Sur le Mormonisme et
les sectes en général : La grande apostasie
Pour bien comprendre
le sacrifice de la messe : L'eucharistie, le sacrifice,
le sacrifice eucharistique, le sacrifice de la messe, le sacrifice de la croix
Autorité historique
et authenticité des évangiles : Rappelons qu'au IIe siècle
Marie d’Agréda
: Jean de
Saint Thomas
Le R. P. Jean de
Saint Thomas, confesseur du roi Philippe IV d'Espagne qui soutint le cas et
l’œuvre de Marie d’Agréda : Au XVIIe siècle
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La véritable Église de Jésus-Christ : l'Église catholique
Jésus-Christ, l'Alpha
et l'Oméga, le Premier et le Dernier, le Maître-de-tout (1), connaissait d'une
connaissance prophétique l'avenir de son Église. Pouvait-il d'ailleurs
l'ignorer puisqu'il a prophétisé l'avenir du monde en décrivant le jugement
dernier ? (2) Il savait ce qu'il y a dans l'homme (3) et tout ce
qui devait lui arriver (4) ; et en affirmant lui-même qu'il savait
d'où il venait et où il allait (5), il prouva indiscutablement qu'il
avait parfaitement conscience de sa Divinité (6). Dès que son âme a été
unie à son corps ou dès son entrée dans le monde, il déclara à son Père du
ciel : " Voici, je viens pour faire ta volonté "
(7). Il est donc impensable qu'il ait pu négliger quoi que ce soit pour assurer
la pérennité et l'indéfectibilité de son Église. Le penser reviendrait à nier
qu'en lui habite toute la plénitude de la Divinité (8) ou à nier qu'il
est le Fils unique de Dieu, le Verbe de Dieu qui s'est fait chair, et Dieu
même, Celui par qui tout a été fait, et sans qui rien ne s'est fait de
ce qui s'est fait (9). Il lui a suffit de dire à Pierre que les portes de
l'enfer ne prévaudront pas contre son Église pour que rien ne puisse plus
empêcher sa parole de s'accomplir ou sa promesse de se réaliser (10). Sa parole
pouvait-elle rester sans effet dans l'histoire chrétienne ? Quoi
donc ? La malice ou l'infidélité de certains membres de l'Église
va-t-elle annuler la fidélité de Dieu à l'égard de l'Église de son Fils
bien-aimé ? Certes non ! (11) Outre cela, si l'Église avait
sombré dans l'apostasie dès la fin du premier siècle, vers quelle autorité nous
tournerions-nous pour être assurés d'avoir entre nos mains des écrits
véritablement inspirés de Dieu ? (12) Dieu le Père n'avait nul besoin
d'attendre le XVIe siècle avec Luther (13) ou quelque autre homme
providentiel pour reconstituer ou rétablir l'Église de son Fils unique après
avoir laissé le monde dans l'ignorance de la Vérité durant des siècles
(14) : Il avait choisi le bienheureux Apôtre Pierre et, en celui-ci, ses
successeurs (15), et Il avait le pouvoir de les rendre infaillibles en matière
de foi et de mœurs. Les hommes étant ce qu'ils sont, combien de fois aurait-il
fallu rétablir l'Église de Jésus Christ si le Christ, qui est ressuscité des
morts et par conséquent vivant pour les siècles des siècles (16), ne
continuait pas à détenir le pouvoir de Dieu même pour soutenir son Église et
tout spécialement ses vicaires suprêmes et successifs sur la terre ? (17)
N'est-il pas écrit que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de
gloire, a tout mis sous les pieds de son Fils unique, et l'a constitué,
au sommet de tout, Tête pour l'Église, laquelle est son Corps ? (18)
Toutes les paroles du Christ, ou du Verbe incarné, la deuxième Personne de la
Très Sainte Trinité, s'accompliront, parce qu'elles sont divines. Elles sont
substantielles : elles réalisent ou opèrent ce qu'elles disent (19). Il
ne peut pas en être autrement. Ne pas le croire serait manquer de foi, et même
de bon sens, car, reprenant le cardinal Newman, s'il y a une révélation, il
faut qu'il existe une autorité, et il n'y a pas d'autre autorité qu'elle (20).
" Et, dit ce cardinal, si la nécessité d'un arbitre
infaillible dans les disputes religieuses est d'une importance si haute et d'un
intérêt si puissant dans tous les âges du monde, elle l'est encore beaucoup
plus dans ces temps, où l'intelligence humaine est si active, la pensée si
fertile, et l'opinion si indéfiniment divisée. [...] mais dans un siècle où la
raison, comme on le dit, est le soutien de la vérité et du bon droit, il est
parfaitement évident alors, même pour celui qui connaît peu le monde, que si
les choses sont abandonnées à elles-mêmes, chaque individu aura sa propre
manière de les envisager, et suivra sa propre inspiration ; que deux ou
trois personnes s'accorderont ensemble aujourd'hui pour se séparer demain
; que l'Ecriture sera lue et interprétée de diverses manières, et l'histoire
analysée d'une manière subtile, mais avec des pratiques différentes ; que
la philosophie, le goût, le préjugé, les passions, les partis, les caprices,
n'auront pas de règle commune s'il n'y a pas quelque pouvoir suprême pour
contrôler l'opinion et diriger les esprits. Il ne peut pas y avoir de
combinaison basée sur la vérité, sans un organe de vérité. " (21.)
1) Apocalypse, I, 8, 17-18 ;
XXII, 12-13 : " C'est moi l'Alpha et l'Oméga, dit le Seigneur
Dieu, " Il est, Il était et Il vient, le Maître-de-tout. [...] A sa
vue, je tombai à ses pieds, comme mort ; mais lui me toucha de sa main
droite en disant : 'Ne crains rien, c'est moi, le Premier et le Dernier,
le Vivant ; j'ai été mort, et me voici vivant pour les siècles des
siècles, détenant la clef de la Mort et de l'Hadès. [...] Voici que mon retour
est proche, et j'apporte avec moi le salaire que je vais payer à chacun, en
proportion de son travail. Je suis l'Alpha et l'Oméga, le Premier et le
Dernier, le Principe et la Fin. "
S. Jean, XVII, 1, 4 :
"Père, l'heure est venue : glorifie ton Fils... Pour moi, je T'ai
glorifié sur la terre, ayant achevé l' œuvre que Tu m'as donné à faire ;
et maintenant, ô Père, glorifie-moi auprès de Toi de la gloire que j'avais
auprès de Toi avant que le monde fût."
S. Jean, XIX, 30 (Jésus sur la
croix) :
" Tout est accompli." [Par cette sixième
parole prononcée sur la croix, Jésus nous révèle la pleine conscience qu'il
avait d'avoir établi dans son Église terrestre ou militante un fondement assuré
pour son Église céleste ou triomphante et glorieuse, ayant entièrement achevé
son œuvre de rédemption du genre humain.- " A la croix, dit Bossuet dans
son Discours sur l'histoire universelle, Jésus, maître de la vie et de
toutes choses, regarde dans les prophéties ce qui lui restait à faire ; il
l'achève, et dit enfin : Tout est accompli. A ce mot, tout
change dans le monde ; la loi cesse, ses figures passent, ses sacrifices sont
abolis par une oblation plus parfaite."]
Apocalypse, XXI, 5, 6 :
" Celui qui était assis sur
le trône dit : ' Voici que je rénove
toutes choses.' [...] Puis il me dit : 'Tout est accompli.' " [Le verset 6 confirme l'achèvement de l'œuvre de Dieu : Il ne se reprendra pas. Et c'est tout à fait
compréhensible, parce qu'Il est Dieu. Autrement
dit : toute secte est vaine.]
2) Cf. S. Matt. XXIV, 1-35 (la fin
de Jérusalem et du monde) ; XXV, 31-46 (le jugement dernier) ;
XXIV, 3 : " Dis-nous quand cela sera et quel sera le signe de
ton second avènement (parousie) et de la fin du monde " ; XXV,
31 : " Or quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire
[...] "
3) S. Jean, 2 : 24-25 :
" Mais lui, Jésus, ne se confiait pas à eux, car il les connaissait
tous. Et parce qu'il n'avait pas besoin qu'on rendit témoignage au sujet de
l'homme, car lui-même savait ce qu'il y avait dans l'homme. "
4) S. Jean, XVIII, 4 :
" Jésus donc, sachant tout ce qui devait lui arriver,
sortit. " - Id., VI, 64 : " Car Jésus savait dès le
commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui le
trahirait. " - Id., XIII, 1, 3, 11 et 38 : " Or,
avant la fête de Pâques, Jésus sachant que son heure était venue de passer de
ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima
extrêmement [...] sachant que le Père avait tout remis en ses mains et qu'il
était venu de Dieu et retournait à Dieu [...] Il savait, en effet, qui le
livrerait. [...] Jésus répond à Simon-Pierre : 'Tu donneras ta vie pour
moi ? [...] En vérité, en vérité, je te le dis : le coq ne chantera
pas avant que tu m'aies renié trois fois'. " (cf. S. Matt., XXVI,
34.) - S. Marc, X, 32-34 : " Et prenant de nouveau les Douze
auprès de lui, il se mit à leur dire ce qui devait lui arriver : Voici
que nous montons à Jérusalem. Et le Fils de l'homme sera livré aux princes des
prêtres et aux scribes. Et ils le condamneront à mort et le livreront aux
Gentils. Et ceux-ci se moqueront de lui et cracheront sur lui, et le
flagelleront et le feront mourir. Mais, après trois jours, il
ressuscitera'. " - S. Jean, XIV, 29 : " Et maintenant
je vous l'ai dit avant que cela n'arrive, afin que, quand ce sera arrivé, vous
croyiez. " - S. Luc, IX, 47 : " Mais Jésus, sachant
la pensée de leur cœur [...] " - S. Jean, XII, 32-33 : "
' [...] Et moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à
moi.' Il dit cela, signifiant de quelle mort il devait mourir. " - S.
Jean, XVI, 32 : " Voici que l'heure vient, et elle est venue,
où 'vous serez dispersés' (a) chacun chez vous et vous me laisserez
seul. " - S. Jean, VII, 28-29 : " Or je ne suis pas
venu de moi-même ; mais il est véridique, Celui qui m'a envoyé, et vous,
vous ne le connaissez pas. Moi je le connais, parce que je suis d'auprès de
lui, et que c'est lui qui m'a envoyé. "
a)
Cf. Zach., XIII, 7 ; S. Matt., XXVI, 31 ; S. Marc, XIV, 27.
5) S. Jean, VIII, 14 :
" Bien que je me rende témoignage à moi-même, mon témoignage est
vrai ; parce que je sais d'où je suis venu et où je vais, tandis que vous
ne savez ni d'où je viens ni où je vais. "
6) S. Jean, XVII, 5 :
" [...] et maintenant, ô Père, glorifie-moi auprès de toi de la
gloire que j'avais auprès de toi avant que le monde fût. " - Id.,
VIII, 38, 40, 54-55, 58 : " Ce que j'ai vu auprès de mon Père,
je le dis [...] [moi] un homme qui vous ai dit la vérité que j'entendis auprès
de Dieu ! [...] C'est mon Père qui me glorifie, dont vous dites :
C'est notre Dieu. Et vous ne le connaissez pas : mais moi, je le
connais. "
7) Hébreux, X, 5-9 :
« C'est pourquoi, en entrant dans le monde,
le Christ dit : “Tu n'as voulu ni sacrifice ni oblation ;
mais tu m'as façonné un corps. Tu n'as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour
les péchés. Alors j'ai dit : Voici je viens, car c'est de moi qu'il est
question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté
(Psaumes, 40 : 7-9).” Il commence par dire : Sacrifices,
oblations, holocaustes, sacrifices pour les péchés, tu ne les as pas voulus ni
agréés, - et cependant ils sont offerts d'après la Loi, - alors il
déclare : Voici, je viens pour faire ta volonté. Il abroge le
premier régime pour fonder le second. Et c'est en vertu de cette volonté que
nous sommes sanctifiés par l'oblation du corps de Jésus Christ,
une fois pour toutes. » [De cette citation et
en vertu de l’union dans la personne du Verbe éternel de sa Divinité et de sa
très sainte humanité, on doit croire que dès la création et l’infusion de l’âme
très-sainte de notre Seigneur Jésus-Christ, celui-ci, en tant qu’homme, était
parfaitement conscient de sa Divinité, car pas un seul instant il n’a été homme
pur, puisque, dès le sein de sa très-sainte Mère, son âme fut béatifiée par la
vision et par l’amour béatifique, dans un corps qui ne pouvait être que parfait
et pas plus grand qu’une abeille (a).]
a) Jérémie, 31 : 22 : « Une femme
entourera un homme ».
8) Ép. aux Col., II, 9 :
" Car en lui habite corporellement la plénitude de la
Divinité. "
9) S. Jean, I, 18, 14, 1, 3,
10 : " Personne n'a jamais vu Dieu : un Dieu Fils unique,
étant dans le sein du Père, Celui-là l'a fait connaître. [...] Oui, le Verbe
s'est fait chair et il a habité parmi nous - et nous avons contemplé sa gloire,
gloire qu'un tel Fils unique tient d'un tel Père - plein de grâce et de vérité.
[...] Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le
Verbe était Dieu. [...] Tout s'est fait par lui, et sans lui rien ne s'est fait
de ce qui s'est fait. [...] Il était dans le monde - et le monde a été fait par
lui - et le monde ne le connut pas. "
10) S. Matthieu, XVI, 18 : " Et moi, je te dis que
tu es 'Pierre' et [que] sur cette pierre je bâtirai mon Église et [que] les
portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle ! " - Sur la
pierre, cf. Genèse, XXVIII, 11-12,
18-19, 22.
11) Romains, 3 : 3-4.
12) S. Jean, VI, 68 :
" Simon-Pierre lui répondit : 'Seigneur, à qui
irions-nous ? Tu possèdes des paroles de vie éternelle ; et nous
croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu ! '"
13) Blaise Pascal (1623-1662), Pensées,
éd. de Cluny, Paris, 1942, n° 305 : " Luther. Tout, hors le
vrai. "
14) Cf. " La grande apostasie, considérée à la lumière de
l'histoire scripturaire et séculière ", par James E. Talmage, ouv.
publié par l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours ou l'Église
mormone, Salt Lake City, Utah, U.S.A.,. et imprimé en Allemagne, 1980.- Cet ouvrage, qui constitue un réquisitoire violent et
implacable contre la papauté, reprend un commentaire du passage de 2
Thessaloniciens 2 : 3-4 cité maintes et maintes fois par les diverses
dissidences chrétiennes, en imputant l'apostasie à l'Église de Rome et en
concluant que " l'homme de péché ", l'Antéchrist, est le
pape en général, commentaire lamentable qui ne voit pas dans ce passage que
saint Paul parle manifestement du temps de la génération de " l'impie "
qui marquera la fin du temps des nations ou du sixième Jour du monde, et le
commencement du septième Jour avec la résurrection des justes et le Règne
millénaire du Christ. - Cf. Louis de Boanergès, Bientôt le
Règne millénaire, historique apologétique du millénarisme tome 2, 491 pages, en dépôt
à : D.P.F., B.P. 1, 86190 Chiré-en-Montreuil, tél. 05 49 51 83 04, ouvrage d’une qualité
exceptionnelle qui constitue une véritable somme sur un sujet qui nous concerne
tous, nouvelle économie du IIIe Age que Dieu seul instaurera en une seule fois
après la chute apocalyptique de l’Antéchrist. Cf. également Saint Irénée de Lyon, vers 135/140-202/203, honoré comme martyr, Contre les hérésies ou La fausse gnose démasquée et réfutée, L’identité du Dieu créateur et du Dieu Père
prouvée par l’enseignement des Écritures relatif à la fin des temps, IIIe
Partie, L’Antéchrist et l’apostasie, V 25,1 à V, 36, 3 ; Apocalypse, 20 :
1 à 6 ; Matt., 24 : 27 ; Marc, 13 : 26 ; Luc,
21 : 27 ; 14 : 14 (résurrection des justes) ; Actes, 1, 1
(Actes de S. Luc, auteur également du troisième Évangile portant son nom), 3
et 6 (Règne du Christ).
Les mormons s'imaginent
que les catholiques croient que l'Esprit-Saint ne dirige plus personne depuis
l'ascension de Jésus. Sans doute n'ont-ils
jamais lu de bons traités de théologie dogmatique et de théologie mystique (1)
et connaissent-ils mal l'histoire de l'Église catholique et de ses saints. Il
est vrai que cette Église enseigne que la Révélation a été close avec les
Apôtres. Mais les mormons semblent oublier que la preuve de cette thèse se
présente pourtant clairement dans les Livres saints (2). Il convient également
de préciser que l'Église catholique, toujours en accord avec les Saintes
Écritures, déclare jouir de l'assistance du Saint-Esprit en certaines
circonstances et même dans son Magistère ordinaire lorsque c’est le Pape qui
s’exprime. Ne voyons-nous pas que cette déclaration serait absolument vaine si
le Saint-Esprit n'avait plus à éclairer qui que ce soit ? Et à quoi bon le
sacrement de Confirmation ? Tout chrétien, en effet, par la vertu de ce
Sacrement, reçoit l'Esprit-Saint pour perfectionner la grâce de son Baptême et
faire de lui un apôtre zélé du Christ (3). Sainte Thérèse d'Avila, Docteur de
l'Église catholique, par ses écrits, prouve qu'elle était quasi continuellement
soutenue, éclairée et dirigée par l'Esprit de Dieu et dans sa vie intérieure et
dans ses œuvres de Mère Fondatrice du Carmel ? — et non pas par sa seule raison ! Et nous aurions pu aisément choisir d'autres exemples qui
jalonnent de siècle en siècle la vie de l'Église de Jésus-Christ fondée sur
l'Apôtre Pierre et sur ses successeurs. Il faut donc bien distinguer ce qui est
clos de ce qui ne l'est pas. Quant à la Bible, nous ne pouvons quand même pas en
user à notre guise en changeant ce qui ne correspond pas à nos vues
personnelles ou en lui faisant dire n'importe quoi. Toute la question est là.
Soyons donc sérieux. Les mormons, il est vrai, à ce sujet, comme les Témoins de
Jéhovah (et bien d'autres sectes), ne savent plus trop où ils en sont (4). Les
catholiques sont quand même un peu plus logiques et surtout plus en accord avec
la Parole de Dieu et avec leur Tradition qui remonte jusqu'à l'Église primitive
(5). La substance de la doctrine chrétienne nous a été communiquée par le
Christ et ses Apôtres (6). C'est cela qui ne change pas, mais il serait erroné
d'en conclure que rien de cette doctrine n'est plus susceptible de
développement et d'éclaircissement sous la direction de l'Esprit-Saint (7). L'application
de la Révélation divine à chacun des fidèles du Christ durera jusqu'à la
fin des temps (8). – Sur le mormonisme, cliquez sur : mormon.htm
1) Cf. Bartmann (Mgr), Précis de
théologie dogmatique, 2 tomes, éd. Salvator, Mulhouse, 1947, tome Ier,
chap. II, § 4, 3, pp. 29-31 ; Tanquerey (Ad.), Précis de théologie ascétique
et mystique (ouvrage classique de l'Église), Société de S. Jean
l'Évangéliste, Desclée & Cie, Paris-Tournai (Belg.)-Rome, 1928, liv. III,
chap. III, art. I, I. Révélations privées, pp. 932-946 ; Marie
d'Agréda (1602-1665), abbesse de l'Ordre de S. François, La Cité mystique de
Dieu, 3 vol., éd. Saint- Michel, Saint-Cénéré (Mayenne), 1970, vol. I,
prologue général du Très-Révérend Père Joseph Ximenès Samaniego, général de
l'ordre de Saint-François, et après, évêque de Placentia, pp. 55-301 ; Meynard
(André-Marie), O. P., Traité de la vie intérieure, 2 vol., Petite Somme
de théologie ascétique et mystique d'après l'esprit et les principes de saint
Thomas d'Aquin (adaptation de l'ouvrage de Thomas de Walgornera, O. P., vers
milieu du XVIIe siècle, intitulé Mystica Theologia Doctoris
Thomæ, où se trouve recueillie et classifiée toute la doctrine de saint
Thomas d'Aquin sur les trois voies, ascétique, mystique et unitive), Librairie
Jules Vic, Paris, 1885, Seconde Partie, Théologie Mystique, chap.
