Paula Haigh

L'EVOLUTION

UN MENSONGE

TRENTE THÈSES

CONTRE L'ÉVOLUTIONNISME THÉISTE

 

Préface du Père André Boulet, sm.

Décembre 1976

Edition revue au printemps 1999

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Thèse 8

L'action de Dieu appelée Divine-Préservation ou Conservation n'est pas un attribut communicable mais est propre à Dieu seul, parce qu'elle implique le fait de donner continuellement l'existence dont Dieu seul est l'auteur et la source.

Le Révérend Mgr. Joseph Pohle, dont l' œuvre a été adaptée et publiée par Arthur Preuss (sous la référence Pohle Preuss) soutenait comme une thèse incorporant un article de foi la proposition qu'aucune pure créature n'a jamais rien créé à partir de rien. (Dieu, l'auteur du naturel et du surnaturel. B. Herder, 1912, p. 55) Pour soutenir cette déclaration, il dit la chose suivante :

Cette vérité peut être prouvée à partir de la Sainte Ecriture par une double méthode :

(1) en montrant que la Création n'a jamais été attribuée à quelqu'un d'autre qu'à Dieu [il est d'ailleurs contradictoire de prétendre se créer soi-même ou de s'attribuer la Création dont nous sommes une partie car pour cela il faudrait déjà exister] ; et

(2) en démontrant que la Bible nie positivement qu'une créature ait jamais exercé un pouvoir créateur. Hébreux iii, 4 : "Celui qui créa toutes choses est Dieu". Apocalypse iv, 11 : Tu as créé toutes choses ; et pour Toi elles ont été créées". Cette vérité est énoncée même plus solennellement en Isaie xliv, 24 : "Je suis le Seigneur qui fais toutes choses, qui seul déploies les cieux, qui établis la terre, et il n'y a personne d'autre que moi". Et dans Jean i, 3 : Toutes choses furent faites par Lui ; et sans Lui rien n'a été fait".

Pohle-Preuss déclare plus loin :

Le pouvoir qui soutient l'univers est un attribut incommunicable de Dieu dans le même sens que le pouvoir créateur. L'action de Dieu appelée Divine-Préservation (Divine Providence) est une influence divine positive dirigée vers la substance d'une créature, et par laquelle la créature reçoit l'aptitude à continuer son existence. (p. 63)

Saint Thomas écrit :

" La conservation des choses par Dieu ne suppose pas une nouvelle action de sa part, mais seulement qu'il continue à donner l'être, ce qu'il fait en dehors du mouvement et du temps. (ST, I, q. 104, a. 1, ad. 4).

Cette action de Dieu est distincte de la Création, parce qu'il n'y a pas de nouveaux êtres appelés à l'existence par elle ; mais plutôt tous les êtres créés auparavant sont préservés et soutenus dans l'existence par cette action de Dieu. La conservation, pour cette raison, n'opère aucun changement dans la créature, mais assure ses opérations naturelles en répandant continuellement l'existence dans son être entier avec tous ses processus.

C'est pourquoi les évolutionnistes théistes qui essaient de placer la soi-disant "création continue" du processus évolutionniste dans cette action divine de conservation de Dieu ne peuvent défendre une position qui soit théologiquement ou philosophiquement valide et correcte. Car seule le Principe de toute existence peut conférer l'existence ; et seul ce même Principe peut continuer à soutenir toutes les créatures dans la même existence qu'Il conféra seul originellement. L'existence en tant que telle est propre à Dieu seul, et s'Il voulait communiquer cet attribut à une créature, cette créature deviendrait Dieu Lui-même. Ce qui est absurde.

C'est pourquoi, ces évolutionnistes théistes qui, comme le P. Holloway, soutiennent que l'histoire naturelle est une "création continue par évolution" (p. 212) font de l'évolution un Dieu, et ils pèchent gravement contre le premier commandement.

Thèse 9

L'action de Dieu appelée Divin-Concours, par lequel Dieu coopère immédiatement avec toutes les causes secondes, ne peut en aucune façon être invoquée comme un agent ou un mécanisme pour la filiation d'une espèce à une autre espèce.

Pohle-Preuss peut être cité ici :

" La doctrine du Divin-Concours n'est pas strictement un dogme révélé. Mais c'est une conclusion théologique certaine comme il ressort du fait qu'elle est soutenue par toutes les écoles théologiques. Nous citons le Catéchisme du Concile de Trente qui est d'un poids doctrinal avéré en cette matière :

" Et non seulement Dieu, par Sa Providence, soutient et gouverne toute la création ; mais c'est Lui qui en réalité communique le mouvement et l'action à tout ce qui se meut et à tout ce qui agit ; et de telle sorte qu'Il prévient, (c'est-à-dire vient avant) sans l'empêcher l'influence des causes secondes [n'oublions pas cependant le principe de la présence réelle de tous les moments du temps à l'éternité divine : Dieu ne prévoit pas les choses du temps, il les voit. Il n'y a donc pas de scénario fait d'avance. "Il n'y a rien de futur pour Dieu ", dit saint Thomas d'Aquin (I Sent., dist. 38, q. I, a. 5). Il n'y a en Lui ni avant ni après. Dieu vit dans un éternel Présent. C'est là le mystère propre de son infinie transcendance. - Cf. Marie d'Agréda, la Cité mystique de Dieu, Ire Partie, Livre Ier, ch. III]. C'est une vertu cachée, mais qui s'étend à toutes choses, et comme dit le Sage, "qui agit fortement depuis une extrémité jusqu'à l'autre et qui dispose tout avec la douceur convenable. Ce qui a fait dire à l'Apôtre, prêchant aux Athéniens le Dieu qu'ils adoraient sans Le connaître : "Il n'est pas éloigné de chacun de nous ; c'est en Lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être". (Catéchisme du Concile de Trente, Dominique Martin Morin, p. 31)

Eh bien ! c'est précisément à ce Divin-Concours que Rahner et ses disciples prétendent substituer leur "causalité transcendantale" et leur devenir évolutionniste d'auto-transcendance par lequel les créatures sont supposées être capables de dépasser leurs natures avec l'aide de la puissance de Dieu.

Cette mise en garde n'empêche pas que ce pouvoir soit accordé à la créature par les évolutionnistes comme un complément, une auto-transcendance, un pouvoir véritablement créateur. En témoignent Nemesszehy et Russell dans le passage suivant :

" N'importe quel développement, et n'importe quel nouvel être est produit, non en partie par des causes finies et en partie par Dieu, mais totalement par les causes finies en vertu du dynamisme évolutionniste dont Dieu les a dotés. Pour cette raison, l'activité créatrice de Dieu n'est pas une chose que nous puissions expérimenter ; elle est toujours obtenue par la médiation des êtres finis ". (p. 65 & 37)

Deux remarques doivent être apportées ici :

  1. Ils disent ici que Dieu a doté les créatures d'un "dynamisme évolutionniste" qui peut même signifier un pouvoir d'évoluer en des êtres qui leur soient supérieurs, de s'auto-transcender, de dépasser leur nature créée .

- Cette sorte de pouvoir ne saurait être qu'un pouvoir créateur, étant donné qu'il implique la venue à l'existence d'êtres entièrement nouveaux dotés de constitutions génétiques entièrement nouvelles, et de formes substantielles ou de natures entièrement nouvelles, car un homme est entièrement un être distinct d'un primate ; et ceci a pour sens qu'il n'est pas possible à un primate de s'élever naturellement au rang de l'homme. Et ainsi ces évolutionnistes théistes sont en train de proclamer que Dieu communique Son pouvoir créateur aux créatures. Et ceci, comme nous l'avons vu dans la Thèse 7, est contraire à la doctrine de la sententia communis et à toute la Tradition catholique.

  1. Ces auteurs prétendent que l'activité créatrice de Dieu nous est rendue présente à travers les êtres finis.

- Mais ceci est de nouveau contraire à tout l'enseignement théologique antérieur et à la Tradition, car pas même le Divin-Concours, et pour cette raison beaucoup moins encore l'activité créatrice n'est médiate, mais toujours directe et immédiate. Dieu seul peut effectuer Sa propre action, et il n'y a pas lieu qu'Il communique ce pouvoir à aucune créature.

En outre ceci est nier que les causes secondes ont leur propre action, leur raison d'être. De nouveau on peut citer longuement saint Thomas : (q. 105 art. 5)

" Quelques-uns ont compris (à tort) que Dieu opère dans chaque agent de telle façon qu'aucun pouvoir créé n'ait d'effet sur les choses, mais que Dieu seul est la cause immédiate de tout ce qui est opéré ; par exemple, que ce n'est pas le feu qui donne la chaleur, mais Dieu dans le feu, et ainsi de suite. Mais ceci est impossible.

Premièrement, parce que l'ordre de la cause et de l'effet serait rejeté des choses créées ; et ceci impliquerait un manque de puissance chez le Créateur : car il est dû à la puissance de la cause, qu'elle confère un pouvoir actif sur son effet.

Deuxièmement, à cause des pouvoirs actifs, que l'on peut voir exister dans les choses, pouvoirs qui seraient conférés aux choses sans but s'ils n'opéraient pas à travers elles.

En vérité, toutes les choses créées sembleraient d'une certaine façon sans but, si elles manquaient d'une opération propre à elles ; étant donné que le but de chaque chose est son opération. Car le moins parfait est toujours pour l'amour du plus parfait : et, en conséquence, comme la matière est pour l'amour de la forme, ainsi la forme qui est le premier acte, est pour l'amour de son opération, qui est le deuxième acte ; et ainsi l'opération est la fin de la créature.

Nous devons pour cette raison comprendre que Dieu opère dans les choses de telle manière que les choses aient leur propre opération.

Pour rendre ceci clair, nous devons observer qu'il y a quatre genres de cause ; mais que la matière n'est pas un principe d'action, elle est le sujet qui reçoit l'effet de l'action.

D'autre part, la fin, l'agent, et la forme sont des principes d'action, mais dans un certain ordre. Car le premier principe d'action est la fin qui meut (motive) l'agent ; le second est l'agent ; le troisième est la forme de ce que l'agent applique à l'action (bien que l'agent aussi agisse à travers sa propre forme) ; comme cela peut être clairement vu dans les choses faites par l'art.

Car l'artisan est mû à l'action par la fin, qui est la chose fabriquée, par exemple une commode ou un lit ; et il se sert de la hache qui coupe grâce à son tranchant.

Ainsi Dieu opère dans chaque artisan selon ces trois modalités. D'abord, comme une fin. Car étant donné que chaque opération est pour l'amour de quelque bien réel ou apparent ; et que rien n'est bon réellement ou apparemment, sauf pour autant qu'il participe à une ressemblance au Bien suprême qui est Dieu ; il s'ensuit, dis-je, que Dieu Lui-même est la cause d'une opération comme sa fin.

Ceci ne signifie pas que la petite fourmi, par exemple, qui travaille à transporter une miette de pain dans son nid, est consciente du bien pour lequel elle agit comme Dieu Lui-même. Il n'y a que l'homme et les anges qui soient capables d'une telle motivation consciente. Toutefois la petite fourmi, et toutes les créatures, opèrent assurément pour une fin qui est à la portée de leur nature créée, et cette fin ou raison participe de la ressemblance au Bien Suprême qui est Dieu Lui-même, l'Auteur de tout Bien ; et est en vérité en même temps d'une façon proche ou immédiate ou éloignée pour le bien de cette nature de fourmi créée, qui, pour autant qu'elle est bonne, participe par ressemblance au Bien Suprême qui est Dieu. Mais, très clairement, la fourmi exerce et accomplit les opérations qui sont propres à sa nature de fourmi, et ces opérations doivent être dites bonnes parce qu'elles sont accomplies pour une fin et, pour cette raison, convenables à cette nature de fourmi et pas à une autre.

Saint Thomas continue :

" De nouveau on observe que là où il y a plusieurs agents en ordre, le second agit toujours en vertu du premier : car le premier agent meut le second à agir. Et ainsi tous les agents agissent en vertu de Dieu Lui-même : et pour cette raison Il est la cause de l'action dans chaque agent.

L'ordre hiérarchique de toutes choses (l'ordre des causes) ne peut être brisé. Toutes les créatures doivent leur action causale à la Cause Première de toutes choses qui est Dieu. Mais cette causalité qui est propre aux créatures et que toutes les créatures exercent selon les propres opérations de leurs propres natures, n'est pas créatrice et n'est pas auto-transcendante, comme Rahner et ses disciples voudraient nous le faire croire. Car si cela était, cela violerait et briserait les opérations propres à la créature. Et ceci est impossible pour la créature. Et quand ce serait possible pour Dieu, ce ne serait aucunement compatible, ni avec la nature, ni avec la divine Révélation, où l'on remarque que Dieu n'a jamais procédé de la sorte.

Saint Thomas continue :

" Troisièmement, nous devons observer que Dieu non seulement meut les choses (causes) à opérer, lorsqu'elles appliquent leurs formes et leurs puissances à l'opération, à l'instar de l'ouvrier qui utilise la hache pour couper, lui qui néanmoins ne donne pas sa forme à la hache ; mais Dieu tout autant donne aux agents créés leurs formes et Il leur conserve l'être. C'est pourquoi Il est la Cause finale de l'action non seulement en donnant la forme qui est le principe de l'action, comme le générateur est dit être la cause du mouvement dans les choses lourdes et légères ; mais aussi comme préservant les formes et les pouvoirs des choses ; juste comme le soleil est dit être la cause de la manifestation des couleurs, en ce sens qu'il donne et préserve la lumière par laquelle les couleurs sont rendues manifestes. Et étant donné que la forme d'une chose est dans la chose, et tout le plus, comme elle s'approche plus près de la Cause Première et Universelle ; et parce que dans toutes les choses Dieu Lui-même est à proprement parler la cause de l'être universel (l'existence véritable) qui est présent à l'intérieur de toutes choses ; il s'ensuit que dans toutes les choses Dieu travaille intimement. Pour cette raison, dans la Sainte Ecriture, les opérations de la nature sont attribuées à Dieu comme opérant dans la nature (selon Job x, 11) : Vous m'avez vêtu de peau et de chair  Vous m'avez façonné d'os et de muscles. (ST, I, q. 105, a. 5 )

C'est pourquoi, alors que chaque créature conduit ses propres opérations, dont on dit vraiment que les créatures elles-mêmes sont les propres causes, cette action de causalité est toujours exercée dans un ordre hiérarchique ; et le pouvoir de cette action est un pouvoir dérivé immédiatement (non médiatement) de Dieu Lui-même qui opère toujours dans toutes les choses le plus intimement, et pour cette raison immédiatement. Et de cette façon, les opérations des créatures sont dites être dues en premier lieu et immédiatement à Dieu Lui-même qui seul répand continuellement l'existence dans toutes les créatures et par là les rend capables d'exister et d'opérer, et deuxièmement, mais d'une façon adaptée aux créatures elles-mêmes, qui ainsi, par le pouvoir qui leur est donné immédiatement et continuellement par Dieu, accomplissent toutes les opérations propres à leur nature.

