permettrai de faire observer que ni M. l'abbé Gayraud, ni M. l'abbé Lemire, ne sont ici les députés du catholicisme. Je n'ai pas accepté dans le passé et je n'accepterai pas plus dans l'avenir, que la Chambre soit transformée en un lieu de discussions théologiques ou philosophiques » (Journal officiel du 28 novembre 1899).

3) Chaîne d'Union, 1874, p. 85.

4) Saint-Edme. Constitution et organisation des Carbonari, p. 110.

 

Pages 496-500

 

Ce n'est point seulement parmi les classes dégradées, ignorantes ou souffrantes, que cette phraséologie exerce ses ravages. Elle donne également le vertige aux classes supérieures de la société, ce que la secte estime bien plus avantageux pour le but qu'elle poursuit. Grâce à la confusion des idées introduites par elle dans les esprits, il règne actuellement dans les classes qui sont appelées par leur situation à donner à la société sa direction, la plus déplorable divergence de vues, la plus parfaite anarchie intellectuelle.

Nous sommes revenus à la confusion de Babel, toutes les idées sont troubles et, dans ce trouble, nombre de chrétiens sont entraînés le plus facilement du inonde dans le sillage des erreurs maçonniques. On ne se défie point de ces courants, on s'abandonne à leurs flots avec quiétude, et cela parce que la plupart des mots qui y entraînent peuvent servir à exprimer des idées chrétiennes, comme ils se prêtent à exprimer les idées les plus opposées à l'esprit du christianisme. M. Le Play en a fait la remarque. « Aucune formule composée de mots définis ne saurait satisfaire à la fois, et ceux qui croient en Dieu, et ceux qui considèrent celte croyance comme le principe de toutes les dégradations. Mais ce qui ne peut être obtenu par un arrangement de mots définis devient facile avec des mots vagues qui comportent, selon la disposition d'esprit de ceux qui les lisent ou les entendent, des sens absolument opposés (1). »

Parmi les mots en vogue aujourd'hui, il n'en est point dont il soit fait un plus fréquent et plus pernicieux usage que celui de « liberté ». Il est à deux faces, à la fois chrétien et maçonnique.

« La liberté, dit Léon XIII, est un bien, bien excellent, apanage exclusif des êtres doués d'intelligence et de raison. » L'intelligence leur donne la connaissance de leurs fins, la raison leur fait découvrir les moyens d'y parvenir, et le libre arbitre leur permet de saisir ceux de ces moyens qui leur conviennent et de les employer à atteindre la fin qu'ils se proposent. Si tous les hommes voyaient et plaçaient leur fin derrière là où elle est, en réclamant la liberté, tous entendraient demander que la voie soit largement ouverte vers le Souverain Bien, ne soit obstruée par aucune pierre d'achoppement et qu'eux-mêmes ne soient point entravés dans leur ascension vers Dieu. Mais qui ne sait que les fins que se proposent les hommes sont sans nombre, aussi diverses que sont divers les objets de leurs passions ! De sorte que l'appel à la « liberté » peut jaillir à la fois du cœur des plus grands saints et des plus grands scélérats, et qu'en la demandant d'une même voix, ils semblent désirer une même chose. En réalité, ils veulent des choses aussi diverses et même aussi opposées que sont opposés, d'une part, les infinis degrés qui portent l'homme à la plus haute vertu, d'autre part, les degrés non moins nombreux qui le font descendre vers la pire corruption.

A ce cri « liberté », l'enfant indocile, le serviteur orgueilleux sentent s'élever en leur cœur le désir de l'indépendance à l'égard des parents et des maîtres : les époux infidèles voient luire le jour où le lien conjugal sera dissous ; le mauvais sujet aspire à un état politique et social où la coercition du mal n'existera plus. Ce cri rallie toutes les rébellions, excite toutes les convoitises. Le chrétien lui-même sent à ce cri le joug du Seigneur lui devenir plus pesant, car la concupiscence originelle n'est complètement éteinte an cœur de personne, et tout homme est plus ou moins ami, dans son mauvais fond, de la liberté pernicieuse. Pour tous, le cri de « liberté » a un charme malsain, celui que le père du mensonge mit à l'origine des choses dans sa première tentation : Eritis secut dii ! (Genèse, 3 : 5) : Vous serez comme des dieux, vous serez vos maîtres, vous ne relèverez plus de personne. Et comme l'indépendance n'est nulle pari, ce cri devient partout un appel à la révolte, révolte des inférieurs contre l'autorité, des pauvres contre la propriété, des époux contre le mariage, des hommes contre le Décalogue, de la nature humaine contre Dieu.

Aussi parmi les mots en vogue, il n'en est point dont il soit fait un usage plus pernicieux et plus fréquent que celui de liberté. Il sert à faire réclamer par les foules, consacrer par les lois, fixer dans les institutions, les plus puissants dissolvants de l'ordre social. C'est la liberté de conscience, ou l'indépendance de chacun à l'égard de Dieu ; c'est la liberté des cultes, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la neutralité et la laïcisation, toutes choses qui brisent les liens qui attachent l'homme et la société à Notre-Seigneur Jésus-Christ et à son Eglise ; c'est la souveraineté du peuple, c'est-à-dire l'indépendance des foules à l'égard des autorités sociales et civiles ; c'est le divorce et certaines disposions du code civil qui mettent la même anarchie dans la famille. Enfin, pour pousser à toutes ces révoltes, pour faire obtenir toutes ces indépendances, la liberté de la presse qui travaille tous les jours à corrompre dans les esprits la notion de la vraie liberté et à insinuer dans les cœurs l'amour et le désir des libertés mauvaises.

Si les catholiques joignent leur voix à celle de tous les révoltés pour réclamer, eux aussi, la liberté, tout court, et non telle ou telle liberté définie, et, avant toutes les autres, la liberté pour les âmes de n'être point entravées dans leurs démarches vers Dieu, ils paraîtront réclamer la même chose que les révolutionnaires, et ils les aideront à l'obtenir. Et c'est ce que l'on voit trop souvent.

Au nom du Progrès, de la Civilisation, du Droit nouveau, la secte fait réclamer par ses journaux, par les associations qu'elle inspire, par celles où elle a des affidés, l'abolition de telle ou telle institution ou l'établissement de telle autre. Qui oserait s'opposer au progrès, à la civilisation ? Par crainte de paraître rétrogrades, des catholiques, au Parlement, dans les Conseils départementaux ou communaux, votent des mesures contraires à leur propre manière d'être et de penser, des mesures qui les tyranniseront eux-mêmes en tyrannisant leurs frères.

Dans un de ses ravissements, l'apôtre saint Jean vit tous les peuples suivre stupéfaits la Bête à qui le Dragon donna sa puissance et son trône. Elle ouvrit une bouche d'où sortaient des mots semblant dire de grandes choses : Datum  est ei os loquens magna (Apocalypse, 13 : 5). En réalité, c'étaient des blasphèmes contre Dieu, contre son tabernacle et contre ceux qui habitent le ciel de l'Eglise : Et aperuit os suum in blasphemias ad Deum, blasphemare nomen ejus, et tabernaculum ejus et eos qui in Cœlo habitant (2).

Ces mots grandiloquents, nous venons de les entendre, et nous savons quelle étrange séduction ils exercent sur les multitudes. Ce sont vraiment, dans la signification qui leur est donnée par la Bêle, des blasphèmes qui portent la mort dans les âmes, qui sapent les fondements de la société civile et de la société religieuse et qui veulent anéantir le règne de Dieu sur ses créatures.

Le comble de l'astuce déployée par la Bête et le Dragon — c'est-à-dire par la Maçonnerie et par Satan — leur triomphe est de faire croire et de faire dire que ces mots, ils les ont pris dans l'Evangile et que, par leur moyen, ils veulent amener le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la société !

« Ce qu'il y a de plus funeste pour les peuples, après la Révolution, a dit M. de Saint-Bonnet, c'est la langue qu'elle a créée. Ce qu'il y a de plus redoutable après les révolutionnaires, ce sont les hommes qui emploient cette langue, dont les mots sont autant de semences pour la Révolution... Ne jetons plus aux foules des termes dont on ne leur explique point le sens théologique et vrai. Ils ne cessent d'engendrer les idées qui tiennent les masses en ébullition et les arrachent au devoir de la vie… »

Rejeter fièrement la langue, déloyale, voilà désormais à quoi l’on reconnaîtra l'homme de cœur.

0 France! tu sauras qu'il te vient des hommes de cœur lorsqu'on cessera de te flatter et d'employer des équivoques (3). »

M. Charles de Ribbes a dit aussi : « Le vrai seul relèvera la France, et pour que ce vrai produise son effet de régénération, la noble langue française devra elle aussi être restaurée (4). »

 

1) L'Organisation du Travail, p. 355.

2) Apocalypse, 13 : 6.

3) La Légitimité, pp. 281-284.

4) Le Play, d'après sa Correspondance, p. 191.

 

Chapitre XXXVI

Corruption des idées (suite)

VIII. – L’esprit maçonnique

 

Pages 502-515

 

Des suggestions lancées dans le public par la franc-maçonnerie et des mots qu'elle met en circulation, naît l'esprit maçonnique.

Dans une Instruction pastorale adressée à son clergé en 1864, Mgr Meirieux, évêque de Digne, disait : « Telle est la sagesse avec laquelle l'esprit du mal a dressé ses embûches, qu'il égare des esprits droits, qu'il les fascine au point de s'en faire des défenseurs. Il s'opère sous nos yeux ce qu'on verra au dernier jour : un grand mystère de séduction. Il semble, si cela était possible, que les élus mêmes n'y échapperaient pas. »

Un demi-siècle s'est écoulé depuis que ce cri d'alarme s'est fait entendre. Combien, depuis, le mouvement des esprits s'est accéléré et rend l'avertissement plus pressant !

La franc-maçonnerie, au vu et au su de tous, est maintenant arrivée à l'apogée de la puissance. Elle fait ce qu'elle veut, même ce qui, il y a peu d'années encore, eût paru à tout jamais impossible.

Pour expliquer ce succès, il ne suffit point de dire que la maçonnerie est une société très savamment organisée, pourvue de moyens puissants pour arriver à ses fins, et ayant souvent compté en son sein des hommes d'une merveilleuse habileté. L'Eglise qu'elle veut détruire ne lui cède en rien. C'est la Sagesse même de Dieu qui l'a constituée et organisée, et les saints ont au moins, pour le bien, le zèle et l'inspiration que les suppôts de Satan ont pour le mal. Sans doute, la maçonnerie jouit du bénéfice que lui donne le mystère dont elle s'enveloppe. Elle ne dévoile point ses desseins, même à ceux qu'elle charge de les exécuter. Mais si le secret a pour le mal ses avantages, la pleine lumière du bien et de la vérité en a de plus grands.

Il faut donc chercher ailleurs l'explication de la puissance à laquelle la franc-maçonnerie est parvenue.

Cette explication se trouve, dans les complicités qu'elle se crée en dehors de ses loges, par ses suggestions. Elle obtient par là que tous ou presque tous, nous la secondions.

Par l'organisme qu'elle s'est donnée, la franc-maçonnerie a trouvé moyen de se procurer, dans toutes les classes de la société, d'innombrables complices qui, alors même qu'ils la détestent, travaillent avec elle et pour elle. Et cela, par la propagande des idées qu'elle a intérêt à répandre.

Elle s'en vante.

« … La franc-maçonnerie, dit une circulaire, a été jusqu'ici une vaste école, où des hommes de toutes les classes et de toutes les opinions, athées ou déistes, sont venus s'instruire, se former pour les bons combats de la démocratie. Malgré la diversité de leurs origines et de leur condition, des doctrines communes les incitaient à parler ou à agir, dans le monde profane, conformément aux enseignements reçus dans les loges. La franc-maç.:. fut leur inspiratrice, et c’est grâce à leur coopération qu'elle imprégna la société contemporaine de sa pensée. Si notre Ordre renonçait à son rôle historique, à sa mission de propagande parmi tous les hommes conscients, sans exception de croyance ou d'opinion, elle prononcerait elle-même sa condamnation. » Qui parle ainsi ? Le conseil de l'Ordre du Grand-Orient (1).

La secte viendra à bout de ses entreprises, elle ruinera tout l'ordre religieux, tout l'ordre civil, tout l'ordre familial, si le public continue à prêter l'oreille à elle et à ses organes. Comme le disait un jour Léon XIII aux pèlerins français, la chose la plus urgente est de nous débarrasser du joug de la franc-maçonnerie.

Et surtout du joug intellectuel, qui, depuis deux siècles pèse sur nous. Or, pour en débarrasser le pays, il faut d'abord que chacun y soustraie son propre cou. Personne n'y portera les mains avant d'avoir constaté la présence de ce joug sur ses épaules. Il faut donc faire voir à chacun qu'il en est chargé, et lui montrer qu'il a contribué à en charger ses frères, afin de lui donner la volonté de s'en défaire et de les aider à s'en défaire à leur tour.

Qu'est-ce donc que le Maçonnisme ? C'est au fond, comme nous le verrons dans la seconde partie de cet ouvrage, l'esprit naturaliste.

La franc-maçonnerie poursuit la substitution de l’ordre naturel à l’ordre surnaturel, dans les idées et dans les mœurs, dans les personnes et dans les institutions. Le maçonnisme est cette substitution, à ses divers degrés d'avancement dans les âmes et dans la société.

Du côté du cœur, il trouve les portes ouvertes devant lui. La nature est en chacun de nous avec les concupiscences et les passions que le péché y a perverties. « Ah! fidèles, s'écrie Bossuet, ne craignons pas de confesser ingénument nos infirmités, avouons que notre nature est extrêmement languissante. Quand nous voudrions le dissimuler ou le taire, toute notre vie crierait contre nous.. D'où vient que tous les sages s'accordent à dire que le chemin du vice est glissant ? D'où vient que nous connaissons par expérience que non seulement nous y tombons de nous-mêmes, mais encore que nous y sommes entraînés ? au lieu que pour monter à cette éminence où la vertu établit son trône, il faut se raidir et bander les nerfs avec une incroyable contention. Après cela, est-il malaisé de connaître où nous porte le poids de notre inclination dominante ? et qui ne voit que nous allons au mal naturellement (2) ? » « Cette maudite concupiscence, dit-il ailleurs, corrompt tout ce qu'elle touche (3) ». Et ailleurs encore il signale jusque dans les saints « cet attrait du mal » (4).

La franc-maçonnerie ne se trompe pas en plaçant ses espérances sur la perversion du cœur humain. « Le rêve des sociétés secrètes, disent les Instructions de la Haute-Vente, s'accomplira par la plus simple des raisons, c'est qu'il est basé sur les passions humaines ». Tous les hommes, sans exception, se sentent, à certains moments, du moins par les tentations qu'ils éprouvent, de connivence avec le parti qui veut rendre à la nature l'empire que le paganisme lui avait reconnu et que le christianisme travaille à lui ravir. Cette disposition qui prépare la réalisation des desseins de la secte, peut bien être appelée MAÇONNISME, maçonnisme du cœur, qui fait incliner l'homme vers tout ce qui flatte la nature, et le fait contribuer dans la mesure où il s'y abandonne, au triomphe que la secte veut lui procurer sur le surnaturel. L'homme vertueux ne lui apporte qu'un faible concours, parce qu'il combat plus qu'il ne cède ; mais la multitude, affamée de jouissances, a toujours l'oreille tendue vers qui lui promet de lui en donner, et elle est toujours prête à se ruer sur ses pas.

On peut encore appeler maçonnisme du cœur cette pusillanimité qui empêche tant d'honnêtes gens, tant de bons chrétiens de se montrer ce qu'ils sont. Tandis que les méchants s'affichent et affirment avec audace les erreurs politiques, sociales et religieuses qui nous mènent à l'abîme, les bons sont mus par des peurs qui se résument dans celle d'être pris pour ce qu'ils sont. Que de fois on a vu cette crainte amener au point de dire et même de faire ce que l'adversaire veut taire dire et faire faire !

Quand M. Boni de Castellane soulevait contre lui la presque unanimité des conservateurs de la Chambre en protestant contre la visite du président de la république au roi d'Italie, la grande majorité de ces conservateurs ne pouvait pas, au fond, ne pas penser un peu comme M. de Castellane ; mais la terreur de paraître clérical était là, et ce qu'il y a, au monde, de plus irréductible, c'est la terreur. Que M. de Castellane eût proposé à ses collègues n'importe quoi, ils l'eussent peut-être suivi. Mais il leur proposait de se faire appeler « papalins », quand le Bloc leur reprochait de l'être ? Il allait d'avance, et sûrement, à une défaite retentissante.

Que de gens chez lesquels on trouve ce penchant à suivre l'ennemi, cette terreur de passer pour des imbéciles, s'il leur arrivait de faire acte d'indépendance et de jugement.

Au maçonnisme du cœur, vient se joindre le maçonnisme de l'esprit. Il est devenu, de nos jours, presqu'aussi général et il est bien plus dangereux, parce que, n'éveillant point autant que le premier les susceptibilités de la conscience, beaucoup se laissent entraîner, souvent sans le savoir, et s'y abandonnent sans remords. Il est aussi plus propice à la secte, il la seconde plus efficacement, car les idées ont un empire plus étendu et plus durable que les mœurs. Aussi s'y applique-t-elle avec un soin tout particulier. « Il faut, — est-il dit dans les Instructions que la Haute-Vente doit transmettre et faire passer de proche en proche, — il faut glisser adroitement dans les esprits les germes de nos dogmes. »

L'action exercée sur la jeunesse par ceux qui l'instruisent ou qui l'approchent, tant recommandée aux Quarante et par eux à toute la secte, contribue assurément, pour une grande part, à la corruption des idées dans la société chrétienne. L'empreinte reçue aux premiers jours de la vie s'efface difficilement et l'homme conserve généralement, dans l'âge mûr, les préjugés qui ont d'abord pris possession de son intelligence.

Pour les adultes, c'est par la presse et par les tribunes de tout genre et de tout ordre, que se fait la contagion du maçonnisme.

Ne vous est-il point arrivé de rentrer, après quelque interruption, en relations avec des personnes que vous avez connues parfaitement chrétiennes d'idées et de sentiments. Quelques instants d'entretien vous font demander : Est-ce bien l'ami d'autrefois ? Il ne voit plus les choses sous le même aspect, il n'use plus du même critérium pour les apprécier et les juger ; et ses jugements nouveaux lut inspirent d'autres sentiments ; il n'aime plus ou il n'aime plus autant ce qu'il aimait autrefois, il ne déteste plus ce qu'il détestait ; sa conduite, qui s'inspirait en ce temps des principes de la foi, est guidée aujourd'hui par un rationalisme plus ou moins avoué.

D'où vient ce changement ? Le plus souvent de l'effet produit sur son esprit par le journal qu'il a l'habitude de lire. Par les journaux se produisent dans le public des courants d'opinions, des manières de penser et de faire qui gagnent de l'un à l'autre et finissent par constituer l'atmosphère morale où tous se trouvent plongés, l'air ambiant que tout respirent. Les livres, les romans, les ouvrages de vulgarisation scientifique, les conversations et les exemples le vicient de jour en jour et en font un poison dont les tempéraments les plus vigoureux ont peine à se défendre. Que de familles catholiques s'administrent à elles-mêmes le maçonnisme, franc on raffiné, par les publications auxquelles elles s'abonnent inconsidérément ! Aussi sont-ils bien rares aujourd'hui les esprits entièrement vides et purs de naturalisme, de rationalisme et de libéralisme, autrement dit d'esprit maçonnique.

La secte se vante de répandre la lumière dans le monde. Ce mot peut servir à faire bien comprendre ce qu'est le maçonnisme et comment il arrive à pénétrer plus ou moins dans tous les esprits. La lumière est directe ou diffuse. Là où le soleil envoie ses rayons sans rencontrer d'obstacle, elle est elle-même dans la plénitude de son être et dans toute sa puissance. Mais lorsqu'elle rencontre un écran, elle s'infléchit, se répand obliquement dans les lieux circonvoisins et s'atténue de plus en plus à mesure qu'elle s'éloigne du point d'incidence, du foyer que les rayons directs alimentent. Ainsi la maçonnerie, ce foyer ténébreux d'erreurs et de perversité antichrétiennes, étend son influence bien au delà de ses loges, répand la nuit dans les intelligences même très distantes de son action, imprègne tellement la société d'idées fausses, que toutes les erreurs se propagent aujourd'hui comme d'elles-mêmes.

Le maçonnisme intellectuel, c'est donc un ensemble d'idées émanées de la franc-maçonnerie, répandues par elle dans l'atmosphère des esprits, respirées et bientôt tenues, professées et pratiquées par une multitude de personnes qui ne peuvent être appelées « maçons », puisqu'elles ne sont pas inscrites sur les registres d'aucune loge, qu'elles ne se sont pas fait initier, qu'elles n'ont point prêté serment à la secte ; mais qui lui appartiennent par les idées qu'elles ont accueillies dans leur intelligence et qu'elles propagent autour d'elles, par leurs écrits, par leurs discours et par leurs actes, par l'influence qu'elles exercent sur l'opinion, sur la vie de famille, sur l'enseignement, sur les divertissements publics et les œuvres sociales, sur la législation et les relations internationales, sur tout, en un mot, et qui contribuent ainsi puissamment au progrès de l'œuvre maçonnique qui est la ruine de la société.

Un Espagnol, Don Sarda y Salvany, dans un livre intitulé : Le Mal social, ses causes, ses remèdes, a appelé l'attention sur quelques-unes des questions où l'esprit maçonnique s'est le plus donné carrière et a fait les ravages les plus pernicieux. Le principaux objets de ses observations sont : la religion, l'Etat, la famille, l'enseignement, etc., etc.

1° La religion. Nous avons entendu la maçonnerie dire dans ses loges que le but auquel doivent tendre tous ses efforts est d'anéantir la religion, et même toute idée religieuse. En public, elle se contente, généralement parlant, de mettre dans les esprits cette persuasion, que la religion est affaire purement individuelle dont chacun décide dans son for intérieur : l'homme est libre de servir et d'adorer Dieu de la manière qui lui paraît la meilleure. Par là elle accrédite, elle propage l'indifférentisme religieux qui devient bientôt l'absence de toute religion ; elle proclame la liberté de conscience, la liberté des cultes et le droit de les discréditer. Beaucoup de conservateurs se laissent séduire au point d'appeler ce maçonnisme un progrès.

2° L'Etat. L'erreur relative à l'Etat qu'adopte le maçonnisme est celle-ci : l'Etat est souverain, d'une souveraineté absolue. C'est en lui-même, et non en Dieu, qu'il trouve la source de son autorité. Il n'a à reconnaître d'autre sujétion que celle que lui imposent ses propres lois. Il est l'auteur du droit, non seulement dans son domaine, mais dans celui de la famille, de la propriété, de l'enseignement. Il fait les lois, et ces lois qui disposent ainsi de toutes choses ne peuvent émaner d'une autre autorité que de la sienne. Ce que la majorité des suffrages déclare bon est bon, ce qu'elle déclare vrai est vrai. Devant ses arrêts, il n'y a qu'à courber la tête, alors même que les droits de la conscience chrétienne sont outragés. Cela est maintenant admis par la multitude. Pour elle, dès que le mot « loi » est prononcé, tout est dit.

3° La famille. Le maçonnisme approuve l'institution du mariage civil et tout ce qui en résulte, c'est-à-dire qu'il accepte que l'Etat s'attribue le droit de sanctionner l'union de l'homme et de la femme, d'en déterminer et d'en prescrire les conditions, de dissoudre le lien conjugal comme il l'a formé, il admet que l'Etat se substitue à Dieu qui a institué le mariage à l'origine des choses, à Notre-Seigneur Jésus-Christ qui l'a élevé à la dignité de sacrement, à l'Eglise le fondé de pouvoirs de Dieu et du Christ, pour le réglementer, le reconnaître et le bénir.

4° La puissance paternelle. Le maçonnisme considère l'exercice de l'autorité paternelle comme n'appartenant aux parents qu'en vertu d'une concession supposée de la loi civile qui peut le restreindre ou l'étendre à son gré. Il reconnaît comme légitimes les droits que l'Etat s'arroge sur l'éducation des enfants et la répartition des héritages.

5° L'éducation. En fait d'éducation et dans la direction qu'il lui donne, le maçonnisme part du principe de la perfection originelle. L'enfant, selon lui, est  naturellement porté au bien et n'a qu'à suivre ses inspirations pour être bon et vertueux. Cela est contredit, comme l'observe M. Le Play, par la plus grossière des nourrices, comme par la plus perspicace des mères. Elles constatent à chaque instant que la propension au mal est prédominante chez le jeune enfant. N'importe, le maçonnisme ne s'appuie pas moins sur ce faux dogme pour faire consister toute l'éducation dans l'instruction, pour interdire la correction, pour écarter renseignement religieux, pour développer le sentiment de l'orgueil, et stimuler l'ambition.

Dans l'enseignement, le maçonnisme n'admet pas que la science soit subordonnée au dogme, la vérité présumée et hypothétique à la vérité fixe et absolue (5). Il n'admet pas que celle-ci serve de pierre de touche pour vérifier celle-là. Le maçonnisme trouve bon que l'enseignement soit obligatoire et neutre, c'est-à-dire que l'Etat fasse passer toutes les âmes sous le laminoir de son enseignement pour les maçonniser toutes ; et s'il proteste contre le monopole absolu de l'enseignement, s'il veut que soit conservée une certaine liberté permettant d'échapper à l'enseignement de l'Etat, il trouve juste que celui qui veut en user, non seulement se le procure à ses frais, mais soit tenu de contribuer à l'enseignement neutre ; il trouve bon que l'Etat ait le monopole des examens, qu'il ait le contrôle des livres de l'enseignement libre, qu'il ait son Index et que par là il s'ingère très avant dans l'enseignement prétendu libre.

Que l'Eglise enseigne ses dogmes à celui qui est baptisé et exige de lui l'adhésion de la Foi, le maçonnisme appelle cela oppression despotique, servitude de la pensée, mais si l'Etat impose l'athéisme, c'est à ses yeux, chose libérale.

6° La propriété. Le maçonnisme reconnaît à l'Etat le pouvoir de déclarer nul le droit de propriété, lorsqu'il a pour objet les biens ecclésiastiques, la plus sacrée de toutes les propriétés. Il lui reconnaît le droit de faire des lois pour la transmission et la jouissance de la propriété privée, et par là il achemine les esprits et les institutions vers le socialisme d'Etat.

La bienfaisance. Le maçonnisme détourne l'attention et le cœur de l'homme des besoins principaux du pauvre, de ceux de son âme. Il ne voit en lui que le corps, et parmi les œuvres de miséricorde, il n'admet que celles qui ont le corps pour objet. Il veut que le pain donné pour apaiser la faim, le vêtement destiné à couvrir la nudité, la visite faite à l'indigent nu à l'infirme, le remède offert au malade, n'aient d'autre fin que le soulagement corporel ; il ne veut pas qu'au-dessus de cette fin immédiate, il y en ail une autre : édifier l'âme, la perfectionner, l'aider à obtenir les biens qui lui sont propres, la vérité, la grâce de Dieu, le bonheur éternel. Et c'est pourquoi, s'il trouve mauvaise la laïcisation des hôpitaux, des hospices, des orphelinats, c'est uniquement parce qu'il constate expérimentalement que les soins des laïques ne valent pas ceux des religieux. Il ne regrette point l'absence des secours spirituels, il ne les reconnaît point comme bienfaisants.

Le maçonnisme tarit la vraie source de la bienfaisance en dédaignant le vrai, le principal motif qui doit la déterminer : l'amour de Dieu. Il veut que l'on aime l'homme pour l'homme ; il appelle cela de la philanthropie, il l'oppose à la charité divine. Pour obtenir le concours à ses œuvres de philanthropie, le maçonnisme, ignorant ou dédaignant les motifs d'ordre supérieur, a recours à divers moyens, tous aussi misérables les uns que les autres. Il s'efforce de stimuler la sensibilité naturelle, mais l'égoïsme lui répond en faits, sinon en paroles, qu'il est moins désagréable de voir souffrir son prochain que de s'imposer à soi-même des sacrifices. Il ouvre des souscriptions publiques, et il se sert du respect humain pour y faire contribuer par la crainte du ridicule et de la censure. Il organise des fêtes de bienfaisance, marchés publics de sensualité, où l'on prend occasion du malheur des autres pour se procurer du plaisir.

8° L'art n'est pas plus que le reste hors des atteintes du maçonnisme. L'art qu'il patronne, qu'il exalte est celui qui exprime et qui surexcite les concupiscences qui animalisent l'homme, au détriment de celui qui exprime les sentiments qui ennoblissent l'âme humaine, qui relèvent sa dignité. Le maçonnisme est, à l'heure actuelle, tout à fait dominant dans l'art. La poésie et le chant, la peinture et la sculpture s'attachent de nos jours à flatter les sens, à amener les hommes à chercher leurs joies dans ce qui les avilit et les souille, au lieu de les élever aux joies de l'intelligence et de l'âme.

Immense est l'influence du maçonnisme artistique et littéraire. Il atteint toutes les classes de la société, même les plus infimes, par le feuilleton, l'affiche, les statues officielles, et les amusements publics qui ne sont plus autre chose qu'une grande entreprise de corruption générale.

On le voit, le maçonnisme s'étend à tout. A l'heure actuelle, sa contagion est si puissante et si étendue que quiconque voudra rentrer en lui-même, faire l'inspection de ses idées et de ses sentiments, devra reconnaître qu'il en est plus d'un et plus d'une qui sont altérés en lui, qu'il n'a pas conservé entière la pureté de la doctrine et du sens catholique.

C'est par cet affaiblissement graduel, méthodique, que la secte espère arriver peu à peu à anéantir l'idée chrétienne dans le monde. Le journal l’Opinion nationale écrivait sous le règne de Napoléon III : « Il existe en certaines parties de l'Afrique et de l'Amérique un insecte d'une activité et d'une fécondité effrayantes : le pou-de-bois. C'est une bête molle, blanchâtre, sans résistance, organisée qu'elle est pour vivre dans les ténèbres. Cependant, lorsqu'elle s'attaque aux habitations, il faut toujours finir par lui céder la place. Rien ne peut l'arrêter. Sans bruit, elle ronge solives, poutres, madriers et jusqu'à la rampe de l'escalier. Vous appuyez dessus sans défiance : le bois cède, sous les doigts. Les poux vont ainsi creusant, creusant avec une activité incroyable et se multipliant chaque nuit par milliers. Ils avancent. Au dehors nulle trace ; tout conserve l'apparence de la solidité, jusqu'à ce qu'un jour, au premier souffle de la tempête, la maison tombe en poussière sur ses habitants surpris et montre, au grand jour, l'innombrable et immonde fourmilière des poux, grouillant sur les ruines. »

Cette vermine, sous la plume de l’Opinion nationale, c'était les Petites Sœurs des Pauvres, les Filles de Saint-Vincent de Paul et autres congréganistes. N'est-il pas plus juste de voir sous cette figure le maçonnisme et son œuvre ? Les idées qui le constituent sont bien ces termites. Elles se répandent de proche en proche dans la société, la minent sans que l'on s'en aperçoive. Au jour de la tempête révolutionnaire, on la verra tomber ; et tous, ceux qui auront propagé ces idées, comme ceux qui n'auront point réagi contre elles périront sous ses ruines.

Combien de personnes, si elles voyaient ce travail obscur de destruction, reculeraient d'effroi ! Et c'est pourquoi il est nécessaire et charitable de leur ouvrir les yeux, de leur apprendre à traduire devant leur conscience les idées qui hantent leur intelligence, et à se demander si, de cet examen, il ne résulte pas qu'elles appartiennent, du moins par quelques tendances de leur esprit, à l'âme de la franc-maçonnerie.

Car de même que l'on distingue dans l'Eglise de Dieu le corps et l'âme, et que l'on peut être du corps sans être complètement de l'âme, et réciproquement de l'âme sans être du corps ; ainsi en va-t-il du Temple de Satan. Le corps, ce sont les loges et ceux qui s'y sont inscrits, l'âme, c'est le libéralisme et le rationalisme, en un mot le naturalisme. Tous ceux qui en tiennent appartiennent à l'âme de la secte dans la mesure où ils se sont laissé déchristianiser l'esprit ou le cœur, ou le cœur et l'esprit.

 

1) Extrait de la circulaire du Conseil de l'Ordre du 13 février 1904, au sujet de la modification de l'article 1er de la Constitution. Publié dans Le Grand-Orient de France, ses doctrines et ses actes, par Bidegain, pp. 15-18.

2) Sermon pour le jour de la Pentecôte. Œuvres oratoires de Bossuet. Edition critique complète, par l'abbé Lebarcq, I, 544.

3) Ibid., Sermon sur la Nativité de la Très Sainte Vierge, p. 177.

4) Ibid., Sermon pour le jour de Pâques, p. 506.

5) On voit à chaque instant les théories scientifiques les plus autorisées, les plus universellement acceptées, être rangées tout à coup parmi les paradoxes.

 

Chapitre XXXVII

 

Corruption des idées (suite)

 

IX. – Maçonnisme et Évangile

 

Pages 517-536

 

Nous avons entendu l'un des membres de la Haute-Vente nous expliquer comment il peut se faire que certains membres du clergé se laissent séduire par le libéralisme, l'égalitarisme et autres productions du maçonnisme. « Ils se persuadent, dit-il, que le christianisme est une doctrine essentiellement démocratique. » Il n'y a point de suggestion qui ait eu sur les esprits un empire plus étendu et plus funeste.

L'effort pour la répandre vient de loin, et si on remonte à sa source, on trouve qu'elle a pour premiers auteurs Weishaupt et Knigge, les deux hommes qui ont donné aux sociétés secrètes leur dernière et décisive impulsion, ceux qui leur ont marqué le but suprême qu'elles doivent s'efforcer d'atteindre : l'anéantissement du christianisme.

Knigge, dans une lettre à Zwach, expose que parmi les élèves de l'Illuminisme il se trouve des hommes qui ont besoin d'une religion révélée pour fixer leurs idées, et d'autres qui détestent toute révélation. « Pour mettre en action pour faire concourir à notre objet ces deux classes d'hommes, pour réussir, il fallait trouver une explication du christianisme qui rappelât les superstitieux à la raison et qui apprît à nos sages plus libres à ne pas rejeter la chose pour l'abus. Ce secret devait être celui de la maçonnerie et nous conduire à notre objet. Pour réunir ces deux extrêmes, nous disons donc que Jésus n'a point établi une nouvelle religion, mais qu'il a voulu simplement rétablir dans ses droits la religion naturelle. Son intention était de nous apprendre à nous gouverner nous-mêmes, et de rétablir, sans les moyens violents de révolution, la liberté et l'égalité parmi les hommes. Il ne s'agissait pour cela que de citer divers textes de l’Écriture et de donner des explications vraies ou fausses, n'importe, pourvu que chacun trouve un sens d'accord avec sa raison dans la doctrine de Jésus. Spartacus (Weishaupt) avait réuni bien des données pour cela ; j'ai ajouté les miennes dans l'instruction pour ces deux grades (les deux grades des petits mystères). » (1).

Conformément à ces Instructions avant d'admettre le Chevalier Ecossais au grade d'Epopte, on lui adressait diverses questions auxquelles il devait répondre par écrit.

« 1. L'état actuel des peuples répond-il à l'objet pour lequel l'homme a été placé sur la terre. Les gouvernements, les religions des peuples remplissent-ils le but pour lequel les hommes les ont adoptés ? Les conduisent-ils au vrai bonheur ?

« 2. N'a-t-il pas existé autrefois un ordre de choses plus simple ? Quelle idée vous faites-vous de cet ancien état du monde ?

« 3. A présent que nous sommes passés par toutes les nullités (par toutes les formes vaines et inutiles de gouvernement et de religion), serait-il possible de revenir à cette première et noble simplicité de nos pères ?

« 4. Comment faudrait-il s'y prendre pour ramener cette heureuse période ?

« 7. Peut-on connaître et enseigner un meilleur christianisme ? Le monde tel qu'il est à présent supporterait-il plus de lumière ?

« 9. En attendant, ne faut-il pas semer la vérité dans les sociétés secrètes ?

« 10. N'observez-vous pas les mesures d'une éducation graduelle dans cet art que vous voyez transmis à notre Ordre depuis les temps les plus anciens ? »

Quand les réponses convenables avaient été données et que le Chevalier Ecossais était admis au grade d'Epopte, l'Hiérophante lui disait dans la cérémonie de l'Initiation : « Notre doctrine est cette doctrine divine, telle que Jésus l'enseignait à ses disciples, celle dont il leur développait le vrai sens dans ses discours secrets... Il enseigna à tout le genre humain la manière d'arriver à la DÉLIVRANCE... Personne n'a frayé à la LIBERTÉ des voies aussi sûres que notre grand maître Jésus de Nazareth. »

Weishaupt, en rédigeant cette partie de son rituel, chargeait ses disciples de répandre cette persuasion que la liberté, l'égalité et la fraternité, entendues au sens maçonnique, ont eu pour inventeur Notre-Seigneur Jésus-Christ ; que sa doctrine secrète, celle qui était vraiment et complètement sienne, mais qui ne devait être prêchée ouvertement que lorsque le monde serait capable de l'entendre, était la pure doctrine démocratique, celle qui rejette toute autorité et maudit toute propriété.

Qu'ils fussent persuadés ou non, ses disciples ne manquèrent point de parler en ce sens. Qu'il suffise de citer Camille Desmoulins, qui faisait de Notre-Seigneur Jésus-Christ « le premier sans-culotte » ; Gracchus Babeuf, qui lui donnait un rôle de partageux ; et, plus près de nous, Proudhon qui le transfigurait en « divin socialiste » ; Lamennais, qui entreprit de donner la démonstration de ce sophisme : que la Révolution française est sortie de l'Evangile. (2) Weishaupt ne s'était point trompé. Donner au peuple cette conviction, que la doctrine démocratique est la doctrine même de l'Evangile, la pure doctrine de Jésus-Christ, et surtout arriver à lui faire donner cette conviction par des prêtres, c'était assurément le moyen le plus ingénieux et le plus infaillible de faire arriver et d'asseoir à tout jamais la Révolution en vue de laquelle il avait fondé l'Illuminisme. Aussi, répandre cette persuasion fut l'une des occupations principales de la Haute-Vente, héritière directe de l'Illuminisme. Dans la Bulle Ecclesiam a Jesu Christo, le pape Pie VIII en fit la remarque : « Les Carbonari affectent un singulier respect et un zèle merveilleux pour la religion catholique et pour la doctrine et la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'ils ont quelquefois l'audace de nommer leur grand maître et le chef de leur société. »

Et Pie IX, dans l'allocution consistoriale prononcée à Gaëte, le 20 avril 1849, dit aussi : « Les chefs de la faction, par un coupable abus des paroles et des pensées du très saint Evangile, n'ont pas craint, loups ravisseurs déguisés en agneaux, d'entraîner la multitude inexpérimentée dans leurs desseins et leurs entreprises et de verser dans les esprits imprévoyants le poison de leurs fausses doctrines. »

Piccolo-Tigre a donné la raison dernière pour laquelle cette tactique a été inventée et mise en œuvre : « La Révolution (ou l'idée révolutionnaire) dans l'Eglise, c'est la Révolution en permanence. »

Nos démocrates s'y sont laissé prendre.

Dans son numéro-programme, la Démocratie chrétienne, après avoir dit que « la démocratie a pour principe fondamental l'égalité naturelle de tous les hommes », ajoute : « Et qui donc a fait prévaloir ce principe de l'égalité naturelle de tous les hommes, qu'aucune société païenne n'avait reconnue, et qui trouve son plein développement social dans le régime démocratique bien compris ?... Ah ! n'est-ce pas Jésus-Christ ? Et lorsque la démocratie vient donner à ce principe de l’égalité humaine son plein développement social, nous chrétiens, nous répugnerions à l'avènement complet de la démocratie ? »

Et ailleurs : « La démocratie est bonne, son principe est inattaquable, puisqu'elle est l'état social le plus conforme à l'esprit de l'Eglise, parce qu'elle a été promulguée par Jésus-Christ. »

« La liberté, l'égalité, la fraternité, sont des bienfaits qui nous viennent du christianisme. »

La liberté dont parle Notre-Seigneur lorsqu'il dit : Veritas liberabit vos ? Oui, assurément, cette liberté est l'un des grands bienfaits du christianisme. La vérité sur Dieu, sur l'homme, sur nos destinées que sa Bonté infinie a faites surnaturelles et éternelles, cette vérité délivre l'homme de l'esclavage de Satan et du monde, de celui de ses passions et de ses péchés. Voilà la liberté qui vient du christianisme. Mais non la liberté démocratique dont l'essence est de se soustraire à l'Autorité, d'en secouer le joug. Le mot a été pris au christianisme, la chose aux passions de l'homme, à son orgueil. Et ravir ainsi au christianisme ses mots pour les interpréter dans le 'sens du paganisme, c'est mettre le comble à l'anarchie intellectuelle, c'est prendre la voie la plus sûre pour mener les peuples à leur perte la plus irrémédiable.