III : Des révélations, n° 322 : « Il y a toujours eu des âmes
éclairées par l'esprit de prophétie :
c'est un fait constaté par l'Écriture et par l'autorité de l'Église dans les
procès de canonisation. Contester la possibilité des révélations privées, ce
serait méconnaître l'un des caractères de sainteté de la véritable Église et la
souveraine puissance de Dieu. »
2) Cf. S. Matthieu, V, 17 (Jésus
est venu pour accomplir la loi ou les prophètes) ; XXIII, 8-10 ; S.
Jean, VIII, 34-38 ; XIV, 6 ; X, 7 ; I, 17-18
(" la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ ") ;
XVI, 13 (Jésus à ses disciples : " L'Esprit de vérité vous
conduira dans toute la vérité ") ; XIV, 16-18, 26 (Jésus à
ses disciples : " Le Père vous donnera un autre consolateur,
afin qu'il demeure éternellement avec vous, l'Esprit de vérité... il sera avec
vous... Je ne vous laisserai pas orphelins... l'Esprit-Saint
vous enseignera toutes choses ") ; XVI, 12 : « J’ai encore
beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter
actuellement. Quand il viendra, lui, l’Esprit de
Vérité, il vous guidera vers la vérité totale ; car il ne parlera pas de
lui-même, mais tout ce qu’il entend, il le dira, et il vous annoncera l’avenir.
Il me glorifiera, car il prendra de ce qui est mien, et il vous l’annoncera.
Tout ce qu’a le Père est mien. Voilà pourquoi je vous ai dit : il prend de
ce qui est mien, et il vous l’annonce. » ;II Timothée, I, 13-14 : "Inspire-toi des saines paroles que tu
as entendues de moi dans la foi et la charité qui sont dans le Christ Jésus. Garde
le bon dépot avec l'aide du Saint-Esprit qui habite en nous." ; II
Thessaloniciens, II, 15 : "Ainsi
donc, frères, tenez ferme et gardez les traditions que nous vous avons
enseignées, soit de vive voix, soit par lettre." ; S. Matthieu,
XXVIII, 19 (Jésus à ses onze disciples : " Allez, faites de
toutes les nations des disciples les baptisant au nom du Père, du Fils et
du Saint-Esprit... Et voici je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin
du monde. " (Par cette parole Jésus-Christ assure la perpétuelle durée
du ministère ecclésiastique) ; Apocalypse, XXI, 5- 6 ; S. Jean, XIX, 30
(Jésus dit : " Tout est accompli. ", i.e.
l'œuvre du Christ est achevée) ; S. Jean, I, 16 (S. Jean : " Et
de la plénitude de Jésus, nous avons tous reçu. ") ;
Apocalypse, I, 17 ; III, 14 ; XXI, 5-6 ; I S. Jean, V, 11
(Jésus est le commencement et la fin de toutes choses) ; Romains, X,
4 ; I Corinthiens, III, 11 ; Éphésiens, I-III ; Colossiens,
I-II (prééminence du Christ) ; Actes, II, 17 ; Hébreux, I, 1
(" Dieu, dans ces derniers jours, nous a parlé par le Fils ")
; Galates, IV, 3-5 ; Éphésiens, I, 9-1O (le temps fixé par Dieu
atteint son terme en Jésus-Christ).
Ste Thérèse d'Avila, Vie, chap.
V, § I :
" J'entendis les paroles
suivantes, sans voir qui les proférait ; mais je compris très bien que c'était
la Vérité même : ' Ce n'est pas une
petite faveur que celle que je t'accorde ; c'est une de celles dont tu m'es le
plus redevable. Tout le mal qui arrive en ce monde vient de ce qu'on ne
connaît pas clairement les vérités de l'Écriture dont cependant le moindre
point ne manquera pas de s'accomplir.' "
Saint François de Sales (évêque et Docteur de l'Église), Traité de l'Amour de Dieu, livre
VII, chapitre VI :
"... vivant selon les
commandements de Dieu, nous ne sommes pas pour cela hors de notre inclination
naturelle. Mais, outre les commandements divins, il y a des inspirations
célestes, pour l'exécution desquelles il ne faut pas seulement que Dieu
nous élève au-dessus de nos forces, mais aussi qu'il nous tire au-dessus des
instincts et des inclinations de notre nature ; d'autant
qu'encore que ces inspirations ne sont pas contraires à la raison humaine,
elles l'excèdent toutefois, la surmontent et sont au-dessus d'icelle : de sorte
que lors, nous ne vivons pas seulement une vie civile, honnête et chrétienne,
mais une vie surhumaine, dévote et extatique, c'est-à-dire une vie qui est en
toute façon hors et au-dessus de notre condition naturelle."
Pape Pie XI, Lettre encyclique
"Miserentissimus Redemptor" (Notre très miséricordieux
Rédemptor) du 8 mai 1928, les Révélations de Jésus-Christ du 27 décembre 1673
à sainte Marguerite-Marie de Paray-le-Monial, Secrétariat des Œuvres du
Sacré-Cœur, 9, rue Chervier, Paray-le-Monial
:
" [...] Les plaintes que le
très doux Jésus fit à Marguerite-Marie Alacoque, quand il daigna lui
apparaître, les désirs et les demandes qu'il lui envoya à l'égard des hommes et
pour leur bien, une partie des fidèles les ignore peut-être encore et les
autres ne s'en soucient point ; aussi, Vénérables Fils, Nous plaît-il de vous
entretenir quelques instants du devoir de l'amende honorable qui nous lie
envers le Cœur Sacré de Jésus, afin que vous l'enseigniez avec soin chacun à
votre troupeau et que vous l'exhortiez à suivre ce que Nous allons vous
exposer. [...]
" Quand le Christ apparut à
Marguerite-Marie, il lui déclara l'infinité de son amour et en même temps,
sur un ton attristé, il se plaignit de tant d'injures que lui infligeait
l'ingratitude des hommes, s'exprimant par ces paroles qu'il plaise à
Dieu de garder dans l'âme des chrétiens pieux et de ne jamais oublier : 'Voici ce Cœur, dit-il, qui a tant aimé les
hommes et les a comblés de tant de bienfaits et qui, pour son amour infini, non
seulement ne reçoit pas de reconnaissance, mais subit les négligences et les
injures, et cela parfois de la part de ceux qui sont tenus par un devoir
d'amour particulier.' [...]
" Aussi, Nous ordonnons et
prescrivons que, chaque année, en la fête du Sacré-Cœur de Jésus dans
toutes les églises du monde entier, soit récitée solennellement l'amende
honorable à Notre Sauveur très aimant, selon la formule même qui est jointe à
cette Encyclique, afin que toutes nos fautes soient déplorées et que soient
réparés les droits outragés du Christ souverain Roi et Seigneur très aimant.
" Sans aucun doute, Vénérables
Frères, l'institution de cette sainte dévotion, étendue à l'Église entière,
apportera de nombreux et grands bienfaits non seulement aux personnes privées,
mais à l'Église, à l'État et à la famille ; Notre Rédempteur a, en effet,
promis lui-même à Marguerite-Marie, que 'tous ceux qui honoreraient ainsi son
Cœur, recevraient d'abondantes grâces célestes.' "
3) S. Luc,
XXIV, 49 : " Et voici, j'enverrai sur vous ce que mon Père a
promis ; mais vous, restez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez
revêtus de la Vertu d'en haut. "
4) Cf. Christian Piette, Lumière
sur le Mormonisme, Éditeurs de Littérature Biblique a. s. b. I., Chaussée
de Tubize, 479, 1420 Braine-l'Alleud, Belgique, 1981. [Ouvrage absolument
remarquable dont nous avons personnellement vérifié l'exactitude des références
avec l'aide attentionnée de l'auteur. Le polythéisme des mormons est patent et
les variations de leurs textes, dits canoniques, les disqualifient sans
appel. Nous n'irons donc pas plus loin. Dieu leur a-t-il envoyé "une
puissance active d'égarement qui les porte à croire au mensonge pour n'avoir
pas accueilli l'amour de la vérité qui les eût sauvés" ? Nous nous posons
sérieusement la question, car leur aveuglement paraît bien mystérieux (a).
Puisse Notre Dame les aider à se défaire de l'emprise que le prince du mensonge
semble exercer sur eux !].- Cf. également René Guénon, Mélanges, chap.
V : Les origines du Mormonisme, nrf,
Éditions Gallimard, 1976.
a) Cf. II Thessaloniciens, II, 7 et
9-11.
5) II Thessaloniciens, II, 15 : "Ainsi donc, frères, tenez ferme et
gardez les traditions que nous vous avons enseignées, soit de vive voix, soit
par lettre."
6) II S. Jean, 9 : Quiconque va plus loin et ne demeure pas
dans la doctrine de Christ n'a point Dieu ; celui qui demeure dans cette
doctrine a le Père et le Fils." ; S. Jean, VII, 16-17 : "Jésus répondit aux Juifs : 'Ma doctrine n'est pas de moi, mais de celui
qui m'a envoyé. Si quelqu'un veut faire Sa volonté, il connaîtra si
ma doctrine est de Dieu, ou si je parle de moi-même'." ; Ibid., XVIII, 20 : 'Jésus répondit au grand prêtre,
Caïphe : 'J'ai parlé ouvertement au
monde ; j'ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les
Juifs s'assemblent, et je n'ai rien dit en secret'." ; Galates, I,
8-9 : "Eh bien! Si jamais quelqu'un,
fût-ce nous-même, fût-ce un ange venu du ciel, vous prêchait un évangile autre
que celui que nous avons prêché, qu'il soit anathème! Je le redis à cette
heure : si quelqu'un vous prêche un
évangile autre que celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème!"
7) Cf. S. Matthieu, 13
: 31-33 ; S. Marc, 4 : 30-32 ; S. Luc, 13 : 18-19 (sur
les paraboles du grain de sénevé et du levain) ; S. Marc, 4 : 26-29 ; S.
Luc, 8 : 11 ; S. Matthieu, 4 : 4 (sur la parabole du semeur)
; S. Matthieu, XIII, 52 (doctrine vivante, i.e. à la fois ancienne et nouvelle)
; S. Jean, 16 : 12-13 (développement doctrinal).
8) S. Matthieu, XXVIII, 19 :
" Et maintenant, moi, je
serai avec vous toujours, jusqu'à la fin du monde. "
Il n'est pas
raisonnable ou métaphysiquement possible de soutenir que Dieu, l'Être même ou
le grand "Je Suis" et la Connaissance totale, la parfaite identité de
l'Être et du Connaître, a laissé ses fidèles croupir dans l'apostasie durant
dix-sept siècles avant de se décider à établir une nouvelle fois son Église sur
la terre. Voyant toutes choses dans un éternel présent et étant infiniment sage
et tout puissant, "le Fils bien-aimé par qui et pour qui tout a été
créé" (1) ne pouvait pas se répéter en utilisant d'autres moyens pour
reprendre avec plus de succès son œuvre salvatrice. La veille de sa Passion, il
avait d'ailleurs bien dit prophétiquement à son Père céleste qu'il l'avait
glorifié sur la terre, "en ayant achevé ou mené à bonne fin l'œuvre qu'il
lui avait donné à faire" (2), ce qu'il confirma sur la croix en disant que
"tout avait été achevé ou parfaitement accompli" (3), parole que l'on
retrouve sortant de sa bouche au verset 6 du chapitre XXI de l'Apocalypse,
alors qu'il est assis sur son trône de gloire.
1 - Colossiens, I, 16 ;
2 - S. Jean, XVII, 4 ;
3 - S. Jean, XIX, 30.
Un pape
peut-il devenir hérétique ? Dieu peut toujours rappeler à lui son vicaire
suprême sur la terre au cas où celui-ci serait sur le point de mentir à
l'Esprit-Saint ou d'enseigner une doctrine fausse en matière de foi ou de
morale. L'a-t-il déjà fait ? La réponse n'appartient qu'à Dieu. Tout ce que
nous pouvons dire c'est que l'histoire de l'Église de Jésus-Christ ne nous
donne aucun exemple d'un Pape hérétique. Dieu est maître de la vie et châtie
qui il veut au moment toujours opportun (1).
Et c’est la raison pour laquelle nous pouvons soutenir qu’un Pape en
tant que tel ne peut pas être hérétique ou que c’est une contradiction de le
soutenir : un Pape ne peut pas être à la fois Pape et hérétique, ou alors
il n’est qu’un faux Pape. – Cliquez sur : mormon.htm
1 - Cf. Actes des Apôtres, V, 1-11.
15) In beato PETRO : Dans le bienheureux Pierre. Pape Pie
IX, Concile Vatican I (1869-1970), Constitution De Ecclesia Christi, chap.
4 : De Romani Pontificis infallibili magisterio, Définition
infaillible, Denzinger, n° 1839.- Cf. Constitution Apostolique Pastor
Æternus, pape Pie IX, Rome, le 18 juillet 1870.
C. A., Pape Pie IX, 18
juillet 1870,
Constitution dogmatique Pastor
Æternus
sur la foi catholique (Conc. Vaticanum, oec. XX,
1869-1870, cap. De fide et ratio,
Denz. 1797, ed. 18-20 ; cap. 4. De
Romani Pontificis
magisterio,
Denz. 1836) :
« Mais, bien que la foi soit
au-dessus de la raison, il ne saurait pourtant y avoir
jamais de véritable
désaccord entre la foi et la raison, attendu que le Dieu qui
révèle les mystères et répand la
foi en nous est le même qui a mis la raison dans l’esprit de l’homme et qu’il est impossible que Dieu
se renie lui-même ou qu’une vérité soit jamais contraire à une autre vérité […]
Le Saint-Esprit n’a pas, en effet, été promis aux successeurs de Pierre pour
leur permettre de publier, d’après ses révélations, une doctrine nouvelle, mais de garder saintement et
d’exposer fidèlement, avec son assistance, les révélations transmises par
les apôtres,
c’est-à-dire le dépôt de la foi. »
16) Apocalypse, 1 : 18.
17) S. Jean, III, 35 :
" Le Père aime le Fils ! Et il a tout remis dans sa
main. " - S. Matthieu, 28 : 18 : " Et Jésus,
s'étant approché, leur parla en ces termes : 'Toute puissance m'a été
donnée dans le ciel et sur la terre'. "
18) Éphésiens, I, 17, 22-23.
19) Genèse, I, 3 :
" Dieu dit : 'Que la lumière soit' et la lumière
fut. " - S. Jean, XI, 43-44 : " Ayant ainsi parlé, il
cria d'une voix forte : 'Lazare, viens dehors !' Le mort sortit, lié
de bandelettes aux pieds et aux mains. Et son visage était enveloppé d'un
suaire. Jésus leur dit : 'Déliez-le et laissez-le aller'. " -
S. Matthieu, VIII, 8, 13 : " [...] dis seulement un mot et mon
serviteur sera guéri. [...] Et Jésus dit au centurion : 'Va, qu'il te
soit fait selon que tu as cru.' Et le serviteur fut guéri à cette
heure-là. " - S. Marc, IV, 39 : " [...] Et, réveillé,
il réprimanda le vent et dit à la mer : 'Silence ! Tais-toi !'
Et le vent s'abattit et il se fit un grand calme. " - S. Luc, VII,
14-15 : " Et s'étant approché, il toucha le cercueil - ceux qui
le portaient s'arrêtèrent - et il dit : 'Jeune homme, je te le dis
: lève-toi !' Et le mort se mit sur son séant et commença à parler. Et il
le remit à sa mère. " - S. Jean, II, 7, 9 : " Jésus
leur dit : 'Remplissez d'eau les urnes.' Et ils les remplirent jusqu'en
haut. [...] Lorsque le maître d'hôtel eut goûté l'eau changé en vin , il appela
l'époux et [...] "
20) Développement de la doctrine
chrétienne - preuves de la vérité de la foi catholique, par le
docteur John Henri Newman, trad. de l'anglais, chap. II, p. 117, lib.-éd. Henri
Aniéré, Paris 1867.
21) Id., pp. 118 et 119.
Le Christ seul a donné au monde la Vérité . Il s'est même
identifié à celle-ci en disant : " Je suis la Voie, et la
Vérité, et la Vie " (A), et il a bâti son Église sur l'apôtre
Pierre, son unique vicaire suprême sur la terre, en priant tout spécialement
pour lui afin que sa foi ne défaille pas et qu'il affermisse ses frères (B).
C'est vers cette Église, qui est catholique, apostolique et romaine, qu'il
convient de se tourner pour recevoir la vérité en matière de foi et de morale
(C). L'Église romaine seule, en tant que Mère et Éducatrice de tous les
peuples, est infaillible et impérissable par un privilège du Christ ; et
l'évêque de Rome est le seul héritier de saint Pierre qui a, dans cette Église,
toute l'unique autorité de Jésus-Christ, sans qu'elle soit partagée ou donnée
avec mesure. Le Christ a dit en effet que les portes de l'enfer ne prévaudront
pas contre son Église et qu'il demeurera avec ses disciples - par sa présence
réelle sous les espèces du pain et du vin - jusqu'à la fin du monde, en les
assurant que le Père leur enverra le Paraclet ou le Saint-Esprit pour demeurer
avec eux pour toujours (D). Pour remplir sa mission, l'Église jouira donc en
permanence de l'assistance divine, car son fondateur s'est engagé à demeurer
avec elle jusqu'à la consommation des siècles en la rendant infaillible et
indéfectible. Le Fils de Dieu aurait-il été impuissant à réaliser ses
promesses ? Peut-on le croire sans renier la Divinité du Christ ?
(E).
A) S. Jean, 14 : 6.
B) Cf. S. Luc, 22 : 32
; S. Jean, 1 : 42 ; S. Matt., 16 : 18 ; S. Matthieu,
10 : 12 ; S. Jean, 11 : 42 ; 21 : 15-17 ;
14 : 16 ; 15 : 26 ; 16 : 12-13 ; S. Matt.,
28 : 20 ; 14 : 29 ; S. Luc, 5 : 3-4, 9-10 ;
S. Jean, 21 : 1-10 ; S. Matt., 13 : 24-30, 36-42, 31-32
; S. Marc, 4 : 30-32.
C) Cf. I Pierre, 5 : 13.
D) Cf. S. Matt., 16 :
18 ; 28 : 20 ; S. Jean, 14 : 16.
E) Cf. Colossiens, 2 :
8-9 : " Prenez garde qu'il ne se trouve quelqu'un pour vous
réduire en esclavage par le vain leurre de la philosophie, selon une tradition
tout humaine, selon les éléments du monde, et non selon le Christ. Car en lui
habite corporellement la Plénitude de la Divinité. "
Dans le récit évangélique, malgré des traversées tourmentées
et parfois critiques, on ne voit jamais sombrer la barque de Pierre, qui, comme
l'arche de Noé, symbolise l'Église (1) ; et, à la fin des siècles ou à la
fin de l'histoire humaine, on voit l'apôtre Pierre, le Prince des apôtres, le
Pêcheur d'hommes (2), ramener à terre, aux pieds du Christ ressuscité, tous les
enfants dispersés de notre Père céleste (3). Jésus-Christ nous a laissé là,
sous une forme symbolique, une précieuse révélation qui nous garantit la
continuité de son Église militante à travers les siècles après son départ
jusqu'à son retour sur la terre. Comme toutes ses autres paroles, celles qui
concernent son Église s'accompliront également (4). Si le Saint-Esprit n'était
pas présent dans l'Église, celle-ci n'existerait pas, car elle en a absolument
besoin pour être un corps vivant, comme un corps a besoin de son âme pour
demeurer en vie (5). L'Église sera donc toujours visiblement présente sur la
terre. Cela est d'ailleurs tout à fait logique, puisque l'Église est le Corps
du Christ et que ce Corps est bien vivant et même glorieux et par conséquent impérissable.
C'est être incohérent avec la foi chrétienne que de juger de l'extérieur
l'Église bâtie sur l'apôtre Pierre et sur ses successeurs, de la juger selon
des vues humaines, en ne voyant seulement que la noirceur de certains de ses
membres (6), et de rester ainsi à la surface des choses. En réalité, il
convient de voir cette Église, l'Église de Rome (7), avec le regard de la foi,
de la foi vive, vertu théologale ou divine, vertu qui vient de Dieu et non de
l'homme. Il faut la contempler telle que Dieu l'a faite. Il faut la voir dans
son essence propre, dans son être profond, surnaturel, dans son éternité (8).
Il faut la voir comme le Christ la voit, c'est-à-dire " sainte et
immaculée " en soi (9), réelle, visible (10), " noire mais
belle ", dit magnifiquement le Cantique des cantiques (11) - belle
selon la doctrine de la Vérité.