Il est pour cette raison tout à fait faux de dire, comme Nemesszeghy et Russell, que l'activité créatrice de Dieu est "toujours rendue médiate pour nous dans les choses finies". Ni l'activité créatrice de Dieu ni Son activité de concours et de conservation ne sont capables de médiation par des créatures parce que l'activité de Dieu est propre à Lui seul et ne peut être transmise à une créature. Et il est de l'apanage de Dieu seul de soutenir l'activité propre à chaque créature en soutenant son existence directement et immédiatement.

Par tout ce qui précède il est clair que l'activité créatrice de Dieu au Commencement est distincte de Son activité de concours et de conservation au cours du temps, et en aucune façon ne porte atteinte à l'activité propre et à l'opération des causes secondes qui agissent toujours à l'intérieur des limites de la nature qui leur a été conférée lors de la création originelle et qui de plus agissent toujours à l'intérieur du domaine de processus où l'activité de Dieu n'est pas dans la nature du processus ; mais Il créa toutes choses au commencement et les soutient dans l'ordre d'existence qui précède (métaphysiquement, logiquement et physiquement) l'ordre d'essence, de changement, de processus. Pour opérer, cependant, c'est-à-dire pour se mouvoir, changer et exécuter des processus, les êtres doivent par nécessité êtres soutenus dans leur existence. Et ceci est l'activité de conservation et de concours de Dieu, toujours dans l'ordre de l'existence. L'ordre du changement, de la génération et de la corruption, l'ordre du processus est l'ordre de l'opération propre à la créature. Mais il ne pourrait assurément pas opérer à moins qu'il ne soit en même temps soutenu dans l'existence par la puissance de Dieu et par Sa Bonté.

Mais dire, comme Rahner et d'autres le font, que cette action de conservation et de concours de Dieu dans l'ordre de l'existence, communique à la créature un pouvoir de transcender (de dépasser) sa propre nature dans l'ordre de la génération et du processus, ceci est complètement changer la signification du Divin Concours et de la conservation par Dieu tels qu'ils sont compris par saint Thomas et la théologie catholique traditionnelle.

De plus la position de Rahner viole tout ce que révèle la science de la génétique au sujet de la nature du processus fini de la créature et ne peut pour cela être admis en raison.

Thèse 10

L'action créatrice de Dieu est sans mouvement ni temps, sans effort ni travail.

Cette proposition est un corollaire direct de la doctrine de fide selon laquelle Dieu est un pur esprit et absolument simple dans Sa nature. Il transcende simplement et absolument toute matière, espace, temps et processus. Il est absolument immuable (de fide), présent partout (omniprésent), omniscient et tout-puissant. Et c'est pourquoi aucune de Ses actions (qui sont Lui-même) ne peut être limitée par le temps, l'espace, la mesure, le mouvement ou n'importe quelle sorte de processus.

Saint Thomas dit :

" La Création est sans mouvement (ST, I, a. 2, ad. 3)

et

" Dieu seul peut créer, car il appartient exclusivement à l'agent premier d'agir sans rien de présupposé, puisque l'agent second présuppose toujours quelque chose de fourni par l'agent premier. Mais faire quelque chose à partir d'un élément présupposé c'est agir par transmutation et ainsi aucun autre agent n'agit, si ce n'est par transmutation. (ST, I, q. 90, a. 3. )

Le point important de cette thèse est que l'activité de Dieu ne peut jamais être réduite à un processus naturel ou matériel alors que toute activité finie est proprement caractérisée comme telle.

Il est courant de trouver chez les évolutionnistes théistes l'activité créatrice de Dieu ramenée à un processus, comme quand on prétend que Dieu s'est servi de l'évolution comme d'une méthode de création. Eh bien ! que quelque chose d'autre que l'évolution puisse être ou n'être pas une méthode, elle est très certainement considérée par ceux qui la soutiennent comme un processus et en outre comme un processus très lent et graduel nécessitant des millions ou des milliards d'années pour accomplir ses objectifs.

Dire alors que Dieu s'est servi de l'évolution comme Sa méthode de création, limite certainement Son activité créatrice à un processus long, rallongé temporellement et matériellement. Et ceci est en contradiction directe avec les doctrines de fide concernant la nature et l'action de Dieu qui ne peuvent être limitées par l'espace, le temps et la matière. Car, comme dit saint Thomas :

" la Création est sans mouvement. La Création pour cette raison n'est pas un processus, mais la réalisation immédiate d'un produit, c'est-à-dire d'un être complet avec tous ses principes.

Les créatures sont la cause du devenir mais Dieu est la cause de l'être. (ST, I, q. 104, a. 1)

C'est pourquoi, il est entièrement faux de dire, comme Nemesszeghy et Russell le font (page 66) que "l'activité créatrice de Dieu se déroule là où il y a un vrai développement et une évolution".

L'activité créatrice de Dieu est par eux réduite à un processus évolutionniste de déroulement, qui réduit l'activité créatrice de Dieu à un processus naturel qui est le propre d'une l'activité créée, de créatures causant un devenir [causes efficientes], mais non le propre de l'action de l'existence [cause finale au niveau de l'être ou métaphysique], condition absolument nécessaire et antérieure pour tout devenir.

Et ainsi réduire l'action de Dieu à des processus naturels est très certainement dangereux pour la Foi ; ils sont en contradiction directe avec des doctrines définissant la nature de Dieu et de Son action.

Le "lieu", pour ainsi parler de l'action de Dieu dans Ses créatures, est précisément dans cette "place" très intime, secrète et immédiate de l'existence, antériorité de tout devenir et "Fondation" nécessaire pour tout devenir.

C'est pourquoi l'activité créatrice de Dieu n'est pas un processus et toutes les notions telles que "création continue" ou "création par évolution" ne sont que non-sens.

Et étant donné que l'effet immédiat de l'action créatrice de Dieu est toujours une créature, un être complètement formé et complètement opérationnel, rien n'empêche la création par Lui de tels produits au cours des jours successifs de la Semaine de la Création, exactement comme la Sainte Ecriture l'enseigne. Car les Six Jours de la Semaine de la Création n'impliquent pas que la Création était un processus mais plutôt que les actes créateurs de Dieu amenèrent à l'existence une multitude de créatures avec leurs processus qui furent par là initiées avec le temps et dans le temps et commencèrent à opérer selon les lois créées de chaque nature distincte créée ou espèce et aussi selon les lois créées du temps lui-même qui commença à être et à s'écouler avec le "au Commencement" du premier jour. A partir de ce moment, Dieu opéra avec le temps mais non dans le temps qui n'est pas circonscrit par le temps ou limité par Lui.

" Dans les œuvres de la nature, la création n'intervient pas, mais quelque chose est presque toujours présupposé à l'opération de la nature. (ST, I, q. 45, a. 8)

C'est pourquoi la création n'est pas un processus ni de Dieu ni de la nature, mais elle est cette constitution totale et l'ordre de l'univers qui sont présupposés à toutes les œuvres de la nature et de Dieu Lui-même dans le temps.

Thèse 11

Le Don de la grâce divine dans l'âme humaine et l'élévation de l'homme à l'ordre surnaturel par la grâce divine ne sont pas une analogie adaptée ou une sorte de base analogique pour défendre une transformation évolutionniste des espèces plus basses vers les plus hautes au moyen d'une auto-transcendance accordée par Dieu dans l'ordre naturel analogue à ce qui existe dans l'ordre surnaturel.

Il est vrai que le Don Divin de la grâce sanctifiante fait d'une personne la "création nouvelle" exaltée par saint Paul (II Cor. v, 17).

La grâce est définie comme "un don gratuit (qui est totalement immérité) infusé par Dieu dans la créature raisonnable par rapport à la fin qui est la vie éternelle".

C'est de plus la vie de Dieu Lui-même, mais en nous ; elle est une forme participée et créée de la Vie Divine. Saint Thomas dit que "parce que la grâce est au-dessus de la nature humaine, elle ne peut être une substance ou une forme substantielle, mais elle est une forme accidentelle de l'âme". (ST, I-II, q. 110, a. 2, ad. 2)

Rahner dans "Hominisation" (p. 90) voudrait que, par une analogie, on puisse tirer de la transcendance accordée à la nature humaine par le don de la grâce divine une seconde auto-transcendance, accordée par la puissance de Dieu, dans l'ordre naturel par laquelle une espèce de créature transcenderait sa nature pour évoluer en une autre espèce plus élevée, particulièrement un primate en un être humain.

Mais une telle chose est impossible car la grâce n'est pas une nouvelle forme substantielle mais un nouveau mode de vie pour la même forme substantielle qui est l'âme de l'homme. Ainsi la grâce élève et parfait (sanctifie) une nature déchue et blessée par le péché. Elle ne l'élève pas au-dessus de son propre niveau créé, comme si elle la transformait en une autre forme plus haute de nature humaine ou en une nature angélique, mais plutôt restaure une innocence originelle et continue à travailler à la guérison et au perfectionnement d'une nature grièvement blessée.

La suggestion de Rahner est en vérité éloignée de toutes les conceptions traditionnelles et orthodoxes des dons de la grâce divine et de leurs relations avec la nature humaine.

En outre, en nous la grâce divine n'est jamais incréée, mais seulement en Dieu. Saint Thomas dit :

" Ce qui est substantiellement en Dieu devient accidentel dans l'âme participant à la Bonté divine. Et ainsi, parce que l'âme participe imparfaitement à la bonté divine qui est grâce, cette grâce a son être dans l'âme d'une façon moins parfaite que l'âme subsiste en elle-même. Néanmoins, pour autant qu'elle est l'expression ou la participation à la bonté divine, elle est plus noble que la nature de l'âme, bien que non dans son mode d'être qui est accidentel.

Rahner confond totalement le mode d'être de l'âme et la grâce divine dans l'âme, le premier est substantiel et la seconde accidentelle. Et il confond tout autant aussi le divin et l'humain dans la nature créée, rapportant le divin à l'humain de telle façon que l'humain viole sa propre nature créée et la dépasse. Une telle chose est absurde, et en vérité même blasphématoire.

Finalement, le terme accidentel ne doit pas être pris comme impliquant quelque chose sans importance ou quelque chose d'analogue à un appendice. Plutôt la grâce divine dans l'âme est analogue à la blancheur dans quelque chose qui est blanc. Car l'accidentel se rapporte à une chose dont la nature est d'être intrinsèque dans quelque chose d'autre comme dans son sujet. L'âme pour cette raison est le sujet dans lequel la grâce divine est intrinsèque. La grâce divine n'est pas la substance de l'âme elle-même mais est plutôt intrinsèque dans la substance de l'âme et dans la forme substantielle qui est l'âme.

Si la grâce divine était l'âme elle-même (comme le soutient Rahner, ou identique à la nature et à la forme de l'âme elle-même, alors, ou bien nous serions des créatures divines par nature ou en d'autres termes, la grâce divine serait quelque chose de tout à fait naturel. Mais les deux membres de cette alternative sont également absurdes.

Tel qu'il est, le don de la grâce divine élève la vie de l'âme à un niveau nouveau en Dieu, dans l'ordre surnaturel, et il le fait en raison de la nouveauté de la qualité qu'il apporte à l'âme et à sa vie. Et c'est cette nouvelle qualité, cet habitus permanent de l'âme, qui, à moins d'être rompue par le péché, fait de l'âme une nouvelle création dans le Christ ; car c'est en Lui, et parce qu'en Lui et aussi dans la Sainte Trinité que nous avons cette nouvelle vie.

La nouvelle vie impartie à notre âme par la grâce divine n'est pas pour cette raison quelque chose qui évolue, ou qui pourrait même être conçu comme faisant évoluer notre nature humaine créée en quelque chose de surhumain ou d'angélique, ou de divin. Une telle chose est absolument étrangère au dessein de la divine grâce, car ce n'est pas comme d'autres sortes d'êtres que nous sommes destinés à jouir de Dieu mais précisément comme l'espèce d'être qu'Il a créé - des êtres humains. Il faut bien voir que la grâce divine, comme un don créé pour une vie nouvelle, est quelque chose qui a besoin du substratum de la nature humaine créée dans laquelle agir en vue d'accomplir son but de perfectionner cette nature humaine créée et de l'amener aux extrêmes limites de ses capacités créées pour la Béatitude, lesquelles capacités restent néanmoins humaines. Autrement, comment Dieu pourrait-Il être glorifié par l'espèce humaine ?

            Et la Création au Commencement doit aussi être distinguée du déversement continu d'existence qui est appelé Divine Conservation. Ce n'est pas une création continue mais une conservation continue dans l'être, dans l'existence. Les deux actions sont réellement distinctes en nous. Car tout être corporel a reçu l'existence durant la Semaine de la Création et, avec cette existence, le pouvoir, la capacité de "croître et se multiplier" selon la Volonté de Dieu et les lois naturelles qu'Il a ordonnées. Et cette venue initiale à l'être est la Création. Dieu ne continue pas à créer à travers l'histoire lorsque chaque nouvel être individuel vient à naître. En effet, Il dota tous les êtres de la puissance d'engendrer leurs semblables et de transmettre la formalité de leur nature à leur progéniture. Dans le cas des plantes et des animaux, ce pouvoir de propagation réside dans les causes matérielle et formelle de chacune : la constitution génétique de ces plantes et animaux.

L'âme ici, c'est-à-dire dans cette constitution génétique n'est pas subsistante, mais subsiste plutôt dans la cause formelle de chaque créature. Ainsi elle peut être transmise par la génération. Mais comme l'âme humaine est subsistante et immortelle, spirituelle et simple et ne peut surgir d'une cause physique ou corporelle. Sa nature requiert la Création par Dieu. Lui seul peut accorder le don d'une raison. Rien de physique, rien de corporel n'est capable d'engendrer ou d'accorder ce don d'une nature raisonnable.

           

Et ainsi la Création entre dans l'histoire seulement au point de la création de chaque âme humaine individuelle et cela indéfiniment ; mais l'œuvre créatrice n'entre pas autrement parce que tout l'effet de la Création par Dieu au commencement pendant la semaine de la Création était d'instituer et d'établir un univers en état de fonctionnement plein d'intelligibilité des lois et régularités naturelles. Dieu créa un Ordre merveilleux qu'Il doit soutenir dans l'existence mais qui contient ses propres modes d'opération, ses propres processus. (voir Thèse 7)

             Et ainsi saint Thomas déclare :

" Dans les œuvres de la nature, la création n'entre pas, mais elle est présupposée. (ST, I, q. 45 ; q. 8)

            La théorie de la "création continue" : prive les créatures de leurs actions propres, et, pire encore, dépouille Dieu de Sa propre Action Créatrice au Commencement, et ainsi elle doit être rejetée comme fausse.