Mêmes observations sur le mot égalité. L'égalité des hommes appelés tous à la vie éternelle, rachetés tous par le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, recevant toutes les grâces nécessaires au salut, cette égalité vient du christianisme. Mais est-ce celle-là que revendique la jalousie démocratique qui veut tout abaisser sous son niveau? l'orgueil démocratique qui ne peut souffrir de supérieur ?

Et la fraternité que prêche la démocratie, est-ce la fraternité des hommes en Jésus-Christ qui s'est fait leur frère et qui leur a donné pour Père le Souverain Seigneur qui est aux cieux ? N'est-ce point plutôt l'humanitarisme qui tend à un Etat-Humanité par la solidarité universelle ?

« Quand on voit quelles sont les doctrines contre lesquelles beaucoup d'hommes ont échangé les trésors de vérités cachées dans le Christ, a dit Shelling, on se rappelle involontairement ce roi dont Sancho Pança (Don Quichotte de  Cervantes) raconte qu'il avait vendu son royaume pour acheter un troupeau d'oies. »

Non, la liberté, l'égalité, la fraternité démocratiques n'ont point été promulguées par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce n'est point là ce qu'il a voulu faire prévaloir en venant sur la terre. On ne peut dire que cette liberté, cette égalité et cette fraternité soient des bienfaits qui nous viennent du christianisme et que l'état social qui reposerait sur elles serait le plus conforme à l'esprit de l'Eglise. L'état social le plus conforme à l'esprit de l'Eglise est celui qui aide le mieux les hommes à faire leur salut.

Ces confusions d'idées et les actions libérales qui en sont la mise en œuvre, préparent une société essentiellement antichrétienne ; car il n'y a rien qui puisse s'opposer plus efficacement au retour de notre société révolutionnaire à l'esprit du christianisme, à cet esprit qui, d'après Léon XIII, — s'adressant directement aux démocrates chrétiens, — doit donner à la communauté humaine une forme et un caractère en harmonie avec ceux que Dieu a établis (3). Dieu a établi la société non sur la liberté, mais sur la soumission aux autorités; non sur l'égalité, mais sur la hiérarchie ; non sur l'humanitarisme, mais sur la divine charité.

On l'a toujours dit, et rien de plus vrai : l'erreur la plus nuisible est celle qui est la plus proche de la vérité, ou celle qui en emprunte les termes. Les hommes les plus dangereux sont ceux qui ont la vérité sur le visage et l'erreur dans le sein. Comment la jeunesse se mettra-t-elle en garde contre des écrivains et des orateurs honnêtes et brillants, qui annoncent à tous le règne de la liberté et de l'égalité avec du pain et des plaisirs ? Ils affirment apporter en cela la solution chrétienne de la question sociale, alors qu'ils propagent les idées de la Révolution. C'est jeter les peuples dans un trouble dont ils ne pourront revenir. « Si l'on parvenait, dit M. de Saint-Bonnet, à allier l'esprit révolutionnaire à l'esprit religieux, à marier l'orgueil à la vérité, c'en serait fait à jamais de notre civilisation. Le socialisme chrétien perdra tout s'il prend de la force : il s'approprie assez de vérité pour dissimuler l'erreur et étouffer définitivement la vérité. Veuille Dieu préserver notre clergé de Terreur la plus glissante, la plus terrible qui fut jamais ! Le mirage est tel que beaucoup parmi les plus sages ne savent plus où fixer leur esprit. Comment désormais distinguer la branche empoisonnée de la branche de l'Evangile (4) ? » « Chaque âge a son hérésie, mais ici l’on enlève le fond même du christianisme, en lui laissant son nom. L'âme éprouve un frisson. L'ennemi du genre humain a trouvé une erreur qui porte le nom de la vérité et qui est capable d'accélérer la fin des temps. »

M. de Montalembert ne parlait pas autrement :

« Si la contagion socialiste allait envahir jusqu'aux enfants de l'Eglise elle-même, si une portion de notre jeunesse catholique avait le malheur d'ouvrir son esprit et son cœur à ces doctrines fallacieuses, c'est alors vraiment que le mal pourrait sembler irréparable et qu'il ne resterait plus qu'à pleurer sur les ruines d'une société condamnée à mourir dans les étreintes d'une incurable anarchie. »

« C'est pour un prêtre une trahison, disait encore M. de Saint-Bonnet, que de faire porter la question sociale ailleurs que sur la Foi. »

Il y a une dizaine d'années, dans un numéro de l'Eclair, daté du 6 juillet, l'abbé Charbonnel, qui n'avait point encore apostasié, écrivait un article intitulé : Le Socialisme chrétien. Il y invoquait l'autorité de saint Paul, de Mgr Ketteler, de Mgr Ireland, de M. le comte de Mun, de l'abbé Hitze. Et il terminait par ces mots :

« Au dire de Proudhon, la question sociale est déjà soulevée, mais elle est errante : prêchée au nom de Dieu, consacré par la parole du prêtre elle se répandra avec la rapidité de la foudre. C'EST CE QUI ARRIVE et l'évolution a été singulièrement prompte de Lamennais à Léon XIII. Qui disait donc que l'Eglise ne change pas ? »

Non, l'Eglise ne change pas, elle dit aujourd'hui ce qu'elle a dit hier, mais ils sont bien dangereux ceux qui essaient de lui faire dire le contraire de ce qu'elle a toujours enseigné et qui, pour cela, se présentent sous le couvert du Pontificat suprême et de l'infaillibilité doctrinale !

De la persuasion que le christianisme est une doctrine essentiellement démocratique est né le désir de la réconciliation de l'Eglise et du siècle d'abord dans l'ordre politique, puis en tout ordre de choses. Dans la lettre à son clergé sur le concile œcuménique du Vatican (5), le cardinal Régnier disait : « Le catholicisme libéral travaille à faire sortir l'Eglise de ses voies traditionnelles et séculaires, pour la faire entrer dans celles où s'est engagée la société moderne et dont Dieu seul connaît l'issue. »

Les catholiques libéraux se proclament volontiers les fils de la société moderne qu'ils déclarent être « la moins imparfaite, la meilleure des sociétés qui aient jamais existé. » Ils répètent sur tous les tons qu'ils « l'acceptent telle qu'elle est », et que personne ne doit plus songer à réagir contre le courant qu'a créé la Révolution. La langue de la Révolution ne leur fait pas peur, loin de là ; ils ont habituellement sur les lèvres les formules des libertés à la mode. Que dis-je ? De ces libertés que les papes ont appelées des délires et des instruments de perversion et 'de corruption, ils disent « qu'elles sont sorties de l'Evangile comme autant de fruits exquis » et que ce sont là « les côtés superbes de la société moderne ». De la Déclaration des droits de l'homme, qui est le principe même de la Révolution et le fond du naturalisme, ils disent que « nulle nation n'a jamais eu rien de pareil », « qu'il a fallu dix-huit siècles de christianisme pour la rendre possible », qu'il n'y a jamais eu d'événement plus grand dans le monde », etc.

La plupart de ces citations sont prises dans le livre de l'abbé Bougaud : LE CHRISTIANISME ET LES TEMPS PRÉSENTS (6). M. Vacherot avait une plus juste compréhension des choses lorsqu'il disait : « A ceux qui croiraient encore que la Révolution peut se réconcilier avec la Religion, la démocratie, qui est l'âme et l'esprit de la Révolution, répond en ces termes : « Nulle religion, même le protestantisme, qui est la plus libérale de toutes, n'est compatible avec l'idéal de la démocratie (7).

Faut-il s'étonner après cela que dans les premiers jours de juin 1885, le Figaro ait eu l'insolence d'adresser cette invite à Léon XIII : « Si Léon XIII se levait avec le grand chiffre 1789 à la main tout à coup de son fauteuil où il est assis calme, penseur, voyant — il serait aussi grand que le Moïse de Saint-Pierre-aux-Liens. A les voir assis, le Pape et Moïse, on juge de leur taille s'ils étaient debout ! IL A COMPRIS que, si son Eglise ne marchait pas avec la société moderne — la société moderne marcherait sans son Eglise. » Ce que le Figaro disait, toute la clientèle des Ignotus, des Wolff, des Grandlieu, des Millaud, etc., en un mot, tout le catholicisme libéral le pensait.

C'est Lamennais qui est le père et le chef de l'école à la fois catholique et révolutionnaire de la pacification, de la conciliation, de l'adaptation, de l'union enfin et de la fusion entre le Christianisme et la Révolution. Selon lui, il n'y a de salut pour l'Eglise dans l'avenir que là. Il faut qu'elle s'harmonise avec la liberté moderne, disons mieux avec le libéralisme qui est l'hérésie des hérésies.

« C'est ici, dit M. Chapot, le point culminant de la séduction libérale. Il ne saurait y avoir rien au-delà. Faire croire aux bons, faire croire au clergé que le salut nous viendra du libéralisme, c'est l'apogée et le triomphe de la Révolution.

« Voilà plus de soixante-dix ans que cette nouvelle manière de comprendre les intérêts de l'Eglise a tout envahi. Elle trône au sein des académies, elle siège dans les sanctuaires, elle a toutes les faveurs de l'opinion publique; on la considère comme la garantie certaine, infaillible, de la victoire prochaine de l'Eglise sur la terre.

« Grâce à l'ingénieuse distinction entre la thèse et l'hypothèse du libéralisme, l’évolution des catholiques sur le terrain révolutionnaire du droit commun, des droits de l'homme, de la liberté pour tous, du ralliement aux idées, aux institutions politiques et sociales du monde moderne, s'est accomplie. L'armée chrétienne est passée tout entière, avec armes et bagages, sous les étendards du libéralisme et de la Révolution. C'est ainsi que les catholiques de France se sont jetés, tête baissée, dans le piège suprême de Satan. Cet aveuglement est si profond et a une portée si considérable, qu'on peut à bon droit le considérer comme le fait capital de la Révolution, et un des plus malheureux, quant à ses conséquences, de toute l'histoire humaine.

« La confusion envahit tous les esprits, même les meilleurs. On en est venu à ne plus distinguer nettement les caractères du règne de Satan de ceux du règne de Jésus-Christ les principes du christianisme, des principes de l'hérésie de Satan (8). »

Heureusement Rome est toujours là [plus maintenant, en l’an 2010, car « Rome a perdu la Foi » : La Salette].

La lettre du Pape au cardinal Gibbons vint condamner cette proposition : « Pour ramener plus facilement à la vérité catholique les dissidents, il faut que l'Eglise s'adapte davantage à la civilisation d'un monde parvenu à l'âge d'homme et que, se relâchant de son ancienne rigueur, elle se montre conciliante à l'égard des aspirations et des exigences des peuples modernes. » C'était, sous une nouvelle forme, la dernière des propositions que le Syllabus de Pie IX a condamnées : « Le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne. »

Au lendemain de la publication de cette Encyclique, le 24 mars 1899, le Temps, l'un des organes du protestantisme,

vint dire aux conciliateurs de ne point renoncer cependant à leur projet : « Ceux qui, dans le clergé comme chez les laïques, cherchent un renouveau, une action sociale plus profonde, une entente plus cordiale avec la société moderne, n'ont aucune raison de se décourager. » La Civilta cattolica disait, elle : « Celui qui louvoie, celui qui tâtonne, celui qui s'adapte au siècle et transige, celui-là peut se donner à lui-même le nom qu'il voudra, mais devant

Dieu, et devant l'Eglise, il est un rebelle et un traître. » Rebelle, parce qu'il veut aller à rencontre des directions séculaires de l'Eglise; traître, parce qu'il fait le jeu des ennemis de l'Eglise.

On ne saurait dire s'il est une seule des possessions de l'Eglise où le recul ne lui soit demandé pour arriver à la conciliation : l'Écriture Sainte ne devrait point maintenir intacte son inspiration, sa véracité, son authenticité ; la théologie devrait diminue le nombre de ses dogmes et les soumettre au contrôle du scientisme ; la philosophie, se kantiser ; la politique, consacrer la souveraineté du peuple ; l'économique, faire trouver le ciel ici-bas, etc., etc. A toutes et à chacune de ces prétentions, Léon XIII a répondu par ses immortelles encycliques. La première, Inscrutabili, a dit que la civilisation qui répugne aux doctrines de l'Eglise n'est qu'une fausse civilisation ; celle commençant par les mots Quod apostolici a repoussé les conclusions pratiques auxquelles cette fausse civilisation doit aboutir : le socialisme, le communisme, le nihilisme, qui veulent établir l'ordre social sur l'égalité de tous les hommes, c'est-à-dire le renversement de toute hiérarchie, l'abolition du mariage et de la famille, la négation du droit de propriété. Les Encycliques suivantes sont revenues sur chacune de ces bases de l'ordre social : Arcanum divinæ sapientiæ, sur le mariage et la famille ; Diuturnum, sur le pouvoir civil ; Immortale Dei, sur la constitution chrétienne des Etats ; Libertas præstantissimum, sur la vraie notion de la liberté : Sapientiæ christianæ, sur les devoirs civiques des chrétiens ; Rerum Novarum, sur la paix sociale et les moyens de l'obtenir ; Æterni patris, sur la philosophie ; Providentissimus Deus, sur l'Écriture Sainte, etc., etc. ; et au centre de cette sphère d'où la lumière rayonne sur toutes les questions agitées de nos jours, l'Encyclique sur l'Eglise, dépositaire et docteur de toutes les vérités, et celle

sur la franc-maçonnerie, foyer de toutes les erreurs.

« Nous faisons tous nos efforts, disait Léon XIII aux pèlerins de Malte, le 22 mai 1893, pour ramener sur le droit chemin la société humaine » ; et dans une lettre adressée le 6 janvier 1896 au cardinal Langénieux, il exhortait en ces termes tous les catholiques à seconder ses efforts : « Les catholiques doivent s'affirmer comme des fils de lumière, d'autant plus intrépides et plus prudents qu'ils voient une puissance ténébreuse mettre plus de persistance à ruiner autour d'eux tout ce qui est sacré et bienfaisant ; ils doivent prendre avec clairvoyance et courage, conformément à la doctrine exposée dans nos Encycliques, l'initiative de tous les vrais progrès sociaux, se tenir au premier rang parmi ceux qui ont l'intention loyale, à quelque degré que ce soit, de concourir à faire régner partout, contre les ennemis de tout ordre, les éternels principes de la justice et de la civilisation chrétienne. »

Le refus de conciliation opposé par l'Eglise aux ennemis de tout ce qui constitue l'ordre, ne porte donc que sur l'erreur et le mal qu'elle ne peut consacrer, même au degré le plus infime. À cela, son opposition est à tout jamais irréductible. Mais c'est une perfidie de la secte, qui voudrait la conciliation dans l'erreur et le mal, de faire croire que l'Eglise a en horreur les découvertes de la science moderne et leur application aux usages de la vie.

L'apôtre saint Paul a dit : « Nolite conformari huic sæculo (9). Ne vous conformez pas au siècle présent. » Et l'apôtre saint Jacques : « Quiconque veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. » Jamais l'Eglise ne mettra ces paroles en oubli.

Les Instructions données aux Quarante, sur les moyens à employer pour corrompre l'esprit public, furent si bien suivies et eurent tant de succès que, dix ans après leur rédaction, le pape Pie VIII dut déplorer, dans son Encyclique du 24 mai 1829, le mal qu'elles avaient déjà fait.

Le 23 janvier 1844, Gaétan écrivait à Nubius. « Dans l'espace d'un petit nombre d'années, nous avons fait beaucoup de chemin. La désorganisation règne partout, au Nord comme au Midi, dans le cœur des nobles comme dans celui dos prêtres. Tous ont fléchi sous le niveau que nous voulons imposer à l'humanité pour l'abaisser. Le monde est lancé sur la voie de la DÉMOCRATIE. »

Gaétan prenait ses désirs pour des réalités. Non, il n'était pas vrai de dire que tous avaient fléchi sous le niveau que la maçonnerie veut imposer à l'humanité pour l'abaisser. Il y en avait pourtant, et il y en avait assez pour que l'année suivante, le 4 août 1845, le cardinal Bernetti, dont la perspicacité avait effrayé Nubius ait pu écrire à l'un de ses amis :

« Un jour viendra où toutes ces mines chargées de poudre constitutionnelle et progressive éclateront. Fasse le Ciel qu'après avoir vu tant de révolutions et assisté à tant de désastres, je ne sois pas témoin des nouveaux malheurs de l'Eglise ! La barque de Pierre surnagera sans aucun doute, mais je sens le besoin de me recueillir dans la paix avant d'aller rendre compte à Dieu d'une vie si tourmentée au service du Siège apostolique. Que sa divine volonté soit faite et tout sera pour le mieux ! »

Il n'y avait pas plus de vingt ans que la Haute-Vente avait commencé son œuvre, s'était appliquée à mettre à exécution le plan qui lui avait été tracé pour introduire le Maçonnisme dans l'Eglise, et déjà le Pape et ses fidèles ministres pouvaient exhaler d’amères plaintes en jetant un regard de tristesse et de pitié sur ce qui avait été fait et un regard d'effroi sur l'avenir.

Chose incroyable, chose que l'on n'aurait pu imaginer : pour faire accueillir ses suggestions par nombre d'esprits qui ne demandaient qu'à marcher à la lumière de la vérité, la secte a trouvé le moyen 'de les faire présenter à la jeunesse sous le couvert de l'autorité du Souverain Pontife.

Les Instructions secrètes données à la Haute-Vente avaient dit : « Vous voulez établir le règne des élus (de Satan) sur le trône de la prostituée de Babylone (Rome) ; QUE LE CLERGÉ MARCHE SOUS VOTRE ÉTENDARD EN CROYANT TOUJOURS MARCHER SOUS LA BANNIÈRE DES CLEFS APOSTOLIQUES. »

Dans son livre Nouveau Catholicisme et nouveau Clergé, M. Maignen n'a point hésité à signaler des paroles et des faits qui montrent que cette illusion a existé pour plusieurs. « Qu'il y ait danger pour la foi et pour la discipline de l'Eglise, dans ce besoin insatiable de nouveauté qui emporte beaucoup de catholiques et une partie du clergé, il devient chaque jour plus difficile de le contester.

« Mais nous croyons apercevoir un danger plus grand dans la façon dont les novateurs prétendent faire prévaloir leurs doctrines.

« Cette tactique, en effet, est merveilleusement adaptée à la situation présente et à ce que l'on pourrait appeler la mentalité catholique depuis le Concile du Vatican.

« Non seulement les modernes novateurs ne prétendent point rompre avec Rome, ni s'insurger ouvertement contre l'autorité pontificale, mais ils ont hautement avoué le dessein à accaparer, en quelque sorte l’influence de cette autorité même, et de la faire servir à l’avènement de leur parti.

« Dans le domaine de la théorie, il ne s'agit plus pour les novateurs de nier un dogme, mais de donner, selon l'occasion, à tous les dogmes un sens nouveau.

« Dans le domaine des faits, il n'est pas question de résister au Pape, mais de faire croire à l’opinion publique que les meneurs du parti sont les seuls fidèles interprètes de la pensée du Pape.

« Pour parvenir à leurs fins, les novateurs disposent de deux moyens puissants : l'un qui est de tous les temps, l'intrigue, par laquelle ils s'efforcent de pousser leurs partisans dans l'Eglise et dans l'Etat ; l'autre, très moderne et très redoutable, la presse, qu'ils savent faire manœuvrer habilement de façon à créer ces sympathies populaires, ces courants d'opinion, d'autant plus pernicieux à la vie de l'Eglise qu'ils paraissent plus inoffensifs et plus spontanés (10). »

Feu M. Auguste Sabatier, alors doyen de la Faculté de théologie protestante, à Paris, a fait la même observation, dans des lettres adressées de Paris au journal de Genève, le 20 octobre 1898 et le 19 mars 1899, l'une avant, l'autre après la publication de l'Encyclique sur l'américanisme.

Après avoir observé que :

« L'américanisme est fils du libéralisme. »

Il dit :

« Sa pensée dominante est d'UNIR LE SIÈCLE ET L'ÉGLISE, de chercher une conciliation entre la tradition de l’Église et les aspirations du siècle, de faire cesser le conflit entre la théologie des séminaires et les sciences modernes. »

Il termine en disant que les américanistes espèrent triompher de toutes les résistances.

Comment ? il le dit encore : « En redoublant leurs protestations de soumission au Saint-Siège, en abritant tout cela sous la souveraineté du Pape, en protestant d'une pleine obéissance à ses directions. »

Ceux qui ont suivi les novateurs, ceux qui ont observé leur attitude et leurs actes, qui ont lu leurs écrits, reconnaîtront que M. Sabatier a saisi sur le vif leur tactique. C'est d'ailleurs ce qu'a constaté Mgr Lorenzelli, dans le discours qu'il prononça au grand séminaire de Soissons dans les premiers jours de l'année 1902. Le nonce après avoir parlé des dangers qui menacent l'Eglise catholique à l'heure présente et signalé « la tendance à naturaliser l'esprit du clergé, à accueillir toute nouvelle doctrine, toute nouvelle méthode d'action », ne craignit point d'ajouter : « Cet esprit voudrait se justifier par certaines paroles du Saint-Siège. »

Cette manière de faire, il n'est pas inutile de le remarquer, répond d'une manière frappante aux vœux qu'exprimaient les Instructions données à la Haute-Vente.

Démocrates chrétiens d'abord, puis américanistes et enfin modernistes n'ont cessé d'agiter la bannière du Pape et de se présenter comme ses hérauts, tout en enseignant et en propageant de leur mieux les doctrines que le Saint-Siège n'a cessé de condamner.

Ils ont pris leur point d'appui à Rome même. Des directions pontificales, interprétées contre le sens commun, ils se sont forgé une arme contre les défenseurs de la saine doctrine; ils ont gagné des journaux, même ceux autrefois les plus opposés au libéralisme, de sorte qu'en France et en Italie, en Allemagne et en Amérique, on a eu la douleur de voir des célèbres champions de l'Eglise s'appliquer à dissimuler les vérités, quand ils ne propageaient pas eux-mêmes les erreurs de l'américanisme, du libéralisme et de la démocratie. Ainsi appuyée, l'audace des novateurs ne connut plus aucune crainte (11).

Quand vint la condamnation de l'américanisme, ils dirent que cette condamnation avait été « arrachée à la faiblesse maladive du Saint-Père. » Et ce n'est point Le Figaro seul qui a parlé ainsi (numéro du 11 juin 1899). Le Sillon, qui n'a pas eu à changer, soit dit en passant, avait l'audace de ces perfides insinuations : « On chuchote bien des choses, je ne l'ignore pas, sur la façon dont l'entourage du Saint-Père aurait mis à profit, ces temps derniers, sa vieillesse et sa maladie. »

Dans le Problème de l'heure présente, bien d'autres faits semblables ont été rapportés (12).

Quels troubles de tels dires produisent dans les esprits qui n'ont point les défiances commandées par le malheur des temps !

Dans son numéro du 10 avril 1899, le Sillon publiait sans commentaires une lettre où l'un des siens commençait par lui rappeler le doute qu'il avait émis peu de temps auparavant, à propos de l'Encyclique aux américanistes : « Léon XIII pouvait-il condamner du même coup l'œuvre entière de son pontificat ? » Puis il en venait aux reproches :

« Maintenant, vous lâchez des hommes ou des idées que vous souteniez, dans l'espoir, semble-t-il, que ces concessions vous en épargnent d'autres. Permettez-moi de croire que c'est peine perdue. On vous délogera de vos derniers retranchements… Ne serait-il pas plus franc d'avouer que le Pape semble en train de ruiner peu à peu, — ou de laisser ruiner et défaire, dans ce qu'elle a d'humain et par suite de destructible, bien entendu, — l'œuvre de son glorieux pontificat ? Cela peut et doit nous attrister : cela ne peut ni ne doit nous décourager. Mais pourquoi ne pas le constater ? »

La suite de l'article montrait la pensée de l'apostasie roulant dans l'esprit de ces jeunes gens qui ont « cru marcher sous la bannière des clefs apostoliques », alors qu'en réalité ils étaient lancés sur les voies ouvertes par le maçonnisme.

Au moment où la franc-maçonnerie arriva au pouvoir et qu'elle jeta son cri de guerre : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi », un des maçons les mieux instruits et des plus capables de se rendre compte des desseins et des plans de la secte, dit à un évêque, qui le redit à l'Univers : « Nos mesures sont trop bien prises, nous avons trop bien préparé nos moyens d'attaque, nous nous sommes trop bien assuré toutes les alliances, toutes les connivences, TOUTES LES COMPLICITÉS de tout ce qui est une force, une influence, une puissance, pour que notre succès ne soit pas certain. »

Hélas ! tout a marché comme la franc-maçonnerie l'avait préparé et comme l'interlocuteur de l’évêque l’avait prédit.

 

1) Écrits originaux, t. II, pp. 104 et ssq.

2) Au moment où le P. Lacordaire, Ozanam, l'abbé Maret, fondaient l’Ere nouvelle, paraissaient les journaux intitulés : Le Christ républicain. — Le Christ socialiste.

3) Encyclique Graves de communi.

4) M. Blanc de Saint-Bonnet a fourni lui-même la réponse : « Pour la reconnaître, il reste un signe certain. L'esprit du christianisme se décèle immédiatement : au lieu d'enfler le moi, il en demande le sacrifice ».

5) Œuvres,  t. IV, p. 189.

6) Dans ce même ouvrage, t. V, p. 21, M. l'abbé Bougaud dit : « Il n'y a pas de solution de continuité entre les vérités de l'ordre surnaturel et les vérités de l'ordre naturel ; celles-ci plongent dans celles-là et réciproquement ». Et plus loin : « On monte du sens à la raison comme on monte de la raison à la foi ». A la page 42 : « Sans doute la foi est un don de Dieu comme la vue, comme la raison, pas plus qu'elles, pas moins ». Ces propositions sont du pur pélagianisme. Elles montrent ce que devient la notion du surnaturel dans les esprits qui se laissent envahir par le libéralisme.

7) De la Démocratie, p. 60.

8) Revue catholique des Institutions et du Droit, septembre, 1901, N. 9, p. 202.

9) Rom., XII, 2.

10) Nouveau Catholicisme et nouveau Clergé, pages 435-436.

11) En novembre 1894, La Démocratie chrétienne publia un article de plus de 40 pages dont la conclusion était : « Nous n'avions ici qu'un but dans ce travail : démontrer que le Pape a des sympathies et des préférences pour les Chefs, les Doctrines et les Œuvres de cette Ecole que nous pourrions appeler désormais Eccle pontificale. Nous croyons avoir atteint notre but. »

12) Voir 1re partie, chapitre XXXV.

 

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TOME II

 

L’AGENT DE LA CIVILISATION MODERNE

 

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III. – SON BUT

 

LA CONSTRUCTION DU TEMPLE

 

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LE TEMPLE

 

I. – NEF POLITIQUE

 

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CHAPITRE XXXVIII

 

VERS UNE ÉTAT SOCIAL NOUVEAU

 

Pages 540-550

 

Aux premières pages de ce livre, nous avons vu qu'il y a deux façons d'envisager la vie présente :

Comme ayant sa fin en elle-même.

Comme préparant à la vie éternelle.

Ces deux manières de voir ouvrirent la voie à deux civilisations :

La civilisation chrétienne.

La civilisation humanitaire.

Toujours elles ont été en conflit. Mais ce conflit qui, depuis l'apparition du christianisme n'avait cessé d'exister dans le cœur de l'homme, est devenu public, social, du jour ou les humanistes ont fait porter les regards en arrière, vers le paganisme et se sont proposé de le restaurer.

Une société secrète s'est formée pour poursuivre la réalisation dans la société chrétienne de l'idéal nouveau, ou plutôt de l'idéal ancien : jouir et mourir, — en opposition à l'idéal que le Christ et son Eglise nous avaient fait admettre : mériter et vivre éternellement en participation de la nature divine, de sa béatitude et de sa gloire.

Nous avons suivi les développements de cette société depuis le XVe siècle jusqu'à nos jours, ses transformations et son action incessante pour détruire tout l'état de choses existant : action politique, renversant et élevant les princes et les régimes, selon qu'elle pouvait pu non les inspirer, les gouverner, les faire servir à la réalisation de ses desseins ; en même temps, action morale sur les peuples par la corruption des idées et des mœurs. Nous avons suivi cette double action incessamment mise en œuvre et courant de succès en succès, grâce à un merveilleux organisme supérieurement manié.

Nous avons à voir maintenant ce que la franc-maçonnerie poursuit ce à quoi elle veut aboutir.

Déjà, par leurs correspondances et par les papiers saisis à Munich et à Rome, nous avons entendu Voltaire et les Encyclopédistes, Weishaupt et les illuminés, Nubius et ses conjurés se confier les uns aux autres leurs desseins, et nous en avons vu un premier essai de réalisation de 1789 à 1800. Nous assistons, depuis 1830, et surtout depuis 1875 à un second essai, plus prudemment conduit, plus astucieux, et par là se tenant plus assuré d'aboutir.

Quel doit être cet aboutissement ? C'est la question qui se pose maintenant et à laquelle nous essayerons de répondre.

Disons d'abord qu'il serait erroné de croire que tous les Francs-Maçons connaissent explicitement l'œuvre à laquelle ils collaborent. Cette connaissance n'est point donnée complètement même aux initiés des Hauts Grades, même à ceux des arrière-loges. Chacun, ou plutôt chaque équipe fait l'œuvre qui lui est assignée, à la place qui lui a été marquée, auprès des princes et du clergé, auprès des parlementaires et des fonctionnaires, auprès des journalistes et des professeurs, auprès des magistrats et des officiers, et encore au sein de la multitude. Mais en accomplissant la tâche qui leur est imposée l'individu, l'équipe ignorent la place que l'œuvre particulière à laquelle ils collaborent, occupe dans le plan général, car ils n'en ont point le tracé complet sous les yeux.

Ce plan est double : destruction et réédification : destruction de la cité chrétienne, édification de la cité maçonnique. La destruction nous en avons vu les travaux et les ruines dans les pages qui précèdent. Nous devons maintenant assister à l'édification du Temple .:. . Les mêmes ouvriers, les mêmes maçons sont employés à ce second travail, mais ici apparaîtront dans une plus grande lumière les maîtres de l'œuvre, et au-dessus d'eux le Grand Architecte.

« Il est absurde, a dit M. Aulard, professeur d'histoire révolutionnaire à la Sorbonne, de continuer à dire : nous ne voulons pas détruire la religion quand nous sommes obligés d'avouer d'autre part que cette destruction est indispensable pour fonder rationnellement la cité nouvelle politique et sociale. Ne disons donc plus : nous ne voulons pas détruire la religion; disons au contraire : nous vouions détruire la religion, afin de pouvoir établir en son lieu et place la cité nouvelle. »

Ordinairement en effet on ne démolit que pour réédifier : c'est bien la pensée de la secte qu'a traduite M. Aulard. Elle veut élever un nouvel ordre de choses sur les ruines de l'ancien. Elle a son idéal, elle en poursuit la réalisation. Quel est-il ? Elle lui a donné un nom le TEMPLE. C'est pour l'édification de ce Temple que, depuis des siècles, elle recruté des maçons.

Que doit être ce Temple ?

Le divin Sauveur, apportant à la terre la conception chrétienne de la civilisation, n'a pas voulu l'abandonner aux hasards que court nécessairement une idée laissée à elle-même, et par conséquent livrée flottante au souffle des fantaisies et des passions humaines. Il l 'a remise aux mains de la société qu'il a élevée sur Pierre, et il a donné à celle-ci la charge de maintenir sa doctrine dans sa pureté, de la défendre contre les idées contraires, de la propager dans le monde et de lui faire porter des fruits de vie. Aussi, le divin Maître s'est-il comparé à un architecte : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. »

Pour mieux marquer son opposition, Satan s'est fait appeler le « Grand Architecte (1) », et en face de l'Eglise il construit un « Temple ». Comme l'Eglise, ce Temple est à la fois esprit et corps : corps, une société, la maçonnerie ; esprit, une idée que la société a la mission de propager dans le monde et de réaliser par des institutions.

Cette idée est une conception de l'ordre social opposée à celle que le christianisme a fait prévaloir.

« Il ne s'agit de rien moins, dit Findel, que d 'une réédification de la société sur des bases entièrement nouvelles, d'une réforme du droit, d'un renouvellement complet du principe de l'existence, notamment du principe de la communauté, et des relations réciproques entre l'homme et ses semblables (2) ».

Rabaut-Saint-Etienne avait dit avant lui, à la tribune de la Constituante : « Pour rendre le peuple heureux, il faut le renouveler, changer ses idées, changer ses lois, changer ses mœurs, changer les hommes, changer les choses, tout détruire, oui, tout détruire, puisque tout est à recréer. »

Voilà ce que la franc-maçonnerie se propose d'obtenir par la Révolution, qui en est aujourd'hui au second acte en attendant le troisième. Rien ne peut être imaginé de plus radical : faire disparaître le principe sur lequel repose actuellement notre existence et lui en substituer un autre ; puis tirer les conséquences de ce changement : c'est-à-dire renverser les relations des hommes entre eux, réformer le droit, et réédifier la société d'après un principe nouveau.

Quelles sont donc les bases entièrement nouvelles sur lesquelles la société doit être réédifiée ? Sur quel principe nouveau le droit social doit-il être réformé?

Jean-Jacques Rousseau l'a longuement exposé dans ses divers ouvrages, et tout le monde sait que c'est son Contrat social à la main que les hommes de 89 ont fait la Révolution, ont voulu une première fois faire place nette, pour édifier sur les ruines de la société chrétienne le Temple maçonnique. Les maçons du XXe siècle reconnaissent le même maître que ceux du XVIIe siècle ; leurs chefs ont le même idéal et poursuivent la réalisation du même plan. « Si un jour nous écrasons l’infâme, ce sera sous LE CONTRAT SOCIAL. » Cette parole fut dite au Congrès des loges du Nord-Ouest, tenu à Amiens en 1901, les 13 et 14 avril, par le F.:. Dutilloy, membre du Conseil de l'Ordre du Grand-Orient (3). C'est donc à Jean-Jacques Rousseau qu'il faut recourir pour savoir ce que sera l'état social que la maçonnerie nous prépare.

Le principe sur lequel repose l'existence humaine a été, de tout temps et chez tous les peuples, celui-ci : « L'homme est naturellement un être sociable, et celui qui demeurerait à l'état isolé et sauvage serait un être dégradé (4). » C'est sur ce principe, posé de la main de Dieu au fond de la nature humaine, qu'elle vit depuis ses origines ; c'est en observant ce qu'il prescrit, que la société s'est constituée et se maintient, que l'homme naît et grandit. Le christianisme avait mis dans une plus parfaite lumière cette vérité, reconnue par la sagesse des nations, que la société sort spontanément de la nature humaine, qu'elle est le résultat de la constitution, de la manière d'être que Dieu a donnée à l'homme. L'individu isolé est impuissant à se procurer ce dont il a besoin pour vivre et prendre son développement ; il ne peut le trouver que dans le secours qu'il reçoit de ses semblables et qu'en retour il leur donne, en un mot, dans les relations qui naissent de l'association. Et comme ses besoins sont multiples et divers, divers aussi sont les motifs et les fins pour lesquels il s'associe, multiples sont les aspects sous lesquels l'association se présente.

L'homme a des besoins physiques, des besoins intellectuels, des besoins religieux. En naissant, il se trouve au sein d'une société, la famille, qui défend sa fragile existence contre les agents extérieurs, et lui procure la nourriture qui maintient sa vie et peu à peu accroît ses forces.

Mais la famille ne peut non plus se suffire ; elle ne trouve point en elle les ressources nécessaires pour porter ses membres à la perfection à laquelle chacun peut atteindre au point de vue physique, aussi bien qu'au point de vue intellectuel et religieux. Et c'est pourquoi la famille n'es' pas plus isolée que l'individu : elle aussi naît et vit au sein d'associations plus vastes qui l'environnent de leur protection, qui président aux intérêts généraux de bien-être matériel, de culture intellectuelle et de perfectionnement moral et religieux, qui sont dans les exigences ou du moins dans les aspirations de la nature humaine. Autant sont nombreuses et diverses ces exigences ou ces aspirations, autant l'association prend de formes différentes pour que tous puissent atteindre les fins communes à l'humanité, et les fins spéciales propres aux aptitudes de chacun.

Les sourdes à fin particulière et contingente prennent leur origine dans les conventions que font entre eux ceux qui poursuivent le même but.

Mais il n'en est point de même de la société appelée à conduire tous les hommes à leur fin dernière. Celle-là a nécessairement pour auteur le Dieu qui a assigné à l'homme ses destinées. De fait, Dieu l'a fondée aux origines, et la seconde Personne de la Très

Sainte Trinité est venue au milieu des temps lui donner sa dernière perfection. Cette société se nomme la sainte Eglise catholique : catholique parce que, virtuellement du moins, elle embrasse tous les temps et tous les lieux et que tous les hommes sont appelés à en faire partie, Dieu voulant le salut de tous ; sainte, parce que sa mission est de conduire les hommes à la sainteté ; non ras seulement à la perfection morale, mais à un état surnaturel, à une certaine participation à la nature divine, à la vie divine, commencée ici-bas par la grâce sanctifiante, achevée par la gloire dans l'éternité des cieux.

La société civile tient le milieu entre l'Eglise et les associations particulières : elle est plus nécessaire que celles-ci, répondant à des besoins qui ne peuvent trouver en elles leur pleine satisfaction ; elle ne peut être aussi générale que celle-là, parce que les diverses tribus de la famille humaine, ayant des aptitudes et des caractères différents, demandent à n'être point gouvernées de la même manière. Dans la formation des sociétés civiles, il entre donc de la nécessité et de la convention, du divin et de l'humain ; divin, ce qui est fondamental, ce qui vient des exigences de la nature ; humain, ce qui est d'ordre secondaire et variable comme les tempéraments des peuples.

J.-J. Rousseau s'inscrivit en faux contre ces données de la raison et de la foi ; et voici ce qu'il imagina, ce qu'il consigna dans tous ses écrits, et ce que la maçonnerie s'est donné la mission de réaliser. La société, l'état social, ne résulte point de la constitution de l'homme et de l'institution divine ; c'est, dans le monde, une excroissance accidentelle et l'on pourrait dire contre nature, qui est survenue un beau jour par le fait des volontés humaines.

Les hommes vivaient à l'état de nature, dit J.-J. Rousseau, comme le font les sauvages, les animaux, et c'était l'âge d'or ; état de liberté et d'égalité, où les fruits étaient à tous et la terre à personne, où chaque homme était citoyen de l'univers.

Pour passer de l'état de nature à l'état social, les hommes primitifs firent un pacte, un contrat, « le contrat social (5) ». D'une part, chaque individu se remit, sa personne et tous ses droits, entre les mains de tous ; d'autre part, tous garantirent à chacun une part égale des biens communs. L'individu donna à la société tout ce qu'il a et tout ce qu'il est, et la société admit l'individu à la communion de toute la chose publique, de la république.

« Les clauses du pacte social, dit J.-J. Rousseau (6), se réduisent toutes à une seule : l’aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté... S'il restait quelques droits aux particuliers, l'état de nature subsisterait et l'association deviendrait nécessairement vaine... L'aliénation se faisant sans réserve, l'union est aussi parfaite qu'elle peut l'être, et nul associé n'a plus rien à réclamer. »

Voilà l'idée que la maçonnerie se fait de la société, voilà le plan sur lequel elle veut la reconstituer. Si longtemps que cela ne sera point complètement réalisé, c'est-à-dire si longtemps que les individus prétendront conserver quelques droits, l'état social, tel que le contrat l'a fait, tel qu'il doit être, ne sera point jugé parfait ; l'état de nature, auquel le contrat a voulu mettre fin, subsistera en quelque chose. Le progrès, c'est donc la marche vers l'absorption complète de tous les droits par l'Etat ; plus de droits pour l'individu, plus de droits pour la famille, plus de droits à plus forte raison pour une société quelconque qui se formerait au sein de l'Etat, ou au-dessus de lui.