1) Genèse, VII, 7 :
" Noé - avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils - entra
dans l'arche pour échapper aux eaux du déluge. "
I Pierre, III, 19-20 :
" C'est dans l'Esprit que le Christ s'en alla prêcher aux esprits en
prison, à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque temporisait la
longanimité de Dieu, aux jours où Noé construisait l'arche, dans laquelle un
petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées par l'eau. "
2) S. Luc, V, 10 :
" Mais Jésus dit à Simon : 'rassure-toi : désormais ce
sont des hommes que tu prendras'. "
3) S. Luc, V, 1-11 :
" Or, un jour que, pressé
par la foule, qui écoutait la parole de Dieu, Jésus se tenait sur les bords du
lac de Gennésareth, il vit deux barques arrêtées sur les bords du lac ;
les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Il monta dans l'une
des barques, qui était à Simon, et pria celui-ci de s'éloigner un peu du
rivage ; puis, s'asseyant, de la barque il enseignait les foules.
« Quand il eut fini de parler,
il dit à Simon : 'Avance en eau profonde, et lâchez vos filets pour la
pêche'. Simon répondit : 'Maître, nous avons peiné toute une nuit sans
rien prendre, mais sur ta parole je vais lâcher les filets'. L'ayant donc fait,
ils prirent une grande quantité de poissons, et leurs filets se rompaient. Ils
firent signe alors à leurs associés qui étaient dans l'autre barque de venir à
leur aide. Ceux-ci vinrent, et on remplit les deux barques, au point qu'elles
s'enfonçaient.
« A cette vue, Simon-Pierre
tomba aux genoux de Jésus, en disant : 'Eloigne-toi de moi, Seigneur, car
je suis un pêcheur !'. La stupeur en effet l'avait saisi, lui et tous ceux
qui étaient avec lui, à cause du coup de filet qu'ils venaient de faire ;
de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les compagnons de Simon. Mais Jésus
dit à Simon : 'Rassure-toi : désormais ce sont des hommes que tu
prendras'. Alors, ramenant leurs barques à terre et laissant tout, ils le
suivirent. " - S. Matthieu, VIII, 18, 23-26 : " Se
voyant entouré de grandes foules, Jésus donna l'ordre de s'en aller sur l'autre
rive. [...] Puis il monta dans la barque suivi de ses disciples. Survint alors
dans la mer une agitation si violente que la barque était couverte par les
vagues. Lui cependant dormait. S'étant donc approchés, ils le réveillèrent en
disant : 'Au secours, Seigneur, nous périssons !' Il leur dit
: 'Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ?' Alors, se dressant, il
menaça les vents et la mer, et il se fit un grand calme. " - Isaïe,
LVII, 20 : " Mais les méchants ressemblent à une mer tourmentée
qui ne peut se calmer et dont les flots rejettent vase et limon. " -
S. Matthieu, XIV, 22-32 : " Et aussitôt Jésus obligea les
disciples à remonter dans la barque et à le devancer de l'autre côté, pendant
qu'il renverrait la foule. Et quand il les eut renvoyés, il gravit la montagne,
à l'écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque, elle, se
trouvait déjà au milieu de la mer, harcelée par les vagues, car le vent était
contraire. A la quatrième veille de la nuit, il alla vers eux en marchant sur
la mer. Quand il le virent qui marchait sur la mer, les disciples furent
troublés : 'C'est un fantôme', disaient-ils, et, pris de peur, ils se
mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur adressa ces mots :
'Rassurez-vous, c'est moi, n'ayez pas peur'. Sur quoi, Pierre lui
répondit : 'Seigneur, si c'est bien toi, donne-moi l'ordre de venir à toi
sur les eaux'. - 'Viens', dit Jésus. Et Pierre, descendant de la barque, se mit
à marcher sur les eaux en venant vers Jésus. Mais, voyant la violence du vent,
il prit peur et, commençant à couler, il s'écria : 'Seigneur,
sauve-moi !' Aussitôt Jésus tendit la main et le saisit, en lui disant
: 'Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?' Et quand ils furent montés
dans la barque, le vent tomba. Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent
devant lui, en disant : 'Vraiment, tu es Fils de Dieu'. " - S.
Jean, XXI, 3-13 : " Après cela, Jésus se manifesta encore aux
disciples sur les bords de la mer de Tibériade. Voici comment :
Simon-Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de
Zébédée et deux autres de ses disciples se trouvaient ensemble. Simon-Pierre
leur dit : 'Je vais pêcher'. Ils lui dirent : 'Nous venons nous
aussi avec toi'. Ils sortirent, montèrent en barque [dans la barque de
Pierre] ; cette nuit-là, ils ne prirent rien. [...] Jésus leur dit
: 'Avez-vous pris du poisson ?' Ils lui répondirent : 'Non !' -
'Jetez vos filets à droite de la barque [de Pierre] et vous trouverez', leur
dit-il. Ils le jetèrent donc et ils ne parvinrent plus à le relever, tant il
était plein de poissons. [...] Jésus leur dit : 'Apportez ces poissons
que vous venez de prendre'. Simon-Pierre remonta dans la barque et tira à terre
le filet, plein de gros poissons : cent cinquante-trois ; et
quoiqu'il y en eût tant, le filet ne se déchira pas (a). "
a) Selon S. Augustin, les poissons
symbolisent les chrétiens et le nombre 153 le cercle ou la totalité des élus,
le nombre 153 étant le nombre triangulaire bien connu des pythagoriciens, où
153 = 1 + 2 + 3 + ... + 17.
4) S. Jean, XIV, 6 :
" Jésus dit à Thomas : 'Je suis le Chemin, la Vérité et la
Vie'. " - S. Matthieu, XXIV, 35 : Jésus : " Le
ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. " -
Id., XXVIII, 20 : Jésus : " Et moi, je suis avec vous
pour toujours, jusqu'à la fin du monde. " - Id., XXIV, 30 :
Jésus : " Et alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de
l'homme ; et alors toutes les races de la terre se frapperont la
poitrine ; et l'on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel
avec puissance et grande gloire. " - Id., XXVI, 64 :
" Le Grand Prêtre dit à Jésus : 'Je t'adjure par le Dieu vivant
de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu'. Jésus lui répondit :
'Tu l'as dit. D'ailleurs je vous le déclare : désormais vous verrez le
Fils de l'homme siéger à la droite de la Puissance et venir sur les nuées du
ciel' (a). " - S. Luc, XXI, 27 : Jésus : " Et
alors on verra le Fils de l'homme venir dans une nuée avec puissance et grande
gloire. "
a) Cf. Daniel, VII, 13, et VIII,
20.
5) Éphésiens, IV, 4 :
" Il n'y a qu'un Corps et qu'un Esprit, comme il n'y a qu'une
espérance au terme de l'appel que vous avez reçu ; un seul Seigneur, une
seule foi, un seul baptême ; un seul Dieu et Père de tous, qui est
au-dessus de tous, par tous et en tous. " - I Corinthiens, III,
16 : " Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et
que l'Esprit de Dieu habite en vous ? " - Id., VI, 19 :
" Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est un temple du
Saint-Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? Et que vous ne
vous appartenez pas ? " - Id., XII, 11 : " Mais
tout cela, c'est le seul et même Esprit qui l'opère, distribuant ses dons à
chacun en particulier comme il l'entend. "
6) S. Matthieu, VII, 3 :
" Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton
frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques
pas ! " - Ire Épître aux Corinthiens, XII,
23-25 : " Les membres du corps que nous tenons pour les moins
honorables sont ceux que nous entourons de plus d'honneur. Ainsi nos membres
indécents sont traités avec le plus de décence ; nos membres décents n'en
ont pas besoin. Mais Dieu a disposé le corps de manière à donner davantage
d'honneur à ce qui en manque, afin qu'il n'y ait point de division dans le
corps, mais qu'au contraire les membres se témoignent une mutuelle sollicitude.
Un membre souffre-t-il ? Tous les membres souffrent avec lui. Un membre
est-il à l'honneur ? Tous les membres prennent part à sa joie. "
- II Samuel, VI, 6-7 : " Uza étendit la main vers l'arche de
Dieu et la retint, car les bœufs la faisaient verser. Alors la colère de Dieu
s'enflamma contre Uza : sur place, Dieu le frappa pour cette faute, et il
mourut là, à côté de l'arche de Dieu. " - Romains, III, 3 : " Quoi
donc ? Si d'aucuns furent infidèles, leur infidélité va-t-elle annuler la
fidélité de Dieu ? Certes non ! Il faut que Dieu soit véridique
et 'tout homme menteur', comme dit l'Ecriture : 'afin que tu sois
justifié dans ce que tu dis, et triomphes si l'on te met en jugement'
(a)'. "
a) Cf. Psaumes, CXVI, 11, et LI, 6.
7) I Pierre, V, 13 :
" L'Église qui est à Babylone (a), élue comme vous, vous salue, ainsi
que Marc, mon fils. "
a) C'est-à-dire à Rome.
8) Colossiens, I, 15-20 :
" Il est L'Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature, car
c'est en lui qu'ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la
terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés,
Puissances ; tout à été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes
choses et tout subsiste en lui. Et il est la Tête du Corps de
l'Église : lui qui est Principe, Premier-Né d'entre les morts, afin
d'avoir la primauté en tout ; car il a plu à Dieu de faire habiter
toute la Plénitude, et de réconcilier par lui toutes choses pour lui,
aussi bien sur la terre que dans les cieux, pacifiant par le sang de sa
croix. "
Marie d'Agréda (1602-1665), abbesse
de l'Ordre de S. François, La Cité mystique de Dieu, vol. II, IIe partie,
livre IIIe, chap. XXIII, n° 300 (Réponse et instruction que la
très-sainte Vierge donna à Marie d'Agréda)
:
"Je veux, ma chère fille, que
vous sachiez que le Très-Haut est maintenant fort indigné contre le monde,
parmi tant de péchés qui s'y commettent en particulier, à cause de ceux dont se
rendent coupables en cette matière les prêtres aussi bien que les laïques : les prêtres, parce que, oubliant l'éminence
de leur dignité, ils l'outragent eux-mêmes en se rendant méprisables par leurs
mauvais exemples et leurs scandales, et en négligeant tout à fait leur
sanctification ; les laïques, parce que leur conduite est téméraire et irrévérencieuse
à l'égard des oints, qui malgré leurs imperfections et leurs habitudes
répréhensibles, doivent toujours être honorés et respectés comme tenant sur la
terre la place de Jésus-Christ mon très-saint Fils."
9) Éphésiens, V, 25-27 :
" Epoux, aimez vos épouses, comme le Christ a aimé l'Église,
et s'est livré pour elle, afin de la sanctifier, lavée dans le bain d'eau
accompagné de la parole baptismale, en sorte qu'il se la présente à
lui-même, toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte
et immaculée. " - Cantique des cantiques, IV, 7 : " Tu
es toute belle, ma bien-aimée, et sans tache aucune. "
10) S. Matthieu, V, 14-15 :
Jésus : " Vous êtes la lumière du monde. Elle ne peut être
cachée, la citée construite sur la montagne. Et si l'on allume une lampe on
ne la place pas sous le boisseau, mais sur le lampadaire, et elle éclaire tous
ceux qui sont dans la maison. " - I Corinthiens, 10 :
16-17 : " La coupe de bénédiction que nous bénissons n'est-elle
pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n'est-il pas
communion au Corps du Christ ? Puisqu'il n'y a qu'un pain, à nous tous
nous ne formons qu'un corps, car tous nous avons part à ce pain
unique. " - Épître aux Éphésiens, IV, 11-13 : " C'est
le Christ encore qui 'a donné' aux uns d'être apôtres, à d'autres d'être
prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, organisant
ainsi les saints, en vue de la construction du Corps du Christ, au terme de
laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu'un dans la foi
et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet homme parfait, dans la
force de l'âge, qui réalise la plénitude du Christ. "
Blanc de Saint-Bonnet (1815-1880), L'Infaillibilité,
IIe partie, chap. XXVI : L'Église visible, fondement de
l'Église invisible, pp. 89, 90 et 91, Nouvelles Editions Latines, Paris
1956 :
" Enlevant à l'Église la
présence personnelle de Jésus-Christ, Luther offre pour critérium un fait de
conscience, l'inspiration intime du Saint-Esprit. [...] Chaque fidèle étant
infaillible dans l'ordre de la Foi, puisqu'il y est mû par l'Esprit divin,
l'Église devient inutile. [...] 'Chaque fidèle, dit Luther, est ministre du
Très-Haut ; il doit annoncer la parole et remettre les péchés (a).' Par
quel miracle, encore, chez tous les peuples où l'on dépose des Bibles, ne
surgit-il de tels ministres du Très-Haut ? Ou plutôt, quand on ne sème
qu'une Bible, pourquoi sort-il des ministres et des Églises de toutes les
espèces, de toutes les couleurs ?
" Car la première question
qui vient est bonne : comment, au milieu de ces divers engendrements de
la Bible, fécondée du Saint-Esprit, reconnaître le vrai troupeau des
fidèles ? Comment reconnaître la vraie doctrine parmi celles qui ne se
ressemblent plus ? [...] L'opinion d'une Église invisible est opposée au
fait ; opposée au bon sens ; opposée à l'expérience ; opposée
à la nature de l'homme ; opposée à l'état où le laisse la Chute ;
opposée à la voix des prophètes, qui partout appellent la 'Jérusalem
resplendissante de clarté, les Saintes collines, la Cité de Dieu',
etc. "
a) Luther, De instituend.
minist. Eccles., t. II.
Le fait, visible et reconnaissable,
d'une extraordinaire perpétuité de l'Église n'est pas niable .
" Le Verbe s'est fait chair ", dit S. Jean, au verset
14 de son Prologue. L'Église, Corps du Christ, comme le Christ lui-même, est
par conséquent étroitement unie à la Divinité et à l'humanité.
11) Cantique des cantiques, I,
5-6 : " Je suis noire et pourtant belle, filles de
Jérusalem comme les tentes de Qédar, comme les pavillons de Salma. Ne prenez
pas garde à mon teint basané : c'est le soleil qui m'a
brûlée. "
12) S. Jean, XIV, 16 :
" Et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour
être avec vous à jamais, l'Esprit de Vérité, que le monde ne peut recevoir,
parce qu'il ne le voit ni ne le connaît. "
Selon l'Évangile de S. Matthieu, aux versets 39 à 42 du
chapitre XIII, Jésus nous révèle que son Royaume , c'est-à-dire son Église,
sera présent sur la terre tout au long des siècles et contiendra à la fois du
bon grain et de l'ivraie, et que ce n'est seulement qu'à la fin des siècles ou
à son retour sur la terre que les moissonneurs feront le tri en gardant le bon
grain et en rejetant l'ivraie : " La moisson, explique-t-il,
c'est la fin des siècles ; les moissonneurs sont les anges. De même donc
qu'on ramasse l'ivraie et qu'on la consume au feu [il s'agit-là des damnés]
(1), ainsi en sera-t-il lors de la consommation des siècles ; le Fils
de l'homme enverra ses anges et ils ramasseront de son Royaume [et là du
Royaume du Christ ou de son Église] les semeurs d'iniquité et les jetteront
dans la fournaise de feu [i.e. en enfer]. " Nous voyons
clairement par là que l'Église de Jésus-Christ ne sera pas composée uniquement
de saints. Bien au contraire, Jésus nous précise qu'il y aura même dans son
Église des âmes qui se damneront (2). Ce texte sacré nous permet par conséquent
de conclure avec certitude que l'Église sera préservée de l'apostasie ou de la
destruction.
En vérité, la doctrine de l'apostasie de l'Église primitive
est insoutenable et même blasphématoire. En effet, l'Église est le Corps
mystique du Christ (3), Corps sans péché (4), Corps bien vivant et immortel
(5), et non une institution arbitraire, artificielle et formée du dehors. Cette
Église est par conséquent perdurable (6), sainte et immaculée (7), et, de ce
fait, elle se trouve dans l'incapacité de sombrer dans l'apostasie ;
prédestinée et élue avant la création du monde, elle ne sera jamais séduite par
le prince du mensonge (8). Rien ni personne ne peut lui ravir sa magnificence.
Elle est pour toujours le Corps du Christ et l'Epouse du Christ. Telle qu'elle
est, elle porte déjà en elle la promesse éternelle du Royaume des cieux (9).
C'est le Christ qui, avec l'Esprit Saint, la soutient et vit en elle (10).
1)
Cf. Colossiens, I, 13.
2)
Cf.
3)
Cf.
4)
Cf. Éph., V, 27.
5)
Cf. Ap., I, 18.
6)
Cf.
7) Cf. Éph., V, 27.
8) Cf. Matt., XVI, 18.
9) Cf. Hébreux, XII, 22. 2 Pierre,
V, 13.
10) Cf. S. Jean, XVI, 13. 1
Corinthiens, III, 16. VI, 19. XII, 12. Actes, IX, 4. Éphésiens, I,
13-14. 2 Corinthiens, I, 22. I Pierre, IV, 14.
Selon Irénée (v. 130-v. 202), évêque de Lyon, né en Asie
Mineure, c'est avec l'Église que les deux glorieux apôtres Pierre et Paul
fondèrent et établirent à Rome, en raison de son origine plus excellente
(1), Église sainte et immaculée (2), - dont les membres, ne l'oublions
jamais, ne sont pas sans péché (3), - c'est avec cette Église, précise
au deuxième siècle cet évêque, que doit nécessairement s'accorder toute
Église, c'est-à-dire tous les fidèles de partout (4). Cette exhortation est
d'autant plus importante que, dans son ouvrage intitulé Contre les hérésies,
Irénée soutient qu'il avait été, dans son enfance, l'auditeur fervent du
vieil évêque Polycarpe de Smyrne, qui, lui-même avait été en relations avec
l'apôtre Jean et avec ceux qui avaient vu le Seigneur (5), révélant ainsi son
rattachement à l'Église primitive et une ligne d'autorité qui manifestement
remonte jusqu'à Jésus-Christ lui-même.
1) Lat. : propter potentiorem principilitatem. -
Cf. I Pi., 5 : 13.
2) Éphésiens, 5 : 27
3) Cf. I S. Jean, 1 : 8, 10 ; S. Matt., 22 : 14
; Apocalypse, 3 : 1-3 ; Romains, 1 : 18 ; I
Corinthiens, 12 : 23-25.
4) Irénée de Lyon, Contre les hérésies, liv. III, Préliminaire, 3, 2.
5) Id., 3, 4 : " Mais on peut nommer également Polycarpe. Non seulement il fut disciple des apôtres et vécut avec
beaucoup de gens qui avaient vu le Seigneur, mais c'est encore par des apôtres
qu'il fut établi, pour l'Asie, comme évêque dans l'Église de Smyrne. Nous-même l'avons vu dans notre prime jeunesse - car il vécut longtemps et c'est dans une vieillesse avancée que,
après avoir rendu un glorieux et très éclatant témoignage, il sortit de cette
vie -. Or il enseigna toujours la
doctrine qu'il avait apprise des apôtres, doctrine qui est
aussi celle que l'Église transmet et qui est la seule vraie. "
L'ancienne
Babylone (1) était la capitale de la Babylonie ou de la Chaldée. Babylone, la
fière parure des Chaldéens (2), ayant été complètement détruite, la ville
future dont nous parle le Nouveau Testament ne peut être qu'une autre ville, la
nouvelle Babylone des derniers jours.
Or, grâce à Virgile (vers 70-19 av. J.-C.), le poète latin,
et grâce surtout aux apôtres Pierre et Jean, nous savons que cette ville ne
peut être que Rome, la grande ville, la ville forte aux sept collines
(3), la capitale de l'Italie, qui était le siège des empereurs païens (4)
et qui, d'après le chapitre XVIII de l'Apocalypse, subira le même sort que sa
jumelle ou consœur des jours anciens (5).
En effet, Virgile,- le sublime poète (6) que Dante
choisit comme guide à travers l'Enfer dans sa Divine Comédie,- dans
sa célèbre Enéide, savant et pur chef d'œuvre, écrit :
" C'est sous les auspices du Père même des Dieux supérieurs, mon
fils (Enée), que cette illustre Rome égalera son empire à la terre, son âme à
l'Olympe, et d'un seul mur entourera sept collines " (7). Or,
l'apôtre Jean, dans son Apocalypse, désigne Babylone la grande comme
étant la grande ville assise sur sept montagnes. Le doute sur l'identité
de cette ville n'est donc pas possible (8). L'apôtre Pierre, le seul apôtre à
qui Jésus donna les clefs du royaume des cieux ou la juridiction sur l'Église
tout entière (9), assimile Rome,- la ville où il avait établi son siège et où
il mourut martyr, - à Babylone, écrivant : " L'Elue qui est
à Babylone vous salue " (10).
Au XVIIe siècle, le R.