Thèse 12

La Relation thomiste de Création n'apporte aucun soutien à la théorie de la "création continue".

Saint Thomas nous dit :

" La Création place quelque chose dans la chose créée selon seulement une relation seulement ; parce que ce qui est créé n'est fait ni par le mouvement ni par le changement. Car ce qui est fait par mouvement ou par changement est fait à partir de quelque chose de préexistant. Et ceci arrive en vérité dans les productions particulières de quelques êtres, mais ne peut pas arriver dans la production d'un être par la cause universelle de tous les êtres, qui est Dieu. Il s'ensuit que Dieu, par création, produit les choses sans recours au mouvement.

Or quand le mouvement est enlevé de l'action et de la passion il ne reste que la relation.

Il s'ensuit que la création dans la créature est seulement une certaine relation au Créateur comme au principe de son être.

Et Dieu ne conserve les choses dans l'existence que pour autant qu'Il continue sur elles Son influence créatrice. (ST, I, q. 104, a. 3)

Et Toutes les créatures reçoivent ce don de l'existence d'une manière limitée, définie par leur essence ou leur nature.

Quelques théologiens modernes, notamment Paul Tillich, réduisent la Création en tant que telle, c'est-à-dire la Création de toutes choses au commencement, à cette relation de création. (Une analyse de la pensée de Tillich sur ce point est donnée par Thomas E. Hosinski, "La Création et l'origine de l'univers : dans Thought, 48 (189) Été 1973, pp. 213 sq. ). Mais ceci ne peut être à l'évidence. Cela postule l'éternité du temps.

Et ainsi la Création de toutes les choses au Commencement doit être distinguée de la relation de création qui reste dans la créature comme une condition et comme l'état de radicale dépendance par rapport à Dieu et qui est un résultat du fait d'avoir été créée ; soit:

1) au commencement pendant la semaine de la création, comme c'est le cas avec tout l'être corporel ; soit :

2) au moment d'une conception humaine quand l'âme humaine est créée directement et immédiatement par Dieu dans le temps mais en aucune façon comme un processus de la nature temporelle ou du temps.

Et la Création au commencement doit aussi être distinguée de l'épanchement continu de l'existence qui est nommé Divine-Conservation. Ceci n'est pas une création continue mais une conservation continue dans l'être, dans l'existence. Les deux actions sont réellement distinctes en nous. Car tout être corporel a reçu l'existence durant la Semaine de la Création et avec cette existence le pouvoir, la capacité de "croître et de se multiplier" selon la Volonté de Dieu et les lois naturelles qu'Il créa. Et ce fait initial d'avoir été amené à l'existence est la Création. Dieu ne continue pas à créer au long de l'histoire lorsque chaque nouvel être individuel est né parce qu'Il dota tous les êtres du pouvoir d'engendrer leurs semblables et de transmettre la formalité de leur nature à leur progéniture. Dans le cas des plantes et des animaux, ce pouvoir de propagation réside dans les causes matérielles et formelles : la constitution génétique de ces plantes et animaux. L'âme n'est pas subsistante ici, mais subsiste plutôt dans la cause formelle de chaque créature. Ainsi elle peut être transmise par la génération. En revanche l'âme humaine est subsistante et immortelle, spirituelle et simple, et ne peut pas naître d'une cause physique ou corporelle. Sa nature exige une création par Dieu. Lui seul peut octroyer le don de l'intelligence. Rien de physique, rien de corporel n'est capable d'engendrer ou d'accorder ce don d'une nature rationnelle.

Et ainsi la Création n'entre dans l'histoire qu'au point de la création de chaque âme humaine individuelle (et cela indéfiniment) mais la Création n'entre pas autrement, parce que l'effet total de la Création par Dieu au commencement pendant la Semaine de la Création était d'instituer et d'établir un univers en complet état de fonctionnement, plein de l'intelligibilité des lois et des régularités naturelles. Dieu a créé un Ordre merveilleux qu'Il doit soutenir dans l'existence mais qui contient ses propres modes d'opération, ses propres processus. (Voir Thèse 7)

Et ainsi saint Thomas affirme :

" Dans les œuvres de la nature, la création n'intervient pas ; mais quelque chose est presque toujours présupposé à l'opération de la nature. (ST, I, q. 45, a. 8)

La théorie de la "création continue" enlève aux créatures leurs propres actions, ou autrement enlève à Dieu Sa propre Action créatrice au commencement, et ainsi elle doit être rejetée comme fausse.

Thèse 13

La Création n'est pas un miracle mais plutôt la véritable institution (initialisation) et constitution des ordres naturel et surnaturel que les " processus " miraculeux aussi bien que non miraculeux présupposent.

Cette thèse est nécessaire quand il s'agit de mettre en évidence le fait que la Création n'est pas quelque chose qui arrive dans l'ordre de la nature ou de la Grâce mais qu'elle les précède et les présuppose tous les deux. Car elle est ce qui amène à l'existence les ordres entiers naturel et surnaturel.

Mais quand les évolutionnistes théistes attribuent la création de nouveaux êtres et de nouvelles formes à des processus naturels de l'évolution supposée, même en postulant une aide ou une direction divines, ils placent par là même la Création dans l'ordre naturel et ainsi la réduisent à une sorte de miracle. Car ce ne pourrait être que par une mise de côté de tous les processus naturels, de tous les mécanismes naturels connus, et en même temps de la première et de la seconde loi de la thermodynamique, que l'évolution des espèces fondamentales pourrait prendre place dans le temps. Ainsi, pour l'évolutionniste théiste, la Création est ou bien un processus continu qui est miraculeux, ou un processus discontinu également miraculeux.

En outre, la nature miraculeuse du processus évolutionniste postulé est telle qu'elle requiert de Dieu qu'Il intervienne constamment pour changer, contredire, renverser, ou autrement interférer avec l'ordre total et le schéma de l'univers qu'Il a originellement créés. Ou autrement, l'implication doit être qu'Il n'a jamais créé un ordre et des lois de la nature mais plutôt seulement un flux et un chaos qui sont encore en processus et une agitation en pur devenir. Mais les deux termes de cette alternative sont tous les deux répugnent totalement et à la raison naturelle et à la Foi divine. Ils doivent pour cette raison être rejetés.

On doit aussi signaler que beaucoup d'évolutionnistes théistes accusent les créationnistes de retomber dans le miraculeux comme une explication facile des choses. Ainsi, Nemesszehy et Russell (Théologie de l'évolution, Fides, 1972, p. 25) parlant de la faiblesse de la preuve pour l'évolution mais de sa force comme une théorie possible, disent :

" La seule alternative semble être la Création Spéciale - la théorie selon laquelle chaque espèce ou famille fut créée spécialement par Dieu ou bien à partir de rien, ou d'une façon inconnue ou miraculeuse à partir d'une matière préexistante. Ceci n'est pas une théorie scientifique et n'est pas scientifiquement utile.

Eh bien ! c'est peut-être un travail ennuyeux et ingrat, mais on doit examiner les erreurs dans ce texte, et elles sont nombreuses.

En premier lieu, même sous sa forme contemporaine élaborée de créationnisme scientifique (c'est-à-dire les œuvres de Henry M. Morris, Duane T. Gish et autres) ce que les deux savants jésuites appellent "Création Spéciale" n'est pas à proprement parler une théorie et c'est parce qu'elle contient beaucoup trop d'éléments de Foi divine. La Foi n'est pas une théorie - elle est une connaissance absolue et certaine dans la mesure où elle est fondée sur la Révélation Divine et plus spécialement sur cette Révélation telle qu'elle est interprétée pour nous par le Magistère de l'Eglise et la Tradition. Les doctrines de la Création et celles qui s'y rattachent sont le sujet du présent ouvrage et alors que des éléments théoriques peuvent être présents dans les branches de philosophie et de science empirique qui le soutiennent, la Création de toutes choses par Dieu n'est pas une théorie- elle est une doctrine révélée et pour cette raison absolument certaine du Christianisme.

Mais ce qui est le pire de tout, les jésuites Nemesszeghy et Russell interprètent mal la Création en général et la "Création Spéciale" en particulier. C'est un article de la Foi Catholique que Dieu créa toutes choses au commencement ex nihilo, à partir de rien. (Voir Thèses 3 et 5 en particulier). Nier ceci est alors simplement nier un article de la Foi Catholique et se placer en-dehors de sa communion.

Car les auteurs cités plus haut représentent la doctrine de la Création comme enseignant la position appelée " de la fixité des espèces " soutenue par le grand biologiste Linné (1707-1778). Selon l'Encyclopédie biographique de science et de technologie d'Isaac Asimov, "Linné combattit opiniâtrement toute l'idée de l'évolution, affirmant que toutes les espèces furent créées séparément au commencement, et qu'aucune nouvelle espèce ne fut formée depuis la Création et qu'aucune ne s'est éteinte".

La difficulté ici est la définition des Espèces. Le Dictionnaire de biologie (Penguin) conclut qu'une définition compréhensive des espèces s'appliquant à toutes sortes d'organismes est en fait à peine possible" et qu'il ne peut exister de règle générale comme le degré minimum de différence séparant deux espèces quelconques". Cependant il est certain qu'il existe des barrières génétiques, de quelque sorte qui agissent comme des facteurs limitatifs. Ainsi le même ouvrage reconnaît que "pour la grande majorité des animaux et pour beaucoup de plantes, une espèce est en gros un groupe d'individus capables de s'accoupler ensemble, mais non pas avec des organismes d'autres groupes". Et en vérité il y a une forte évidence, à partir de toutes les sciences de la vie, qu'il y a quelque chose dans le patrimoine génétique de toutes les créatures qui limite le nombre et la sorte de variations possibles à l'intérieur d'une espèce donnée. Et c'est sur cette base que le créationniste soutient qu'au commencement, Dieu créa certaines sortes de créatures (comme cela est décrit au premier chapitre de la Genèse) et que toutes les variétés de créatures existant aujourd'hui sont en vérité descendantes de ces espèces originelles. Il est problématique de savoir si certaines des espèces originelles se sont éteintes. L'accumulation de preuves semble indiquer que ce n'est pas le cas. Par exemple quelques formes contemporaines de lézards ou d'autres reptiles peuvent être comptés comme des descendants des dinosaures, bien que la plupart des variétés de dinosaures semblent avoir péri ou bien pendant le Déluge ou au cours des catastrophes qui l'ont suivi.

Le point qu'il faut mettre en avant ici et celui que Nemesszeghy et Russell défigurent complètement est que la position créationniste soutient qu'au commencement Dieu créa, comme le récit du premier chapitre de la Genèse le raconte soigneusement à plusieurs reprises, toutes choses selon une certaine espèce ou nature. Ceci est simplement la Divine Révélation de ce que la science de la génétique nous dit aujourd'hui en d'autres termes, et de ce qui a toujours et partout été un axiome (une observation du sens commun de la philosophie naturelle) que le semblable produit le semblable. Et la science moderne a prouvé l'universalité de cette loi en démontrant l'erreur de l'ancienne croyance et la perplexité sur la soi-disant génération spontanée. Mais la position créationniste ne soutient pas que chaque variété de créature existant aujourd'hui a été créée originellement par Dieu au commencement. Ceci serait nier le fait très évident de changements mineurs à l'intérieur des espèces. Et il n'y a simplement pas de preuve au secours de pour la thèse évolutionniste selon laquelle il y a eu un changement majeur parmi les espèces.

Cependant quand Nemsszeghy et Russell décrivent la "Création Spéciale" comme la "Théorie" selon laquelle chaque espèce fut spécialement créée par Dieu "ou bien à partir de rien, ou, d'une façon inconnue ou miraculeuse, à partir de matière préexistante", ils peuvent bien s'occuper de la distinction entre Première et Seconde Création, cette dernière concernant les œuvres de distinction et d'ornement, de création et de conception, telles que la création d'Adam à partir du limon de la terre et d'Eve à partir du côté d'Adam. (voir infra la Thèse 15)

Mais une intervention de nature miraculeuse ne peut pas être davantage invoquée pour les œuvres de la Seconde Création que pour celles de la première parce que la même définition tient ici. Là où il n'y a auparavant simplement rien, comme était la terre sans homme avant qu'Adam ait été créé ne relève pas du miracle parce que la création totale qui résulta de l'œuvre divine des Six jours était un ordre harmonieux d'êtres, une hiérarchie de perfections échelonnées avec chaque créature existant pour la perfection de l'univers entier et l'univers entier avec toutes ses parties étant ordonné à Dieu comme sa fin. (ST, I, q. 65, a. 2).

C'est pourquoi il est évident que les œuvres de " distinction " et " d'ornement " ne sont pas de l'ordre d'un miracle par lequel un ordre existant est violé ou transcendé mais plutôt de l'ordre d'œuvres complétant ou perfectionnant un ordre existant. Et cet ordre complété est ce que tous les processus et actes connus présupposent.

De plus les miracles concernent des processus, en quelque sorte d'altération, d'accélération ou de retardement d'un processus naturel : l'élévation de murailles d'eau dans la Mer Rouge, le changement de bâtons en serpents, ou la guérison de membres malades et blessés, restitution de l'âme à un corps mort et ainsi de suite. Aucun de ces exemples ne concerne la création de quelque chose. Mais tous ces exemples présupposent et requièrent absolument que la Création ait eu lieu, au commencement. Ceci ne peut faire de doute pour personne.

Quand cependant les évolutionnistes théistes nous disent, comme le P Nogar par exemple ne se lasse jamais de le répéter, que "nous sommes à la recherche d'une explication naturelle s'il y en a une" et que le "la résolution par un deus ex machina (une sorte d'invention dramatique) est psychologiquement insatisfaisante" à la fois en tant que drame et pour la science ; et que "Dieu gouverne ordinairement toutes choses sagement à travers les causes secondes c'est-à-dire non par une intervention miraculeuse, mais par ses lois naturelles" (Sagesse de l'évolution, p. 45) nous ne pourrions pas être d'accord avec lui.

Et ainsi il est tout à fait cocasse que les créationnistes soient accusés d'avoir recours à un deus ex machina et aux faits miraculeux par les évolutionnistes alors que ce sont réellement ces derniers qui postulent continûment des miracles ; partout, ils supposent le miracle et le deus ex machina, puisqu'en effet les processus naturels qu'il allèguent ne sont (tout) simplement pas de nature à produire ce que l'évolutionniste attend d'eux. Et s'ils l'étaient, ce serait en vérité miraculeux en nature et cela demanderait l'intervention constante de Dieu pour changer, réarranger et aménager sans cesse les lois qu'Il a établies dans la création, lois qui sont des lois naturelles que la science constate, étudie et découvre ; les plus significatives pour nous ici étant les lois de la génétique et les barrières génétiques à changer. Il n'a jamais été démontré ni même indiqué à une personne ayant l'esprit droit, par une preuve ou un fait scientifiques, qu'une créature ait jamais évolué de sa propre nature en celle de quelque autre créature.