Dans la société démocratique rêvée par la franc-maçonnerie il n'y aura plus ou il ne doit plus y avoir que ces deux unités : l'individu et l'Etat. D'un côté l'Etat omnipotent, de l'autre, l'individu impuissant, désarmé, privé de toutes les libertés, puisqu'il ne peut rien sans la permission de l'Etat.

N'est-ce pas vers cela que nous marchons à grands pas ? et cette conception de la société n'est-elle point l'explication, et, pour nos maçons, la justification de tout ce qui est actuellement fait ou tenté contre la liberté de l'Eglise, contre la liberté des associations, contre la liberté des familles, contre la liberté individuelle elle-même ? L'Etat ne peut, ne doit souffrir aucune association autre que celle qu'il est. Si des événements passés, si des individualités puissantes ont créé au sein de la société civile des associations distinctes, l'Etat doit travailler constamment à rétrécir le cercle dans lequel élites vivent et agissent, jusqu'à ce qu'il soit parvenu à les absorber ou à les anéantir. Selon Rousseau, selon la Maçonnerie, c'est là son droit, c'est là son devoir, droit et devoir qui découlent directement du contrat social, et sans l'exercice desquels ce contrat deviendrait illusoire et bientôt caduc.

Que l'on cesse donc de s'étonner que dans cette société sortie de la Révolution, pétrie de l'idée révolutionnaire, l'Etat veuille tout centraliser et tout absorber, étouffer toute initiative et paralyser toute vie : il obéit, en cela à sa loi, au principe d'après lequel il doit être tout, tout lui ayant été livré par le contrat initial. Ce qui vit, ce qui se meut, ce qui est en dehors de lui, ne l'est et ne le fait que par une usurpation dont il doit être rendu compte pour restitution.

Cette revendication doit s'exercer surtout à l'égard des associations, parce qu'elles sont plus puissantes que les individus, et surtout à l'égard des associations qui ont un idéal autre que celui de l'Etat naturaliste. Le pacte social a été contracté pour une plus complète jouissance des biens de ce monde. S'il est des sociétés formées dans le but de porter ailleurs le regard de l'homme, de l'exhorter à se détacher des biens présents pour ambitionner et poursuivre d'autres biens, ces sociétés sont la contradiction vivante

de la société sortie du contrat social, elles doivent disparaître avant toute autre. Le devoir est de les traquer, de les mutiler jusqu'à complet anéantissement. C'est là l'explication des calomnies répandues par les humanistes dans leurs écrits contre les religieux, et des persécutions sans cesse renouvelées contre eux depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, comme aussi de la guerre à mort déclarée aujourd'hui à la première des sociétés religieuses, à celle qui est le fondement et le principe de vie de toutes les autres, à l'Eglise catholique.

On constate actuellement un mouvement de réaction contre l'état social institué en France par la Révolution. Ou institue partout des syndicats, on retourne aux corporations. Puisse ce mouvement aboutir à la restauration de la société dans son état normal ! Dans la société normalement organisée, il y a entre l'individu et l'Etat des sociétés intermédiaires qui encadrent les individus et qui par leur action naturelle maintiennent l'Etat dans le domaine qui lui appartient et l'empêchent d'en sortir. Ces sociétés se nomment : familles, corporations, communes, provinces, Eglises. Que, dans ce régime, le plus faible des individus soit lésé par l'Etat ou par tout autre, aussitôt c'est son association, c'est toute une collectivité organisée qui se lève pour le défendre. Par elle, il est fort ; et parce qu'il est fort, il est libre.

La démocratie, c'est l'esclavage.

 

1) Le Grand Architecte est une de ces expressions que la franc-maçonnerie excelle à créer, et qui ont pour elle le grand avantage que tous peuvent les accepter, parce que chacun les comprend selon ses propres idées. Pour les juifs et les déistes, le Grand Architecte de l'univers, c'est le Créateur du monde; les chrétiens peuvent y voir, s'ils le veulent, la Très Sainte Trinité ; pour les initiés, c'est la Nature ; au dernier degré d'initiation, c'est Lucifer, le Porte-lumière.

Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit : « Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres, mais il possède la lumière de la vie : croyez à la lumière, afin que vous soyez les fils de la lumière ». Ici encore apparaît la contrefaçon. La maçonnerie se dit posséder la lumière ; ses loges sont le lieu de la lumière, elle appelle à elle les hommes afin de leur communiquer la lumière dans ses initiations, et son maître et son prince est Lucifer, l'astre déchu.

2) Les principes de la franc-maçonnerie dans la vie des peuples, p. 163.

3) Congrès des loges du Nord-Ouest, p. 24. Amiens, imp. Duchâtel.

4) Aristote, Politique, § 9.

5) J.-J. Rousseau n'est point, à proprement parler, l'inventeur du contrat social. C'est un protestant, Hubert Languet, qui, dans le Vindiciæ contra tyrannos, sous le pseudonyme de Junius Brutus, exposa pour la première fois la théorie d'un « contrat », origine de la société.

Il est aussi absurde de supposer un pacte primitif fondamental de la société publique, qu'il serait absurde de supposer un pacte constitutif de la famille entre le père et les enfants. Bonald dénonce le cercle vicieux où tombe Rousseau : « Une loi, ne fût-ce que celle qui réglerait les formes à suivre pour faire la loi ; un homme, ne fût-ce que celui qui l'aurait proposée, aurait toujours précédé cette prétendue institution du pouvoir, et le peuple aurait obéi avant de se donner un maître ». Bossuet avait dit avant de Bonald : « Bien loin que le peuple en cet état (sans loi et sans pouvoir) pût faire un souverain, il n'y aurait même pas de peuple ».

6) Contrat social, livre 1, ch. VI.

 

CHAPITRE XXXIX

 

L’ÉTAT SOUVERAIN MAÎTRE DE TOUTES CHOSES

 

 

Pages 552-564

 

Le Temple que la maçonnerie veut édifier d'après le plan que J.-J. Rousseau en a tracé dans son Contrat social, c'est donc l'Etat souverain maître de toutes choses, absorbant en lui tous les droits, aussi bien ceux des individus que ceux de la famille, ceux des associations que ceux de l'Eglise.

C'est là, dira-t on, une utopie et une prétention aussi monstrueuse qu'irréalisable. Non, pour les maçons, pour les révolutionnaires, c'est l'idéal, et un idéal vers lequel on nous fait marcher à grands pas [sous le terme anodin d’idéal se dissimule en réalité le moyen subreptice et idoine pour anéantir le christianisme et dominer le monde].

J.-J. Rousseau a dit qu'en vertu du contrat social qu'il suppose à la base de la société, contrairement à l'histoire et contrairement à la nature humaine qui n'en a que faire, tous les hommes appartiennent totalement à la collectivité, leur personne et leurs forces, leurs droits et leurs biens. C'est ce que les maçons veulent réaliser ; c'est bien à cela que la Révolution veut aboutir ; c'est cela et cela seul qui peut donner l'explication de la manière d'être et d'agir de l'Etat contemporain à l'égard de tout et de tous. En toutes choses, il s'applique à restreindre les droits particuliers : son dessein est de les supprimer entièrement.

D'abord et surtout, le citoyen n'a pas le droit d'être chrétien. « Rien, dit Taine, interprétant la pensée fondamentale du Contrat social, n'est plus contraire que le christianisme [et pour cause !] à l'esprit social... Une société de chrétiens ne serait plus une société d'hommes, car LA PATRIE DU CHRÉTIEN N'EST PAS DE CE MONDE. » Il faut le ramener ici-bas, il faut enfermer ses pensées dans la poursuite des intérêts terrestres, il faut qu'il soit tout entier à la société à laquelle il a été donné tout entier. Aussi, voit-on le catholique traité en ennemi dans l'Etat maçonnique.

Le citoyen n'a pas le droit d'être propriétaire. Tout ce qu'il a, aussi bien que tout ce qu'il est, est devenu bien social. Aussi, voit-on le droit de propriété disparaître peu à peu devant les empiétements du socialisme d'Etat. Les impôts croissent et se multiplient sans cesse. L'utilité publique exproprie avec une conscience de jour en jour plus légère. Les lois s'essayent à répartir les gains entre patrons et ouvriers. L'Etat se fait partie prenante dans les ventes et les donations, et surtout dans les successions. Il parle maintenant d'impôts sur le revenu et d'impôts progressifs, destinés à niveler les propriétés, à égaliser les fortunes, ou plutôt à faire que l'Etat devienne seul et unique propriétaire. Déjà, au XVIIIe siècle, il s'est emparé de toute la propriété ecclésiastique, et aujourd'hui même il met la main sur celle qui s'était reconstituée au siècle dernier. Demain, il s'emparera de la même façon des instruments de travail : mines, usines, champs, tout sera nationalisé (1).

Ce ne sont pas seulement les biens que l'Etat revendique comme appartenant à la collectivité,- mais les forces de chacun : « Chaque membre de la société est à elle, lui et toutes ses forces. » Il faudra bien qu'à un jour prochain le Contrat se réalise 'aussi sous ce rapport, et que l'Etat en arrive à attribuer à chacun les fonctions qu'il aura à remplir dans la société, sous sa surveillance et à son bénéfice. Les monopoles de l'Etat qui vont de l'instruction publique à la fabrication du tabac et des allumettes, et le fonctionnarisme qui peu à peu s'étend à tout, sont un acheminement vers cet esclavage universel. Pour y arriver, il importe surtout de se saisir des forces naissantes, des générations qui surgissent. Aussi, le premier souci de l'Etat révolutionnaire est de s'emparer de l'enfance (2). « Les enfants, disait Danton, appartiennent à la République avant d'appartenir à leurs parents ; l'égoïsme des père pourrait être dangereux pour la République. Voilà pourquoi la liberté que nous leur laissons ne va pas jusquélever leurs enfants autrement qunotre gré » ; et Jules Ferry, dans le discours qu'il prononça en 1879 pour obtenir le vote du fameux article VII : « Il existe un père de famille qui les comprend tous : c'est l'Etat. » Nous avons entendu répéter ces paroles à satiété depuis que de nouveaux projets de loi veulent mettre dans une sécurité absolue les instituteurs et les institutrices chargés par l'Etat de faire entrer dans les âmes juvéniles les dogmes maçonniques.

C'est bien à ce point de vue du droit exclusif de l'Etat sur toute la jeunesse que nous voyons l'Etat moderne se placer. Sa législation la mieux étudiée, la plus serrée, ses lois les plus intangibles, sont celles qui tendent à supprimer toute liberté d'enseignement, à réunir sous la férule de l'Etat, à livrer à son éducation les enfants de toutes les familles, de l'école dite maternelle aux Facultés. D'abord, c'est son intérêt de former les volontés par lesquelles il dure, de préparer les votes qui le maintiendront, d'implanter dans les âmes des passions qui lui seront favorables, des idées qui seconderont la construction du Temple. N'a-t-il pas le devoir de pétrir les générations de façon à les rendre aptes au plus parfait fonctionnement du pacte social ? « L'éducation dans des règles prescrites par le souverain (le peuple souverain) est une des maximes fondamentales du gouvernement populaire », dit J.-J. Rousseau. C'est par elle qu'on forme le citoyen, « c'est elle qui doit donner aux âmes une forme nationale » ; « les bonnes institutions nationales sont celles qui savent le mieux dénaturer l'homme, lui ôter son existence absolue pour lui donner une existence relative et transporter le moi dans l'unité commune (3). »

Dénaturer l'homme ! Quel mot pouvait mieux dire ce que veut la secte, ce qu'elle fait dans les écoles de l'Etat ?

Pour arriver à réaliser son dessein sans trop d'opposition, elle a commencé par donner à la jeunesse l'instruction gratuite, aujourd'hui, elle y joint la nourriture et le vêtement dans les lycées aussi bien que dans les écoles primaires, espérant se rendre ainsi complices les intérêts.

Que l'on ne dise point que le droit que l'Eglise refuse à l'Etat, elle le revendique pour elle-même. Non, l'Eglise respecte les droits de la liberté naturelle à ce point que si un père, une mère n'appartiennent point par le baptême à sa juridiction, elle se regarde comme empêchée d'intervenir dans l'éducation de l'enfant jusqu'à ce qu'il soit en âge de se prononcer selon sa propre conscience. L'Eglise considère, comme un attentat contre le droit naturel, l'éducation d'un enfant mineur dans la religion chrétienne contre la volonté expresse de ses père et mère non baptisés. Elle ne permet point de le baptiser. Et alors mémo que le fils catholique de parents catholiques est arrivé à sa majorité, elle ne l'admet point à la profession religieuse sans leur permission, s'il leur est nécessaire pour subvenir à leurs besoins. L'Etat maçonnique comprend que les enfants ne pourront être complètement à lui aussi longtemps qu'il n'aura point aboli la famille ; tant qu'elle subsistera, le cri de la nature protestera contre son intrusion. Et c'est pourquoi il tend à la suppression du mariage. Dans la pensée des sectaires, le mariage civil et le divorce sont des étapes qui doivent conduire à l'amour libre, et par suite à l'Etat, unique père nourricier, unique éducateur des générations à venir.

L'abolition de la famille, la suppression de la propriété, l'anéantissement de l'Eglise et l’étouffement de toute association autre que celle qui est l'Etat, « tous ces articles, dit Taine, sont des suites forcées du contrat social. Du moment où, entrant dans un corps, je ne me réserve rien de moi-même, je renonce, par cela seul à mes biens, à mes enfants, à mon Eglise, à mes opinions. Je cesse d'être propriétaire, père, chrétien, philosophe. C'est l'Etat qui se substitue à moi dans toutes ces fonctions. À la place de ma volonté, il y a la volonté publique, c'est-à-dire, en théorie, l'arbitraire rigide de l’assemblée, de la fraction, de l'individu qui détient le pouvoir. »

Tel est le « Temple » que la maçonnerie est en train de construire ; où déjà elle nous a fait entrer, pas à pas, avant achèvement; où elle entend abriter les générations à venir et l'humanité entière. L'entrepreneur qui a pris à forfait la construction de ce Temple, c'est le régime parlementaire. Le peuple souverain choisit des délégués, les investit de tout pouvoir. Ils s'assemblent, la majorité est censée exprimer la volonté générale, et cette volonté fait loi. Cette loi peut tout atteindre; et en toutes choses elle crée le droit, sans égard à qui ou à quoi que ce soit, pas même à Dieu, pas même aux exigences de la nature humaine.

Déjà, il y a un siècle, pour construire ce Temple, les constituants, dit Taine, firent trois mille décrets ; et pour les mettre en vigueur, ils substituèrent le gouvernement de la force au gouvernement de la loi. L'échafaud présida à la réédification de la société, à ce qui avait été appelé le « renouvellement du principe de l'existence humaine. »

Les choses ne se passeront point autrement si l'expérience nouvelle, à laquelle nous assistons, est poussée à bout. L'Allemand qui fut le docteur des Jacobins et qui est resté le docteur de nos maçons, a parfaitement tracé la voie que ceux-là suivirent et dans laquelle ceux-ci se sont engagés.

Dans le rituel que Weishaupt composa pour les cérémonies de l'initiation aux divers grades de l’Illuminisme, il fait dire par l'Hiérophante a l'Initié :

« 0 Frères, ô mon fils, quand, assemblés ici, loin des profanes, nous considérons à quel point le monde est livré aux méchants (aux souverains et aux prêtres), pourrions-nous donc nous contenter de soupirer ? — Non, Frère, reposez-vous-en sur nous. Cherchez des coopérateurs fidèles ; ils sont dans les ténèbres, (dans les sociétés secrètes), c'est là que, solitaires, silencieux, ou rassemblés en cercles peu nombreux, enfants dociles, ils poursuivent LE GRAND ŒUVRE sous la conduite de leurs chefs.

« Dans ce grand projet, les prêtres et les princes nous résistent; nous avons contre nous les constitutions politiques des peuples. Que faire en cet état de choses ? Il faut insensiblement lier les mains aux protecteurs du désordre (aux rois et aux prêtres) et les gouverner sans paraître les dominer. En un mot, il faut établir un régime dominateur universel, sous forme de gouvernement, qui s'étende sur tout le monde. Il faut donc que tous nos Frères, élevés sur le même ton, étroitement unis les uns aux autres, n'aient tous qu'un même but. Autour des Puissances de la terre, il faut rassembler une légion d'hommes infatigables, et dirigeant partout leurs travaux, suivant le plan de l'ordre pour le bonheur de l'humanité (4). »

Et ailleurs : « Comme l'objet de notre vœu est  une révolution universelle, tous les membres de ces sociétés (secrètes) tendant au même but, s'appuyant les uns sur les autres, doivent chercher à dominer invisiblement et sans apparence de moyens violents, non pas sur la partie la plus éminente ou la moins distinguée d'un seul peuple, niais sur les hommes de tout état, de toute nation, de toute religion. Souffler partout un même esprit ; dans le plus grand silence et avec toute l'activité possible, diriger tous les hommes épars sur toute la surface de la terre vers le même objet. Cet empire une fois établi par l'union et la multitude des adeptes, que la force succède à l'empire invisible ; liez les mains à tous ceux qui résistent, subjuguez, étouffez la méchanceté dans son germe, écrasez tout ce oui reste d'hommes que vous n'aurez pu convaincre (5). »

C'est bien ainsi que l'entendirent les hommes de 93. Jean-Bon-Saint-Àndré disait que « pour établir solidement la République, il fallait réduire la population de moitié. Geoffroy jugeait que c'était insuffisant : il voulait ne laisser en France que cinq millions de citoyens. » « Nous ferons de la France un cimetière, plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière », disait Carrier. Ils en ont fait un cimetière, et n'ont pu la régénérer à leur mode. L'insuccès n'a point découragé leurs successeurs. « La France régénérée, dit le F.:. Buzot [ce sont vraiment des fous dangereux !], n'a point encore atteint le degré de perfection que commandent les doctrines de la franc-maçonnerie et le génie des philosophes. Mais le mouvement est donné, ENTRAÎNANT, IRRÉSISTIBLE, - LE GRAND ŒUVRE S'ACCOMPLIRA (6). » Ils prétendent l'accomplir non seulement en France, mais dans le monde entier. « Il faut, leur a dit Weishaupt, établir un dominateur universel, une forme de gouvernement qui s'étende sur tout le monde ». Ils y travaillent, nous le verrons. Ce régime dominateur universel dont ils poursuivent rétablissement, ils l'appellent le régime de la démocratie, ou la république universelle.

La théorie de J. J. Rousseau sur les origines de la société, sur sa constitution rationnelle, sur ce qu'elle sera lorsque le contrat social aura produit toutes ses conséquences, n'est point restée à l'état spéculatif. Depuis un siècle, nous approchons de jour en jour du terme qu'il nous a marqué, où il n'y aura plus ni propriété, ni famille, ni Etat indépendant, ni Eglise autonome. Sur l'emplacement que les ruines faites par la Révolution laissaient libre, Napoléon Ier bâtit « à sable et à chaux, dit Taine, la société nouvelle, d'après le plan tracé par J.-J. Rousseau. Toutes les masses du gros œuvre, code civil, université, concordat, administration préfectorale et centralisée, tous les détails de l'aménagement et de la distribution concourent à un effet d'ensemble qui est l'omnipotence de l'Etat, l’omniprésence du gouvernement, l’abolition de l'initiative locale et privée,, la suppression de l'association volontaire et libre, la dispersion graduelle des petits groupes spontanés, l'interdiction préventive des longues œuvres héréditaire, l'extinction des sentiments par lesquels l'homme vit au-delà de lui-même, dans le passé et dans l'avenir. Dans cette caserne philosophique, — dans ce TEMPLE, disent les maçons — nous vivons depuis quatre-vingts ans (7). » Le grand œuvre avance, il s'accomplira d'autant mieux que sa continuation est aux mains de la foule et de ses mandataires, c'est-à-dire des aveugles et des irresponsables [intellectuellement déséquilibrés].

Un individu recule devant les conséquences dernières de ses erreurs lorsqu'il voit où elles le conduisent. Un peuple livré à lui-même, comme l'est tout peuple soumis au régime républicain [maçonnique], ne peut le faire. Ce sont les plus logiques qui se font entendre des foules, surtout lorsque cette logique est d'accord avec les passions et promet à la masse l'entrée en possession des biens qu'elle convoite : ce sont ceux-là que le suffrage universel porte au pouvoir. Et si les premiers arrivés s'épouvantent et n'osent réaliser le programme, ils sont supplantés par d'autres, et par d'autres encore, jusqu'à ce que viennent ceux qui mettent résolument la main aux hautes œuvres que les principes commandent. Déjà nous avons vu les opportunistes balayés par les radicaux ; ceux-ci déménagent devant les socialistes, et du sein du socialisme s'élèvent les anarchistes, les nihilistes et les catastrophards (8).

M. Winterer, dans son livre Le Socialisme contemporain, fait une observation dont personne ne petit nier le bien fondé.

« Enlevez Dieu et la vie future, l’homme sans Dieu se trouve placé, avec ses passions, en face de la vie mortelle, avec l'inégalité des conditions et l'inégalité de la jouissance. Cet homme demandera au banquet de la vie la part que réclament ses passions. Il ressentira les barrières qu'oppose à ses passions la société actuelle basée sur la foi en Dieu et en la vie future ; il s'irritera contre l'obstacle, et la haine sociale, avec toutes les haines qui l'accompagnent, entrera dans son âme ». Dans combien de cœurs gronde actuellement cette haine ! Elle pousse les masses à se ruer, aussitôt que faire se pourra, sur ce qui reste de l'ordre social ! Et cela par toute l'Europe, et non seulement dans le vieux monde, mais en Amérique et en Océanie ; et non seulement chez les miséreux, mais chez les intellectuels ! Qu'il suffise de nommer Élisée Reclus pour la France [de son vrai nom Jean Jacques Reclus, géographe, militant et penseur de l’anarchisme français, 1830-1905], Karl Marx pour l'Allemagne, Bakounine et le prince Krapotkine pour la Russie, Most pour les Etats-Unis, etc., etc. Tous sont d'accord pour dire que le dogme de la souveraineté du peuple exige : 1° une révolution politique, qui amène au pouvoir les masses populaires par le suffrage universel ; 2° une révolution économique, qui introduira la propriété commune ; 3° une révolution démocratique, qui supprimera les parents et livrera les enfants à la République (9).

Nous y allons.

Quel est l'homme intelligent qui ne soit effrayé des ruines déjà amoncelées en tout ordre de choses, et, en entendant les clameurs des meutes prêtes à se jeter sur ce qui reste de l'ordre social, ne se pose à l'heure actuelle ces terribles questions :

Les biens que le Créateur a mis à la disposition des hommes, mais que le travail, l'ordre, la tempérance, l'économie ont répartis entre tes familles, seront-ils encore demain la propriété de ceux, qui les ont ainsi acquis, ou seront-ils universellement possédés par l'Etat, qui en distribuera les fruits selon les lois qu'il lui plaira de faire ?

Demain, y aura-t-il encore, entre l'homme et la femme, mariage, c'est-à-dire contrat passé sous le regard de Dieu et sanctionné par lui, engagement sacré et indissoluble ? Y aura-t-il encore la famille avec la possibilité de transmettre à ses enfants, non seulement son sang, mais son âme et ses biens ?

Demain, que sera la France ? Que deviendra l'Europe ? Réduite à l'état de poussière par la démocratie, ne sera-t-elle point une proie facile à la franc-maçonnerie internationale et judaïque qui marche à la conquête du monde, et calcule déjà le nombre d'années qu'il lui faudra encore pour arriver à faire de tous les Etats une République universelle ?

Voilà ce que prépare le mouvement des idées et des faits qui hantent les esprits et dont nous sommes témoins. Si le cours des choses actuelles n'avait point ses sources dans un passé lointain, on pourrait moins s'effrayer, croire qu'il n'y a en tout cela que des faits accidentels. Mais il n'en est point ainsi. L'état actuel, gros de l'avenir que nous venons de dire, est le produit naturel d'une idée, jetée comme une graine sur notre sol il y a cinq siècles. Elle y a germé. Nous avons vu ses premières pousses sortir de terre ; elles ont été cultivées secrètement et soigneusement par une société qui, plusieurs fois déjà, a servi au monde leurs fruits trop hâtivement cueillis ; aujourd'hui elle les voit arriver à maturité : fruits de mort qui portent la corruption dans les fondements même de l'ordre social.

Ce que la Renaissance a conçu, ce que la franc-maçonnerie a élevé, la France révolutionnaire a reçu de la Puissance des ténèbres la mission de le manifester au monde. Il semble qu'on ait voulu le symboliser sur les nouvelles monnaies. Cette femme échevelée, coiffée du bonnet phrygien, qui, sous les auspices de la République, jette à tous les Vents les graines de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, aux rayons d'un soleil levant appelé à éclairer le monde d'un jour nouveau, c'est bien la maçonnerie confiant à tous les souffles de l'opinion, les idées qui préparent les esprits à accepter l'ordre nouveau, qu'elle médite depuis si longtemps d'établir dans le monde.

 

1) Il est à remarquer que la franc-maçonnerie n'hésite plus à se déclarer socialiste et même collectiviste. Le F.:. Bonnardot, qui fut nommé, en 1901, Grand-Maître de la Grande Loge de France, proposa au Congrès des loges du Centre, tenu à Gien, en 1891, au nom de la 3e commission, de proclamer le principe de la propriété collective. Son rapport fut signalé à l'attention du Convent de la même année. La plupart des loges parisiennes sont devenues socialistes-réformistes. La grande majorité des loges des départements les ont suivies ; un certain nombre sont déjà collectivistes. Pour nous en tenir à La Fidélité de Lille, qui compte plus de deux cents membres, le prochain programme d'action de la franc-maçonnerie y était ainsi défini par son orateur, le 8 juillet 1900 : « Nous avons combattu toutes les idées théologiques, il y a encore un dieu à combattre, c'est le dieu capital. » (Voir la pétition contre la franc-maçonnerie à la 11e commission des pétitions de la Chambre des Députés, pp. 51 et 75.)

2) « Les enfants mâles sont élevés depuis cinq ans jusqu'à seize ans par la patrie. Ils sont vêtus de toile dans toutes les saisons. Ils couchent sur des nattes et dorment huit heures. Ils sont nourris en commun de racines, de fruits, de laitage, de pain et d'eau. Ils ne mangent pas de viande avant seize ans accomplis. Depuis dix ans jusqu'à seize ans, leur éducation est militaire et agricole. Ils sont distribués en compagnies de soixante, etc. Tous les enfants conserveront le même costume jusqu'à seize ans; de seize jusqu'à vingt-et-un, ils auront le costume d'ouvrier : de vingt-et-un à vingt-six, le costume de soldat, s'ils ne sont pas magistrats. » (Projet de loi, d'après les Institutions de SAINT-JUST).

Le 12 avril 1903, au congrès des loges de l'Afrique du Nord (de l'Algérie), les F.:. Collin et Marchetti émirent ce vœu :

« Qu'une disposition, ainsi conçue, soit ajoutée au Code civil : Défenses formelles sont faites aux parents ascendants ou ayants droit quelconques, de donner ou, d'enseigner à leurs enfants, pupilles ou descendants, une religion quelle qu'elle soit, SOUS PEINE DE DÉCHÉANCE DE PUISSANCE PATERNELLE et de puissance légale. Et qu'en cas d'infraction, dûment constatée, les enfants, pupilles ou descendants, seront retirés et confiés à l’Etat, aux frais des parents ou ascendants ».

L'année précédente, au Convent de Paris, une loge de France, la Thémis, avait émis un vœu à peine différent :

« Lorsqu'un enfant, âgé de huit ans révolus et au-dessus, n'aura pas encore fréquenté l'école, les parents et personnes responsables, pourront être déchus de la  puissance paternelle ».

Condorcet offrit le premier, à l'Assemblée législative en 1792, un plan d'éducation nationale. D'autres suivirent en grand nombre sous la Convention. Les plus connus sont ceux de Saint-Just, Lakanal, Michel Lepelletier, celui accueilli et présenté à la Convention par Robespierre. Garçons et filles devaient être élevés en commun jusqu'à l'âge de onze et douze ans, aux frais de la République, sous la sainte loi de l'égalité.

3) J.-J. Rousseau, cité par Taine. L'ancien régime, p.

324.

4) Le bonheur, auquel l'Illuminisme doit faire parvenir l’humanité, est ainsi exposé dans ce même discours : « La source des passions est pure ; il faut que chacun puisse satisfaire les siennes dans les bornes de la vertu et que notre ordre en fournisse les moyens. » La vertu, le bonheur de l’humanité ! La secte ne peut ouvrir la bouche qui n'en sortent aussitôt l'hypocrisie et le mensonge.

5) Barruel, t. III, ch. II et IX.

6) Tableau philosophique, historique et moral  de la franc-maçonnerie.

7) La Révolution, III, p. 635.

8) Catastrophards, c'est le nom que se sont donné, devant le tribunal de la Seine, ceux qui ont fait l'émeute du 2 mars 1901.

9) En octobre 1882, on inaugurait un groupe scolaire à Ivry-sur-Seine. Parmi les assistants officiels, on comptait un grand nombre de représentants des loges maçonniques. Le F.:. C. Dreyfus prononça l'allocution ; on y trouve ces paroles : « C'est la franc-maçonnerie qui prépare les solutions que la démocratie fait triompher. De même que nos glorieux ancêtres de 1789 ont inventé l'égalité civile des hommes devant la loi (on sait comment elle est pratiquée), de même que nos devanciers de 1818 ont réalisé l'égalité politique des citoyens devant l'urne du suffrage universel, de même la maçonnerie doit préparer, pour la fin du XIVe siècle, l'égalité sociale, qui rétablira l'équilibre des forces économiques et ramènera l'union et la concorde au sein de notre société si divisée ». (Cité dans le Monde du 4 octobre 18S2.) Nous en sommes donc à la Révolution économique ; la démocratique, qui doit la suivre et qui livrera les enfants corps et âme à la République, est fort avancée.

 

 

CHAPITRE XLI

 

LA RÉPUBLIQUE UNIVERSELLE

 

 

Pages 575-577

 

[…] On le voit, le Pouvoir occulte de la franc-maçonnerie a l'art d'employer les Puissances à leur mutuelle destruction, pour élever son Temple sur les ruines de toutes. Déjà en 1811, J. de Maistre avait pénétré ce dessein. Il écrivait de Saint-Pétersbourg à son roi, ancêtre de Victor-Emmanuel gui fut un instrument si utile aux mains de la secte : « Votre Majesté ne doit pas douter un instant de l'existence d'une grande et formidable secte qui a juré depuis longtemps le renversement de tous les trônes ; et c'est des princes mêmes dont elle se sert, avec une habileté infernale, pour les renverser... Je vois ici tout ce que nous avons vu ailleurs, c'est-à-dire une force cachée gui trompe la souveraineté et la force de s'égorger de ses propres mains... L'action est incontestable, quoique l'agent ne soit pas encore entièrement connu. Le talent de cette secte pour enchanter les gouvernements est un des plus terribles et des plus extraordinaires phénomènes qu'on ait vus dans le monde (1). »

L'agent est maintenant universellement connu : c'est le franc-maçon et au-dessus du franc-maçon, le Juif. La Revue maçonnique, dans son numéro de janvier 1908, faisait cet aveu : « L'activité hébraïque dans une partie de la maçonnerie peut être envisagée de différentes manières. L'esprit hébreu, par sa trempe historique, est un ferment, une levure, qui met en mouvement, d'une façon souvent fort utile, la pâte de la civilisation occidentale. » Ce ferment agit sur la masse maçonnique, et par elle sur le monde

« Les Juifs, si remarquables par leur instinct de domination, par leur science innée du gouvernement, dit M. Bidegain, ont créé la franc-maçonnerie, afin d'y enrôler les hommes qui n'appartiennent pas à leur race, s'engageant néanmoins à les aider dans leur œuvre, à collaborer avec eux à l'instauration du règne d'Israël parmi les hommes.

« Est-il utile de répéter à de bons Français que les Juifs qui, disent-ils, n'ont point perdu leur foi en la reconstruction du Temple [cf. « Contre les hérésies » de saint Irénée, Livre V, 3e partie, 25, 2], cachent, sous cette parole symbolique, sous cette revendication de leur nationalité, la volonté de faire, du monde entier, un temple gigantesque où les enfants d'Israël soient prêtres et rois, et où tous les hommes de tous les climats et de toutes les races, réduits à la servitude par l'organisation capitaliste, travailleront à la gloire de Javeh. Tout cela peut se dire, mais ne se prouve pas, ne peut encore se prouver. Ceux-là seuls, qui ont vécu clans l'intimité de l'Ordre maçonnique, qui en ont deviné la pensée secrète, — non cette pensée que disent les hommes, mais celle qui se dégage des faits, des symboles, des coutumes, — ceux-là seuls, peuvent avoir la profonde conviction de cette vérité.

« C'est grâce à d'immenses et patients travaux, que les Israélites ont pu acquérir la situation prépondérante qu'ils occupent aujourd'hui. C'est par de savantes et subtiles intrigues qu'ils travaillent à leur triomphe définitif. La domination financière et politique du Juif ne pourra s'établir définitivement qu'après la destruction, dans tous les pays — par les loges, par la presse, par les moyens divers que procurent l'argent et la ruse — de toutes les institutions, de toutes les forces, de toutes les traditions, qui forment comme l'ossature de chaque patrie (2). »

Et plus loin : « Les Juifs ne pourront achever, dans l'avenir, leur œuvre de spoliation et de dénationalisation, qu'au moyen des groupements dits républicains, tels que la Ligue des Droits de l'Homme ou le Comité radical et radical-socialiste — et surtout de la franc-maçonnerie. Grâce à leur or et à leur ruse, ils dirigent, d'une manière secrète, ces sociétés politiques vers le but qu'ils poursuivent avec une inlassable énergie : la domination universelle du peuple d'Israël (3). »

 

1) Œuvres complètes, t. XII, p. 42.

2) Jean Bidegain, 186-189.

3) Ibid., 256.

 

CHAPITRE XLII

 

L’IDÉE DE RÉPUBLIQUE UNIVERSELLE EN FRANCE

 

Pages 589-591

 

Arrivons aux jours présents. Le juif Alfred Naquet publia en 1901 un livre sous ce titre : L'Humanité et la Patrie. Un Espagnol, M. Lozano, le résume ainsi : « Le patriotisme du Français véritable consiste à n'avoir point de patrie. » M. Naquet y reproche à Gambetta de n'avoir pas eu assez souci de la défense républicaine, pour avoir pris exclusivement à cœur la défense du territoire. Il dit que quand l'homme ne sera plus empêtré dans les lisières nationales, chaque membre de la communauté aura une part plus grande à la consommation et une somme plus grande de jouissances, — ce que promet la civilisation maçonnique. — Sa conclusion est que, sur les décombres des patries nivelées, se fondera la République des Etats-Unis de la civilisation, dont la France ne sera qu'un canton ; de sorte que, deux mille ans après l'infructueux essai du Christ pour réaliser la Paix universelle, l'avènement définitif du Messie humanité — lisez l'Antéchrist — marquera le triomphe de l'ancien rêve judaïque.

Le 22 juin 1902, a eu lieu à Saint-Mandé un banquet franco-italien sous la présidence d'honneur de M. Jaurès, dont les déclarations à la Chambre au sujet de i'Alsace-Lorraine ont eu du retentissement dans l'Europe entière, et sous la présidence effective de MM. Cerutti et Sadoul. Dans leurs toasts, ils ont exprimé l'espoir que cette fête consacrerait bientôt l'union de tous les peuples. Leurs paroles ont été accueillies par les cris de : « Vive l'Internationale ! » M. Jaurès, lui, a dit : « Je me félicite que les deux peuples soient rapprochées à l’heure où l'un et l'autre secouent le joug de la tyrannie cléricale. »

En 1905, parut un livre intitulé : Pour la Paix. Le Journal des Instituteurs en donna le programme en ces termes : « Faire la guerre à la guerre. Anéantir les frontières, qui ne sont que des préjugés. Assurer au prolétariat du monde une ère de justice et d'humanité. » Après avoir fait l'exposé de cette belle thèse, le Journal des Instituteurs l'approuve : « Nous qui avons toujours considéré les guerres et leur histoire comme un non-sens et un crime, nous ne pouvons qu'applaudir à l'apparition de Pour la Paix. »

Une association internationale ayant pour devise : « Ni frontières, ni Dieu », paraît avoir actuellement pour chefs, en France, les députés Jaurès et Pressensé ; en Italie, les députés Enrico, Ferri et Bovio ; en Espagne, Soriano. Son but est de travailler, sous les auspices des mânes de Garibaldi, à l'union des Etats latins sous le régime républicain, pour la guerre au catholicisme. On aura ainsi franchi l’une des étapes qui doivent conduire au but ultime que la synagogue a assigné aux sociétés secrètes.

Ces idées et ces projets viennent des prophètes de la Révolution, de J.-J. Rousseau, nous l'avons montré, et auparavant de Weishaupt.

Dans le discours que l'Hiérophante adresse à celui qu'il initie au grade d'Epopte, nous lisons : « A l'instant où les hommes se réunirent en nation (en vertu du contrat social), le nationalisme ou l'amour national prit la place de l'amour général. Avec la division du globe et de ses contrées, la bienveillance se resserra dans des limites qu'elle ne devait plus franchir. Alors ce fut une vertu de s'étendre aux dépens de ceux qui ne se trouvaient pas sous notre empire. Cette vertu fut appelée le patriotisme. Et dès lors, pourquoi ne pas donner à cet amour des limites plus étroites encore ? Aussi vit on alors du patriotisme naître le localisme, l'esprit de famille et enfin l'égoïsme. Diminuez, retranchez cet amour de la patrie, les hommes de nouveau apprennent à se connaître et à s'aimer comme hommes... Les moyens de sortir de cet état d'oppression et de remonter à l'origine de nos droits, sont les écoles secrètes de la philosophie (les enseignements donnés dans les arrière-loges). Par ces écoles, un jour, sera réparée la chute du genre humain ; les princes ET LES NATIONS disparaîtront sans violence (?) de dessus terre. La raison alors sera le seul livre des lois, le seul code des hommes (1). »

 

1) Barruel, t. III, p. 184.

 

Page 591-592

 

Jamais, dira-t-on, celte république universelle ne pourra se réaliser. L'Empire romain lui-même n'a pu arriver au terme de son ambition, dans les limites restreintes que lui offrait le monde alors connu.

A cela, M. Favière répondait récemment : « Les causes de l'effondrement de l'Empire romain furent d'ordre purement économique. L'Empire périt par la pénurie des ressources matérielles. Il arriva qu'on ne put plus gouverner ni défendre un empire démesuré, qui n'avait que des courriers pour porter les ordres de Constantinople à Cadix. » Aujourd'hui il n'en est plus de même. Ce qui alors était impossible est devenu réalisable. « Ce sont les chemins de fer, continue M. Favière, c'est la navigation à vapeur et le télégraphe, c'est surtout l'immense puissance contributive de l'Etat moderne sustentant de vertigineux budgets, qui permettent à la Russie la conquête de l'Asie centrale, aux Etats-Unis, la mise en valeur de leur immense territoire, et à l'Angleterre l'exploitation d'un empire dispersé aux quatre vents de la Planète (1). » Que ces forces, ces puissances, qui n'ont point encore dit leur dernier mot, soient aux mains d'un homme de génie, tel que Napoléon, ou d'un plus puissant esprit encore, assisté par les Puissances infernales, tel que sera l'Antéchrist, et l'État-Unique, embrassant la totalité du genre humain, ne tardera point à être une réalité.

 

1) Réforme sociale, 1903. Le Progrès.

 

 

LA RÉPUBLIQUE UNIVERSELLE EN VOIE DE FORMATION

 

Pages 593-594

 

À la mort de l'empereur Joseph, Léopold, son successeur, appela près de lui le professeur Hoffmann, qu'il savait avoir été sollicité de consacrer sa plume à la cause de la Révolution. Celui-ci lui rapporta que Mirabeau avait déclaré à ses confidents, avoir en Allemagne une correspondance très étendue. Il savait que le système de la Révolution embrasserait l'univers ; que la France n'était que le théâtre choisi pour une première explosion, que les propagandistes travaillaient les peuples sous toutes les zones, que les émissaires étaient répandus dans les quatre parties du monde et surtout dans les capitales (1).