P. Jean de Saint Thomas (1589-1644), de l'ordre de Saint-Dominique ou
des Prêcheurs (O.P.), un des plus grands théologiens thomistes de l'Église
romaine (11), confesseur du roi Philippe IV d'Espagne (12), s'appuie sur le
verset 13 du chapitre 5 de la 1re Épître de Pierre pour soutenir que
" 'l'Église co-élue, qui est à Babylone, vous salue' signifie
l'Église romaine élue par Pierre et associée à son élection ",
trouvant ainsi dans l'Ecriture la confirmation de la foi catholique qui a
toujours cru que le chef de l'Église particulière qui est à Rome (ou à
Babylone) est également le chef des Églises qui se trouvent en d'autres lieux
sur la terre, ou le chef de l'Église universelle (13), et trouvant également
dans ce verset de l'Épître de Pierre la confirmation du lien et de la
conjonction, depuis l'apôtre Pierre, de la suprême autorité apostolique avec
l'épiscopat romain, rejoignant ainsi la pensée des Pères de l'Église et la
Tradition, ou la mémoire vivante de l'Église (14). Et pensant avec certains
Pères de l'Église qui ont parlé des temps de l'Antéchrist que la Papauté n'est
liée à Rome que d'une manière temporaire, ce théologien éminent admet même une
destruction totale de Rome, ce que bien d'autres théologiens catholiques
admettent également et ce, disent-ils, " avant l'heure qui
marquera la fin de l'histoire humaine " (15).
Signalons que, selon Irénée,
évêque de Lyon, au temps de celui-ci, mort vers
Jusqu'au IXe siècle, reprenant les références du
comte Joseph de Maistre (1753-1821), écrivain et philosophe, et celles d'autres
auteurs faisant autorité, nous aurions pu citer Optat de Milève (IVe siècle),
saint Épiphane, évêque de Constantia, mort en 403, saint Gaudens de Brescia,
évêque et successeur de Philastrius, mort vers 407, saint Ephrem le Syrien (IVe
siècle), diacre, saint Grégoire de Nysse (v. 335 - v. 394), disciple
d'Origène (v. 185 - v. 254), saint Innocent Ier, pape de 401 à 417,
auteur de trente huit lettres, saint Zosime, pape de 417 à 418 (20), saint Léon
Ier (v. 395 - 461), pape de
Ce que nous venons d'écrire établit que, bien avant le XIe
siècle, les termes catholique et romain - associés ou non -
avaient déjà leur pleine signification pour ceux et celles qui croyaient
fermement appartenir à la véritable Église de Jésus-Christ bâtie sur l'apôtre
Pierre et sur ses successeurs et dont le siège se trouvait à Rome - et s'y
trouve toujours, conformément aux promesses du Christ, car il n'est pas dans la
nature d'un roc de se déplacer, et le siège de Pierre ayant été fixé quelque
part, en l'occurrence à Rome, il doit y rester (24). Retenons cette phrase du
cardinal Newmann : " Les écrivains du IVe et du Ve
siècle déclarent sans crainte et admettent franchement que les
prérogatives de Rome datent des temps apostoliques, et cela parce que Rome
était le siège de saint Pierre " (25).
1) De Babel, confusion :
Genèse, 11 : 9.
2) Esaïe, XIII, 19-22.
3) Les sept têtes :
Ap., XVII, 7, 9.
4) Les cornes : Ap.,
XVII, 7, 12.
5) Cf. Ap., XVIII, 1-24 ;
Jérémie, LI, 64.
6) S. Jérôme.
7) Virgile, Enéide, livre VIe,
745-791.
8) Cf. Apocalypse, 17 : 3, 5,
9, 18.
9) Cf. S. Matthieu, XVI, 17-19 ; sur les " les clefs du Royaume", cf. Isaïe, XXII, 22.
10) I Pierre, 5, 13.
11) Théologiens qui adhèrent à la
philosophie de saint Thomas d'Aquin (1225-1274), de l'Ordre des Prêcheurs,
Docteur de l'Église romaine.
12) Confesseur (le R. P. Jean de Saint Thomas) qui soutint le cas et
l'œuvre de la vénérable Mère Marie de Jésus, de l'Ordre
de Saint François (1602-1665), abbesse du monastère de l'Immaculée Conception
d'Agréda (Espagne), plus connue sous le nom
de Marie d'Agréda, célèbre mystique
espagnole qui, selon elle et selon le témoignage du Père Alonzo de Benavidès,
chef des missions franciscaines du Nouveau-Mexique, tout en n'ayant jamais
quitté son monastère, serait apparue plusieurs fois aux Indiens de l'Amérique
méridionale, et qui écrivit, sur l'ordre d'un confesseur docte et pieux, une
véritable somme de théologie catholique, positive, scolastique et mystique
intitulée La Cité mystique de Dieu, œuvre monumentale qu'elle réécrivit
entièrement, après l'avoir livrée au feu sur l'ordre d'un autre confesseur, en
ayant textuellement reproduit la première rédaction, à l'exception de certaines
additions qu'elle signala elle-même, et dont le roi Philippe IV avait
providentiellement conservé une copie qui relatait l'histoire de la Mère de
Jésus Christ, histoire que, dans son Introduction, cette religieuse déclara
avoir reçue par révélation divine (a).
a) Cf. § 19 de
l'introduction de la Cité mystique de Dieu, ouv. en 3 vol., Éditions
Saint-Michel, Saint-Cénéré (Mayenne), 1979 ; et également Dom Guéranger,
abbé de Solesmes, par un moine bénédictin, tome IIe,
imprimeurs-éditeurs G. Oudin et Cie, Paris, 1910, pp. 180-181.- Sur
la Cité mystique de Dieu, cf. dans l'Univers, journal catholique
de Louis Veuillot, les 28 articles du 23 mai 1858 au 23 octobre 1859 de Dom
Guéranger, abbé de Solesmes, moine bénédictin, auteur des célèbres Institutions
liturgiques et théologien qui, en 1869, au Ier Concile du
Vatican, réfuta la thèse anti-infaillibiliste soutenue par le R. P. Graty.
Notons que le R. P. Joseph Ximenès Samaniego, Général de
l'Ordre de Saint François qui devint par la suite évêque de Placentia
(Espagne), dans son substantiel Prologue général adressé aux savants qui
liront la Cité mystique, cite saint Irénée et saint Justin (v. 105 - v.
165), martyr, relatant les dons de prophétie, de vision, de révélation, de
guérison, d'exorcisme et de résurrection (sic) qui étaient encore expérimentés
à leur époque et qui, selon ce R. P., ne cessèrent pas entièrement,
puisqu'ils furent continués en quelques personnes d'une sainteté singulière,
comme l'a remarqué Théodoret, rappelant quelques témoignages attestés par
des documents incontestables (rappelons les révélations de sainte Hildegarde,
décédée en 1179, révélations approuvées par le pape Boniface IX, - et
également, en des siècles postérieurs, celles, par exemple, de sainte
Marguerite-Marie Alacoque, 1647-1690, par les papes Clément XIII et Pie XII).
Notons également que le Père Jérôme Gratien de la Mère de
Dieu, Visiteur apostolique des Carmes Déchaux et des Mitigés d'Andalousie, le
Paul et l'Elisée de sainte Thérèse de Jésus et le confesseur de cette
sainte (1515-1582) proclamée Docteur de l'Église, le 27 septembre 1970, par le
pape Paul VI, n'accordait aux révélations privées ou particulières que celle
que donne la foi humaine (a), et que, pour l'Église sainte, catholique,
apostolique et romaine (b), seuls les apôtres de l'Église primitive
tenaient sous le regard de leur foi tout le contenu révélé (c) qui n'était plus
qu'à être proposé et explicité au cours des âges grâce à l'assistance du
Saint-Esprit, le don de prophétie n'ayant plus pour fin que de redresser les
mœurs ou de diriger la conduite des hommes (d).
a) Cf. De lucidatione.
b) Pape Pie XII, encyclique Mystici
Corporis Christi du 29 juin 1943.
c)
Cf. Denzinger, n° 1836.
d) Cf. S. Thomas d'Aquin, Comm.
in Mattheum, cap. XI ; et ibid., Somme
théologique, 2-2, q.
13) Du grec kaqolikos
( katholikos ) :
universel.
14) Cf. Charles Journet (cardinal),
L'Église du Verbe incarné, tome I, chap. VIII, section III : La
juridiction universelle ou souveraine, V : Le successeur de Pierre est
l'évêque de Rome, I : La liaison de l'épiscopat universel et de
l'épiscopat romain nous semble avoir pour sens de manifester la succession
apostolique, pp. 550-552, éd. Desclée De Brouwer, 1962. – Nous déplorons néanmoins la position de cet auteur qui
avoir soutenu le pseudo Concile Vatican II et celle de son ami de très longue
date Jacques Maritain.
15) Cf. id., pp. 557-558, 3 :
Deux opinions extrêmes : liaison non indissoluble ; liaison
indissoluble même en fait.
16) Épître XLIII, chap. III, n°
7 ; cf. S. Irénée, Contra haereses, liv. III, chap. III ;
Patrologie grecque, t. VII, col. 848 ; Mgr Duchesne, Les Églises
séparées, chap. IV : L'Église romaine avant Constantin, pp. 59 et
suiv., 113 et 155, Paris 1896 ; Mgr Besson, Saint Pierre et les
origines de la primauté romaine, p. 94, Paris 1929 ; Joseph de
Maistre, Du Pape, éd. Charpentier, Paris 1841 ; Blanc de
Saint-Bonnet (1815-1880), L'Infaillibilité, IIe partie, chap.
XXVIII, et IIIe partie, chap. XLV et LI.
17) Développement de la foi
chrétienne - Preuves de la vérité de la foi catholique, ouv.
cité plus haut, par le Docteur John Henri Newman (cardinal), chap. II, sect.
II, p. 120.
18) Scorpiace, Remèdes
contre la piqûre des scorpions, 211-212, Contre les Gaïanites, chap. X.
19) - Epist. XXXIII ; cf.
également De unitate catholicæ ecclesiæ, Patrologie latine de Migne, 4,
500 ; Lettre 40 au peuple, 5, Patr. lat., 4, 336.
20) Cf. De peccato originali et
gratia, Henricus Denzinger, Enchiridion Symbolorum, n° 102 et De primatu
infallibilitate Romani Pontificis, n° 109.
21) Cf. Epist. De
infallibilitate Romani Pontificis, Denz., n° 171-172.
22) Histoire ecclésiastique, Concile
de Constantinople, 536.
23) Cf. Lettre contre les
Monothélites et Defloratio ex Epist. ad Petrum illustrem.
24) S. Matthieu, 10 : 2 S.
Marc, 3 : 16 S. Luc, 6 : 47-48 S. Matthieu, 16 : 18, 28
: 19-20 S. Jean, 14 : 16, 18 S. Jean, 11 : 42.
25) Développement de la foi
chrétienne - Preuves de la vérité de la foi catholique, ouv. cité plus
haut, Introduction, page 23.
Rappelons qu'au IIe siècle, dans son ouvrage intitulé Contre les hérésies, Irénée,
évêque de Lyon, relié au collège apostolique par Polycarpe, évêque de Smryne,
qu'il avait vu dans sa prime jeunesse, parle d'un Evangile tétramorphe, ou
d'un Evangile à quatre formes, encore que maintenu par un unique Esprit, et
cite presque constamment les écrits des quatre évangélistes tels que nous les
connaissons présentement, c'est-à-dire à la fin du XXe siècle (1) Il
est donc historiquement prouvé que les Evangiles ne sont pas l'œuvre d'un
faussaire ou d'un imposteur. Pour prouver l'authenticité des Evangiles nous
avons également les écrits de Polycarpe que nous venons de citer, ceux de
Papias, évêque d'Hiérapolis, en Phrygie, vers 130, familier de Polycarpe de
Smyrne, qui avait été lui-même auditeur, dans sa jeunesse, de l'évangéliste
Jean, nous avons encore les écrits de Tertullien (v. 160 - v. 245), et enfin la
précieuse Histoire ecclésiastique d'Eusèbe (v. 265 - v. 340), évêque de
Césarée en 313 (15). Cela étant
précisé pour apporter à ceux qui en ont besoin une raison démonstrative à
l'appui de l'authenticité des Evangiles et enlever ainsi les empêchements de la
foi, ou, le cas échéant, pour rendre raison de notre foi, suivant en cela les
conseils de l'apôtre Pierre (2).
1) Irénée de Lyon, Contre les
hérésies, livre III, Première partie, 11, 8, p. 314, éd. du Cerf, Paris
1985.
2) Cf. Eusèbe, Histoire
ecclésiastique, III, 39-16, Migne XX, 300, où Papias, évêque de
Hiérapolis, en 110, affirma dans son Explication des Oracles du Seigneur que
" Matthieu coordonna en dialecte hébraïque les dires du Seigneur "
- Cf. également Irénée, Adversus haereses, III, I, I : Tertullien, Adversus Marcionem, IV,
2 : Clément d'Alexandrie, Stromata,
I, 21.- Justin, martyr, milieu du IIe siècle, cite Matthieu cent
soixante-dix fois.- Pour l'Evangile de Marc, nous avons encore le
témoignage de Papias, qui écrit : " Le Prêtre disait encore
ceci : Marc, devenu interprète de Pierre, écrivit exactement, mais non
pas avec ordre, tout ce qu'il se rappela des choses ou dites ou accomplies par
le Seigneur " : Eusèbe, Hist. eccl., III, 39.- Cf.
Clément d'Alexandrie, vers 200 :
Eusèbe, Hist. eccl., II, 15, 1-2
: Irénée, Adv. haer., III, I, I : Eusèbe, Hist. eccl., V, 8,
2 : VI, 14, 5-7.- Pour l'Evangile
de Luc, nous avons le Canon de Muratori, composé vers l'an 180 et
découvert par C.A. Muratori dans la Bibliothèque Ambrosienne de Milan :
" Tertium evangelii librum secundum Lucam " et le
témoignage d'Irénée de Lyon qui affirme que " Luc, également
disciple de Paul, composa en un livre l'Evangile prêché par celui-ci ",
Adv. haer., III, I, I, III, 14. Cf. Tertullien, Adv. Marcion., IV,
5 : Eusèbe, Hist. eccl., III,
IV, 6 : Clément d'Alexandrie, Stromata,
I, 25, 145 : Origène, In
Matt., t. I, Patrologie grecque de Migne, XIII, 830 : Eusèbe, Hist. eccl., III, 4,
6 : Irénée, Adv. haer., II,
II, I, 27 : Tertullien, Adv.
Marcion., IV, 3 et ss.- Enfin, pour l'Evangile de Jean, nous avons
le témoignage d'Irénée qui, après avoir parlé des trois premiers Evangiles,
ajoute : " Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui qui
reposa sur sa poitrine, publia lui aussi son Evangile, quand il demeurait à
Ephèse " : Adv. haer., III, I, I : texte grec dans Eusèbe, Hist. eccl., V,
8, 4 : Clément d'Alexandrie, dans
l' Hist. eccl. d'Eusèbe, VI, 14, 7 : et, dans son Adv. haer., Irénée
proclama l'existence d'un seul Evangile tétramorphe, ou quadriforme : Eusèbe, Hist. eccl., V, 20.- Notons
que Clément de Rome, à la fin du Ier siècle, connaissait déjà les
quatre Evangiles. Cf. son Épître aux Corinthiens, contenue dans le Codex
Alexandrinus, et l' Hist. eccl. d'Eusèbe, IV, 23, 11, et III, 16.
Cf. également la Didachè, Didach twn dwdeca (en grec : Enseignement
des Douze Apôtres, ouvrage remontant vraisemblablement aux années
80-100 : et les Logia (prononciation
du mot grec Logia), ou Discours du Christ, dont l'antiquité ne
fait aucun doute, papyrus découvert à Behnesa, l'ancienne Oxyrhynchos, sur la
lisière du désert de Lybye, et publié en 1897. Cf. Grenfell : Sayings of our Lord from an early greck papyrus,
Londres 1897.
Tout organisme vivant possède un pouvoir de
régulation ou un pouvoir inhérent à son mécanisme énergétique régulateur qui
lui permet, entre autres pouvoirs (1), de maintenir son équilibre spécifique,
tout en pouvant également assimiler ou rendre semblables à sa propre substance
d'autres substances ou matériaux qu'il ingère ou emprunte au milieu extérieur,
en faisant siennes seulement celles qui lui sont utiles en rejetant les autres,
afin de se développer et d'actualiser sa potentialité ou de réaliser son " entéléchie "
ou sa forme parfaite et pour trouver finalement son exercice parfait.
Si l'Église, Corps mystique du Christ (2), est vivante, elle
aussi doit manifester analogiquement les pouvoirs de la vie, et tout spécialement les pouvoirs de régulation et d'assimilation,
pour qu'elle puisse se développer à travers les siècles ou pour que tous ses
membres soient capables de parvenir " à l'unité de la foi et de la
connaissance du Fils de Dieu, de manière à former un homme parfait, selon l'âge
mûr de la plénitude du Christ [ou selon sa pleine stature] " (3).
L'Ecriture prophétise clairement le développement dans le
temps de la structure ecclésiale et de la doctrine du christianisme par les
paraboles du grain de sénevé et de la semence que le Fils unique de Dieu
utilisa à cet effet et qui sont rapportées par les évangélistes.
Dans la première parabole rapportée par S. Matthieu, S. Marc
et S. Luc (4), le royaume de Dieu est comparé à un grain de sénevé ou à la plus
petite de toutes les graines que l'on sème en terre et qui, une fois semée, ne
cesse de croître pour devenir finalement un arbre qui pousse de si grandes
branches que les oiseaux du ciel peuvent s'abriter sous son ombre et faire leur
nid dans ses branches. Manifestement il s'agit-là de la croissance de l'Église
visible ou du Corps Mystique du Christ et de la structure ecclésiale.
Dans la seconde parabole rapportée par S. Marc (5), le
royaume de Dieu est comparé à une semence qui, cette fois-ci, germe et croît
sans que l'on sache comment, la terre produisant son fruit d'elle-même. Dans
cette seconde parabole, nous ne sommes donc plus en présence de quelque chose
de visible, mais plutôt d'un élément intérieur de vie. La parole de Dieu
n'est-elle pas une semence pour l'âme (6) et ne croît-elle pas en fonction de
nouvelles explications qu'on peut lui donner sans obscurcir ou altérer l'idée
essentielle, c'est-à-dire en fonction de son développement doctrinal ? (7)
Quant à la signification de la parabole du levain rapportée par
S. Marc, on peut y trouver le pouvoir que possède toute doctrine vivante de
s'enrichir et même de s'affermir en assimilant des éléments empruntés au milieu
extérieur ou étrangers à la Bible ou à la Sainte Ecriture et à la Tradition de
l'Église.
" Un véritable développement, précise le cardinal
Newman, peut être regardé comme le conservateur de la série de développements
qui avaient lieu avant lui, qui étaient ce développement lui-même et quelque
chose de plus ; c'est une addition qui commente et n'obscurcit pas, qui
collabore et ne corrige pas le corps de pensées d'où il dérive ; et c'est
par ce signe caractéristique que le développement contraste avec la
corruption. " (8.)
1) Pouvoirs
d'organisation, de coordination, de cicatrisation et de régénération (un rocher
ne se cicatrise pas et ne retrouve pas sa forme première), de reproduction, de
prédétermination et pouvoir de réversibilité. Distinguons la notion de pouvoir
et celle de son exercice : le pouvoir est immatériel, tandis que
l'exercice est matériel.
2) Cf. Éphésiens, 1 : 17,
22-23.
3) Id., 4 : 11-13.
4) Cf. S. Matthieu, 13 :
31-33 ; S. Marc, 4 : 30-32 ; S. Luc, 13 : 18-19.
5)
Cf. S. Marc, 4 : 26-29.
6)
Cf. S. Luc, 8 : 11 ;
7) Cf. S. Jean, 16 : 12-13.
8) Développement de la doctrine
chrétienne - preuves de la vérité de la foi catholique, ouv. cité plus
haut, Newman, chap. Ier : Sur le développement des idées,
sect. III : Sur la corruption d'une idée, § 8 : Sixième signe.
Additions préservatrices, pp. 81-82.