Les évolutionnistes théistes devraient considérer cet enseignement traditionnel des théologiens catholiques selon lequel la Création n'est pas un miracle. Cela peut sembler abaisser la Création. Mais quand elle est bien comprise, cette vérité est une sauvegarde magistrale contre l'erreur de l'évolution. Car l'évolution voudrait réduire la création à un processus donnant naissance à l'ordre de la création par des les seules forces de la nature, alors qu'en réalité tout processus naturel présuppose et exige, pour être opératoire, trois conditions conditionnantes : la Création par Dieu des choses existantes, l'ordre lui-même et l'établissement véritable et l'institution du tout qui rend possibles les processus. De même un miracle, puisqu'il est surnaturel dans son mode d'opération, présuppose aussi la Création ; il est lui-même un processus.

Si les jésuites et les dominicains, des hommes comme Nemesszehy, Russell, Nogar, et Rahner, avaient seulement médité plus profondément la merveilleuse doctrine de la Création, combien de détresse n'auraient-ils pas épargné à l'Eglise et au monde et combien d'âmes auraient-ils sauvées des ténèbres de l'erreur évolutionniste et de l'ignorance. Leur ignorance de la doctrine de la Création est profonde et abondamment prouvé par leurs propres interprétations de la question.

On peut remarquer une nouvelle fois que pour autant que les évolutionnistes théistes comme Nemesszeghy et Russell accusent les créationnistes d'avoir d'alléguer des miracles et leur reprochent impudemment sur cette base d'être capables d'expliquer n'importe quoi d'une façon apparemment plausible, ils sont vraiment, selon les paroles de Saint Paul, en train de se condamner eux-mêmes (Romains ii, 1 sq). Voici ce que disent Nemesszeghy et Russell :

" Maintenant la difficulté au sujet de la Création Spéciale est qu'elle est en accord avec presque n'importe quel schéma concevable d'événements. (op. cit. . p. 25)

Il ne sera pas difficile de prouver l'ironie d'une semblable assertion ici même : en tout premier lieu, la Création n'est pas en accord avec n'importe quel schéma (évolutionniste) d'événements. Notez bien cependant, s'il vous plaît, que la pure conjecture de l'évolution est portée aux nues, et élevée au rang une théorie vraiment scientifique, "en accord avec les faits connus", elle donne soi-disant capacité au savant "d'intégrer et de coordonner les phénomènes dans un seul schéma simple et intelligible". Et ainsi de suite. (op. cit. p. 24)

Toutefois au contraire je vous demanderai de considérer l'exemple suivant (et je pourrais en apporter d'autres comme je l'ai fait dans la Newsletter du CCCR (14 décembre 1975) :

Le Dr. Geoffrey Bourne, directeur du centre régional de recherche sur les primates de l'université Emory, un biologiste de la cellule, né en Australie, américain éduqué à Oxford, également anatomiste et considéré à l'heure actuelle comme l'un des meilleurs spécialistes mondiaux des primates, est allé jusqu'à affirmer que sa propre hypothèse était à présent que ce sont les singes qui sont, par évolution, les descendants de l'homme ! Ceci est, bien sûr l'opposé exact de ce qu'ont dit les évolutionnistes depuis Darwin et Spengler (Tiré de Acts and Facts, 8 Août 1976)

Il n'y aura apparemment aucune difficulté à incorporer cette dernière "information" dans "l'unique, simple et intelligible schéma" qu'est la vision du monde évolutionniste. J'interrogeais un professeur de biologie à ce sujet et elle me répondit : "Oh, nous ne savons pas comment cela est arrivé ! Nous ignorons encore tant de choses !"

Face à une théorie si remarquablement dogmatique, si certaine de sa propre validité, de tels retours salvateurs au scepticisme me semblent parler d'eux-mêmes. Une analyse de la logique d'une proposition comme celle-ci : "Nous savons que c'est arrivé, mais nous ne savons pas comment c'est arrivé" est tout à fait révélatrice. Tout se passe comme si le "fait" totalement assumé d'un événement n'avait pas besoin d'une relation réelle avec le comment cela aurait pu arriver ni même avec ce qui est arrivé !

En fin de compte la théorie de l'évolution se trouve clairement dénoncée comme une véritable idéologie complètement divorcée de la réalité, maintenue pour embrumer les esprits des gens ignorants et allant jusqu'à priver nos jeunes gens de l'accès à la vérité au sujet de Dieu, de l'homme et de l'histoire.

Il devrait ressortir très clairement de ce qui précède que tout accord passé avec la théorie de l'évolution entraîne à la confusion, la pire des confusions.

Chacun de nous devrait également connaître à la fois quelle est la l'impertinence de la théorie de l'évolution, et savoir qu'à la différence de la véritable doctrine de la Création telle qu'elle est enseignée par l'Eglise, l'évolutionnisme doit constamment inventer le miraculeux pour son explication ultime. Le transformisme demande une histoire entière de miracles pour expliquer l'évolution ou le saut des espèces les unes à partir des autres. Défi complet et absolu à toutes les lois naturelles créées et établies par Dieu au Commencement !

Notre accord, il est vrai, avec la Création pleinement révélée requiert le don divin de la foi surnaturelle ou au moins une vraie réceptivité pour ce don. Et ce n'est pas le moindre des signes de la position créationniste que le fort soutien que lui apportent les preuves à partir de la science et de le philosophie. Le nôtre est véritablement le service raisonnable dont parle saint Paul en Rom. xii, 1.

Thèse 14

Toutes choses ont été créées pour glorifier Dieu (De Fide D 1805)

Les évolutionnistes théistes affirment à qui veut les entendre que la théorie de l'évolution donne plus de gloire à Dieu que ne le fait la conception orthodoxe traditionnelle de la Création. Ceci est probablement un jugement beaucoup plus subjectif que ne le réalisent ces évolutionnistes théistes, car on pourrait prouver le fait que dans les collèges catholiques où la théorie de l'évolution est la base du cursus scientifique, il en résulte une perte de la foi importante chez les élèves d'un tel collège. Le cas est identique dans les collèges laïcs parmi les étudiants qui arrivaient originellement dans ces institutions avec la foi surnaturelle : ils obtiennent leur diplôme en l'ayant perdue.

Je presse ceux qui ont les moyens d'entreprendre une enquête pour découvrir quel pourcentage de ceux qui perdent la foi attribuent cette perte de la foi à l'Autorité de la science et à son " argument d'autorité ". Une telle enquête fut entreprise en Allemagne. Les résultats sont rapportés dans la Bible-Science Newsletter, Juin 1976, p. 8 et voici ce que dit l'article :

Carl Winterstein, de Saratoga, Californie, nous a envoyé une photocopie d'une enquête religieuse faite sur l'état de la religion en Allemagne.

" Un certain nombre de raisons furent données pour lesquelles les gens n'allaient plus à la messe, mais un total de 46,9% l'attribuaient à la différence entre les explications théologiques et scientifiques de la création (création/évolution). Ceci devrait servir d'avertissement à l'Eglise et aux théologiens en Amérique que l'enseignement et l'acceptation de l'évolution font toute la différence.

Je soupçonne que le pourcentage serait beaucoup plus élevé en Amérique à cause de notre plus grand progrès technologique.

Si cependant la théorie de l'évolution pouvait être exposée, de sorte qu'on montre clairement la désastreuse distorsion et la diabolique contrefaçon de la vérité sur quoi elle repose, Dieu viendrait alors de nouveau dans les esprits et les cœurs humains et toute la création voudrait une fois de plus, par l'intendance et le gouvernement de l'homme, Lui donner la gloire qui Lui est due comme Créateur et Conservateur de toutes choses.

Demandons-nous encore comment les choses rendent gloire à Dieu ? Comment des êtres inintelligents et irrationnels comme les étoiles et les pierres, ou les arbres et les fleurs et tous les animaux, depuis le très inintelligent rhinocéros jusqu'au très "intelligent chimpanzé et aux chevaux"- comment, dis-je, ces créatures non-pensantes par essence rendent-elles gloire à Dieu ? Aucune de ces créatures n'est capable de s'incliner ou de s'agenouiller et d'adorer consciemment, volontairement et avec amour leur Créateur. Comment alors glorifient-elles Dieu ?De multiples façons.

Je peux démontrer qu'il en existe au moins cinq tout en convenant qu'il peut y en avoir d'autres. Et l'on peut dire que toutes se ramènent à une ou deux.

A) En tout premier lieu, chaque chose, depuis l'atome et la particule sub-atomique jusqu'à la plus grande galaxie et au cosmos universel lui-même, c'est-à-dire le tout et toutes les parties de ce tout, rendent gloire à Dieu par le fait nu et brut de leur existence.

Au demeurant, ce fait reconnu de par tous (sauf les non-réalistes et les subjectivistes entêtés) de l'existence des choses, contient une note ultérieure, immédiatement admise par l'esprit humain au prix d'une brève réflexion, et c'est celle de la contingence. J'avais un oncle agnostique qui aimait à le répéter, à le répéter réellement car cela le faisait pantois : "Pourquoi quelque chose au lieu de rien ?" Par cette question il reconnaissait que toutes choses pourraient ne pas être aussi bien que d'être. Et ceci est la contingence, ou non-nécessité.

Seulement mon oncle semblait être congénitalement incapable de franchir le pas nécessaire et concevoir que quelque inutile qu'on Le prétende, par prétention agnostique, Dieu (c'est-à-dire un Etre absolument nécessaire) est ou existe. Cependant ceci semble être un défaut courant même dans un être de raison : n'importe qui, semble-t-il n'est pas capable, semble-t-il d'apprécier à sa mesure la " troisième voie " de saint Thomas, qui incorpore cet argument de la non-nécessité des créatures à la nécessité de Dieu. J'en rejette la responsabilité sur notre conditionnement transformiste qui habitue l'esprit moderne à accepter le hasard, la chance et un certain déni implicite de l'intelligibilité dans les choses elles-mêmes et de la Divine Providence en général.

Il est avéré néanmoins, pour un esprit sage, qu'un univers d'êtres contingents, non-nécessaires serait absolument impossible (n'aurait aucune existence) sans un Être absolument nécessaire, non-contingent et se suffisant à Lui-même - Dieu -, pour le soutenir. Remarquons encore, outre ceci, que la non-éternité du monde est loin d'être immédiatement évidente sans la Révélation comme l'explique si bien Saint Thomas d'Aquin.

Mais en dépit de tous ces caractères éphémères, en dépit de leur radicale contingence, on voit immédiatement, et l'on sait, que ces créatures existent. Et, en dehors de toute considération pour ces créatures réelles, selon la faible mesure de nos esprits humains, donc les considérant simplement en elles-mêmes, ce fait de leur existence rend gloire à Dieu parce qu'elle est un effet de Sa bonté. Le seul fait que quelque chose existe peut-être nommé un orchestre de voix proclamant la bonté de l'action créatrice de Dieu.

Ainsi le Psaume 18 déclare :

Les cieux racontent la gloire de Dieu ;

Et le firmament proclame l'ouvrage de Ses mains.

Le jour en fait le récit au jour

Et la nuit en donne connaissance à la nuit.

Ce ne sont point des paroles ni des discours ;

Dont on n'entende pas les voix.

Leur bruit s'est répandu sur toute la terre,

Et leurs paroles jusqu'aux confins du globe.

C'est la voix de l'existence, de l'être remplaçant le néant comme il était. L'existence est comme une aura pour l'intelligibilité de l'essence, d'une nature déterminée, comme un halo proclamant la sainteté de l'être comme un effet de la bonté de Dieu.

Mais c'est réellement plus. C'est la condition préalable absolue pour l'intelligibilité de la nature. Une chose doit être avant d'être ceci ou cela.

Mais une fois qu'elle est, alors elle est quelque chose [aliquid, prwth ousia]. Et cette choséité ou réalité de l'Etre est si pleine d'intelligibilité, que l'histoire de la pensée humaine n'est qu'une longue chronique des tentatives de l'esprit de la posséder et d'étancher sa soif à ces fontaines qui se déversent de l'Etre et de la vérité.

Les philosophes et les théologiens dans la tradition catholique parlaient et parlent de toute chose comme étant une, vraie et bonne [i.e. des propriétés transcendantales de l'étant, ens, en tant que tel]. Quelques-uns ajoutent la beauté. Manifestement il en va de même dans le langage de la science - et dans d'autres disciplines. Il en va tout autrement aujourd'hui, puisque le caractère unique de ce qui est Un - ou self-identité de toute chose - est remis en question.

Quelque chose pousse encore aujourd'hui les savants à attacher des noms aux choses. Et ceci jusqu'à la moindre particule sub-atomique à qui il faut bien conférer une certaine identité ou unité, reconnue par le nom et admise dans le monde de la science. Il sont baptisés du nom de protons, neutrons, électrons et quarks. Un nom est une marque pour l'esprit qu'une chose est elle-même et non quelque chose d'autre.

Et cette identité d'une chose quelconque qui est une reconnaissance aussi de sa stabilité et de sa stase, rend gloire à Dieu en raison de l'intelligibilité. Une telle intelligibilité des choses réelles est rendue possible à cause d'un élément de stase (substantiel), d'inchangeabilité. Il va sans dire, donc, que si saint Thomas avait disposé d'un microscope électronique au XIIIe siècle et s'il avait pu voir les traces de particules sub-atomiques observées par les physiciens modernes, il aurait vu, comme nous voyons, les mêmes êtres. Il n'aurait pas vu les choses mieux, peut-être, que ne le font les savants modernes, mais il aurait été beaucoup sans doute plus savant qu'ils le sont à conduire des déductions correctes à propos de leur manière d'être.

Car les " quarks " ont toujours existé dans le monde créé - à supposer qu'ils existent réellement ici et maintenant [hic et nunc]. En outre, toutes choses, mêmes les particules sub-atomiques, doivent, par nécessité, être encore identiques à elles-mêmes, assez grandes sous nos sens pour que nos sens perçoivent quelque chose que l'intellect peut introspecter et saisir comme une forme. Voilà la véritable intelligibilité. La forme est ce que l'intellect voit et prend à partir des données des sens.