D'autres Conventionnels témoignèrent plus d'une fois être dans le secret des ambitions ultimes de la secte. Un député du Cantal, Milhaut, parlant, à la Loge-Club des Jacobins, de la réunion de la Savoie à la France, saluait le renversement de tous les trônes, « suite prochaine, disait-il, du succès de nos armes et du volcan révolutionnaire » ; et il exprimait le vœu que, de toutes les Conventions nationales qui seraient établies sur les ruines de tous les trônes, un certain nombre de députés extraordinaires formassent, au centre du globe, une Convention universelle qui veillerait sans cesse au maintien des droits de l'homme par tout l'univers (2). En d'autres termes, elle aurait pour mission, de veiller à maintenir les hommes dans la Révolution, dans leur révolte contre Dieu, dans l'ordre purement naturel. Remarquons, en passant, qu'un même nom, peu modifié, — Convent, Convention, - sert à désigner les assemblées générales de la franc-maçonnerie, l'Assemblée révolutionnaire, de 1789 et l'Assemblée à venir des députés de toutes les parties du monde (3).

 

1) Barruel, t. V, p. 224.

2) Cité par Thiers, Histoire de la Révolution, t. IV, p. 434.

3) Le gouvernement des loges a servi de type, aux hommes de la Révolution, pour réorganiser la France. « Le gouvernement de la franc-maçonnerie, dit le F.:. Rayon (Cours philosophique, pp. 7, 9, 377 et suiv.) était autrefois divisé en départements, en loges provinciales, qui avaient leurs subdivisions. L'Assemblée nationale, considérant la France comme une grande loge, décréta que son territoire serait distribué suivant les mêmes divisions. Les municipalités ou communes répondent aux loges ; elles correspondent à un centre commun pour former un canton. Un certain nombre de cantons, correspondant à un centre nouveau, composent un arrondissement ou district, actuellement une sous-préfecture, et plusieurs sous-préfectures forment un département. Les grandes loges de province avaient un centre commun, dans la Constituante. » C'est l'ébauche de la façon dont sera organisée la République universelle.

Le F.:. A. L Régnier, dans un discours aux Conférences maçonniques de Lyon, prononcé le 22 mai 1882, a dit de même : « Le régime républicain est calqué sur nos institutions. » Et le Bulletin maçonnique, livraison de décembre 1890, pp. 229, 230 : « La préoccupation de la maçonnerie a toujours été d'amener dans l’ordre politique l’avènement de la forme républicaine, et dans l'ordre philosophique le triomphe de la libre-pensée. On peut dire qu'elle n'a jamais failli a sa mission. »

 

Pages 606-607

 

« Le drame qui se joue depuis trente ans, a dit M. Copin-Albancelli, n'est autre chose que l'assassinat de la France, ourdi par le pouvoir occulte juif, agissant par la franc-maçonnerie. Si nous ne parvenons à faire comprendre cela à temps à la majorité des Français, la France est perdue. »

Mais, hélas ! comme le dit M. Bidegain : « Ceux qui dirigent secrètement l'Ordre maçonnique ont si habilement pétri les cerveaux de leurs disciples devenus leurs serviteurs inconscients, qu'ils trouvent dans la maçonnerie un instrument admirable pour le coup d'Etat juif qui consacrera la dénationalisation de notre patrie et la définitive dépossession des Français de France (1). »

Dans une interview qu'il eut avec un rédacteur du Soleil  (2), M. de Marcère dit de même, à l'occasion du Congrès antimaçonnique qui tint ses assises aux premiers jours de l'année 1902 : « Il n'y a pas à se le dissimuler, c’est en France tout particulièrement que se porte l’effort de la désorganisation maçonique, ET CELA FOUR UNE BESOGNE QUI ÉVIDEMMENT CORRESPOND À LA RÉALISATION D'UN PLAN IMMENSE, où il est clair que nous avons été sacrifiés ».

Ce qui est infiniment douloureux, c'est de voir que la France prête elle-même les mains à la réalisation de ce plan. Nous disons la France. Non. Mais ceux qui la gouvernent et qui sont délégués au pouvoir pour effectuer les uns après les autres les divers points de la désorganisation maçonnique.

L'Armée. — Ce fut vraiment un travail colossal que celui que la France entreprit, après la guerre, pour se relever et pour reprendre son rang dans le monde. Loi du recrutement ; loi d'organisation ; loi des cadres pour ne citer que les lois constitutives. Edification de casernements et d'établissements sur tout le territoire ; reconstitution de l'armement des troupes et de l'artillerie ; construction des systèmes défensifs de la frontière du Nord-Est et de celle du Sud-Est et de l'intérieur ; élaboration des règlements généraux et des règlements particuliers d'armes ; création de l'Ecole de Guerre et réforme des Ecoles militaires ; constitution de l'Etat-Major de l'armée, comprenant les bureaux de la mobilisation, de la statistique, des opérations, des chemins de fer. Tout cela fut accompli, tandis que les troupes se reformèrent, reprirent confiance. En vérité, chaque année était une année de progrès, et quand la pensée se reporte sur ce que le dévouement de tous ceux qui servirent alors parvint à faire, on éprouve un sentiment de très vive admiration, vis-à-vis d'une œuvre que seul l'amour de la Patrie réussit à mener à bien.

Mais bientôt vinrent des hommes qui entreprirent de détruire, par ordre, tout ce qui constituait l'Armée : la discipline, le respect des chefs, la confiance réciproque, le sentiment du divin, l'abnégation et jusqu'à l'amour de la patrie. C'est cela d'abord qu'ils s'appliquèrent à détruire, parce qu'ils savent que, bien plus que l'armement le plus perfectionné et que les effectifs les plus considérables, ce sont les vertus de nos officiers et de nos soldats qui, à travers les siècles, ont constamment fait la force de l'armée française.

 

1) Bidegain. Le Grand-Orient de France. Ses doctrines et ses actes, p. 114.

2) Voir le Soleil du 14 février 1902.

 

Pages 608

 

Mais ils ne négligèrent point le reste (1). Le ministère de la guerre fut confié à des ingénieurs, à des agents de change, à des hommes d'affaires ou à des militaires justement méprisés.

Aussi ce n'est plus seulement les devoirs militaires que le soldat doit remplir, que les officiers doivent enseigner dans ce temps si court de deux années, c'est encore les devoirs du citoyen. Par sa circulaire d'octobre 1905, M. Berteaux les a obligés à faire des conférences sur la solidarité, la mutualité et les progrès de l'esprit laïque ; ils doivent conduire leurs hommes aux musées, aux usines, etc., car, dit la circulaire, « l'armée n'est pas surtout le plus grand organe de la défense nationale, elle doit être aussi un puissant organe de progrès social. La Ligue maçonnique de l'enseignement (congrès de Biarritz en octobre 1905 et d'Angers en août 1906) s'empressa d'applaudir à cette innovation que la loge avait inspirée.

Il faudrait parler ici de « l'affaire Dreyfus » et de ses suites. Mais n'est-elle pas présente à l'esprit de tout bon Français ? Tous ne savent-ils pas que c'est du mois de janvier 1895 que s'est ouverte la période des manœuvres odieuses que les ennemis de la Patrie n'ont cessé depuis de tramer contre l'armée, pour « tout chambarder » comme ils ont eu l'audace de dire.

 

1) Lors de la discussion de la loi concernant le recrutement des officiers et les écoles militaires, 1908, le général Kessler écrivit : « Le nouveau projet de loi déposé à Chambre sur le recrutement des officiers n'est qu'une suite du travail de démolition de l'armée française commencée depuis plusieurs années déjà, par voie législative, avec une VOLONTÉ et une MÉTHODE que la menace permanente du danger extérieur est impuissante à entraver.

 

Pages 611-612

 

Les forces morales de la France sont aussi amoindries que ses forces physiques. Inutile de parler de la guerre faite à la religion et à ses ministres. La magistrature, le ministre de la justice a dû reconnaître en mars 1910 qu'elle est « gangrenée », le parlement ne l'est pas moins, et tout est employé pour gangrener jusqu'aux moelles toutes les classes de la société.

Il n'y a à tout cela d'autre explication que celle donnée par M. de Marcère : « Tout l'effort de la désorganisation maçonnique se porte sur la France, pour la réalisation d'un plan immense où nous avons le rôle de sacrifiés.

« D'après ce plan, nous, Français, devons être les premières victimes. Après nous, viendra le tour des autres Puissances catholiques, puis celui des Puissances protestantes qui se seront partagé nos dépouilles. Alors pourra être entrepris le grand œuvre de la République universelle avec les instruments et par les moyens qui se présenteront à ce moment. »

 

 

CHAPITRE XLIII

 

POUR QUELLE RACE ET PAR QUELS PEUPLES ?

 

 

Pages 614-617, 618-620, 623-624, 627

 

Le Pouvoir occulte observe depuis des siècles. Il a ses hommes près de tous les souverains, dans les ministères de tous les gouvernements, dans la diplomatie et dans les armées des divers peuples. Par eux, depuis qu'est ouverte l'ère de la Révolution, il surveille, il suggère, il donne des impulsions auxquelles les Etats obéissent, celui-ci de gré, celui-là de force.

« Les gouvernements de ce siècle, dit lord Beaconsfield, qui était en situation de le savoir mieux que qui que ce soit, n'ont pas affaire seulement aux gouvernements, aux empereurs, rois ou ministres, mais encore aux sociétés secrètes dont il faut tenir compte. Au dernier moment, elles peuvent mettre à néant tous les arrangements, elles ont des agents partout, des agents sans scrupules, elles se servent même de l'assassinat (1), et peuvent, s'il le faut, amener un massacre » (2).

Par ces sociétés, les gouvernements qu'elles favorisent peuvent en tout cas susciter chez ceux de leurs voisins qui pourraient les troubler dans leurs opérations des difficultés, des troubles et même des révolutions.

Nous en avons eu un exemple tout récent, après bien d'autres antérieurs qu'il est inutile de. rappeler. En 1899, à l'époque de la guerre du Transvaal, le fils de M. Chamberlain, ministre des colonies d'Angleterre, écrivit à l'un de ses amis une lettre qui fut publiée par un journal suisse. Il y disait : « Pour ce qui est de la France, outre les assurances du gouvernement, nous sommes garantis de toutes représailles de Fachoda par les événements intérieurs qui vont s'y dérouler : si nous ne pouvons guère compter sur l'affaire Dreyfus ; qui est usée ; si le procès de la Haute-Cour ne semble pas créer une sensation suffisante pour absorber entièrement l'attention de la nation, nous savons que, dès la rentrée du Parlement de Paris, le gouvernement introduira, avec l'appui de la majorité, différents bills contre les catholiques, qui, par leur violence, pourront plonger la France dans un état de surexcitation extrême ; nous savons qu'on est décidé à l'éviction de plusieurs des plus importants des ordres de religieuses et que rien que cela suffira pour nous mettre à l'abri de ce côté-là ».

Quel jour ces paroles jettent sur la politique générale extérieure, et en particulier sur ce qui se passe chez nous, en cette France constamment troublée et divisée, agonisant presque sous l'effort des traîtres, qui, de l'intérieur, favorisent l'étranger !

Sans doute, le pouvoir occulte a à compter avec des vues et des volontés qui viennent contrarier les siennes. Mais les moyens dont il dispose lui permettent à la longue de tirer également profit de ce que ces volontés ont produit.

[…] Il semble que les conquêtes de Napoléon en exaltant la France, soient venues traverser ce plan. Mais, à quoi ont-elles abouti ? à rendre la Fille aînée de l'Eglise moins grande et plus faible qu'elle n'était, à raviner l'Europe, à abattre les frontières des petits Etats et à semer partout les idées révolutionnaires.

En même temps qu'il abaisse les nations catholiques au profit des nations protestantes par la diplomatie et la guerre, le Pouvoir occulte prépare, par la propagande des principes de 89, rétablissement en tous pays du gouvernement républicain et de la souveraineté du peuple (3). Lorsqu'elles jugent le moment venu, les sociétés secrètes soulèvent les passions, excitent les révoltes, font éclater les révolutions et proclament la République. Si longtemps que la franc-maçonnerie voit chez un peuple, le monarque se prêter à l'exécution de ses desseins, elle le soutient, elle augmente son pouvoir par une bureaucratie plus concentrée et une augmentation de puissance militaire. C'est ce qui se voit en Prusse et aussi en Italie. Il n'en sera point toujours ainsi Pour l'Italie, c'est certain : elle sera mise en république comme le seront l'Espagne et le Portugal. Pour la Russie, la voilà déjà livrée au parlementarisme.

[…] Aussi le Pouvoir occulte, c'est-à-dire le gouvernement secret qui dirige la race juive vers les destinées auxquelles elle se croit appelée depuis tant de siècles et qu'elle compte atteindre de nos jours, ce pouvoir suit, on n'en peut douter, d'un regard attentif tous les événements. Or, il semble actuellement porter son attention sur le développement de la puissance américaine et l'exaltation de ses ambitions (4). Il n'ignore point non plus ce qui se passe en Asie. Peut-être a-t-il aidé le petit peuple japonais à battre le colosse russe. Il favorise peut être l'alliance des Etats-Unis et du Japon. II sait combien de milliers d'hommes peut fournir la Chine et combien il sera facile dans quelques années de les jeter sur l'Europe armés des engins de guerre qu'elle nous aura empruntés.

De son alliance avec la franc-maçonnerie, l'Angleterre a tiré son hégémonie sur les mers, et par elle a conquis son empire, le plus grand qui soit, qui ait été ; de son côté, la maçonnerie internationale a mis au service du Pouvoir occulte la puissance de destruction que l'Angleterre tenait d'elle.

Cette entente et cette collaboration seront-elles éternelles ? A l'heure actuelle l'une et l'autre prennent leurs dispositions pour la prochaine conflagration. Mais cette conflagration, si elle fait les Etats-Unis d'Europe, ne créera point encore la république universelle ; et pour achever la réalisation de son rêve, le Pouvoir occulte médite, peut-être, de briser avec l'Angleterre et de traiter avec l'Amérique (5) ou avec la race jaune.

[…] Satan, la synagogue et la maçonnerie poursuivent leur dessein avec un succès qui, sans doute, paraîtra, à une certaine heure, se réaliser complètement. Le Souverain Maître de toutes choses, les attend à ce jour, pour réaliser ce que David a vu et entendu il y a trente siècles dans l'une de ses extases prophétiques : « Les nations s'agitent en tumulte, et les peuples méditent de vains projets. Les rois de la terre se soulèvent et les princes tiennent conseil contre le Seigneur et contre son Oint. « Brisons leurs liens, disent-ils, et jetons loin de nous leurs chaînes », Celui qui est assis dans les cieux rit et se moque d'eux.

« Le Seigneur m'a dit : « Tu es mon Fils, je t'ai engendré de toute éternité. Demande, et je te donnerai les nations pour héritage et pour domaine les extrémités de la terre (Psaumes, 2 : 1-8). »

 

1) Discours prononcé à Ayles-Bury, le 20 septembre 1876.

2) L'Univers a publié, dans son numéro du 10 août 1909, une conversation que l'un de ses rédacteurs, M. Edouard Bernaert, a eu avec un membre militant du parti nationaliste russe. Celui-ci lui rappela d'abord qu'un ministre russe venait de déclarer à la tribune que le chiffre officiel des nationalistes morts par le poignard et le revolver était de plusieurs milliers.

Puis il ajouta :

« Du 25 août 1908 au 15 octobre, plus de trente-cinq annonces de morts subites, dont il est facile à chacun de relever les noms, ont paru dans le « Novoie Vremia ». Sur ces trente-cinq annonces, vingt-cinq concernaient des personnages militants du parti monarchiste russe. Encore, la liste est-elle forcément incomplète. L'impression générale est que, dans toutes ces morts, la franc-maçonnerie et la puissance juive ont la main...

« Tous ceux que je vous ai nommés sont morts en moins d'un an de temps. Schwanebach, contrôleur d'Etat, membre du Conseil des ministres, un des adversaires de Witte et un des chefs de la droite du Conseil d'Etat, se sent tout à coup fatigué ; et, sur le conseil des médecins, s'en va à l'étranger. Il arrive à Marienbad. A peine y est-il arrivé qu'une fièvre étrange, dont les médecins du pays n'avaient jamais, avant ce jour, connu un cas, le terrasse, comme celle qui, à Resen, avait terrassé Kislowsky. En quelques jours, il meurt (septembre 1908). Quelques jours avant lui était mort, du même mal étrange, un autre adversaire de Witte, l'ex-contrôleur d'Etat Loblo.

« Un mois plus tard, en octobre 1908, c'est le tour, à Weimar, d'un autre traditionaliste, George de Bartienieff, vice-président de l'Association des hommes russes, homme énergique autant qu'instruit, et dont la santé, quelques mois à peine plus tôt, était citée comme un exemple. Au retour d'un voyage à Saint-Pétersbourg, il se rend à Weimar. Il y est pris d'un mal étrange. Un premier télégramme annonce aux siens que sa température baisse ; un deuxième annonce sa mort.

« A peu près dans le même temps mourait le prince Lobanoff-Rostowsky, membre de la droite du Conseil d'Etat. Mort subite, comme celle des autres ; fièvre maligne — et anonyme.

« Le cas typique s'est produit en 1907. La victime, cette fois-là, était le vice-président de l'Union du peuple russe de Moscou, M. Léon de Kislowsky. En janvier 1907, s'étant rendu de Moscou à Resen pour assister à une assemblée de nobles, il succombait, en quelques jours, aux attaques d'une fièvre étrange, dont les médecins du pays n'avaient jamais, avant ce jour, connu un cas. L'antipyrine qu'on lui donnait pour tout remède venait, notez ce point, d'une pharmacie juive...

« Personne, chez nous, ne s'y trompe : on se trouve en présence d'une suite de crimes politiques. Il n'y a pas jusqu'à l'analogie des circonstances des décès dont je vous parle qui n'accusent l'intervention d'une volonté toujours la même, employant à ses fins un moyen toujours i ntique. »

En France, à l'occasion de l'attentat sur M. Réa! Del Sarte, on a pu, du haut de la tribune parlementaire, rappeler nombre de morts mystérieuses et demander d'où elles provenaient.

3) N'est-il pas bien remarquable que dans les toasts échangés à Cowes, en août 1909, entre l'empereur de Russie et le roi d'Angleterre, celui-ci ait déterminé les conditions dans lesquelles Albion consentirait à prêter son concours à son ancienne ennemie ? Edouard VII a fait comprendre que la sympathie de l'Angleterre n'irait qu'à une Russie dotée d'une vraie Douma, c*est-à dire d'un régime représentatif, d'un régime reposant sur les principes de 89.

Un peu auparavant, tout à coup, sans que l'événement fût le moins attendu, la Turquie, elle-même, s'était métamorphosée en pays libéral, constitutionnel.

« J'ai posé, dit un rédacteur du Temps, à Refik bey une question sur le rôle que, selon certains, la franc-maçonnerie aurait joué dans ces événements. Voici ce qu'il a répondu :

« Il est vrai que nous avons eu l'appui moral de la franc-maçonnerie italienne. Il existe, à Salonique, plusieurs loges : la « Macedonîa risorta » (ia Macédoine ressuscitée), et la « Labor et Lux », qui dépendent du Grand Orient d'Italie ; la « Veritas », du Grand Orient de France, la « Perseveranza », du Grand Orient d*Espagne, et la « Philippos » du Grand Orient de Grèce. » celle-ci ayant un but exclusivement nationaliste. A vrai » dire, les deux premières, seules, nous ont vraiment servi. Elles ont été pour nous des refuges. Nous nous y réunissions comme maçons, car beaucoup d'entre nous font partie de la maçonnerie, mais en réalité pour nous organiser. De plus, nous avons pris une grande partie de nos adhérents dans ces logos qui, par le soin avec lequel elles faisaient leurs enquêtes, servaient ainsi de crible à notre Comité. »

4) M. Bargy, dans son livre : La Religion dans la société aux Etats-Unis, dit : « La République des Etats-Unis est, dans la pensée des Juifs d'Amérique, la Jérusalem future. »

5) M. Edouard Drumont faisait tout récemment ces observations :

« Ce dont il faut bien se pénétrer, c'est que les Etats-Unis d'aujourd'hui ne ressemblent plus du tout aux Etats-Unis d'il y a seulement vingt ans.

« II y a eu, surtout depuis la guerre avec l'Espagne, une transformation radicale des mœurs, des idées et des sentiments de ce pays. Les Etats-Unis étaient naguère une grande démocratie laborieuse et pacifique ; ils sont devenus peu à peu une démocratie militaire, orgueilleuse de sa force, avide d'agrandissements et de conquêtes ; il n'y a peut-être pas dans le monde entier d'impérialisme plus ambitieux, plus résolu et plus tenace que l'impérialisme américain. Chez ce peuple, qui eût haussé les épaules autrefois si on lui eût parlé de la possibilité d'une guerre avec une puissance quelconque, il n'est question actuellement que de dissentiments, de conflits et d'aventures.

« On sait les progrès énormes qu'a faits en ces dernières années la marine américaine. Quant au budget militaire des Etats-Unis, il dépasse aujourd'hui quinze cents millions. C'est un chiffre singulièrement significatif dans un pays qui, il y a si peu de temps encore, ne voulait pas entendre parler d'avoir une armée.

« Remarquez également combien l'action diplomatique des Etats-Unis est différente de ce qu'elle était jadis. Au lieu de se borner à maintenir l'intangibilité de la doctrine de Monroë, la grande République a la prétention maintenant de jouer partout son rôle de puissance mondiale. Elle ne veut pas que nous intervenions dans les affaires américaines, mais elle intervient à chaque instant et à tout propos dans nos affaires d'Europe. On n'a pas oublié le mauvais goût et le sans-gêne avec lesquels Roosevelt, il y a deux ou trois ans, voulut s'immiscer dans les affaires intérieures de la Roumanie, à propos des Juifs. Il est vrai que les Etats-Unis sont en voie de devenir une puissance juive, puisque dans une seule ville, comme New-York, il y a près d'un million d'Hébreux ! Ajoutez à cela la fermentation continue de toutes ces races juxtaposées, mais non fusionnées, qui bouillonnent perpétuellement sur ce vaste territoire, comme en une immense cuve : la question chinoise, la question japonaise, la question nègre, presque aussi aiguë aujourd'hui qu'elle l'était à la veille de la guerre de sécession. Tout cela fait ressembler la République américaine à un volcan gigantesque qui lance déjà des jets de fumée et des bouffées de lave, en attendant l'éruption qui ne peut manquer d'éclater tôt ou tard... »

 

 

LE TEMPLE

 

II. – NEF RELIGIEUSE

 

CHAPITRE XLIII

 

TRANSFORMATION DU JUDAïSME

 

Pages 629-641

 

Faire de tous les Etats de l'ancien et du nouveau monde les départements d'une seule et même république, assujettir tous les peuples au gouvernement d'une Convention unique n'est qu'un côté du plan que s'est tracé le Pouvoir occulte qui dirige la secte judéo-maçonnique et par elle le mouvement révolutionnaire.

Le plan entier a été exposé en 1861, dans les Archives Israélites avec un stylet qui en grave tous les caractères dans l'esprit (1). « Tel Jésus s'est substitué d'autorité aux dieux établis et a trouvé sa plus haute manifestation dans le sein de Rome ; tel un Messianisme des nouveaux jours doit éclore et se développer ; telle une Jérusalem de nouvel ordre, saintement assise entre l'Orient et l'Occident doit se substituer à la double cité des Césars et des Papes. » La Jérusalem, qui doit se substituer à la cité des Césars, c'est, nous l'avons vu dans les chapitres précédents, la république universelle. La Jérusalem de nouvel ordre qui doit se substituer à la cité des Papes, c'est le messianisme des nouveaux jours que nous avons maintenant à étudier. Telles sont des deux nefs du Temple que le Pouvoir occulte construit par l'action combinée des Juifs et des maçons avec le concours des protestants qui ne voient point que leur haine de Rome les pousse à leur propre ruine. Internationalistes, démocrates et modernistes travaillent plus ou moins consciemment à la même œuvre.

Dans la construction de la nef religieuse du Temple, le rôle des Juifs devient plus apparent que dans la construction de la nef politique.

Les paroles ci-dessus rapportées furent prononcées dans l'une des premières assemblées de l’Alliance israélite universelle par son fondateur, M. Crémieux :

« Sous ce nom grotesque, dit M. Edouard Drumont, il y eut un Nazi juif, un prince de la Juiverie qui exerça l'influence la plus profonde sur l'évolution du peuple prédestiné, et mena de front, comme un premier ministre, la politique intérieure et la politique extérieure. » Souverain grand-maître du rite écossais, Président de l’Alliance israélite universelle, Chef important de la démocratie française, Crémieux incarna la révolution maçonnique en ce qu'elle eut de plus complet. Il prépara et annonça hautement, dans les dernières années de sa vie, le règne messianique, l'époque attendue depuis si longtemps où toutes les nations seront soumises à Israël. Avant de mourir, Crémieux indiqua l’inscription qu'il voulait voir figurer sur son tombeau : À ISAAC ADOLPHE CRÉMIEUX - PRÉSIDENT DE L’ALLIANCE ISRAÉLITE UNIVERSELLE.

Ce fut son œuvre, en effet, la grande œuvre qu'il glorifiait en ces termes : « L'institution la plus belle et la plus féconde qui ait été fondée dans les temps modernes. »

Telle qu'elle est constituée actuellement, car elle a dû être précédée d'essais et d'expériences (2) — l’Alliance israélite universelle ne date que du mois de juillet 1860. Elle est ouverte au genre humain tout entier, sous la haute direction d'Israël, son programme est « l'anéantissement de l'erreur et du fanatisme et l'union de la société humaine dans une fraternité solide et fidèle. » Sa, première assemblée générale eut lieu le 30 mai 1861. Elle est gouvernée par un comité central qui réside à Paris. Il se composait d'abord de 40 membres, il en compte maintenant 60, afin de donner une plus nombreuse représentation aux Juifs des contrées éloignées. A l’Alliance se rattachent d'innombrables sociétés juives répandues dans le monde entier. De plus, elle agit plus ou moins directement sur cette multitude de chrétiens et même de catholiques qui, nous l'avons vu, propagent les idées qu'elle a intérêt de répandre et travaillent à la construction du Temple par l'empire que ces idées exercent sur eux et sur ceux qui les écoutent. C'est elle qui dispose, par l'argent, de toute la grande presse européenne, sauf de rares exceptions. Elle eut, avant la guerre, le 3 février 1870, une assemblée, dont Edouard Drumont a cru pouvoir dire : « Cette réunion eut l'importance historique du fameux convent de Willemsbad où furent résolues la mort de Louis XVI et celle du roi de Suède. C'est là qu'on décida l'écrasement de la France. »

« Les romans publiés sur la Compagnie de Jésus, donnent un peu l'idée de ce qu’est en réalité l’Alliance israélite universelle. — C'est encore Drumont qui parle. — Ce qui n'est pas vrai pour les Jésuites, l'est pour elle. » Les Juifs eux-mêmes ont fait ce rapprochement. L'un des orateurs de l'Assemblée générale du 3 février 1870 y a dit : « En assistant hier à votre séance, j'ai pensé au Juif errant d'Eugène Sue, à cette scène où Rodin dépouillant sa correspondance trouve des lettres des quatre coins du monde. La comparaison entre ces deux sociétés est juste, quant à l'extension et à l'étendue de ses rapports avec le monde, mais elle s'arrête là. Ah ! quelle différence entre ces deux œuvres : l'une a des ressorts pour opprimer, l'autre pour affranchir ; l'une s'étend pour étouffer la liberté, l'autre pour la donner ; l'une veut éteindre les lumières, l'autre les rallumer ; l'une répand le froid et la mort, l'autre la chaleur et la vie. » (Bravos). L'Alliance se donne le beau rôle comme le fait toujours la franc-maçonnerie et dans les mêmes termes. L'histoire du temps présent et du temps passé est là pour dire que ce n'est point à elle qu'il appartient.

L'Alliance israélite traite d'égal à égal avec les Puissances. Elle leur envoie des notes, des protestations des ultimatum que les souverains reçoivent avec humble docilité (3). la France juive en fournit les preuves et Crémieux s'en est vanté dans les assemblées qu'il présidait. Que veut-elle ? que poursuit-elle ? Le « Messianisme des nouveaux jours, la Jérusalem de nouvel ordre, dont l'empire doit s'étendre au monde entier, de l'Orient à l'Occident, sur les ruines de la cité des Césars et de la cité des Papes, c'est-à-dire, de tout l'ordre politique et de tout l'ordre religieux.

Que faut-il entendre par ce Messianisme des nouveaux jours ?

Les Archives israélites et l'Univers israélite nous l'expliquent : c'est une transformation du judaïsme qui en fera la religion de tous les peuples gouvernés par une seule et même Convention.

Pour qui observe, l'heure où nous sommes présente le plus soudain et le plus inattendu des spectacles : celui de la marche du juif.

Depuis la dispersion, depuis dix-neuf siècles, le Juif au point de vue religieux était immobile, et voici que tout s'ébranle, tout s'éloigne de la source talmudique où le Juif puisait sa foi devenue immuable. « Aujourd'hui, dit le juif Bernard Lazare, les Juifs d'Europe « ont oublié le sens des antiques cérémonies ; ils ont transformé le judaïsme rabbinique en un rationalisme religieux : ils ont délaissé les observances familières, et l'exercice de la religion se réduit pour eux à passer quelques heures par an, dans une synagogue, en écoutant des hymnes qu'ils n'entendent plus. Ils ne peuvent pas se rattacher à un dogme, à un symbole : ils n'en ont pas, en abandonnant les pratiques talmudiques, ils ont abandonné ce qui faisait leur unité, ce qui contribuait à former leur esprit. Cette marche, il est vrai, est à peine sensible dans les régions de l'Orient ; elle est d'une rapidité prodigieuse en certaines contrées occidentales. » Il faut voir en cela, dit M. Gougenot des Mousseaux, « le signe éclatant d'une époque nouvelle et le présage d'événements grandioses. »

« Voici, nous disent les hommes du progrès judaïque, que les effluves de la liberté chassent devant eux les nuages de l'immobile orthodoxie et le Talmud qui, depuis son apparition avait joui d'une autorité incontestée, se voit dédaigné et repoussé. Non seulement « l'antique code de Moïse et le Talmud ne sont plus du goût de la majorité, mais les simulacres mêmes de l'orthodoxie offusquant des myriades d'Israélites. » C'est un journal allemand et protestant La Croix, qui fait cette constatation.

Un fait entre plusieurs rapportés par M. Gougenot des Mousseaux, montre jusqu'où va chez les juifs libéraux, le mépris de l'orthodoxie. Un journaliste belge, juif et libre-penseur, Bérard, fut surpris au théâtre par le choléra qui l'expédia hors de ce monde. Ses coreligionnaires de la libre-pensée le portèrent au cimetière israélite, et là, le grand rabbin de Belgique, Aristide Astruc, déposa sur sa tombe « un juste tribu de regrets et d'estime pour cet amant passionné de la liberté religieuse. » Le Moniteur des solidaires traita de méprise ou d'inconséquence cette intervention du grand rabbin à l'enterrement d'un libre penseur. M. le rabbin lui répliqua : « Bérard était maître de la libre-pensée, nous le savions. Le judaïsme n'exclut personne de ses temples pendant la vie, ni de ses cimetières après la mort... Bérard a pu devenir libre-penseur en restant israélite. »

« On nous juge toujours au dehors, disent les Archives israélites (4), avec les habitudes d'Eglise établie et officielle dont le christianisme nous offre le modèle. Nous sommes, au contraire, le type le plus absolu de démocratie religieuse, et chacun de nous

est le juge suprême de la foi. »

La, réforme ne porte point seulement sur le dogme : les progressistes veulent la disparition prohibitive du sabbat, etc. etc. L’Univers israélite va même jusqu'à dire : « Qui sait ? Peut-être vont-ils jusqu'à se flatter in petto, que la circoncision, ce cachet divin que nous portons sur notre chair, selon la poétique expression du Talmud, sera rayée par un trait de plume (5). » En même temps, une autre feuille juive, la Neuzeit, attaque avec violence dans l'antique capitale de l'empire allemand, à Vienne, « la vie israélite tout entière, le Talmud, le Schoulchan Arouch, les traditions, les cérémonies religieuses du foyer domestique. »

« Nous voulons marcher, s'écrient les voix tumultueuses des réformistes. Nous ne saurions être pour un statu quo béat et inintelligent dont il existe encore des coryphées ! L'immobilité n'est, en ce moment surtout, le droit ni l'avantage de personne. Unir le passé au présent de manière à préparer l’avenir par d'utiles améliorations faites à propos, c'est le secret de la durée pour nos croyances. Depuis un demi-siècle, on a, malgré les cris et les protestations de ce qui s'intitule l'orthodoxie, réalité nombre de changements avantageux taxés à l'origine de subversifs et d'impies, et l'on n'est pas au bout de cette féconde transformation » (6). « Une religion n'est à nos yeux ni une morale inflexible, ni une matière inerte qui se prête à d'incessantes expériences ; c'est un être vivant, perfectible, ayant, dans le passé des racines qu'il ne faut pas couper et se renouvelant avec une lenteur nécessaire » (7).

Ces pensées sont-elles celles de tous les Juifs de nos jours ? Non ; nous l'avons dit, les Juifs des contrées orientales sont encore à peu près ce qu'ils étaient il y a des siècles. Mais eux aussi sont travaillés. Voici un fait qui montre bien les influences que l’'Alliance israélite sait employer pour amener, même dans ces pays, la transformation du judaïsme et préparer l'avenir du genre humain, tel qu'elle le conçoit, le veut et l'espère.

Le 10 mars 1908, M. Brice, ministre de France à Addu-Abbeba, écrivit à M. Pichon, ministre des Affaires étrangères, que le 6 du même mois, M. Roux, consul de France, avait présenté sur son ordre, à Ménélick, MM. Nahoum et Eherlm. Rendant compte de cette entrevue avec l'empereur, M. Nahoum dit : « Je suis arrivé à parler de la renaissance d'Israël et de la floraison de l'Ethiopie dans les temps modernes. Les Israélites continuent de marcher vers le progrès, grâce à leur organisme vivant qui est l’Alliance, qui, en travaillant dans ce but, travaille aussi pour l'humanité en général. »

On voit ici le gouvernement de la France charger ses représentants d'introduire auprès de l'empereur d'Ethiopie les délégués de l’Alliance israélite universelle, afin que ceux-ci puissent l'entretenir de cet « organisme vivant » qui fait marcher Israël, et, en général, l'humanité, vers le progrès.

En Occident, s'il y a des Juifs réformistes, il y a aussi les Juifs orthodoxes ; mais les premiers sont de beaucoup les plus nombreux et les seconds fléchissent, leur orthodoxie n'est plus, que l'ombre de celle de leurs frères d'Orient ou de celle de tous les juifs d'autrefois. M. Gougenot des Mousseaux. en donne des preuves nombreuses et frappantes (8).

Cependant, remarquons-le de nouveau, il ne faut pas croire que le juif, parce qu'il renie les croyances de ses pères, n'est plus un juif. Tout en se libérant de sa foi, le juif conserve et maintient avec un soin jaloux sa nationalité. Les réformistes, aussi bien que les orthodoxes, à quelque échelon qu'ils se soient arrêtés, brûlent également du zèle de tenir haut et ferme l'étendard national du judaïsme ; pas plus ceux-là que ceux-ci n'abandonnent l’idée et l'espoir de soumettre le genre humain tout entier à leur joug. « Vos observances surannées, disent les réformistes aux orthodoxes, empêchent le judaïsme de se faire accepter et nous font ainsi manquer un prosélytisme que nous devons exercer, » en vue de cette domination (9).

En 1886, la place de Grand rabbin de France devint vacante. Deux concurrents se présentèrent : Salomon Klein, grand rabbin de Colmar, orthodoxe, et Isidore, grand rabbin de Paris, progressiste. Les Archives Israélites se prononcèrent pour celui-ci, pour cette raison : « Toute candidature qui nous ramènerait à l'ancien système d'étroite casuistique, et qui prétendrait immobiliser les errements talmudiques FERAIT OBSTACLE A L'AVENIR DU JUDAISME, et doit être écartée » (10). L'avenir du judaïsme, voilà bien ce qui reste plus vivant que jamais au cœur de toute la race d'Israël, ce que tous veulent assurer. Les progressistes prétendent avoir pris pour l'atteindre la voie la plus sûre, et ceux qu'ils persuadent de se mettre à leur suite se comptent par myriades de plus en plus nombreuses. Ce qu'ils veulent, ce n'est point seulement une transformation du judaïsme, son appropriation aux besoins du temps; ils ont l'ambition d'être aussi, au sein de l'humanité, un ferment.

Le rationaliste Klubert nous le dit dans son livre : Du Droit de la Confédération germanique : « En face du judaïsme rabbinique ou du talmudisme, s'élève un judaïsme réformé non rabbinique, préparé par Moïse Mendelson. Ce judaïsme se transformera, selon toute vraisemblance, en un pur déisme ou une religion naturelle, dont les représentants, n'auront pas besoin d'appartenir à la race judaïque » (11). Et à quoi tend ce prosélytisme ? « Chacun, suivant sa conscience, conservera les pratiques du culte rendu au Dieu unique et immatériel, ou les réformera d'après les principes d'un israélitisme libéral et humanitaire. Grâce à l'ampleur de cette liberté pratique, le progrès jaillira et la religion universelle ressortira sans qu'aucune conscience ait été autrement troublée. » (12).

Dans ces phrases, on peut voir l'ébauche du plan de la Jérusalem de nouvel ordre, de l'israélisme humanitaire, que l’Alliance israélite universelle s'efforce de promouvoir, de la religion de l'avenir, qui, dans leur pensée doit être le vrai catholicisme, la vraie religion universelle.

Israël se transforme donc, et il dit le faire dans un but de prosélytisme : « Nos observances surannées empêchent le judaïsme de se faire accepter et nous fait ainsi manquer un prosélytisme que nous devons exercer. »

Depuis de longs siècles, Israël avait cessé de faire du prosélytisme. Il s'y remet, et avec une telle passion, un tel désir de réussir, que pour amener les autres à lui, il commence par se débarrasser lui-même de tout ce qui le différencie.

Convaincu qu'en matière religieuse l'esprit est tout et la forme peu de chose, le juif Hippolyte Rodrigue, cité par les Archives Israélites (13) s'adresse successivement aux trois filles de la Bible : au judaïsme, au christianisme et à l'islamisme. Il les exhorte et les conjure de mettre de côté les formes extérieures du culte qui les séparent, mystères, sacrements, etc., et de s'unir sur le terrain qui leur est commun, de l'unité de Dieu, et de la fraternité universelle.

« Que partout des temples s'élèvent, recevant dans leur enceinte, tous les hommes sans distinction d'origine religieuse ! Que tous les cœurs remplis des mêmes sentiments d'amour, s'épanchent devant le même Dieu, père de tous les êtres. Que tous soient nourris des mêmes principes de vertu, de morale et de religion, et les haines des sectes disparaîtront, et l'harmonie régnera sur la terre, et les temps messianiques, prédits par les prophètes, seront réalisés.»

L'Alliance israélite universelle a été créée en vue de cette réalisation, et, dès ses premiers jours, elle se félicitait du succès. « L’Alliance israélite universelle commence à peine, et déjà son influence salutaire se fait sentir au loin [cf. le pseudo Concile Vatican II]. Elle ne s'arrête pas à notre culte seul, elle s'adresse à tous les cultes. Elle veut pénétrer dans toutes les religions comme elle pénètre dans toutes les contrées… La religion juive est la mère des religions qui répandent la civilisation. Ainsi, à mesure que la philosophie émancipe l'esprit humain, les aversions religieuses contre le peuple juif s'effacent... [de Jean XXIII à Benoît XVI] Eh bien ! messieurs, continuons notre mission glorieuse ; que les hommes éclairés, sans distinction de culte, s'unissent dans cette Association israélite universelle, dont le but est si noble, si sagement civilisateur... Faire tomber les barrières qui séparent ce qui doit se réunir un jour: voilà, Messieurs, la belle, la grande mission de notre Alliance israélite universelle. Marchons fermes et résolus dans la voie qui nous est tracée. J'appelle à notre association nos frères de tous les cultes ; qu'ils viennent à nous, avec quel empressement nous irons vers eux ! Le moment est venu de fonder sur une base indestructible une immortelle association » (14).