Jésus, par sa parabole du bon grain et de l'ivraie, dans
l'Évangile selon S. Matthieu, nous révèle que le royaume des cieux est
semblable au propriétaire d'un champ de blé où croissent tous deux ensemble du
bon grain et de l'ivraie, l'ivraie ayant été semée subrepticement par l'ennemi
de ce propriétaire, et que, pour éviter d'arracher le blé en même temps que
l'ivraie en essayant d'extirper celle-ci sans attendre la complète maturité du
blé, ce sera seulement au temps de la moisson que les moissonneurs feront le
tri en ramassant d'abord l'ivraie et en la liant en bottes pour la brûler, puis
en amassant le bon grain ou le blé dans le grenier (1). Voici ce que Jésus
répondit à ceux qui lui demandèrent de leur expliquer cette parabole :
" Celui qui sème la bonne semence, c'est le Fils de l'homme. Le
champ, c'est le monde. Le bon grain, ce sont les sujets du Royaume ; et
l'ivraie, ce sont les sujets du Malin. L'ennemi qui a semé l'ivraie, c'est le
Diable. Le temps de la moisson, c'est la fin des temps. Les moissonneurs sont
les anges. De même qu'on ramasse l'ivraie et qu'on la jette au feu, ainsi en
sera-t-il à la fin des temps : " le Fils de l'homme
enverra ses anges ; ils enlèveront de son Royaume tous les
scandales et les fauteurs d'iniquité et ils les précipiteront dans la
fournaise de feu : là seront les pleurs et les grincements de dents.
'Alors les justes resplendiront comme le soleil' (2) dans le Royaume de leur
Père. Que celui qui a des oreilles entende ! " (3) Cette
parabole nous montre clairement que le Royaume du Fils de l'homme, c'est-à-dire
l'Église de Jésus Christ, ne sera pas exempte de scandales et de fauteurs
d'iniquité, et que ce n'est qu'à la fin des temps que tous les scandales
et les fauteurs d'iniquité seront enlevés de ce Royaume et
jetés dans la fournaise de feu. Jésus nous a prévenus afin que nous ne
soyons pas surpris au point de quitter son Église, ou de lâcher la proie pour
l'ombre. " La sagesse de Dieu n'a permis le mélange de l'ivraie et du
bon grain, des bons et des méchants dans l'Église, dit un célèbre prédicateur
du XVIIIe siècle cité par Littré, que pour ménager aux uns et aux
autres des moyens de conversion, ou des occasions de mérite. " (4)
1) Cf. S. Matthieu, 13 :
24-30.
2) Comparer Daniel, 12 : 3.
3) S. Matthieu, 13 : 37-43.
4) Massillon Jean-Baptiste,
1663-1742, de l'Acad. fr., Petit Carême, Mélange, cité par Littré
dans son Dictionnaire de la langue française, tome 2, mot ivraie.
D'aucuns se
glorifient de ne pas aller à l'église parce qu'ils observent qu'en celle-ci
viennent des personnes qu'ils estiment indignes. Pour
cette raison et par leur exemple, s'ils ont des enfants, ils les dissuadent
d'être des témoins du Christ ou de recevoir le sacrement de Confirmation et de
communier au Corps et au Sang du Christ. Autrement dit, en les incitant à ne
pas accourir dans un même lieu pour assister régulièrement au sacrifice de la
Messe, ils font le jeu de l'ennemi ou du mauvais esprit qui ne peut que se
réjouir que des chrétiens de plus en plus nombreux s'écartent des sacrements de
l'Eglise, et tout particulièrement du sacrement de l'Eucharistie, qui contient
tout le trésor spirituel de l'Eglise et opère directement la vie éternelle (1),
et du sacrement de Pénitence ou de Réconciliation en confessant leurs péchés
devant un prêtre pour les réconcilier avec Dieu, toutes les fois qu'ils sont
tombés dans le péché, suivant en cela la volonté expresse du Christ (2). En
n'allant plus à l'église à cause de la présence de certaines personnes qu'ils jugent
indignes de s'y trouver, ils s'excluent eux-mêmes de l'Eglise, ou de
l'Assemblée universelle des vrais croyants, et dont le nom le plus divin est
celui de Corps Mystique du Christ. Cette attitude est irrationnelle et
constitue un suicide spirituel. En vérité, on ne peut être enfant de Dieu sans
reconnaître l'Eglise pour Mère. Ceux qui s'éloignent de l'Eglise catholique,
apostolique et romaine, et sainte par les saints qu'elle engendre et les
miracles qu'elle produit sans cesse, à quelle Eglise appartiennent-ils ?
D'où sont venues les plus grandes manifestations mariales ? Dans quelle
Eglise se trouvaient saint Bernard, saint François d'Assise, sainte Catherine
de Sienne, sainte Thérèse d'Avila, saint Vincent de Paul, saint François de
Sales et bien d'autres saints et saintes ? Ne savent-ils pas que l'Eglise
est visible parce qu'elle est composée d'hommes visibles bons et mauvais ?
En voulant s'écarter des pécheurs au point de ne plus participer à la divine
liturgie en leur compagnie pour communier au corps et au sang du Christ
ressuscité et par là conserver, accroître et renouveler ainsi la vie de la
grâce reçue à leur Baptême, ils s'abusent eux-mêmes en se croyant sans péché ou
en se considérant comme exemptés des sacrements, et préjugent ainsi de la
décision ultime de Dieu en s'attribuant une prérogative que seul le Christ
glorieux fera valoir universellement à son retour sur la terre. Le Christ a
bien dit de ne porter aucun jugement définitif sur son prochain mais de laisser
croître ensemble le bon grain et l'ivraie jusqu'à la moisson (3). S'ils
étaient vraiment conscients de ce qu'ils font, prendraient-ils une telle
responsabilité ? Leur argument est si peu fondé que nous nous demandons
s'ils ne l'utilisent pas pour étouffer à bon marché ou même avec de la fausse
monnaie la voix de leur conscience et pour illusionner leurs enfants et leurs
amis ou un entourage peu regardant et plus ou moins complaisant. Que Dieu les
éclaire et leur donne la force d'être en accord avec Sa volonté pour
sa plus grande gloire et le salut de leur âme et le salut des âmes qu'Il leur
confie et leur envoie ! On ne peut pas en prendre à son aise avec Dieu :
le Christ n'a pas donné sa vie pour s'amuser. Tout chrétien a le devoir de
connaître les fondements de sa religion. N'oublions jamais qu'en matière de foi
et de morale le phare de l'humanité se trouve à Rome à travers son magistère
ordinaire et ses définitions et condamnations solennelles.
1) S. Jean, VI, 53-55 :
" Jésus donc leur
dit : 'En vérité, en vérité, je vous
le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son
sang, vous ne possédez pas la vie en vous-mêmes. Celui qui dévote ma chair
et boit mon sang possède la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier
jour ; car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un
breuvage. Celui qui dévore ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en
lui.' "
2) S. Marc, II, 15-17 (cf. S.
Matthieu, IX, 10-13 ; S. Luc, V, 29-32)
: " Et voici que Jésus se trouvait à table dans la maison de
Lévi. De nombreux publicains et pécheurs avaient pris place avec Jésus et ses
disciples, car ils étaient nombreux à le suivre. Les scribes du parti des
pharisiens, le voyant manger avec les pécheurs, dirent à ses disciples : 'Pourquoi mange-t-il avec les publicains et
les pécheurs?' Jésus qui avait entendu leur dit
: 'Ce ne sont pas les bien
portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu
appeler les justes, mais les pécheurs.' " - Ire Épître
de S. Jean, I, 8 : " Si nous disons : 'Nous n'avons pas
de péché', nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n'est pas en nous. Si
nous confessons nos péchés, Dieu est fidèle et juste pour nous pardonner nos
péchés et nous purifier de toute iniquité. Si nous disons : 'Nous n'avons
pas de péché, nous faisons de Dieu un menteur, et Sa parole n'est pas en
nous. " - S. Matthieu, VII, 1-2 (cf. S. Luc, VI, 37) : " Ne jugez pas, afin que
vous ne soyez pas jugés ; car de la façon dont vous jugez, vous serez jugés, et
on se servira envers vous de la mesure dont vous vous servez. "
- S. Matthieu, XVI, 19 : Jésus
dit à Simon Pierre : " Je te donnerai les clefs du
royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les
cieux, et ce que tu délieras sur la
terre sera délié dans les cieux. " - Ibid., XVIII, 18 : Jésus dit à ses disciples :
" Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié
dans le ciel, et tout ce que vous
délierez sur la terre sera délié dans le ciel. " - S.
Jean, XX, 23 : Jésus dit à ses
disciples : " Recevez le Saint-Esprit. Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils
leur seront pardonnés ; et ceux à qui vous les retiendrez, ils
leur seront retenus. " [Et comment pardonner les péchés de quelqu'un
sans l'entendre en confession ? La médecine ne soigne pas en effet ce
qu'elle ignore.] - IIe Épître de saint Paul aux Corinthiens, V,
18 : " Et tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ, et qui nous a donné le ministère de la
réconciliation. "
3) S. Matthieu, XIII, 30.
D'aucuns diront : ' Il
s'est confessé de nombreuses fois, mais il n'a pas changé pour autant. ' Bien
sûr, le sacrement de pénitence ne fait pas du pécheur un saint du jour au
lendemain. Ce serait une folie de le penser. Le sacrement de pénitence n'est
pas un acte magique. Certes, à de rares exceptions près qui relèvent du
miracle, ce pécheur retombera encore dans le péché, mais, avec la grâce de
Dieu, sa progression spirituelle pourra s'amorcer, et, pour commencer, il pourra
même éviter les fautes les plus graves. Il est bien écrit que le juste pèche
sept fois par jour, mais se relève (a). L'apôtre Paul lui-même reconnaît le
péché qui habite en lui en faisant ce qu'il hait, et va jusqu'à s'écrier : "Qui me délivrera de ce corps de péché
?" (b) Et c'est pour cette raison que l'Église nous recommande de recevoir
fréquemment le sacrement de pénitence ou de réconciliation. Dieu le Fils, par
l'intermédiaire de ses oints, ne remet-il pas les péchés de ceux qui se
confessent fréquemment, alors que Lui-même nous a commandé de pardonner
soixante-dix fois sept fois celui qui pèche contre nous ? Ne connaît-Il pas
notre faiblesse ? Ne voit-Il pas dans la suite des temps une multitude de
pécheurs retombant dans leurs péchés, mais se relevant ? La prière que Jésus
nous a apprise ne nous exhorte-t-elle pas à dire quotidiennement à notre Père
céleste : "Pardonne-nous nos
offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés" ? Et c'est bien
ce que le prêtre fait à la place du Christ lorsqu'il nous absout après lui
avoir manifesté notre désir de faire pénitence et de recevoir son absolution.
Quant à ce pécheur jugé invétéré, qui nous dit qu'il n'aurait pas été pire sans
ses nombreuses confessions ? Dieu seul le sait. Quant à nous, nous n'en savons
rien. En tout cas, cela signifie au moins qu'il se reconnaît toujours pécheur
(a). Et cela constitue incontestablement un acte d'humilité dont Dieu tiendra
compte au jour du jugement. La vertu d'humilité n'est-elle pas le fondement sur
lequel reposent toutes les autres vertus ? Aux yeux de Dieu, ceux qui ne se
confessent pas sont pires que ce pauvre pécheur qui se sait pécheur, car, quant
à eux, ils se croient dispensés de la confession en s'estimant en quelque sorte
sans péché. Comme le dit saint Jacques :
" Dieu résiste à l'orgueilleux et donne sa grâce aux humbles" (c).
Ceux qui portent de tels jugements vident nos églises et déchristianisent notre
pays. La secte des francs-maçons n'en demande pas tant ! (d) Qu'ils se
reconnaissent pécheurs et que Dieu leur pardonne! Et soyons prêts, car nul ne
connaît ni le jour ni l'heure de son jugement. On ne se moque pas de Dieu, car
c'est par amour pour nous qu'Il est mort crucifié, mais Il ne nous sauvera pas
malgré nous. Lisons, relisons et méditons sans cesse la synopse des quatre
Évangiles - et tout particulièrement l'Évangile selon saint Jean qui est une
merveille du point de vue mystique.
a) Proverbes, XXIV, 16 ; b) Cf.
Épître de S. Paul aux Romains, VII, 14-25 ; c) Épître de S. Jacques, IV, 6 ;
Proverbes, III, 34 ; Cf. Léon XIII, Pape, Encyclique Humanum Genus sur
la secte des francs-maçons, 20 avril 1884 [doctrinalement
parlant, ce qui est faux reste faux].
3) S. Matthieu, XIII, 30, 41 : " Laissez-les [le bon grain ou les fidèles et
l'ivraie ou les infidèles] ensemble jusqu'à la moisson [i.e. jusqu'à la fin du
monde]. [...] Le Fils de l'homme enverra ses anges. Et ils enlèveront de son
Royaume tous les scandales et tous ceux qui commettent l'iniquité. "
(Cf. S. Augustin, La foi chrétienne, La foi et les œuvres, III, 4, IV,
6, V, 7, éd. Desclée de Brouwer.)
S. Luc, XVII, 3-4 :
" Si ton frère vient à pécher,
réprimande-le et, s'il se repent, remets-lui. Et si sept fois le jour il pèche
contre toi et que sept il revienne vers toi, en disant : ' Je me repens, tu lui pardonneras '.
"
S. Matthieu, XVIII, 21-22 :
" Alors Pierre s'approchant
lui dit : 'Seigneur, si mon frère pèche
contre moi, combien de fois lui pardonnerai-je ? ... Jusqu'à sept fois ?' Jésus
lui dit : 'Je ne te dis pas : jusqu'à sept fois, mais : jusqu'à soixante-dix fois sept fois'.
"
Henri de Lubac, S. J., de
l'Institut, Méditation sur l'Église, Aubier, Éditions Montaigne, Paris,
1953, p. 86 :
"N'imaginons donc pas, à la manière
des Donatistes, quelque groupement de 'parfaits', ou de saints prédestinés.
L'Église est ici-bas et demeurera jusqu'à la fin une communauté mêlée : froment pris encore dans la paille, arche
contenant des animaux purs et des impurs, vaisseau plein de mauvais passagers,
qui semblent toujours sur le point de l'entraîner dans un naufrage."
Saint Augustin (354-430), La foi chrétienne, La foi et les
œuvres, V, 7 (sana doctrina), éditions Desclée de Brouwer :
" Alors, ne laissons pas envahir notre cœur par une présomption impie et
pernicieuse [impia et perniciosa præsumptio] qui nous persuaderait de nous
séparer d'eux pour éviter que leurs péchés ne nous souillent, après quoi nous
tâcherions d'entraîner comme un noyau de disciples purs et saints, séparés de
l'unité vivante sous prétexte que c'est une société de pécheurs. Rappelons-nous l'Écriture, ses paraboles, ses sentences divines, ses
exemples si clairs qui nous ont montré et prédit que, dans l'Église, les
méchants seront mêlés aux bons jusqu'à la fin des siècles et au temps du
jugement, sans que cette unité dans la participation aux sacrements nuise en
rien aux bons qui ne se sont pas faits complices de leurs
agissements. "
La porte étroite qui conduit à la
Vie (ou à l'union spirituelle
entre l'âme et Dieu par la foi)
S. Matthieu, VII, 13, 14 (cf. S. Luc, XIII, 24) : " Efforcez-vous d'entrer par
la porte étroite [...] Combien étroite la porte et resserré le chemin qui
conduit à la Vie ; et peu nombreux sont ceux qui la trouvent. "
S. Luc, XIII, 22-24 :
" Jésus traversait
les villes et les villages, enseignant, et faisant route vers Jérusalem.
Quelqu'un lui dit : 'Seigneur, n'y a-t'il que peu de gens qui soient
sauvés ?' Il leur répondit : 'Efforcez-vous d'entrer par la porte
étroite. Car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer et ne le
pourront pas.' "
S. Matthieu, XVIII, 15-17 :
" Et si ton frère a
péché, va, reprends-le entre toi et lui seul. S'il t'écoute, tu auras gagné ton
frère! Mais s'il n'écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, de façon
que toute l'affaire soit terminée sur le dire de deux ou trois témoins. Mais
s'il ne veut pas les entendre, parle à l'Eglise. S'il ne veut pas entendre
même l'Eglise, qu'il soit pour toi comme 'le gentil' et le 'publicain'. "
S. Marc, X, 9-12 :
" 'Donc, ce que Dieu a
uni, que l'homme ne le sépare pas.' Revenus à la maison, les disciples
l'interrogeaient de nouveau à ce sujet et il leur dit : 'Celui qui répudie sa femme et en épouse
une autre, commet l'adultère avec elle ; et si cette femme répudie son mari et
en épouse un autre, elle commet un adultère.' " (Cf. S. Augustin, La
foi chrétienne, La foi et les œuvres, I, 2, éd. Desclée de Brouwer.)
S. Luc, VIII, 21 :
" Mais Jésus leur
répondit : 'Ma mère et mes frères sont
ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique.' "
S. Marc, VIII, 38 :
" Car celui qui aura
rougi de moi et de mes paroles, dans cette génération adultère et
pécheresse, le Fils de l'homme aussi rougira de lui lorsqu'il viendra
dans la gloire de son Père avec les saints anges. "
S. Matthieu, X, 34-36 :
" Ne pensez pas que je
sois venu jeter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu jeter la paix, mais
le glaive. Car je suis venu séparer un homme de son père, et une fille de sa
mère et une belle-fille de sa belle-mère ; et l'homme aura pour ennemis ceux
de sa maison. "
S. Luc, XIV, 25-26 :
" Comme des foules
nombreuses le suivaient, Jésus se tourna vers eux et leur dit : 'Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas
[lat.
: non odit, gr. : ou misei] son père, et sa mère, et sa femme,
et ses enfants, et ses frères, et ses sœurs, et même encore son âme, il ne peut
être mon disciple. "
S. Matthieu, VII, 21 :
" Ce n'est pas quiconque
me dit : 'Seigneur ! Seigneur !' qui
entrera dans le Royaume des Cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père,
qui est dans les cieux. "
S. Matthieu, XVII, 5 :
" [...] et voici qu'une
voix dit de la nuée : 'Celui-ci est mon
Fils bien-aimé, en qui je me complais
: écoutez-le.' "
Le rôle spécifique de Pierre
Genèse, XXVIII, 10-12, 16-19
:
« Jacob partit de Bersabée
pour aller à Haran. Il atteignit un lieu et y passa la nuit, car le soleil
était couché. Il prit une des pierres du lieu pour en faire son chevet, et
il se coucha dans ce lieu. Il eut un songe, que voici : une
échelle dressée sur la terre et dont le sommet touchait au ciel ; sur elle des
anges de Dieu montaient et descendaient, en haut se dressait Yehovah (hwhy). [...]. Jacob
s'éveilla de son sommeil et il dit : “mais, c'est Yehovah en ce lieu, et
moi je ne le savais pas !” Saisi de crainte, il ajouta : “Que c'est
redoutable ! Ce n'est rien moins ici qu'une maison de Dieu, c'est une
porte du ciel”. Le lendemain matin, Jacob prit la pierre (1) dont il avait fait son chevet, il en
fit une pierre dressée et versa de l'huile sur son sommet. Il nomma ce lieu
Béthel (Maison de Dieu : héb. la-tyb) ; jadis la ville
s'appelait Louz. »
1) Hébreu : Nba, ebeN (1) – rocher, Pk, keF
(Jérémie, 4 : 29 ; Job, 30 : 6) – araméen : apyk, kêfa – syriaque : apak. - Aucun rapport avec l’hébreu ba, masculin, père (const. yba, quelquefois ba, avec suff. yba ; plur. et
const. twba). – Cf. Saint Thomas d’Aquin, La
Chaîne d’Or sur l’évangile selon Saint Matthieu, chapitre XVI ; ID., Commentaire de l’évangile selon Saint
Matthieu, chapitre XVI, versets 13-19.
S. Jean, I, 51 :
" Et Jésus dit à
Nathanaël : 'En vérité, en vérité, je vous le dis : vous verrez
le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils
de l'homme'. "
S. Jean, I, 42 :
" Or, Jésus ayant
regardé Simon, frère d'André, dit : 'Tu es Simon, fils de Jonas ; tu
t'appelleras 'Képhas',- ce qui se traduit par 'Pierre'. " [Nom prophétisé par Jésus.]
S. Matthieu, XVI, 18 :
" Et moi, Jésus, je te
dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je
bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre
elle. " [Notons que le nom de
Pierre est un nom nouveau, inconnu des Juifs, qui symbolise la solidité, la
cohésion, le fondement d'une maison ou d'un édifice, et que c'est un seul
apôtre qui reçoit ce nom avec les prérogatives qui lui sont inhérentes. Le
symbole de la pierre est ici incontestablement associé à la personne de Simon,
fils de Jonas. Et notons également que le Christ est par définition
l'Oint ou la Pierre angulaire, la Pierre des pierres, la Pierre ointe
par Dieu, et que le verbe bâtir est au futur.]