B) La structure - mot dont on peut à la rigueur se servir éventuellement pour désigner une forme -, mot peut-être plus descriptif en ce qu'il connote plus graphiquement l'arrangement de composants disposés selon un Ordre ; une structure donc rend gloire à Dieu par sa " structuration " (si j'ose dire), par son ordre intrinsèque et inhérent. Ceci, pour nos esprits contemporains, pourrait être source d'intelligibilité de la nature par excellence,

Prenons en effet l'humble exemple de la technologie, car la technologie nous habitue tant et tant à penser en termes de procédés et de gadgetrie (ou gadgetterie) ; or , quelque remarque plaisante ou déplaisante qu'on tienne pour ou contre, voici une certitude élémentaire:

- soit un gadget complexe qui fonctionne. Mais, supposé qu'il ait une panne, et qu'il ne fonctionne plus correctement ; chacun dira qu'il est " hors d'usage ". L'intérêt de cette observation si commune est ici que chaque homme, grand ou petit, postulera immédiatement qu'une des pièces qui le constituent est défectueuse ou abîmée. La miniature peut donc bien paralyser à elle seule un système énorme où toutes les autres parties ont pourtant conservé leur vertu. Nous reconnaissons donc, comme un principe, que la chose entière ne peut donner satisfaction qu'à la condition que toutes ses parties soient en bon état.

De même pour ce qui est de la Providence de Dieu, la plupart des gens aujourd'hui disposent non seulement de l'équipement mental à la naissance mais aussi d'une familiarité culturelle avec la technologie, qui devrait être un précieux recours pour comprendre l'absolue impossibilité de la théorie de l'évolution, théiste ou non. La technologie de notre époque peut nous amener à comprendre et à apprécier intellectuellement la surabondance des choses : leur intelligibilité. Combien sont fiers les fabricants de certains produits ! Combien ils glorifient et magnifient leurs "créations", dans les médias - à la télévision et sur les radios commerciales - ! Ils tirent gloire de ce que telle horloge ou telle automobile se présente comme la plus réussie. Si de faibles humains célèbrent une telle gloire et retirent tant de bénéfices de leurs inventions, combien plus Dieu ne devrait-il pas en attendre en retour de la part des êtres qu'Il a créés ! Le scarabée, à son niveau, chante mieux encore la gloire de Dieu que la Ford Mustang ne rend célèbre M. Ford (la création d'un scarabée ne demande-t-elle pas infiniment plus de perspicacité) ; au moins parce que la création du scarabée demanda plus d'intelligence que la fabrication d'une Ford Mustang. De plus, la conception instantanée du scarabée nécessita une sorte de puissance que M. Ford n'aurait pu déployer en 100 milliards d'années.

Ajoutons encore à ceci une sorte de similitude entre le message communiqué à notre intellect par le scarabée et celui qu'on reçoit par la Ford Mustang.. Tous les deux nous parlent d'intelligence, d'habileté et de puissance et, en ce sens, aussi bien les êtres naturels que les constructions artificielles glorifient leurs créateurs. Mais cette réalité vivante que nul sinon Dieu ne saurait créer : voilà le scarabée. Toutefois, qu'un être humain, comme cause seconde, puisse fabriquer des automobiles comme on le voit (et ceci n'est d'ailleurs pas la véritable question), si l'une rend glorieux son mécanicien, le Créateur de l'autre ne mérite-t-il pas une infinie révérence ? La question est donc plutôt que nous savons tous rendre grâce aux inventeurs ! Celui, dès lors, qui est notre Créateur ne méritera-t-il pas tous nos hommages ?. Il en résulte de cette considération que quand les hommes refusent de glorifier leur Créateur, ils sont en premier lieu iniques et pervers - ensuite ils divorcent d'avec la Création, faisant comme si la partie reniait le tout.

La vérité de toutes choses est très étroitement reliée à leur identité exactement comme la bonté de toutes les choses est très étroitement reliée à leur beauté.

Saint Thomas définissait la vérité comme la conformité de l'esprit humain avec la réalité. La vérité des choses - comme une sorte d'attribut de leur être - est leur conformité à l'Esprit de Dieu, à l'idée qu'Il a d'elles, et ainsi à ce qu'Il avait présent à l'esprit quand Il les créa.

S'ensuit une autre objection fatale contre l'évolution. Si l'évolution était réelle, alors nous devrions dire que Dieu n'avait rien de spécial ou de particulier à l'esprit quant Il créa toute chose. Plutôt, je suppose que notre évolutionniste théiste dirait qu'Il créa l'atome primordial dans son environnement des premiers âges et travailla à partir de là, par la loi unitaire de contrôle et de direction du P. Holloway, qui agit comme une sorte de projet pour toute l'histoire, s'étendant parallèle au temps dans l'éternité et se conformant, en chaque point, à ce qui arrive dans la nature. Ce qui me semble une interprétation correcte de la thèse du P. Holloway, et beaucoup plus claire même qu'il ne le fait jamais dans son livre.

Et alors que penser de ceci ? Je mentionnerai seulement trois objections :

1). Vous devez oublier toute l'Ecriture Sainte, toute la tradition catholique et les enseignements du Magistère sur la Création.

2). Finalement, même si en tant que catholique vous pouviez parvenir à ce résultat, alors il reste une dernière objection : les formes transitoires

3) .Si, en effet, les choses continuent à évoluer, comme vous dites, allant d'une espèce fondamentale à une autre - et ceci, à supposer que je le comprenne correctement - demeure ce que les évolutionnistes sont en train de nous dire si l'on excepte quelques théories non-conformistes renversant les directions (cf. supra) des lignes de changement comme celle du Dr. Geoffrey Bourne (qui va de l'homme au singe), reste encore le problème troublant de tous ces êtres intermédiaires. A moins que vous ne soyez un disciple du Dr. Richard Goldschmidt, qui ne pouvait simplement pas avaler les intermédiaires que son imagination était forcée de faire apparaître pour remplir les espaces vides, alors vous devez affronter le fait qu'entre le poisson et la grenouille, entre les Cotylosaures et les membres de la famille du daim une ligne directe dans un livre évolutionniste il y a des créatures qui ne sont ni l'une ni l'autre mais participent à la nature des deux.

Maintenant, l'esprit humain se proclame divin, si obstinément que n'importe quelle créature que votre imagination voudrait construire pour remplir ces espaces aurait quelque intelligibilité. Mais ce serait superficiel. Cela ne passerait pas l'épreuve de la nature elle-même. Ce n'est que l'étoffe dont sont faites les mythologies. Et les hominidés des évolutionnistes en sont la première pièce à conviction. Le grand fait englobant qui prouve que de telles créatures intermédiaires ne peuvent pas ou ne pourraient pas exister (sauf en imagination et dans une mythologie) est celui-ci : des produits ont besoin de toutes leurs parties et pas seulement de quelques unes d'entre elles. Autrement, pas de produit qui fonctionne. Ainsi, pas de produit qui puisse survivre. Et pas d'évolution.

Un poisson avec un demi système pulmonaire et un demi système de branchies serait si embarrassé qu'il mourrait. C'est une idée d'amateur. L'explication scientifique est la suivante : le code génétique qui est inscrit dans les cellules physiques de chaque être corporel devrait être complètement reprogrammé pour produire une espèce différente de créature. Maintenant, les évolutionnistes nous disent que cette reprogrammation a lieu petit à petit sur des milliards d'années sous l'action de mutations qui sont reçues en héritage. Ceci serait en vérité une explication parfaite sauf sur un point : tout ce que la science sait au sujet des mutations aujourd'hui converge vers le fait qu'elles sont nuisibles et que les individus et les populations qui subissent ces espèces de changements génétiques sont précisément les individus et les populations qui ne "croissent pas et ne se multiplient pas". Et ainsi il n'y a pas de preuve pour les formes intermédiaires. Elles appartiennent à la mythologie et à la fiction. Leur être imaginaire ne rend gloire qu'aux évolutionnistes, pas à Dieu, parce que Dieu est glorifié par des êtres réels, en premier lieu, et par des êtres imaginaires seulement dans la mesure où ceux-ci reconnaissent Son efficacité ultime et Son intelligibilité. Tel est le cas des grandes œuvres d'art. Toutes les structures dans la mesure où elles sont pleines d'ordre et de conception rendent gloire à leurs auteurs, structures humaines à leurs auteurs humains, et auteurs humains à Dieu le Créateur et l'Auteur ultime de toute intelligibilité.

Mais la théorie, malgré son constant appel à des miracles dont Dieu ne peut vouloir, car ils altèrent et défigurent l'Ordre et l'institution initiale de Sa création ne rend pas gloire à Dieu parce qu'elle est fausse et que la fausseté ne dénonce que son auteur et père : le Diable. Une preuve frappante que la théorie de l'évolution est intrinsèquement incapable de rendre gloire à Dieu de la même façon que la vérité peut être vue dans les différents tentatives de l'intégrer à la doctrine catholique.

Quelques unes de celles-ci ont été examinées ici. Des volumes pourraient être écrits sur le sujet. La synthèse tentée par le P. Holloway est une des plus sobres démonstrations que je peux imaginer du fait que la théorie de l'évolution est incompatible avec la vérité catholique. Lire ce livre est une expérience très inconfortable et j'attribue ceci au fait qu'il y traite l'espèce d'erreur qui ne se contentera pas d'une deuxième place dans le schéma total des choses. L'utilisation de l'E majuscule (il écrit " Evolution ") est un signe et un symptôme de l'esprit mauvais ou arrogant qui se trouve derrière le mauvais système de l'évolution. Le P. Holloway tente (vaillamment mais vainement de faire la jonction avec la vérité catholique. L'échec est trop manifeste pour que je le mentionne ; mais peut-être pourrait-on le signaler juste pour attirer l'attention : la vérité et l'erreur ne sont pas compatibles. La meilleure analogie à laquelle je peux penser est celle de la santé et de la maladie. Il y a des degrés d'infection d'une œuvre. Le P. Holloway ménage une grande partie de la vérité catholique dans son œuvre et ceci vaut d'être reconnu. Mais l'infection s'y trouve, profondément, et je le prie de ne pas tarder à l'extirper.

Car ceux qui embrassent l'erreur de l'évolution restent animés d'une véritable haine de l'intelligible ; parce que l'intelligible nous tourne clairement et directement vers Dieu. L'anecdote fameuse de ce cosmonaute soviétique qui revint de l'espace et raconta qu'il n'avait vu lors de son vol ni Dieu ni les anges, illustre à son niveau ce que je nomme " haine de l'intelligibilité de tout l'univers. S'il n'avait pas été habité de cette haine, il aurait plutôt parlé comme Frank Borman, quand lui aussi dit qu'il " n'avait pas davantage vu Dieu mais qu'il avait vu Son évidence ". Et l'évidence de Dieu est dans la clarté d'existence que toutes les choses possèdent.

Tous les êtres sont, c'est-à-dire qu'ils existent, et ceci rend gloire à Dieu qui leur a donné cette existence et les soutient dans celle-ci. Tous les êtres sont intelligibles en raison de leur identité, de leur bonté (voir Thèse 6 ) et de leur conformité à l'idée de Dieu sur eux. Une telle abondance d'intelligibilité, d'intentionnalité et de gloire (car c'est la gloire de la créature d'exister et d'être intelligible) ceci glorifie Dieu dans un chœur de louange silencieuse que les anges entendent et qui les réjouit, et que Dieu entend et Aime. Et Il désire que nous l'entendions aussi, car c'est une joie pour le cœur de l'homme et la perfection de son intelligence, faite pour la vérité.

Isaïe évoque le grand séraphin adorant Dieu dans le ciel et proclamant à toute la création Sa Sainteté en disant aussi que "toute la terre est pleine de Sa gloire". (Isaïe iii, 3)

La terre est emplie de la gloire de Dieu parce que toutes les créatures (à l'exception il est vrai de l'homme moderne en beaucoup de cas) sont totalement occupées à Lui rendre gloire. Toutes les créatures ne rendent pas à Dieu un même degré de gloire parce qu'elles n'ont pas toutes un même degré d'intelligibilité - de ce merveilleux état structuré -, de cette conception étonnante et de cet arrangement qui sont l'empreinte du doigt de Dieu comme elle se trouvait dans les créatures naturelles.

Les évolutionnistes rêvent de nous faire croire que les choses s'élèvent du simple au complexe, mais ils négligent ceci qu'aucun être créé n'est simple. Tout ce que Dieu a créé est immédiatement une merveille achevée de structure, de forme, de conception. Cependant, pour être juste avec l'évolutionniste qui, en dépit de ses œillères, perçoit quelque vérité, il faut avouer que quelques créatures sont plus complexes que d'autres. On le voit très clairement dans les différences entre le règne minéral et les règnes vivants. Car toute la beauté merveilleuse et admirable des schémas étonnants et des figures géométriques que nous apercevons dans le règne minéral (cristallographie) nous prépare pour ainsi dire à rencontrer plus de merveilles encore dans la grande complexité d'une cellule. Le plus merveilleux n'est-il pas le mouvement ? Mouvement vers un but qui finalise son activité. Plus nous nous élevons dans l'échelle des êtres, plus ils nous dévoilent une activité complexe. Le monde des insectes en est si plein que nous trouvons un nouvel exemple dans presque chaque numéro du Scientific American. Un récent numéro de celui-ci raconte comment des scarabées, malgré leur petite taille, s'arrangent pour enterrer une souris morte, par exemple, qui sera la nourriture de leurs petits. Toute l'opération est une merveille d'ingénierie. La terre est en vérité pleine de la gloire de Dieu ! Car ces petits scarabées rendus ainsi intelligibles rendent témoignage de l'intelligence infinie de Dieu et de Sa sagesse, ils ne sont pas des déviants comme certains hommes. Davantage encore ! la plus grande gloire que Dieu reçoit de n'importe laquelle de Ses créatures est celle qui Lui est donnée gratuitement et par amour pour nous, Ses enfants. Les créatures inférieures manquent de ceci : Le petit scarabée accomplit la volonté de Dieu, mais il ne peut pas faire autrement. De notre part Il reçoit le service libre non d'esclaves, mais d'amis. Ceci Lui rend gloire.

Il y a quelques années, un slogan fut emprunté à saint Irénée et fut très populaire sur les bannières utilisées dans les célébrations liturgiques. Ce slogan disait : "la gloire de Dieu est un homme vivant !" On vit partout pendant longtemps les bannières sur lesquelles cette phrase était brodée, peinte et déployée autrement en différentes couleurs. A cette époque je restai longtemps perplexe, me demandant quel était le contexte de ce passage, je voulais remonter à la source. Je découvris enfin que le passage exact : "La gloire de Dieu est un homme vivant et la gloire de l'homme est l'adoration de Dieu !" Je n'ai jamais été capable de comprendre pourquoi la deuxième moitié de la phrase de saint Irénée avait été omise sur les bannières.

J'y vois une autre manœuvre de théoriciens de l'évolution qui font obstacle à l'adoration de Dieu dans chacune de leurs tentatives d'attribuer à des processus naturels la puissance qui n'appartient qu'à Dieu seul. Et ceci ne peut être fait. Dieu l'interdit. Il dit par la bouche d'Isaïe (xlviii, 1)

" Ma gloire, Je ne la donnerai pas à un autre.