« Et comme les temps sont enfin venus où les faits s'empressent de répondre aux paroles, le plus vaste, le plus merveilleux des temples, un temple dont les pierres sont vivantes et douées de pensée, s'élève pour recevoir dans son élastique enceinte, sous la bannière à jamais sacrée de la raison et de la philosophie, tout ce que le genre humain renferme dans son sein de généreux, d'hostile au mystère et à l'ignorance, de vrais fils de la lumière et de la liberté. Ce temple abritera dans son enceinte la religion juive, qui survit à tout et que rien n'ébranle ; religion élargie et digne de l'humanité tout entière » (15).

M. Gougenot des Mousseaux a ainsi résumé une page de l’Univers israélite (V. p. 223, 1869). « Il ne reste plus guère aux enfants du progrès qu'à pousser du pied une religion vermoulue (le catholicisme) et le jour de sa chute se fait pressentir. » Et voici la raison qu'il en donne : « Inaugurée par la savante et spéculative Allemagne, la rénovation des études théologiques s'acclimate en France, qui, grâce à son esprit généralisateur et expansif, peut être appelée, à faire pour la synthèse religieuse ce qu'elle fit un jour pour la reconstitution civile et politique du monde. Et tout Israélite doit éprouver le désir de coopérer à cette œuvre où sont engagés ses intérêts les plus sacrés (16).

Dans la pensée d'Israël il faut donc que, refondue, comme le furent par la Révolution le droit et l'histoire, la théologie romaine s'accorde avec la philosophie judaïque. Il faut que d'un bout à l'autre de la terre, une croyance hostile au surnaturel, c'est-à-dire vraiment antichrétienne, et digne des clartés de la science moderne lie et cimente les uns aux autres les membres de la grande famille humaine. Homme ou idée, le Messie que le juif attend, arrive, son jour est proche.

Telle est l'ambition, telle est l'espérance d'Israël. Nous ne disons point du juif d'aujourd'hui, car il a toujours eu la prétention de dominer le genre humain tout entier ; mais aujourd'hui il précise ses moyens et se croit à la veille d'aboutir.

 

1) Archives israélites, XXV, pp. 600, 651.

2) Dès l'année 1831, il s'est formé, en Allemagne,- une association de Juifs et de chrétiens, dont le but, comme celui de l’Alliance est de fonder la civilisation religieuse, morale et sociale des Israélites.

3) « Tout à l'heure, Israël dispersé depuis dix-huit siècles sur la surface du globe, n'avait plus de centre, plus de représentants, plus de défenseurs des intérêts communs ; maintenant tout est changé. Une société florissante (l'Alliance I.U.) et qui trouve accès auprès des trônes LES PLUS PUISSANTS, est là toujours prête à revendiquer ses droits, à combattre ces hommes qui sont tout à Ia fois les ennemis de notre race et ceux de la lumière et de la liberté » (Archives israélites, XIV, p. 655, 1867.)

4) Archives israélites, XV, p. 677, année 1867.

5) Univers israélite, VIII, pp. 358-359, année 1868.

6) Archives israélites, XIX, p. 835, 1866.

7) Archives Israélites, XX, p. 879, année 1866. Qui ne serait frappé de la ressemblance de ce langage avec celui des catholiques modernistes condamnés par Pie X ! Nous verrons plus loin qu'il n'y a dans ces deux régions judaïque et catholique qu'un seul et même mouvement d'idées.

8) Les juifs le judaïsme et la judaïsatlon des peuples chrétiens.

9) Archives israélites, X, p. 448, année 1867.

10) Archives israélites, p. 533. Année 1868, XII.

11) Kluber, 4e édition, § 516, note 4.

12) Archives israélites, III, pp. 118-119, année 1868.

13) Archives israélites,  XIV, pp. 628-629, 1866.

14) Discours de Crémieux à l’Alliance israélite universelle.

15) Archives israélites, XXIV, p. 1074, 1866.

16) Le Juif, le Judaïsme et la judaïsation des peuples chrétiens, p. 323.

 

 

 

III. — LES MAÎTRES DE L'ŒUVRE.

 

CHAPITRE XLVII

 

I - LES JUIFS, LEUR ACTION DANS

 

LA CHRÉTIENTÉ.

 

Pages 675-688

 

En toute construction, les maçons sont guidés dans leurs travaux par des contremaîtres, des directeurs, et ces directeurs veillent à la bonne exécution des plans dressés par l'architecte.

Il n'en va pas autrement dans l'édification du Temple de Salomon. Là aussi, il n'y a point que des ouvriers, mais, au-dessus d'eux, des maîtres de l'œuvre et un architecte. Déjà bien souvent nous avons surpris l'intervention des juifs dans l'œuvre maçonnique. Ce sont eux qui ont conçu l'idée d'une république universelle et d'une religion humanitaire pour asseoir leur domination sur tout le genre humain. Depuis cinq siècles, ils enrôlent, ils organisent en des sociétés secrètes superposées les unes aux autres, les ouvriers adonnés aux destructions et aux constructions nécessaires à cette double œuvre ; et ils ont pris sur eux (assez d'ascendant et assez de pouvoir pour les maintenir à leur besogne malgré les difficultés et les traverses, ou les y ramener et arriver aux résultats que nous avons pu constater dans les pages qui précèdent.

Le moment est donc venu de porter notre attention sur ce qui, en ce moment, préoccupe le plus les esprits éclairés qui cherchent à se rendre compte de l'état actuel de la France, de l'Eglise et du monde : la question juive. Depuis un demi-siècle, son importance croît de jour en jour. Elle est étudiée par les théologiens et les philosophes, les historiens et les hommes politiques, les économistes et tout le public. Depuis surtout que M. Edouard Drumont a attiré l'attention de ce côté que de travaux sont venus démontrer la gravité croissante du problème, juif !

Nous ne pouvons le traiter ici dans toute son ampleur, mais tout ce qui précède appelle des éclaircissements que nous ne pouvons refuser a nos lecteurs.

Nous avons vu la conjuration antichrétienne manifester sa présence dans les deux mondes, employer partout la même tactique, frapper aux mêmes points, souvent en même temps. Mgr Martin, évêque aux Etats-Unis, conclut de là à l'existence d'une direction centrale, d'un but arrêté vers lequel tout tend, d'un plan d'ensemble pour l'atteindre et d'une forte organisation qui l'exécute. Nous avons vu cette organisation dans sa structure et son fonctionnement au cours de plusieurs siècles. Mais qui a construit la machine ? et qui la fait fonctionner ? Le nombre de ceux qui nomment le juif s'accroît de jour en jour. Se trompent-ils ?

En remontant aux origines de la conjuration antichrétienne en France, nous avons trouvé d'abord Voltaire, les encyclopédistes et les francs-maçons exportés par lui de l'Angleterre chez nous. Nous avons constaté qu'en même temps s'introduisaient chez nous des idées en contradiction avec celles que l’éducation familiale, politique et religieuse y entretenaient depuis des siècles. De chez nous, ces idées se sont répandues chez les autres nations, qui avaient une même civilisation, et cela avec une rapidité merveilleuse. Comment expliquer sans un agent de propagande, répandu partout, cette invasion à laquelle s'opposaient la culture française, la mentalité européenne, la vigilance des pouvoirs spirituels et la difficulté des t communications ? La supposition de l'intervention des juifs donne une réponse. Ils avaient intérêt à se faire les agents de transmission des idées maçonniques, puisqu'elles enseignaient l'égalité des races et que la leur était partout repoussée comme ennemie, seuls, eux seuls dans le monde avaient cet intérêt. De plus, ils avaient la possibilité d'être efficacement ces agents parce qu'ils avaient des communautés partout, que depuis longtemps ils avaient l'habitude d'organiser des groupements secrets et qu'ils en connaissaient le maniement et la force.

Plus tard, nous avons vu des juifs, membres de la Haute-Vente, entretenir des relations avec leurs coreligionnaires de tous les pays. Nous avons rencontré d'autres juifs dans toutes les révolutions opérées par les sociétés secrètes. Nous avons vu que les fondateurs, les propagateurs et les zélateurs de toutes les associations à caractère universel, fondées pour saper le christianisme et renverser les barrières dogmatiques et morales qui le séparent des fausses religions, l’Alliance religieuse universelle, la Ligue universelle de renseignement, etc., les Unions chrétiennes de jeunes gens, à laquelle on peut bien joindre le Sillon, etc., et au-dessus d'elles toutes, l’Alliance israélite universelle, ont été et sont de race israélite. Ce sont des juifs allemands qui sont à la tête du mouvement socialiste. Jules Simon qui avait du sang juif dans les veines est l'un des fondateurs de l’Internationale. L'un des créateurs du Nihilisme russe est un juif Hertzen, et c'est un juif allemand Deutz qui lui a donné la première impulsion. Le pope Gapone est d'origine juive, et l'on sait quelle grande part les juifs ont prise dans les tentatives de révolution faites en Russie à la faveur de la guerre contre le Japon. La main du juif a également été signalée dans la révolution qui a suivi et qui a introduit le parlementarisme dans le pays de l'autocratie.

Il y a quarante ans, en 1870, M. de Camille écrivit de Bologne au journal Le Monde (2 avril 1870) : « J'accomplis en ce moment une tournée en Italie, que j’ai visitée il y a quinze ans, et je viens d'y rencontrer une de mes anciennes connaissances. Cet homme, je le savais, dans le temps, mêlé activement aux affaires de l'ordre maçonnique et occupant une place élevée dans une loge de la Haute-Italie. J'ai demandé à cet homme où il en était avec son ordre maçonnique, et voici sa réponse : ῍ J'ai quitté ma loge et l'ordre définitivement, parce que j'ai acquis la conviction que nous n'étions que l'instrument des juifs qui nous poussaient à la destruction totale du christianisme. C'est à cela que la foule des adeptes, qui n'y voit pas grand chose, est menée par les juifs qui dirigent tout ῍. »

Le Monde faisait suivre cette lettre dont on n'a ici qu'un très court extrait de cette conclusion : « Ce témoignage, joint à tant d'autres, autorise donc à penser que la grande conspiration antichrétienne, qui nous enveloppe, est conduite par les anciens ennemis du Christ, et par les descendants de ceux qui l'ont mis à mort. »

La nation juive est d'ailleurs la seule à se trouver dans les conditions nécessaires pour remplir un tel office. Sa dispersion depuis dix-neuf siècles sur toute la surface de la terre, la situation qui lui fut faite chez tous les peuples, l’amenèrent à chercher les moyens de maintenir sa nationalité, sa foi, ses espérances et de pourvoir à ses intérêts (1).

Pour cela, elle dut se constituer en une société bien disciplinée, gouvernée par des chefs religieusement obéis et protégée par la loi du secret la plus rigoureuse.

Grâce à cette organisation, les juifs durant ces dix-neuf siècles, eurent toujours entre eux, d'un bout du monde à l'autre, des rapports très actifs. L'étendue presque universelle de leur commerce, l'habilité et la discrétion de leurs agents procuraient aux chefs de la nation des moyens sûrs et nombreux de donner des mots d'ordre, de les faire parvenir sans difficulté dans les pays les plus éloignés, et par là d'obtenir une action commune et persévérante en vue du résultat à obtenir (2).

Réduite à elle-même et sans alliance avec la juiverie, jamais la franc-maçonnerie n'eût pu accomplir ce que nous lui avons vu faire.

Ici revient l'observation faite pour le XVIIIe siècle. Les idées, les intérêts, les convoitises des divers peuples qui habitent les deux hémisphères ne sont point identiques. Ces peuples sont gouvernés par des autorités, des dynasties qui n'ont ni les mêmes tendances, ni les mêmes ambitions. Si la franc-maçonnerie n'était composée que d'individus appartenant à ces divers pays, chacun aurait eu les pensées de son milieu : l'unité de vues, la correspondance des efforts vers un but opposé aux traditions de la nationalité propre et à la foi de la religion nationale ne seraient pas possible. Il faut donc que les Francs-Maçons reçoivent leurs inspirations du dehors et crue les impulsions viennent d'une religion et d'une nationalité ennemies.

Tout s'explique si les cadres de la franc-maçonnerie sont fournis par la juiverie. Les individus formant ces cadres reçoivent les suggestions du Pouvoir occulte de leur race, les transmettent, et après que les suggestions ont préparé les esprits à la docilité, viennent les directions.

Un indice bien frappant de cette subordination de la franc-maçonnerie à la juiverie, se trouve dans le symbolisme commun à l'une et à l'autre, symbolisme adopté dans les pays catholiques, comme dans les contrées protestantes, chez les infidèles, comme chez les chrétiens. Ce qui ne donne pas moins à réfléchir, c'est le genre d'œuvres accomplies par la franc-maçonnerie. Tout en elle est coordonné à ce double but, l'abaissement des frontières et l'abolition du dogme. On ne voit pas pourquoi et comment l'idée de ces deux destructions serait venue dans l'esprit des Français et des chrétiens, si elles n'étaient suggérées d'ailleurs. Mais plus rien n'étonne, si on la suppose suggérée par les juifs. Elle est alors le fruit naturel des deux grandes passions d'Israël, depuis la dispersion : la haine du Christ et de son œuvre et l'ambition d'asservir le genre humain.

Dès les premiers jours du christianisme, les juifs ne laissèrent point ignorer que la haine qu'ils avaient conçue contre Notre-Seigneur Jésus-Christ et qui les avait portés à cet excès de le crucifier, persévérerait dans leurs cœurs.

Ils firent mourir ses disciples Etienne, Jacques le Majeur et Jacques le Mineur, Mathias, coupables uniquement de prêcher la doctrine du Sauveur et de la confirmer par des miracles. Ils s'opposèrent avec rage à la propagation de l'Evangile, tantôt fouettant les Apôtres (Act. V, 40), tantôt excitant Saûl contre les disciples (Act. VIII, 3) ; puis, après la conversion de celui-ci, ils le persécutèrent par leurs calomnies et leurs blasphèmes (Act. XIII, 45), par des séditions soulevées contre lui (Act. XIII, 50 et XVII, 5) à ce point que les païens eux-mêmes, tel Gallion, proconsul d'Achaïe, durent soit l'arracher à leurs barbares violences (Act. XVIII, 12 et XX, 31), soit mettre à néant leurs accusations mensongères et criminelles (Act. XXIV, 9, 10). L'an 65, à Jérusalem, ils le traînèrent hors de la ville pour le tuer. Lysias le délivra, il dut cependant leur accorder cette satisfaction de l'enchaîner, et même s'il en avait eu le pouvoir de le battre de verges (Act. XXIV, 7).

Les juifs furent cause des premières persécutions des païens contre les chrétiens. « Les synagogues sont les sources d'où découle la persécution a écrit Tertullien. Et de nos jours, un protestant, M. Jean Réville, affirme la même chose en ces termes : « Les (premiers) chrétiens, issus du Judaïsme, n'avaient pas de pires ennemis que les Juifs » (3).

Dès l'an 44, Agrippa mit sa puissance à leur service. Néron était entouré d'esclaves juifs, Poppée était à demi-juive. L'historien des Persécutions, M. Paul Allard, se range au sentiment de saint Clément qui attribue à leur jalousie, la première persécution.

Lorsque l'empereur Sévère, publia l'édit par lequel il interdisait la propagande juive et chrétienne, cet édit fut si peu observé à l'égard des juifs et si cruellement obéi contre les disciples du Christ que l'on vit des chrétiens trop lâches pour braver les supplices et trop attachés cependant au culte du Dieu unique pour brûler de l'encens devant les idoles, se réfugier au sein du judaïsme.

Sous la persécution de Dèce, les juifs, dit M. Paul Allard (4) assistent avec une curiosité ardente, avec une joie haineuse, à l'épreuve imposé a aux chrétiens. On entendait partout leurs voix, s'élevant avec l'accent du triomphe. Ils se plaisaient, comme le leur reprocha un martyr (5) à piétiner lâchement sur des ennemis tombés. Comme au temps de Polycarpe, ce fut alors la colonie juive qui se montra l'ennemie la plus acharnée des chrétiens. Le peuple païen regardait curieusement, mais les juifs prenaient part, jouaient un rôle actif.

Julien l'apostat, reconnut vite, chez les juifs, ses meilleurs alliés dans la guerre sourde, incessante, qu'il fit aux chrétiens : « Leurs inimitiés séculaires, dit saint Grégoire de Nazianze, les désignaient pour auxiliaires à celui-ci » (6) ; et ceux-ci se hâtèrent de mettre à profit les dispositions de l'empereur pour assouvir de nouveau leurs haines traditionnelles. On les vit en Egypte, en Asie, incendier impunément les basiliques chrétiennes.

On sait que l'apostat voulut les rassembler de nouveau en corps de nation, rendre à Jérusalem son caractère de ville sainte et pour cela relever le Temple. Saint Jean Chrysostome dit qu'il avait mandé près de lui les principaux d'entre les juifs et que c'est à leur suggestion qu'il avait conçu l'idée de donner un démenti public à la prophétie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, telle qu'elle était interprétée.

Après les persécutions, les juifs donnèrent à leur haine un autre cours. Déjà le judaïsme s'était introduit dans l'Eglise même pour y porter le trouble, la division et l'hérésie. Ce fut l'œuvre de Simon le Mage, des Gnostiques, de Manès et de ses adhérents ou de ses émules. Ce fut l'œuvre de tous les hérésiarques, non pas qu'ils aient été tous de race juive, mais tous ont suivi ses inspirations. Nous en avons pour garant Bernard Lazare, ce juif qui fut l'un des grands agents de l'affaire Dreyfus et à qui la République en reconnaissance éleva une statue. Dans son livre L'Antisémitisme, son histoire, ses causes (7), il dit : « Ce sont ces rationalistes et ces philosophes (juifs) qui, du Xe au XVe siècle, jusqu'à la Renaissance, furent les auxiliaires de ce qu'on peut appeler la Révolution générale de l'humanité. » « Les juifs averroïstes furent les ancêtres directs des hommes de la Renaissance. C'est grâce à eux que s'élabora l'esprit de doute et aussi l'esprit d'investigation. Les platoniciens de Florence, les aristotéliciens d'Italie, les humanistes d'Allemagne vinrent d'eux. C'est grâce à eux que Pomponazzo composa des traités contre l'immortalité de l'âme, grâce à eux encore que chez les penseurs du XVIe siècle, germa ce théisme qui correspondit à une décadence du catholicisme ». C'est donc, d'après Bernard Lazare, aux juifs qu'il faut attribuer l'origine et le principe de la civilisation moderne et du conflit qui depuis lors n'a cessé entre elle et la civilisation chrétienne après avoir été préparé par eux durant des siècles.

« La Réforme en Allemagne comme en Angleterre, c'est toujours le même juif qui parle, fut un de ces moments où le christianisme se retrempa aux sources juives. C'est l'esprit juif qui triompha avec le protestantisme ». « L'exégèse, le libre examen sont fatalement destructeurs, et ce sont les juifs qui ont créé l'exégèse biblique, ce sont eux qui les premiers ont critiqué le symbole et les croyances chrétiennes. »

Un autre juif, M. Darmesteter, résume ainsi tout ce qui peut être dit à ce sujet : « Le juif s'entend à dévoiler les points vulnérables de l'Eglise, et il a à son service, pour les découvrir, outre l'intelligence des Livres saints, la sagacité redoutable de l'opprimé. Il est le docteur de l'incrédule ; tous les révoltés de l'esprit viennent à lui dans l'ombre ou à ciel ouvert (8), Il est à l'œuvre dans l'immense atelier de blasphèmes du grand empereur Frédéric et des princes de Souabe ou d'Aragon : c'est lui qui forge tout cet arsenal meurtrier de raisonnement et d'ironie qu'il léguera aux sceptiques de la Renaissance, aux libertins du grand siècle, et le sarcasme de Voltaire n'est que le dernier et retentissant écho d'un mot murmuré six siècles auparavant, dans l'ombre du Ghetto, et plus tôt encore, au temps de Celse et d'Origène, au berceau même de la religion du Christ. »

Ayant pris une grande part dans la Renaissance (9), dans la Réforme, dans le philosophisme, dans toutes les hérésies, les juifs n'en eurent pas une moindre dans la Révolution (10), la preuve à en donner serait longue, contentons-nous de ces aveux de Bernard Lazare : « Le juif a l'esprit révolutionnaire ; conscient ou non, il est un agent de révolution ». « Pendant la période révolutionnaire, les juifs ne restèrent pas inactifs. Etant donné leur petit nombre à Paris, on les voit occuper une place considérable, comme électeurs de section, officiers de légion, ou assesseurs, etc. Il faudrait dépouiller les archives des provinces pour déterminer leur rôle général. » « Pendant la seconde période révolutionnaire, celle qui part de 1830, ils montrèrent plus d'ardeur encore que dans la première. En travaillant pour le triomphe du libéralisme, ils travaillèrent pour eux. Il est hors de doute que par leur or, par leur énergie, par leur talent, ils soutinrent et secondèrent la révolution européenne... On les trouve mêlés au mouvement de la jeune Allemagne ; ils furent en nombre dans les sociétés secrètes qui formèrent l'armée combattante révolutionnaire dans les Loges maçonniques, dans les groupes de la Charbonnerie, dans la Haute-Vente romaine, partout, en France, en Allemagne, en Suisse, en Autriche, en Italie. »

En France, en ces derniers temps, les persécuteurs n'ont pas eu d'amis plus fervents, d'inspirateurs plus écoutés que certains Juifs comme Lévy-Crémieux, Hugo Oberndoffer, Hernmerdinger, von Reinach, Arton et Cornélius Herz. C'est à ce dernier, juif allemand, que demandaient conseil les Freycinet, les Floquet, les Rouvier ; c'est que sur le tableau de la Haute Maçonnerie internationale, Herz figurait au 1er mars 1881 dans la liste des Inspecteurs généraux avec cette mention : « Pour les relations générales d'Angleterre, France et Allemagne. »

« Quant à leur action, et à leur influence dans le socialisme contemporain, dit encore Bernard Lazare, elle fut et elle est, on le sait, fort grande ». Bien qu'il ne nous apprenne rien, ce juif ne se fait pas faute de donner les preuves de son assertion, en montrant chez tous les peuples les partis socialistes, internationalistes, nihilistes, fondés par les juifs ou du moins soutenus par eux. Il vient de nous les faire voir dans les loges et les arrière-loges, il dit ailleurs : « Il est certain qu'il y eut des juifs au berceau même de la franc-maçonnerie, des juifs kabbalistes, ainsi que le prouvent certains rites conservés. Très probablement pendant les (années qui précédèrent la Révolution française, ils entrèrent en plus grand nombre encore dans les conseils de cette société et fondèrent eux-mêmes des sociétés secrètes. » C'est-à-dire des arrière-loges, pour de là, dominer, inspirer et diriger toute la secte.

Après cela nos lecteurs conviendront que l’Univers israélite n'a rien dit de trop dans son numéro du 26 juillet 1907 (p. 585) : « On rencontre à presque tous les grands changements de la pensée une action juive, soit éclatante et visible, soit sourde et latente. Ainsi, l'histoire juive longe l'histoire universelle sur toute son étendue et la pénètre par mille trames. »

Dans son livre : Le judaïsme et la judaïsation des peuples chrétiens, M. Gougenot des Moussaux raconte ce qui suit (11) .

Un de nos amis, homme d'Etat, au service de la grande puissance germanique, un de ces rares protestants qui sont restés fidèles à la dévotion du Christ, nous écrivait au mois de décembre 1865 :

« Depuis la recrudescence révolutionnaire de 1848, je me suis trouvé en relations avec un juif, qui, par vanité, trahissait le secret des sociétés secrètes auxquelles il était associé et qui m'avertissait huit à dix jours d'avance de toutes les révolutions qui allaient éclater sur un point quelconque de l'Europe. Je lui dois l'inébranlable conviction que tous ces grands mouvements « des peuples opprimés » etc., etc., sont combinés par une demi-douzaine d'individus qui donnent leurs ordres aux sociétés secrètes de l'Europe entière :

« Le sol est tout à fait miné sous nos pieds. »

Il ne faut point plus de preuves que nous venons d'en donner, — et elles pourraient être multipliées — pour établir que depuis le commencement de l'ère chrétienne, le juif a été et est vraiment en toutes choses et sur tous les points le grand révolutionnaire et le grand hérésiarque. Il détruit pour détruire, par haine de ce qui existe, mais aussi dans l'espoir d'édifier sur ces ruines le Temple que nous avons dit : la Jérusalem de nouvel ordre, assise entre l'Orient et l'Occident pour se substituer à la double cité des Césars et des Papes, c'est-à-dire la République universelle et la Religion humanitaire dont il veut être le pontife et le souverain.

 

1) Il y a une nation juive. Les Juifs eux-mêmes ne cessent de le déclarer. Crémieux parlant de l'Alliance israélite universelle, écrivait :

« L'alliance n'est pas une alliance française, allemande, ou anglaise : elle est juive, elle est universelle. »

En 1870, le même Crémieux revenant de présider un congrès israélite à Berlin disait de tous les Juifs des différents pays gui y avaient pris part :

« Point de sentiment de rivalité, un concours entier, spontané, sans réserve. La différence de nationalité n'existe pas. »

En 1895, les étudiants juifs de Bohême, naturalisés autrichiens, publièrent à Prague une déclaration dans laquelle on peut lire cette phrase :

« Les juifs ne sont ni des Allemands, ni des Slaves, ils sont un peuple à part... Les juifs ont été et restent un peuple autonome par l'unité de la race, de l'histoire, de la conception, du sentiment. »

En 1864, les Archives Israélites écrivaient :

« Israël est une nationalité. L'enfant issu de parents israélites est israélite. La naissance lui fait incomber tous les devoirs d'un Israélite. Ce n'est pas par la circoncision que nous recevons la qualité d'Israélite. Non, la circoncision n'a aucune analogie avec le baptême chrétien. Nous ne sommes pas Israélites parce que nous sommes circoncis ; mais nous faisons circoncire nos enfants parce que nous sommes Israélites. Nous acquérons le caractère d'Israélite par notre naissance, et nous ne pouvons perdre ce caractère, ni nous en démettre. L'Israélite qui renie sa religion, même celui qui se fait baptiser, ne cesse pas d'être Israélite. Tous les devoirs d'un Israélite continuent à lui incomber. »

N'est-ce pas bien là une conception patriotique, nationaliste ?

« Le Juif, disent encore les Archives Israélites, est d'un inexorable universalisme. »

Inexorable ! Par conséquent, aucune naturalisation, aucun droit civil et politique ne fera jamais d'un juif un Français.

2) Le 7 avril, Bernard Lazare reconnaît lui aussi l'existence de la nation juive en tant que nation, et il affirme expressément que cette nation a un gouvernement.

Les Juifs ne sont pas un ethnos, mais ils sont une nationalité, ils sont de types variés, cela est vrai, mais quelle est la nation qui n'est pas diverse ? (P. 272.)

Si les Juifs ne sont pas une race, ils ont été jusqu'à nos jours une nation. (P. 392.)

Partout ils voulaient rester Juifs, et partout ils obtenaient des privilèges leur permettant de fonder un Etat dans l'Etat. (P. 7.)

Les Juifs entrèrent dans les sociétés modernes non comme des hôtes, mais comme des conquérants. (P. 223.)

3) La religion à Rome sous les Sévères, Paris, 1986.

4) Histoire des persécutions, I, pp. 373 et suiv.

5) Passio S. Pionii et sociorum ejus, 4.

6) Oratio, v. 3.

7) Cet ouvrage, comme son titre l'indique, a été écrit pour combattre celui d'Edouard Drumont. Les aveux que nous en recueillons ici sont donc doublement précieux.

8) De nos jours les rapports de M. Loisy avec le juif Joseph Reinach ont été rendus publics.

9) M. Flavien Brenier a magistralement montré, que les humanistes italiens étaient inspirés par les Juifs.

10) La revue anglaise The Mouth, dans son numéro d'octobre 1896, attribuant aux Juifs les causes de mort qui sont en nous, disait : « Les Juifs n'essaient même pas de dissimuler que, dans leur éternelle haine du christianisme, secondée par les chefs de la franc-maçonnerie, ils ont été les auteurs de la Révolution. »

Le journal juif Haschophet revendiquait dernièrement encore la Révolution comme une œuvre purement sémitique, dans un article intitulé : L'agonie de l’univers romain :

« C'est en vain, disait-il, que la tiare lutte contre le sceptre de la Révolution juive de 1793 ; elle voudrait en vain se délivrer de l'étreinte de fer du colosse sémitique qui l'enserre ; tous ses efforts sont inutiles. Le danger est imminent et le catholicisme meurt à mesure que le judaïsme pénètre les couches de la société. »

11) Page 367.

 

CHAPITRE XLVIII

 

LES JUIFS : LE TERME DE LEUR AMBITION

 

Pages 689-707

 

Pour annoncer le règne du Messie futur, les prophètes avaient employé des expressions grandioses qui, à première vue,  pouvaient éveiller l'idée d'une domination temporelle. A l'époque de Notre-Seigneur, ces prophéties recevaient généralement des docteurs une interprétation conforme à cette idée : le Messie doit être un roi temporel et sa royauté une domination terrestre. A sa venue, les puissances adverses doivent s'élever contre lui, et leur extermination doit se faire par les armes. On lit dans les Targums de Jonathan sur Isaïe : « Les peuples sont broyés par le Roi messie ». La conséquence de cette lutte victorieuse était, dans la pensée des juifs de ce temps, l'établissement à Jérusalem d'un grand royaume fondé par Dieu lui-même et qui devait dominer le monde entier. Saint Jérôme (In Joël, III, 8) rappelle ces idées encore en faveur parmi les Israélites de son époque.

Ces idées sur le futur royaume palestinien entrèrent jusque dans le monde païen et furent signalées par Tacite (Hist. V, 13) et Suétone (Vespas., 4).

C'est ce qui explique comment à la suite de la multiplication des pains, les Galiléens crurent avoir trouvé en Jésus le Messie temporel qu'ils attendaient et songèrent à s'emparer de Lui pour le faire roi (Joan. VI, 15). C'est ce qui explique également l'indignation des juifs devant la prétention de Jésus à être le Fils de Dieu, alors qu'il semblait à leur orgueil si méprisable et qu'ils ne voyaient en Lui aucune aptitude à réaliser les aspirations nationales.

La ruine de Jérusalem, leur dispersion dans le monde, ne fit point perdre aux juifs leurs espérances.

Saint Jérôme, qui connaissait à fond les doctrines judaïques, dans son commentaire sur la prophétie de Daniel qui montre la petite pierre se détachant du haut de la montagne pour briser la statue de Nabuchodonosor, écrit : « Les juifs tournent ce passage à leur avantage, et refusent de reconnaître le Christ dans cette pierre. Elle ne désigne pour eux que le peuple d'Israël devenu tout d'un coup assez fort pour renverser tous les royaumes de la terre et fonder sur leurs ruines, son empire éternel. »

Cette idée, cette espérance, cette conviction d'être la « première aristocratie du monde » et de tirer de là, le droit à l'universelle domination est, a toujours été le centre de toutes leurs pensées. Saint Jérôme vient de nous dire ce qu'ils pensaient d'eux-mêmes au IVe siècle, au XVe , le docte rabbin Abrahanel, ministre des finances, en Espagne et en Portugal, sous Ferdinand le catholique, annonçait dans ses commentaires sur Jérémie (chap. XXX) le prochain avènement et règne du Messie où s'accomplira l'extermination des chrétiens et des gentils. Et Reuchlin à la même époque, disait aussi : « Les juifs attendent avec impatience le bruit des armes, les guerres et la ruine des royaumes. Leur espoir est celui d'un triomphe semblable à celui de Moïse sur les Chananéens et qui serait le prélude d'un glorieux retour à Jérusalem, rétablie dans son antique splendeur. Ces idées sont l’âme des commentaires rabbiniques sur les prophètes. Elles ont été traditionnellement transmises et inculquées dans l'esprit de cette nation. Et ainsi, de tout temps, les Israélites se sont préparés à cet événement, terme suprême des 'aspirations de la race juive. »

De nos jours, Bernard Lazare a aussi dit de ceux de sa race : « Peuple énergique, vivace, d'un orgueil infini, se considérant comme supérieur aux autres nations, le peuple juif voulut être une puissance. Il avait instinctivement le goût de la domination, puisque par ses origines, par sa religion, par sa qualité de race élue qu'il s'était de tout temps attribuée, il se croyait placé au-dessus de tous. Pour exercer cette autorité, les juifs n'eurent pas le choix des moyens. L'or leur donna un pouvoir que toutes les lois politiques et religieuses leur refusèrent, et c'était le seul qu'ils pouvaient espérer. Détenteurs de l'or, ils devenaient les maîtres de leurs maîtres, ils les dominaient, et c'était aussi l'unique façon de déployer leur énergie, leur activité. »

C'est cet esprit de domination qui les a toujours rendus odieux à tous les peuples. « Apud ipsos, dit Tacite (1), fides obstinata, misericordia in promptu, sed adversus omnes alios hostile odium », et saint Paul dans son Epître aux Thessaloniciens a dit aussi d'eux : « Et omnibus hominibus adversantur. »

Un livre qu'ils placent au-dessus de la Bible elle-même a puissamment servi à entretenir cet esprit chez eux, jusqu'à nos jours, le Talmud, M. Auguste Rokling, professeur à l'Université de Prague l'a traduit.

Quelques lignes suffiront à en faire connaître l'esprit. « La domination sur les autres peuples doit être le partage des juifs. — En attendant la Venue du Messie, les juifs vivent dans l'état de guerre continuelle avec les autres peuples. Quand la victoire sera définitive, les peuples accepteront la foi juive (2). — Les non juifs n'ont été créés que pour servir les juifs nuit et jour.Dieu donne toute puissance aux juifs sur les biens et le sang de tous les peuples.L'argent du non juif est un bien sans maître, en sorte que le juif a le droit d'en prendre possession.Dieu nous a ordonné d'exercer l'usure envers le non juif, de façon que nous ne lui prêtions pas assistance, mais que nous lui fassions du tort.Les juifs seuls sont des hommes, les autres nations ne sont que des variétés d'animaux.Les âmes des non juifs viennent de l'esprit impur et les âmes d'Israël viennent de l'esprit de Dieu (3). » Le peuple judaïque régnant éternellement sur tout l'univers, ayant tous les Goïms (4) pour esclaves. Voilà depuis trois mille ans, le rêve de ce peuple, le but qu'il poursuit à travers toutes les vicissitudes et par tous les moyens. Joseph Léman a fort bien dit : « L'imagination d'Israël n'a jamais cessé d'être hanté par un rêve de domination universelle.» Des pages et des livres entiers du Talmud expriment les sentiments qui agitent l'âme juive, dont les lignes ci-dessus, ne donnent qu'une bien faible idée (5).

Telles sont les convictions crue le Talmud et l'enseignement qui en est donné ont fait entrer dans la conscience juive. Là est le principe de l'action que le juif s'efforce d'exercer au sein des autres peuples, la source de ses espérances, la justification de son orgueil et de l'ambition qui veut assujettir tous les peuples à son empire.

L'heure de ce triomphe et de cette domination approche, pensent-ils. L'un d'eux, le fondateur de l’Alliance Israélite universelle, créée pour en hâter la venue, s'écriait il y a quelques années, dans, un discours (aux délégués de cette association. « Comme déjà tout est changé pour nous, Messieurs, (depuis notre affranchissement pair la Révolution) et en si peu de temps ! Lorsque j'étais enfant, les juifs ne comptaient pour rien, et à mesure que l'âge est venu, je les ai vus conquérir dans toutes les carrières, une position élevée... Courage, mes amis, redoublez d'ardeur ; quand on a si vite et si bien conquis le présent, que l'avenir est beau ! »

Cet avenir, ils pensent le toucher. Ils l'attendent surtout des idées qu'ils ont semées dans la société chrétienne : liberté, égalité, démocratie, principes de 89.

Le 29 juin 1869, au moment où s'ouvrait lé Concile du Vatican, les juifs voulurent avoir, eux aussi, leur concile. Ils le tinrent à Leipzig, sous la présidence du Dr Lazarus, de Berlin. Y figuraient les représentants de l'Allemagne, de la Russie, de la Turquie, de l'Autriche, de l'Angleterre, de la, France, des Pays-Bas, etc. etc.

La conclusion en a été donnée, aux applaudissements de tous, par le Dr Philipson, de Bonn, appuyé par le grand rabbin de Belgique, M. Astruc. Elle fut ainsi formulée : « Le Synode reconnaît que le développement et lia réalisation des principes modernes sont les plus sûres garanties du présent et de l'avenir du judaïsme et de ses membres. Ils sont les conditions les plus énergiquement vitales pour l'existence expansive et le plus haut développement du judaïsme. »

Déjà nous avons rapporté ces paroles ; mais elles ont une importance capitale et il est bon de les considérer de plus près.

Les principes modernes ont été formulés dans la Déclaration des droits de l'homme. Ils procèdent tous du principe des principes : l'égalité. Tous les hommes sont égaux. Un Anglais ne doit être pour un Français que l'équivalent de tout autre Français, étant l'un et l'autre, membres de la famille humaine, hommes, n'ayant d'autres droits que les droits qui appartiennent à l'homme.

C'est le juif, aidé par la franc-maçonnerie qui a répandu et fait admettre cette idée dans les années qui ont précédé la Révolution. Idée nouvelle, car jusque-là, il y avait des Français, des Anglais, des Allemands, des Russes, comme il y avait eu des Grecs, des Romains, des Barbares ayant chacun leur lois, leur constitution et les droits qu'elles confèrent aux nationaux à l'exclusion des étrangers.

Les juifs, considérés étrangers dans tous les pays du monde, avaient un souverain intérêt à changer cet état de choses, à se faire prendre et accepter comme nationaux partout où ils se trouvaient. C'est ce qu'ils obtinrent par la Déclaration des droits de l'homme et ils viennent de nous dire le parti qu'ils en ont tiré, les espérances qu'elle leur fait concevoir pour un prochain avenir.

Il n'est pas étonnant que le concile des juifs ait reconnu que dans ces « Principes modernes » se trouvent « les plus sûres garanties du présent du judaïsme et de ses membres ». Si, en effet, les nations venaient à reconnaître leur erreur, à repousser cette égalité, la condition des juifs redeviendrait ce qu'elle était autrefois, race à part, race infusible ; ils seraient de nouveau traités pour ce qu'ils sont, traités partout comme étrangers.

Aussi le concile a-t-il voté le développement et la réalisation des principes modernes, leur développement dans les esprits et leur réalisation de plus en plus parfaite dans les institutions.

Rien de plus facile pour lui. Il forme au sein de chacun des Etats de ce monde un Etat particulier. Partout, il a l'aide des associations, secrètes ou non secrètes, composées d'hommes de toutes les croyances ou plutôt de toutes les incroyances. Il exerce sur ces sociétés, dont quelques-uns de ses chefs sont l'âme soigneusement enveloppée de mystère, un empire qui lui permet de les faire travailler à son profit, soit en répandant les idées qu'il a intérêt à propager, soit en faisant les lois ou établissant les institutions que ces idées appellent. Il a l'immensité sans cesse croissante de ses richesses et par elle les leviers qu'il se forge pour former l'opinion, pour la soulever, pour faire éclater les événements dont il attend l'avancement de sa cause. Il a l'inflexibilité de son vouloir et la flexibilité de son aptitude. Il a de singuliers et merveilleux privilèges d'intelligence en rapport avec ses ambitions.

Aussi ne devons-nous pas nous étonner de voir combien grand est le nombre des chrétiens, qui dans la presse et dans renseignement, dans l'administration et dans tous les corps civils et politiques, se font les coopérateurs des juifs dans la propagande des grands principes. Ils ne savent sans doute pas ce que le juif attend de leur collaboration ; ils ignorent ce que doit produire le développement des principes modernes dans l'esprit des masses, et leur réalisation dans les institutions politiques et sociales. Le concile de Leipzig ne l’a pourtant point caché. Ce développement, cette réalisation sont, a-t-il dit, « les conditions les plus énergiquement vitales pour l'existence expansive et le plus haut développement du judaïsme. »

Quelle est cette énergie de vie que le judaïsme attend pour lui, pour sa race de la propagande des idées modernes et du fonctionnement des modernes institutions qui en découlent, suffrage universel et ce qui s'en suit ? Et quel est le plus haut développement auquel le judaïsme espère et que doivent loi procurer ces idées et ces institutions énergiquement vitales pour lui ?