S. Matthieu, VII, 24-25 :
" Quiconque donc écoute les
paroles que je viens de prononcer et les met en pratique, ressemblera à un
homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. Et l'averse est
descendue, et les torrents sont venus, et les vents ont soufflé et se sont
jetés sur cette maison ; et elle n'est pas tombée, car elle
était fondée sur le roc. "
S. Jean, XXI, 16-17 :
" Lors donc que ses
disciples eurent déjeuné, Jésus dit à Simon Pierre : 'Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que
ceux-ci ?' Il lui dit : 'Oui, Seigneur,
tu sais bien que je t'aime !' Il lui dit
: 'Pais mes Agneaux.' Jésus dit à Pierre une seconde fois :
'Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu ?' Pierre lui répondit :
'Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime.' Jésus lui dit : 'Pais mes
brebis.' Il lui dit pour la troisième fois : 'Simon, fils de Jonas,
m'aimes-u ?' Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la
troisième fois : 'M'aimes-tu ?' Et il lui répondit :
'Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime.' Jésus lui dit :
'Pais mes brebis'. " [Passage
où l'on voit que Pierre est manifestement établi pasteur des pasteurs avec et
dans le Christ.]
S. Luc, XXII, 31-32 :
" Le Seigneur dit :
'Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le
froment. Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point
; et toi, une fois remis dans le droit chemin, affermis tes frères. "
[Où l'on voit que la foi de Pierre est affermie
par l'assistance particulière de Dieu pour affermir à son tour la foi de
ses frères du collège épiscopal. C'est Pierre seul qui, après avoir reçu de
Dieu le Père la révélation sur la nature du Christ, reçoit du Fils un nom
nouveau. Et c'est aussi pour lui seul que le Christ a prié afin que sa foi ne
défaille point et qu'il puisse affermir ses frères en les confirmant dans leur
foi. Son infaillibilité est par conséquent principale et lui est propre et
singulière et, à ce titre, sa foi (forma Petri) renferme et forme la foi
de l'Église. Et il en sera ainsi jusqu'au retour du Christ sur la terre.]
S. Jean, VI, 67-69 :
" Alors Jésus dit aux
Douze : 'Est-ce que, vous aussi, vous voulez vous en aller ?'
Simon-Pierre lui répondit : 'Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les
paroles de la vie éternelle. Pour nous, nous croyons et nous savons que tu es
le Saint de Dieu.' Jésus leur répondit : 'N'est-ce pas moi qui vous ai
choisis, vous les Douze ? Et l'un de vous est un démon !' Il parlait
de Judas, fils de Simon Iscariote ; c'était lui, en effet, qui devait le
livrer, un des Douze. " [Notons
bien que c'est Pierre qui répond de la foi de l'Église qui lui a été confiée et
qui se révèle ainsi en tant que forme imprimée à toute l'Église dont
Jésus-Christ est le chef. Saint Pierre sera le vicaire suprême du Christ à qui
Celui-ci conférera toute son autorité après sa montée au ciel et jusqu'à
son retour sur la terre. L'Église n'aura donc qu'un seul chef, à savoir le
Christ et le vicaire du Christ ou le Christ sur la terre, visible comme
l'Église est visible.]
Les chrétiens sont aussi des pierres
vivantes
I Pierre, II, 4-10 :
" Approchez-vous du Seigneur
: il est la pierre vivante que les hommes ont rejetée, mais qui,
devant Dieu, est une pierre de choix et de grand prix (a). Et
vous-mêmes, comme des pierres vivantes, entrez dans la construction
d'une maison spirituelle (b), pour (y) être des prêtres saints, chargés
d'offrir des sacrifices spirituels qui seront agréés de Dieu grâce à
Jésus-Christ (c). Car on lit dans l'Écriture (d) : 'Voici que je place dans Sion une pierre
angulaire, pierre de choix et de grand prix : qui met sa confiance en
elle ne sera pas déçu.' Pour vous donc l'honneur, vous qui croyez ; mais
pour ceux qui ne croient pas, cette pierre que les constructeurs ont rejetée
est devenue la pierre d'angle, et la pierre d'achoppement et le roc de
scandale : ils choppent contre (e) en refusant d'obéir à la
Parole,- et c'est à quoi ils ont été destinés. Quant à vous, vous êtes une
race choisie, un collège sacerdotal royal, une nation sainte, un peuple que
(Dieu) s'est acquis (f) pour proclamer les vertus de celui qui vous
a appelés des ténèbres à sa lumière admirable (g), vous qui jadis n'étiez pas
un peuple et qui êtes maintenant le peuple de Dieu, vous qui n'étiez
pas pris en pitié et qui maintenant avez été pris en pitié (h).
"
a) Psaumes, CXVIII,
22. - b) Éphésiens, II, 20-22. - c) Colossiens, III, 17. - d) Isaïe, XXVIII,
16. - e) Isaïe, VIII, 14. - f) Exode, XIX, 6 ; Isaïe, XLIII, 20-21. - g)
Actes, XXVI, 18. - h) Osée, I, 6, 9 ; II, 3, 25.
Jésus est la Pierre angulaire
S. Matthieu, XXI, 23,
42 :
" Jésus dit aux grands
prêtres et aux anciens du peuple : 'N'avez-vous jamais lu dans les
Écritures (Psaumes, CXVIII, 22-23) : La pierre que les constructeurs avait
mise au rebus, c'est elle qui est devenue la pierre angulaire. C'est de
par le Seigneur qu'elle l'est devenue, et c'est merveille à nos
yeux'. "
Actes des Apôtres (premier discours
de Pierre), II, 14 :
" Debout avec les Onze,
Pierre prit la parole et leur déclara : 'Juifs et vous tous qui séjournez
à Jérusalem, sachez bien ceci et prêtez l'oreille à mes paroles.' [...] C'est
ce Jésus que Dieu a ressuscité : nous en sommes tous témoins. "
[Dès le jour de la Pentecôte, c'est Pierre qui
prend la parole au nom de l'Église naissante.]
Actes des Apôtres (premier discours
de Pierre), IV, 8-12 :
" Alors Pierre, rempli de
l'Esprit-Saint, leur dit : 'Chefs du peuple et Anciens, puisque nous
sommes aujourd'hui soumis à un interrogatoire à l'occasion d'un bienfait
accordé à un infirme, (pour savoir) comment cet homme a été guéri, sachez-le
bien, vous tous et tout le peuple d'Israël : c'est par le nom de Jésus-Christ
de Nazareth, que vous avez crucifié, que Dieu a ressuscité d'entre les
morts, c'est par lui que cet homme se présente devant vous en pleine santé. C'est
lui la pierre rejetée par vous, les bâtisseurs, qui est devenue la pierre
angulaire. Et le salut n'est en aucun autre, car il n'est sous le ciel,
d'entre les noms qui se donnent chez les hommes, aucun autre qui doive nous
sauver'. "
L'Église catholique ou universelle, qui se déclare fondée sur
Pierre et sur ses successeurs conformément à la volonté du Christ (1), doit
avoir un siège autonome, un phare inébranlable, connu de tout l'univers
(2) :
1 - S. Matthieu, XVI, 18 : " Et moi, Jésus, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les
portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. "
2 - S. Matthieu, V, 14 :
" Vous êtes la lumière du monde. Une cité ne peut se cacher,
qui est placée sur une montagne. " [Avec le recul du temps, les historiens reconnaissent qu'il
n'y avait pas mieux que Rome, la Babylone, la ville aux sept collines, la
maîtresse de l'univers, pour commencer à diffuser la " bonne nouvelle
" de Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant. C'est d'ailleurs ce que nous
fait déjà entrevoir l'apôtre Pierre dans sa Ire épître, au v. 13 du
ch. V. Qui n'admirerait ici la Providence divine ?] - Daniel, II, 34, 35, 44 : " Tu regardais :
soudain une pierre se détacha, sans qu'une main l'eût touchée, et vint
frapper la statue, ses pieds de fer et de terre cuite, et les brisa. [...] Et
la pierre qui avait frappé la statue devint une grande montagne qui
remplit toute la terre. [...] Au temps de ces rois, le Dieu du Ciel
dressera un royaume qui jamais ne sera détruit, et ce royaume ne passera pas à
un autre peuple. " - Cf. également Daniel, IX, 23-27, où Dieu découvre
à Daniel le temps de la venue du Christ sur la terre ; et Bossuet, Discours
sur l'histoire universelle, IIe partie, ch. IX, Garnier
Flammarion, 1966 ; et Blaise Pascal, Pensées, n° 527.
- - - - - - - - - - - -
ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU
PAR SAINT THOMAS D'AQUIN
Édition numérique, http
://docteurangelique.free.fr, 2008
Les œuvres complètes de saint
Thomas d'Aquin
Explication
suivie des QUATRE ÉVANGILES par le docteur angélique,
composée
des interprètes grecs et latins, et surtout des ss. Pères
admirablement coordonnés et enchaînés de manière à ne
former
qu’un seul texte suivi et appelé à juste titre la
CHAÎNE
D’OR
La Glose : Le Sauveur
veut confirmer ses disciples dans la foi, il commence donc par éloigner de leur
esprit les opinions et les erreurs que d'autres pouvaient y avoir jetées.
« Et il interrogea ses disciples en leur demandant : Que disent les hommes
qu'est le Fils de l'homme ? » — Origène : En interrogeant ainsi ses disciples, il
veut nous apprendre par leurs réponses qu'il y avait alors sur le Christ
diverses opinions parmi les Juifs, et aussi nous faire rechercher nous-mêmes
l'opinion que les hommes peuvent avoir de nous. S'ils en disent du mal, nous
devons cesser d'y donner occasion, et s'ils en disent du bien, nous devons
redoubler nos efforts pour mériter leur approbation. Les disciples des évêques
doivent apprendre aussi, à l'exemple des Apôtres, à informer leurs supérieurs
de ce qu'ils entendent dire au dehors sur leur personne.
S. Jérôme :
L'expression dont il se sert : « Que disent les hommes qu'est le Fils de
l'homme, » est parfaitement choisie, car ceux qui parlent du Fils de
l'homme sont des hommes; mais ceux qui comprennent sa divinité sont appelés,
non pas des hommes, mais des dieux. — S. Jean Chrysostome : (hom.
54.) Il ne leur demande pas : Que disent de moi les pharisiens et les
scribes ? mais : « Que disent les hommes ? » Car il cherche
à connaître la pensée du peuple, qui n'était pas tourné au mal. L'idée que le
peuple avait du Christ était sans doute bien au-dessous de la réalité, mais au
moins elle était pure de toute malice, tandis que l'opinion que les pharisiens
se formaient de sa personne était pleine de méchanceté.
S. Hilaire : (chap. 16 sur S. Matth.) « Que disent les hommes qu'est le Fils de
l'homme ? » Il nous apprend par ces paroles que l'on doit voir en lui
autre chose que ce qui paraît au dehors, car il était vraiment le Fils de
l'homme. Quelle idée voulait-il donc qu'on eût de lui ? Non pas, sans doute,
celle qu'il avait fait connaître lui-même; la vérité qui faisait l'objet de
cet examen était cachée, et c'est cette vérité que la foi des chrétiens doit
embrasser. Or, telle doit être notre profession de foi : nous devons croire
qu'il est le Fils de Dieu comme il est le Fils de l'homme; car l'une de ces
deux croyances, sans l'autre, ne peut en rien nous donner l'espérance du salut;
aussi est-ce avec intention qu'il dit : « Que disent les hommes du Fils de
l'homme ? » — S. Jér. : « Le Christ ne dit pas : Que
disent-ils que je suis, mais : “ Que disent-ils qu'est le Fils de
l'homme ? ” » pour éviter dans cette question toute apparence de
recherche personnelle. Remarquons encore que partout où nous lisons dans
l'Ancien Testament : Fils de l'homme, le texte hébreu porte : Fils d'Adam.
Origène : Les
disciples rapportent les différentes opinions qu'on se formait du Christ,
« Et ils lui répondirent : Les uns disent Jean-Baptiste, c'est-à-dire ceux
qui partageaient l'opinion d'Hérode; les autres, Élie, et ceux-là pensaient ou
bien qu'Élie avait reçu une seconde naissance, ou que n'ayant point été
autrefois soumis à la mort du corps, il se manifestait dans le temps présent;
les autres, Jérémie, que le Seigneur avait établi prophète parmi les nations,
et ils ne comprenaient pas que Jérémie était la figure du Christ; ou l'un des
prophètes, pour une raison semblable, à cause des choses que Dieu avait
révélées aux prophètes, bien qu'elles n'aient pas reçu leur accomplissement en
eux, mais seulement dans Jésus-Christ. — S. Jérôme : Cependant le peuple a bien
pu se tromper en prenant le Christ pour Élie et pour Jérémie, de même qu'Hérode
qui le prenait pour Jean-Baptiste; aussi suis-je étonné de voir quelques
interprètes rechercher les causes de toutes ces erreurs.
S. Jean Chrysostome : (hom.
54.) Après que les disciples lui ont fait connaître
l'opinion du peuple, il les presse par une seconde question de se former une
plus haute idée de lui; « Et Jésus leur dit : Et vous, qui dites-vous que
je suis ? » Vous, dis-je, quiètes toujours avec moi, qui avez été
témoins de plus grands miracles que le peuple, vous ne devez point partager sa
manière de voir. Aussi ne leur fît-il pas cette question au début, de sa
prédication, mais après avoir fait un grand nombre de miracles, et leur avoir
souvent parlé de sa divinité. — S. Jérôme
: Remarquez que d'après ce langage du Sauveur, les Apôtres ne sont pas
appelés des hommes, mais des dieux, car après avoir dit : « Les hommes,
que disent-ils qu'est le Fils de l'homme ? » il ajoute : « Et
vous, que dites-vous que je suis ? » c'est-à-dire les hommes qui ne
sont que des hommes ont de moi une opinion tout humaine; mais vous qui êtes des
dieux, que pensez-vous que je suis ?
Raban : Ce n'est
point sans doute par ignorance que le Sauveur s'informe de l'opinion que ses
disciples et le peuple peuvent avoir de sa personne; s'il demande à ses
disciples ce qu'ils pensent de lui, c'est pour récompenser dignement leur
confession de foi, conforme à la vérité. Aussi s'informe-t-il d'abord de l'opinion
du peuple, afin qu'après avoir rapporté les jugements de ceux qui se trompent,
on soit obligé de reconnaître que les disciples ont puisé la vérité de leur
profession de foi, non pas dans les idées du peuple, mais dans une révélation
particulière du Sauveur.
S. Jean Chrysostome : (hom.
54.) Lorsque Notre Seigneur demande quelle opinion le
peuple a de lui, tous répondent; mais lorsqu'il demande à ses disciples quelle
est leur opinion personnelle, Pierre répond au nom de tous comme étant la bouche
et la tête du collège apostolique : « Simon Pierre, prenant la parole, lui
dit : Vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant. » — Origène : Pierre rejette toutes les fausses idées que
les Juifs se faisaient de Jésus, et il confesse hautement cette vérité qu'ignoraient
les Juifs : « Vous êtes le Christ, » et ce qui est bien plus grand :
« Le Fils du Dieu vivant, » qui avait dit par les prophètes :
« Moi je vis, dit le Seigneur (Is 49,
18; Jr 22, 24; Ez 5, 11; 14, 16.18.20; 17, 19; 18, 3; 33, 11.27; 34, 8). » On
l'appelait vivant, mais d'une manière éminente, parce qu'il est supérieur à
tous les êtres qui ont la vie; car seul il possède l'immortalité, et il est la
source de la vie. C'est lui que nous appelons dans un sens véritable Dieu le
Père. Or, celui qui dit : « Je suis la vie » (Jn 11), est lui-même la vie qui sort comme de la source. — S.
Jérôme : Pierre dit : « Du Dieu vivant, » par opposition avec ces
dieux qu'on regarde comme des dieux, et qui ne sont que des morts : je veux
parler de Saturne, de Jupiter, de Vénus, d'Hercule, et des autres divinités. —
S. Hilaire : Au contraire, la foi vraie et inviolable, c'est que le Fils est
sorti Dieu de Dieu, et que de toute éternité il a possédé l'éternité du Père.
Croire et confesser qu'il a pris un corps semblable au nôtre, et qu'il s'est
fait homme, c'est la perfection de la foi. Aussi la déclaration de l'Apôtre
embrasse tout, en formulant aussi clairement la nature et le nom du Christ, et
résume toutes les vertus. — Raban : Par un admirable contraste, c'est Notre
Seigneur lui-même qui confesse les humiliations de la nature humaine dont il
s'est revêtu, tandis que le disciple proclame les grandeurs de son éternelle
divinité.
S. Hilaire : La
confession de Pierre mérita une récompense digne d'elle, parce qu'il avait
reconnu le Fils de Dieu sous les dehors de l'homme : « Jésus lui répondit
: Vous êtes heureux, Simon, fils de Jean, parce que ce n'est ni le sang ni la
chair qui vous ont révélé ceci. » — S. Jérôme : Le Sauveur paie d'un juste retour le
témoignage que lui a rendu son apôtre. Pierre lui avait dit : « Vous êtes
le Christ, le Fils du Dieu vivant; » Jésus-Christ lui répond : « Vous
êtes heureux, Simon, fils de Jean. » Pourquoi ? parce que ce n'est ni
la chair ni le sang, mais mon Père qui vous a révélé cette vérité. Ce que la
chair ni le sang n'ont pu révéler, l'a été par la grâce de l'Esprit saint.
Cette confession lui a donc mérité le nom qui lui est donné de fils de l'Esprit
saint, à qui il devait cette révélation; car dans notre langue, Barjona veut
dire fils de la colombe. Quelques-uns l'entendent simplement en ce sens que
Simon (c'est-à-dire Pierre), était fils de Jean, d'après cette question que le
Sauveur lui adressa dans un autre endroit : « Simon, fils de Jean,
m'aimez-vous ? » Ils prétendent que c'est par une erreur des
copistes qu'au lieu de Bar-joanna, c'est-à-dire : fils de Jean, nous lisons
Barjona, avec une syllabe de moins. Or, Joanna signifie grâce de Dieu, et ces
deux noms peuvent recevoir une interprétation spirituelle, c'est-à-dire que la
colombe représente le Saint-Esprit, et la grâce de Dieu, les dons spirituels.
S. Jean Chrysostome : (hom.
54.) Il eût été inutile de dire : Vous êtes le fils de
Jona, ou de Joanna, si le Sauveur n'avait eu l'intention de montrer que le
Christ est aussi naturellement le Fils de Dieu que Pierre est fils de Jona,
c'est-à-dire de la même substance que celui qui l'a engendré.
S. Jérôme : Comparez
ces paroles : « Ce n'est point la chair ni le sang qui vous l'ont
révélé, » à ces autres de l'Apôtre : « Aussitôt j'ai cessé de prendre
conseil de la chair et du sang (Ga
1); ce sont les Juifs qu'il veut désigner sous le nom de la chair et du sang,
et nous y trouvons une preuve que dans cet endroit, ce n'est point par la doctrine
des pharisiens, mais par la grâce de Dieu, que le Christ, Fils de Dieu, a été
révélé à Pierre. — S. Hilaire : Ou bien dans un autre sens, Pierre est heureux
parce qu'il a eu le mérite d'étendre ses regards au delà de ce qui est humain,
et que sans s'arrêter à ce qui venait de la chair et du sang, il a contemplé le
Fils de Dieu par un effet de la révélation divine, et a été jugé digne de
reconnaître le premier que la divinité était dans le Christ.