Et ainsi, je pense que les évolutionnistes théistes devraient se montrer savants et bien considérer combien leur position anti-scientifique compromet leur foi catholique divine. Car la gloire de la Création n'appartient qu'à Lui seul.

Thèse 15

LES SIX JOURS

L'Hexaméron ou Semaine des six jours de la Création et d'autres affirmations de l'Ecriture Sainte telles que la répétition à dix reprises de l'expression "selon son espèce" constituent des principes positifs éclairants pour tous les savants.

L'affirmation principale de cette thèse est que la déclaration dogmatique qui affirme que l'Ecriture Sainte est à la fois inspirée et inerrante dans tout ce qu'elle déclare, énonce et suggère parce que Dieu en est l'auteur principal (voir Thèse 28) s'applique avec juste autant de force et d'autorité au premier chapitre de la Genèse et en vérité aux onze premiers chapitres de celle-ci, qu'au reste de la Bible, et que ce n'est rien qu'une crainte sans fondement de la fausse théorie de l'évolution aidée et encouragée par le sécularisme et le modernisme opposés au surnaturel qui infectent l'Eglise aujourd'hui, qui pousse les hommes à soutenir cette opinion compromettante et acatholique sur l'Ecriture Sainte qui limiterait sa signification pour s'accorder à une convenance mondaine et aux prétentions d'un establishment scientifique faux et tyrannique.

Est-ce uniquement parce qu'une fausse science évolutionniste a surgi à notre époque et s'est engagée à dogmatiser au sujet de l'origine et l'âge de l'univers ; à cause de ceci combien de catholiques ont abandonné la foi en l'inerrance de la Bible ? Oh, cette infidélité est rationalisée en beaucoup de phrases très astucieuses et piétistes exaltant la puissance littéraire et la beauté des premiers chapitres de la Bible. Mais quelque belle et puissante que cette poésie puisse être, le fait reste - ajoute-t-on -, quand tout est dit et fait, que sa conception du monde est désespérément rétrograde, que sa cosmologie est désuète et sa science erronée et complètement fausse, parce que chacun sait aujourd'hui que l'univers a pris des milliards d'années pour évoluer. Et soutenir que tout a été fait en six jours est puéril, le moins qu'on puisse dire et excessivement fondamentaliste, le plus qu'on puisse dire. Chacun sait aujourd'hui que les Juifs inventèrent la semaine pour faire respecter le sabbat, ce qui n'était pas vraiment une mauvaise idée, réellement, mais ne la confondons pas avec une semaine de la Création de six jours qui a vraiment existé.

            L'alternance de la lumière et de l'obscurité avant la création du soleil est mystérieuse en vérité. La lumière que Dieu créa le Premier Jour de la Semaine de la Création peut bien avoir été ce à quoi se réfèrent les physiciens quand ils parlent du spectre électromagnétique, ce que voient les philosophes comme la véritable nature de la lumière physique et ce que les mystiques et théologiens voient comme une représentation symbolique de l'union hypostatique de la Seconde Personne de la Sainte Trinité avec la nature humaine qu'Il assuma dans le sein de la Très Sainte Marie Toujours Vierge : la Femme de Genèse iii, 15.

           

Le fait que Notre Divin Maître parle de Lui-même " comme la Lumière du Monde " (Jean, viii, 12) ; qu'Il dit même à Ses disciples que eux aussi " sont la lumière du monde, à cause de Lui " (Mat., v, 14) et qu'à travers aussi bien l'Ancien que le Nouveau Testament la lumière est opposée à l'obscurité du péché et de l'ignorance ; ce fait indique sûrement que la lumière en tant que telle, est quelque chose de très particulier aux yeux de Dieu et spécialement magnifique dans ce qu'il a créé (Ses créatures).

           

L'alternance de la lumière et de l'obscurité pour former une journée pendant les trois premiers jours de la Semaine de la Création est un mystère que j'accepte avec Foi parce que Dieu l'a révélé et l'a rendu compatible avec les trois jours suivants, les limitant à un soir et un matin non différents, selon le texte Sacré, au cours des trois premiers jours comme au cours du quatrième.

Et nous savons encore avec certitude que la lumière des trois premiers jours n'était pas la même que celle des quatre suivants parce qu'au cours du Quatrième Jour Dieu " créa le soleil, la lune et les étoiles pour donner la lumière sur la terre " (Genèse i, 14-18) :

" Dieu dit aussi qu'il soit fait des luminaires dans le firmament du ciel,

et qu'ils séparent le jour et la nuit, et qu'ils servent de signes pour marquer les saisons et les jours et les années ;

qu'ils luisent dans le firmament du ciel,

et qu'ils éclairent la terre. Et il fut fait ainsi.

Et Dieu fit les deux grands luminaires :

l'un plus grand pour présider au jour,

l'autre moins grand pour présider à la nuit : et les étoiles.

Et il les plaça dans le firmament du ciel pour luire sur la terre,

pour présider au jour et à la nuit et pour séparer la lumière et les ténèbres.

Et Dieu vit que cela était bon. Et d'un soir et d'un matin se fit un quatrième jour.

            A la différence de la lumière du Premier Jour, ces "luminaires" sont porteurs de lumière, lumières luisantes, ayant la lumière à l'intérieur, lumière contenue, alors que la lumière du Premier Jour n'est pas contenue.

           

Le Quatrième Jour révèle la cosmologie de l'univers. Il est admirablement statique, c'est une structure merveilleusement ordonnée. Ce n'est que dans ces dernières Ecritures que nous trouvons des indications montrant que les choses sont comme elles apparaissent, c'est-à-dire que l'univers est géocentrique, que le soleil, la lune et les étoiles, et les galaxies tournent autour de la terre spécialement créée.

Ecclésiaste , i, 5-6 :

Le soleil se lève et il se couche, et retourne à sa place : et se levant ici de nouveau, fait son tour par le sud, et tourne de nouveau vers le nord, parcourant toutes choses en tournant, le vent avance et revient vers ses circuits

            R. G. Elmendorf, ingénieur géocentriste par excellence, soutient que ces versets sont une description exacte du voyage quotidien et annuel du soleil dans son mouvement en spirale et hélicoïdal autour de la terre. Le mot "vent" se rapporte au "vent solaire", le courant puissant supersonique de particules chargées, flottant dans l'espace en provenance de la couronne solaire. Le vent solaire peut même être considéré comme "l'esprit" du soleil et comme une figure du Saint Esprit juste comme le soleil lui-même est souvent considéré comme une figure du Christ. (45)

           

Parallèlement il y a l'événement historique rapporté dans le Livre de Josué, où le soleil et la lune obéissent au commandement de Josué d'arrêter leur cours jusqu'à ce que les Israélites aient battu leurs ennemis :

Josué x, 12-13 :

Il n'y eut ni avant ni après de jour aussi long,

Le Seigneur obéissant à la voix d'un homme, et combattant pour Israël

            Josué commanda au soleil et à la lune de se tenir immobiles, et le Seigneur obéit, montrant clairement Qui contrôle quoi.

           

Le Psaume xviii, 6-7 célèbre le désir de Notre Divin Maître d'accomplir Sa mission de Rédemption sacrificielle pour nous :

Il a placé son tabernacle dans le soleil, et cet astre,

comme un époux qui sort de son lit nuptial, s'est élancé comme un géant ;

sa sortie est à l'extrémité du ciel, et le terme de sa course à l'autre extrémité ;

et il n'y a personne qui se cache à sa chaleur.

Jean iii, 14 et xii, 32 :

C'est la lumière de la Vérité, attachée à la Croix pour attirer toutes choses à Lui

Nous ne devrions pas oublier le grand adversaire, Lucifer, le brillant, un fils du matin (Isaïe xiv 2)

comme il était dans sa gloire avant qu'il ne se rebelle et devînt le Prince des ténèbres qui gouverne ce monde.

           

Mais son soleil sera transformé en obscurité (Joël ii, 31, Actes ii, 20, II Pierre ii, 17, Math. xxiv, 29 et Marc xiii, 24). Où le soleil de vérité sera transformé en obscurité du péché et de l'ignorance avec la Fin du Temps qui approche ?

           

Telles sont les richesses de la Révélation Divine, que mystiques et théologiens, philosophes et savants ne peuvent jamais épuiser, mais qui récompensent au-delà de toute mesure le cœur et l'esprit dociles.

            Le mouvement du soleil autour de la terre et la stabilité de la terre au centre de l'univers ne sont pas des articles de Foi mais sont fortement privilégiés par l'Ecriture et la Tradition.

           

Je crois que le géocentrisme sera rétabli, que la condamnation de Galilée par l'Eglise sera justifiée, et que l'héliocentrisme sera considéré comme l'erreur qui ouvrit la porte à l'évolutionnisme, en minant l'autorité de l'Ecriture Sainte, et, par là, fit le lit du Modernisme, collecteur de toutes les hérésies.

Maintenant, j'aimerais savoir pourquoi je devrais accepter dans un sens quelconque les premiers chapitres de la Genèse s'ils ne sont qu'une préface poétique. Si ces chapitres ne sont pas réellement inerrants, alors ils ne sont pas réellement canoniques, parce qu'un discours quelconque qui enseignerait si positivement une erreur aussi énorme (comme le prétend la science évolutionniste moderne) comme la création de l'univers et de tout ce qu'il contient en six jours littéraux devrait être retranché du canon en vue de protéger les gens crédules comme moi.

Mais ceci, bien sûr, est impossible. Les décrets de la Commission biblique (voir spécialement le Décret de juin 1909 "Sur le caractère historique des trois premiers chapitres de la Genèse") affirment dans des termes sans équivoque le caractère historique de ces chapitres et répudient solennellement toute idée qu'ils contiennent des fables empruntées aux mythologies païennes ou des symboles et des allégories dépourvus de fondement dans la réalité.

Il y a, en outre, un grand encouragement pour accorder crédit au récit des six jours littéraux de la semaine de la Création chez les Pères et Docteurs de l'Eglise, qui tous, à l'exception de saint Augustin et d'un ou deux autres influencés par le platonisme, acceptaient l'Ecriture Sainte à la lettre sur ce point. C'est-à-dire qu'ils soutenaient l'interprétation des six jours (comme cela est évident dans le terme Hexameron pour le genre littéraire d'une œuvre théologique sur les six jours de la Création) et préféraient une exégèse réaliste à une autre plus allégorique. Saint Augustin a fait une allégorie des six jours en soutenant qu'ils se rapportaient à des actes successifs de connaissance angélique. Voici ce qu'en dit un auteur du début du siècle :

" Cette théorie unique de la signification des six jours fut adoptée par quelques uns des écrivains latins tardifs, mais généralement seulement en partie. Elle était trop spéculative et trop ardue pour rallier la majorité qui préférait croire que les six jours étaient réellement des périodes de temps. (F. R. Robbins. The Hexameral Litterature. Univ. de Chicago. 1912, p. 22)

Ce même auteur (op. cit. p. 21) affirme que saint Augustin rejetait en vérité "la croyance ordinaire que le monde fut créé en six jours naturels" et pour justifier le sens évident de l'Ecriture, conçut son interprétation de la connaissance angélique.

Le seul point à mettre en avant ici est que la majorité des Pères et des Docteurs de l'Eglise, soutenant "la croyance ordinaire que le monde fut créé en six jours naturels", prirent l'Ecriture Sainte dans son sens courant.

En plus du soutien de la tradition et des décrets de la Commission Biblique défendant le caractère historique des trois premiers chapitres de la Genèse, il y a aujourd'hui un corps grandissant d'évidence empirique contre un grand âge de l'univers et de la terre. Cette évidence tend à enlever la base de toute objection à considérer les six jours littéralement, comme il commence à être clair qu'il n'y a absolument rien de non-scientifique dans une acceptation littérale des jours de la semaine de la Création. C'est plutôt le contraire. La preuve empirique montre de plus en plus clairement le fait que vous devez avoir un produit avant que vous ayez un processus, que vous devez avoir une unité fonctionnelle avant que vous ayez des fonctions, et qu'une intelligence est absolument nécessaire pour produire de tels systèmes opérants et de telles unités fonctionnelles. (Voir en particulier A. E. Wilder Smith, The creation of Life, Harold Shaw, 1970). Il est de plus en plus admissible qu'une réalisation comme la création par Dieu de produits pleinement opérationnels est non seulement plausible et raisonnable mais nécessaire alors que la conception évolutionniste de parties s'assemblant elles-mêmes sur de longues périodes de temps par des processus aléatoires est simplement impossible.

Ajoutez à ceci les preuves grandissantes à partir des sciences de la terre et de l'astronomie et de la physique que l'univers est réellement très jeune, et il semble à toute personne à l'esprit ouvert qu'une acceptation de l'enseignement du premier chapitre de la Genèse est la seule position raisonnable. (Pour les preuves d'une terre et d'un univers jeunes je peux ici renvoyer mes lecteurs à Henry Morris, Scientific Creationism, Creation-Life, 1974, et au chapitre intitulé "Vieux ou Jeune ?")

Avec tout ceci à l'esprit, ce serait de l'aveuglement en vérité de refuser d'accepter la Parole de Dieu telle qu'elle est écrite dans le premier chapitre de la Genèse avec la même foi que j'accepte le reste de la Bible et de la Tradition et l'enseignement de l'Eglise.

Ici, une étude détaillée des six jours de la semaine de la Création ne peut être tentée, mais elle sera offerte dans une autre œuvre dans laquelle les jours de la semaine de la Création chez saint Thomas d'Aquin seront synthétisés avec les œuvres des savants créationnistes contemporains et des exégètes de la Bible.

Dans le présent travail, l'enseignement solide de l'Ecriture Sainte elle-même sur la semaine de la Création et l'orthodoxie d'une position littérale sur le mot jour dans le premier chapitre de la Genèse seront défendus.

L'Ecriture Sainte dit :

" Ainsi le Ciel et la terre furent achevés et tout ce qu'ils contiennent. Et le septième jour Dieu acheva Son œuvre qu'Il avait faite, et Il se reposa le septième jour de toute Son œuvre qu'Il avait faite. Et Il bénit le septième jour et Il le sanctifia : parce que ce jour-là Il S'était reposé de toute Son œuvre qu'Il avait créée et faite. (Genèse ii, 1-3)

Ici l'auteur sacré, sous l'inspiration divine, jette un regard en arrière sur la semaine de la Création comme une œuvre divine composée de beaucoup d'œuvres distinctes, un produit temporel total, l'univers et tout ce qu'il contient, "le ciel et la terre", le cosmos entier posé en principe, placé sous la forme temporelle d'une semaine.