Ce développement n'est rien moins, inutile de le répéter, que l'hégémonie du juif sur toute la race humaine, sa domination sur tous les peuples, devenus sujets, esclaves d'Israël.

« Comme déjà tout est changé pour nous ! et en si peu de temps ! » s'écriait Crémieux après trois quarts de siècle seulement de fonctionnement des principes modernes. Et l'abbé Lémann, de race juive : « Quand on s'est aperçu que les juifs étaient citoyens, ils étaient déjà en partie LES MAÎTRES. » II écrivait cela bien avant l'affaire Dreyfus qui a fait voir à tous ceux qui ne sont point inféodés aux juifs que ceux-ci sont vraiment nos maîtres.

Avant eux, Disraeli, autre juif, bien placé pour connaître la vérité de ce qu'il avouait, écrivait : « Le juif arrive de nos jours à exercer sur les affaires de l'Europe une influence dont le prodige est saisissant. »

Beaucoup de juifs aujourd'hui n'attendent point d'autre Messie, que les principes de 89. Ils disent avec M. Cahen : « Le Messie est venu pour nous, le 28 février 1790 avec les Droits de l'homme ». 89 est leur hégire. Les principes modernes sont considérés par eux comme l'idée messianique et ils n'appellent rien d'autre, ni homme, ni arme pour conquérir l'univers.

Ces principes nivellent tout chez leurs adversaires et en font une proie facile ; à eux ils donnent l'avantage de jouir partout de deux nationalités; celle d'emprunt qui leur donne tous les droits des citoyens du pays où ils se sont introduits, et la leur propre qui leur permet de s'entendre d'un bout à l'autre du monde et de concentrer leur action pour arriver à tout dominer (6).

Cependant l'immense majorité des juifs reste fidèle à l'antique croyance ainsi exposée par l’éminent rabbin Drach dans son livre l’Eglise et la Synagogue.

« D'après la doctrine enseignée par les maîtres d'Israël, le Messie doit être un grand conquérant, qui soumettra les nations à la servitude des juifs. Ceux-ci reprendront la Terre Sainte, triomphants et chargés des richesses qu’ils auront arrachées aux infidèles. Alors tous les peuples seront assujettis aux juifs et à ceux-ci appartiendront les biens et la puissance des vaincus (7). C'est par un salut à ce même triomphateur et par l'espérance des biens qu'il doit procurer à son peuple que les rabbins finissent d'ordinaire leurs discours. »

Ceux-là même qui tournent en mythe le Messie, tels les rédacteurs des Archives israélites, ne peuvent se mettre en opposition ouverte avec les vrais croyants et sont souvent obligés de leur laisser la parole.

Le 21 mars 1864, les Archives publièrent une lettre d'un orthodoxe de Nancy où l'on voit bien qu'orthodoxes ou non, tous les juifs comptent sur la, domination universelle qu'ils croient leur être promise par le Souverain Maître.

« Messieurs, je suis de ceux qui pensent que notre génération ne verra pas le jour de la grande réparation promise. Et pourtant je ne voudrais pas affirmer le contraire en présence des événements et des transformations auxquelles nous assistons depuis ces quinze dernières années !

« Vous dites : nous ne croyons cette idée — du Messie et de son retour triomphal à Jérusalem — ni réalisable, ni acceptable ! Avez-vous bien réfléchi à la gravité de ces paroles ? car elles constituent la négation complète de notre foi et de NOTRE MISSION DANS LE MONDE ! Telle n'est certes pas votre pensée ; mais il convient. qu'un organe de l'importance des Archives ne puisse être considéré comme n'ayant pas toute la conscience des devoirs comme des espérances d'Israël. Comment !  vous ne croyez pas à la mission finale de la maison de Jacob ? Jérusalem serait pour vous un vain mot ? Mais ce serait le renversement immédiat de notre culte, de NOTRE TRADITION, de notre raison d'être ; et à ce compte, il faudrait aussitôt brûler tous nos livres sacrés... Notre rituel, ordinaire ou extraordinaire, toujours nous parle de la mère patrie. En nous levant, en nous couchant, en nous mettant à table, nous invoquons notre Dieu pour qu'il hâte notre retour à Jérusalem, sans retard et de nos jours ! ce seraient donc là de vaines paroles ? La répétition générale, universelle, de ces paroles n'aurait donc plus de sens ? ce serait de pure forme ?

« Heureusement qu'il n'en est pas ainsi ; et vous voyez, cher Monsieur, que, si beaucoup d'entre nous ont oublié d'importance du retour, Dieu nous a suscité des frères nouveaux qui comprennent parfois mieux que nous-mêmes, ce miracle, unique dans la vie du monde, d'un peuple tout entier dispersé depuis dix-huit cents ans dans toutes les parties de l'univers sans se confondre ni se mêler nulle part avec les populations au milieu desquelles il vit ! Et, cette

conservation incroyable, faite pour ouvrir les yeux aux plus aveugles, n'aurait aucune signification, aucune valeur pour nous et pour le monde ?

« ... Mais regardons l'horizon, et considérons trois signes éclatants qui nous frappent. Trois mots, trois choses ont le privilège d'occuper tous les esprits et d'absorber l'attention du temps présent : NATIONALITÉS, CONGRÈS, SUEZ.

« Eh bien l la clef de ce triple problème (des peuples qui entrent en possession d'eux-mêmes pour s'unifier, et unifier à l'aide du fil électrique et de la vapeur, les diverses régions du monde, la clef de cette triple solution, c'est Israël, c'est Jérusalem ! Je l'ai dit plus haut, toute la religion juive est fondée sur l’idée nationale. — Et qu'ils en aient ou non conscience — il n'est pas une pulsation, pas une aspiration des fils d'Israël qui ne soit vers la patrie. Je le répète, il faudrait fermier depuis le premier jusqu'au dernier de nos livres, s'il fallait chasser Jérusalem de nos pensées ! [ce que saint Irénée de Lyon, déjà au IIe siècle, avait déjà bien vu en consultant et en analysant magistralement les Saintes Écritures – cf. « Contre les hérésies, livre V, 3e partie, 25, 2 (la fin des temps et l’Antéchrist)].

« Et ces aspirations, ces pensées ne sont pas seulement une chose intime, personnelle à notre race, mais c'est un besoin universel ; c'est la réalisation des paroles des prophètes ; que dis-je ? des paroles de Dieu...

« Encore un mot, cher Monsieur. Nous approchons du jour anniversaire de la sortie d'Egypte des Israélites nos pères. C'est la soirée du 20 avril que, par toute la terre, un peuple disséminé depuis bientôt deux mille ans, le même jour, à la même heure soudain, se lève comme un seul homme. Il saisit la coupe de bénédiction placée devant lui, et d'une voix fortement accentuée, il redit par trois fois le magnifique toast que voici : l’ANNÉE PROCHAINE DANS JÉRUSALEM. Direz-vous encore que le rétablissement de la nation juive n'est ni réalisable ni acceptable. — Lévy BURG. »

Il faudrait reproduire cette lettre en entier. Citons-en encore du moins, ce passage qui montre que dans la pensée des juifs, le retour à Jérusalem emporte leur domination sur tout le genre humain par une Convention ou un tribunal chargé de gouverner tous les hommes. « N'est-il pas naturel, NÉCESSAIRE de voir un tribunal suprême, saisi des grands démêlés publics, des plaintes entre nations et nations, jugeant en dernier ressort, et dont la parole fasse loi ? Et cette parole, c'est la parole de Dieu, prononcée par ses fils aînés (les Hébreux) et devant laquelle s'inclinent avec respect, tous les princes, c'est-à-dire l'universalité des hommes » (8).

Peuple, il vous faut un juge suprême, infaillible. Reconnaissez en moi non seulement le peuple-roi, mais le peuple-pape.

Comme complément de cette lettre, peut être reproduit un extrait d'un rapport que fit le docteur Becchanan, en 1810, à l'Eglise anglicane. « Pendant mon séjour en Orient, j'ai partout trouvé des juifs animés de l'espoir de retourner à Jérusalem et de voir leur Messie... Ils croient que l'époque de leur délivrance n'est pas très éloignée et regardent les révolutions qui agitent l'univers comme des présages de liberté. Un signe certain de notre prochain affranchissement, disent-ils, c'est qu'en presque tous pays, les persécuteurs suscités contre nous se ralentissent. Israël croit donc proche, très proche, le moment où les prophéties messianiques vont se réaliser dans le sens qu'il leur a toujours donné. »

Devons-nous redouter de voir leur rêve se réaliser ?

La tradition chrétienne nous parle de l'Antéchrist et lui donne les mêmes caractères que les juifs donnent à leur Messie.

Or, comme l'observe M. des Mousseaux, « sous nos yeux, d'un bout à l’autre de la terre, le monde politique, le monde économique et commercial, conduit ou entraîné par les sociétés du monde occulte dont les juifs sont les princes, se sont mis à brasser à la fois de toutes parts et avec une inlassable ardeur, la grande unité cosmopolite. Ainsi, se nomme, dans le langage du jour, le système d'où sortirait l'abolition de toutes frontières, de toutes patries, ou, si l'on veut, le remplacement de la patrie particulière de chaque peuple par une grande et universelle patrie qui serait celle de tous les hommes » (9).

La république universelle et la religion humanitaire appellent une langue commune. Plusieurs essais sont faits en ce moment pour la créer et la faire adopter : l’Ido, le Volapuck, l'Espéranto. Beaucoup estiment que ce sont là des tentatives judéo-maçonniques, rentrant dans les moyens employés par la secte pour préparer le nivellement des esprits et des nations. Entre d'autres signes qui le donnent à penser, l'étoile maçonnique n'est-elle pas l'insigne préféré des Espérantistes ? Le créateur de l'Espéranto, le Dr Zamenonhof, est un juif. Il y a toujours à se défier de ce qui vient d'eux (10).

Or, cette unité réclame une tête. Et donc les juifs ne se contenteraient point d'espérer, d'appeler de leurs vœux leur Messie dominateur du monde, ils lui prépareraient les voies par tout ce travail séculaire auquel ce livre à fait assister ses lecteurs.

C'est ainsi que nous avons pu les appeler les maîtres de l’œuvre.

Ce serait le grand œuvre du Pouvoir occulte qui est à la tête de toutes les sociétés secrètes qui couvrent le monde (11), qui les inspire et qui dirige l'action de toutes vers le but que lui connaît bien, mais qu'il cache autant que possible aux chrétiens dont il a fait ses serviteurs et ses instruments.

Par eux, ou du moins avec leur concours, il travaille, dès maintenant, à une entière expropriation afin que, n'étant plus attachés à rien, les peuples les laissent s'emparer de tout : nous avons vu les Français désappropriés de leurs traditions, écouter ceux qui s'efforcent de les désapproprier de leur nationalité, et même de leur religion. Ils sont en train de se dépouiller même de leurs richesses.

M. Emile Cahen, auditeur au Conseil d'Etat, vient d'être chargé par le ministre du travail de rechercher les causes des crises économiques. Juif lui-même, il ne fera pas figurer parmi ces causes les grandes razzias juives. Nous avons été amenés, — par qui, et comment ? — à confier à l'étranger trente six milliards de notre avoir. C'est M. Arthur Meyer qui donna ce chiffre. La liquidation de la fortune de la France, sa transformation en papier, c'est-à-dire bientôt en feuilles mortes, c'est l'une des choses qui doivent contribuer à la faire disparaître comme nation ; et l'on sait que c'est d'elle, de la fille aînée de l'Eglise, que le Pouvoir occulte veut triompher tout d'abord. Mais les autres peuples sont aussi sous l'action de cette pompe aspirante qu'est le judaïsme.

Le Dr Ratzinger a fort bien dit : « L'expropriation de la société par le capital mobile s'effectue avec autant de régularité que si c'était une loi de la nature. Si on ne fait rien pour l'arrêter, dans l'espace de cinquante ans, ou, tout au plus d'un siècle, toute la société européenne sera livrée, pieds et poings liés, à quelques centaines de banquiers juifs. » Toute la société européenne, c'est trop peu dire, l'Amérique et l'Asie, seront également à la merci des banquiers juifs. Le Krack américain a bien montré que leur pouvoir est aussi grand dans le nouveau monde que dans l'ancien, et personne n'ignore que le Japon et la Chine commencent aujourd'hui à leur demander les moyens de se « civiliser ».

M. Gougenot des Mousseaux montre dans son livre « l'immensité », l'énormité de la puissance que le juif doit à son or, à son art inimitable de le faire sien, à l'instinct, au talent, au génie dont il est doué d'élever au-dessus de toute hauteur son nid et de l'équilibrer de telle sorte que l'ébranler ce soit ébranler le monde.

Jamais autant que de nos jours, la finance ne fut le nerf de la guerre et de la paix ? l'âme de la politique et de l'industrie, du commerce et du bonheur des familles, et jamais cette puissance n'eut, autant que de nos jours, pour domicile ou pour citadelle, le coffre-fort du juif, ne s'y concentra d'une manière aussi prodigieuse et aussi formidable.

Et par l'or, le juif nous possède, parce que l'orgueil, le luxe, la luxure, la soif de toute puissance, et de toute jouissance se sont emparés de nos âmes. Il ne lâchera, prise que devant la résurrection de l'éducation chrétienne, qui inspire à l'homme humilité, modération, honnêteté, sobriété, dévouement, égards et respect pour le faible et le pauvre.

Le P. Ratisbonne (12), de race juive, constate que « les juifs dirigent la bourse, la presse, le théâtre, la littérature, les administrations, les grandes voies de communication sur terre et sur mer ; et par l'ascendant de leur fortune et de leur génie, ils tiennent enserrée à l'heure qu'il est, comme dans un réseau, toute la société chrétienne. »

Dans ces conditions, qu'adviendrait-il, demande M. Gougenot des Mousseaux « si quelque agitateur, si quelque conquérant, levant l'étendard du Messie et le front couronna de l'auréole qu'y jetterait le jour glorieux de ta victoire, se donnait pour le désiré d'Israël ? La très grande majorité, le véritable noyau de la race judaïque l'acclamerait. Quant à la minorité moins croyante, l'événement reconstruirait sa foi défaillante sur le modèle de la foi de ses pères.

« Et non seulement cela, mais, continue M. Gougenot des Mousseaux, si par la toute puissance des révolutions modernes, un homme se trouvait maître tout à coup des volontés et des forces d'un peuple, pourrions-nous nier, indépendamment du langage prophétique des Ecritures et de l'Eglise, que dans les circonstances préparées de longue date par les révolutionnaires du monde entier, un seul homme, un de ces coryphées de révolution qui fascinent et entraînent les multitudes, puisse, en un instant, se trouver sur les lèvres, dans les vœux et à la tête des peuples ardents à tourner les merveilleuses aptitudes de sa personne vers le but final de leurs aspirations » de ces aspirations â la jouissance sans bornes qu'enflamme la civilisation moderne ? (13).

M. des Mousseaux, ajoute : « Lorsque, dans le domaine de la pensée, chaque agent destructeur a rempli sa tâche, avec quelle vélocité de foudre — dans le siècle de la vapeur et de l'électricité, c'est-à-dire dans un siècle de miraculeux raccourcissements de temps et d'espace — viendront fondre sur nous les événements les plus gros de surprises ! événements qui ne cesseront de paraître aussi lointains, aussi impossibles à ceux qui ne savent ni voir ni croire, que le semblait aux contemporains de Noé, le déluge universel, la veille même du jour où ce cataclysme, si longtemps prophétisé, bouleversa la terre. »

 

1. Histoire, v. 5.

2. Rapprocher ces paroles des chapitres ci-dessus : Le temple. Nef politique. Nef religieuse.

3. Le Juif selon le Talmud, par Rohling. Edition française par Pontigny. Editeur Savine.

4. Goï, Goïm, ne signifie pas « le chrétien », « les chrétiens », mais le « non juif », les « non juifs ». Goïm sont les Turcs, les Chinois, les Nègres, etc.

De même le mot « juif » n'est plus un nom de religion, de culte, mais un nom de peuple. Les juifs de nos jours sont en grand nombre libres-penseurs, cabalistes, occultistes, spirites, etc.

5. On peut, pour s'en faire une idée plus complète, recourir à l’ouvrage de M. Gougenot des Mousseaux, le chapitre IV et le chapitre V avec ses cinq divisions. Ou peut lire aussi l'ouvrage du rabbin converti, M. Drach. Particulièrement 2e lettre, page 99.

6. Le Prince Louis de Broglie a conclu une étude sur La question juive au point de vue politique, par cette constatation : « ... 3° Entrés dans les sociétés, grâce aux principes modernes, les Juifs sont devenus les adeptes et les propagateurs les plus ardents de ces principes, les membres les plus actifs de la franc-maçonnerie, les fils les plus dévoués de la libre-pensée. »

Si les chefs du Sillon, et même de l'Association catholique de la jeunesse savaient ces choses, pousseraient-ils nos jeunes chrétiens avec tant d'ardeur dans les voies de la démocratie ? Un rabbin allemand s'est permis à leur égard cette ironie : « Ces chrétiens bornés et à courte vue se donnent de la peine pour nous arracher par-ci par-là une âme. Et ils ne voient pas que nous aussi nous sommes missionnaires et que notre prédication est plus habile et plus fructueuse que la leur... L'avenir est à nous. Nous convertissons en masse et d'une façon inaperçue. »

M. Bachem a fait récemment au Landtag prussien cette déclaration : « Le judaïsme allemand — la chose est encore plus vraie en France — travaille avec une puissance tellement gigantesque et avec une persévérance tellement constante à la civilisation et à la science modernes que le plus grand nombre des chrétiens sont menés d'une façon consciente ou inconsciente par l'esprit du judaïsme moderne. »

7. Dans l'école où j'étais, à Strasbourg, nous raconte M. Drach, les enfants prirent la résolution de faire, à la première apparition du Messie, main basse sur toutes les boutiques de confiseries de la ville... « J'ai dressé longtemps, à part moi, l'état des lieux d'une belle boutique au coin de la Place d'Armes, sur laquelle j'avais jeté mon dévolu. » Drach. Deuxième lettre, p. 319. Paris, 1827.

8. Archives Israélites, 1864, pp. 335 à 350.

9. De plus, nous l'avons vu, le remplacement de toutes les religions par la religion humanitaire qui serait, elle aussi, la religion de tous les hommes.

10. La langue universelle existait pour la chrétienté, elle existe encore au service de la civilisation catholique : le latin. Reclus, quoique nullement chrétien, dans son livre Le partage du monde, dit d'elle (pp. 291 et suiv.) : « Sa gloire éternelle c'est d'avoir modelé les hommes après les avoir commandés du verbe le plus sonore, le plus concis, le plus fin, le plus impérial qui fût jamais ; c'est, en traînant à sa suite la science, la philosophie, l'art des Grecs, d'avoir instruit l'Occident et par l'Occident le monde ; c'est d'avoir donné aux idiomes qui s'assujettissent l'orbe des terres, les mots de toutes les connaissances gui élèvent l'homme au-dessus de l'animalité : arts, sciences morales, sciences sociales, sciences politiques, sciences économiques, le droit, l'histoire, la géographie, les mathématiques ; c'est d'avoir été et d'être resté la langue du catholicisme universel. Bref, le plus précieux trésor de l'humanité civilisée, c'est le latin, et le plus souvent, ne l'oublions pas, du latin qui a passé par l'idée française.

11. Il ne faut point croire que les relations des Juifs avec la franc-maçonnerie soient renfermées dans les limites de l'Europe et de l'Amérique. (Voir ci-dessus). Les sociétés secrètes se rencontrent sur tous les points du monde et paraissent bien obéir partout à une seule et même direction.

Les relations de la franc-maçonnerie européenne avec la Chine ont pu être constatées par les Français dans leurs expéditions au Tonkin et dans l'Annam. Des gens fort bien renseignés assurent que les déceptions que la République y a rencontrées sont attribuables à la société Tien Si Hevi (Ciel et Terre). Les endroits traversés par l'année française étaient pleins de signes mystérieux et de menaces maçonniques à l'adresse des initiés européens qui étaient conjurés de ne pas user de leurs armes contre leurs frères orientaux.

Deux sociétés secrètes terrorisent la Cochinchine, la Nghia hung et la Nghia hou. La première a pour bannière la couleur jaune et la seconde la couleur verte. Dans l'une et dans l'autre on se réunit dans des pagodes spéciales, on est lié par un secret absolu, on se soutient jusqu'à la mort.

Ces maçonneries indigènes sont absolument ennemies de La France.

Un Chinois, qui séjourna en France, Ting-Toung-ling, publia, en 1864, un livre sur la franc-maçonnerie chinoise. Il se fit affilier en France à la R.:. L.:. La Jérusalem des Vallées égyptiennes. M. de Rosny, professeur à l'Ecole des langues orientales à Paris, fut chargé de servir d'interprète au récipiendaire. Il apprit de lui qu'il existe en Chine des associations identiques à celles de nos loges et également liées entre elles par des serments inviolables.

M. de Rosny se mit également en rapports avec un autre franc-maçon chinois d'un grade plus élevé, Sun-young. Sa conclusion est qu'en Asie comme en Europe la franc-maçonnerie est à la fois philosophique et révolutionnaire.

Le vice-roi du Yun-nan avoua à M. François, consul de France, que les sociétés secrètes sont à ce point puissantes en Chine que lui-même était obligé de leur servir d'instrument. Il ajouta qu'elles sont internationalisées pour les étrangers qui sont en Chine.

On voit comment, au moment propice, le monde entier pourra être soulevé et bouleversé pour la satisfaction des ambitions d'Israël.

12. Question juive, page 9.

13. Il faut lire en entier ce chapitre XII du livré : « Le Juif, le Judaïsme et la Judaïsation des peuples chrétiens. »

 

 

 

TOME III

 

LA TENTATION DE LA CHRÉTIENTÉ

 

CHAPITRE LVII

 

III. — TENTATION FONDAMENTALE ET GÉNÉRALE

 

I. — DE LA RENAISSANCE À LA RÉVOLUTION

 

 

Pages  802-809

 

On vient de le voir, Satan essaya d'abord d'étouffer l'Église dans le sang. Il n'y put réussir. Quand les païens eurent mis fin à la persécution sanglante, on vit l'enfer faire ses plus grands efforts pour obtenir que se détruise par elle-même cette Église que l'attaque des ennemis du dehors avait affermie. Il suscita les hérésies. Par elles, il détachait du corps mystique du Christ des membres plus ou moins nombreux, et même des populations. Mais il arrivait que ce que l'Eglise perdait d'un côté, elle le regagnait de l'autre, et que, même les brebis égarées après plus ou moins de détresse, revenaient au bercail.

Il conçut alors un autre dessein plus digne de son infernal génie. Tout en continuant à susciter des sectes, les diverses confessions protestantes suivies du jansénisme, il se dit que son triomphe serait assuré et pour toujours, s'il parvenait à former dans le sein même de l'Eglise une société d'hommes qui resteraient mêlés aux catholiques, comme le levain est mêlé à la pâte, pour y produire une fermentation secrète qui mettrait à se développer, s'il le fallait, une suite de siècles, mais qui aboutirait infailliblement à chasser du corps de l'Eglise l'esprit surnaturel pour y substituer l'esprit naturaliste. Il remporterait ainsi sur la terre le même triomphe, mais plus complet, que celui qu'il avait obtenu au ciel par la séduction du tiers de la milice céleste. Il, espérait arriver par cet empoisonnement lent, insensible, ignoré, à une dissolution complète du royaume de Dieu sur la terre.

Les deux premières parties de cet ouvrage ont décrit ce travail obscur de la Franc-Maçonnerie, car c'est elle qui est dans la chrétienté le ferment naturaliste. Il suffit pour s'en convaincre de relire ce qu'elle a dit elle-même d'elle-même et de considérer ses œuvres.

Nous l'avons vu naître dans les catacombes de Rome au XIVe siècle. Je ne contredis point ceux qui ont vu des sociétés secrètes au sein de l'Église avant cette époque. Elles existaient, elles donnèrent leur aide aux diverses hérésies. Mais ce n'est qu'au XIVe siècle que se forma la société qui eut pour but de substituer la religion naturelle à la religion chrétienne, non dans un pays ou dans un autre, mais dans toute la chrétienté, et qui a poursuivi ce but imperturbablement jusqu'à ce jour, après avoir cru arriver au terme de ses efforts par la Révolution.

Depuis les Humanistes jusqu'aux Encyclopédistes, et depuis les Encyclopédistes jusqu'aux modernistes, c'est toujours et partout le cri du naturalisme qui se fait entendre, ce sont les institutions inspirées par l'idée naturaliste qui veulent se substituer aux institutions chrétiennes, si bien que le cardinal Pie a pu constater ce fait : « La, question vivante qui agite le monde est de savoir si le Verbe fait chair, Jésus-Christ, restera sur nos autels ou s'il y sera supplanté par la déesse raison. »

La secte ténébreuse qui s'est dénommée Franc-Maçonnerie n'a cessé, depuis le XIVe siècle, de se développer dans tous les pays chrétiens, puis chez tous les peuples de l'univers. Partout elle se mêle à toutes les manifestations de l'activité humaine pour les tourner au but que Satan lui a marqué, le triomphe de la raison sur la foi, de la nature sur la grâce, de l'homme sur Dieu. C'est ce qu'il avait proposé aux anges : Secouez le joug du Dieu Rédempteur et sanctificateur. Soyez vous-mêmes à vous-mêmes et vous serez comme des dieux.

« L'époque où s'accomplit la transformation de l'antiquité païenne par le christianisme mise à part, dit l'historien Pastor, il n'en est pas de plus mémorable que la période de transition qui relie le moyen âge aux temps modernes et à laquelle on a donné le nom de Renaissance... On arbora franchement l'étendard du paganisme. On prétendit détruire radicalement l'état de choses existant (la civilisation chrétienne) considérée par eux (les humanistes) comme une dégénérescence ».

« À l'homme déchu et racheté, dit M. Bériot, la Renaissance opposa l'homme ni déchu, ni racheté, s'élevant par les seules forces de sa raison et de son libre-arbitre ». L'idéal naturaliste de Zénon, de Plutarque et d'Épicure qui était de multiplier à l'infini les énergies de son être, devint l'idéal que les fidèles de la Renaissance substituèrent dans leur conduite aussi bien que dans leurs écrits aux aspirations surnaturelles du christianisme. Aussi M. Paulin Paris a-t-il pu dire en toute vérité que ce qui commença à être changé dans le monde, à l'époque de la Renaissance, « ce fut le but de l'activité humaine » : l’ordre surnaturel fut plus ou moins complètement mis de côté, la morale devint la satisfaction donnée à tous les instincts, la jouissance sous toutes ses formes objet de toutes les convoitises. La notion chrétienne de nos destinées était renversée dans les cœurs et en même temps le divorce s'établissait entre la société civile et la société religieuse. « À Dieu, disait Alberti, dans son Traité du droit, doit être laissé le soin des choses divines. Les choses humaines sont de la compétence du juge. »

« La Réforme, dit M. Taine, n'est qu'un mouvement particulier dans une révolution qui commença avant elle », retour du christianisme au naturalisme.

Cette révolution eut son aboutissement dans les dernières années du XVIIIe siècle. C'est bien l'établissement et le règne du naturalisme sur les ruines du christianisme que poursuivirent les Philosophes puis les Jacobins. Barruel, dans ses Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme, en fait l'observation : « Les ouvrages des Encyclopédistes sont remplis de traits qui annoncent la résolution de faire succéder une religion purement naturelle à la religion révélée ». Aussi leur ambition ne se bornait point à transformer la France, mais à « recommencer l'histoire », et pour cela à « refaire l'homme lui-même » (1), selon le type naturaliste. « Le grand but poursuivi par la Révolution, disait Boissy-d'Anglas, c'est de ramener l'homme à la pureté, à la simplicité de la nature », et il demandait le retour d'une religion « brillante » se présentant avec des dogmes qui promettraient « le plaisir et le bonheur ».

Ils instituèrent donc le culte de la Nature que les humanistes avaient appelé de leurs vœux. Lorsque l’on crut le catholicisme mort en France, grâce à la guillotine et aux proscriptions, on se mit à l'œuvre pour instituer la religion de la nature. Robespierre en fit l'inauguration par son discours du 7 mai 1794; « Toutes les sectes, dit-il, doivent se confondre dans la religion nouvelle de la nature ». Le Dieu de la Révélation fut remplacé par l'Etre suprême indiqué par la raison. La raison elle-même fut déifiée, elle eut son calendrier, ses décades, ses fêtes, son culte, sa morale.

Un discours n'est point suffisant pour instaurer une religion, aussi la fête de l'Être suprême ne fut qu'un point de départ. Peu de temps après la fête du 10 août 1793, où des honneurs divins furent rendus à une statue de la Nature, élevée sur la place de la Bastille (2), on vit apparaître une société à caractère religieux, soutenue par les gouvernants qui lui livrèrent aussitôt son apparition plusieurs de nos églises : les théophilanthropes (3). Dans l'inauguration du Temple de la Fidélité, la théophilanthropie est présentée comme « le culte des premiers humains, de l'homme sortant des mains de l'Être suprême, culte original, religion de la nature que Dieu, essentiellement immuable, n'a pu vouloir changer ». Donc, à la base de la théophilanthropie était la négation formelle de l'amour divin ayant voulu élever l'humanité à l'ordre surnaturel (4).

Un rituel déterminait le costume que devait revêtir l'officiant de ce culte. « Une tunique bleu-céleste, prenant depuis le col jusqu'aux pieds, une ceinture rose et par-dessus une robe blanche ouverte sur le devant ». À l'ouverture de la cérémonie « des enfants déposent sur l'autel une corbeille de fleurs et de fruits; on brûle de l'encens; puis le lecteur commence l'office par une oraison à laquelle les assistants s'associent se tenant debout : « Père de la nature, je bénis tes bienfaits, je te remercie de tes dons... Daigne agréer avec nos chants (5) l'offrande de nos cœurs et l'hommage des présents de la terre que nous venons de déposer sur ton autel en signe de notre reconnaissance de tes bienfaits. »

Inutile d'exposer ici tout ce rituel. II règle l'office des décades et des règles à observer aux fêtes : du printemps, 10 germinal; de l'été, 10 messidor; de l'automne, 10 vendémiaire; de l'hiver, 10 nivôse; de la fondation de la République, 1er vendémiaire ; de la souveraineté du peuple, 30 ventôse; de la jeunesse, 10 germinal; des époux, 10 floréal; de la reconnaissance, 10 prairial; de l'agriculture, 10 messidor; de la liberté, 10 thermidor; des vieillards, 10 fructidor.

Le Rituel de ces fêtes débute par cette introduction : « La théophilanthropie est le culte de la religion naturelle... L'auteur de la nature a uni tous les hommes par le lien d'une seule religion et d'une seule morale, liens précieux qu'il faut bien se garder de rompre, en introduisant des doctrines et des pratiques qui ne conviendraient pas à toute la famille du genre humain. » Le Manuel qui expose les dogmes des théophilanthropes exprime ce vœu : « Puisse ce code faire le bonheur du monde entier ! » Leurs dogmes se déduisent à deux : l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. Mais ce qu'est Dieu, ce qu'est l'âme, comment Dieu récompense les bons, punit les méchants, les Théophilanthropes ne le savent pas et ne portent pas jusque-là leurs recherches indiscrètes : ils sont convaincus qu'il y a trop de distance entre Dieu et la créature, pour que celle-ci puisse prétendre à le connaître.

Si leurs dogmes sont simples, leur morale ne l’est pas moins. Elle se borne à cette règle, à cette unique règle : « Le bien est tout ce qui tend à conserver l'homme ou à se perfectionner. Le mal est tout ce qui tend à le détruire. »

Ce n'est point sans motif que nous avons donné quelque étendue à l'exposé de ce qu'était, de ce que voulait être la théophilanthropie s'établissant sur la ruine de la religion révélée que la Révolution se flattait bien d'avoir opérée.

Dans son livre intitulé : Théorèmes de politique chrétienne, Mgr Scotti a un chapitre où il établit que le culte des théophilanthropes, qui n'est, dit-il, que le déisme ou le naturalisme, est le GRAND ARCANE DES SOCIÉTÉS SECRÈTES.

C'est bien cela. La mystérieuse opération que les alchimistes maçons veulent faire subir au genre humain, c'est de transformer l'or de la grâce, l'or de la gloire offert et donné à l’humanité par l'Amour infini, en ce que l'on peut bien appeler le plomb vil du naturalisme. C'est ce qu'ils ont poursuivi de la Renaissance à la Révolution. Ils ont cru aboutir; ils le croient plus que jamais. Leur espérance a été vaine, elle le sera encore. L'âme chrétienne, malgré la corruption des idées tentée sur elle depuis plusieurs siècles et malgré les massacres des derniers jours, s'est montrée si vivante, que Napoléon s'est vu forcé à lui rendre le culte catholique. Nous avons l'indomptable confiance qu'il en sera encore ainsi après le règne de nos Blocarts.

 

1) Voir ci-dessus, page 51.

2) Voir ci-dessus le chapitre V, La Révolution institue le naturalisme.

3) Nous avons sous les yeux les brochures qu'ils s'empressèrent de publier pour faire connaître et répandre la religion nouvelle : De l'origine du culte des théophilanthropes, ce qu'il est, ce qu'il doit être. Discours prononcé le jour de l’inauguration du Temple de la FIDÉLITÉ, (église St-Gervais) et de MONTBEUTL (église Ste-Marguerite). An VI de la République.

MANUEL DES THÉOPHILANTHROPES OU ADORATEURS DE DIEU ET AMIS DES HOMMES contenant V exposition de leurs dogmes, de leur morale et de leurs pratiques religieuses, avec une indication sur l’organisation et la célébration du culte. An VI.

INSTRUCTION ÉLÉMENTAIRE SUR LA MORALE RELIGIEUSE, PAR DEMANDES ET PAR RÉPONSES. Rédigé par l’auteur du Manuel des Théophilanthropes. An V.

RITUEL DES THÉOPHILANTHROPES. Contenant l’ordre de leurs différents exercices, et le recueil des Cantiques, Hymnes et Odes, adoptés par les différents Temples, tant de Paris que des départements. An VI.

RECUEIL DE CANTIQUES, HYMNES ET ODES pour les fêtes religieuses et morales des Théophilanthropes, précédé des invocations et formules qu'ils récitent dans leurs fêtes.

ANNÉE RELIGIEUSE DES THÉOPHILANTHROPES. Becueil des discours et extraits sur la religion et la morale universelles pour être lus pendant le cours de l’année, soit dans les temples publics soit dans les familles. Nous n'avons point cette ANNÉE RELIGIEUSE, qui comprenait six volumes.

4) Dans L'INSTRUCTION ÉLÉMENTAIRE SUR LA MORALE RELIGIEUSE, « Livre composé pour les théophilanthropes adopté par le jury d'instruction pour être enseigné dans les écoles primaires », on lit les demandes et réponses qui suivent.

D. La morale donne-telle une règle pour distinguer ce qui est bon et ce qui est mal ?

R. Oui.

D. Quelle est cette règle ?

R. C'est la maxime suivante : « Le bon est tout ce qui tend à conserver l'homme ou à le perfectionner. Le mal est tout ce qui tend à le détruire ou à le détériorer. »

C'est bien la morale des humanistes; et c'est bien aussi celle des Manuels scolaires d'aujourd'hui.

5) Un instituteur et une institutrice étaient attachés à chaque temple pour apprendre les chants aux élèves.

 

CHAPITRE LVIII

 

TENTATION FONDAMENTALE ET GÉNÉRALE

(suite)

 

II. — DE LA RÉVOLUTION À NOS JOURS

 

Pages 810-821

 

Ni Satan ni sa race ne renoncèrent à leur dessein après l'échec que leur fit subir le Concordat. Dès que la Franc-Maçonnerie se fut réorganisée, elle en reprit la poursuite arec une nouvelle ardeur et sur un plan plus vaste et mieux étudié. Nous pourrions nous contenter de prier nos lecteurs de se reporter à ce qui a été dit précédemment, mais il est bon d'en rappeler les principaux points, afin que les faits cités, se trouvant ainsi rapprochés, reçoivent les uns des autres une lumière qui mette dans une évidence plus manifeste, la tentation à laquelle est soumise la chrétienté.

Dans la première phase, c'est-à-dire de la Renaissance à la Révolution, la conjuration antichrétienne employa plusieurs siècles au pervertissement des idées, faisant succéder les unes aux autres les opinions opposées aux données de la foi, et mettant le temps nécessaire à les faire pénétrer d'une contrée à une autre, des classes supérieures dans les classes inférieures. Elle se disait que les esprits étant ainsi préparés, une vigoureuse impulsion suffirait à faire crouler l'édifice ecclésiastique.

Le moment venu, la secousse fut donnée avec une impétuosité, avec une fureur à laquelle rien ne résista.

Cette rapidité et cette violence mêmes furent cause de la réaction qui s'imposa.

Eclairée par cette expérience la secte se dit que pour réussir dans sa seconde entreprise elle devait marcher lentement pour arriver sûrement, non seulement dans le travail des intellectuels sur l'esprit public, mais aussi dans le travail préalable que d'autres de ses agents doivent poursuivre dans l'ordre des faits, la destruction de rétablissement temporel de l'Eglise. « Le travail que nous allons entreprendre, est-il dit, dans les Instructions secrètes qui furent rédigées lors de la réorganisation de la Franc- Maçonnerie, n'est l'œuvre ni d'un jour, ni d'un mois, ni d'un an; il peut durer plusieurs années, un siècle peut-être; mais dans nos rangs le soldat meurt et le combat continue. »

La première chose qui fut faite au moment même où le culte catholique était rétabli, fut de le déconsidérer aux yeux des populations, de le faire déchoir du rang que lui donna son institution divine. À cela fut employée l'égalité civile des cultes. On a vu la ténacité de Napoléon à l'établir dans le Concordat et à lui donner dans les articles organiques plus d'assiette avec les moyens de s'imposer. L'on a entendu le cri de Pie VI : « Sous cette égale protection des cultes se cache et se déguise la persécution la plus dangereuse et la plus astucieuse qu'il soit possible d'imaginer contre l'Église de Jésus-Christ, afin que les forces de l'enfer puissent prévaloir contre elle ».

Du concordat et de la législation française, la machine désorganisatrice fut transportée dans la convention européenne qui fut appelée « la Sainte-Alliance. » « Si l'esprit qui a produit cette pièce avait parlé clair, observe J. de Maistre, nous lirions en tête ; convention par laquelle tels et tels princes déclarent que tous les chrétiens ne sont qu'une famille professant la même religion et que les différentes dénominations qui les distinguent ne signifient rien ».

L'égalité n'était encore accordée jusque-là qu'aux cultes chrétiens, la secte profita de la révolution de 1830 pour y introduire les Juifs et du second empire pour y faire entrer les Musulmans.

Dès le lendemain du concordat, également, au lieu de permettre à l'Eglise de France de reconstituer sort patrimoine, comme cela avait été stipulé, on prit des mesures qui se multiplièrent avec le temps et dont on ne vit bien l'effet que lorsque fut accomplie la spoliation qui suivit la séparation de l'Eglise et de l'Etat» Les acquisitions de terres ne furent point autorisées,, les fondations durent être faites en rentes sur l'Etat, Les églises, les presbytères, les évêchés furent peu à peu déclarés propriétés des communes, des départements, de l'Etat, On voulait que le moment venu on pût enlever à l'Eglise de France toutes ses propriétés, et par là ne plus lui laisser aucun contact avec la terre, elle qui n'est cependant point une société de purs esprits. En même temps on chassait le clergé catholique de toutes les administrations scolaires, hospitalières, etc., où il pouvait être en rapports avec la société et exercer quelque influence.

Mais la secte avait des visées plus hautes. L'Église de France n'est qu'une Église particulière. Elle s'appliquait bien à obtenir que l'exemple de (a' France fût suivi par les autres nations. Mais ce qui importait le plus à la réalisation de ses desseins, c'était de volatiliser aussi l'établissement temporel de l'Église, chef de toutes les Églises, caput omnium Ecclesiarum, comme elle faisait porter sur les airs les Églises particulières. Ce fut la première, des missions données à la Haute-Vente. Elle y parvint par le pouvoir qu'elle exerçait plus ou moins directement sur les Puissances ; le Piémont, avec le secours de Napoléon III et la connivence des gouvernements des autres pays, arriva à faire disparaître les États de l'Église, à enlever aux Papes le prestige et l'autorité qu'ils tenaient de leur qualité de souverains temporels, égaux des rois et des empereurs, et même supérieurs à tous par leur ancienneté et l'éminence de leur dignité.