Origène : (traité 1 sur S. Matth., 16.) C'est ici
le lieu de demander si, lorsque le Sauveur envoya ses disciples prêcher
l'Évangile, ils savaient déjà qu'il était le Christ, car d'après ce passage,
Pierre confesse ici pour la première fois que le Sauveur était le Christ, le
Fils du Dieu vivant. Comprenez donc, si vous le pouvez, que c'est une grâce
bien moindre de croire que de connaître que Jésus est le Christ, et nous dirons
alors que lorsqu'il envoyait ses disciples prêcher l'Évangile, ils croyaient
qu'il était le Christ, mais qu'ensuite ils arrivèrent jusqu'à le connaître. Ou
bien nous répondrons que les Apôtres n'avaient alors que le commencement de la
connaissance du Christ et que cette connaissance était très restreinte, mais
qu'ensuite ils firent tant de progrès dans cette connaissance, qu'ils
comprirent ce que le Père avait révélé du Christ, comme Pierre, que Jésus
proclame bienheureux, non-seulement pour avoir dit : « Vous êtes le
Christ, » mais surtout pour avoir ajouté : « Le Fils du Dieu
vivant. »
S. Jean Chrysostome : (hom. 54.)
Or, si Pierre n'avait pas confessé que le Christ est
réellement né du Père, il n'aurait pas eu besoin de révélation, et il n'aurait
pas été proclamé bienheureux pour avoir cru que le Christ était un des nombreux
enfants adoptifs de Dieu. En effet, bien auparavant, ceux qui étaient dans la
barque lui avaient dit : « Vous êtes vraiment le Fils de Dieu » (Mt 14); Nathanaël lui-même lui avait dit
: « Maître, vous êtes le Fils de Dieu. » (Jn 1.) Cependant ils n'ont pas été déclarés bienheureux, parce
qu'ils n'ont pas confessé la même filiation que Pierre. Ils croyaient que le
Christ était semblable à beaucoup d'autres, mais non pas qu'il fût le Fils de
Dieu; ou bien s'ils lui reconnaissaient une supériorité réelle sur tous les
autres, ils ne le regardaient cependant pas comme étant né de la substance
même du Père. Vous voyez donc comme le Père révèle le Fils, et comment le Fils
révèle le Père; car on ne peut connaître le Fils que par le Père, comme on ne
peut connaître le Père que par le Fils, ce qui établit clairement que le Fils
est consubstantiel au Père, et doit recevoir les mêmes adorations. Or, Jésus
prend occasion de cela pour enseigner à ses Apôtres que plusieurs croiront un
jour ce que Pierre vient de confesser : « Et moi, je vous dis que vous
êtes Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église. » — S. Jér.
C'est-à-dire parce que vous avez fait cette confession de foi : « Vous
êtes le Christ, Fils du Dieu vivant, » moi je vous dis non point par un
discours vain et sans objet, mais je vous dis (car pour moi, dire c'est faire)
: « Vous êtes Pierre. » De même que précédemment lui qui est la
véritable lumière avait donné à ses Apôtres le nom de lumière du monde et
d'autres noms figuratifs; ainsi il a donné le nom de Pierre à Simon, qui
croyait que Jésus-Christ était la pierre par excellence. — S. Augustin : (de l'accord des Evang., 2, 53.) Il ne
faut pas croire cependant que ce fut dans cette circonstance que Pierre reçut
son nom; ce nom lui fut donné dans une autre circonstance rapportée par saint
Jean, alors que Jésus-Christ lui dit : « Vous vous appellerez
Céphas, » ce qui veut dire Pierre.
S. Jérôme : C'est en
suivant cette métaphore de la pierre que le Sauveur lui dit : C'est sur vous
que je bâtirai mon Église, comme il l'ajoute en effet : « Sur cette
pierre, je bâtirai mon Église. » — S. Jean Chrysostome : (hom. 54.) C'est-à-dire, sur cette foi et
sur cette confession, je bâtirai mon Église. Nous apprenons de là qu'un grand
nombre croiront ce que Pierre vient de confesser, et il élève en même temps son
intelligence et lui donne la charge de suprême pasteur. — S. Augustin : (Liv. de Retract., 1, 21.) J'ai dit dans
un certain endroit, de l'apôtre saint Pierre, que l'Église avait été bâtie sur
lui comme sur la pierre; mais je me rappelle avoir plus tard expliqué cette
parole : « Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai, » etc.,
en ce sens que d'après ces paroles du Sauveur, l'Église est bâtie sur celui que
Pierre a confessé en ces terme ? : « Vous êtes le Christ, Fils du
Dieu vivant. » De cette manière, l'Apôtre aurait reçu son nom de cette pierre
et il représenterait l'Église qui est bâtie sur cette pierre. En effet, le Sauveur
ne lui dit pas : Vous êtes la pierre (petra), mais « Vous êtes
Pierre » (Petrus); la pierre, c'était le Christ (1 Co 10) dont Simon a confessé la divinité, comme toute l'Église le
confesse, et c'est pour cela qu'il a reçu le nom de Pierre. Le lecteur peut
choisir entre ces deux opinions celle qui lui paraîtra la plus probable.
S. Hilaire : Dans ce
nouveau nom donné au prince des Apôtres, nous trouvons un présage heureux de la
solidité des fondements de l'Église et une pierre digne de cet édifice qui
devait briser et réduire eu poudre les lois et les portes de l'enfer et tous
les cachots de la mort, et c'est pour montrer la force de l'Église bâtie sur
cette pierre que Jésus ajoute : « Et les portes de l'enfer ne prévaudront
point contre elle. » — S. Jérôme :
Les portes de l'enfer sont, à mon avis, les vices et les péchés des hommes, ou
du moins les doctrines des hérétiques qui séduisent les hommes et les
entraînent dans l'abîme.
Origène : Tous les
esprits de malice répandus dans les airs sont aussi les portes de l'enfer
auxquelles sont opposées les portes de la justice (Ps 97, 19). — Raban : Les portes de l'enfer sont encore les
tourments et les séductions que mettent en usage les persécuteurs. Ce sont
aussi les œuvres mauvaises des incrédules, et leurs discours absurdes, parce
qu'ils font connaître le chemin de la perdition. — Origène : Notre Seigneur ne
précise pas si c'est contre la pierre sur laquelle le Christ a bâti son Église
ou si c'est contre l'Église elle-même, bâtie sur la pierre, que ces portes de
l'enfer ne prévaudront pas. Mais il est évident qu'elles ne prévaudront ni
contre la pierre, ni contre l'Église. — S. Cyr. D'après cette promesse du
Seigneur, l'Église apostolique, placée au-dessus de tous les évêques, de tous
les pasteurs, de tous les chefs des Églises et des fidèles, demeure pure de
toutes les séductions et de tous les artifices des hérétiques dans ses
pontifes, dans sa foi toujours entière et dans l'autorité de Pierre. Tandis que
les autres Églises sont déshonorées par les erreurs de certains hérétiques,
seule elle règne, appuyée sur des fondements inébranlables, imposant silence et
fermant la bouche à tous les hérétiques; et nous, si nous ne sommes ni égarés
par une téméraire présomption de notre salut, ni enivrés du vin de l'orgueil,
nous confessons et nous prêchons en union avec elle la règle de la vérité et de
la sainte tradition apostolique. — S. Jérôme : Qu'on ne s'imagine pas que ces
paroles doivent s'entendre en ce sens que les Apôtres n'ont pas été soumis à la
mort, quand on sait la gloire éclatante de leur martyre. — Origène : Et à nous
aussi il sera dit : « Vous êtes Pierre. » Aussitôt que nous aurons
confessé que Jésus-Christ est le Fils du Dieu vivant par un effet de la
révélation du Père qui est dans les cieux, c’est-à-dire lorsque nous-mêmes nous
vivrons déjà pour ainsi dire dans le ciel. Car la pierre, c’est tout fidèle
imitateur du Christ; mais celui contre lequel prévalent les portes de l’enfer
n’est ni la pierre sur laquelle le Christ bâtit son Église, ni cette Église, ni
aucune partie de cette Église, dont le Seigneur assoit les fondements sur la
pierre.
S. Jean Chrysostome : (hom. 54.) Le Sauveur donne ensuite une autre prérogative à Pierre, en ajoutant :
« Et je vous donnerai les clefs du royaume des cieux. » C’est-à-dire
: De même que mon Père vous a fait la grâce de me connaître, je vous accorderai
aussi une faveur particulière, c’est-à-dire les clefs du royaume des cieux. — Raban : Celui qui a reconnu et confessé le roi des
cieux avec plus d’ardeur que tous les autres reçoit aussi d’une manière plus
particulière que tous les autres les clefs du royaume des cieux, afin qu’il fût
bien démontré pour tous que sans cette confession et sans cette foi, personne
ne peut entrer dans le royaume des cieux. Les clefs du royaume des cieux sont
la puissance et le droit de juger : la puissance, pour lier et délier, le
pouvoir de juger, de discerner ceux qui sont dignes et ceux qui ne le pas. — La
Glose : « Et ce que vous
lierez, » c’est-à-dire celui que vous aurez jugé indigne d’absolution
pendant sa vie, en sera jugé indigne devant Dieu lui-même. » Et ce que
vous aurez délié, » c’est-à-dire celui que vous aurez jugé digne d’être
absous ici-bas, recevra de Dieu la rémission de ses péchés. — Origène : Voyez
quelle grande puissance a été donnée à cette pierre sur laquelle l’Église est
bâtie; ses jugements sont irrévocables, comme si Dieu lui-même les avait
prononcés par sa bouche. — S. Jean Chrysostome : (Hom. 54.) Voyez aussi comme Jésus-Christ inspire à Pierre une
haute idée de sa personne il promet de lui donner ce qui n’appartient qu’à Dieu
seul, c’est-à-dire le pouvoir de remettre les péchés et de rendre l’Église
immuable au milieu de toutes les tempêtes, des persécutions et des souffrances.
Raban : Quoique le
Seigneur paraisse donner exclusivement à Pierre ce pouvoir de lier et de
délier, il l’accorde également aux autres Apôtres (Mt 18, 18) et maintenant encore à toute l’Église dans la personne
des évêques et des prêtres; mais Pierre a reçu d’une manière plus particulière
les clefs du royaume des cieux et la primauté du pouvoir judiciaire, afin que
tous les fidèles répandus dans l’univers comprennent que du moment où, de
quelque manière que ce soit, on se sépare de l’unité de la foi ou de la société
de Pierre, on ne peut être délivré des liens du péché, ni voir ouvrir devant
soi les portes du royaume du ciel.
La Glose : Notre Seigneur
a donné d’une manière particulière ce pouvoir à Pierre pour nous inviter à
l’unité; il l’a établi prince des Apôtres afin que l’Église eût au-dessus de
tous les autres un seul vicaire de Jésus-Christ, auquel tous les membres de
l’Église pussent recourir si la division venait à s’introduire parmi eux; s’il
y avait plusieurs chefs dans 1’Église, le lien de l’unité serait rompu.
Quelques-uns prétendent que cette expression : « Sur la terre » signifie que ce pouvoir de lier et de
délier ne lui a été donné que sur les vivants et non sur les morts, car celui
qui exercerait ce pouvoir sur les morts ne l’exercerait pas sur la terre.
Conc. de Constant.
Comment s’en trouve-t-il qui osent dire que ce pouvoir ne doit s’exercer que
sur les vivants ? Ignorent-ils donc que la sentence d’anathème n’est autre
chose qu’une sentence de séparation ? On doit toujours éviter tout
commerce avec ceux qui sont esclaves de crimes énormes, qu’ils soient du nombre
des vivants ou parmi les morts, car on doit toujours se séparer de ce qui est
coupable et nuisible. D’ailleurs nous avons d’Augustin, de pieuse mémoire, et
qui jeta un si vif éclat parmi les évêques d’Afrique, plusieurs lettres où il
enseigne qu’il faut anathématiser les hérétiques même après leur mort. Les
autres évêques d’Afrique ont conservé cette tradition ecclésiastique, et la
sainte Église romaine elle-même a anathématisé aussi quelques évêques après
leur mort, quoique leur foi n’eût pas été incriminée pendant leur vie.
S. Jérôme : Quelques
évêques et quelques prêtres qui n’ont pas l’intelligence de ce passage,
affectent en quelque sorte d’imiter la conduite orgueilleuse des pharisiens en
condamnant les innocents et en s’imaginant qu’ils peuvent absoudre les
coupables, lorsqu’ils devraient savoir que Dieu tient compte non tant de la
sentence des prêtres que des dispositions des coupables. Nous lisons, dans le
passage du Lévitique qui ordonne aux lépreux de se présenter devant les prêtres
(chap. 13 et 14), que, s’ils sont atteints de la lèpre, ils soient alors déclarés
impurs par le prêtre, non pas que ce soient les prêtres qui les rendent lépreux
et impurs, mais parce qu’ils connaissent les caractères qui distinguent le
lépreux de celui qui ne l’est pas, celui qui est pur de celui qui est impur. De
même donc que dans l’ancienne loi le prêtre déclarait le lépreux impur, ainsi
l’évêque ou le prêtre exercent le pouvoir de lier et de délier, non pas à
l’égard de ceux qui sont innocents et purs, mais dans ce sens qu’après avoir
entendu la confession des diverses espèces de péchés, ils savent quels sont
ceux qu’ils doivent lier et ceux qui méritent d’être déliés.
Origène : Celui donc
qui exerce le pouvoir de lier et de délier de manière à être jugé vraiment
digne d’exercer ce pouvoir dans le ciel est irrépréhensible. Or, les clefs du
royaume des cieux sont données aussi comme récompense à celui qui par ses
vertus peut fermer les portes de l’enfer. » En effet, lorsqu’un homme
commence à pratiquer toutes les vertus chrétiennes, il s’ouvre à lui-même la
porte du royaume des cieux, c’est-à-dire que le Seigneur la lui ouvre par sa
grâce, de manière que la même vertu est tout à la fois la porte et la clef de
la porte. Peut-être même pourrait-on dire que chacune des vertus est le royaume
des cieux.
Original, 09 août
LECTURE DE L’ÉVANGILE
DE SAINT MATTHIEU
par saint Thomas
d’Aquin
Dominique Pillet
(Chapitre 3 à 5, table), Jacques Ménard (Prologue 1, 2 et Chapitres 6 jusqu’à
la fin), et Sœur Marie-Hélène Deloffre, o.s.b. (Extraits des chapitres 26, 27,
28).
2004-2005
Première édition
numérique http
://docteurangelique.free.fr mars 2005
[16, 13]
1825. Plus haut, le Seigneur a enseigné que la doctrine évangélique
doit être gardée pure du levain des Juifs ; mais ici, il enseigne
l’éminence de [cette] doctrine : premièrement, pour ce qui est de la foi
dans les deux natures, à savoir, celles de la divinité et de l’humanité ;
deuxièmement, pour ce qui est de la foi en la passion, en cet endroit : À
PARTIR DE CE JOUR, JÉSUS COMMENÇA À MONTRER À SES DISCIPLES, etc.
[16, 21] ; troisièmement, pour ce qui est de la foi en [son] pouvoir
judiciaire : EN EFFET, LE FILS DE L’HOMME DOIT VENIR DANS LA GLOIRE DE
SON PÈRE [16, 27].
1826. À propos du premier point, on s’enquiert d’abord de l’opinion des
foules au sujet du Christ ; deuxièmement, de la foi des disciples, en cet
endroit : MAIS POUR VOUS, QUI SUIS-JE ? [16, 15].
1827. À propos du premier point, le lieu est d’abord présenté ; deuxièmement,
l’interrogation par le Christ, en cet endroit : AU DIRE DES GENS, QUI EST
LE FILS DE L’HOMME ? ; troisièmement, la réponse de Pierre, en cet
endroit : MAIS EUX DIRENT, etc. [16, 14].
1828. [Matthieu] dit donc : JÉSUS SE RENDIT DANS LA RÉGION DE
CÉSARÉE, et non seulement cela, mais il ajoute : DE PHILIPPE, car il y
avait deux Césarée, à savoir, Césarée de Trachonitide, où Pierre a été envoyé à
Corneille [Ac 10, 1], et une autre, qui portait aussi le nom de
Panée. La première avait été établie en l’honneur de César Auguste ;
Philippe construisit cette dernière en l’honneur de Tibère.
Mais pourquoi le Seigneur a-t-il posé ici cette question ? Il faut
dire que cette ville était située aux frontières des Juifs ; ainsi, avant
qu’elle ne puisse poser des questions sur la foi, il la tira du milieu des
Juifs. On lit de même que le Seigneur, alors qu’il tirait les Juifs de
l’Égypte, ne leur fit pas prendre la route des Philistins, comme on lit en
Ex 13, 17.
1829. Ensuite, l’interrogation est présentée : ET IL POSA À SES
DISCIPLES CETTE QUESTION, etc. «Lorsque le sage interroge, il enseigne», comme
le dit Jérôme. Nous recevons donc un enseignement sur plusieurs points :
être attentifs à ce qu’on nous dit ; corriger ce qui est mal ; préserver
et accroître ce qui est bien. Ainsi, prends
soin de ta réputation, car elle te restera plus longtemps que mille grands
trésors précieux, Si 41, 15. Le Christ demanda donc ce qu’on
disait de lui. De même, ceux qui connaissent la divinité sont appelés dieux.
Ps 81[82], 6 : J’ai
dit : «Vous êtes des dieux», et ceux qui connaissent l’humanité sont
appelés hommes. Il est donc
dit : AU DIRE DES GENS, QUI EST LE FILS DE L’HOMME ? Mais, comme le
dit Hilaire, «le Christ ne se présentait pas seulement comme un homme ; c’est
pourquoi il voulut qu’ils sachent qu’il était autre chose qu’un simple homme».
Il donne donc lui-même à entendre par là qu’il y a autre chose en lui. De même,
l’humilité du Christ est montrée, car il confesse qu’il est fils d’homme, selon
ce [qui est dit] plus haut, 11, 29 : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. [16, 14]
1830. Ensuite est présentée l’opinion des foules : ET ILS
DIRENT : «POUR LES UNS, JEAN BAPTISTE, etc.» Les opinions variaient selon
les individus. Les Pharisiens blasphémaient le Christ, mais les foules
l’appelaient prophète. Ainsi, Lc 7, 16 : Un grand prophète est apparu parmi nous, etc. On disait qu’il était
Jean en raison de son autorité, car Jean prêchait la pénitence, plus haut,
3, 2 : Faites pénitence, car le
royaume des cieux approche. Ils croyaient donc qu’il était Jean parce que
le Christ avait débuté d’une manière semblable : Faites pénitence, le royaume des cieux est proche, comme plus haut,
4, 17. Ils avaient aussi du respect pour le prophète Élie.
Ml 3, 5 : Voici que je
vais vous envoyer le prophète Élie, avant que n’arrive le grand et redoutable
jour du Seigneur. Ils croyaient donc qu’il était Élie en raison de la force
de sa parole et de la puissance de sa prédication. Si 48, 1 : Et le prophète Élie s’éleva comme le feu,
car sa parole brûlait comme une torche. Et plus haut, [Mt] 7, 29,
il est dit du Christ qu’il enseignait en
homme qui a autorité. De même, en raison de l’élévation de sa vie, ils
croyaient qu’il était Jérémie, dont le Seigneur dit : Avant de te former dans le sein, je t’ai connu, et avant que tu ne
sortes du ventre, je t’ai sanctifié, Jr 1, 5. Et on lit, [dans le
chapitre] 40 du même [livre], qu’il était honoré par les Gentils. Le Christ
était de même considéré avec respect par les étrangers, mais les Juifs
blasphémaient à son sujet. C’est pourquoi ils le comparaient à Jérémie.
1831. Mais pourquoi disaient-ils qu’il était Élie ? On lit en
effet, dans 4 R [2 R] 2, 11, que celui-ci a été enlevé mais
qu’il revivrait, et il était promis aux Juifs comme salut, ainsi qu’on le lit
en Ml 3, 5. Parce que certains ont proposé le passage d’un corps à
l’autre, selon cette opinion, il aurait pu ainsi arriver que l’âme d’Élie soit
entrée dans un autre corps. [16, 15]
1832. MAIS JÉSUS LEUR DIT : «MAIS VOUS, QUI DITES-VOUS QUE JE
SUIS ?» Ici, la foi des apôtres est examinée : premièrement, la
question est posée ; deuxièmement, la réponse [est donnée] ;
troisièmement, elle est approuvée. Le second point [se trouve] en cet
endroit : PIERRE RÉPONDIT [16, 16] ; le troisième, en cet
endroit : JÉSUS LUI RÉPONDIT, etc. [16, 17].
1833. MAIS JÉSUS LEUR DIT : «MAIS VOUS, QUI DITES-VOUS QUE JE
SUIS ?» Comme s’il disait : «Les foules disent une chose. Mais parce
qu’on vous a confié davantage, davantage est exigé de vous. Vous avez vu les
miracles ; vous devez donc avoir une meilleure opinion.» Mais pourquoi
a-t-il posé cette question ? Bien sûr, il savait, mais il voulait qu’ils
méritent par leur confession. Rm 10, 10 : On croit de cœur pour la justice et on confesse de bouche pour le
salut. Ainsi, ce qui est mis à part est d’autant plus méritoire, et les
foules qui ne connaissent que les plus petites choses ne sauraient répondre de
grandes choses. C’est pourquoi, etc. [16, 16]
1834. PIERRE RÉPONDIT : «TU ES LE CHRIST, LE FILS DU DIEU VIVANT.»
[Pierre] répond pour lui-même et pour les autres, mais il répond plus souvent,
et par là est signalée [sa] foi parfaite, car [sa] foi porte sur la nature
humaine [du Christ]. TU ES LE CHRIST, c’est-à-dire l’Oint. Et il est clair que celui-ci
a été oint de l’huile du Saint-Esprit. L’onction ne lui convient pas selon [sa]
divinité, car elle procède de celle-ci, mais selon [son] humanité. [Pierre] dit
donc cela afin que [les disciples] considèrent l’humanité du Christ autrement
que les foules.