S'il n'y avait pas eu ces récits révélés de la Semaine de la Création, la théorie de l'évolution et les évolutionnistes théistes pourraient trouver un fondement scripturaire. Telle qu'elle est, je conclus que l'Ecriture Sainte présente ici un enseignement positif contre l'hypothèse et la conception du monde évolutionnistes.

Saint Thomas, dans la tradition des Pères et des Docteurs, affirme :

" Rien de ce qui est fait ultérieurement par Dieu n'est entièrement nouveau ; d'une manière ou d'une autre, cela avait préexisté dans l'œuvre des six jours. (ST 1, q. 73, a. 1, ad. 1)

" On dit que Dieu a cessé Son œuvre le septième jour, non en ce sens qu'Il a cessé toute activité, puisque Notre-Seigneur dit : "Mon Père travaille jusqu'à présent", mais en ce sens qu'Il a cessé de produire de nouveaux genre ou de nouvelles espèces de choses, qui ne seraient pas préexistantes de quelque manière dans Ses premières œuvres. (ST 1, q. 118, a. 3, ad. 1 )

L'aspect essentiel de cette thèse est de mettre en avant l'enseignement positif de l'Ecriture Sainte (dans Genèse 1-3) et de prétendre que cet enseignement positif est clairement opposé à la théorie de l'évolution. Car, en enseignant clairement que l'œuvre de créer l'univers a pris place dans les limites d'une semaine, l'Ecriture Sainte exclut clairement par cet enseignement aussi bien : 1) un monde éternel que, 2) les milliards d'années du temps évolutionniste lors desquels on prétend que les espèces émergèrent à l'existence par des processus naturels opérant lentement.

Cependant la Commission Biblique (Décret du 30 juin 1909) a disposé que le mot jour utilisé dans le premier chapitre du livre de la Genèse peut être compris de deux façons :

" Yom. Si le mot Yom (jour), qui est employé dans le premier chapitre de la Genèse pour décrire et distinguer les six jours, peut être pris ou bien dans son sens strict comme le jour naturel, ou dans un sens moins strict comme signifiant un certain espace de temps ; et si la libre discussion de cette question est permise aux interprètes.

Réponse : Affirmative

La présente thèse maintient que le mot jour employé dans Genèse i devrait être pris dans son " sens strict comme le jour naturel ". Nous soutenons aussi que "le sens moins strict comme signifiant un certain intervalle de temps" ne peut, sans faire une violence intolérable au texte sacré de Genèse i et à la Sainte Ecriture comme un tout, être pris comme équivalent aux périodes du temps évolutionniste. Et il est en vérité très discutable de savoir si les mots de la Commission Biblique, " un certain espace de temps ", sont linguistiquement ou logiquement capables de porter le sens qu'une interprétation évolutionniste forcerait à soutenir. Il semble plutôt que la Commission a eu l'intention d'interpréter le fait que les trois premiers jours de la semaine de la Création, s'étant écoulés avant la création du soleil, peuvent être compris "dans un sens moins strict comme signifiant un certain intervalle de temps" plutôt qu'un jour solaire durant approximativement vingt-quatre heures semblable à ce que nous observons maintenant.

En tous cas, il y a de sérieuses raisons scripturaires et théologiques pour que le mot " jour " de Genèse i soit pris littéralement.

1) Le texte sacré lui-même répète que "le soir et le matin furent un jour" (Genèse i, 5, 8, 13, 23, 31).

En outre, Exode xx, 11 dit : "Car en six jours le Seigneur fit le ciel et la terre, la mer, et tout ce qu'ils contiennent, et Il se reposa le septième jour".

Ce passage se rapporte sans erreur possible à une semaine littérale de sept jours littéraux. Et cela aurait difficilement un sens puisque, dans le contexte du troisième commandement de garder saint le sabbat, nous recevions le commandement de travailler six jours qui se rapportent réellement aux périodes du temps évolutionniste. Ainsi, la Sainte Ecriture est harmonieuse dans ses références, alors que les interprétations évolutionnistes détruisent la perception et l'appréciation de cette divine harmonie dans les esprits de ceux qui acceptent cette erreur.

2) Ceux qui souhaitent prendre les jours de Genèse i de façon à s'accommoder au temps évolutionniste, s'impliquent dans des difficultés théologiques qui comportent des offenses sérieuses contre la doctrine catholique. Ces difficultés et ces offenses devraient être signalées:

A) Les partisans de longs âges dans Genèse, i, s'engagent dans une théorie de créations successives s'étendant sur de très longues périodes de temps à l'intérieur desquelles Dieu est intervenu dans le cours de l'histoire naturelle pour créer les espèces et les genres comme les évolutionnistes nous disent qu'ils sont apparus au cours du temps. Cette théorie dit, par implication, que Dieu n'a pas achevé Son œuvre créatrice, mais ceci est en clair conflit avec le texte sacré lui-même (Genèse ii, 1-3). Si Dieu n'a pas achevé Son œuvre de Création pendant la semaine de la Création, alors ce qu'Il créa "Au commencement" doit avoir été inachevé et être pour cela imparfait, de telle sorte que Dieu avait besoin des périodes du temps évolutionniste au cours desquelles Il puisse développer, compléter et parfaire Sa création, originellement imparfaite et incomplète, exactement comme les évolutionnistes le prétendent en fait de la nature elle-même. Mais ces opinions sont non seulement contraires au clair enseignement de l'Ecriture Sainte mais elles sont opposées à une saine notion de la Sagesse et de la Perfection de Dieu.

B) Par cette conception évolutionniste de la "création" l'ordre hiérarchique de la création universellement reconnu par les Pères et Docteurs de l'Eglise et par la Tradition catholique, aussi bien en philosophie qu'en théologie, est par là même temporalisé et les degrés de perfection que nous reconnaissons dans la création comme constituant son ordre total harmonieux sont là encore soumis et subordonnés à un développement fictif évoluant dans le temps. Le modèle de toutes choses, incluant l'activité créatrice transcendante de Dieu, devient un développement évolutionniste et un transformisme. Cette espèce de rejet de l'ordre hiérarchique de la réalité est très opposée à la tradition et à la doctrine catholiques et à la saine philosophie catholique et on doit y résister.

C) Mais c'est la considération déplacée du registre fossile - considération, nous l'avons vu, partisane et antiscientifique -qui porte le coup le plus dévastateur : celui des " créations successives " dont les fossiles administreraient la preuve concrète et historique. Cependant, en y regardant sans fascination, le registre fossile n'a rien à voir avec l'histoire imaginaire évolutionniste du monde et de la nature mais est plutôt un témoignage, concret en effet, du Déluge universel qu'a connu Noé (Genèse 6-8). En refusant de reconnaître cet événement comme universel, c'est-à-dire global aussi bien anthropologiquement que géographiquement, comme l'Ecriture l'enseigne clairement, les évolutionnistes théistes et les partisans des ères évolutionnistes choisissent une interprétation du registre des fossiles qui les entraîne fatalement, déjà au blasphème, en sus dans une erreur sérieuse, en attribuant la souffrance et la mort directement à l'activité créatrice de Dieu. Car le registre fossile est un témoignage de violence, de souffrance, d'enfouissement soudain et de mort soudaine. Soutenir que cet événement est un témoignage de création, revient à attribue de tels maux à Dieu Lui-même. Quant à refuser de voir, par cécité volontaire ou involontaire, et c'est omettre que le registre fossile est très éloquent là-dessus.

C'est pourquoi ni une théorie de créations successives, accommodant les jours de la Genèse au temps évolutionniste, ni une théorie de la création continue, réduisant l'activité créatrice de Dieu à des processus naturels, ne peuvent être en aucune façon démontrés comme étant en accord avec la doctrine catholique et l'enseignement clair et positif de l'Ecriture Sainte.

Les savants créationnistes, en revanche, disposent d'un corps de preuves ou d'évidences empiriques qui vérifie clairement les enseignements de l'Ecriture Sainte sur les origines de toutes choses.

L'autre conséquence du rejet de la semaine de la Création telle qu'elle est enseignée dans l'Ecriture Sainte est l'attribution de la création à des causes secondes ou naturelles c'est-à-dire créées selon les évolutionnistes. Les objections à cette conjecture sont discutées dans les thèses 7 à 10 (passim), car cette position (le transfert de la création à l'évolution) est celle de l'évolutionnisme théiste dont nous avons cru pouvoir montrer qu'elle est fausse et hérétique. La seule différence entre les évolutionnismes théiste et athée est que le premier admet théoriquement un mécanisme (Dieu) alors que le dernier le rejette autant théoriquement qu'empiriquement.

On pourrait encore objecter que toutes les œuvres de la Semaine de la Création ne sont pas toutes strictement créatrices et que l'ornementation par Dieu des choses peut indiquer la possibilité d'une sorte d'évolution.

Les théologiens dans la tradition thomiste distinguaient la première Création (creatio prima) et la seconde Création (créatio secunda). Selon cette distinction, la création de toute chose à partir de rien (ex nihilo) au commencement est la création au propre sens du terme. Les œuvres de distinction et d'ornementation, telles que la séparation des eaux d'en haut des eaux d'en bas (dans Genèse i, 6,) le commandement que la terre fournisse de la végétation (dans Genèse i, 11) et celui que les eaux grouillent de créatures (en Genèse i, 20) sont désignés comme seconde Création parce qu'ils ont pris place après la création du "ciel et de la terre" au premier jour.

Mais on doit maintenir de façon significative aujourd'hui, face à l'erreur évolutionniste qui voudrait l'usurper, là où c'est possible, l'action de Dieu ; à savoir que Dieu seul est capable d'accomplir les œuvres de la Création seconde aussi bien que celles de la première Création.

Un traitement adéquat de ces questions appartient à une étude détaillée de la semaine de la Création ; et qui ne peut être mené de front ici, mais le sera dans un travail séparé. Qu'il suffise de dire maintenant que la diversité des choses, dont les évolutionnistes sont incapables de rendre compte, est encore et seulement l'œuvre de Dieu. C'est la Création par Lui au commencement des espèces. Saint Thomas rappelle ce principe quand il dit :

" Et c'est parce que la distinction des créatures a ainsi pour cause la sagesse divine, que Moïse l'attribue au Verbe de Dieu, conception de Sa Sagesse. Ainsi lit-on au Livre i de la Genèse : "Dieu dit : que la lumière soit, et Il sépara la lumière des ténèbres". (ST, I, q. 47, a. 1)

" Mais dans la première production de créatures corporelles aucun passage de la puissance à l'acte - car ex nihilo - n'a pu avoir lieu, et en conséquence les formes corporelles que reçurent les corps quand ils furent produits pour la première fois vinrent immédiatement de Dieu au seul commandement duquel la matière obéit, comme à sa propre cause. Pour signifier ceci, Moïse préface chaque œuvre par les mots, Dieu dit, que cette chose soit, ou que, pour dénoter la formation de toutes choses par la Parole de Dieu, de qui, selon saint Augustin, vient toute forme, justesse et harmonie des parties (ST, 1, q. 47, a. 1)

La Sagesse Divine de Dieu est seule cause de la diversité des créatures qui peuplent l'univers. La distinction des créatures dans leur grande diversité est un effet de la Sagesse Divine. Former et distinguer les créatures selon leurs espèces appartient à Dieu seul. Ceci est un enseignement positif du premier chapitre de la Genèse.

Ce rappel nécessaire et qu'ils doivent connaître n'empêche pas le P. Raymond Nogar, le P. Karl Rahner et leurs disciples de contester et même de nier l'enseignement positif de l'Ecriture Sainte. Le P. Nogar (Wisdom of Evolution, Doubleday, 1963, p. 68) dit :

La "direction" de l'évolution de la famille du cheval ne pouvait être prédite, n'était pas aléatoire, mais fut déterminée d'âge en âge par l'adaptabilité naturelle à l'environnement qui à son tour fut constamment soumis à des changements radicaux.

Le P. Nogar est en train de dire que des chevaux sont venus à l'existence au moyen de processus naturels à l'intérieur de systèmes biologiques précédant les chevaux interagissant avec l'environnement. En plus du fait que c'est une incroyable mépris - comme on l'a vu - de ce que c'est qu'être un cheval, et non un chien ou un chat, c'est aussi un déni implicite de la nécessaire conception informée d'une créature accomplie et reconnaissable ou de ce qu'on appelle à juste titre la matière informée. Le P. Nogar dit que nous n'avons pas besoin de Dieu pour créer un cheval parce que le cheval peut être produit au moyen de processus naturels. Les objections scientifiques à ceci sont traitées autre part (v. e., supra, dans la Thèse 7). La foi commande et affirme que Dieu seul peut octroyer une forme substantielle à une créature, parce que la forme substantielle est l'acte premier pour qu'une créature existe comme telle ; telle qu'un être comme un cheval, un chien ou un chat. Dans le cas même des êtres inorganiques, on l'a vu, la lumière et les planètes, les minéraux et les roches, il doit y avoir communication de la forme à chacun des éléments afin qu'il puissent remplir une fonction ; et le seul l'Être Qui est est capable de leur accorder une telle formalité : Dieu. Il y a plusieurs raisons pour retenir cette analyse.

L'une est - j'y reviens - que les éléments, par nature, manquent de l'intelligibilité nécessaire pour forger leur propre intelligibilité. Comme le physicien le dirait, il est impossible à la matière, selon le Second Principe, de s'assembler elle-même ; ou pour l'ordre de surgir spontanément du désordre ou du néant. Le Premier Principe reconnaît que rien n'est créé et le Second Principe reconnaît que la matière ne peut s'ordonner elle-même. Et encore le P. Nogar est en train d'essayer de nous dire que le cheval, en quelque sorte, "décida" (préféra, peut-être ?) qu'il " voulait " être un cheval et ainsi, même avant de devenir un cheval, il sut prendre des mesures pour déterminer pour lui-même la forme de tel cheval par adaptation à l'environnement. Ou peut-être il ne se détermina pas explicitement pour devenir un cheval, mais il s'avéra justement qu'il était ce qu'il devint par "adaptation naturelle". Mais on nous dit que le processus "n'était pas aléatoire". Il était "déterminé d'âge en âge par l'adaptabilité naturelle". Ce qui en découle est que des processus naturels, non pas Dieu, sont cause finale du cheval.

Là encore nous rencontrons le barrage du Second Principe de la Thermodynamique qui dit absolument qu'aucun processus naturel n'est capable d'augmenter son ordre propre, mais que plutôt, au contraire, son ordre décroît de lui-même. Les lois physiques de la nature affirment que l'évolution est impossible. (Voir les ouvrages du Dr. Henry Morris comme Créationnisme scientifique " sur ce point du Second Principe et de l'évolution).