Quand tous ces points d'appuis terrestres que les siècles, la sagesse des hommes et la Providence de Dieu avaient donnés à l'Église, lui eurent été enlevés, vint la séparation de l'Église et de l'État, opérée en France d'abord pour servir d'exemple et d'entraînement aux autres nations catholiques.

On sait avec quelle perfidie la secte avait combiné cette opération. En même temps qu'elle coupait le dernier câble qui reliait encore l'Église et la société et rendait désormais impossibles toutes relations entre ces deux mondes, elle pensait couper en même temps, par l'appas des biens temporels, l'autre câble, celui qui unit l'Église de France à l'Église mère et maîtresse. Elle promettait une jouissance précaire de ces biens à qui voudrait méconnaître la hiérarchie, son autorité et son existence.

Par ces moyens progressifs et si savamment agencés, l'Église de France devait, dans leur pensée, s'évanouir.

Tout cela n'était que la première partie du programme, le travail de destruction nécessaire à l'établissement de la religion naturelle.

Il ne suffit point, en effet, que l'Église, l'organe du surnaturel dans le monde disparaisse, il faut qu'à la religion révélée succède la religion naturelle. C'est par elle que Satan peut reprendre possession de son empire, tout en donnant satisfaction au besoin religieux qui agite toute créature intellectuelle qui n'est point arrivée au; terme de la dégradation.

Satan ne fait point confidence du but qu'il poursuit à tous ceux qu'il emploie à l'atteindre. Il pousse celui-ci dans une voie et celui-là dans une autre. Il en laisse aller plusieurs, sous cette impulsion, au delà du terme qu'il s'est marqué. Mais il sait ce qu'il veut, et on ne peut l'ignorer quand on considère l'ensemble des mouvements qu'il imprime. Ils convergent vers le naturalisme, ils tendent à établir une religion humanitaire sur les ruines de la religion apportée du ciel par le Fils de Dieu.

Les instruments dont il se sert et que nous voyons à l'œuvre depuis un siècle, en ont, sinon la claire vue, du moins un sentiment instinctif.

Que dit Waldeck-Rousseau lorsqu'il inaugura à Toulouse la phase actuelle de la persécution ? Il montra en conflit deux sociétés : « La démocratique » emportée par le large courant de la Révolution, et la catholique, qu'il ne nomma point, mais qu'il désigna suffisamment en disant qu'elle survit au grand mouvement du XVIIIe siècle. Prenant parti dans ce conflit, il annonça qu'il s'attaquerait d'abord aux premières lignes de l'armée du divin Rédempteur et sanctificateur : les congrégations et ordres religieux.

« Il faut en finir, avait dit, avant lui, Raoult Rigault, voilà dix-huit cents ans que cela dure. » Il y avait en effet alors dix-huit cents ans que Satan avait été dépossédé de son empire et qu'il s'efforçait de le reconquérir.

Parlant avec une plus entière franchise que Waldeck-Rousseau, M. Viviani a déclaré que le but de la guerre qui nous est faite est d'opposer à la religion divine la religion de l'Humanité ». Gambetta avait dit avant lui : « La lutte est entre les agents de la théocratie romaine et les fils de 89 ». Bourgeois : « II faut poursuivre la victoire de l'esprit de la Révolution, de la Philosophie et de la Réforme sur l'affirmation catholique ». M. Viviani remonta à la tribune pour dire : « Nous sommes face à face avec l'Eglise catholique » et cela pour « la direction à donner à l'humanité ». L'Église la porte au ciel, nous voulons la ramener sur la terre. Dans cette même séance, M. Pelletan fut encore plus explicite. « Le grand conflit est engagé entre les Droits de Dieu et les Droits de l'homme »; le droit de Dieu, le droit de son amour, le droit de sa nature, qui est le Bien, de s'épancher, de se communiquer jusqu'au don d'une participation à sa nature divine; et le droit de l'homme d'écouter son égoïsme, de se confiner en lui-même et là de triompher de Dieu et de son amour. « La Révolution, a dit Lafargue, c'est le triomphe de l'homme sur Dieu. »

« L'heure est venue d'opter entre l'ordre ancien qui s'appuie sur la Révélation et l'ordre nouveau qui se reconnaît d'autres fondements que la science et la raison humaine » (1). « L'effort doit être suprême » (2). « C'est le grand duel engagé entre la religion et la libre pensée » (3).

Lorsque survint dans la Franc-Maçonnerie la querelle sur l'Etre suprême à garder ou à congédier, le Monde maçonnique intervint pour dire : « Il n'y a qu'une religion, une seule vraie, une seule naturelle, la religion de l'humanité ». En disant cela, le Monde maçonnique ne faisait que constater la doctrine constante de la Franc-Maçonnerie. M, Gustave Bord, l'un de ceux qui l'ont le mieux étudiée, a pu résumer ainsi ses constatations : « La Franc-Maçonnerie est une secte religieuse qui, après quelque tâtonnement, s'organisa surtout en Europe vers 1723, professa une doctrine humanitaire et se superposa aux autres religions. »

Tout cela confirme le mot de Mgr Scotti : « Le grand arcane dés sociétés secrètes, c'est le naturalisme »; et celui de Léon XIII : « Le dessein suprême de la Franc-maçonnerie, c'est de détruire de fond en comble toute la discipline religieuse et sociale née des institutions chrétiennes et lui en substituer une nouvelle dont le principe et les lois fondamentales sont tirées du naturalisme ». « Je viens chercher la lumière, doit dire le récipiendaire au jour de son initiation, car mes compagnons et moi nous sommes égarés à travers la nuit qui couvre le monde », depuis qu'il est enveloppé des ténèbres de la superstition; c'est-à-dire depuis que des superfétations mystiques sont venues s'imposer à la raison, depuis que des devoirs empiriques ont égaré les consciences, depuis que les fallacieuses promesses d'outre-tombe ont fait abandonner la poursuite des vrais biens, ceux que la nature nous offre si libéralement.

C'est donc bien la suggestion du naturalisme qui est la suggestion-mère, celle d'où dérivent ou celle à laquelle se rapportent toutes les suggestions que la Franc-Maçonnerie répand dans le monde depuis ses origines. Et le naturalisme est bien la tentation suprême à laquelle Satan soumet la chrétienté depuis qu'il a su se donner à cette intention ce merveilleux organisme qu'est la Franc-Maçonnerie. Par elle, il fait se continuer dans notre monde le combat, le même combat qu'il a soulevé au ciel aux premières heures de la création du monde et qu'il s'est hâté de susciter à nouveau aux premiers jours d'existence du genre humain. Le citoyen Sibrac avait le sentiment de cette continuité, lorsqu'en 1866, au Congrès de la libre-pensée tenu à Bruxelles, faisant appel aux femmes pour le Grand-Œuvre, il disait : « C'est Eve qui a jeté le premier cri de révolte contre Dieu ». Et les instituteurs de la Franc-Maçonnerie ont bien marqué que ces vues ne leur étaient pas étrangères, lorsqu'ils ont donné aux loges comme cri d'admiration et d'applaudissement cette exclamation : Eva ! Eva !

La secte, par elle-même ou par ceux qu'elle suggestionne de près ou de loin, a rempli le rôle qui lui était assigné avec une ampleur, une persévérance et une efficacité qui remplissent de stupeur ceux qui sont à même d'en voir les résultats. Que nos lecteurs se rappellent ce que nous avons dit des associations créées sur tous les points du monde pour abattre les barrières doctrinales au sein du catholicisme comme dans toutes les sectes et préparer ainsi le terrain religieux à l'établissement de la « religion de l'avenir » du « judaïsme des nouveaux jours » (4).

Déjà cette religion prend figure en Amérique. « La religion américaine, dit M. Bargy (5), a deux caractères qui la définissent; elle est sociale et elle est positive : sociale, c'est-à-dire plus soucieuse de la société que des individus; positive,.c'est-à-dire plus curieuse de ce qui est humain que de ce qui est surnaturel ». Et M. Strong, en tête de son rapport officiel pour l'Exposition de 1900 : « Aujourd'hui la religion se mêle moins du futur que du présent. La religion, servante du progrès terrestre, confond son but avec celui des sciences morales et sociales », c'est-à-dire s'humanise, se naturalise.

Dans le livre que nous venons de citer, M. Bargy a un chapitre intitulé : Une paroisse américaine, qui peut' se présenter comme le type, perfectible, des futurs groupes religieux fondés sur le naturalisme.

La paroisse est divisée en clubs : club des hommes, club des garçons, club des filles. Pour les femmes mariées, on reconnaît ne pouvoir les organiser en clubs parce que le ménage les retient chez elles. Il y a néanmoins quelques institutions pour elles.

Au club des hommes : il y a trois séances de gymnase par semaine; chaque mardi, une séance de discussion sur les questions sociales ; et chaque jeudi, danse.

Au club des garçons : chaque lundi, classes d'arithmétique, d'orthographe, de tenue des livres et de calligraphie; trois fois par semaine, classe de gymnase et jouissance des bains; le mardi, danse; le mercredi, exercices militaires et autres.

Au club des filles : tous les jours, classes de couture, de modes, de cuisine; trois fois; par semaine, classe de culture physique; deux fois par semaine, classe de tenue des livres; cinq fois classes de sténographie et d'écriture à la machine.

Les pasteurs favorisent la danse. Des concerts, des pièces jouées par les membres servent ainsi à créer une atmosphère sociale... C'est dans les clubs qu'est la vie interne et intime de la paroisse. Mais son action s'étend au dehors des clubs par la clinique, par l'atelier de secours, et surtout par deux œuvres de mutualité : le bureau de placement et l'association du prêt.

Les Églises ainsi organisées au point de vue de l'action sociale sont appelées « Églises institutionnelles ». L'Eglise institutionnelle a créé un nouveau type de pasteur : le pasteur homme d'affaires. « Le directeur d'une usine, dit l’Evening Post, n'a pas besoin de plus de talent pour l'action que le chef d'une Église moderne avec la multiplicité de ses œuvres. Il n'y a pas de place pour la théologie chez un homme qui préside six comités dans une après-midi. L'Église institutionnelle ne formera pas de Thomas d'Aquin ».

Une si grande dépense d'activité et d'argent a-t-elle du moins un but spirituel ? M. Bargy s'est posé cette question. Il répond : « Les Églises d'Europe ont le dogme tant à cœur que tout ce qu'elles font d'humain semble à leurs adversaires un chemin secret qui mène au dogme; mais il ne vient guère à l'esprit d'un Américain de soupçonner dans une bonne œuvre une arrière-pensée dogmatique. Les œuvres sociales deviennent l'existence même de ces Églises. Pour les jeunes ministres de la nouvelle école, ce sont les œuvres qui font le charme de leur métier. Dans la pensée du clergé, son œuvre humanitaire n'est pas subordonnée à son œuvre ecclésiastique; quand l'équipe de football, est représentée au service (religieux) du soir, il s'en félicite, mais quand la quête du soir fournit de l'argent pour le football il ne s'en félicite pas moins. De même, les membres des œuvres les aiment pour elles-mêmes; c'est la seule forme de religion que beaucoup aiment; les Américains ont une tendance à ne pas comprendre d'autre culte que l'action; les œuvres ne sont pas pour eux une aide à la religion, elles sont la religion même ».

Il y a à New-York une « Conférence religieuse de l'Etat de New-York »; elle excite les autres États à se donner des confédérations semblables. Elle a chaque année une réunion générale. La session de 1900 a réuni des représentants de onze sectes, y compris des Juifs. Ses séances se tiennent le matin dans le « Bâtiment des charités réunies », et celles du soir dans les diverses églises, à tour de rôle. Dans la session de 1900, les conférenciers discutèrent entre autres questions, celles-ci qui montrent bien l'esprit et les tendances de ces associations : « la possibilité d'un culte commun », « la religion, principe vital d'une démocratie ». Un court service religieux a lieu aux séances du soir; et un comité formé de deux pasteurs et d'un rabbin a proposé un « Manuel du culte en commun », composé de prières tirées des offices juifs, de fragments de la liturgie chrétienne, ancienne et moderne, et d'extraits d'Écriture Sainte adoptés par les juifs, les chrétiens et les sociétés morales ».

M. Stanley-Root, chargé d'une enquête sur l'Eglise moderne par le journal de New-York, le plus soucieux des questions religieuses, a observé de près ces ministres du nouveau type, et il conclut ainsi : « MUTUALITÉ EST LE PREMIER ET LE DERNIER MOT DU CHRISTIANISME… »

Cette mentalité des Américains explique comment ils mettent dans leur ardeur au travail, à la conquête de la fortune, une sorte de sentiment qu'ils appellent religieux.

« On croit, dit M. Bargy, que les Américains ont le goût du bien-être. Ce n'est pas tout à fait cela, ils en ont la religion. Leur culte de la civilisation matérielle a tous les caractères de l'illusion religieuse. Ils s'immolent vraiment à Moloch comme les martyrs volontaires de Carthage » (6).

Telle est l'ébauche actuellement existante de la religion naturelle. Ce culte naturaliste trouvera certainement meilleur accueil que celui inventé par les Robespierriens et les théophilanthropes.

C'est chez les protestants, dira-t-on, qu'il est né : il ne sortira point de chez eux. Que l'on se détrompe. Plus d'une paroisse catholique l'a adopté plus ou moins complètement en Amérique. Et chez nous, la démocratie chrétienne ne pousse-t-elle pas le clergé en ce sens ?

L'ex-abbé Hébert s'est permis de dire : « De nos jours, la foi active et vivante, n'est-elle pas plutôt dans une Maison du Peuple que dans une Cathédrale, dans un Laboratoire, dans une épicerie coopérative, que dans nombre de couvents ? (7) ». C'est une exagération qui va jusqu'au mensonge. Mais ne pourrait-il pas citer des tendances et des faits qui couvriraient ce mensonge d'une certaine apparence de vérité ?

A côté de ce culte humanitaire prendront place les cultes proprement lucifériens que nous avons vu ainsi se former, comme dans l'Église catholique se trouvent les Ordres et les Congrégations religieuses plus directement et plus pleinement voués au culte de Dieu.

 

         1) Bulletin de la Grande-Loge symbolique au lendemain de la publication de l'Encyclique de Léon XIII sur la Franc- Maçonnerie.

2) L'orateur du convent de 1902.

3) L’Action à l'occasion de l'affaire Ferrer.

4) Nous avons abrégé dans le présent ouvrage ce que nous avons rapporté sur ce sujet dans le Problème de l’heure présente. Et combien, de faits nouveaux sont venus en confirmation, depuis la publication de ce livre !

5) La religion dans la société aux États-Unis.

         6) Voir pour plus de détails le Problème de l’heure  présente, chapitre XLVIII.

         7) Revue Blanche du 15 mars 1903.

 

 

LA TENTATION DE LA CHRÉTIENTÉ

 

CHAPITRE LIX

 

III. — TENTATION FONDAMENTALE ET GÉNÉRALE

(suite)

 

III. — À L’HEURE ACTUELLE (1910)

 

 

Pages 822-833

 

M. A. d'Estienne, traitant du problème religieux dans la Revue moderniste internationale (1), dit : « L'admirable progrès des sciences naturelles et historiques, en rétrécissant chaque jour davantage le domaine du surnaturel, a fini par l'éliminer complètement et par créer une mentalité hostile à toute idée religieuse qui serait censée fondée sur lui... Cette crise ne pourrait être apaisée qu'à la condition de rendre acceptable la conception religieuse en la recréant et en la réinterprétant selon les exigences de la science moderne. Nous avons créé la science qu'il nous fallait, nous allons créer la religion qu'il nous faut... Je ne m'attarde pas à discuter la conception matériellement extérieure de la religion, fondée sur une révélation plus ou moins directe et personnelle de Dieu; cette conception est désormais étrangère à notre mentalité actuelle... Ce dont l'homme a besoin en ce moment, ce n'est plus de confiance en un être infini, mais de confiance dans sa nature capable d'évoluer et de progresser à l’infini... L'état actuel de notre mentalité religieuse exige une expression complètement dégagée de tout apanage surnaturel... Comme la philosophie, la religion doit s'humaniser elle aussi... C'est tout un monde de théocratie, monde millénaire, qui s'écroule, mais c'est un être nouveau qui naît : l'homme source de sa propre force, but de sa propre activité, lumière de sa propre conscience et créateur éternel. de soi-même : l'Homme-Dieu. »

Que les choses en soient là pour tous, il suffit de jeter un regard autour de soi pour se convaincre du contraire. Mais que ce soit l'aboutissement très nettement marqué de la tentation que Lucifer fait subir à la chrétienté depuis le XIVe siècle, que beaucoup soient arrivés à ce terme, et que la masse y soit entraîné, rien de plus certain.

La tentation qui travaille, qui agite le monde depuis cinq siècles n'a jamais été plus nettement exposée que dans ces mots : Le monde de la théocratie, monde millénaire, doit s'écrouler. Il est désormais étranger à notre mentalité actuelle, hostile à toute idée religieuse qui serait fondée sur le surnaturel. Cet écroulement cause ou causera un vide dans l'âme humaine naturellement religieuse. Ce vide demande à être comblé. Comment ? En rendant acceptable la conception religieuse. Comment la conception religieuse peut-elle être rendue acceptable à la mentalité moderne ? En la recréant, en la réinterprétant selon les exigences die la science moderne. Nous avons créé la science qu'il nous fallait; nous allons créer la religion qu'il nous faut. Quelles sont les exigences de cette création ? La religion nouvelle ne peut plus être une religion extérieure, c'es-t-à-dire une Eglise, et surtout une Eglise fondée sur une révélation plus ou moins directe et personnelle de Dieu. Notre mentalité exige une expression complètement dégagée de tout apanage surnaturel. Comme la philosophie s'est humanisée, la religion doit s'humaniser elle aussi. Elle doit être faite non plus de confiance en un être infini, mais de confiance dans la nature humaine capable d'évoluer et de progresser à l'infini à partir de cet être nouveau que la science nous fait, de cet être dégagé du surnaturel, fixé dans le naturalisme : l'homme source de sa propre conscience, créateur éternel de soi-même; et par là devenu l'Homme-Dieu.

C'est en quelques mots tout le fond du modernisme dont N. S. P. le Pape Pie X a dit dans l'Encyclique Pascendi dominici gregis : « Qui pourra s'étonner que Nous le définissions le rendez-vous de toutes les hérésies. Si quelqu'un s'était donné la tâche de recueillir toutes les erreurs qui furent jamais contre la foi et d'en concentrer la substance et comme le suc en une seule, véritablement il n'eut pas mieux réussi. Ce n'est pas encore assez dire : Les modernistes ne ruinent pas seulement la religion catholique, mais toute religion », pour aboutir à « l'identité de l'homme et de Dieu, c'est-à-dire au panthéisme ».

Ce qui rend cette tentation si radicale, infiniment dangereuse, comme l'observe S. S, Pie X, « c'est que les artisans du modernisme, il n'y a pas à les chercher aujourd'hui parmi les ennemis déclarés. Ils se cachent, et c'est un sujet d'appréhension et d'angoisse très vive, dans le sein même et au cœur de l'Eglise, ennemis d'autant plus redoutables qu'ils le sont moins ouvertement. Nous parlons d'un grand nombre de catholiques laïques et, ce qui est encore plus à déplorer, de prêtres, qui, sous couleur d'amour de l'Eglise, absolument courts de philosophie et de théologie sérieuses, imprégnés au contraire jusqu'aux moelles d'un venin d'erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, donnent, audacieusement, en phalanges serrées, l'assaut à tout ce qu'il y a de plus sacré dans l'œuvre de Jésus-Christ... Ce n'est pas du dehors, c'est du dedans qu'ils trament sa ruine... Amalgamant en eux le rationaliste et le catholique, ils le font avec un tel raffinement d'habileté qu'ils abusent facilement les esprits mal avertis ».

Le P. Weiss, dans son livre Le Péril religieux, montre l'extension et l'empire que le modernisme a pris dans le monde des « intellectuels ». Il termine l'avant-dernier chapitre de son ouvrage par ces paroles qui sont la conclusion de toutes les citations qu'il a prises dans une multitude d'auteurs et de tous les faits qu'il a rapportés : « L'homme moderne considère «l'humanité » comme son propre Dieu, et se conduit comme son propre maître et seigneur, non seulement à l'égard des autres hommes, mais à l'égard de Dieu. Si l'on veut indiquer la place que l'homme prend dans la pensée moderne, il n'y a pas d'autre mot à employer que celui d'homothéisme, employé par Léo Berg, ou bien encore d'égothéisme, employé par Kircher. On ne peut imaginer un contraste plus grand avec la conception chrétienne de l'homme. » Ajoutons que l'on ne peut rien concevoir de plus parfaitement identique à l'attitude des anges rebelles en face de Dieu au jour de la grande tentation.

Que l'on ne croie point que cet état d'esprit et de cœur reste confiné dans le cercle des « intellectuels ». La littérature verse ce poison en silence, goutte à goutte, dans les veines du public, de tout le public. Pas un jour ne s'écoule sans que journaux, revues, magazines, etc., n'insinuent ce venin dans le cœur de millions d'individus, ici dans un article de fond, là dans un feuilleton, ailleurs dans une correspondance ou une courte note.

« Il n'est pas douteux, écrivait récemment un publiciste, M. Maurice Talmeyr, que, depuis le dix-huitième siècle, il n'y ait toujours eu, en permanence, une conjuration philosophique et littéraire — soit de la prudence la plus extrême, soit de la plus extrême audace, — pour arracher de nos esprits non seulement toute espèce de catholicisme, mais toute croyance à un surnaturel quelconque. Il est également certain que cette conjuration, à l'heure actuelle, bat son plein, en mesurant toujours son action aux milieux où elle doit l'exercer ».

L'action de la littérature sur l'esprit public, quoique s'exerçant tous les jours sur la multitude, ne fut point jugée assez prompte par les conjurés, ni assez décisive, et c'est pourquoi l'école neutre fut instituée. Grâce à elle, a écrit M. Payot dans son Cours de morale (p. 199), « toute idée surnaturelle aura bientôt disparu ». L'image qu'il emploie pour exprimer sa pensée est bien faite pour inspirer à l'instituteur et par lui à l'enfant le plus profond mépris de tout l'objet de la foi chrétienne :

« C'est dans la mer seulement, où le fleuve mêle ses eaux à celles des autres fleuves, que la boue qu'il charrie tombera au fond. Il en est ainsi des civilisations, des philosophies et des religions qui ne perdront leurs croyances troubles et ne se décanteront que dans la religion universelle qui réunira les consciences supérieures libérées des étroitesses des hypothèses et des dogmes qui divisent. »

Et ailleurs dans la préface de ce même livre :

« Quant à la croyance au surnaturel elle porte atteinte à l'éducation du sens de la causalité, déjà lent à s'éveiller; or le sens de la causalité est la caractéristique des esprits sains et vigoureux. Si chacun observait les causes réelles de ses échecs, de ses souffrances, quels progrès dans l'art de vivre ! Aussi la croyance au surnaturel, qui théoriquement, est une doctrine de néant est-elle dangereuse en éducation, car elle risque de faire perdre à l'esprit son contact avec la réalité, c'est-à-dire avec le réseau serré des lois dont la connaissance assure notre liberté. Elle donne de l'essor et de l'autorité à l'imagination décevante, maîtresse d'erreur et de fausseté, puissance ennemie de la Raison » (2).

« L'école, avait dit M. Spuller lors de l'institution de l'école neutre et alors qu'il était lui-même ministre de l'instruction publique (3), l'école, voilà désormais le temple de la foi des temps nouveaux », des temps où toute pensée surnaturelle sera absente des esprits, où il n'y aura plus d'autre foi que celle accordée aux dires des savants, de ces savants qui font de la nature le seul Dieu connaissable.

Inutile d'insister. La question de la neutralité scolaire, de son but et de ses suites, a été trop abondamment traitée, lors de la discussion des dernières lois scolaires pour qu'elle ne soit point présente à l'esprit de nos lecteurs. Observons cependant que si l'enseignement actuellement donné à l'enfance va jusqu'à ruiner les fondements de la religion naturelle elle-même, jusqu'à nier l'existence de Dieu, la spiritualité de l'âme, etc., celui qui inspire nos législateurs sait qu'un jour ou l'autre une réaction se fera infailliblement, parce que l'homme est fait de telle sorte qu'il ne peut être sans religion. Mais il espère que la notion même de l'état surnaturel auquel nous avons été appelés étant entièrement extirpée de l'esprit humain, les hommes n'y reviendront pas, n'y pourront revenir, et que dans la détresse où l'athéisme les aura plongés, ils n'auront plus d'autres aspirations que celles qui appartiennent à la nature, à l'intelligence et au cœur renfermés dans leurs bornes naturelles. Ils auront alors amené l'humanité au point où le tentateur la veut, pour qu'il puisse de nouveau régner sur elle, et cela désormais à toujours, la Rédemption ayant été méprisée et le Rédempteur rejeté.

Lorsque J. de Maistre, — aux débuts de la Révolution qui fut le point culminant de la première phase de la tentation naturaliste, disait d'elle : « Elle est satanique », il ne voyait point le pourquoi de cette invasion de Satan dans notre monde; il constatait le fait, il voyait les Jacobins mus par les esprits infernaux, il n'avait point le mot de leur intervention, il ne savait pas la pensée dernière de Lucifer : rejeter la France et, par elle la chrétienté, dans le naturalisme pour ressaisir ainsi l'empire sur l'humanité une seconde fois déchue.

L'œuvre avance, l'œuvre de la suprême iniquité et de la radicale infidélité. L'apôtre saint Paul nous a mis en garde contre « le mystère d'iniquité », Ce mot mystère ne désignait-il pas une trame secrète? Nous la faisons remonter au XIVe siècle, parce qu'alors elle a commencé de se manifester; mais l'apôtre saint Paul la voyait déjà se former sous ses yeux divinement éclairés. Ce mystère d'iniquité, il l'appelait aussi la grande apostasie. Elle se consomme sous nos yeux.

M. Ferdinand Buisson l'a constaté en ces termes : « L'Etat sans Dieu, l'école sans Dieu, la mairie sans Dieu, le tribunal sans Dieu, comme aussi la science et la morale sans Dieu, c'est tout simplement la conception d'une société humaine qui veut se fonder exclusivement sur la notion humaine, sur ses phénomènes et sur ses lois. Détacher de l'Eglise la nation, la famille, les individus, — la démocratie, poussée par un merveilleux instinct de ses besoins et de ses devoirs prochains — s'y prépare ». Nous assistons à la sécularisation absolue du gouvernement et des lois, du régime administratif et de l'économie sociale, de la politique interne et des relations internationales. Tout cela s'est affranchi de l'Eglise, du Rédempteur et de Dieu. C'est le fait dominant de la société nouvelle.

Et à ce fait, nombre de catholiques se rallient. Ils disent que les sociétés, jusque-là chrétiennes, peuvent éliminer de la vie publique tout élément surnaturel et se replacer dans les conditions de ce qu'ils croient être le droit de la nature. Ils voient même en cela un progrès. Ils l'appellent « Le progrès », la bonification par excellence !

Et ce à quoi ils applaudissent en dehors d'eux, ils y tendent eux-mêmes, pour leur propre compte.

Peut-il en être autrement ? « Les citoyens demeureront toujours grandement exposés à cette maladie du naturalisme dans les pays où le naturalisme sera admis comme l'état normal et légitime des institutions et des sociétés publiques » (4).

Le cardinal Pie a recueilli sur les lèvres d'une des victimes de cet état social ces paroles qui veulent être une justification du naturalisme individuel :

« A Dieu ne plaise que je m'attache jamais, de propos délibéré du moins, à cette vie grossière des sens qui assimile l'être intelligent à l'animal sans raison ! Cette vie ignoble est indigne d'un esprit cultivé, d'un cœur noble et bien fait : je repousse le matérialisme comme une honte pour l'esprit humain. Je professe hautement les doctrines spiritualistes ; je veux, de toute l'énergie de ma volonté, vivre de la vie de l'esprit et observer les lois exactes du devoir. Mais vous me parlez d'une vie supérieure et surnaturelle : vous développez tout un ordre surhumain, basé principalement sur le fait de l'incarnation d'une personne divine; vous me promettez, pour l'éternité, une gloire infinie, la vue de Dieu face à face, la connaissance et la possession de Dieu, tel qu'il se connaît et qu'il se possède lui-même; comme moyens proportionnés à cette fin, vous m'indiquez les éléments divers qui forment, en quelque sorte, l'appareil de la vie surnaturelle : foi en Jésus-Christ, préceptes et conseils évangéliques, vertus infuses et théologales, grâces actuelles, grâce sanctifiante, dons de l'Esprit-Saint, sacrifice, sacrements, obéissance à l'Eglise. J'admire cette hauteur de vues et de spéculations. Mais, si je rougis de tout ce qui m'abaisserait au-dessous de ma nature, je n'ai non plus aucun attrait pour ce qui tend à m'élever au-dessus. Ni si bas, ni si haut. Je ne veux faire ni la bête, ni l’ange; je veux rester homme. D'ailleurs, j'estime grandement ma nature; réduite à ses éléments essentiels et telle que Dieu l'a faite, je la trouve suffisante. Je n'ai pas la prétention d'arriver après cette vie à une félicité si ineffable, à une gloire si transcendante, si supérieure à toutes les données de ma raison; et, surtout, je n'ai pas le courage de me soumettre ici-bas à tout cet ensemble d'obligations et de vertus surhumaines. Je serai dont reconnaissant envers Dieu de ses généreuses intentions, mais je n'accepterai pas ce bienfait qui serait pour moi un fardeau. Il est de l'essence de tout privilège de pouvoir être refusé. Et puisque tout cet ordre surnaturel, tout cet ensemble de la révélation est un don de Dieu, gratuitement ajouté par sa libéralité et sa bonté aux lois et aux destinées de ma nature, je m'en tiendrai à ma condition première. »

Ainsi parle « l'honnête homme ».

Tel avait été, équivalemment du moins, le raisonnement d'Adam, lorsque le tentateur lui dit : « Vous serez comme des dieux, vous trouverez votre suffisance en vous-mêmes ». Tel celui de Lucifer.

Comme l'observe le cardinal Pie, la prétention de celui qui veut se claquemurer dans le naturalisme, vivre de la vie de la raison sans participer à la vie surnaturelle, est une prétention pratiquement chimérique et impossible; car, depuis le péché du premier père, l'homme a été blessé dans sa nature; il est malade dans son esprit et sa volonté. Il n'est capable par lui-même ni de connaître toute la vérité, ni de pratiquer toute la morale même naturelle,, encore moins de surmonter toutes les tentations de la chair et du démon sans une lumière et une grâce d'en haut.

Mais de plus, ce raisonnement méconnaît le souverain domaine de Dieu qui après avoir tiré l'homme du néant, conservait le droit de perfectionner son ouvrage et de l'élever à une destinée plus excellente que celle inhérente à sa condition naturelle. En nous assignant une vocation surnaturelle, Dieu a fait acte d'amour, mais il a fait aussi acte d'autorité. Il a donné, mais en donnant il veut qu'on accepte. Son bienfait nous devient un devoir. La qualité d'enfant de Dieu, le don de la grâce, la vocation à la gloire, c'est là une noblesse qui oblige; quiconque y forfait est coupable.

Ajoutons que ce qui oblige les individus oblige les nations. En faisant l'homme essentiellement sociable, Dieu n'a pu vouloir que la société humaine fût indépendante de Lui. Depuis que la plénitude des nations est entrée dans l'Eglise, l'ordre surnaturel s'impose à elles comme il s'impose à chacun de nous. Elles n'ont pas le droit de se rendre apostates. Si elles le font, une telle méconnaissance des droits de Dieu ne saurait prétendre à l'impunité. Peccatum peccavit Jérusalem; propterea instabilis facta est. La France a commis le péché d'abandonner Dieu, à cause de cela elle ne sait plus se tenir debout; et toujours chancelante, roulant de chute en chute, d'abîme en abîme, de catastrophe en catastrophe, elle cherche en vain à retrouver ses conditions d'équilibre et de stabilité. Tous ceux qui la glorifiaient en sont venues à la prendre en commisération, si ce n'est en mépris, en voyant ces humiliations. Omnes qui glorificabant eam, spreverunt illam quia viderunt ignominiam ejus.

Faut-il faire entendre une voix plus humaine ?

Déjà, en 1834, M. Guizot donnait cet avertissement :

« Se figure-t-on ce que deviendrait l'homme, les hommes, l'âme humaine et les sociétés humaines, si la religion y était effectivement abolie, si la foi religieuse en disparaissait réellement ? Je ne veux pas me répandre en complaintes morales et en pressentiments sinistres; mais je n'hésite pas à affirmer qu'il n'y a point d'imagination qui puisse se représenter, avec une vérité suffisante, ce qui arriverait en nous et autour de nous, si la place qu'y tiennent les croyances chrétiennes se trouvait tout à coup vide, et leur empire anéanti. Personne ne saurait dire à quel degré d'abaissement et de dérèglement tomberait l'humanité ».

 

Gladstone a dit de même :

« Du jour où le divorce entre la pensée humaine et le christianisme sera consommé, datera l'irrémédiable commencement de la décadence radicale de la civilisation dans le monde » (5).

 

1) N° de mars 1910, pp. 91-96.

2) 2e édition, page XI.

3) Discours prononcé à Lille en 1889.

4) Cardinal Pie, t. II, p. 402.

5) Discours à l'Université de Glasgow, 1879.

 

 

ISSUE DE L'ANTAGONISME ENTRE LES DEUX CIVILISATIONS

 

CHAPITRE LXVI

 

I. — PRÉMONITIONS DIVINES

 

Pages 902-913

 

Plusieurs auront été étonnés de nous voir, en ce temps de scepticisme, présenter à leur attention les paroles d'une Voyante. Ils ne doivent point perdre de vue que la lutte engagée entre la civilisation chrétienne et la civilisation païenne, ne doit pas être envisagée seulement dans les faits que l'histoire enregistre et dont elle est le témoin, mais dans leurs causes. Ces causes, nous les avons montrées à l'origine même du monde dans le don que Dieu a voulu faire à l'humanité, comme au monde angélique, de la vie surnaturelle, et dans l'opposition que les hommes, comme les démons, écoutant leur orgueil et prêtant l'oreille aux suggestions de Lucifer, font aux avances de la Bonté divine. La lutte qui se voit sur la terre n'est donc que la résultante de celle livrée dans des régions mystérieuses entre Satan et ses suppôts, les Kabbalistes et les Francs-Maçons, etc., d'une part, et d'autre part, les saints et leur Reine, la Mère de la grâce divine.

Déjà nous avons dû ouvrir, sous les yeux de nos lecteurs, le chapitre douzième de l'Apocalypse de salut Jean. Nous devons y revenir.

Dans ce chapitre, avons-nous dit, saint Jean nous transporte à la fois sur deux champs de bataille, l'un à la surface de la terre, l'autre dans les profondeurs des cieux. Il déroule sous nos yeux la double lutte crue le Dragon a engagée là-haut contre Michel et ses anges et celle qu'il soutient ici contre la Femme, Mère de celui à qui il appartient de gouverner toutes les nations. La scène céleste et la scène terrestre paraissent même se confondre et ce qui en fait le trait d'union, c'est la Femme qui apparaît de part et d'autre. Au ciel comme sur la terre, le Dragon se tient devant Elle, épiant l'heure de l'enfantement du Fils, le Fils du ciel, Notre-Seigneur. Jésus-Christ, le fils de la terre, la race de ceux qui s'opposent ici-bas à Satan sous la bannière de Marie.

Plusieurs traits de cette vision peuvent s'appliquer à la Très Sainte Vierge, mais pour pouvoir rendre compte de tous les traits de l'image symbolique qui est ici présentée, il faut les appliquer à l’Église : l'Église qui a commencé au Paradis terrestre pour se développer à travers les périodes patriarcale et mosaïque et atteindre sa forme définitive  dans le catholicisme, c'est l’humanité (1er trait) élevée par Dieu à une condition supérieure, à l'état surnaturel (2e  trait). Elle nous est représentée comme enfantant le Roi auquel le psaume II, 9, promet la victoire sur les nations, c'est-à-dire le Christ. En effet, l'humanité élevée et sanctifiée, doit produire le Christ intégral (3e trait) : d'abord Jésus-Christ lui-même, qui est véritablement Fils de l'homme, et comme tel, appartient à la race de la femme; puis tous les élus, membres du corps mystique dont il est la tête, avec lesquels Lui et sa Mère doivent, écraser la tête du serpent et régner en vainqueurs sur l'humanité rebelle à Dieu (1).

Après avoir montré la Franc-Maçonnerie dans son organisation, ses œuvres, ses aspirations, ses maîtres et son chef, nous devions donc transporter la pensée de nos lecteurs dans les régions mystiques où des âmes privilégiées entrent en lutte directe avec Satan et les siens pour s'opposer à leurs œuvres et en détruire les effets.

La conclusion de cette étude a été l'annonce discrète d'événements formidables qui se termineraient par le triomphe des Enfants de Dieu et la rénovation de l'ordre chrétien troublé depuis la Renaissance. Si l'on songe à la longueur de la période qu'ils doivent clore et à la grandeur de l'objet en litige, on ne s'étonnera point, on comprendra bien que ces événements doivent être tout à fait en dehors de l'ordre ordinaire des choses, et qu'ils soient de ceux dont Dieu a cru devoir nous prévenir.

Souvent il a eu la bonté de condescendre au désir du cœur humain impatient de connaître ses destinées. Dans les longs siècles qui ont précédé la venue du Messie, il a consolé l'attente par des promesses sans cesse renouvelées. Il a annoncé les événements dans lesquels elles devaient prendre corps, il a déterminé les temps et les lieux où devait se produire leur réalisation.

Le Messie venu, l'expiation accomplie, le salut mérité, Dieu pouvait laisser la Rédemption s'étendre de peuple à peuple, gagner les générations les unes après les autres, sans nous manifester le plan d'après lequel s'accomplirait l'œuvre du divin Sauveur. Il le fit cependant par le livre, qu'il dicta dans l'île de Pathmos à l'Apôtre bien-aimé.

Et maintenant, bien des faits nous permettent de croire qu'après cette révélation fondamentale il ne s'est point condamné à un silence absolu. Des jours obscurs et des jours terribles devaient venir où le courage des enfants de Dieu demanderait à être soutenu. Dans ces conjonctures, des hommes, des femmes de rare vertu, dont la sainteté, pour plusieurs du moins, a été attestée par des décrets de canonisation, sont venus dire : Dieu a manifesté ses voies à mon esprit et voici ce qui sera.

Pour aucun de ces propriétés, l'Église ne nous dit, comme elle le fait pour ceux de l'Ancien Testament et pour les Apôtres : L'Esprit-Saint s'est emparé de son intelligence et lui a dicté ces paroles (2). Mais elle affirme que le don de prophétie comme le don des miracles est permanent parmi les enfants de Dieu, qu'il s'est manifesté dans le passé et qu'il continuera à se manifester dans l'avenir. Nous pouvons donc ouvrir les livres où de saints personnages ont consigné ce qu'ils ont vu ou cru voir des desseins de Dieu, des démarches de sa Providence et chercher à y découvrir ce qui doit résulter des événements auxquels nous assistons.

Dans cette investigation, deux défauts sont à éviter : donner sa confiance à quiconque se présente comme prophète, voir dans tout ce qui est dit la révélation de ce qui se passe dans le temps où l'on se trouve.

Ne perdons jamais de vue dans une étude de ce genre la parole du psalmiste : « Dieu est de l'éternité à l'éternité, mille ans sont devant lui comme le jour qui s'écoule ou comme la nuit qui vient. » Par conséquent, ne nous étonnons point si, parlant aux siens, il les entretient d'événements à longue échéance, d'événements qui embrasseront parfois plusieurs siècles. C'est au-dessus des temps qu'il fait planer leur esprit, et c'est à cette hauteur que noms devons nous élever si nous voulons avoir l'intelligence de ce qui nous a été annoncé par eux, déjà dès le onzième siècle.

Ils ont assisté en esprit au long effort du naturalisme pour s'implanter dans la chrétienté, effort de cinq siècles aux dernières énergies duquel nous assistons.

Cinq siècles !