1835. On se demande pourquoi ils l’appelaient un prophète. Le prophète
était oint, comme on le voit pour Élisée. Les rois étaient oints, comme on le
voit pour Saül. De même en était-il des prêtres, comme on le lit dans le Lévitique. Et tout cela se rapporte au
nom de Christ, car il est appelé roi, comme en Jr 23, 5 : Le roi régnera et il sera sage ;
[il est aussi appelé] prêtre, Ps 109[110], 4 : Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre
de Melchisédech ; [il est aussi appelé] prophète : Dieu suscitera un prophète dans ta
descendance et parmi tes frères, etc., Dt 18, 15.
1836. De même, [Pierre] n’a pas confessé seulement l’humanité [du
Christ], mais, pénétrant la coquille, il alla jusqu’à la divinité en
disant : TU ES LE FILS DE DIEU. En effet, d’autres disaient que [le
Christ] blasphémait ; ainsi en Jn 10, 33 : Nous ne te lapidons pas pour tes bonnes
œuvres, mais pour ton blasphème, car, alors que tu es un homme, tu te fais
Dieu. Mais [Pierre] le reconnut comme Fils de Dieu. Et il dit : [DU
DIEU] VIVANT, afin d’écarter l’erreur des Gentils, qui appelaient dieux
certains hommes morts, comme Jupiter, etc., comme on le lit en
Sg 13, 2s. De même, certains [appelaient dieux] les éléments et
d’autres choses mortes, comme la terre, le feu, etc., comme on le lit en
Sg 13. Mais [Pierre] l’appelle FILS DU DIEU VIVANT. Or, il faut savoir
que, lorsqu’on dit FILS DU DIEU VIVANT, et homme vivant, cela est dit de
l’homme par participation à la vie ; mais, de Dieu, cela est dit parce
qu’il est la source de la vie. Ps 35[36], 10 : La source de vie est en toi. Et en
Jn 14, 6 : Je suis le
chemin, la vérité et la vie. [16, 17]
1837. JÉSUS LUI RÉPONDIT, etc. Ici, il approuve d’abord la
confession ; en second lieu, il ordonne [aux disciples] de la taire, en
cet endroit : ALORS, IL ORDONNA AUX DISCIPLES DE NE DIRE À PERSONNE QU’IL
ÉTAIT LE CHRIST [16, 20].
1838. À propos du premier point, il approuve d’abord cette confession
en faisant l’éloge de celui qui confesse ; deuxièmement, en le
récompensant, en cet endroit : ET MOI JE TE DIS QUE TU ES PIERRE, etc.
[16, 18].
1839. [Matthieu] dit donc : JÉSUS RÉPONDIT : «HEUREUX ES-TU,
SIMON FILS DE JONAS.» Bar est la même chose que «fils» ; Jonas, que
«colombe» : c’est son nom. Ainsi, FILS DE JONAS, c’est-à-dire fils de la
colombe. Et la réponse du Christ semble répondre à la confession de Pierre.
Parce que celui-ci avait confessé qu’il était le Fils de Dieu, Jésus l’appelle
donc «fils de la colombe», c’est-à-dire de l’Esprit Saint, car cette confession
n’a pu être faite que par le Saint-Esprit. On croit qu’il s’appelait d’abord
Bar-Jonas, c’est-à-dire fils de Jean, mais qu’il était appelé ainsi en raison
d’une corruption de l’Écriture.
1840. Mais qu’en est-il ? Est-ce que d’autres n’ont pas confessé
le Fils de Dieu ? À coup sûr, on le lit à propos de Nathanaël,
Jn 1, 49. De même [en fut-il] de ceux qui se trouvaient dans la
barque, plus haut, [Mt] 9. Pourquoi donc Pierre est-il dit ici
bienheureux, et non les autres ? Parce que les autres [ont confessé] le
fils adoptif, mais celui-ci, le Fils par nature. C’est la raison pour laquelle
il est dit plus heureux que les autres, parce qu’il fut le premier à confesser
la divinité. Origène dit : «Il semble qu’auparavant on ne l’avait pas
confessée. Mais comment [le Christ] les envoya-t-il prêcher ?» Il répond
qu’«au départ ils ne prêchaient pas qu’il était le Christ, mais ils prêchaient
la pénitence». Il peut aussi être arrivé qu’ils prêchaient le Christ, mais
celui-ci fut le premier [à confesser] qu’il était le Fils de Dieu.
1841. [Le Seigneur le] récompense d’une manière spéciale : HEUREUX
ES-TU, SIMON, etc., car la béatitude est dans la connaissance.
Jn 17, 3 : La vie
éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu. Mais il
existe une double connaissance : l’une qui se fait par la raison
naturelle, l’autre qui dépasse la raison. La première n’assure pas la béatitude
parce qu’elle est douteuse ; elle ne satisfait donc pas l’intelligence.
Or, la béatitude doit satisfaire l’appétit naturel, et cela sera obtenu dans la
patrie. Is 64, 4 : L’œil
n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu ce que le Seigneur a préparé pour ceux
qui l’aiment. Dans la vie présente, donc, plus quelqu’un peut recevoir de
cette connaissance, plus il participe à la béatitude. Pr 3, 13 :
Bienheureux l’homme qui trouve la
sagesse. C’est pourquoi [le Seigneur] dit : HEUREUX ES-TU, car
[Pierre] commence à participer à la béatitude.
1842. CAR CE NE SONT PAS LA CHAIR ET LE SANG QUI T’ONT RÉVÉLÉ CELA. On
peut l’interpréter dans le sens où la chair et le sang signifient les amis
charnels. Ga 1, 16 : Aussitôt
je n’ai consulté ni la chair ni le sang. Ainsi, CE NE SONT PAS LA CHAIR ET
LE SANG QUI T’ONT RÉVÉLÉ CELA, c’est-à-dire que tu ne l’as pas reçu de la
tradition des Juifs, mais de la révélation de Dieu. De même, il y avait dans le
Christ chair, sang et divinité. De sorte que parce que Pierre n’a pas considéré
la chair et le sang, il lui est dit : «HEUREUX ES-TU, car tu ne juges pas
selon ce que la chair et le sang révèlent, mais selon ce que mon Père [révèle].»
Ou encore : «Tu ne tiens pas cela d’une application naturelle, mais de mon
Père» : Personne ne connaît le Fils
si ce n’est le Père, Lc 10, 22. En effet, c’est à celui à qui il
appartient de connaître qu’il appartient de manifester. Ainsi, personne ne [l’] a connu que celui à qui le
Père a voulu le révéler. Dn 2, 28 : Il y a un Dieu au ciel qui révèle des mystères. [16, 18]
1843. ET MOI, JE TE DIS : «TU ES PIERRE, etc.» Ici, [le Seigneur]
donne la récompense de la confession. [Pierre] avait confessé l’humanité et la
divinité ; c’est pourquoi le Seigneur lui donne une récompense.
Premièrement, il [lui] donne un nom ; deuxièmement, un pouvoir.
1844. À propos du premier point, il donne en premier lieu un nom ;
deuxièmement, la raison du nom, en cet endroit : ET SUR CETTE PIERRE JE
BÂTIRAI MON ÉGLISE [16, 18].
1845. [Le Seigneur] était venu dans le monde pour fonder son Église.
Is 28, 16 : Et voici, je
poserai dans Sion comme pierre angulaire une pierre éprouvée et précieuse,
placée à la base. Celle-ci fut représentée par la pierre que Jacob plaça
sous sa tête et sur laquelle il répandit de l’huile, Gn 28, 18. Cette
pierre est le Christ et c’est en vertu de cette onction que tous ont été
appelés chrétiens. Ainsi, non seulement les chrétiens sont-ils ainsi nommés à
partir du Christ, mais à partir de la pierre. C’est pourquoi [le Christ] donne
un nom de manière particulière : TU ES PIERRE, à partir de la pierre
qu’est le Christ, bien que, selon Augustin, il semble que [ce nom] ne lui ait
pas été alors donné, mais [qu’il le portait] depuis le début,
Jn 1, 42 : Tu
t’appelleras Céphas. Ou l’on peut dire que [ce nom] avait alors été promis
et qu’il était maintenant donné. Comme signe de cette réalité, SUR CETTE PIERRE
JE BÂTIRAI MON ÉGLISE. Le propre de la pierre est qu’elle est placée à la base
et qu’elle donne aussi une solidité, plus haut, 7, 24 : Il ressemble à l’homme qui construit sa
maison sur le roc. On peut donc l’entendre du Christ : SUR CETTE
PIERRE, c’est-à-dire le Christ, afin qu’il soit le fondement et que [l’Église]
ainsi fondée en reçoive de la solidité. Dans le livre des Rétractations, Augustin dit qu’il l’a interprété de diverses
manières et qu’il laisse aux auditeurs le soin d’accepter [l’interprétation]
qu’ils veulent. CETTE PIERRE peut désigner le Christ,
1 Co 10, 4 : Mais la
pierre était le Christ. [On lit] ailleurs, 1 Co 3, 11 :
Personne ne peut poser un autre fondement
que celui qui a été posé, à savoir, le Christ Jésus. Autre
interprétation : SUR CETTE PIERRE, c’est-à-dire : «Sur toi, la
pierre, parce que de moi, la pierre, tu reçois d’être pierre. Et comme je suis
la pierre, de même je bâtirai sur toi, etc.»
1846. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce que le Christ et
Pierre sont le fondement ? Il faut répondre que le Christ l’est par
lui-même, mais Pierre pour autant qu’il confesse le Christ, à titre de vicaire
de celui-ci. Ep 2, 20 : Édifiés
sur le fondement des apôtres et des prophètes, le Christ Jésus demeurant la
pierre angulaire, etc. Ap 21, 12 : La ville avait douze bases sur lesquelles étaient inscrits les noms des
douze apôtres et celui de l’Agneau. Ainsi donc, le Christ est fondement par
lui-même, mais les apôtres ne le sont pas par eux-mêmes, mais par une
concession de la part du Christ et par l’autorité que [leur] a donnée le
Christ. Ps 86[87], 1 : Ses
fondements sont posés sur les montagnes saintes. Mais, d’une manière
spéciale, la maison de Pierre, qui est fondée sur le roc, ne sera pas emportée,
comme [on le lit] plus haut, 7, 25. Ainsi, celle-ci peut être assiégée,
mais elle ne peut être abattue.
1847. ET LES PORTES DE L’ENFER NE L’EMPORTERONT PAS SUR ELLE.
Jr 1, 19 : Ils te feront
la guerre, mais ils ne l’emporteront pas. Et que sont les portes de
l’enfer ? Les hérétiques, car de même que [l’hérétique] entre dans la maison
par la porte, de même entre-t-on par eux en enfer. Aussi les tyrans, les démons
et les péchés. Et bien que les autres églises puissent être stigmatisées par
les hérétiques, l’Église romaine n’a cependant pas été corrompue par les
hérétiques, car elle est fondée sur la pierre. Ainsi, il y a eu des hérétiques
à Constantinople et le travail des apôtres [y] avait été perdu ; seule
l’Église romaine est demeurée inviolée. De sorte que Lc 22, 32
[dit] : J’ai prié pour toi, Pierre,
afin que ta foi ne défaille pas. Et cela ne se rapporte pas seulement à
l’Église de Pierre, mais à la foi de Pierre et à toute l’Église occidentale. Je
crois donc que les Occidentaux doivent un plus grand respect à Pierre qu’aux
autres apôtres. [16, 19]
1848. «JE TE DONNERAI LES CLEFS DU ROYAUME DES CIEUX.» Ici est présenté
le second don que le Christ, selon son humanité, fit à Pierre. En effet, [le
Christ] a fondé [son] Église sur terre et a fait de Pierre son vicaire, afin de
laisser entrer au ciel. He 10, 19 : Ayant l’assurance voulue pour l’accès des saints par le sang du Christ.
Le Christ a donc fait de Pierre son vicaire pour que celui-ci fasse entrer
au ciel ; il lui a donc donné un ministère, il lui a donné les clefs. En
effet, la clef permet d’entrer. Pierre a donc comme ministère de faire entrer.
Et [le Christ] fait deux choses : premièrement, il [lui] confie les
clefs ; deuxièmement, il [lui] en enseigne l’usage : TOUT CE QUE TU
LIERAS SUR LA TERRE SERA LIÉ AU CIEL, etc.
1849. Mais voyons en quoi consistent les clefs. Lorsque la maison est
fermée à clef, l’entrée en est empêchée ; en effet, la clef supprime
l’obstacle. Il existait un obstacle à l’accès au royaume des cieux, mais non de
son côté, Ap 4, 1 : J’ai
vu, et la porte était ouverte ; mais l’obstacle était de notre côté, à
savoir, le péché, car rien d’impur
n’entrera dans celle-ci [Ap 21, 27]. Le Christ a enlevé ces obstacles
par sa passion, car il nous a lavés de
nos péchés dans son sang, Ap 1, 5. Et il a fait partager celle-ci,
de sorte que, par un ministère, les péchés soient enlevés, ce qui est accompli
par la puissance du sang du Christ. C’est ainsi que les sacrements agissent par
la puissance de la passion du Christ. Ainsi, JE TE DONNERAI UN MINISTÈRE, etc.
Is 22, 22 : Je te donnerai
les clefs de David.
1850. Mais [le Seigneur] dit : JE TE DONNERAI. En effet, [les
clefs] n’avaient pas encore été forgées : une chose ne peut pas être
donnée avant d’exister. Ces clefs devaient être forgées dans la passion. C’est
ainsi que [leur] efficacité fut tirée de la passion. C’est pourquoi ici [le
Seigneur] promit et, après la passion, il donna, lorsqu’il dit : Pais mes brebis [Jn 21, 17].
Mais pourquoi dit-il : LES CLEFS ? Parce que absoudre, c’est enlever
un obstacle. Il y a deux choses, car deux choses sont requises : le
pouvoir et la science. Mais de quoi s’agit-il ? N’existe-t-il pas des
prêtres qui n’ont pas la science ? Comprenez qu’ils ont la science, car
personne d’autre que le prêtre n’a la clef de la science. On ne parle pas ici
de la science, habitus intellectuel, etc., mais on veut dire l’autorité de
décider. Ainsi, il peut exister un juge qui n’a pas la science dans le premier
sens, mais qui a cependant la science dans le second sens, parce qu’il a
l’autorité ; mais un autre a la science dans le premier sens et non dans
le second, parce qu’il n’a pas l’autorité. Ainsi donc, science veut dire ici
autorité de décider, et tout prêtre possède celle-ci afin de trancher par
l’absolution.
1851. Ensuite, [le Seigneur] présente l’usage des clefs : TOUT CE
QUE AURAS LIÉ SUR LA TERRE SERA LIÉ DANS LES CIEUX. Mais il semble que cela ait
été présenté d’une manière inappropriée, car l’usage des clefs n’est pas de
lier mais d’ouvrir. Je dis que cet usage convient aux clefs. En effet, le ciel
a été ouvert. Ap 4, 1 : Je
vis la porte ouverte. Il n’est donc pas nécessaire qu’il soit ouvert, mais
celui qui doit y entrer et qui est lié doit être délié.
1852. Mais ici il faut éviter certaines erreurs. La première est abordée
dans la Glose, car certains ont prétendu à tort que tous pouvaient délier ceux
qu’ils voulaient et les faire entrer dans le royaume des cieux. Mais ceci ne
peut être soutenu, car il appartient à Dieu seul de changer les volontés. Une
autre erreur est que le prêtre ne lie pas, mais montre que [quelqu’un] est
délié. Mais ceci va à l’encontre de l’efficacité du sacrement, du fait que les
sacrements de la loi nouvelle réalisent ce qu’ils représentent, mais non les
sacrements de la loi ancienne. De sorte que si [le sacrement] ne réalisait
rien, il ne serait pas un sacrement de la loi nouvelle. Troisièmement, certains
disent qu’il y a trois choses dans le péché : la faute, la culpabilité et
la peine. L’homme se libère lui-même de deux choses par la contrition ;
mais lorsque l’homme est libéré de ces choses, il demeure lié par une peine
temporelle, que l’homme ne suffit pas par lui-même à écarter et à éviter. C’est
pourquoi les clefs sont données : elles diminuent quelque peu cette peine
et elles lient par une peine.
1853. Mais il me semble que cela n’est pas bien exprimé, car le
sacrement de la loi nouvelle donne la grâce. Or, la grâce ne s’oppose pas à la
peine, mais à la faute. C’est pourquoi je dis qu’il en est de ce sacrement de
la confession comme du sacrement du baptême : il possède une efficacité
instrumentale en vertu de laquelle il purifie de la faute. C’est pourquoi
Augustin [écrit] : «Quelle est la puissance de l’eau, qu’elle lave la
chair et enlève la faute ?» Je dis donc que, dans le prêtre, il existe une
certaine puissance spirituelle instrumentale, en vertu de laquelle il est
appelé ministre, et qu’il réalise ainsi la rémission, comme l’eau du baptême.
Mais, ici, cela fait difficulté, car, maintenant, seuls les enfants viennent au
baptême, et si un adulte s’en approche, ou bien il le fait par feinte, ou bien
non. Si c’est par feinte, alors qu’il n’existe pas de transformation de
l’esprit, la faute n’est pas remise ; si [ce n’est pas par feinte], alors
qu’il s’en approche avec le propos de se confesser, la grâce est requise ou le
propos de la conversion, et cela vient de la grâce. Or, la grâce enlève la
faute. De sorte que, dans le sacrement de baptême, l’adulte qui s’approche,
s’il se prépare, reçoit la rémission de la faute. De même, dans le sacrement de
la pénitence, duquel seuls les adultes peuvent s’approcher, il n’y a pas
contrition si on ne se propose pas de se soumettre à la décision et au jugement
du prêtre. S’il n’est pas contrit, il n’obtient pas l’effet, pas plus que dans
le baptême. Mais il peut arriver que quelqu’un s’approche sans être entièrement
contrit, mais qu’il devienne contrit par la puissance de la grâce conférée par
la mise en œuvre du sacrement. Il faut donc entendre : TOUT CE QUE TU
LIERAS, c’est-à-dire si tu exerces le ministère de l’absolution. Et [le
Seigneur] dit : TOUT, car [cela vaut] non seulement pour la peine, mais
pour la faute. SERA DÉLIÉ DANS LES CIEUX, c’est-à-dire que cela sera considéré
comme délié dans les cieux, comme c’est le cas pour le baptême. C’est pourquoi
le prêtre doit dire : Je t’absous, comme
il dit : Je te baptise.
1854. Mais on peut se demander pourquoi il lie. Il faut savoir que le
prêtre est le ministre de Dieu et que l’action du ministre dépend de l’acte du
Seigneur. Le prêtre [lie donc et délie] de manière ministérielle selon que le
Seigneur lie et délie. Dieu délie en infusant la grâce ; il lie en ne
l’infusant pas. De même, le prêtre délie dans le sacrement en administrant le
sacrement, mais il lie en ne l’administrant pas. On donne [aussi] une autre
interprétation : par les cieux, l’Église présente est désignée. Ainsi,
QUICONQUE SERA LIÉ, par l’excommunication, OU SERA DÉLIÉ ou LIÉ, par
l’administration des sacrements de l’Église. On veut donc que cette
administration, cette ligature et cette absolution se réalisent sur terre, de
sorte qu’elles ne s’appliquent pas aux morts. Mais cela est repoussé, car elles
s’étendent non seulement aux vivants, mais aussi aux morts.
1855. Ainsi donc, si l’on tient compte des deux choses, le sens est : TOUT
CE QUE TU AURAS LIÉ SUR LA TERRE (je parle alors de ce qui existe sur terre)
SERA LIÉ AUSSI DANS LES CIEUX. Mais ici, il dit cela à Pierre seulement. Il
faut dire que [le Seigneur] l’a donné immédiatement à Pierre, mais que les
autres le reçoivent de Pierre. C’est pourquoi, afin qu’on ne croie pas que cela
a été dit seulement à Pierre, [le Seigneur] dit : Ceux à qui vous remettrez, etc. [Jn 20, 23]. Et, pour
cette raison, le pape, qui tient la place de Pierre, a un pouvoir plénier, et
les autres [tiennent ce pouvoir] de lui.
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