Et il en va de même avec toutes les choses créées. Leur intelligibilité, par laquelle je veux dire que la forme qu'elles révèlent (qui les structure) et qui rend possible leur intelligibilité pour nos esprits qui cherchent à les appréhender dans une relation pleine de sens, est un donné et doit être un donné parce que la nature n'est pas capable d'y atteindre par elle-même. Le cas de l'ADN est une analogie exacte et un exemple primaire parce que l'information qu'il contient est une condition préalable absolue pour un tel assemblage. Il en est ainsi avec la cellule. Aucune partie ou pièce de la structure cellulaire n'est capable de se débrouiller toute seule parce que la cellule est une unité fondamentale, une formalité donnée qui est la cause immédiate proche et matérielle de l'être et de l'opération de la cellule. Si une telle structure complète primordiale fait défaut, les formalités secondes, pourraient fonctionner à des niveaux moindres ; mais ces formalités du second ordre n'ont pas capacité pour s'assembler ni surtout composer une forme plus élevée c'est-à-dire primordiale. Par définition, comme par construction un tel pouvoir ne leur est pas imparti à l'intérieur d'elles. Un tel niveau plus élevé d'organisation et de structure doit leur être donné, il doit leur être octroyé - par Dieu originellement ; et remarquons d'ailleurs que l'homme ne pourrait même pas suivre ultérieurement ni imiter l'œuvre de Dieu en utilisant ce que Dieu créa originellement à partir de rien. Ainsi les hommes bricolent dans les laboratoires de la science moderne et essaient de faire ce que Dieu a fait.

Le point sur lequel il faut insister ici est que le P. Nogar s'est beaucoup trompé, et avec lui tous les évolutionnistes théistes. C'est réellement une question ici de savoir dans quelle mesure le P. Nogar peut être encore nommé un évolutionniste théiste et non pas plutôt un évolutionniste purement matérialiste. Mais laissons passer. Il avait vécu trop longtemps avec les biologistes et fermé ses oreilles à toutes les autres lois de la science telles que le Premier et le Second Principe de la Thermodynamique. Même avec les biologistes il avait fermé ses yeux au message clair et insistant de la génétique selon lequel le semblable engendre seulement le semblable, et les processus d'adaptabilité naturelle opèrent selon une nature programmée donnée au commencement et non comme des causes "créatrices" cherchant et se dirigeant vers une intelligibilité plus élevée que celle avec laquelle elles furent originellement créées.

C'est pourquoi les œuvres contenues dans ce qu'on nomme la Seconde Création, par laquelle Dieu octroie une forme à la matière ou informe la matière, déterminant les choses à être ceci et non cela, " telles et telles ", comme distinctes de tout autre chose, sont propres à Dieu seul et ne sont pas capables d'être accomplies par une cause seconde ni par un agent naturel précisément parce que cette activité procède de la Sagesse Divine seule et met en relation directement l'intelligibilité - la nature propre - de chaque créature avec sa seule cause adéquate qui est son créateur. Aucune créature ne peut elle-même déterminer sa propre nature. Ceci est une information donnée librement, et Dieu seul est l'auteur d'une telle formalité. Lui seul l'a pensée. Et Lui seul la donne. Aucune créature ne peut penser ou inventer sa propre nature et alors en venir à l'accomplir.

C'est pourtant encore ce que nous disent les évolutionnistes. En ce domaine, aussi bien les évolutionnistes qui se disent théistes que les évolutionnistes clairement athées, voudraient remplacer Dieu par la nature, par les processus naturels et ultimement par l'homme lui-même comme le contrôleur et le directeur de sa propre soi-disant évolution.

Les jours de la semaine de la Création comme ils sont enseignés par l'Ecriture Sainte apparaissent ainsi comme une sauvegarde Divine contre les erreurs idolâtres de l'évolution parce que dans Gen. I : la phrase "selon son espèce" est répétée à dix reprises pour rappeler aux hommes de toutes les époques que Dieu a placé dans le matériel génétique de chaque créature animée certaines limites au-delà desquelles il ne peut plus y avoir de changement. Contrairement à ce que le P. Nogar et les autres évolutionnistes peuvent dire, Dieu créa une espèce de cheval le sixième jour aussi sûrement qu'Il créa l'espèce humaine. C'est Dieu et non la nature qui a créé le cheval. Moins encore, le cheval ne s'est point créé lui-même.

Finalement il n'y a rien qui contredise la succession temporelle des six jours de la semaine de la Création dans le fait que la Création est un Acte et non un processus, qu'elle effectue une apparition immédiate d'un produit complet, une créature complètement opérationnelle, adulte et capable d'accomplir le commandement "croissez et multipliez-vous", et que la Création, comme un Acte de Dieu et ainsi inséparable de Lui-même, "prend place" ou "survient" sans temps et sans mouvement. C'est un acte transcendant, le grand Zap originel !

Avec le premier Fit (" qu'il en soit ainsi ") créateur de Dieu qui amena à l'être le ciel et la terre, le temps aussi commença. Il est complètement raisonnable pour cette raison que Dieu Lui-même devait procéder selon la temporalité ainsi créée et initiée. Les évolutionnistes théistes aiment nous dire que Dieu travaille selon les lois naturelles. Ce qu'ils oublient est que Dieu créa ces lois naturelles au commencement et ce qu'ils n'arrivent pas à voir ou oublient est que la théorie de l'évolution rompt ces lois, les viole et les défie constamment.

Mais Dieu agit selon l'ordre de Sa Divine Sagesse. Ayant créé le temps, Il travaille selon le temps. Et ainsi, ayant créé la lumière qu'Il appela jour, Il créa un firmament (une étendue d'espace) entre les eaux dans l'univers, puis il sépara les eaux au dessus du ciel des eaux en dessous du ciel, sur la terre. Et ainsi de suite, au long de la Semaine de la Création, selon le temps de chaque jour.

L'alternance de la lumière et de l'obscurité avant la création du soleil est certes mystérieuse.

Ayant créé le temps et l'ayant différencié selon une alternance de lumière et d'obscurité qu'Il nomma un jour, Dieu alors entreprit de faire apparaître les créatures qui devaient orner les environnements respectifs du ciel et de la terre. Ainsi le troisième jour vit l'apparition de la terre sèche et de sa végétation. Le quatrième jour vit l'apparition du soleil, de la lune et des étoiles dans l'espace, le cinquième jour fut témoin des mers grouillant d'une vie marine nouvellement créée et du ciel plein d'oiseaux directement situé au-dessus de la terre. Le sixième jour, le plus important de tous, vit l'apparition de toutes sortes d'animaux et finalement, du premier homme et de la première femme sur la terre.

Le point à signaler ici est que l'apparition de chaque créature corporelle pour la première fois est l'effet d'un acte que Dieu seul peut accomplir parce que ce qui apparaît pour la première fois est une nouvelle créature, différente de toutes celles qui ont été créées avant ou après. Et cet acte créateur, qu'il s'agisse du premier ou du second, ainsi appelé traditionnellement, est propre à Dieu seul parce qu'il nécessite l'octroi immédiat de l'existence à un être total, avec tous ses principes, et non la génération d'un être à partir d'un autre.

            Une telle interprétation littérale des Six Jours de la Semaine de la Création est, pour nous aujourd'hui, la sauvegarde la plus sûre contre les cosmogonies évolutionnistes.

Il n'y a pas quelque chose de déraisonnable et de non-scientifique dans l'enseignement de l'Ecriture selon lequel Dieu créa le règne végétal le troisième jour avec l'apparition de la terre sèche, du soleil, de la lune et des planètes et des étoiles le quatrième jour, les créatures marines et les oiseaux le cinquième jour, tous les mammifères et l'homme le sixième jour. Ces œuvres de Dieu ne sont pas limitées par le temps ; mais dans Sa Sagesse, Il décréta qu'elles prennent place conformément au temps, c'est-à-dire chacune à un certain jour divinement fixé.

Le caractère transcendant et instantané de l'acte créateur de Dieu n'est pas affecté par le fait qu'il ait lieu et place en un certain jour ; pas davantage la création de l'âme humaine n'est modifiée de la sorte quant à son immédiateté et son éternité ; et ceci demeure vrai pour chaque nouvel individu conçu par la génération humaine dans le temps.

Les Actes créateurs de Dieu ne sont pas des processus et l'apparition d'un être nouveau dans le temps ne nécessite en aucune façon un processus quand c'est une matière informée par le Dieu créateur.

Les processus interviennent seulement après que les produits ont été créés, après que tout le paquet a été livré, après que la créature avec tous ses principes ait apparu et après que les lois de sa nature et de son ordre entier naturel et surnaturel aient été instituées, établies et promulguées.

Je viens de souligner la primauté de la création sur le processus. Il peut arriver que les processus commencent simultanément avec l'apparition de la créature. Même ainsi, il est abondamment clair que la création est première et comme dit saint Thomas, est présupposée par tout ce qu'il y a d'autre.

En résumé, cette thèse a pour but de mettre en avant et de défendre une interprétation littérale des jours (Genèse i). Nous soutenons que le temps fut créé exactement avec la première matière informée, ainsi également , le temps lui-même fut informé, structuré et modelé selon une alternance de lumière et d'obscurité, de soir et de matin. Dieu Lui-même appela la lumière jour (Genèse i, 5) et la séquence "soir et matin", "un jour", le "second jour" et ainsi de suite. Ce jour, à son tour, fut structuré successivement et modelé dans la période de sept jours de la semaine. Ainsi Dieu Lui-même donna à l'humanité le modèle et l'exemple du rythme propre de l'activité. Car même Adam et Eve dans l'Eden, s'ils avaient conservé l'état de grâce, n'auraient pas été oisifs mais auraient reçu pour tâche l'entretien du Jardin (Genèse ii, 15)

Cet ordre parfait de la création que nous montre la semaine de la création dans son achèvement et dans sa nature hiérarchique, expose les degrés de perfection dans les catégories ou diverses espèces d'êtres, depuis le règne minéral jusqu'à l'homme en passant par les règnes végétaux et animaux et par les anges jusqu'à Dieu Lui-même. De ce merveilleux ordonnancement des parties à l'intérieur du tout, saint Thomas dit :

Dans les différentes parties de l'univers, chaque créature est faite pour son acte et sa perfection, les créatures moins nobles sont faites pour les plus nobles, les créatures placées au-dessous de l'homme sont faites pour l'homme, et enfin l'univers entier avec toutes ses parties se rapporte à Dieu comme à sa fin, dans ce sens que l'image de la bonté divine s'y trouve en quelque sorte retracée et qu'il sert ainsi à la gloire de Dieu. (ST, 1, q. 65, a. 2)

Voici ce que la Semaine de la Création nous montre : l'univers parfaitement ordonné et achevé, les parties s'élevant au tout et le tout existant, comme le produit fini, hiérarchiquement vertical dans sa perfection intrinsèque, comme une partie est ordonnée à une partie, mais présentant aussi un caractère temporel ; car les jours et les semaines, les saisons et les années se succèdent ensuite.

Le modèle général de l'histoire naturelle et humaine indiqué par l'Ecriture Sainte n'est donc pas l'histoire linéaire horizontale des évolutionnistes. Ce n'est pas davantage une ascension linéaire vers le haut, du simple au complexe, ni un la montée d'un ordre moindre à un ordre plus grand dans le temps.

Ici les évolutionnistes récusent qu'il y ait un Ordre de la création qui est hiérarchique ou architectonique qui peut s'interpréter par des degrés moindres de complétude dans la forme reflétant la Bonté et l'Être de Dieu selon la manière et le degré ; allant des plus bas vers les degrés comportant plus d'être, plus d'ordre et une plus grande complexité comme les hommes et les anges jusqu'à Dieu Lui-même. Ce n'est pas un ordre temporel bien que les évolutionnistes essaient de le rendre ainsi. Si toute leur façon de voir l'histoire est fausse précisément, c'est parce qu'ils confondent cet ordre vertical statique et hiérarchique (et statique ici ne signifie pas non-opérationnel) avec "l'espace" temporel horizontal entre le début et la fin de toutes choses. Ceci en vérité peut être vu comme une succession horizontale. Mais on pourrait dire que ce qui avance, pour ainsi dire sur cette ligne du début à la fin de toutes choses, est plus compliqué qu'il ne paraît des cycles, les cycles du jour solaire, les cycles des semaines de travail suivies par un sabbat, les cycles des mois lunaires, les cycles des saisons et les années.

            La vision scripturaire de l'histoire naturelle et humaine est modelée pour nous dans la Semaine de la Création. Il y a un ordre vertical de perfection contenant les lois morales immuables, telles que celle du mariage ; ensuite il y a l'ordre temporel où l'immuable est passé dans le temps. Depuis le commencement de toutes choses dans la Création, la ligne temporelle de l'histoire est marquée par des pics et des nadirs, des périodes de réussite et de déclin, de victoire et de défaite comme la Guerre originelle dans le ciel est transférée sur terre et continue jusqu'à la fin des âges.

            Mais le plan, le modèle, est clair ; et la Semaine de la Création, comme est clair le schéma de l'ordre parfait que le péché perturba et continue à blesser mais ne peut à la fin détruire.

           

Dans Genèse iii, 15, le remède pour la chute est prédit et même donné comme la Femme, Marie, et Sa descendance, le Christ sont montrés à Adam et Eve le jour de la Chute comme une promesse de Victoire future sur le serpent, Lucifer et Satan.

           

L'Histoire a ses grandes perturbations telles que le Déluge, les persécutions de l'Eglise, la Révolution qui progresse contre le Corps Mystique du Christ, la Grande Apostasie et les Tribulations finales. Mais l'Incarnation et la Rédemption l'emportent sur tout. L'Eglise surgira, victorieuse et Triomphante avec le Christ et Marie à la Fin.

            Saint Bonaventure dit :

Dieu aurait pu tout créer en un seul instant. Il choisit d'agir dans le temps et pas à pas, et ceci pour trois raisons. D'abord il y avait une manifestation claire et distincte de puissance, de sagesse et de bonté ; deuxièmement il y avait une exacte correspondance entre les jours ou époques et les opérations ; troisièmement la succession des jours devait préfigurer tous les âges futurs de la même façon que pendant la création les semences de tous les êtres futurs furent plantées. Ainsi la distinction des temps futurs (les sept âges de l'histoire) provenait, comme s'il s'agissait de semences, de la distinction des sept jours. Voilà pourquoi aux six jours de création est ajouté un jour de repos : un jour auquel aucun crépuscule n'est assigné, non que ce jour n'était pas suivi par une nuit, mais parce qu'il devait préfigurer le repos des âmes qui n'aura pas de fin.

Eh bien ! si on disait à l'opposé que toutes les choses furent créées en un instant ce serait simplement en considérant les sept jours du point de vue des anges. La première façon de parler est plus en accord avec les Ecritures et les opinions des saints aussi bien avant qu'après saint Augustin. (46)

A suivre

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