Si le fait n'était là, on aurait peine à croire à un si long combat. Mais l'enjeu, n'est-ce point cette chose qui surpasse toute chose : l'avenir de l'humanité, non seulement pour le temps, mais pour l'éternité ? Chez nous l'un des principaux éléments de la grandeur d'une œuvre, c'est le temps qu'elle demande, la durée nécessaire à son achèvement. Mais que sont nos cinq siècles de luttes en regard de la sublimité du duel engagé entre Lucifer et l'Homme-Dieu et de celui qui vit les armées de Satan s'attaquer aux armées de Michel pour leur enlever le don qui les divinise ? Et pour ce qui se passa dans l'Eden, sans doute, la Sainte Écriture nous en présente le récit dans des termes qui le mettaient à la portée des intelligences primitives pour lesquelles il fut d'abord rédigé; mais on n'a pas de peine à concevoir quelle fut la grandeur du drame qui devait avoir de si grandes conséquences pour le genre humain tout entier et pour toute la suite des siècles.

L'épreuve à laquelle la chrétienté est soumise depuis le quatorzième siècle, le siège de l'Église par la secte maçonnique, l'envahissement progressif du naturalisme dans la cité de Dieu par la Renaissance, puis la Réforme, puis le Philosophisme, puis la Révolution répond, par son ampleur à la grandeur des drames précédents.

Une pensée cependant se présente. Comment Dieu dans son infinie bonté peut-il laisser ainsi durer un scandale auquel tant d'âmes achopperont ?

Il n'y a d'autre réponse que celle de l'Esprit-Saint par la bouche de Salomon dans l'Ancien Testament et celle de saint Paul dans le Nouveau :

« Quel homme peut connaître le conseil de Dieu ?

Qui peut pénétrer ce que veut le Seigneur ?

Les pensées des hommes sont incertaines,

Et nos opinions sont hasardées.

Nous avons peine à comprendre ce qui est sur la terre,

Et nous n'apercevons point sans travail ce qui est dans nos mains ;

Qui donc a pénétré ce qui est dans le ciel ? » (3). Et l'Apôtre :

« 0 profondeur insondable de la sagesse et de la science de Dieu que ses jugements sont inconcevables et ses voies incompréhensibles. Qui a connu la pensée du Seigneur, ou qui a été son conseiller? De Lui, par Lui et pour Lui sont toutes choses » (4).

Mais s'il a fait toutes choses pour sa gloire, il les a aussi faites pour notre salut; et qui oserait dire que le nombre des saints, le nombre de ceux qui jouiront de l'éternelle Béatitude aurait été plus grand durant ces cinq siècles, et que leurs vertus auraient été plus héroïques et leur gloire plus illustre si leur vie s'était écoulée dans une paix sans stimulants et sans combats. Et puis dans la considération des œuvres de Dieu, il faut savoir ne point borner son horizon. Que sont nos cinq siècles de luttes auprès de cinquante, soixante siècles, plus peut-être qui ont dû attendre la venue du divin Rédempteur, et auprès de ceux plus nombreux que l'on peut supposer devoir jouir des fruits de sa Rédemption ! Cette pensée n'est point téméraire : le Saint-Esprit ne nous a-t-il point appris qu'il règle toutes choses avec mesure, nombre et poids ?

Dieu plane au-dessus de l'immense champ de bataille qui embrasse toute la création, seul éternel, seul principe de tout être, des substances spirituelles, aussi bien que des substances matérielles : auteur de tout ce qu'il y a d'être dans les démons, aussi bien que dans toutes les autres créatures, il domine les combattants de toute la hauteur de son être infini. Il n'est point compromis dans la lutte, quelles qu'en soient les vicissitudes; il n'en peut être troublé, Ou plutôt il les dirige à ses fins « avec force et douceur », c'est-à-dire avec une puissance d'un succès; infaillible, quoique respectant la liberté de tous.

S'il est vrai que la lutte à laquelle nous assistons aujourd'hui remonte à la Renaissance, rien d'étonnant que Dieu en ait tracé dès cette époque les différentes phases. Le temps n'est point pour Dieu ce qu'il est pour nous. Il est de l'éternité à l'éternité, et mille ans sont à ses yeux comme le jour d'hier quand il passe et comme une veille de la nuit. Voilà ce que l'homme ne doit point cesser de se dire quand il considère les révolutions qui transforment le monde et qu'il en cherche l'intelligence. Des milliers d'années ont dû passer avant que pût s'accomplir la promesse faite à Adam d'un Rédempteur. Combien d'autres milliers, combien de luttes et de vicissitudes demande la Rédemption pour arriver à son terme, pour triompher de ce que le péché originel a mis au cœur de l'homme, pour achever dans leur étendue et leur perfection les desseins de la Bonté infinie l Aussi accueillons-nous facilement les paroles d'espérance et de réconfort que de grands serviteurs de Dieu sont venus nous apporter, et croyons-nous volontiers qu'ils étaient ses ambassadeurs lorsque à l'entrée de cette longue période de luttes, où le naturel voudrait étouffer le surnaturel, où Satan voudrait triompher de la Vierge, ils vinrent dire : Ne craignez rien, Dieu est avec vous, et il est le souverain Maître de toutes choses, il saura faire tourner à votre avantage et à sa gloire, la méchanceté du démon.

« Notre siècle, a dit Mgr Roess, évêque de Strasbourg, a particulièrement besoin de savoir que Dieu dirige tous les événements de ce monde par sa divine Providence, et que, s'il veut bien, faire connaître ses desseins à l'humanité, c'est aux âmes humbles qu'il les révèle. » Et Mgr Vibert, évêque de Saint-Jean-de-Maurienne : « Dieu prouve, par ces prophéties, que tout est soumis à son gouvernement; et, pour que la preuve soit plus complète, il ne se sert presque toujours, pour annoncer les plus grands événements, que de ceux qui sont petits et sans valeur; selon le monde : Revelasti ea parvulis. » Mgr Marinelli, évêque de Syra, dit de son côté : « Dans l'immense amour que Dieu porte à son Église, œuvre de ses mains, et aux hommes qui, la plupart du temps, sont ingrats, mais n'en restent pas moins ses créatures, il a daigné prédire et annoncer aux mortels par la bouche de ses prophètes, depuis le commencement du monde, et dans l'Ancien Testament, vraie figure et type de son Église sous le Nouveau Testament, les vicissitudes de la Sainte Église, les tribulations et les maux qui, à toutes les époques et surtout vers la fin des temps, devaient frapper et opprimer le monde, afin de tenir les hommes en éveil contre Satan et ses émissaires, et de les disposer à prévenir, dans la pénitence et l'humilité, les coups suspendus par la Justice divine sur la tête des méchants. C'est aussi par une particulière Providence que Dieu a voulu faire précéder, en tous temps, les grandes catastrophes du monde et les grandes tribulations de l'Eglise de signes précurseurs et de prédictions, parce que les coups prévus d'avance sont moins terribles à supporter, dit saint Grégoire-le-Grand. »

Depuis cinq siècles, sous la direction de Lucifer et par l'action des loges, le judaïsme, le protestantisme et le modernisme aidés par toutes les passions et par tous les vices sont à l'assaut de la civilisation chrétienne. Aujourd'hui leurs bataillons réunis font le suprême effort pour substituer à la religion divine la religion de l'humanité et rendre à Satan la direction des âmes et des peuples.

Cette fois, pensent-ils, c'est l'engagement définitif, car leur maître sait la parole de l'Apôtre : « Il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste, qui ont eu part au Saint-Esprit, qui ont goûté la parole de Dieu et les merveilles du monde à venir, et qui pourtant sont tombés, de les renouveler une seconde fois en les amenant à la pénitence, eux qui pour leur part crucifient de nouveau le Fils de Dieu et le livrent à l'ignominie Lorsqu'une terre, abreuvée par la pluie qui tombe souvent sur elle, produit une herbe utile à ceux pour qui on la cultive, elle a part à la bénédiction de Dieu; mais si elle ne produit que des épines et des chardons elle est jugée de mauvaise qualité, près d'être maudite, et l'on finit par y mettre le feu » (5).

Sera-ce le sort de la génération présente ? Sommes-nous jugés avoir assez « méprisé les richesses de la bonté, de la patience et de la longanimité divines » (6) ? Il en est qui le croient et non des moins éclairés.

Depuis la Révolution, le naturalisme s'est emparé de tout l'organisme social. S'il ne peut régir toutes, les existences individuelles, il veut être la loi des États et le principe régulateur du monde moderne. La notion séculaire de l'État chrétien, de la loi chrétienne, du prince chrétien, notion si magnifiquement posée dès les premiers âges du christianisme, est abolie, semble-t-il, à tout jamais. La sécularisation de tout l'ordre social est le mot d'ordre donné, accepté, et dont la réalisation se poursuit avec une persévérance qui ne s'est point lassée depuis plus d'un siècle et qui vient d'aboutir en France à la séparation de l'Église et de l'État, c'est-à-dire à une sorte d'apostasie. Partout d'ailleurs, les gouvernants et les peuples imprégnés de cette doctrine que l'élément civil et social ne relève que de l'ordre humain, se sont soulevés contre Dieu et contre son Christ, ils brisent leurs liens, ils secouent le joug de ce qu'ils appellent la superstition. Ils en sont arrivés non seulement à la négation de tout ordre et de tout être surnaturel, mais à la déification de l'homme substitué à Dieu.

Par l'école, ils ont pris le moyen de rendre leur œuvre perpétuelle et indestructible.

Ils vont plus loin que Satan. Jamais Satan n'a nié Dieu. Il ne le pourrait : Sa nature si élevée et par conséquent si éclairée ne le permet point. Eux, abusant de la faiblesse intellectuelle de l'enfant, ne se contentent pas d'introduire dans son âme le mépris de l'Église, de ses enseignements, de ses sacrements, de tout ce qui constitue le surnaturel. Ils nient non seulement le Christ, autour de la grâce, mais même l'existence d'un Dieu créateur. Et comme  l'idée de Dieu ne cesse de hanter l'esprit humain, dans les régions supérieures de l'enseignement, ils la corrompent. Dieu, disent-ils, n'est autre chose que le monde conçu par notre esprit sous sa forme idéale et le monde pas autre chose que Dieu lui-même perçu par nous dans sa réalité.

C'est à cette doctrine qu'aboutit le MODERNISME que Sa Sainteté Pie X a mise à nu dans l'Encyclique Pascendi, le poursuivant, le décimant, l'anathématisant dans tous et chacun de ses appareils d'érudition et de raisonnement.

Le fond de l'abîme n'est-il pas atteint et que faut-il de plus pour avoir à redouter les menaces que saint Paul nous a fait entendre ? La prophétie de Daniel est réalisée dans toute son étendue : « Et elevabitur et magnificabitur adversus Deum, et adversus Deum deorum loquetur magnifica. L'homme s'élèvera contre le Seigneur; il proférera contre le Dieu des dieux des insolences superbes, on verra l'apothéose de l'homme à l'exclusion de toute divinité ».

Qu'attendre dans cet état que la foudre qui anéantit ? Le monde, s'il veut persévérer n'a plus de raison d'être.

Se convertira-t-il ? Se retournera-t-il vers Dieu pour lui dire la prière que Jérémie lui adressa à la suite de ses lamentations ?

« Toi, Jéhovah, Tu règnes éternellement ! » Ton trône subsiste d'âge en âge. » Pourquoi nous oublierais-tu à jamais ? Nous abandonnerais-tu pour toute la durée de nos jours ? Fais-nous revenir à Toi; Jéhovah ! et nous reviendrons ;

Donne-nous d’autres jours comme ceux d'autrefois. »

Voilà la grande énigme du jour. Les peuples chrétiens se convertiront, et le monde pourra jouir des longs siècles de prospérité temporelle et spirituelle que quelques-uns espèrent; ou il persévérera dans son apostasie et alors Dieu frappera le monde.

Laquelle de ces deux solutions un prochain avenir verra-t-il se réaliser ?

Qui peut le dire s'il ne consulte que sa propre sagesse ? Les miséricordes de Dieu sont infinies et la malice de l'homme excitée par la perversité de Satan ne connaît point de bornes. Cependant, Dieu nous fait des avances répétées, les invites les plus pressantes : le Sacré-Cœur, l'Immaculée Conception et aujourd'hui la canonisation de Jeanne d'Arc. Finirons-nous par suivre, ou serons-nous comme les eaux qui ne remontent point à leurs sources ? L'histoire présente-t-elle l'exemple d'un peuple sorti de sa voie et qui y soit rentré ? Après les réactions, réactions d'un jour qui suivent les catastrophes, on voit les peuples se retrouver ce qu'ils étaient avant elles.

C'est notre fait d'hier et d'aujourd'hui.

Dieu dans sa prédilection fera-t-il pour nous une exception à la loi de l'histoire ?

Il en est qui portent cette espérance au cœur et qui l'ont exprimée.

« Pour répondre aux prières des saints, dit M. de Saint-Bonnet, Dieu nous rappellera des bords du néant, et le genre humain, stupéfait de l'iniquité commise en reniant son Créateur et son Rédempteur, éclairé sur l'inanité de son long vouloir, de ses inutiles efforts pour mettre le paradis sur la terre, laissera tomber son orgueil et retournera aux sources de la vie. Les générations qui seront ensuite appelées à compléter le nombre des élus, se trouveront édifiées pour jamais par la grandeur de ce triple spectacle ; une profondeur dans la malice humaine n'ayant d'égale que l'impuissance où elle se sera vue réduite; le néant dans lequel sera momentanément rentrée la civilisation qui s'est dépouillée de la foi; puis, comme aux jours de Noé, un miracle de la Bonté intervenant pour que l'Homme soit encore. »

« Cela doit se faire, a dit le saint Pape Pie IX, par un prodige qui remplira le monde d'étonnement. »

J. de Maistre avait dit bien avant lui : « Je ne doute nullement de quelque événement extraordinaire », pour mettre fin à la situation présente.

Extraordinaire et même prodigieux ne veut point dire phénoménal. Qu'y a-t-il de plus extraordinaire et de plus prodigieux dans l'histoire de France et même, on peut dire, dans l'histoire du monde, que l'intervention de Jeanne d'Arc au moment où allait commencer pour la chrétienté la grande tentation qui se terminera peut-être avec sa glorification sur les autels ? Et qu'y a-t-il en même temps de plus simple et de plus facile à Dieu que de prendre une petite paysanne au milieu de son troupeau et de lui donner ses lumières pour mener à bien l'expulsion des Anglais du sol de la France ou pour nous délivrer de la tyrannie des francs-maçons, des juifs et de Satan ?

Si nous en croyons les saints, ce moment viendra, ce moment est proche.

 

1) La sainte Bible, traduite en français sur les textes originaux. T. VII, Apocalypse. P. Peffard, S. J.

2) Suivant la doctrine de l'Eglise, les révélations faites à un particulier n'ont qu'une valeur privée, n'engageant la croyance de personne, ne pouvant servir qu'à l'édification personnelle des fidèles, et l'Eglise, lorsqu'elle les approuve ne fait que reconnaître que l'on ne rencontre dans ces pages rien qui soit opposé à la foi ou à la morale chrétienne.

3) Sap. IX.

4) Ad Rom. XI, 33-36.

5) Ad Hæbr., VI, 4-8.

6) Ad Rom., II, 4.

 

ISSUE DE L'ANTAGONISME ENTRE LES DEUX CIVILISATIONS

 

CHAPITRE LXVII

 

II. — VOIX DES SAINTS

 

Pages 914-927

 

Dès le douzième siècle, Dieu manifesta à sainte Hildegarde, abbesse bénédictine, la grande Prophétesse du Nouveau Testament comme l'ont appelée ses contemporains, ce drame qui devait occuper; cinq à six siècles de l'histoire humaine. Saint Bernard, les papes Eugène III, Anastase IV et Adrien IV ont déclaré successivement que ses révélations avaient Dieu pour auteur. Ses œuvres ont été publiées dans la Patrologie de Migne. Tome CXCVII (1).

Dans une lettre adressée au clergé de Cologne et une autre à celui de Trêves, elle annonça le protestantisme fils de la Renaissance. Elle en marqua les causes et les auteurs. « Ces imposteurs, dit-elle, dans la première de ces lettres, ne sont pas ceux qui doivent précéder le dernier jour, mais ils en sont le germe et le précurseur. Toutefois leur triomphe n'aura qu'un temps. Puis viendra l’aurore de la justice, et votre fin sera meilleure que votre commencement. Instruits par tout le passé, vous resplendirez comme un or très pur, et vous demeurerez ainsi assez longtemps. » C'est au clergé qu'elle parle. Elle continue : « Le peuple spirituel sera affermi dans la justice par la terreur des fléaux passés, comme les, anges furent confirmés dans l'amour de Dieu par la chute du diable... Et les hommes admireront comment une si forte tempête a pu finir par un tel calme... et c'est ainsi que le résultat final de cette erreur sera la confusion du siècle. »

Dans la seconde lettre, elle annonce également une ère de rénovation, où la vertu refleurira comme aux plus beaux jours de l'Eglise.

Dans le Livre des œuvres divines (2), elle annonce la désagrégation du saint-empire romain, l'hostilité, croissante contre le Chef de l'Eglise de la part du Pouvoir séculier et la ruine du Pouvoir temporel des Papes. Puis elle dit : « Lorsque la crainte de Dieu sera tout à fait mise de côté, des guerres atroces et cruelles surgiront à l'envi, une foule de personnes y seront immolées, et bien des cités se changeront en un monceau de ruines. Des hommes d'une férocité sans pareille, suscités par la justice divine se joueront du repos de leurs semblables. Ainsi en a-t-il été depuis le commencement du monde : le Seigneur remettra à nos ennemis la verge de fer destinée à le venger de nos iniquités. Mais quand la société aura été enfin complètement purifiée par ces tribulations, les hommes fatigués de tant d'horreurs, reviendront pleinement à la pratique de la justice et se rangeront fidèlement sous les lois de l'Eglise qui nous rendent si agréables à Dieu... La consolation remplacera alors la désolation, les jours de la guérison feront oublier par leur prospérité les angoisses de la ruine... À ce moment de rénovation, la justice et la paix seront rétablies par des décrets si nouveaux et si peu attendus, que les peuples ravis d'admiration confesseront hautement que rien de semblable ne s'était vu jusque-là... Les Juifs se joindront aux chrétiens et reconnaîtront avec allégresse l'arrivée de Celui qu'ils niaient jusque-là être venu en ce monde... Alors surgiront des saints admirablement doués de l'esprit de Dieu, et l'on verra une surabondante floraison de tout genre de justice dans les fils et les filles des hommes,.. Les princes rivaliseront de zèle avec leurs peuples pour faire régner partout la loi de Dieu... Les juifs et les hérétiques ne mettront pas de bornes à leurs transports. « Enfin, s'écrieront-ils, l'heure de notre propre justification est venue, les liens de l'erreur sont tombés sous nos pieds, nous avons rejeté loin de nous le fardeau si lourd de la prévarication. »

« Cependant, même en ces jours, ajoute sainte Hildegarde, la justice et la piété auront parfois encore leurs moments de fatigue et de langueur, mais pour reprendre bientôt leur force première ; « l'iniquité lèvera parfois la tête, mais elle sera de nouveau terrassée, et la justice se maintiendra si ferme et si forte que les hommes de ce temps reviendront en toute honnêteté aux anciennes mœurs et à la sage discipline des temps anciens. Les princes et les puissants, comme les évêques et les supérieurs ecclésiastiques, prendront exemple sur ceux d'entre eux qui observeront la justice et mèneront une vie louable. Il en sera de même parmi les peuples qui travailleront à s'améliorer les uns les autres, parce que chacun considérera comment celui-ci ou celui-là s'élève à la pratique de la justice et de la piété. »

La conjuration antichrétienne triomphera cependant une dernière fois avec l’antéchrist dont sainte Hildegarde décrit aussi l'avènement, le règne et l'extermination.

Cette étonnante prophétie d'une sainte du onzième siècle n'a point encore été réalisée. Elle se rapporte évidemment à notre temps, puisqu'elle en vient à parler de la ruine du pouvoir temporel des Papes. Elle semble ainsi venir à l'appui de notre thèse qui considère ce qui se passe dans la catholicité depuis le quatorzième siècle jusqu'à nos jours, Renaissance, Réforme, Révolution, comme une seule et même épreuve, la tentation du naturalisme, l'antagonisme entre la civilisation humanitaire et la civilisation chrétienne, lutte qui se terminera par le triomphe de l'amour de Dieu sur l'égoïsme de la créature.

Vers la fin du XIVe siècle, c'est-à-dire au moment où 'la Renaissance faisait entrer le peuple chrétien dans les voies funestes que nous ne cessons de parcourir, sainte Catherine de Sienne qui eut la gloire de ramener la Papauté dans la ville éternelle prévit aussi l'infidélité des peuples chrétiens, les châtiments qu'elle attirerait et la miséricorde de Dieu qui nous en ferait sortir (3). Interrogée par Raymond de Capoue, son confesseur, elle dit: « ...Ces tribulations et ces angoisses passées, Dieu purifiera la sainte Église et ressuscitera l'esprit de ses élus par un moyen qui échappe à toute prévision humaine. Il y aura après cela, dans l'Eglise de Dieu, une réforme si complète et un renouvellement si heureux des saints pasteurs, qu'en y pensant mon esprit tressaille dans le Seigneur. Ainsi que je vous l'ai dit souvent en d'autres occasions, l'Épouse du Christ est maintenant comme défigurée et couverte de haillons; alors elle deviendra éclatante de beauté, elle sera ornée de précieux joyaux et couronnée du diadème de toutes les vertus. La multitude des peuples fidèles se réjouira de se voir dotée de si sainte pasteurs. De leur côté, les nations étrangères à l'Église, attirées par la bonne odeur de Jésus-Christ, reviendront au bercail de la catholicité et se convertiront au véritable Pasteur et Évêque de leurs âmes. Remerciez donc le Seigneur pour ce profond calme qu'il daignera rendre à l'Église après cette tempête » (4).

Au XVIe siècle, à la seconde étape du modernisme? une vierge italienne, la B. Catherine de Racconigi voyant les premières sessions du Concile de Trente, dit que les divisions de la Sainte Eglise ne seraient pas menées à bon terme par ce Concile : « Il n'y aura, dit-elle, pas de concile complet ou parfait avant le temps où viendra le très saint Pontife que l'on attend pour la future rénovation de l'Église. Les infidèles se convertiront alors avec une grande ferveur d'esprit à la sainte religion ! »

Au XVIIe siècle, le B. Grignon de Monfort, comme la V. Anne-Catherine Emmerich annonça que la rénovation de l'Église se ferait par Marie et les saints apôtres qu'elle suscitera. « Elle produira les plus grandes choses qui seront dans les derniers temps : la formation et l'éducation des grands Saints, qui seront sur la fin du monde, lui est réservée... Ils surpasseront autant en sainteté la plupart des autres saints que les cèdres du Liban surpassent les petits arbrisseaux. D'une main, les grandes âmes combattront, renverseront, écraseront les hérétiques avec leurs hérésies, les schismatiques avec leurs schismes, les idolâtres avec leurs idolâtries, les pécheurs avec leurs impiétés ; et de ,1'autre elles édifieront le temple du vrai Salomon et la mystique cité de Dieu... C'est par Marie que le salut- du monde a commencé, c'est par Marie qu'il doit être consommé. »

Saint Léonard de Port-Maurice marque comme point de départ de cette Intervention de la Très Sainte Vierge, la définition de son Immaculée Conception.

Le V. Holzhauser, dans son interprétation de l'Apocalypse, annonce un monarque puissant et un Pontife saint qui seront les instruments des miséricordes divines.

« Tandis que tout est dévasté par la guerre, que les catholiques sont opprimés par les hérétiques et les mauvais chrétiens, que l'Eglise et ses ministres sont rendus tributaires, que les royaumes sont bouleversés, que les monarques sont tués, que les sujets sont tourmentés et que tous les hommes conspirent à ériger des républiques, il se fait un changement étonnant par la main du Dieu tout-puissant, tel que personne ne peut humainement l'imaginer. Le monarque puissant qui viendra comme envoyé de Dieu, détruira les républiques de fond en comble, il soumettra tout à son pouvoir et emploiera son zèle en faveur de la vraie Église du Christ. Toutes les hérésies seront reléguées en enfer. Toutes les nations viendront et adoreront le Seigneur leur Dieu dans la vraie foi catholique et romaine. Beaucoup de saints et de docteurs fleuriront sur la terre. La paix régnera dans tout l'univers, parce que la puissance divine liera Satan pour plusieurs années, jusqu'à ce que vienne le fils de perdition qui le déliera de nouveau... Les sciences seront multipliées et parfaites sur la terre. La Sainte Écriture sera comprise unanimement, sans controverse et sans erreur des hérésies. Les hommes seront éclairés tant dans les sciences naturelles que dans les sciences célestes ». Il est à remarquer que ceci était écrit au milieu du XVIIe siècle où Ton ne pouvait avoir l'idée du développement des sciences naturelles auquel nous assistons. Le V. Holzhauser dit encore : « II y aura un concile œcuménique le plus grand qui ait jamais eu lieu, dans lequel, par une faveur particulière de Dieu, par la puissance du monarque annoncé, par l'autorité de saint Pontife, et par l'unité des princes les plus pieux, toutes les hérésies et l'athéisme seront bannis de la terre. On y déclarera le sens légitime de la Sainte Écriture qui sera crue et admise par tout le monde, parce que Dieu aura ouvert la porte de sa grâce. »

Il est souvent parlé dans les autres prophéties du grand roi et du saint Pontife qui doivent agir de concert pour rétablir toutes choses dans la vérité et dans la justice. Nous ne rapporterons point ce qu'elles disent à ce sujet, non plus que le détail des événements qu'elles annoncent; il y a dans ces prédictions particulières trop d'aléas pour qu'on puisse s'y attacher. Ce que nous nous sommes proposé, c'est uniquement de montrer comment Dieu semble avoir voulu soutenir le courage de ses enfants au milieu des calamités que tout annonce comme prochaines, en leur disant : durant ces châtiments je serai toujours avec vous et après l'exercice de la justice, viendra une manifestation de miséricorde et d'amour si grande qu'il n'y en a point encore eu de semblable.

La V. Marie d'Agréda, auteur de la Cité mystique (5), rapporte qu'étant au chœur, un jour de l'Immaculée Conception, pour y dire Matines, elle fut ravie en extase. Elle vit un dragon hideux à sept têtes sortir de l'abîme accompagné de milliers d'autres qui parcoururent tous ensemble le monde, cherchant et se désignant les hommes; dont ils se serviraient pour s'opposer aux desseins du Seigneur, et pour tacher d'empêcher la gloire de sa très sainte Mère et les bienfaits qui allaient être déposés dans sa main pour l'univers entier. Le grand dragon et ses satellites répandaient des flots de fumée et de venin pour envelopper les hommes de ténèbres et d'erreurs et les infester de malice. « Cette vision des dragons infernaux me causa, dit-elle, une juste douleur. Mais je vis aussitôt après que deux armées bien rangées se disposaient dans le ciel à combattre contre eux. L'une de ces armées était de notre grande Reine et des Saints, et l'autre était, de saint Michel et de ses anges. Je connus que le combat serait acharné de part et d'autre; mais l'issue de la lutte n'était pas douteuse. »

Une religieuse franciscaine du monastère des Urbanistes de Fougères, née en 1731 et morte en 1798, prédit la Révolution, la troisième étape du modernisme, celle que nous parcourons encore, en marqua les causes; les principes nouveaux (principes de 89), donneraient à la France une nouvelle constitution d'où sortiraient les plus grands malheurs. Puis elle ajouta : « Je ne dois pas cacher les espérances que Dieu me donne du rétablissement de la religion et du recouvrement des pouvoirs de Notre Saint Père le Pape. Je vois dans la lumière du Seigneur une grande Puissance conduite par le Saint Esprit et qui, par un second bouleversement (6), rétablira le bon ordre. Tous les faux cultes seront abolis, je veux dire, tous les abus de la Révolution seront détruits et les autels du vrai Dieu rétablis. Les anciens usages seront remis en vigueur, et la religion, du moins à quelques égards, deviendra plus florissante que jamais... Après que Dieu aura satisfait sa justice, il versera des grâces en abondance sur son Église. Elle verra des choses éclatantes même de la part de ses persécuteurs, qui viendront se jeter à ses pieds, la reconnaître et demander pardon à Dieu et à elle de tous leurs forfaits et de tous les outrages qu'ils lui ont faits. »

Une Romaine, Elisabeth Canori-Mora, du Tiers-Ordre de la Sainte-Trinité (1774-1825), au moment où la Haute-Vente s'établit à Rome et y trama les complots que nous avons rapportés ailleurs, en eut connaissance par révélation, comme Anne-Catherine Emmerich, et pour faire échouer ses machinations s'offrit aussi comme victime à la justice divine. Le 8 décembre 1820, Notre-Seigneur lui apparut et l'exhorta à accepter les tourments que les puissances infernales lui feraient souffrir en son corps et en son âme qui serait réduite à une agonie comparable à la sienne au Jardin des Olives. Le 15 février 1821,, alors que les démons rugissaient de la voir déjouer par son immolation leurs trames infernales, Notre-Seigneur lui apparut de nouveau et lui dit : « Ton sacrifice fort et constant a fait violence à ma justice. Je suspens pour l'instant le châtiment mérité. Les chrétiens ne seront pas dispersés, ni Rome privée du Souverain Pontife. Je réformerai mon peuple et mon Eglise. J'enverrai des prêtres très zélés, j'enverrai également mon Esprit renouveler la terre. »

Parlant du châtiment qui doit précéder cette rénovation, elle dit : « Tous les hommes seront en révolte; ils se tueront mutuellement en se massacrant sans pitié. Pendant ce combat sanglant, la main vengeresse de Dieu sera sur ces malheureux, et par sa puissance il punira leur orgueil. Il se servira de la puissance des ténèbres pour exterminer ces hommes sectaires et impies, qui voudraient renverser la Sainte Église et la détruire jusque dans ses fondements. D'immenses légions de démons parcourront le monde entier et par les grandes ruines qu'ils causeront, ils exécuteront les ordres de la Justice divine. Les hommes seront ainsi châtiés par la cruauté des démons parce qu'ils se seront soumis volontairement au pouvoir infernal et qu'ils se seront alliés avec lui contre l'Église catholique... Heureux les bons et véritables catholiques ! Ils auront pour eux la puissante protection des saints Apôtres Pierre et Paul qui veilleront sur eux afin qu'il ne leur soit fait aucun dommage, ni dans leurs personnes ni dans leurs biens. Les mauvais esprits dévasteront tous les lieux où Dieu aura été outragé, blasphémé et traité d'une manière sacrilège. Ces lieux seront ruinés, anéantis, il n'en restera aucun vestige. Après ce terrible châtiment, je vis tout à coup le ciel s'éclaircir. Saint Pierre et saint Paul, par ordre de Dieu, enchaînèrent les démons et les firent rentrer dans les cavernes ténébreuses d'où ils étaient sortis. Alors apparut sur la terre une belle clarté qui annonçait la réconciliation de Dieu avec les hommes. Ils offrirent leurs actions de grâces à Dieu qui n'avait pas permis que l'Eglise fût entraînée par les fausses maximes du monde. Les ordres religieux furent rétablis et les maisons des chrétiens ressemblaient aux maisons religieuses tant étaient grands la ferveur et le zèle pour la gloire de Dieu, » .

En ce même moment, l'esprit prophétique semble avoir été aussi donné au P. Nectou de la Compagnie de Jésus. Mgr Lyonnet, archevêque d'Alby, dans son histoire de Mgr d'Aviau, archevêque de Bordeaux, dit de lui que « nouveau Jérémie, il avait annoncé le décret qui disperserait sa société, la Compagnie de Jésus, avec des détails que la perspicacité humaine ne pouvait entrevoir : noms propres, dates, et autres circonstances étaient indiquées avec une exactitude qui tenait du prodige. » D'après Mgr Gillis, vicaire apostolique d'Edimbourg, le P. Nectou aurait aussi annoncé dès avant la révolution de 1789, la Restauration, suivie de l'usurpation de Louis-Philippe, et plus tard la contre-révolution. Voici comment cela se ferait : « Il se formera en France deux partis qui se feront une guerre à mort. L'un sera beaucoup plus nombreux que l'autre, mais ce sera le plus faible qui triomphera. Il y aura alors un moment si affreux que l'on se croira à la fin du monde. Le sang ruissellera dans plusieurs grandes villes. Les éléments seront soulevés. Ce sera comme un petit jugement. Il périra dans cette catastrophe une grande multitude, mais les méchants ne prévaudront point. Ils auront bien l'intention de détruire entièrement l'Église; le temps ne leur en sera pas donné, car cette horrible période sera de courte durée. Au moment où on croira tout perdu, tout sera sauvé. Ce bouleversement épouvantable sera général et non pour la France seulement.

« A la suite de ces affreux événements tout rentrera dans l'ordre; justice sera faite à tout le monde; la contre-révolution sera consommée. Alors le triomphe de l'Eglise sera tel qu'il n'y en aura jamais eu de semblable.

« On sera près de cette catastrophe quand l'Angleterre commencera à s'ébranler (sans doute, pour le retour à l'unité catholique, cet ébranlement existe).

« Lorsqu'on sera près de ces événements qui doivent amener le triomphe de l'Eglise, tout sera si troublé sur la terre qu'on croira que Dieu a entièrement abandonné les hommes à leur sens réprouvé et que la divine Providence ne prend plus de soin du monde (que de personnes sont tentées de le dire à l'heure actuelle).

« Quand viendra le moment de la dernière crise, il n'y aura rien à faire qu'à demeurer où Dieu, nous aura placés, se renfermer dans son intérieur et prier, en attendant le passage de la justice divine. »

Dans le Problème de l'heure présente, nous avons eu occasion de parler de la prophétie de Sœur Marianne des Ursulines de Blois. Elle dit aussi : « Il faudra bien prier, car les méchants voudront tout détruire. Avant le grand combat ils seront les maîtres; ils feront tout le mal qu'ils pourront, non tout ce qu'ils voudront, parce qu'ils n'en auront pas le temps. Ce grand combat sera entre les bons et les méchants. Les bons étant moins nombreux seront sur le point d'être anéantis : Mais, ô puissance de Dieu, tous les méchants périront. Vous chanterez un Te Deum comme on n'en a jamais chanté. Pourtant les troubles ne s'étendront pas à toute la France, mais seulement dans quelques grandes villes où il y aura des massacres, et surtout dans la Capitale où il sera grand. Le triomphe de la religion sera tel, que l'on n'a jamais rien vu de semblable; toutes les injustices seront réparées, les lois civiles seront mises en harmonie avec celles de Dieu et de l'Église; l'instruction donnée aux enfants sera éminemment chrétienne. Les corporations d'ouvriers seront rétablies. »

Beaucoup d'autres prophéties de personnages moins connus ont été publiées : inutile de les citer, parce qu'elles, ont moins d'autorité, parce qu'elles redisent ce qui a été dit par d'autres, et enfin parce qu'elles ont un caractère politique auquel nous ne voulons point nous arrêter.

Ce que nous nous sommes proposé a été de montrer comment, au dire de ces personnages, se terminerait la déviation des nations chrétiennes, commencée au quinzième siècle par la Renaissance, aggravée par la Réforme, complétée par la Révolution. Toutes les prophéties s'accordent à nous annoncer : un terrible bouleversement, suite naturelle et nécessaire de l'apostasie, — un grand combat entre les méchants qui veulent détruire tout ce qui reste de la civilisation chrétienne et les bons, restés fidèles à Dieu, — une intervention divine en faveur de ces derniers, due à la Très Sainte Vierge, — et enfin une rénovation religieuse si profonde que jamais la terre n'aura rien vu de semblable.

L'heure de cette crise est-elle proche, y sommes-nous arrivés ? Qui peut le dire. Quoi qu'il arrive, quoi que ce soit dont nous soyons témoins, tenons, notre âme en paix par la prière et la confiance dans la Miséricorde et la Bonté du Souverain Maître de toutes choses.

 

1) Sainte Hildegarde n'avait que cinq ans quand le Saint-Esprit la saisit d'une vision surnaturelle qui ne finit qu'avec sa vie. Trente-six ans plus tard, l'Esprit du Seigneur l'inonda de ses feux et fit d'elle un docteur de l'Eglise. Ses premières révélations forment le livre Scivias, sigle de Scito vias (Domini). Apprends les voies du Seigneur. C'est une sorte d'épopée où se déroule toute l’histore religieuse de l'humanité depuis la création du monde jusqu'à la consommation finale. Les trois dernières visions consignées dans ce livre révélèrent à la sainte la fin du temps et lui firent entrevoir le paradis. À l'âge de soixante-cinq ans, elle contempla et le traça durant sept ans les visions du Liber divinorum operum. La dixième et dernière vision de l'ouvrage est une autre révélation des derniers temps du monde. Outre ces ouvrages, on a d'elle un très grand nombre de lettres,- car elle était en correspondance avec les papes, les cardinaux, les évêques, les docteurs de Paris, les rois, les reines, les grands de toute l'Europe, jusqu'à Constantinople et Jérusalem. Elle naquit vers l'an 1100.

2) Pars III, visio X, c. 25,26.

3) Les trente-trois années-de sa vie, comme celles d'Anne-Catherine Emmerich, s'écoulèrent dans les souffrances et aussi les mépris et les haines que l'accomplissement de sa mission suscitait autour d'elle. Dès l'âge de 10 ans, elle éprouva le supplice infligé à Notre-Seigneur sur la croix. Toute sa vie a été associée à la passion du Christ. L'Église semblait s'affaisser sous le poids d'une des plus terribles épreuves qu'elle ait eu à subir, le grand schisme. La Vierge de Sienne se jeta dans l’arène pour la défendre et le démon déchaîna contre elle ses plus affreuses colères. Dans l'une de ses prières, elle disait : « Maintenant le monde s'affaisse dans la mort et mon âme n'en peut supporter le douloureux spectacle. Quel moyen prendrez-vous, Seigneur, pour le ranimer, puisque vous ne pouvez plus souffrir et que vous ne descendez plus des cieux pour nous racheter, mais pour nous juger ! Seigneur, vous avez des serviteurs que vous appelez vos Christs et avec eux vous pouvez sauver le monde et lui rendre la vie. Donnez-nous donc des Christs, afin qu'ils répandent leur vie pour le salut du monde dans les jeûnes; les veilles et les larmes. »

Dieu a coutume de choisir ce qui est faible au gré du monde pour confondre les forts (I Cor., 1-27). Pour ramener les Papes d'Avignon à Rome, il s'est servi - d'une petite marchande, Catherine de Sienne; pour délivrer la France, de la bergerette de Domrémy; pour fonder, de nos jours, l'œuvre colossale de la Propagation de la Foi. il a eu recours à une pauvre ouvrière de Lyon; et c’est la petite paysanne de Lourdes qu'il a chargée de produire cet immense mouvement des peuples vers les grottes du Gave.

4) Bollandistes. Acta sanctorum, 29 avril.

5) Le 13 septembre 1909, les restes mortels de la V. Marie de Jésus d'Agréda, franciscaine conceptionniste espagnole, furent exhumés en vue de sa prochaine Béatification. Il y avait 244 ans qu'ils gisaient dans une crypte humide. Le cercueil qui les contenait fut ouvert en présence de toutes les autorités. Le corps exhalait un parfum délicieux, incomparable. Les médecins, dans leur procès-verbal, déclarent qu'il était dans un état de conservation parfaite.

6) J. de Maistre disait dans le même temps : « Il est infiniment probable que les "Français nous donneront encore une tragédie ».

 

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Cardinal [ ?] RATZINGER (Benoît XVI), Les principes de la théologie catholique (1982), Esquisse et matériaux, Pierre Téqui, éditeur, 82, rue Bonaparte, Paris, 2005, Épilogue, Situation de l’Église et de la théologie aujourd’hui, Bilan de l’époque post-conciliaire, échecs, devoirs, espoirs, p. 426 :

 

 « Si l’on cherche un diagnostic global du texte [du pseudo Concile Vatican II], on pourrait dire qu’il est (en liaison avec les textes sur la liberté religieuse et sur les religions du monde) une révision [misérable euphémisme] du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre-Syllabus [quel aveu !]. » [Cf. la collusion scandaleuse et parfaitement prouvée de la nouvelle « église conciliaire » (Jean XXIII) avec les B’naï B’rith, les Fils de l’Alliance – cliquez sur moralea.htm (notre site : Thèse et synthèse des degrés du savoir élaborées à la lumière des principes recueillis dans les oeuvres de Thomas d'Aquin ou : http://pagesperso-orange.fr/thomiste ).

 

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